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Full text of "Revue hispanique : Recueil consacré á l'étude des langues, des littératures et de l'histoire des pays castillans, catalans et portugais"

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Revue  hispanique 

Hispanic  Society  of  America 


5 


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MAÇON,    PROTAT    FRÈRES,    IMPRIMEURS. 


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REVUE 
HISPANIQUE 

R^atell  coitsacré  à  VétiuU  des  langues,  des  lUUratures  et  de  Tbisloire 
des  pays  caslilîanSy  catalans  et  portugais 

PUBLIÉ  PAR 

R.    Foulché-Delbosc 


CINQUIÈME    ANNÉE 
Numéros  ij  et  14.  —  Premier  et  deuxième  trimestres  18^8 

SOMMAIRE 

PAGES. 

Arturo  Farinelu.  —  Guillaume  de  Humboldt  et  TEspagne i 

Appendice.  Goethe  et  TEspagne.* 219 

R.  Foulché-Delbosc.  —  Un  romance  retrouvé 25 1 

Las  copias  del  Provincial 255 

Comptes  rendus 267 


PARIS 

ALPHONSE  PICARD  ET  FILS,   ÉDITEURS 

Libraires  des  Arcliives.  nationales  et  de  la  Société  de  TÉcole    des  Chartes 

82,  Rue  Bonaparte,  82 

1898 


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GUILLAUME    DE    HUMBOLDT 

ET    L'ESPAGNE 


Wer  die  meisten  Gesulten  der  vielfacb  nmwohnten  Erde, 

Die  er  vergleichend  enàh,  tr«gt  im  bewegenden  Siiu, 
Wenn  sie  die  glQhende  Bnist  mit  der  fruchtbanten  FflUe  darchwirken, 
Der  bat  des  Lebens  Q.aeU  tiefer  und  voUer  geschopft. 
W.  V.  HuMiOLOT,  Sùrra  Mortna. 

Personne  n'ignore  que  Guillaume  de  Humboldt  a  visité  deux 
fois  l'Espagne,  qu'il  y  fit,  au  commencement  de  notre  siècle, 
des  études  fort  sérieuses  sur  l'origine  et  sur  la  langue  des 
Basques,  qu'il  imprima  quelque  part  des  fragments  de  ses 
impressions  de  voyage  et  de  ses  recherches  linguistiques;  mais 
bien  peu,  sans  doute,  sont  en  état  d'apprécier,  n'importe 
comment,  tout  ce  que  ce  puissant  génie  a  pensé  et  écrit  sur 
l'Espagne.  S'il  n'existe  pas  encore  d'édition  raisonnable  et 
complète  de  ses  nombreux  ouvrages,  on  a  pourtant,  grâce  à 
l'activité  de  plusieurs  savants  et  à  la  condescendance  inépuisable 
des  particuliers,  fouillé  dans  les  archives  de  famille;  il  ne  se 
passe  pas  d'année  sans  que  l'on  publie  des  extraits  de  corres- 
pondance, des  confessions  intimes,  des  essais  inconnus,  des 
souvenirs  de  voyage.  On  ne  regrettera  nullement  cette  chasse 
fiévreuse  à  l'inédit  aussi  longtemps  qu'elle  n'aboutira  pas  aux 
relations  futiles  ou  aux  frivolités  et  puérilités  posthumes  qui  ont 
terni  la  mémoire  de  Gœthe  et  d'autres  grands  hommes.  Le 
moment  paraît  venu  d'esquisser,  en  rassemblant  les  débris  épars 
çà  et  là  dans  le  trésor  épistolaire  dévoilé,  ce  que  l'on  pourrait 
appeler  l'histoire  des  relations  de  Humboldt  avec  l'Espagne.  Un 
aperçu  d'ensemble  de  tout  ce  que  l'Espagne,  sa  civilisation,  sa 
nature,  ses  mœurs,  ses  lettres,  ses  arts,  sa  langue  ont  été  dans 

Revue  hispaniqui  i 


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ARTURO   FARINELLl 


Timagination  de  Tami  et  du  confident  de  Goethe  et  de  Schiller 
n'ouvrira  pas  sans  doute  des  horizons  nouveaux  à  l'étude  de 
Humboldt  comme  homme  et  comme  savant,  mais  il  fournira 
quelques  détails  curieux  à  la  connaissance  de  la  physionomie 
morale  de  celui  qui  a  été  le  plus  olympien  et  le  plus  harmo- 
nieusement équilibré  et,  peut-être  aussi,  le  plus  universel  des 
explorateurs  allemands  de  la  nature  humaine  ;  d'autre  part,  elle 
remettra  en  mémoire  aux  Espagnols,  trop  habitués  à  juger 
d'eux-mêmes  par  les  tableaux  trompeurs  et  &ntastiques  que  les 
étrangers  leur  présentent  à  tout  moment,  les  appréciations  d'un 
observateur  véritable  et  profond,  qui  conservent  toute  leur 
valeur  après  un  siècle  écoulé  et  qui  tranchent  nettement  sur  les 
jugements  aussi  superficiels  que  prolixes  de  tant  d'amateurs 
modernes  des  choses  d'Espagne  '. 

LE   CARACTÈRE   ET   l'eSPRIT   DE  GUILLAUME   DE   HUMBOLDT 

Guillaume  de  Humboldt  était  dans  la  maturité  de  son  âge,  il 
venait  d'atteindre  sa  trente-deuxième  année,  lorsqu'il  mit  pour 
la  première  fois  le  pied  sur  la  terre  d'Espagne.  Tous  les  dons 
qu'il  avait  reçus  de  la  nature  étaient  alors  en  pleine  floraison, 
développés  encore  par  tout  ce  qu'il  avait  appris,  par  une  éducation 
des  plus  soignées  et  par  le  commerce  avec  les  hommes  les  plus 
célèbres  de  son  temps. 

Toutes  les  pensées  qui  avaient  occupé  les  esprits  les  plus 
notables  de  l'époque  avaient  passé  par  son  cerveau.  Il  était  à 
30  ans  un  savant  accompli,  un  penseur  consommé,  pourvu  en 
surabondance  des  moyens  nécessaires  pour  remplir  sa  mission 


I.  Si  cette  étude  offre  quelque  mérite  dans  la  langue  et  dans  le  style,  les 
lecteurs  doivent  en  savoir  gré  à  la  bienveillance  de  mon  cher  ami  le  D»^  Jules 
Jeanjaquei,  qui  a  corrigé  mon  manuscrit  avec  une  patience  infinie  et  un  désin- 
téressement que  je  n'aurais  sans  doute  rencontré  nulle  part. 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT   ET    L  ESPAGNE  3 

dans  la  vie.  De  même  que  ces  grands  fleuves  qui  s'avancent  majes- 
tueusement et  dont  les  affluents  nouveaux  viennent  sans  cesse 
accroître  le  volume,  Humboldt  avait  étendu  constamment  sa 
sphère  d'action  ;  il  s'était  assimilé  le  savoir  et  l'expérience  de 
l'élite  des  hommes  qui  l'entouraient.  Il  agira  désormais  comme 
individualité  puissante;  ses  voyages  ne  signifieront  plus,  comme 
pour  d'autres,  un  changement,  souvent  même  un  bouleverse- 
ment des  idées  antérieures,  ils  ne  feront  qu'élargir  l'étendue 
de  ses  connaissances  et  perfectionner  sa  méthode,  qu'il  saura 
appliquer  mieux  que  personne  à  la  caractéristique  des  différentes 
nations  et  à  l'étude  des  hommes  et  des  choses. 

En  fait,  il  était  heureux,  foncièrement,  presque  excessivement 
heureux.  Ce  bonheur,  cet  éclat  de  la  destinée,  le  surcroît  de 
bien-être  matériel,  dont  il  jouissait  dès  sa  naissance,  l'harmonie 
souveraine  et  presque  surhumaine,  le  calme  prodigieux,  aujour- 
d'hui inconcevable,  de  ses  forces  pensantes,  n'ont  pas  été  une  des 
moindres  causes  du  refroidissement  qui  s'est  produit  autour  de 
son  nom.  Nous  ne  vivons  plus  dans  le  même  cercle  d'idées; 
nous  ne  savons  plus  jouir  esthétiquement  comme  lui;  nous 
poursuivons  d'autres  buts  dans  un  âge  bien  plus  troublé, 
violemment  agité  par  des  problèmes  d'une  nature  tout  autre  que 
ceux  que  l'on  discutait  en  Allemagne  de  son  temps.  A  mesure 
que  nous  nous  éloignons  de  sa  manière  de  vivre,  ses  œuvres 
comme  ses  idées  nous  étonnent  bien  plus  qu'elles  ne  nous  guident 
et  ne  nous  inspirent,  et  nous  devenons  d'autant  plus  injustes 
envers  lui  que  nous  nous  soucions  moins  de  le  comprendre. 
C'est  que  nous  sommes  bien  plus  disposés  à  admirer  des  natures 
tragiques  et  souffrantes  que  des  caractères  tout  d'une  pièce, 
parfaitement  équilibrés,  impassibles  dans  leur  perpétuel  bien-être. 
Il  n'y  avait  point  en  Humboldt  l'étoffe  d'un  titan,  et  moins 
encore  celle  d'un  martyr.  Les  orages  de  la  vie  ne  se  déchaînèrent 
pas  avec  véhémence  sur  sa  tête;  ils  l'épargnèrent.  Son  cœur 
n'éprouva  jamais  le  choc  des  passions  acharnées  et  tumul- 
tueuses, le  conflit  poignant  entre  l'idéal  poursuivi  et  la  misérable 


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ARTURO   FARINELLI 


réalité  de  Texistence,  qui   mine  le  bonheur  et  h  santé  de  la 
plupart  des  artistes  et  des  poètes.  Point  d'amertumes  véritables, 
point  de  luttes,  point  d'efforts,  point  de  désirs  réprimés,  pas 
même  d'hésitation  et  de  doute  dans  les  décisions  à  prendre.  Il 
n'a  jamais  subi  les  vicissitudes  de  la  fortune,  qui  terrassent  les 
âmes  délicates  et  agissent  sur  elles  comme  les  vents  impétueux 
sur  la  surface  de  la  mer.  Il  a  toujours  plané  avec  un  calme 
olympien  au-dessus  des  misères  de  la  terre.  Il  a  vécu  en  sage 
toute  sa  vie.  Maître  incomparable  dans  l'art  de  jouir,  il  a  su  tirer 
parti  des  événements  quels  qu'ils  fussent,  profitant  de  chaque 
vent  qui  soufflait,  non  pas  pour  changer  d'idées,  mais  pour  se 
perfectionner  soi-même  sans  relâche.  Les  circonstances  de  la  vie, 
les  vrais  malheurs  domestiques  eux-mêmes,  n'eurent  pas  de  prise 
sur  lui  ;  il  dominait  les  circonstances,  mieux  encore,  il  savait  les 
exploiter.  Tout  lui  venait  à  propos  pour  épanouir  son  âme.  Chaque 
étude,  chaque  observation,  chaque   nouvelle  connaissance  était 
pour  lui  une  nouvelle  source  de  plaisir.  Il  était  d'une  étonnante 
souplesse  d'esprit  et  néanmoins  ferme,  inébranlable  dans  ses 
principes  et  dans  ses  convictions.  Tel  il  se  montra  au  commence- 
ment de  sa  carrière,  tel  il  est  resté  jusqu'à  sa  fin;  il  a  été  jeune 
toute  sa  vie.  Tout  ce  qu'il  a  pensé  et  senti  forme  un  ensemble 
merveilleux,  sorti  du  même  moule,  dominé,  dirigé  par  les  mêmes 
principes.  Esthéticien,  métaphysicien,  linguiste,  homme  d'État, 
Humboldt  a  été  en  tout  le  même  penseur. 

Ayant  conservé  toujours  le  repos,  le  calme  suprême  de  son  âme, 
il  a  évité  les  écarts  subits  de  la  pensée,  les  envolées  hardies  dans  le 
monde  transcendental  ;  sa  fantaisie  n'éprouva  jamais  les  éblouis- 
sements  et  les  extases  des  vrais  poètes  ;  il  avait  l'âme  d'un  philo- 
sophe plutôt  que  celle  d'un  poète  et  d'un  artiste.  Ami  de  Schiller, 
épris  de  la  liberté  individuelle  comme  lui,  idéaliste  comme  lui 
et  parfois  même  son  conseiller  et  son  confident,  il  est  à  mille 
lieues  de  l'enthousiasme  poétique  du  chantre  de  Guillaume  Tell. 
La  vue  des  spectacles  grandioses,  des  montagnes  aux  masses  écra- 
santes, de  l'Océan  sans  bornes,  de  ses  vagues  en  perpétuel  mou- 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  5 

vement,  les  ruines  de  Rome,  Jes  voyages  de  son  frère,  la  mort 
de  sa  femme,  les  souvenirs  au  déclin  de  la  vie  l'ont  inspiré  :  il  a 
écrit  des  vers,  mais  ces  vers  sont  lourds  et  traînants,  les  idées  se 
pressent,  s'entassent,  s'étouffent  sous  la  forme  embarrassée  qui  les 
étreint.  Son  vrai  domaine  est  la  prose  philosophique  ;  là  il  est 
à  l'aise,  il  sait  donner  une  expression  claire  et  lumineuse  à 
toutes  les  sinuosités  de  sa  pensée,  aux  idées  débordantes  dans 
toutes  les  branches  du  savoir.  Il  s'attachait  aux  hommes,  aux 
individualités  marquantes  surtout,  mais  il  aimait  encore  plus 
la  solitude  qui  lui  permettait  de  se  concentrer,  de  se  recueillir, 
de  revenir  sur  lui-môme,  de  méditer  à  loisir.  A  un  âge 
où  la  plupart  des  jeunes  gens  se  lancent  dans  le  monde  pleins 
d'ardeur  et  d'effervescence,  il  se  retire  tantôt  à  Burgôrner,  tantôt 
à  Auleben,  surtout  à  Tegel,  pour  se  vouer  à  l'étude  et  à  la  con- 
templation. Les  affaires  surviendront  et  l'entraîneront  malgré  lui. 
Tour  à  tour  diplomate,  ambassadeur,  ministre,  forcé  de  rivaliser 
d'intrigues  avec  un  Talleyrand  et  un  Metternich,  il  saura 
toujours  réserver  une  place  à  ses  occupations  favorites,  s'enfoncer 
dans  ses  idées  et  faire  abstraction  du  monde  qui  l'entoure.  Au 
plus  fort  du  combat  diplomatique  il  persiste  dans  son  quiétisme 
bienheureux. 

Sans  doute  il  a  eu  ses  heures  mélancoliques  :  ses  sonnets  et 
quelques  lettres  sont  là  pour  le  prouver;  le  penchant  à  la  solitude 
devait  exclure  souvent  la  gaieté.  Mais  la  mélancolie  de  Humboldt 
ne  le  rongeait  point  à  l'intérieur,  elle  n'était  pas  même  un 
obstacle  à  ses  jouissances  intellectuelles.  C'était  une  mélancolie 
douce  qui  le  caressait  mollement,  pareille  à  cette  gaze  vaporeuse 
qui  s'élève  sur  la  plaine,  enveloppe  les  formes,  bleuit  les  con- 
tours, mais  que  le  soleil  perce  bientôt  et  fait  disparaître.  Lorsque 
le  malheur  frappe  à  sa  porte,  il  se  résigne  en  philosophe;  il 
verra  mourir  dans  la  fleur  de  l'âge  deux  de  ses  enfants,  son  asile 
de  Tegel  se  couvrir  de  tombeaux  et  le  vide  se  faire  autour  de  lui, 
il  enterrera  sa  femme,  il  restera  presque  seul  dans  sa  famille  et  il 
courbera  la  tête  sans  pousser  un  cri  de  douleur,  préparé,  résigné 
à  tous  les  coups  du  sort. 


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ARTURO   FARINELLI 


Ce  Stoïcien  de  vieille  roche,  qui,  à  quelques-uns,  a  pu  paraître 
trop  froids  trop  raisonneur*,  trop  épicurien,  incapable  d'une 
passion  véritable ',  constamment  et  uniquement  préoccupé  du 


1 .  «  Der  edelste  aller  stoischen  Epikuràer  »  l'appelle  V.  Weigand  dans  un  de 
ses  EssaySy  Mûnchen,  1892:  Zur  Psychologie  des  29.  JahrhundertSy  p.  232.  «Il 
était  froid  et  clair  comme  un  soleil  de  décembre  »,  a  dit  de  Humboldt  Challe- 
mel-Lacour,  dans  son  livre  La  philosophie  individualiste,  Paris,  1864,  p.  46,  que 
les  Allemands  ne  lisent  guère  aujourd'hui,  mais  qui  a  été  largement  mis  à 
profit  par  Gregorovius  pour  son  admirable  étude  sur  les  deux  frères  Humboldt  : 
Kkinere  Schriften  :(ur  Geschichte  und  CuUur,  Leipzig,  1888,  II,  125  ss. 

2.  Thérèse  Huber.  la  mère  de  Victor  Aimé  Huber,  bien  connu  en  Espagne 
par  ses  Esquisses,  femme  très  spirituelle,  qui  vécut  nombre  d'années  dans  l'inti- 
mité de  Guillaume  de  Humboldt,  appelle  une  fois  assez  durement  son  ami  : 
«  Ein  Mensch,  der  stets  theoretisirt  und  das  Leben,  den  Genuss,  die  Moral, 
jeden  Gedanken  und  jede  Regung,  Faser  fur  Faser  abgesplittert  hat,  so  dass 
ihm  die  Menschheit  wie  eine  Apothekerbude  vorkommen  mag,  aus  deren 
Bûchse  er  Gesetze,  Staatenwohl,  Vertrâge  u.  s.  w.  zusammensetzt.  Palinge- 
nesie  hat  nur  mit  decomponirten  Kôrpern  zu  thun  »  {Briefe  von  und  an  W,  von 
Humboldt.  Neue  Freie  Presse  N©  11777.  Lettre  du  14  juillet  181 7).  Grillparzer 
a  été  plus  dur  encore  envers  Humboldt.  Il  l'appelle  (Œuvres,  5,  XVIII,  105)  : 
«  Der  greulichste  Pédant  ».  Il  n'épargne  ni  l'ironie,  ni  l'injure  :  «  Dieser  Pédan- 
terie widerspricht  scheinbar  sein  Briefwechsel  mit  einer  Frau,  der.allerdings 
vortrefflich  ist.  Ich  glaube  aber,  er  hat  damais,  ûber  seine  eigene  Dùrre 
erschrocken,  sich  ein  sentimentales  Zugpflaster  auflegen  woUen  und  daher  auf  gut 
Gluck  ein  Frauenzimmer  gewàhlt  mit  dem  er  im  Feuer  exerzieren  konnte. 
EndlichblieberinderspekulativenGrammatik  hângen,undindiesemSandboden 
gediehen  seine  Kartoffel.  »  —  Dans  l'excellente  caractéristique  de  G.  de  Hum- 
boldt donnée  récemment  par  F.  Jonas  {Schiller  Briefe,  VII,  394  ss.),  je  trouve 
un  reproche  qui  ne  me  semble  pas  tout  à  fait  fondé  :  «  Es  mangelten  ihm  die 
kràftigen  Affekte,  die  zum  Bilde  des  rechttn  deutschen  Mannes  gehôren,  und 
die  eben  nur  die  gespannte  Thàtigkeit  auf  klare,  feste  Ziele  geben  kann.  » 

3.  Il  suffit  de  lire  les  lettres  de  Humboldt  à  Motherby  pour  se  convaincre 
qu'il  a  senti  comme  tout  homme  passionné  les  chagrins  de  l'amour.  Lorsqu'il 
fallait  prendre  congé  de  M™*  Motherby  il  était  (Lettre  du  17  déc.  1809)  : 
«  wie  dumpf  und  betàubt  an  allen  Sinnen  »,  il  avoue  cependant  :  «  Es  liegt 
sonst  gar  nicht  in  mciner  Natur,  von  welcher  Empfindung  es  sey,  so  physisch 
ûberwâltigt  zu  werden  ».  Briefe  an  fohanna  Motherby  von  fVilheJm  von  Humboldt 
und  Ernst  Morif^  Arndt,  hrg.  v.  A.  Meissner,  Leipzig,  1893. 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE 


développement  complet  et  parfait  de  son  être,  était  en  réalité 
un  des  plus  nobles  représentants  de  l'idéal  humanitaire.  Humboldt 
a  plaidé  toute  sa  vie  avec  obstination  en  faveur  de  l'afFranchisse- 
ment  de  l'énergie  personnelle  ;  il  rêvait  l'homme  libre  et  indé- 
pendant, maître  absolu  de  ses  forces  et  de  ses  capacités  naturelles, 
point  entravé  par  les  liens  de  la  société  et  de  l'État;  il  a  toujours 
cru  au  pouvoir  exclusif  de  l'individualité  dans  la  destinée  des 
nations.  C'était  au  fond  un  adepte  de  Rousseau  qui  allait  rehausser 
la  dignité  personnelle  avec  plus  de  constance  et  de  ténacité  dans 
les  principes  que  son  maître  lui-même*. 

Ce  qu'il  voit  dans  le  monde,  ce  qu'il  a  appris  par  l'étude 
incessante  de  l'antiquité,  c'est  la  force  productive  de  quelques 
hommes  supérieurs,  le  travail  de  l'individu,  point  celui  du  genre 
humain  pris  en  masse.  La  civilisation  quelle  qu'elle  soit,  les 
caprices  du  hasard  ne  peuvent  rien  contre  la  puissance  indivi- 
duelle qui  crée,  transforme  et  enchaîne  tout  après  elle.  Elle  seule 
règle  h  destinée  des  nations  et  produit  les  différentes  époques  de 
l'histoire.  Le  génie  de  l'homme  est  le  facteur  principal  de 
l'histoire.  Humboldt  prêche  encore  dans  sa  vieillesse  son  évangile 
de  l'individualité.  Il  avoue  dans  une  de  ses  lettres  à  Charlotte 
Diede  que  l'homme  est  au  centre  de  toutes  choses  dans  ce 
monde.  Les  événements  sont  subordonnés  à  l'esprit,  à  l'activité, 
au  sentiment  de  l'individu.  Toute  évolution  est  soumise  à 
l'énergie  individuelle.  Si  les  institutions  s'améliorent,  si  notre 
savoir  augmente  et  s'élargit,  si  les  états  et  le  monde  entier  se 
perfectionnent,  c'est  à  l'énergie  individuelle  de  Thomme  que 
nous  le  devons^. 


1.  Voir  sur  les  relations  des  idées  de  G.  de  Humboldt  avec  le  système  péda- 
gogique de  Rousseau  :  R.  Fester,  Rousseau  und  die  datische  Geschichtsphilosophie, 
Stuttgart,  1890,  p.  292  s. 

2.  «  ...Darum  nehme  ich  in  allen,  auch  den  grôssten  Weltbegebenheiten 
imraer  den  Einzelnen,  seine  Kraft  zu  denken,  zu  empfinden  oder  zu  liandeln 
heraus  »,  Brie  Je  von  W.  von  Humboldt  an  eine  Freundin,  Leipzig,  1853, 1,  239 


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8  ARTURO   FARINELLI 


Il  feut  donc  que  l'homme  agisse  en  parfaite  liberté.  Le  but  le 
plus  noble  qu'il  puisse  poursuivre  c'est  de  déployer  aisément  et 
complètement  sa  propre  individualité.  Il  se  perfectionnera 
d'autant  plus  qu'il  agira  par  lui-même  et  pour  lui-même.  Y  a-t-il 
quelque  chose  de  plus  important  ici-bas  que  la  force  suprême,  le 
développement  multiforme  des  individus  ?  La  loi  première  de  la 
morale  est  :  «  Cultive-toi  toi-même;  »  cette  autre  ne  vient 
qu'après  :  «  Agis  sur  les  autres  par  ce  que  tu  es  toi-même.  »  Malheur 
aux  États  qui  étouffent  dans  ses  germes  l'esprit  indépendant 
de  l'homme,  cette  force  vitale  de  laquelle  dépendent  en  premier 
lieu  l'aisance  et  la  puissance  d'un  peuple. 

Mille  fois  Humboldt  a  donné  libre  carrière  à  son  exaltation 
pour  l'individu,  qu'aucune  espèce  de  gouvernement  n'aurait 
dû  entamer,  en  particulier  et  mieux  qu'ailleurs  dans  son 
livre  Sur  retendue  et  les  limites  de  raction  de  VÈtaty  qu'il  écrivit 
en  1792,  et  dans  YEsquisse  sur  les  Grecs,  de  l'année  suivante. 
De  bonne  heure  il  fait  de  l'homme  le  sujet  principal  de 
ses  études;  il  adopte  la  devise  de  Charron,  de  Pope  et  de  bien 
d'autres  philosophes  et  poètes  :  «  La  vraie  science  et  la 
vraie  étude  de  l'homme,  c'est  l'homme.  »  Il  recherche  les  per- 
sonnalités les  plus  accusées,  et  son  plus  grand  plaisir  c'est  de 
démêler  leur  organisation  complexe,  de  suivre  leur  développe- 
ment graduel.  Nous  ne  jouissons  et  nous  ne  profitons  vraiment 
de  la  vie,  avoue-t-il,  qu'en  nous  efforçant  d'observer  l'homme 
dans  ses  plus  grandes  variétés.  Le  hasard,  car  tout  dès  l'en&nce 
lui  a  souri  et  il  a  toujours  été  heureusement  bercé  dans  les  bras 
de  la  fortune,  le  hasard  l'avait  fait  naître  à  l'époque  la  plus  lumi- 
neuse pour  le  déploiement  de  l'esprit  de  sa  nation,  et  l'avait  placé 
au   milieu   de   grands   hommes  et  d'individualités   puissantes. 


(9  mai  1826).  Uidée  chère  à  Humboldt  est  celle  du  jaillissement  instantané 
du  génie.  Voir  son  essai  (179$)*  Ueher  den  Geschlechtsunterschied  und  dessen 
Einfluss  auj  die  organische  Nalur, 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE 


Humboldt  ne  perdra  aucune  occasion  d'approfondir  l'étude  de 
ses  semblables.  Lorsqu'il  quitte  sa  solitude,  il  s'entoure  d'un 
véritable  olympe  intellectuel  ;  il  est  l'ami  de  Goethe,  de  Schiller, 
de  Fôrster,  de  Kôrner,  de  Jacobi,  de  Wolf  et  d'une  foule  d'autres 
grands  hommes;  il  fait  même  des  voyages  pour  les  approcher, 
pour  vivre  quelque  temps  dans  leur  intimité  :  c'est  ainsi  qu'au 
printemps  de  1794  il  va  exprès  à  Jena  pour  trouver  Schiller;  il 
entretient  une  correspondance  assidue  avec  l'élite  de  sa  nation,  et 
ses  lettres  sont  un  système  complet  d'éducation,  le  miroir  le  plus 
fidèle  du  progrès  continu  qu'il  s'imposait;  elles  contiennent  la 
moelle  substantielle  de  ses  pensées  et  de  ses  sentiments. 

Jamais  on  ne  l'a  vu  perdre  son  étonnante  sérénité.  Il  a  gardé 
jusqu'à  son  lit  de  mort  la  lucidité  d'un  esprit  élevé  qui  com- 
prend, distingue  tout  et  étudie  son  état*.  S'il  avait  pu  souhaiter 
un  bonheur  plus  grand  pour  lui,  c'eût  été  d'être  venu  au 
monde  vingt  siècles  plus  tôt,  dans  sa  Grèce  chérie,  et  de  vivre  avec 
Homère  et  Pindare,  qu'il  adorait.  Mais  après  tout,  avec  ses  beaux 
rêves  de  Tantique,  il  avait  dans  son  siècle,  dans  sa  patrie,  un 
sort  enviable  dont  il  jouissait,  dont  il  savait  jouir  :  «  La  comparai- 
son des  individualités  des  grands  hommes,  écrit-il  une  fois  à 
Jacobi,  dont  le  hasard  m'a  heureusement  fait  le  contemporain  et 
que  je  connais  personnellement,  est  l'occupation  qui  m'intéresse 
le  plus  et  que  je  préfère  dans  mes  heures  de  paisible  recueille- 
ment^. »  C'est  encore  ce  qu'il  répète  à  l'amie  à  laquelle  il  confiait 
tous  les  secrets  de  son  âme.  Ce  ne  sont  que  les  relations  avec 


1.  Al.  de  Humboldt  à  Varnhagen  (5  avril  1835),  Lettres  de  Aï.  de  Hutnholdt 
à  Varnhagen^  traduites  par  C.-P.  Girard,  Paris,  1860.  ff  Der  Reichthum  einer 
Seele  von  der  aile  Felder  des  Wissens  und  Lebens  klar  und  sonnig  daliegen,  ist 
îmmer  befruchtend  und  immer  Blùthen  spendend  *.  Karoline  v.  Wolzogen  à 
G.  de  Humboldt  (Lettre  de  Weimar,  8  avril  1822).  O.  Harnack,  Briefe  von 
und  an  W,  von  H umhoîdty  dans  les  Bicgr.  Blàtter  de  Bettelheim,  II,  61. 

2.  Berlin,  1$  octobre  1796.  Briefe  von  W.  von  Humboldt ^  an  Friedrich 
Heinrich  Jacobi,  hrg.  von  A.  Leitzmann,  Halle,  1892,  p.  51. 


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10  ARTURO   FARINELLI 


les  hommes  qui  donnent  quelque  prix  à  la  vie  ;  plus  elles  vont  au 
fond,  plus  on  reconnaît  en  quoi  consiste  la  véritable  jouissance, 
l'individualité'.  Dans  cet  ait  d'étudier  les  hommes,  de  classer 
leurs  physionomies  particulières,  avec  un  esprit  et  une  sagacité 
bien  différentes  de  celle  de  Lavater,  pour  saisir  d'emblée  leur  trait 
saillant,  Humboldt  acquit  une  rare  virtuosité.  De  l'observation 
pénétrante  et  minutieuse  de  l'homme  comme  produit  isolé  de  la 
nature,  il  s'élève  à  des  observations  générales  sur  l'humanité 
entière;  de  l'étude  des  particularités  individuelles  de  l'homme  il 
passe  à  l'étude  de  l'individualité  de  la  nation.  C'est  la  nature  qui 
produit  spontanément  les  différents  caractères.  C'est  la  nature 
qui  forge  l'homme,  et  non  le  raisonnement  *.  Dans  ses  lettres 
à  Schiller,  à  Jacobi,  dans  son  fragment  Observations  sur  l'histoire 
universelky  qu'on  vient  de  publier  ',  ailleurs  encore,  Humboldt 
revient  à  son  idée  Éivorite  de  l'apparition  soudaine  de  l'indivi- 
dualité, qui  se  développe  de  l'intérieur  à  l'extérieur.  Les  circon- 
stances de  la  vie,  le  climat,  la  religion,  le  gouvernement  et  les 
mœurs  modifient  cette  apparition  sans  doute,  mais  sans  toucher 
à  son  essence  véritable  ;  c'est  une  sorte  d'étincelle  que  la  nature 


1.  Tcgel,  21  septembre  1827.  BrUfe  an  eine  Freundin,!,  523.  Voir  aussi  la 
lettre  du  i«'  mars  1825. 

2.  La  même  idée  revient  chez  Gœthe.  Voir  W.  Dilthey,  Beitrâge  T^um  Stu- 
dium  der  Individualitàt,  dans  les  Sitiungsber.  der  k,  preuss.  Akad,  der  fVissensch.^ 
zu  Berlin,  mars  1896,  XI-XIII,  p.  259  s.  L'essai  de  R.-M.  Meyer,  Ueber  den 
Begriffder  Individualitâi,  dans  les  Deutsch  Charaktere,  Berlin,  1897,  p.  45,  n'a 
rien  à  faire  avec  les  idées  développées  par  Humboldt. 

3.  Sechs  ungedruchte  Aufsàt\e  ûber  das  cJassische  Alterthnm  von  JV.  von  Hum" 
hoîdt,  hrg.  v.  A.  Leitzmann  (Deutsche  LitUraturdenkm,  des  18,  und  jç,  Jahrh, 
N.  F.  8-12).  Leipzig,  1896,  p.  64.  Ce  fragment,  qui  développe  quelques-unes  des 
idées  fondamentales  de  Humboldt,  a  été  rédigé  peut-être  plus  tard  que 
Leitzmann  ne  le  pense.  Les  considérations  sagaces  sur  les  révolutions  des 
peuples  n'ont-elles  pas  en  vue  particulièrement  la  Révolution  française? 
Restent  les  singularités  de  la  graphie  dans  le  manuscrit,  qu'on  ne  peut  pas  bien 
facilement  attribuer  au  hasard. 


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GUILLAUME    DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  II 

allume  tout  d'un  coup,  où  elle  veut  et  par  caprice.  L'élément 
substantiel  dans  le  caractère  d'une  nation,  comme  d'un  individu, 
c'est  sa  forme  primitive  particulière.  Une  nation  avancée  doit  ses 
privilèges  à  son  individualité  d'origine,  et  celle-ci  se  manifeste 
chez  l'homme  isolé,  comme  dans  l'ensemble  d'un  peuple,  spon- 
tanément et  comme  par  miracle  '. 

Cette  manifestation  miraculeuse  et  toute-puissante  de  l'indivi- 
dualité, l'élixir  de  la  vie  de  l'homme  et  des  peuples,  Guillaume 
de  Humboldt  la  voyait  plus  frappante  et  lumineuse  qu'ailleurs 
dans  la  Grèce  aux  plus  beaux  temps  de  sa  civilisation.  C'est  vers 
la  Grèce  que  son  âme,  comme  celle  de  Winckelmann,  se  vit  tou- 
jours magiquement  et  irrésistiblement  attirée.  Ses  plus  beaux 
rêves  le  transportaient  en  Grèce  ;  son  imagination  était  remplie 
de  souvenirs  helléniques,  ses  études  le  ramenaient  sans  cesse  à 
l'antique.  En  Allemagne,  en  France,  en  Espagne,  en  Italie,  par- 
tout où  il  erra,  il  vivait,  dans  ses  heures  de  loisir,  dans  l'intimité 
des  auteurs  classiques  qu'il  lisait  et  qu'il  goûtait  souvent  avec  sa 
femme.  La  Grèce,  c'était  son  ciel,  vers  lequel  il  levait  les  yeux 
aussitôt  que  les  troubles  de  la  vie  menaçaient  de  l'opprimer,  et  la 
Grèce  l'avait  animé  d'un  souffle  de  son  génie,  lui  avait  légué, 
comme  à  un  fils  égaré  en  terre  étrangère  qui  s'éveille  après  un  som- 
meil de  siècles  et  de  siècles,  l'idéal  esthétique  de  ses  grands  poètes  et 
de  ses  grands  artistes.  S'il  travaille  dansses  meilleures  années,  avant 
de  s'occuper  sérieusement  de  linguistique,  c'est  pour  la  Grèce  ;  s'il 
propose  des  modèles  à  imiter  «^  sa  nation,  ce  sont  les  Grecs;  s'il 
a  eu  des  élans,  une  sorte  de  transport,  d'enthousiasme,  de  flamme 
dans  son  existence  si  calme,  si  inaltérable,  c'est  pour  la  Grèce. 
S'il  a  eu  des  regrets,  c'était  de  n'avoir  pas  vécu  dans  un  âge  infi- 
niment plus  serein  que  le  sien  ;  mais  ces  regrets  étaient  ceux 
d'un  philosophe  résigné  et  ne  rappellent  guère  les  lamentations 
d'autres  grands  hellénistes  qui  luttaient  pour  leur  idéal  inassouvi  : 


1.  Laiium  und  HeïIaSy  p.  146  du  même  recueil. 


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12  ARTURO   FARINELLI 


les  plaintes  amères  et  poignantes,  les  cris  de  douleur  de  Leopardi, 
les  soupirs,  les  rêves  fiévreux  de  Hôlderlin. 

Tout  jeune  encore,  sur  les  bancs  de  Técole,  à  l'Université,  il 
entend  prêcher  par  ses  maîtres  Tévangile  hellénique  ;  Engel  et 
Mendelssohn  avaient  mis  les  Grecs  à  la  mode,  les  leçons  de  Heyne  à 
Gôttingen  jettent  des  germes  féconds  dans  son  âme  et  lui  inspirent 
Tamour  de  Pindare  et  d'Eschyle;  l'amitié  avec  F.  A.  Wolf, 
le  grand  philologue  de  Halle,  fit  le  reste.  Déjà  en  1787,  Humboldt 
publia  des  traductions  de  Xénophon  et  de  Platon,  qui  trahissent 
l'inexpérience  de  la  jeunesse;  ce  n'est  que  plus  tard  qu'il  fut 
maître  inimitable  dans  l'art  de  traduire.  Depuis  1790,  les  projets 
de  travaux  sur  la  littérature  des  Grecs  se  succèdent  avec  une 
fréquence  et  une  rapidité  étonnantes  ;  les  lettres  à  Wolf  en  sont 
pleines  ;  il  veut  rédiger  (en  1792)  une  sorte  de  journal  ou  de 
revue  avec  le  titre  Hellas,  consacré  exclusivement  à  l'étude  des 
Grecs,  il  veut  écrire  une  caractéristique  de  l'esprit  grec  et  il  com- 
mence par  l'étude  de  Pindare,  qu'il  n'achève  pas  et  qu'il  ne 
publie  pas;  il  promet  à  Wolf  de  traduire  le  Ménexène  de 
Platon,  il  commence  des  études  fort  étendues  sur  l'antiquité,  sur 
la  nécessité  de  l'étude  des  Grecs,  sur  la  décadence  et  la  ruine  des 
états  libres  de  la  Grèce  ;  il  a  ses  héros  favoris  :  Homère, 
Sophocle,  Aristophane,  Pindare,  qu'il  place  au  centre  de  ses 
études  et  qu'il  voudrait  faire  aimer  par  tout  le  monde.  Malheu- 
reusement il  n'a  laissé  que  des  projets  d'études  et  des  fragments  ;  le 
peu  que  l'on  connaissait  par  ses  œuvres,  les  Essais  que  l'on  vient 
de  nous  faire  connaître  dans  un  charmant  recueil,  sont  une  partie 
bien  mince  du  grand  travail  que  Humboldt  avait  consacré  à  l'étude 
de  la  Grèce. 

Dans  ses  voyages  il  ne  cachait  nullement  ses  goûts  pour  l'an- 
tiquité ;  il  voyageait  un  peu  en  humaniste,  tout  en  cherchant  à 
se  conformer  aux  mœurs  contemporaines  du  pays.  L'Espagne  ne 
manqua  pas  d'évoquer  ses  souvenirs  classiques.  Valence,  les 
côtes  de  la  Méditerranée  où  viennent  aboutir  les  plaines  de  la 
Manche   et   de   la    Castille    lui    rappelaient   les    légendes    des 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT    ET   L  ESPAGNE  I3 

Samoth races;  les  ruines  de  Sagonte  lui  offraient  mille  images 
de  rhistoire  ancienne,  et  le  combat  acharné  et  tragique  qui  décida 
la  chute  de  Carthage  et  la  grandeur  de  Rome  lui  faisait  déplorer 
la  fin  des  colonies  grecques  englouties  par  les  Latins  voraces,  race 
dégénérée,  indigne  de  la  civilisation  des  Grecs  qui  leur  tombait 
en  partage.  Si  ces  colonies  avaient  pu  prospérer,  les  langues 
méridionales  auraient  pris  leur  origine  de  la  langue  grecque  qui 
est  bien  autrement  féconde  que  la  langue  pauvre  et  rude  des 
Latins  \ 

L'Italie,  mieux  que  toute  autre  nation,  lui  rappelait  la  Grèce, 
et  que  fit-il  autre  chose  dans  son  long  séjour  à  Rome  que  vivre 
à  Tantique,  se  bercer  dans  les  souvenirs  du  monde  classique 
disparu,  jouir,  au  milieu  des  ruines,  des  sourires  de  la  nature  qui 
avait  souri  à  ses  Hellènes,  évoquer  le  tableau  complet  de  la  vie 
hellénique  des  siècles  écoulés  ? 

On  sait  les  effets  de  l'hellénisme  de  Humboldt  sur  ses  contem- 
porains en  Allemagne.  L'ami  de  Schiller  et  de  Goethe  est  pour  une 
bonne  part  dans  cette  régénération  qui  se  produisit  dans  l'esprit 
germanique  à  la  fin  du  siècle,  retrempé  aux  sources  pures  et  vivi- 
fiantes de  l'art  grec  *.  De  même  que  l'essai  philosophique  Sur  la 
poésie  naïve  et  sentimentale  de  Schiller  avait  éveillé  dans  l'âme  de 
Humboldt  un  monde  de  pensées  nouvelles,  l'écrit  de  Humboldt 
Sur  l'étude  de  l'antiquité  et  du  grec  en  particulier  y  quoique  trop 
rapidement  esquissé,  amena  le  grand  poète  à  un  jugement  plus 
approfondi  de  l'antique,  à  une  connaissance  plus  sûre  et  plus 
exacte  de  l'esprit  grec.  D'autres  poètes,  d'autres  savants  avaient 
arboré  en  même  temps  que  Humboldt  le  drapeau  hellénique.  Fré- 


1.  Ueber  dos  antike  Theater  in  Sagunl,  p.  66  du  recueil  de  Leitzmann. 

2.  Humboldt  ne  figure  point,  à  mon  grand  étonnement,  dans  Tétude  de 
F.  Arnold,  Der  deutsche  Philheïlenismus,  Kultur  und  literarhistorisclje  Untersuch- 
ufigtn^  dsius  VEuphorion  (Ergàniungsfjefi),  II,  71  s.  Voir  aussi  A.  Stem,  Zur 
Geschichte  des  Philbellenismus,  dans  le  journal  Die  Nation,  1896-97,  n©  14. 


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14  ARTURO   FARINELLI 


déric  Schlegel,  nourri  des  idées  de  Hetder  et  de  Winckelmann, 
avait  écrit  des  essais  qui  rappellent  par  leur  titre  les  essais  de 
Huniboldt  :  Sur  r étude  de  la  poésie  grecque  ;  Les  Grecs  et  les  Romains  ; 
Sur  la  poésie  homérique  *  ;  il  projetait  comme  Humboldt  une  carac- 
téristique des  différentes  races  de  l'antiquité,  tâche  qui  ne  fut 
accomplie  que  plus  tard  par  Otfried  MùUer  ;  mais  tandis  qu'en 
exaltant  démesurément  la  Grèce,  Schlegel  et  ses  adeptes  se  per- 
dirent bientôt  en  déclamations  vagues  et  emphatiques,  en  rodo- 
montades grecques,  comme  les  appelait  Schiller  *,  Humboldt,  en 
creusant  toujours  plus  à  fond  les  mystères  de  l'art  antique,  ouvrait 
vraiment  des  horizons  nouveaux. 

On  n'insistera  jamais  assez  sur  le  culte  que  Humboldt  vouait 
aux  Grecs,  sur  la  préférence  immense  qu'il  accorde  aux  peuples 
anciens  sur  les  modernes,  lorsqu'on  veut  mesurer  la  portée  de 
ses  appréciations  sur  les  pays  qu'il  a  voulu  étudier.  C'est  en 
Grèce,  écrit  Humboldt,  que  l'humanité  a  produit  ses  meilleurs 
fruits  ;  en  Grèce,  l'homme  s'est  toujours  développé  librement,  il 
a  pu  atteindre  son  plus  haut  degré  de  perfection  ;  chacun  était  né 
roi  en  philosophie,  dans  les  lettres  et  les  arts;  chacun  possédait 
ce  que  l'homme  moderne  ne  possède  guère  :  le  sentiment  inné 
de  la  manifestation  la  plus  riche,  la  plus  claire  et  la  plus  décidée 
de  la  vie  humaine  dans  son  caractère  individuel  et  national  ^ 
Rien  de  moderne  n'est  comparable  à  l'antique.  Un  abîme  incom- 


1.  Fried.  Schl^el,  Seine prosaischen  Jtdgetidschrif Un,  hrg.  vonj.  Minor,  Wien, 
1882,  p.  87  s.,  167  s.,  215  s. 

2.  Schiller  s  Briefe,  hrg.  von  Jonas,  II,  i8i.  Qu'on  se  souvienne  de  Tépi- 
gramme  mordante  Die  Zwey  Fieber  : 

Kaum  hat  das  kalte  Fieber  der  Gallomanie  uns  verlassen, 
Bricht  in  der  Gracomanie  gar  noch  ein  hitzrigcs  aus. 

Xenien,  1796. 

Nach  der  Handschrift  des  Goethe  und  Schiller ^Archivs,  hrg.  v.  E.  Schmidt  und 
B.  Suphan,  Weimar,  1895,  no833. 

3.  Geschichte  des   Verfalls  der  griech.    Freistoaten^    p.    186   du    recueil  de 
Leitzmann. 


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GUILLAUME    DE   HUMBOLDT   ET    L  ESPAGNE  I5 

mensurable  nous  sépare  de  nos  ancêtres.  Que  Ton  compare  notre 
vie  si  tourmentée,  si  bouleversée,  si  décousue  avec  la  vie  des 
anciens,  si  douce,  si  paisible  et  si  ensoleillée  ;  notre  désharmonie 
perpétuelle  avec  leur  équilibre  constant  et  leur  suprême  harmonie; 
notre  condition  misérable,  opprimée  par  les  mille  chaînes  du 
hasard,  des  habitudes  et  de  nos  affaires;  nos  travaux  éparpillés, 
qui  ne  sondent  jamais  le  fond  de  la  vie,  avec  leur  activité  libre  et 
complète  qui  vise  au  plus  haut  développement  de  l'homme;  nos 
ouvrages  lentement  et  péniblement  mûris,  après  bien  des  épreuves, 
avec  les  ouvrages  de  Tesprit  grec,  prodigués  avec  une  facilité  et 
une  fécondité  étonnantes  ;  nos  réflexions  douloureuses  dans  notre 
solitude  de  cloître  avec  leur  gaieté  heureuse  et  sereine,  s'épanouis- 
sant  au  dehors  dans  un  état  libre,  dans  une  vie  communicative. 
Revenons  à  l'antique,  autant  que  nos  forces  limitées  nous  le  per- 
mettent. La  pierre  de  touche  des  nations  modernes  est  leur  senti- 
ment pour  l'antiquité.  Elles  sont  d'autant  moins  parfaites  qu'elles 
s'éloignent  plus  de  ce  sentiment.  La  Grèce  est  notre  patrie 
idéale.  Nous  n  y  parviendrons  plus  sans  doute,  comme  nous 
n'atteindrons  jamais  les  modèles  que  la  Grèce  nous  offre  ;  mais  en 
cherchant  à  nous  en  approcher,  nous  soulagerons  notre  cœur  et 
notre  esprit,  nous  puiserons  à  une  source  intarissable  de  bonheur 
et  d'enthousiasme,  et,  tout  en  restant  dans  l'imperfection  inévi- 
table de  notre  être,  égarés  dans  un  monde  qui  n'est  pas  le  nôtre, 
quelque  souffle  de  la  divinité  viendra  de  temps  en  temps  nous 
consoler. 

Malgré  ce  culte  pour  la  Grèce  qui  n'a  d'exemple  ni  en 
Allemagne  ni  ailleurs,  on  ferait  grand  tort  à  Humboldt  si  on  le 
croyait  exclusivement  attaché  à  l'antique;  il  a  montré,  sinon  le 
même  amour,  au  moins  presque  autant  de  profondeur  dans 
l'étude  des  nations  modernes.  Son  génie  aspirait  à  l'universalité 
du  savoir.  Il  savait  tout  comprendre  et  il  voulait  comprendre 
tout.  Sa  curiosité  de  savoir  était  sans  bornes.  Il  écrivit  un  jour 
à  Schiller  qu'il  voudrait  à  sa  mort  laisser  le  moins  possible  der- 
rière lui  qu'il  n'eût  point  observé  et  étudié  d'une  manière  quel- 


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l6  ARTURO   FARINELLI 


conque  *.  Notre  vie  est  tellement  courte,  que  ne  l'employons- 
nous  à  la  connaissance  de  ce  qui  regarde  l'homme  et  sa  des- 
tinée ?  Observer,  juger,  discuter,  comparer,  classifier,  disséquer,  i 
tel  a  été  le  travail  constant  de  ce  philosophe  infatigable.  Si 
chez  lui  l'observation  a  tué  souvent  la  production,  elle  a,  d'autre 
part,  merveilleusement  élargi  son  entendement.  Schiller  ne  man- 
qua pas  de  lui  assurer  qu'on  n'atteint  point  la  perfection  indivi- 
duelle au  moyen  de  la  production,  mais  par  le  jugement  et  la 
jouissance  *.  Tout  imbu  qu'il  était  de  la  science  et  de  l'art  des 
anciens,  il  avouait  déjà,  dans  son  essai  Sur  Vétude  de  l'antiquité, 
que  l'étude  de  l'homme  aurait  gagné  surtout  par  l'étude  et  la 
comparaison  de  toutes  les  nations,  de  tous  les  pays  et  de  tous 
les  temps.  Il  aurait  savamment  employé  cent  vies  pour  tout 
embrasser  dans  le  cercle  de  ses  recherches.  Il  faut  lire  dans  ses 
lettres  à  Kôrner  ses  vastes  projets.  En  1793,  il  se  propose  d'étu- 
dier l'idéal  de  l'humanité  en  comparant  les  hommes  dans  les 
différents  âges  et  dans  les  différentes  nations  K  Quelques  années 
plus  tard  il  conçoit  le  projet  d'une  caractéristique  comparée  de 
tous  les  peuples.  Il  a  dû  borner  ses  travaux.  La  concentration, 
l'intensité  des  études,  ne  lui  importait  pas  moins  que  leur  éten- 
due. Dans  l'histoire  anthropologique  des  différents  peuples  qu'il 
avait  imaginée,  l'essentiel  était  de  saisir  le  trait  saillant,  qui 
revient  dans  toutes  les  manifestations  de  la  vie  et  leur  imprime 
son  cachet  particulier.  Humboldt  observe  et  juge  en  psychologue 
et  en  naturaUste  ;  il  ne  décrit  pas,  il  caractérise.  Ses  lettres  four- 
millent de  petits  aperçus  qui  sont,  en  eux-mêmes,  des  caracté- 
ristiques complètes.  Il  faut  lire  ce  qu'il  a  écrit  à  Paris,  dans  son 


1.  28  sept.  1795.  Briefwechsel  ivjiscJjen  Schiller  und  W.  von  Humboldt  in  den 
Jahren  ij^2  bis  iSoj,  hrg.  v.  Fr.  Muncker,  Stuttgart,  1893. 

2.  Lettre  du  22  juillet  1796.  Schillers  Briefe^  hrg.  von  F.Jonas,  V,  35. 

3.  Amichtenûher  Aest1)elik  utid  Litteratur  von  W.  von  Humbuldt.  Seitu  Britfe 
an  C.  G.  Kôrner^  hrg.  von  F.  Jonas.  Berlin,  1880,  p.  9.  Voir  aussi  W.  Schcrer, 
Kleine  Schrijtfn,  Berlin,  1893,  I,  202. 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  l^ 

essai  sur  le  théâtre  français,  dans  ses  lettres  à  Gœthe,  à  Schiller, 
à  Kôrner,  dans  son  admirable  épîire  à  Jacobi  (octobre  1798), 
pour  se  convaincre  de  la  finesse,  de  la  clarté,  de  la  précision,  de 
la  profondeur  de  ses  remarques.  Jamais  les  Français  n'ont  été 
mieux  caractérisés  que  par  la  plume  de  ce  savant  anthropologue 
et  esthéticien. 

Tout  en  se  bornant  à  ce  qui  lui  paraissait  essentiellement 
national  dans  l'esprit  et  dans  les  mœurs  des  Français,  tout  en 
fixant  ses  regards  plutôt  sur  le  passé  que  sur  le  présent 
(en  France,  disait-il,  on  s'attache  forcément  aux  siècles  écoulés, 
tandis  qu'en  Allemagne  on  aime  à  voir  et  à  vivre  dans  l'avenir), 
il  donne  un  tableau  de  la  vie  intérieure  de  ce  peuple  qui  étonne 
encore  aujourd'hui  par  sa  vérité  frappante  et  par  la  précision  sur- 
prenante des  détails. 

Ce  qui  distingue  la  méthode  d'observation  de  Humboldt  de 
celle  de  la  plupart  des  psychologues  modernes,  c'est  son  goût 
pour  la  beauté  pure.  C'est  par  l'esthétique  que  Humboldt  arrive 
à  la  connaissance  des  hommes  ;  c'est  l'esthétique  qui  l'amène  à 
la  caractéristique  des  nations  *.  En  effet  il  étudie  la  France  comme 
il  étudiera  plus  tard  l'Espagne  et  l'Italie,  au  point  de  vue  pure- 
ment esthétique.  Il  donne  à  plusieurs  reprises  des  preuves  philo- 
sophiques de  l'essence  de  la  beauté;  il  applique  son  principe 
dans  l'étude  de  la  tragédie  française  et  de  toutes  les  formes  de 
l'art  en  Grèce,  en  Allemagne  et  ailleurs  ;  une  fois  il  avoue  même 
que  le  but  principal  de  ses  observations  dans  ses  différents  voyages 
était  d'expérimenter  pratiquement  la  théorie  de  l'esthétique. 

Cette  théorie  faisait  peu  de  place  à  la  politique.  On  est  surpris 
que  l'homme  à  qui  l'on  confiera  un  jour  les  affaires  les  plus 
importantes  de  l'État,  le  ministre  en  Prusse,  le  plénipotentiaire  à 
Vienne,  ait  négligé  presque  à  dessein  et  obstinément  la  politique 


I.  Voir  R.   Haym,  fViïheîm   vjn  Humboldt.  Lebenshild  und  Charakteristik, 
Berlin,  1856,  p.  185. 

Revut  hispanique.  2 


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l8  ARTURO   FARINELLI 


dans  la  première  époque  esthétique  contemplative  de  sa  vie.  Au 
milieu  d*un  pays  en  flammes,  tel  que  Tétait  encore  la  France 
immédiatement  après  la  Révolution,  Humboldt  n'est  ni  dis- 
trait ni  touché  par  les  questions  brûlantes  qui  se  débattaient 
autour  de  lui.  Il  médite  tranquillement  et  sereinement  sur  le 
passé  et  reste  étranger  aux  luttes  du  présent,  vit  dans  la  société, 
dans  le  siècle  de  Louis  XIV.  «  La  politique,  je  ne  m'en  mêle 
guère  »,  écrit-il  de  Paris  à  Gœthe  en  1798.  Ses  considérations 
sur  l'action  de  l'État,  très  sensées  et  très  profondes,  peuvent  fort 
bien  se  passer  du  mouvement  politique  contemporain.  Dans 
l'étude  de  l'homme,  l'étude  de  ses  systèmes  politiques  est  secon- 
daire. Humboldt  saura  plus  tard  rivaliser  en  perspicacité  politique 
avec  les  hommes  d'État  les  plus  éminents  ;  sa  carrière  diploma- 
tique est  pleine  de  beaux  et  brillants  succès;  mais  le  penchant  à 
la  méditation,  à  la  contemplation  solitaire  l'a  dérouté  parfois 
dans  les  manèges  et  les  intrigues  des  affaires.  L'énergie  politique 
lui  a  presque  toujours  fait  défaut. 

Ce  que  Thomme,  de  même  qu'une  nation,  possède  de  plus 
individuel,  c'est  la  langue.  C'est  la  langue,  dit  Humboldt,  qui 
enchaîne  tout  dans  la  vie,  c'est  la  langue  qui  est  l'esprit,  l'âme 
véritable  d'une  nation,  l'organe  de  l'être  intérieur,  l'exhalation 
spirituelle  d'une  vie  nationale,  c'est  la  langue  qui  conduit  aux 
couches  les  plus  profondes  de  l'humanité.  Toute  recherche  du 
caractère  national,  toute  recherche  historique  doit  donc  partir  de 
l'étude  de  la  langue.  Tout  le  cercle  des  questions  qui  se  rattachent 
à  l'essence  du  langage  sert  à  l'étude  du  développement  graduel 
d'une  nation.  Une  langue  a  plus  ou  moins  de  valeur  à  mesure 
qu'elle  éveille  plus  ou  moins  d'idées  claires,  déterminées  et 
vivantes  dans  l'esprit  d'un  peuple.  C'est  une  étincelle  divine  qui 
a  donné  la  vie  à  la  langue.  Des  profondeurs  insondables  l'ont 
engendrée  *.  Vers  1812,  Humboldt  écrità  Jacobi  que  l'on  pour- 

I .  Voir  surtout  :  Ucber  das  Entstehen  der  grammatischen  Formen  und  ihren 
Einfluss  au/  die  Ideenentwickelung  ;  —  U^ber  die  Verschiedenhdi  des  memchUchen 
Sprachhaues. 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  I9 

rait  donner  des  principes  à  l'aide  desquels  on  pourrait  faire  déri- 
ver de  la  langue  l'esprit  d'une  nation,  son  origine,  son  caractère 
et  même  une  partie  de  son  histoire.  Si  Humboldt  a  poussé  trop 
loin  peut-être  la  croyance  à  l'omnipotence  du  langage,  s'il  a  adoré  le 
langage  de  l'homme  comme  une  sorte  de  divinité,  il  a  bien  indiqué 
par  là,  en  revanche,  le  moyen  le  plus  sûr  pour  arriver  à  la  connais- 
sance intime  d'un  peuple.  En  donnant  libre  carrière  à  ses  goûts 
pour  la  linguistique,  qui  envahit  bientôt  tout  le  domaine  de  sa 
pensée,  il  a  frayé  la  route  aux  recherches  scientifiques  posté- 
rieures, il  a  été  un  précurseur  génial  de  la  science  philologique 
moderne. 


I.    —  LES   VOYAGES.    ALEXANDRE   DE   HUMBOLDT   EN    ESPAGNE 

Pourvu  d'un  capital  de  connaissances  immense,  à  un  âge 
auquel  même  les  mieux  doués  tâtonnent  encore  dans  leurs 
études,  ami  et  confident  des  meilleurs  esprits  de  son  siècle, 
observateur  et  scrutateur  incomparable  de  la  vie  intérieure  des 
hommes,  épris  comme  son  frère  et  comme  J.-J.  Rousseau  des 
beautés  de  la  nature,  chercharvt  dans  la  nature  les  lois  qui 
régissent  notre  destinée,  poussé  par  le  désir  d'accroître  son  expé- 
rience, d'élargir,  d'approfondir  ses  idées,  de  confirmer  par  d'autres 
faits  et  d'autres  exemples  les  principes  inébranlables  qu'il  appli- 
quait habituellement  à  l'étude  des  hommes  et  de  leur  histoire,  il 
est  aisé  de  comprendre  quels  fruits  Kumboldt  tirera  de  ses 
voyages,  en  Suisse,  dans  le  Nord  de  l'Allemagne,  en  France,  en 
Espagne,  en  Italie.  Peu  d'hommes  ont  su  voyager  comme  Guil- 
laume de  Humboldt.  Plus  il  reste  à  l'étranger,  plus  il  perfectionne 
son  art  d'observation,  plus  sa  psychologie  acquiert  des  bases  sûres 
et  inébranlables.  Gœthe,  dans  ses  notes  de  voyages,  surpasse 
sans  doute  son  ami  dans  les  qualités  essentiellement  d'artiste  ; 
ses  esquisses  ont  les  contours  nets  et  déterminés  ;  même  en 
s'occupant  des  détails,  Gœthe  ne  donne  que  le  côté  vif  et  saillant 


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20  ARTURO   FARINELLI 


de  ce  qu'il  observe  ;  on  n'a  qu'à  gratter  légèrement  la  surface  de 
ses  descriptions  et  de  ses  réflexions  pour  y  retrouver  le  poète  et 
l'artiste.  Chez  Huraboldt,  la  faculté  pensante  prédomine;  les 
idées  le  maîtrisent  et  il  maîtrise  les  idées.  Il  met  tout  ce  qu'il  voit 
au  service  des  idées  ;  il  est  toujours  à  l'afiFût  des  causes  qui  ont 
produit  tel  ou  tel  phénomène  dans  la  vie  et  dans  la  destinée  d'une 
nation  ;  il  amasse  les  détails,  il  charge  son  pinceau  de  couleurs  ; 
partant,  les  tableaux  qu'il  achève  sont  plus  riches  en  effets,  même 
plus  complets  que  ceux  qui  sortent  de  l'imagination  bien  plus 
poétique  de  Goethe.  Les  mêmes  soins  que  Humboldt prodigue  à 
l'intérieur  des  choses,  il  les  prodigue  à  l'extérieur.  L'étude  de  la 
nature  est  pour  lui  le  complément  de  l'étude  de  l'homme.  S'il 
n'est  pas  poète  au  fond,  il  en  a  le  sentiment  et  souvent  même 
l'inspiration.  Il  lui  faut  bien  un  surcroît  d'émotion  pour  qu'il 
crée  des  vers  ;  mais  que  de  fois  ne  s'élève-t-il  pas  dans  sa  prose  à 
des  considérations  d'une  hauteur  inconcevable,  que  de  fois 
l'image,  le  symbole  ne  se  pressent-ils  pas  dans  les  contemplations 
et  dans  les  rêves  de  ce  penseur  solitaire  ! 

Autre  chose  est  connaître  scientifiquement  une  nation  étran- 
gère, autre  chose  en  connaître  et  en  comprendre  le  caractère 
intime;  des  livres,  des  mémoires,  des  relations  authentiques, 
d'autres  moyens  indirects  d'information  suffisent  au  premier  but  : 
on  n'atteindra  jamais  le  second  sans  être  allé  soi-même  à  l'étran- 
ger, sans  voir  sur  place  les  hommes  et  les  choses.  On  n'aura 
jamais  la  clef  du  génie  d'une  nation,  on  ne  saura  trouver  l'expli- 
cation de  quelques  particularités  étranges,  qui  suffisent  pour 
fourvoyer  notre  jugement,  pour  nous  faire  supposer  ridicule  ou 
grotesque  ce  qui  est  parfaitement  sérieux,  inhérent  au  caractère 
national  ;  on  n'entrera  jamais  dans  l'intimité  des  mœurs  d'un 
peuple  sans  avoir  communiqué  et  vécu  avec  lui  '.  C'est  dans  ce 
sens  que  Gœthe  approuvait  la  résolution  de  Humboldt  de  passer 


I.  Lettre  de  Jena,  26  mai  1799.  Gœthe' s  Briefivecbseî  mit  den  Gehrûdcrn  von 
Huwhohltyhrg.  von  Th.  Bratranek.  Leipzig,  1876,  p.  70. 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  21 

quelque  temps  en  Espagne.  Veut-on  vraiment  jouir  des  trésors 
d'une  littérature  étrangère,  on  fera  fort  bien  de  voyager  dans  la 
patrie  des  auteurs.  Des  lectures  assidues  ne  dédommagent  pas  de 
l'absence  de  contemplation  directe.  Gœthe,  qui  avait  vu  l'Italie 
et  qui  n'était  jamais  allé  en  Angleterre,  assurait  qu'il  goûtait  bien 
différemment  les  écrivains  des  deux  pays.  Les  premiers  par- 
laient, pour  ainsi  dire,  à  tous  ses  sens  et  lui  donnaient  une 
image  plus  ou  moins  complète  ;  les  seconds  étaient  toujours  livrés 
au  pouvoir  de  son  imagination,  il  ne  savait  pas  si  ce  qu'il  éprou- 
vait en  les  lisant  était  vrai  ou  faux.  De  même  Humboldt,  en 
répondant  à  Gœthe,  trouve  que  la  jouissance  complète  d'un  chef- 
d'oeuvre  ne  peut  être  acquise  que  dans  le  pays  qui  l'a  produit  '. 
«  Qui  n'a  jamais  connu  un  ânier  espagnol  avec  son  outre  sur  sa 
jument,  aura  toujours  une  image  assez  imparfaite  de  Sancho 
Panza.  Don  Quichotte  ne  peut  être  compris  entièrement  que  par 
celui  qui  a  visité  lui-même  l'Espagne  et  s'est  trouvé  en  contact 
avec  les  classes  des  personnes  dépeintes  par  Cervantes.  Toute 
chose  échappe  à  un  jugement  complet  si  elle  n'a  pas  été  vue  dans 
son  propre  pays.  » 

On  ne  voyageait  pas  si  vite  et  si  commodément  au  temps  de 
Humboldt  qu'au  nôtre,  c'est  certain;  mais  en  revanche  on  goûtait 
plus  les  voyages  alors  qu'aujourd'hui.  Dans  nos  cages,  rapidement 
traînées  de  province  en  province,  que  voyons-nous,  sinon  une 
partie  bien  minime  du  paysage  qui  fuit  devant  nos  yeux,  dispa- 
raissant aussitôt  qu'on  commence  à  le  contempler  ?  Nos  ancêtres 
voyaient  en  entier  ce  dont  nous  ne  voyons  que  des  fragments. 
Nous  embrassons,  dans  nos  voyages  à  toute  vapeur,  un  espace 
bien  plus  considérable  qu'eux  ;  mais  eux,  en  avançant  à  petites 
étapes,  pouvant  aisément  se  concentrer,  embrassaient  plus  d'idées, 
éprouvaient  plus  d'émotions.  Nous  simplifions  ce  qu'ils  compli- 


I.  Voir  le  commencement  de  son  admirable  description  du  Montserratj  dans 
le  Gœilje's  Briefw.y  p.  163  s.,  et  dans  les  Œiares,  III,  173. 


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22  ARTURO   FARINELLl 


quaient.  Ils  jouissaient  spontanément,  tandis  que  nous  nous 
imposons  une  jouissance  qui  est  bien  loin  de  nous  satisfaire  et 
qui,  en  fin  de  compte,  nous  laisse  froids,  malgré  notre  confort  réel 
ou  imaginaire.  Nous  voyageons  pour  nos  affaires  ou  pour  nous 
distraire;  les  voyages  au  temps  de  Humboldt  avaient  un  but 
éducatif  qu'ils  n'ont  plus  aujourd'hui  ;  ils  constituaient  un  élément 
fort  considérable  dans  la  vie  de  nos  ancêtres,  d'autant  plus  con- 
sidérable qu'ils  étaient  malaisés  et  difficiles  à  effectuer.  Pour  les 
Allemands  qui  vivaient  dans  la  fourmilière  d'idées  soulevée  par 
les  classiques  et  les  romantiques  à  la  fin  du  siècle,  un  voyage 
était  une  source  nouvelle  et  intarissable  de  plaisirs.  On  dévorait 
alors  les  récits  de  voyage  comme  on  dévore  aujourd'hui  les  nou- 
velles et  les  romans.  Ces  récits  ne  pullulaient  pas  comme  de  nos 
jours,  où  chaque  commis  écrit  ses  impressions,  chaque  jeune  fille 
ses  souvenirs,  mais  ils  étaient  moins  superficiels  sans  doute,  ils 
formaient  une  pâture  intellectuelle  fort  recherchée.  Les  mots  bien 
connus  de  Caroline  Schlegel  au  moment  où  allaient  paraître  les 
voyages  d'Archenholz  en  Angleterre  et  en  Italie  :  «  Je  meurs  si 
je  ne  les  lis  pas  »,  et  d'autres  expressions  analogues  que  j'ai 
rappelées  dans  une  étude  sur  les  relations  littéraires  entre  l'Alle- 
magne et  rE> pagne  '  donnent  bien  la  mesure  de  l'exaltation 
qu'excitaient  ces  friandises  littéraires,  exaltation  qu'on  a  peine  à 
comprendre  de  nos  jours.  Dans  le  cercle  des  femmes  surtout,  la 
curiosité  était  extrême  et  sans  bornes.  Heureuse  la  femme  de 
Humboldt  qui  pouvait  accompagner  son  mari  dans  ses  pèlerinages, 
jouir  comme  lui,  voir  comme  lui  tant  de  monde  en  raccourci. 
On  sait  ce  que  les  récits  de  voyage  fournissaient  d'agrément 
à  Schiller  et  comme  le  grand  poète  savait  en  profiter  pour  ses 
drames.  Les  voyages  de  Fôrster  et  des  deux  Humboldt  étaient 
une  sorte  de  révélation  pour  la  nation  allemande.  On  suivait  les 
grands  hommes  de  pays  en  pays,  pas  à  pas,  avec  un  intérêt  aussi 


I.  Deuischîands  iind  Spaniens  lilierdrische  Beiiehiingen,  III,  dans  la  Zeitsch.  f. 
vngU  Liiter.y  N.  F.,  VII,  302  s. 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  23 

vif  et  soutenu  que  s'il  s'était  agi  d'une  affaire  particulière.  On  ne 
cessait  d'importuner  les  amis  de  mille  questions.  Gœthe  était  à  la 
tête  de  ces  curieux  insatiables.  Du  premier  séjour  de  Guillaume 
de  Humboldt  en  France  il  se  promet,  pour  l'accroissement  de 
ses  connaissances,  de  grands  avantages,  qui  ne  lui  firent  pas  non 
plus  défaut.  Il  revient  à  la  charge  à  l'époque  du  premier  voyage 
de  Humboldt  en  Espagne.  Pour  mieux  s'instruire  il  affiche  une 
carte  du  royaume  des  Espagnes  à  la  porte  de  son  cabinet  d'étude 
et  c'est  ainsi  qu'il  refait  en  imagination,  à  l'aide  de  la  carte,  les 
différentes  étapes  de  son  ami.  D'autres  grands  travailleurs  de 
cabinet,  F.  A.  Wolf  et  F.  H.  Jacobi,  n'attendent  pas  avec  moins 
d'impatience  les  impressions  de  Humboldt  sur  l'Espagne,  et 
Humboldt  satisfait  les  désirs  de  tous;  il  écrit  de  longues 
épîtres  à  tout  le  monde,  surtout  à  Gœthe,  ce  centre  lumineux 
vers  lequel  se  dirigeait  tout  ce  qui  était  grand  et  humain;  il 
rédige  son  Tagebuch;  il  exerce  sur  tout  et  partout  son  talent 
d'observation,  dont  il  est  seul  à  posséder  le  secret.  Sa  femme 
l'aide  à  la  besogne.  C'est  de  ces  récits  intimes  aux  amis  et  aux 
confidents,  de  ces  notes  écrites  à  la  hâte,  au  fur  et  à  mesure, 
souvent  au  milieu  des  cahots  d'un  chariot  primitif,  traîné  par  des 
bêtes  de  somme  espagnoles,  que  se  compose  le  Voyage  en  Espagne 
de  Guillaume  de  Humboldt,  auquel,  pour  comble  de  malheur, 
la  partie  principale,  le  Tagebuch^  les  notes  de  Caroline  sur  l'art 
espagnol,  égarées  ou  détruites  au  cours  des  années,  font  défaut. 
Du  vaste  tableau  projeté  il  n'est  resté  qu'un  tronçon  informe, 
cruellement  mutilé,  qui  étonne  cependant  encore,  comme  les 
débris  d'une  statue  antique,  par  l'ampleur  des  lignes  et  l'harmonie 
des  proportions. 

Avant  de  mettre  le  pied  en  Espagne,  que  savait  Humboldt  de 
ce  pays  qui,  pour  la  plupart  des  Allemands,  et  même  pour  la 
plupart  des  Français  et  des  Italiens,  restait  encore  une  énigme  ? 
Nous  ignorons  quels  livres  concernant  l'Espagne  Humboldt  aura 
pu  lire  avant  son  départ.  Le  Don  Quichotte,  dans  l'original, 
ou  dans  une  des  fiûbles  traductions  qui  précédèrent  celle  de  Tieck, 


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24  ARTURO   FARINELLI 


Taura  charmé,  comme  il  charmait  toute  la  génération  de  penseurs 
et  d'écrivains  allemands  contemporains.  Son  frère  Alexandre 
qui,  dans  ses  lettres  de  jeunesse,  faisait  grand  étalage  d'expres- 
sions italiennes,  de  vers  de  Pétrarque  et  surtout  de  Métastase 
qui  était  alors  à  la  mode,  rappelle  une  fois,  en  juin  1788,  en 
écrivant  à  son  ami  Wegener  %  un  dicton  de  Sancho  assez  connu. 
Quelques-unes  des  chansons  populaires  recueillies  et  traduites 
par  Herder  [Stimmen  der  Vôlker  in  Liedern)^  qui  venaient  de  jeter 
de  nouveaux  germes  de  poésie  dans  le  cœur  des  Allemands, 
donnaient  à  Guillaume  de  Humboldt  une  idée  bien  mince  de 
la  poésie  lyrique  espagnole.  Il  écrit  là-dessus  ses  impressions  à 
Schiller.  Il  trouve  charmante  la  traduction  :  Dit  Entfernte, 
(Die  silbernen  Wellen  des  heil'gen  Ibero  |  Sie  sahen  Auroren 
und  strahlten  ihr  Bild,  etc.);  il  en  loue  la  mesure,  qui  rehausse,  par 
sa  beauté  et  sa  souplesse,  le  contenu  de  la  pièce.  Madtrâ^  au 
contraire,  fatigante  par  sa  longueur,  n'était  pas  de  son  goût  *. 

L'Espagne  n'est  presque  jamais  nommée  dans  les  écrits  de 
Humboldt  antérieurs  à  son  voyage.  S'agissait-il  de  comparer  un 
peuple  avec  un  autre,  la  civilisation  ancienne  avec  la  civilisation 
moderne  (et  les  comparaisons,  comme  l'on  sait,  coulaient  abon- 
dantes de  la  plume  du  grand  penseur),  l'Espagne  était  négligée, 
oubliée,  comme  une  grande  île  encore  à  découvrir  au  milieu  de 
l'Océan.  Plusieurs  des  projets  d'études  qui  s'entassaient  dans  cette 
vaste  cervelle  auraient  dû  maintes  fois  diriger  la  pensée  vers 
l'Espagne.  Ces  projets,  tout  féconds  qu'ils  étaient,  avortèrent.  Au 
mois  de  septembre  1795,  Humboldt  écrit  à  Schiller  qu'il  veut 
étudier  la  poésie  idyllique  chez  les  différentes  nations  pour  en 
tirer  des  conclusions  sur  la  ressemblance  entre  les  Grecs  et  les 


1.  Jugendhriefe  A.  von  Humboldt  an  G.  Gàbr.  Wegener^  hrg.  von  A.  Leitz- 
mann,  Leipzig,  1896,  p.  6,  ici. 

2.  Briefwechseî  ^iscJjen  Schiller  und  W.  v.  Humboldt  (18  août  179s),  2  p.  84. 
Voir  aussi  la  lettre  du  25  août  1795  qui  rappelle  deux  variantes  proposées  par 
Humboldt  à  Herder. 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  2$ 

Allemands.  Cette  étude,  qui  resta  parmi  les  beaux  rêves  de 
Humboldt,  aurait  dû  prendre  en  considération  la  poésie  pastorale 
espagnole  à  son  origine  et  dans  son  développement  successif.  La 
France,  l'Angleterre,  l'Italie  avaient  intéressé  Humboldt  tour  à 
tour.  On  connaît  ses  études  caractéristiques  sur  les  Français.  Il 
compare  une  fois  la  fantaisie  des  Italiens  avec  celle  des  Anglais  et 
des  Allemands  ;  les  Italiens  ne  peuvent  guère  trahir  leur  sensua- 
lité et  leur  exubérance;  les  Anglais  ont  plus  de  profondeur  et 
d'exaltation  ;  les  Allemands  plus  de  sentiment  ;  des  Espagnols,  il 
n'aurait  rien  su  dire'.  Une  fois  cependant,  c'était  au  cours  de 
son  voyage  dans  l'Allemagne  du  Nord,  dans  une  visite  qu'il  fit  à 
Eutin  à  J.  H.  Voss,  il  avait  entendu  se  prononcer  sur  les  poètes 
espagnols  le  célèbre  traducteur  de  VlliadCy  qui  approuvait  dans  la 
poésie  moderne  tout  ce  qui  rappelait  en  quelque  sorte  Homère, 
et  condamnait  tout  ce  qui  n'était  pas  homérique  :  «  C'est  à  ce 
point  de  vue,  écrit  Humboldt  dans  les  souvenirs  de  ce  voyage*, 
que  Voss  juge  les  poètes  de  tous  les  temps  et  de  toutes  les 
nations.  Il  en  connaît  beaucoup  et  très  exactement,  même  les 
Espagnols  et  les  Portugais  '  ». 

C'est  par  hasard  que  Guillaume  de  Humboldt  se  trouva  un 
beau  jour  sur  la  terre  d'Espagne.  La  fièvre  des  voyages  poussait  par 
centaines  les  enthousiastes  allemands,  poètes,  artistes  et  rêveurs 
vers  le  pays  où  fleurissent  les  citronniers.  Humboldt,  lui  aussi, 
se  vit  bientôt  entraîné  dans  le  tourbillon  des  grands  amateurs  de 
l'Italie.  Il  a  beau  avouer  à  Schiller  qu'il  sentait  trop  peu  développé 
en  lui-même  le  sentiment  de  l'art  pour  jouir  pleinement  des 


1.  Lettre  à  Schiller,  6  novembre  1795. 

2.  Tagdnich  W.  von  Humboldts  von  seiner  Reise  nach  Norddeutschland  imjahre 
1796,  hrg.  V.  A.  Leitzmann,  Weimar,  1896,  p.  67. 

3.  Par  Tétude  biographique  très  consciencieuse  de  W.  Herbst,  Johann 
Heinrich  Voss,  vol.  I,  Leipz.,  1873,  P-  80,  nous  savons  seulement  que  Voss 
avait  appris  l'espagnol  avec  son  ami  Kahn,  pendant  Thiver  de  1773-74,  et  qu*il 
lisait  passionnément  Cervantes,  I,  227  ;  II,  104. 


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26  ARTURO   FARINELLI 


trésors  de  l'Italie  ;  il  a  beau  sourire  de  ceux  qui  mouraient  d'envie 
et  d'impatience  de  se  promener  sous  le  doux  ciel  du  Midi;  il  a 
beau  déclarer  que  l'Angleterre  et  la  France,  et  tout  autre  pays 
vraiment  industriel,  en  plein  développement  de  ses  forces,  offrait 
aux  voyageurs  un  champ  d'observation  bien  plus  vaste  que 
l'Italie,  il  n'échappa  point  à  la  contagion  générale.  Il  avait  au 
surplus  la  soif  inassouvissable  de  l'antique;  le  désir  de  voir 
l'Italie,  qui  offrait,  à  son  avis,  l'ombre  de  la  civilisation  ancienne 
détruite  et  ensevelie,  l'éperonnait  de  plus  en  plus.  En  1797,  il 
veut  sérieusement  entreprendre  son  pèlerinage  dans  le  Midi.  Les 
troubles  que  les  expéditions  de  Bonaparte  venaient  d'y  causer 
l'arrêtent  et  lui  ferment  la  route.  De  même  que  Goethe,  qui 
voyait  à  la  même  époque  échouer  ses  beaux  projets  de  voyage  en 
Italie,  Humboldt  diffère  son  voyage  de  mois  en  mois;  il  y 
renonce  enfin  après  deux  mois  d'attente.  Il  se  décide  alors  à 
aller  en  Espagne,  pour  voir  au  moins  une  nation  méridionale, 
comme  il  écrit  à  Goethe  *.  Le  24  décembre  1798,  Caroline  de 
Humboldt  écrit  à  Charlotte  Schiller  qu'elle  ira  avec  son  mari  et 
ses  enfants  jusqu'aux  Pyrénées;  Guillaume  passerait  ensuite  en 
Espagne,  où  il  comptait  rester  quelques  mois  ^.  Ce  plan  conçu, 
il  restait  à  le  modifier  et  à  l'exécuter.  On  voulait  déjà  quitter 
Paris  au  mois  de  mars  1799.  En  février,  Caroline  annonce  à 
Rahel  Lewin  son  prochain  départ  K  Humboldt  aurait  voulu 
traverser  l'Espagne  et  le  Portugal,  et  arriver  jusqu'à  Lisbonne  ^. 
On  rêvait  même  de  passer  un  hiver  à  Valence.  Les  descriptions 
de  cette  contrée  privilégiée  qui  sortaient  de  la  plume  enthousiaste 


1.  Gcttix's  Briejw.  mit  den  Geb.  v.  Humboldt,  Lettre  du  20  décembre  1799, 
p.  211. 

2.  E.  Gleichen-Russwiam,  Onirlotte  von  Schiller  tind  ihre  Frentide^  Stuttgart, 
1862,  I,  178. 

3.  Briefwechstl  ;wischen  Karoline  von  Humboldt,  Rahel  und  Varnhagen,  hrg. 
von  A.  Leitzmann,  Weimar,  1896  (Lettre  du  2  février  1797),  p.  2$. 

4.  Lettre  de  G.  de  Humboldt  à  Goethe,  18  mars  1799. 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  27 

de  C.  A.  Fischer  et  qui  ne  devaient  pas  manquer  leur  effet  en 
Allemagne,  les  lettres  qu'Alexandre  de  Humboldt  écrivait  de 
Valence  étaient  sans  doute  pour  quelque  chose  dans  ce  projet  qui 
avorta  comme  tant  d'autres.  Il  fallait  songer  aux  enfants.  Le  gra- 
veur G.  Christian  Gropius,  le  même  qui  aida  Caroline  dans  ses 
recherches  artistiques  et  qui  eut  plus  tard  une  place  assez  consi- 
dérable dans  le  cœur  de  cette  femme  * ,  accompagna  la  caravane. 
Le  pauvre  Geoffroi  Schweighaeuser,  Tami  de  Humboldt,  qui 
figura  plus  tard  parmi  les  plus  célèbres  philologues  et  archéo- 
logues de  l'Alsace,  et  qui  avait  longtemps  caressé  le  beau  rêve 
d'un  voyage  en  Espagne  avec  la  famille  Humboldt,  fut  rappelé  à 
l'improviste  sous  les  drapeaux.  Toutes  les  démarches  qu'il  fit 
pour  échapper  au  service  échouèrent. 

Le  8  août  1799,  Guillaume  de  Humboldt  annonce  à  Schweig- 
haeuser son  départ,  qui  aura  lieu  dans  huit  ou  dix  jours  :  «  Cette 
perspective  me  réjouit;  la  seule  chose  qui  me  préoccupe  est  la 
crainte  que  ma  femme  n'ait  pas  autant  de  plaisir  que  moi  et  ne 
trouve  pas  de  compensations  suffisantes  aux  ennuis  que  je  prévois 
pour  elle  ^.  »  Cette  crainte  n'était  pas  fondée.  Malgré  les  désa- 
gréments continuels  du  voyage,  Caroline  trouva  en  Espagne 
non  moins  de  plaisir  et  de  distraction  que  son  mari.  Dans  la 
seconde  moitié  d'août  1799,  deux  mois  après  qu'Alexandre  de 
Humboldt  se  fut  embarqué  à  la  Corogne  pour  l'Amérique, 
Guillaume  de  Humboldt,  sa  femme  Caroline,  ses  deux  enfants  et 


1.  C'est  sans  doute  avec  ce  Gropius,  qui  fut  plus  tard  consul  général 
d'Autriche  en  Grèce,  et  non  point  avec  le  décorateur  célèbre  Karl  Wilhelm 
Gropius,  que  Byron  eut  maille  à  partir  en  Grèce.  Voir  ses  notes  au  ic""  chant 
de  Chiîde  Harold, 

2.  Voir  :  Guillaume  de  Humboldt  et  Caroline  de  Hutnholdt.  Lettres  à  Geoffroi 
Schweighaeuser,  traduites  et  annotées  sur  les  originaux  inédits ^  par  A.  Laquiante, 
Paris,  Nancy,  1893,  p.  194  s.  —  Sur  un  curieux  projet  de  fonder  à  Paris  un 
journal  allemand  dont  on  voulait  confier  la  rédaction  à  Schweighaeuser,  voir 
une  note  de  L.  Geiger,  Eine  deutsche  Zeitschrift  in  Frankreichy  dans  la  Zeitsch,  /. 
vergl.  Litter.  N.  P.,  X,  350  s. 


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28  ARTURO   FARINELLI 


Gropius  quittaient  Paris,  et  se  dirigeaient  vers  les  Pyrénées  et 
l'Espagne  \ 

Le  voyage  d'Alexandre  de  Humboldt  en  Espagne  (fin  de 
décembre  1798-commencement  de  juin  1799)  a  eu  évidemment 
quelque  influence  sur  le  voyage  en  Espagne  de  son  frère- 
Guillaume  suivra  plus  tard  en  partie  les  étapes  d'Alexandre.  Si  le 
naturaliste  visite  le  Montserrat,  son  frère  fera  aussi,  dans  un 
autre  but,  la  même  excursion.  Si  Alexandre  admire  la  Catalogne 
et  compare  son  industrie  avec  celle  de  la  Hollande,  Guillaume 
sera  de  même  épris  de  l'activité  laborieuse  des  Catalans  et  fera 
la  même  comparaison  que  son  frère.  Si  Alexandre  s'arrête  aux 
ruines  de  Sagonte  pour  déterminer  la  position  des  ruines  du 
temple  de  Diane,  Guillaume  y  passera  aussi  quelque  temps  et 
étudiera  le  théâtre  et  le  cirque.  Si  Alexandre  reçoit  à  Madrid  et 
ailleurs  des  preuves  touchantes  de  bienveillance  de  la  part  du 
ministre  éclairé  Don  Mariano  Luis  de  Urquijo,  du  baron  Forell, 
ambassadeur  de  Saxe  à  la  cour  d'Espagne,  du  marquis  Iranda  et 
d'autres  encore;  s'il  a  été  honoré,  fêté  par  tout  le  monde  comme 
jamais  peut-être  étranger  en  Espagne;  si  on  lui  aplanit  en  Espagne 
tous  les  obstacles  pour  l'accomplissement  de  son  grand  voyage  équi- 
noxial,  Guillaume  recevra  plus  tard  les  mêmes  témoignages  de 
respect  et  de  dévouement;  il  sera  charmé  lui  aussi  de  l'hospitalité 
entière  et  cordiale  des  Espagnols. 

Les  naturalistes  allemands,  bien  plus  que  les  littérateurs  et  les 
historiens,  parcouraient  l'Espagne  à  la  fin  du  siècle  passé.  Depuis 
les  exploitations  des  Fugger  %  les  mines  de  la  péninsule  étaient 
aveuglément  confiées  à  des  Allemands  qui  les  travaillaient   à 


1.  Encore  le  21  août  Metzger  écrivait  à  Schweighaeuser:  «La  famille  de  Hum- 
boldt n'est  pas  encore  partie  :  je  la  retiens  aussi  longtemps  que  je  puis,  car  je 
crains  pour  la  sûreté  des  routes  entre  Bordeaux  et  Bayonne,  et  je  serais  incon- 
solable si  elle  était  exposée  à  un  accident  quelconque.  » 

2.  Voir  les  études  de  K.  Haebler,  Die  Geschichle  der  Fugger' schen  Handïung  in 
Spanien^  Weimar,  1896, et  deR.  Ehrenbcrg,  DasZeitalterder  Fugger,  Jena,  1896. 


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GUILLAUME   DE  HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  29 

leur  grand  avantage  et  en  empochaient  l'argent.  Les  richesses 
naturelles  inconnues  attirèrent  en  Espagne  et  en  Portugal 
quelques  savants  de  mérite  du  Nord  '.  Quelques-uns,  comme 
Herrgen,  vinrent  s'établir  à  Madrid  et  y  firent  école.  Il  faut  lire 
dans  leur  correspondance,  fort  rare  d'ailleurs,  à  leurs  amis 
d'Allemagne,  à  Moll,  à  Willdenow,  à  Karsten,  à  d'autres,  l'histoire 
de  leurs  efforts,  de  leurs  études  et  de  leurs  pénibles  succès.  On 
réussit  cependant  à  établir  à  Madrid  une  chaire  passable  de  miné- 
ralogie, occupée  par  un  professeur  allemand;  on  fit  venir 
des  livres  d'Allemagne;  on  noua  des  relations  durables  avec 
Qvanilles,  Ortega  et  les  meilleures  têtes  du  pays;  on  enrichit, 
on  créa  même  des  collections  et  des  musées.  Mais  les  communi- 
cations avec  l'étranger  étaient  extrêmement  difficiles  :  «  On  vit 
ici  en  Espagne,  écrit  le  baron  de  Forell  à  Moll,  pendant  l'été 
de  1801,  complètement  isolé  de  la  société  humaine;  les 
livres  mettent  un  demi-siècle  à  arriver  jusqu'à  nous.  »  L'isole- 
ment engendre  l'ennui.  «  Ce  pays  ne  me  plaît  guère  »,  écrivait 
Herrgen  à  Moll,  après  dix-sept  années  de  séjour  en  Espagne  ^. 
Alexandre  de  Humboldt  n'eut  pas  à  se  plaindre,  il  n'eut  point  de 
regret  ni  de  mélancolie  pendant  les  dix  mois  qu'il  passa  en 
Espagne.  N'eût  été  Timpatience  de  s'embarquer  pour  l'Amérique, 
il  y  aurait  prolongé  sans  doute  son  séjour,  tellement  il  se  trouvait 
à  son  aise. 


1.  Tel  le  médecin  G.  H.  von  Langsdorff,  Vautçur  dos  Bemtrkungen  auf  einer 
Reise  umdie  IVelt  in  dm  Jahren  180)  bis  iSoy^  Frankfurta.  M.,  181 2,  qui  visita 
TEspague  et  le  Portugal  en  1797  avec  le  prince  Christian  von  Waldeck.  Il  n'a 
pas  imprimé,  paraît-il,  son  voyage  en  Portugal,  qu'il  rappelle  dans  la  Préface 
de  son  grand  ouvngQ  (^Bernerkungetty  Vortrinnerung ,  etc.)  :  «  Unterdessen  hatte 
ich  meine  damais  schon  ansehnliche  naturhistorische  Sammlung  von  Lissabon 
nach  Hamburg  und  Gôttingen  schicken  lassen,  wohin  ich  mich  selbst  begab, 
um  dort  meine Reisebemerkungen  ùber  Portugal  auszuarbeiten  ». 

2.  Lettre  du  9  juillet  1801.  Voir  Mol? s  Mittheilungen  ausseinem  Briejwechsely 
II  Abih.,  1836,  p.  321. 


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30  ARTURO   FARINELLI 


Il  y  trouva  de  véritables  amis  et  des  admirateurs  '  tels  que 
l'abbé  Cavanilles,  «  aussi  remarquable  par  la  variété  de  ses  con- 
naissances que  par  la  finesse  de  son  esprit  ^  ».  Don  Gisimiro 
Ortega,  Tabbé  Pourret,  les  savants  auteurs  de  la  Flore  du 
Pérouy  MM.  Ruiz  et  Pavan,  Clavijo,  le  traducteur  de  Buffon 
et  le  rédacteur  du  Pensador  :  «  un  bon  vieillard,  disait  Herrgen, 
mais  faible  et  mal  dirigé  »,  le  chimiste  Proust,  Herrgen 
et  d'autres  encore.  Il  voyage  en  savant,  les  yeux  tournés  bien  plus 
vers  la  nature  que  vers  les  hommes,  absorbé  dans  ses  études, 
déterminant  à  l'aide  du  baromètre  la  hauteur  des  diflférents 
plateaux  de  TEspagne,  fixant  par  des  moyens  astronomiques  la 
position  de  plusieurs  points  importants  pour  la  géographie 
physique  de  l'Espagne,  faisant  des  conjectures  fort  ingénieuses 
sur  le  soulèvement  du  grand  plateau  central,  recueillant  partout 


1.  Voyage  aux  régions  équinoxiales  du  Nouveau  Continent ,  fait  en  ij^^t  1800, 
180J,  1802,  180S  et  iSo4y  rédigé  par  A.  de  Humboldt  et  A,  Bonpland.  Première 
partie.  Relation  historique,  Paris,  1814,  vol.  I.  Ch.  i,  p.  48.  Je  ne  connais  guère 
la  traduction  espagnole,  extrêmement  rare,  de  ce  voyage  :  Fiage  à  las  R^iones 
Equinocciaïes  del  Nuevo  Continente,  ij^^  hasta  1804.  Paris,  1826.  C'est  dans 
son  étude  :  Ueber  die  Gestalt  und  das  Klima  des  Hochlandes  in  der  iberischen 
Halhinsel.  Aus^ug  eines  Schreihens  an  Hcrrn  Prof.  Berghaus,  insérée  dans  Herthas, 
Zeitsch.  f.  Erd-Volheru.  Staatenkunde,  I  Jahrg.4.  B.  I  Heft.  Stuttgan,  Tùbingen, 
1825,  p.  5  s.,  qu'Alexandre  de  Humboldt  a  donné  une  partie  du  Tagebuch  de  son 
voyage  scientifique  en  Espagne,  en  1 799,  que  pendant  bien  des  années  il  suppx)- 
sait  perdu.  C'est  laque  l'on  peut  exactement  suivre  sa  route,  durant  sa  traversée 
rapide  de  l'Espagne.  Il  a  vu  entre  autres  elToboso,  le  village  immortalisé  par 
Cervantes  ;  il  est  resté  quelque  temps  à  Aranjuez  («  In  der  heissen  Jahreszeit 
ein  staubiger  und  ungesunder  Aufenthalt»,  p.  12);  il  a  passé  quelques  jours  à 
La  Granja,  A  San  Ildefonso  et  à  l'Escorial  avant  de  partir  le  14  avril  pour  le 
Nord  de  l'Espagne.  D'après  ce  Tagebuch,  on  sait  qu'Alexandre  de  Humboldt 
avait  entamé  une  correspondance  scientifique  avec  quelques  savants  espa- 
gnols. 

2.  Cavanilles  était  connu  en  Allemagne  par  sa  réponse  à  l'article  «Espagne» 
de  la  Nouvelle  Encyclopédie,  traduite  parBiester.  Voir  :  Don  A.f.  Cavanilles  ûher 
den  gegenwàrtigen  Zustand  von  Spanien,  aus  der  fran^ôsischen  Urschrift  des  spani- 
schen  Verf assers,  Berlin,  1785. 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT   ET    L  ESPAGNE  3I 

des  plantes  et  des  minéraux  %  forcé  souvent  de  continuer  ses 
expériences  dans  de  mauvaises  «  ventas  »  et  dans  de  pitoyables 
chaumières.  A  Valence,  l'insolence  de  la  populace  l'inquiète;  il 
doit  attendre  la  nuit  pour  achever  ses  observations  *;  à  Martorell, 
aux  pieds  du  Montserrat,  il  regarde  la  lune,  et  trente  personnes 
qui  l'environnent  croient  qu'il  l'adore. 

Quoique  l'hiver  fût  rude  et  long,  il  n'eut  à  souffrir  de  l'inclé- 
mence du  temps  qu'en  Qstille.  Dans  ses  lettres  à  Willdenow, 
à  Zach,  que  son  biographe  Bruhns  a  imprimées,  il  exprime 
son  étonnement  au  sujet  de  la  végétation  luxuriante  de  la 
Catalogne  et  de  Valence  :  «  Vous  malheureux,  dit-il  en  s'adressant 
à  ses  amis  de  l'Allemagne,  c'est  à  peine  si  vous  trouvez  de  quoi 
vous  chauffer,  et  moi  j'erre  ici  parmi  des  orangers  en  fleur,  le 
front  baigné  de  sueur,  mes  pieds  foulent  des  champs  arrosés  par 
mille  canaux  et  qui  donnent  cinq  moissons  par  an.  Au  milieu  de 
cette  exubérance  de  plantes  et  de  fleurs,  entouré  de  ces  types 
humains  d'une  beauté  indescriptible,  on  a  vite  oublié  les  désa- 
gréments du  voyage,  le  manque  de  confort  dans  les  auberges, 
où  l'on  ne  trouve  souvent  pas  même  du  pain  à  manger.  En 
Catalogne  et  à  Valence,  le  pays  est  un  jardin  éternel,  encadré  de 
cactus  et  d'agaves  ;  au-dessus  des  cloîtres,  les  dattiers  chargés  de 
fruits  s'élèvent  à  quarante  et  cinquante  pieds  de  hauteur.  La 
campagne  n'est  qu'une  forêt  d'oliviers,  de  citronniers.  Près 
de  Balaguer,  à  l'embouchure  de  l'Ebre,  une  plaine  de  dix  milles 
de  longueur  est  toute  parsemée  de  palmiers,  de  pistachiers,  de 
roses  de  toute  espèce.  Les  bruyères  sont  en  fleur;  même 
au  milieu  de   haies  d'épines,  les  narcisses  fleurissent.  Aucune 


1.  Déjà  en  1797  A.  de  Humboldt  avait  vu  à  Dresde  la  riche  collection  de 
minéraux  espagnols  et  américains  du  baron  Rachvvitz.  Voir  K.  Bruhns, 
Alexander  von  Humboldt  y  Leipzig,  1872, 1,  241. 

2.  Ce  fut  Cavanilles  qui  publia  le  premier  dans  les  i4«a/«  de  Jnstorîa  natural, 
I,  86  s.,  les  résultats  des  nivellements  barométriques  et  des  observations  hypso- 
métriques  de  A.  de  Humboldt,  mêlées  à  des  notes  inexactes  de  Thalacker. 


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32  ARTURO   FARINELLI 


ville  de  l'Europe  ne  peut  être  comparée  à  Valence  pour  l'épa- 
nouissement de  la  vie  végétale.  On  croit  n'avoir  jamais  vu  ni 
arbres,  ni  feuilles,  lorsqu'on  aperçoit  ces  palmiers,  ces  dattiers, 
ces  manoques.  De  beaux  édifices  ornent  les  côtes  de  la  mer.  En 
Catalogne,  l'industrie  n'est  guère  inférieure  à  celle  des  Pays-Bas. 
On  fabrique  des  tissus  dans  tous  les  villages  ;  on  construit  des 
vaisseaux;  tout  le  monde  travaille.  Nulle  part,  l'agriculture  et 
l'horticulture  ne  sont  si  avancées  en  Europe  qu'entre  Qstellon  de 
la  Plana  et  Valence.  » 

En  voilà  assez  pour  exciter  l'imagination  des  fils  du  Nord, 
plongés,  en  hiver,  dans  la  brume,  la  neige  et  la  glace.  On 
comprend  que  Guillaume  de  Humboldt  ait  songé  une  fois  à 
passer  un  hiver  à  Valence.  On  comprend  aussi  comment  le  poète 
Frédéric  Schulz,  l'auteur  de  Léopoldine  et  des  Lettres  sur  Paris 
et  Us  ParisienSy  a  pu  penser  sérieusement  à  passer  à  Valence  les 
dernières  années  de  sa  vie  '. 

Les  plateaux  de  la  Castille,  dénuées  de  toute  végétation,  ne 
pouvaient  que  refroidir  l'enthousiasme  d'Alexandre  de  Humboldt. 
A  Madrid,  les  afiaires,  les  préparatifs  du  grand  voyage  équinoxial 
l'attendaient.  Au  mois  de  mars,  il  est  présenté  à  la  cour 
d'Aranjuez;  le  roi  l'accueille  avec  bienveillance  et  lui  prodigue 
ses  faveurs.  Sa  demande  d'autorisation  à  visiter  l'intérieur  de 
l'Amérique  espagnole  est  appuyée  par  le  ministre  Urquijo;  on 
lui  accorde  tout  ce  qu'il  veut  avec  une  facilité  et  une  amabilité 
étonnantes.  Il  quitte  la  capitale  au  mois  de  mai  pour  se  rendre  à 


I .  Alfieri  n*était  pas  moins  enchanté  de  Valence  que  les  Allemands.  Voir  les 
souvenirs  de  son  voyage  en  Espagne  en  1771  et  1772  dans  sa  Vita,  chap.  xii  : 
«  La  posizione  locale  délia  cita  di  Valenza  e  il  bellissimo  azzurro  del  di  lei 
cielo,  e  un  non  so  che  di  elastico  ed  amoroso  nell'  atraosfera  ;  e  donne  i  di  cui 
occhi  protervi  mi  faceano  bestemmiate  le  Gaditane  ;  e  un  tutto  insomma  si  fatto 
mi  si  appresentô  in  quel  favoloso  paese,  che  nessun'  altra  terra  mi  ha  lasciato 
un  taie  desiderio  di  se,  ne  mi  si  riaffaccia  si  spesso  alla  fantasia  quanto 
codesta.  » 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT  ET   L  ESPAGNE  33 

la  Corogne.  La  neige  couvrait  encore  les  cimes  et  les  pentes  gra- 
nitiques du  Guadarrama  ;  mais  dans  les  vallées  profondes  de  la 
Galice,  qui  rappellent  les  sites  les  plus  pittoresques  de  la  Suisse 
et  du  Tyrol,  des  schistes  chargés  de  fleurs  et  des  bruyères 
arborescentes  tapissaient  tous  les  rochers.  D'Astorgaà  la  Corogne, 
surtout  depuis  Lugo,  les  montagnes  s'élèvent  graduellement,  la 
nature  devient  de  plus  en  plus  imposante.  Il  fallut  attendre  dix 
jours  à  la  Corogne  avant  de  s'embarquer.  Ce  retard  parut  bien 
long  à  Humboldt.  Les  beautés  du  paysage  le  dédommagent  du 
retard  forcé;  il  visite  ces  vallées,  qu'on  négligeait  alors,  comme 
on  les  néglige  aujourd'hui  *  ;  il  prépare  ses  plantes,  et  continue  ses 
observations  et  ses  expériences.  L'heure  du  départ  arrive  enfin; 
au  moment  de  quitter  l'Europe,  son  agitation  arrive  à  son  comble. 
Il  va  entrer  dans  une  vie  nouvelle,  il  sera  bientôt  séparé  de  tout  ce 
qu'il  aime  le  plus  au  monde;  il  éprouve  un  isolement  pénible  qu'il 
n'avait  jamais  éprouvé  jusqu'alors.  La  nuit  survient,  le  «  Pizarro  » 
hisse  ses  voiles  et  quitte  le  port  avec  une  lenteur  extrême. 
Les  yeux  du  savant  restent  fixés  sur  le  château  de  Saint-Antoine 
où  le  malheureux  Malaspina  gémissait  alors  dans  une  prison 
d'État.  On  dépasse  la  tour  d'Hercule  et  on  gagne  peu  à  peu  le 
large;  le  dernier  objet  que  l'on  aperçoive  sur  les  côtes  d'Espagne 
c'est  la  lumière  d'une  cabane  de  pêcheurs  ;  au  milieu  de  la  nuit 
obscure,  elle  apparaissait  par  intervalles  au-dessus  des  flots  agités, 
se  confondant  parfois  avec  la  lumière  des  étoiles  qui  se  levaient  à 
l'horizon.  Que  de  souvenirs  s'éveillaient  alors  dans  l'imagination 
de  Humboldt,  que  d'émotions  il  éprouvait  en  quittant  l'Espagne, 
lancé  désormais  dans  un  monde  inconnu!  Il  avait  un  but  à 
poursuivre  et  il  le  poursuivait  malgré  tout,  avec  une  constance 
et  une  ténacité  à  toute  épreuve,  avec  un  enthousiasme  qu'on 
pourrait  appeler  poétique.  Sa  devise  :  «  L'homme  doit  vouloir 


I.  Robert  Southey  est  un  des  premiers  étrangers  qui  aient  visité  la  Galice 
avec  amour  et  intérêt.  Voir  ses  Letters  wrilten  during  a  journey  in  Spain  and  a 
short  résidence  in  Portugal.  London,  1808,  I,  19  s.  (i'*  édition  :  London,  1797). 

Rjnntt  hispanique.  ^ 


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34  ARTURO   FARINELLI 


le  grand  et  le  bon  »,  il  Ta  souvent  répétée  dans  ses  lettres  écrites 
d'Espagne.  La  destinée,  qui  aurait  pu  lui  être  défavorable,  le 
seconda  au  contraire  dans  toutes  ses  aspirations  et  dans  toutes 
ses  entreprises. 

n.    —   PREMIER   VOYAGE    DE    GUILLAUME    DE    HUMBOLDT    EN 
ESPAGNE.    —   LE   SÉJOUR   A    MADRID. 

C'est  avec  bien  moins  d'émotion,  sans  préoccupation 
sérieuse  pour  Tavenir,  en  simple  dilettante  qui  aime  à  observer 
et  à  profiter  de  ses  obser\*ations,  que  Guillaume  de  Humboldt  a 
traversé  l'Espagne  :  «  Comme  nous  avons  l'intention  de  ne  nous 
arrêter  nulle  part  plus  qu'il  ne  sera  nécessaire  pour  voir  le  pays, 
écrivait  Caroline  de  Humboldt  ;\  son  père,  notre  voyage  ne  sera 
qu'un  vol  rapide.  »  Ce  voyage,  il  faut  le  recomposer  au  moyen 
de  fragments  de  lettres,  écrites  soit  par  Humboldt  lui-même, 
soit  par  sa  femme,  aux  parents  et  aux  amis  d'Allemagne,  à  Goethe 
et  à  Schiller,  à  Lotte  Schiller,  à  Wolf,  à  Jacobi,  à  Schlabren- 
dorf,  à  Schweighaeuser  '. 

Guillaume  de  Humboldt  et  sa  femme  regardent  et  étudient  la 
nature  avec  le  même  intérêt;  mais,  en  général,  ils  se  partagent 
leur  champ  d'observation  ;  Guillaume  étudie  la  littérature  et  les 
mœurs,  Caroline  se  voue  tout  particulièrement  à  l'étude  des 
trésors  artistiques;  Guillaume  s'occupe  des  hommes  et  des 
livres  ,  CaroUne  des  dessins  et  des  tableaux. 


ï.  Voir  :  Gabriele  von  Bùlow.  Eut  Lebenshild.  Ans  den  Familienpapieren 
IVilMmvon  Humboîdts  und  seiner  Kindn,  Berlin,  1895,  p.  3  s.;  les  lettres  déjà 
indiquées  à  Gœthect  à  Schiller;  le  livre  Charlotte  von  Schiller  und  ihre  Freunde^ 
Stuttgart,  1862  ;  les  lettres  à  Jacobi,  Halle,  1892  ;  les  lettres  à  Schweighaeuser, 
traduites  par  Laquiante;  celles  à  F.  A.  Wolf,  dans  les  Œuvres,  V,  210  s.;  celles 
à  Schlabrendorf,  dans  les  Ansichten  nber  Aesthetik  und  Litteratury  Berlin, 
1880. 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  35 

Une  fois  qu'elle  eut  quitté  Paris,  la  petite  caravane  se  dirigea 
vers  Orléans,  puis  passa  par  Limoges,  Bordeaux,  Tarbes  et 
Bagnères.  Vers  la  fin  de  septembre,  elle  fait  halte  à  Barèges, 
dans  les  Pyrénées.  Par  un  temps  splendide,  Guillaume  de 
Humboldt  et  sa  femme,  lui  à  pied,  elle  en  chaise  à  porteurs, 
pénètrent  jusqu'à  Cauterets  et  au  lac  de  Gaube;  ils  visitent 
Gavarnie  et  font  la  promenade  aujourdliui  de  rigueur  pour 
tout  touriste  qui  arrive  aux  Pyrénées;  ils  traversent  la  vallée  de 
Barèges  qui  vient  déboucher  î\  Gave,  et  qui  dépasse  en  pitto- 
resque la  Suisse  elle-même.  Les  rochers  gigantesques  surplom- 
bant la  vallée,  qui  s'élargit  et  se  rétrécit  tour  à  tour,  le  torrent 
rapide  qui  serpente  en  bouillonnant  dans  le  fond,  l'aspect  sau- 
vage des  montagnes  inaccessibles,  élevant  de  chaque  côté  leur 
masse  énorme  et  menaçante,  les  troupeaux  qui  paissent  paisible- 
ment auprès  d'affreux  précipices,  tout  cela  ravit  et  subjugue  nos 
voyageurs.  Au  cœur  d'une  nature  semblable,  on  ne  peut  conce- 
voir que  des  idées  simples  et  sublimes  en  même  temps.  C'est  là 
que  viennent  se  nouer  les  derniers  fils  de  notre  pensée  et  de 
notre  sentiment.  Humboldt  portait  partout  sa  curiosité  philoso- 
phique, qui  s'attachait  à  la  nature  aussi  bien  qu'aux  hommes  ;  il 
éprouvait  dans  les  Pyrénées  les  mêmes  émotions  que  dix  ans 
auparavant  en  Suisse,  au  pied  du  Saint-Gothard  ' . 

Après  Bagnères,  la  route  conduit  par  Pau  à  Bayonne.  Les  enfants 
sont  atteints  de  la  petite  vérole,  mais  ils  guérissent  bientôt  ^, 
et  le  voyage  se  poursuit  au-delà  des  frontières  de  l'Espagne. 
Tout  près  de  Bayonne,  les  Humboldt  aperçoivent  la  mer.  Ce 
mouvement  perpétuel,  cette  étendue  sans  bornes,  ces  vagues 
qui  succèdent  incessamment  à  d'autres  vagues  suggèrent  dans 
l'âme  quelque  chose  d'inexprimable,  d'indéfinissable,  les  enfants 


1.  Lettres  à  Wolf,  Bern,  28  octobre  1789. 

2.  La  fille  aînée,  Âgée  de  huit  ans,  suivait  partout  ses  parents  en  habits  de 
garçon.  Voir  Friederike  Brun,  RômiscJjes  Ltben,  I,  173. 


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36  ARTURO   FARINELLI 


eux-mêmes  en  restent  frappés.  Guillaume  de  Humboldt  avait  vu 
une  première  fois  la  mer  à  Rûgen,  dans  son  voyage  à  Stralsund; 
il  éprouva,  avoua-t-il  alors,  une  émotion  semblable  à  celle  que 
b  vue  des  glaciers  de  la  Suisse  inspire  *  ;  mais  la  nappe  immense 
et  majestueuse  de  l'Océan  frappait  maintenant  encore  davantage 
son  imagination. 

On  change  de  voiture  à  Rayonne  et  on  loue  un  de  ces  «  coches 
de  colleras  »  traînés  par  six  mulets,  qu'un  voyageur  allemand, 
en  1802,  appelait  caissons  gothiques  *,  et  au  moyen  desquels 
on  avançait  patriarcalement  dans  le  vaste  royaume  d'Espagne. 
Les  souvenirs  de  ce  voiturage,  depuis  les  Pays  Basques  jusqu'à 
Madrid,  n'abondent  guère.  L'attention  des  voyageurs  est  souvent 
distraite.  Les  arrêts  dans  les  diflférentes  villes  sont  très  courts, 
souvent  forcés.  Il  suffit  d'une  demi-journée  pour  visiter  Burgos, 
d'une  autre  demi-journée  pour  voir  Valladolid,  et  d'une  troisième 
pour  Ségovie.  Les  jugements  ne  peuvent,  en  conséquence,  être 
ni  réfléchis  ni  profonds  ;  les  descriptions  sont  rapides,  mutilées  : 
a  A  Burgos,  à  Valladolid  et  à  Ségovie,  écrit  Guillaume  de  Hum- 
boldt à  Goethe,  il  y  a  bien  quelques  édifices  gothiques  qui  frappent 
l'attention  du  voyageur,  mais  la  plupart  sont  dans  le  goût 
mauresque,  qui  n'est  guère  remarquable  dans  les  formes,  mais 
gracieux  et  riche  dans  les  détails.  Il  n'y  a  que  la  cathédrale  de 
Ségovie  qui  ressemble  aux  grands  édifices  gothiques  de  l'Alle- 
magne et  de  la  Lombardie.  »  Et  voilà  tout  pour  l'architecture. Le 
reste  n'est  souvent  pas  plus  riche  en  détails. 

La  maudite  cuisine  espagnole  et  les  misérables  auberges 
n'inquiètent  pas  beaucoup  nos   voyageurs.    A    leur    avis,    les 


1 .  Tagebuch  fV,  von  Humboldt  s  von  seiner  Reise  nach  NorddeutschJand,  Weiraar, 
1896. 

2.  Bruchstïicke  einer  Reise  durchdas  sùdliche  Frankreich,  Spanien  und  Porhtgal 
(de  Cari  von  Jariges),  Leipzig,  1810.  vDas  unfbrmliche  Fuhrwerh  des  spattischen 
Kutschers  »,  p.  42  s. 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  37 

«  ventas  »  ne  sont  pas  aussi  mauvaises  qu'on  le  croit  ordinaire- 
ment à  l'étranger.  Partout,  même  dans  les  petits  villages  où  l'on 
passe  la  nuit,  on  trouve  des  lits  suffisants  et  du  linge  propre. 
Quant  à  la  nourriture,  c'est  une  autre  affaire;  faute  de  viande, 
le  dîner  se  trouve  parfois  supprimé;  mais,  si  vous  n'êtes  pas  exi- 
geant, on  vous  donnera  partout  des  œufs  frais  et  des  melons 
autant  que  vous  en  désirerez. 

La  Biscaye  et  la  Catalogne  sont  les  seules  provinces  de 
l'Espagne  qui  offrent  un  confort  véritable  :  Humboldt  est  frappé 
par  le  bien-être  et  par  l'industrie  des  Biscayens.  Il  a  pris  en 
Biscaye  des  notes  abondantes,  qui  formeront  plus  tard  la 
matière  de  ses  Esquisses  sur  le  Pays  basque.  Il  communique  à 
Goethe,  dans  une  longue  lettre,  ses  impressions.  Le  paysage,  la 
culture,  la  race,  tout  est  également  intéressant  ici.  Aucun  peuple 
n'a  un  caractère  si  foncièrement  national,  nul  autre  n'a  conservé 
une  physionomie  si  originale.  Les  hommes  sont  habituellement 
petits,  mais  presque  tous,  sans  exception,  ont  des  traits  fins  et 
expressifs,  sans  être  ni  énergiques  ni  saillants.  Les  Basques  sont 
plus  hardis  que  courageux,  plus  agiles  que  forts,  plus  irritables 
que  passionnés.  On  ne  trouve  rien  de  semblable  dans  aucune 
autre  physionomie  nationale;  chez  aucun  peuple,  l'expression 
des  forces  intellectuelles  n'est  plus  générale.  Rien  cependant 
n'annonce  chez  eux  ni  la  ruse  ni  l'adresse;  vous  apercevez  au 
contraire  le  plus  heureux  accord  d'un  esprit  fin  et  d'un  senti- 
ment droit.  Les  femmes  sont  moins  avantageusement  dévelop- 
pées. Leurs  traits  sont  moins  fins  et  moins  expressife.  Elles  ont 
toutes  une  physionomie  nettement  accusée  :  sévère,  rigide 
même,  que  leurs  sourcils  grands  et  noirs  rendent  encore  plus 
frappante.  On  reconnaît  tout  de  suite  le  Basque  à  la  légèreté  et  à 
la  souplesse  de  son  allure.  Parmi  les  Basques  et  les  Béarnais  on 
retrouve  en  France  et  en  Allemagne  plus  qu'ailleurs  des  formes 
de  visage  du  xv«  et  du  xvi*=  siècle.  On  remarque  souvent  des 
têtes  sur  lesquelles  on  n'a  qu'à  mettre  un  casque  pour  avoir  un 
Henri  IV,  un  connétable  de  Bourbon,  ou  n'importe  quel  autre 


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38  ARTURO   FARINELLI 


héros  *.  Humboldt  pensait  ici  plus  aux  Basques  français  qu'aux 
Basques  espagnols. 

Le  coche  roulait  lentement  à  travers  les  plaines  tristes  et 
monotones  de  la  Castille.  Impossible  de  se  figurer  un  pays  plus 
désert  tout  en  ayant  Tapparence  d'être  fertile.  On  fait  plusieurs 
lieues  sans  voir  l'ombre  d'un  habitant.  Les  villages  sont  extrê- 
mement rares;  plus  rares  encore  que  les  villes  et  les  villages  sont 
les  arbres.  On  n'a  devant  soi  qu'une  plaine  bornée  à  l'horizon 
par  des  collines  de  sable  pareillement  dénudées.  La  vue,  dans  ce 
désert,  est  rarement  distraite  par  quelque  spectacle  intéressant. 
Rien  pourtant  n'est  plus  merveilleux  que  les  montagnes  de  Pan- 
corbo,  à  l'entrée  de  la  Castille.  Des  rochers  nus  et  escarpés,  à 
travers  lesquels  serpente  un  passage  étroit,  se  dressent  au-dessus 
de  la  plaine;  ils  ont  une  forme  si  curieuse  et  si  grotesque  qu'on 
aurait  pardonné  à  Don  Quichotte,  si,  en  traversant  cette  contrée, 
il  les  eût  pris  pour  des  châteaux  enchantés.  Quelques-uns,  en 
effet,  ont  la  forme  de  véritables  châteaux  ;  ils  ne  sont  là  que 
pour  donner  au  voyageur  une  image  aventureuse  du  pays  qu'il 
traverse. 

Nous  n'avons  ni  notes  ni  souvenirs  sur  Burgos.  Rien  qu'une 
observation,  dans  une  lettre  à  Goethe,  à  propos  d'un  détail 
humoristique  d'une  sculpture  du  choeur  de  la  grande  et  somp- 
tueuse cathédrale.  On  avait  hâte  de  quitter  la  Castille.  Quelques 
arbres,  rares  d'ailleurs,  qui  revêtent  la  colline  de  Ségovie,  inter- 
rompent la  monotonie  de  ces  plaines  interminables.  L'aqueduc 
est  sans  contredit  la  perle  de  Ségovie.  Il  est  grand  et  hardi;  si 
l'on  n'avait  pas  muré  des  arches  pour  construire  des  cabanes  il 
offrirait  un  spectacle  bien  plus  imposant.  Tel  qu'il  est,  parfaite- 
ment conservé,  avec  la  rangée  d'arches  qui  relient  deux  collines 

I.  Lettre  à  Gœthe  du  28  nov.  1799.  Taine  fait  la  même  remarque  dans 
son  Voyage  aux  Pyrétiécs,  p.  129  :  «rj'ai  vu  là  (Vallée  d'Ossau)  des  figures 
comme  celles  d'Henri  IV,  avec  l'expression  sévère  et  intelligente,  Tair  sérieux 
et  fier,  les  grands  traits  de  ses  contemporains.  » 


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GUILLAUME  DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  39 

considérables,  il  s'élève  majestueux  au-dessus  de  la  ville  qui  dort 
à  ses  pieds.  Un  jour  entier  est  consacré  i  la  visite  du  palais  de 
Saint-Ildefonse,  qui  est  détestable,  selon  Caroline,  du  jardin, 
froid  comme  celui  de  Versailles,  de  la  belle  collection  des  antiques 
qui  remplit  neuf  ou  dix  chambres  du  palais,  et  dont  le  groupe 
de  Gistor  et  PoUux  est  sans  doute  la  chose  la  plus  belle  et  la 
plus  remarquable.  Mengs  en  a  fait  une  copie  pour  Dresde  et 
Cassel.  Le  chemin  de  Saint-Ildefonse  à  TEscorial  est  fort  curieux; 
il  rampe  sur  la  montagne,  qui  est  d'une  hauteur  considérable, 
et  dont  le  sommet  est  couronné  de  neige  la  plus  grande  partie  de 
Tannée.  Le  27  octobre,  les  Humboldt  arrivent  à  TEscorial. 

C'est  ici,  aux  portes  de  Madrid,  que  les  Humboldt  durent  res- 
ter, bon  gré,  mal  gré,  une  dizaine  de  jours.  La  cour  y  séjournait 
à  cette  époque;  il  fallait  attendre  jusqu'au  4  novembre  pour  être 
présenté  au  roi  à  l'occasion  de  sa  fête.  La  cérémonie  de  la  pré- 
sentation, l'eflfet  des  «  besamanos  »  à  la  reine,  qui  aurait  dit, 
une  fois  la  chose  faite  :  «  A  présent  je  m'en  vais  laver  toutes  ces 
cochonneries,  »  et  d'autres  détails  encore  sont  plaisamment 
racontés  par  Humboldt  dans  une  lettre  à  Gœthe.  On  comprend 
que  le  monarque,  qui  avait  témoigné  une  année  auparavant 
tant  de  bienveillance  h  Alexandre  de  Humboldt,  ne  manqua  pas 
de  prodiguer  ses  faveurs  à  Guillaume.  Le  baron  de  Forell  et  le 
ministre  napolitain  s'empressèrent  aussi  de  féliciter  l'illustre  voya- 
geur.  Caroline,  qui,  en  vertu  de  l'étiquette  espagnole,  ne  pouvait 
être  présentée  au  monarque,  étudie  en  revanche  les  innom- 
brables trésors  artistiques  qui  ornaient  alors  le  célèbre  mona- 
stère, et  dont  elte  dresse  l'inventaire.  Aujourd'hui,  comme 
chacun  sait,  la  plupart  de  ces  chefs-d'œuvre  sont  entassés 
avec  plus  ou  moins  d'ordre  dans  les  salles  du  Musée  du  Prado. 
Dix  matinées  ont  ;\  peine  suffi  pour  explorer  cette  mine  inépui- 
sable de  tableaux.  Munie  d'une  permission  royale,  Ciroline  tra- 
verse en  enthousiaste  les  appartements  du  cloître;  elle  étonne 
tout  le  monde  par  son  assiduité.  Le  cicérone  qui  l'accompagnait 
prend  congé  d'elle  les  larmes  aux  yeux.  A    TEscorial,   mieux 


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40  ARTURO   FARINELLI 


qu'ailleurs,  on  pouvait  étudier  Técole  nationale  espagnole.  Les 
Titien,  les  Tintoretto,  les  Guido  abondaient.  Quatre  grands 
tableaux  de  Raphaël  et  un  petit  étaient  parmi  les  trésors  les  plus 
remarquables. 

A  côté  de  l'art,  l'Escorial  offrait  à  nos  voyageurs  une  attrac- 
tion tout  à  &it  particulière.  L'Escorial  rappelait  la  mort  tragique 
de  l'infant  Don  Carlos.  C'est  ici  et  à  Aranjuez  que  Schiller  avait 
placé  l'action  principale  de  son  drame.  C'est  avec  les  souvenirs 
du  Don  Carlos  de  Schiller  que  les  Humboldt  pénétraient 
dans  le  Panthéon  et  dans  les  salles  mystérieuses  du  cloître.  La 
fiction  poétique  remplaçait  alors  Thistoire.  L'Escorial  offrait  aux 
Humboldt  une  sorte  de  commentaire  à  la  pièce  de  Schiller  qu'on 
venait  de  relire.  On  sait,  par  les  recherches  de  Gachard,  de 
Bùdinger  et  d'autres,  comment  la  légende  du  prince  infortuné 
avait  offusqué  la  vérité  historique  \  On  connaît  la  portée  idéa- 
liste de  Schiller,  dépassant  de  bien  des  coudées  celle  du  poète 
espagnol  Ximenes  de  Enciso  qui  avait  dramatisé  au  xvii*  siècle 
l'histoire  de  Don  Carlos  *  et  celle  d'autres  poètes  de  Don  Carlos, 
Alfieri  et  Fouqué.  Schiller,  qui  n'ose  pas  même  tracer  le 
plan  de  sa  pièce  sans  connaître  l'histoire  et  les  mœurs  du 
peuple  espagnol  ',  lit  tout  ce  qu'il  peut  trouver  sur  son  sujet  : 
les  histoires  de  S.  Real,  de  Ferreira  (traduite  en  allemand  par 


1.  D'autres  écrits  ont  confirmé  les  recherches  de  Bùdinger.  Voir  J.  Loserih, 
Die  Reise  des  Er\her^og  Karl  II  nach  Spanien  {jj68'is6ç),  Ein  Beitrag  ^r 
GeschichU  des  Don  Carlos,  dans  les  Miitheilungen  des  historischcti  Vereinesjûr 
Steiertnarky  XLIV,  1 30  s.  La  relation  du  voyage,  très  intéressante  parfois,  est 
due  à  la  plume  de  Hans  Kobenzl  von  Prosseg. 

2.  Le  drame  espagnol  a  été  traduit  récemment  en  allemand  par  J.  Herzog, 
Der  Prini  von  Asturien,  TrauerspUl  in  j  Aufyûgen  von  Don  Ximenes  de  Enciso. 
Fur  dUdeutscheBuhnehearbeitety  Wien,  1894.  On  vient  de  le  représenter  avec 
quelques  succès  à  Prague.  Quelques  légères  ressemblances  qu'on  a  constatées 
avec  le  drame  de  Schiller  sont  dues  au  hasard.  Schiller  n'a  jamais  connu,  à 
mon  avis,  le  drame  de  Enciso. 

3.  J.  Minor,  Schiller^  II,  52. 


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ESS 


GUILLAUME  DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  4I 

Bertram  en  1762),  des  notes  de  voyages  *,  peut-être  aussi  le 
récit  fantastique  de  Gregorio  Leti;  il  ne  réussit  guère  cependant 
à  donner  à  la  pièce  un  coloris  espagnol  ni  vrai,  ni  vraisemblable. 
Il  a  donné  dans  son  drame  un  reflet  frappant  de  ses  propres 
idées,  de  ses  sentiments  patriotiques  et  généreux,  de  ses  convic- 
tions en  matière  de  politique  et  de  religion,  mais  son  Espagne 
n'a  été  qu'une  Espagne  imaginaire.  Schiller  est  bien  loin  de 
donner  dans  ses  vers  les  descriptions  locales,  frappantes  par 
leur  vérité,  dont  il  ornera  plus  tard  son  Guillaume  Tell.  Le  paysage 
dans  Don  Carlos  est  un  paysage  de  rêve,  mêlé  de  souvenirs 
de  l'Allemagne;  son  Aranjuez,  ce  jardin  de  délices,  que  le  roi 
taciturne  avait  fait  construire  au  milieu  d'une  contrée  déserte  et 
sauvage,  n'a  fait  que  remplacer,  dans  l'imagination  du  poète,  les 
souvenirs  du  jardin  de  Ludwigsburg;  de  même  que  ce  parc, 
celui  d' Aranjuez  doit  avoir  son  ermitage,  où  les  dames  peuvent 
s'occuper  à  loisir  des  petits  travaux  de  jardinage  ^.  Les  tirades  élo- 


1.  Ces  notes  amusaient  le  grand  poète  de  même  que  sa  femme  Lotte. 
Dans  une  notice  insignifiante  des  Nachrichten  ^um  Nulien  und  Vergnùgett 
(décembre  1781),  Schiller  rapporte  des  dates  statistiques  d'un  voyageur  en 
Espagne.  «  On  consomme  à  Madrid  600  millions  d'oignons.  Ccst  peut-être  la 
raison  pour  laquelle  les  Espagnols  ne  baisent  jamais  leurs  dames  sur  la  bouche,  a 
Voir  J.  Minor,  Schiller  aïs  Journaliste  dans  la  Vierteljahrsch.  f.  deutsche  Lit  ter. 
(Weîmar),  II,  370.  J*ai  parlé  ailleurs  de  la  prédilection  de  Schiller  pour  les 
récits  de  voyage.  Lotte  Schiller  avait  aussi  lu  quelques  voyages  en  Espagne. 
Elle  écrit  le  27  mars  1787  à  Stein  :  <»  Hier  ist  eine  Grabschrift,  die  ich  einst 
auseiner  Reise  nach  Spanien  abschrieb  ».  Voir  Charlotte  von  Schiller  und  ihre 
FreundCy  I,  419. 

2.  Qp*on  lise  à  ce  propos  le  chapitre  Landsclxiftliches  Colorit  du  livre.de 
M.  MôUer,  Studien  :^um  Don  Carlos,  Greifswald,  1896,  p.  48  s.  D'après  Schack, 
Ein  halbes  Jahrhunderty  III,  99,  Schiller  aurait  dû  étudier  l'ancienne  littérature 
espagnole  pour  trouver  l'atmosphère  historique  convenable  à  son  drame. 
Landwehr,  Dichterische  Gestalten  in  geschichtlicljer  Treue.  Ein  Beitrag  :^um 
Verstândnis  der  classischen  Dramen,  Bielefeld,  1895,  croit  que  Schiller  n'aurait 
jamais  écrit  un  Don  Carlos  si,  au  lieu  de  Saint-Réal,  il  avait  pu  profiter  des 
sources  telles  que  Maurenbrecher  ou  Bûdinger. 


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42  ARTURO   FARINELLI 


quentes  et  fougueuses  contre  l'Inquisition  espagnole,  non  moins 
véhémentes  que  celles  lancées  par  Saint-Simon,  Montesquieu 
et  Voltaire,  et  qui  exprimaient  si  bien  les  idées  de  Schiller,  le 
véritable  marquis  Posa  de  la  pièce,  s'accordaient  parfaitement 
avec  les  tirades  des  romans  et  des  autres  drames  allemands 
contre  les  cruautés  inouïes  de  la  noire  Inquisition.  Qu'on  se 
rappelle  le  Julius  von  Tarent  de  Leisewitz,  la  fin  édifiante  du 
Raphaël  de  Aquillas  de  Klinger,  où  le  grand  inquisiteur,  après 
avoir  torturé  et  supplicié  sa  victime  pendant  trois  jours,  enfonce 
de  ses  propres  mains  le  poignard  dans  la  poitrine  du  malheu- 
reux. 

Fidèles  ou  non,  les  tableaux  présentés  par  Schiller  dans  son 
drame  restaient  gravés  dans  l'imagination  des  Humboldt  :  «  Nous 
avons  emporté  avec  nous  le  Don  Carlos^  écrit  Caroline  à  la 
femme  de  Schiller,  le  25  novembre  1799,  et  j'en  relis  souvent 
des  parties.  »  Le  Panthéon  de  l'église,  avec  ses  froides  parois 
de  marbre,  avec  ses  niches  et  ses  sarcophages,  glaçait  et  terrifiait 
l'âme  des  visiteurs.  On  s'empressa  de  voir  les  tombeaux  de 
Philippe  II  et  d'Elisabeth  :  «  Je  croyais,  écrit  Caroline,  avoir 
devant  moi  les  tombeaux  de  personnes  connues.  »  Toute  la  peine 
qu'on  se  donna  pour  voir  un  portrait  de  la  reine  qu'Alfieri  avait 
appelé  :  «  Sublime  ingegno  e  in  avvenenti  spoglie  bellissima 
aima  »  fut  inutile  '.  «  Nous  avons  appris  bien  des  choses  intéres- 
santes sur  la  fin  du  malheureux  prince  Don  Carlos;  nous  avons 
même  parlé  à  quelqu'un  qui  avait  vu  plusieurs  fois  son  corps.  » 
Quelques  années  plus  tard,  l'Allemand].  G.  Rist,  qui  laissa  des 
souvenirs  fort  curieux  et  fort  dignes  d'étude  sur  son  séjour  en 
Espagne,    visite  l'Escorial  avec  le  même  recueillement  mysté- 


I.  Caroline  de  Humboldt  vit-elle  ensuite  à  Madrid  le  beau  portrait  de  la 
reine  Isabelle  de  Valois  peint  par  Pantoja  (i5S9)i  qui  est  aujourd'hui  au  Prado 
(No  925)?  Voir  sur  les  portraits  de  Don  Carlos  et  de  la  reine,  et  sur  le  portrait 
unique  de  la  princesse  d'Eboli,  l'article  de  C.  Jusii,  SpaniscJjc  MiscdUn.  I.  Ueber 
Bildnisse  des  Don  Carlos^  dans  la  Zeitscbr  f.  blîd.  Kunsl.,  V,  54  s. 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  43 

rieux.  On  avait  imposé  alors ,  rapporte-t-il ,  un  silence  profond 
sur  la  catastrophe  de  Tinfant  Don  Carlos  :  «  Je  cherchais  long- 
temps en  vain  l'endroit  où  il  commit  son  crime  et  où  il  l'expia  ; 
le  doigt  d'un  moine,  qui  m'accompagnait,  me  montra  à  la  déro- 
bée la  chambre  fatale  '.  » 

A  l'Escorial,  les  Humboldt  visitèrent  aussi  le  palais  du  prince 
des  Asturies,  d'assez  mauvais  goût,  mais  qui  renfermait  une 
charmante  petite  collection  de  tableaux.  On  passait  ordinaire- 
ment la  soirée  en  bonne  société,  avec  des  diplomates  et  des 
hommes  de  cour,  qui  furent  bientôt  de  leurs  amis.  Ils  assistèrent 
une  fois  à  la  représentation  d'une  comédie  espagnole.  Qroline, 
qui  savait  trop  peu  la  langue  du  pays  pour  comprendre  et  goûter 
la  pièce,  s'amusa  à  regarder  la  foule  qui  remplissait  le  théâtre  et 
en  particulier  les  deux  rangées  des  loges,  où  il  n'y  avait  pas  de 
femme  qui  ne  portât  de  diamants. 

L'hiver  approchait  lorsque  Guillaume  de  Humboldt  et  sa 
femme  quittèrent  l'Escorial  pour  aller  à  Madrid,  le  soir  du 
5  novembre  1799.  Au  cœur  de  l'Espagne,  le  froid  n'était  pas 
sensible.  Cette  terre,  si  souvent  ensoleillée,  gardait  encore  ses 
rayons  bienfaisants  ;  elle  n'avait  pas  revêtu  son  deuil  ;  les  journées 
restaient  splendides.  A  Madrid,  on  prit  un  logement  dans  une 
maison  bourgeoise,  chez  une  Irlandaise,  avec  l'intention  bien 
arrêtée  de  quitter  la  ville  après  un  mois  de  séjour.  On  se  mit 
tout  de  suite  à  parcourir  les  rues,  à  visiter  les  palais  et  les  musées  ; 
on  commença  à  étudier  les  arts  et  les  mœurs.  C'était  un  travail 
véritable  et  un  travail  souvent  pénible  :  «  Je  suis  terriblement 
occupé,  »  écrivait,  vers  la  moitié  de  novembre,  Guillaume  de 
Humboldt  à  Schweighaeuser.  Il  fallut  prolonger  le  séjour  d'un 
mois,  et  encore  Humboldt  regrettait-il  de  n'avoir  pas  tout  vu  et 
tout  étudié. 


I.  /.  Georg  Rists  Lebenserinnerungefty  herausg.  von  G.  Poel,  I  Th.  (2*  édit.). 
Gotha,  1884,  p.  296. 


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44  ARTURO   FARINELLI 


L'aspect  de  la  ville  n'offrait  rien  de  particulier  à  nos  voya- 
geurs. Elle  n'est  pas  grande,  elle  a  un  peu  plus  d'extension  que 
Dresde,  les  rues  sont  larges,  en  général,  les  édifices  grands 
et  beaux.  Celui  qui  y  arrive  de  Paris  trouvera  Madrid  une 
ville  assez  commune.  Elle  est,  du  reste,  énormément  chère; 
c'est  peut-être  la  ville  la  plus  chère  de  l'Europe.  Le  Prado  est 
une  promenade  fort  belle.  C'est  là  que  l'on  peut  commodément 
étudier  le  type  espagnol  véritable,  son  extérieur  surtout.  Le 
costume  espagnol  est  peu  varié  :  des  manteaux  et  des  «  mantillas  » 
partout.  Mais  on  les  porte  bien  et  avec  élégance.  Les  femmes, 
nobles  et  bourgeoises,  riches  et  pauvres,  portent  toutes  une 
«  basquina  »,  c'est  le  costume  national;  on  ne  reconnaît 
qu'à  la  qualité  de  l'étoffe  l'habillement  d'une  femme  distinguée. 
Sous  une  mantille,  la  coquetterie  féminine  s'insinue  ici  comme 
partout  ailleurs  et  mieux  qu'ailleurs.  Caroline  voulut  avoir 
aussi  sa  mantille  :  «  Tu  rirais  bien,  écrit-elle  à  Lotte  Schiller, 
si  tu  me  voyais  habillée  de  cette  façon,  à  l'espagnole.  »  Trois 
mois  plus  tard,  elle  achète  une  écharpe,  une  «  faja  »  espagnole 
pour  Schiller  :  il  fallait  porter  au  poète  quelque  chose  de  vrai- 
ment espagnol  et  utile  en  même  temps. 

Il  n'y  a  pas  de  société  à  Madrid  comme  à  Paris,  mais  on  y  trouve 
quelques  maisons  particulières  où  l'on  peut  se  distraire  passable- 
ment pendant  la  soirée  :  celle  de  l'ambassadeur  danois,  le  baron 
de  Schubart,  beau-frère  du  comte  de  Schimmelmann  *  ;  celle  de 
l'Américain  Humphrey;  de  l'ambassadeur  français,  Guillemardet. 
Parmi  les  Espagnols  qu'on  visitait  de  préférence,  Humboldt 
nomme  la  princesse  de  Castelfranco  et   la  marquise  de  Santa 


I.  Dans  une  lettre  à  Lotte  Schiller  (CAar/.  v.  Schiller  und  ihre  Freundcy  II, 
578),  datée  de  Copenhague  le  5  octobre  1799,  Charles  Schimmelmann  parle 
du  séjour  de  son  frère  en  Espagne  :  «  Jetzt  lebt  er  cinsam  in  Spanien,  wo  er 
mit  dem  Hof  den  ganzen  Sommer  hat  herum  emigriren  mûssen,  die  heissesten 
Monate  in  Madrid  zubringend.  Jetzt  schreibt  erausSt.  Ildefonso,  wodie  Nalur 
doch  etwas  gûnstiger  sein  soll.  Aranjuez  ist  ein  traurigcr  Kunstgartcn.  » 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  45 

Cruz,  toutes  deux  allemandes  d'origine  :  la  première,  com- 
tesse de  Stolberg  ;  l'autre,  comtesse  de  Wallenstein  ;  puis,  le 
marquis  Colomella  et  le  marquis  Granda.  Ce  dernier  disposait 
d'une  grande  fortune,  45  millions  de  livres  à  peu  près,  qu'il 
employait  dans  le  commerce,  ne  pouvant  acheter  des  terres 
considérables  à  cause  des  majorats,  la  peste  industrielle  du  pays. 
Ce  marquis  n'était  point  le  premier  venu  :  il  avait  joué,  autrefois, 
un  rôle  dans  les  affaires  d'État,  où  il  s'était  distingué  par  son 
bon  sens  et  par  sa  prudence.  Maintenant,  on  le  négligeait,  on 
l'oubliait.  Le  ministre  d'Urquijo,  autrefois  secrétaire  d'ambas- 
sade en  Angleterre,  jouissait  d'une  bonne  renommée  comme 
littérateur  et  critique  ;  il  était  près  de  sa  chute,  lorsque  Humboldt 
le  visita  à  Madrid.  Il  fut  très  aimable  envers  lui  comme  envers 
son  frère  ;  il  l'invita  même  tout  de  suite  à  dîner,  honneur  fort 
rare  et  considérable  en  Espagne,  et  qu'on  n'accordait  guère  aux 
étrangers. 

Guillaume  de  Humboldt  était  resté  néanmoins  Allemand  en 
Espagne,  comme  partout  ailleurs.  Même  lorsqu'on  le  croit  tout 
entier  aux  affaires,  brillant  dans  la  société,  il  a  ses  heures  de 
recueillement,  ses  heures  vouées  à  l'étude,  où  il  débrouille  ses 
idées  et  ordonne  ses  observations.  Il  ne  déroge  pas  à  ses  habi- 
tudes —  on  ne  jouit  du  calme  à  l'intérieur  que  lorsqu'on  s'im- 
pose des  règles  et  des  mesures.  A  la  chute  du  jour,  le  savant 
se  retire  en  famille  autour  d'un  thé  «  à  l'allemande  »  ;  il  lit  alors, 
avec  Caroline,  les  poètes  grecs  \  de  préférence  Homère,  comme 
il  le  fera  plus  tard  dans  sa  campagne  d'Albano.  Gœthe  lui  écri- 
vait à  Madrid  :  «  Il  est  fort  à  louer  qu'au  milieu  des  grandes 
distractions  d'une  vie  à  l'étranger,  vous  souteniez  toujours  le 


1.  a  Ichgehe  zum  Thé  einige  Gcsànge  Homers  mit  meiner  Frau  zu  lesen. 
Denn  der  Homer  verlàsst  uns  nicht,  und  den  Abend  versammien  wîr  uns 
immer  zu  einem  sehr  Deutsch-hàuslichen  Thé  mit  einem  Freund,  der  mit  mir 
reist  und  unsem  }  Kindern.  »  Lettre  de  G.  de  Humboldt  à  F.  A.  Wolf. 
Madrid,  20  déc.  1799,  Œuvres ^  V,  215. 


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46  ARTURO   FARINELLI 


pilier  du  véritable  idéal  esthétique.  »  Humboldt  veut  connaître, 
à  Madrid  comme  à  Paris,  la  vie  et  les  hommes,  le  pays  et  la 
nation;  il  s'occupe  d'une  foule  de  choses,  peut-être  de  trop  de 
choses,  comme  il  l'avoue  à  Gœthe  :  «  Je  suis  très  affairé,  écrit-il 
de  Madrid  à  Schweighaeuser,  je  vois  beaucoup  de  gens  et  beau- 
coup de  choses,  je  m'absorbe  dans  les  questions  qui  m'inté- 
ressent, je  ne  travaille  que  par  pièces  et  par  morceaux.  » 

Madrid,  avoue  Henriette  Herz  dans  ses  Souvenirs ^  intéressait 
Humboldt  infiniment  plus  que  Paris.  Les  trésors  de  l'art,  ceux  de 
l'Escorial  surtout,  l'enchantaient.  «  Quoiqu'il  n'approuvât  point 
beaucoup  des  motifs  qui  remplissaient  les  églises  de  l'Espagne,  il 
trouvait  néanmoins  qu'ils  inspiraient  des  sentiments  plus  nobles 
et  plus  beaux  que  ceux  qu'on  prodigue  dans  les  églises  de  la 
France  \  » 

Humboldt  est  tour  à  tour  philologue,  philosophe,  esthéticien, 
mais  surtout  grand  dévoreur  d'hommes.  L'homme,  c'est  la  mine 
la  plus  heureuse  et  la  plus  fertile,  qu'il  fouille  incessamment. 
Sous  ce  rapport,  Madrid  lui  fournissait  quelques  types  fort  dignes 
d'étude.  Point  de  grands  originaux  aux  idées  vraiment  pro- 
fondes, point  de  savants  qui  aient  fait  n'importe  quelle  décou- 
verte dans  une  branche  quelconque  de  la  science,  mais  des 
hommes  qui,  malgré  des  obstacles  infinis,  avaient  atteint  un  haut 
degré  de  culture,  des  caractères  aimables,  affectueux  et  complai- 
sants, dépourvus  de  l'écorce  rude  qui  recouvre  souvent  la  bon- 
homie des  savants  et  des  grands  hommes  en  Allemagne.  Rist,  qui 
alla  en  Espagne  peu  d'années  après  Humboldt,  trouvait  dans  ce 
pays  plus  de  véritables  originaux  qu'ailleurs.  Il  valait  bien  la 
peine  de  faire  un  voyage  en  Espagne  pour  entrer  en  intimité 
avec  eux  :  «  On  trouve  ici,  assure-t-il,  les  contrastes  les  plus 


I.  J.  Fûrst,  Henriette  Heri.  Ihr  Lehen  und  ihre  Erinnerungen,  Berlin,  1850, 
p.  206  s.  :  «  So  sprach  er  (Humboldt)  sich  auch  hierùber  in  seinen  Briefen  an 
rnich  aus».  Ces  lettres  que  Humboldt  écrivait  de  Madrid  à  son  amie  ont, 
paraît-il,  complètement  disparu. 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  47 

merveilleux,  des  mœurs  grotesques,  des  traits  de  caractère  que 
la  généralité  de  l'éducation  sociale  a  depuis  longtemps  effacés 
dans  le  reste  de  TEurope;  on  ne  rencontre  pas  ici,  comme  en 
Angleterre,  un  effort  ridicule  pour  paraître  un  «  gentleman  »,  une 
monotonie  mortelle  dans  Thabillement,  dans  les  mœurs,  dans  la 
conduite  ;  on  n'agit  pas  ici,  comme  en  Allemagne,  d'après  des 
modèles  copiés  dans  les  livres  et  dans  les  journaux  ;  tout  le 
monde  obéit  à  ses  inclinations  et  à  ses  goûts  '.  » 

A  part  le  nombre  extraordinaire  de  tableaux  qui  remplissaient 
les  salles  publiques  et  privées  de  Madrid,  et  dont  les  descriptions 
de  voyage  ne  donnent  qu'une  idée  fort  imparfaite  ;  à  part  les  tré- 
sors artistiques  qui  occupaient  Caroline  bien  plus  sérieusement 
que  son  mari,  tout,  à  l'exception  de  la  politique  du  jour,  entrait 
dans  le  cadre  des  observations  de  Humboldt.  Il  approche  autant 
de  monde  que  possible,  il  fait  des  études  physionomiques,  il 
fouille  dans  les  bibliothèques,  il  fait  des  recherches  sur  la  littéra- 
ture ancienne  et  moderne,  il  sait  profiter  de  toutes  choses,  à  tel 
point  que  le  diplomate  suédois  Brinkmann,  qui  n'était  nullement 
enchanté  de  l'Espagne,  comme  il  résulte  de  ses  lettres  à  Gœthe, 
écrit  malicieusement  que  Humboldt  aurait  sans  doute  trouvé  du 
talent  môme  chez  les  brebis  espagnoles,  ne  voulant  pas  se  mettre 
en  vain  en  rapport  avec  elles  \ 

«  Des  jouissances  artistiques  très  variées,  la  connaissance  de 
quelques  hommes  singuliers,  la  contemplation  vivante  de  la  nature 
du  Midi,  voilà  ce  que  je  remporte  de  mieux  de  mon  voyage  en 
Espagne  »,  écrivait  Caroline  de  Humboldt  à  Lotte  Schiller. 

Avec  son  penchant  naturel  et  irrésistible  à  l'observation, 
Humboldt  avait  en  outre  un  grand  avantage  sur  les  autres  voya- 


1.  Lfhensennnerimgeny  II,  302. 

2.  Briefu'echsel  iwischen  Brinckniann  umi  Gœthe  y  dans  le  Gartfjejahrb.y  XVII, 
}2  (Lettre  de  Paris,  29  novembre  1799).  C'est  dans  cette  lettre  que  Brink- 
mann écrit  de  1  Espagne  :  «  Wenn  ich  Ihnen  aber  nur  redit  deutlich  machen 
kônnte,  was  dièse  grosse  Nation  fur  ein  jàmmerliches  Ding  sei.  » 


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48  ARTURO   FARINELLI 


geurs  allemands  en  Espagne  :  c'est  qu'il  possédait  la  langue  du 
pays  avec  assez  de  perfection  pour  s'entretenir  facilement  et  rai- 
sonnablement avec  les  Espagnols.  On  ne  pouvait  parler  aux 
savants  du  pays  que  dans  leur  propre  langue.  Caroline  assure  que 
son  mari  avait  déjà  appris  l'espagnol  avant  son  départ  de  Paris. 
Un  des  enfants  s'était  familiarisé  bien  vite  avec  l'idiome  de  Cas- 
tille  ;  malgré  son  jeune  âge  (il  n'avait  que  cinq  ans)  il  le  parlait 
avec  une  facilité  surprenante  et  excitait  l'admiration  générale  ;  en 
route,  c'était  toujours  lui  qui  entamait  la  conversation  avec  les 
muletiers.  L'autre  enfant,  Théodore,  avait  moins  de  souplesse, 
il  s'exerçait  dans  trois  langues  en  même  temps  et  parlait  d'une 
façon  très  drôle,  faisant  un  mélange  de  français,  d'allemand  et 
d'espagnol  ^  Plus  tard,  ce  fut  l'italien  qui  captiva  l'âme  du  grand 
savant,  à  tel  point  qu'il  l'adopta,  à  Rome  et  ailleurs,  comme  langue 
de  la  famille  :  «  J'admire  de  plus  en  plus  la  langue  italienne, 
écrit-il  à  Gœthe,  de  Rome,  le  25  février  1804.  Elle  est  bien  plus 
poétique  que  la  langue  latine,  et  infiniment  supérieure  au  fran- 
çais et  même  à  l'espagnol  »  '.  A  un  penseur  allemand  de 
la  force  de  Humboldt,  l'espagnol  ne  pouvait  paraître  assez 
flexible  pour  se  plier  à  toutes  les  exigences  et  aux  nuances  de  la 
réflexion.  Humboldt  avoua  néanmoins  à  Schlabrendorf  que  l'es- 
pagnol, sans  être  encore  parvenu  à  la  perfection  d'un  langage 
philosophique^  avait  de  très  bonnes  dispositions  pour  le  devenir, 
et  de  grands  avantages  sur  le  français.  N'oublions  pas  quelle 
importance  souveraine  Humboldt  attribuait  à  la  langue  dans 
l'étude  de    la   civilisation  d'un  peuple.    Les  particularités   du 


1.  «Die  Kinder  sind  gesund  und  munter...  reden  etwasspanisch  »,  écrivait 
G.  de  Humboldt  à  Schlabrendorf  de  Valence  le  7  mars  1800.  Briefe  Humholdts 
an  Schlabrendorf .  Suite  aux  Briefe  an  F.  H,  facobi.  Halle,  1893,  p.  130. 

2.  «  In  keiner  dieser  Sprachen  nun,  als  in  der  Italiànischen,  hat  dieser  neue 
Geist,  in  voUstàndiger  Unabhàngigkeit  und  in  eigenihùralicheren  Charakter 
ireuere  Anhànglichkeit  an  das  Antike  bewahrt  ».  Ueber  Gœthe' s  :(weiten 
rômischen  Aufenthalt^  Œuvres^  II,  240. 


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GUILLAUME  DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  49 

caractère  national  sont  révélées  souvent  par  les  particularités  de 
sa  langue,  par  l'abondance  ou  la  rareté  de  telle  ou  telle  classe  de 
mots,  par  la  manière  directe  ou  indirecte  dont  les  idées  sont 
exprimées  dans  la  langue.  La  langue  n'est  pas  seulement  un 
moyen  sûr  pour  la  comparaison  des  différentes  nations,  mais  elle 
donne  des  lumières  pour  étudier  l'influence  d'une  nation  sur  une 
autre  '.  Lorsque  Humboldt  entreprend  son  voyage  en  Espagne, 
sa  vocation  linguistique  n'était  pas  encore  décidée.  Il  avait 
embrassé  toutes  sortes  d'études  ;  quelle  branche  particulière  fel- 
lait-il  choisir  ?  A  un  certain  âge  de  Li  vie,  le  besoin  de  concen- 
tration éperonne  l'homme,  même  le  savant  le  plus  fertile,  le  plus 
accoutumé  aux  inhabilités  et  aux  revirements  de  la  pensée. 
Humboldt  éprouva  ce  besoin  plus  fortement  en  Espagne  qu'ailleurs. 
II  écrit  à  Wolf  *,  le  20  décembre,  qu'il  prévoyait  bien  qu'à  l'avenir 
il  se  vouerait  exclusivement  aux  études  linguistiques,  'qu'une 
comparaison  philosophique  approfondie  de  plusieurs  langues 
serait  sans  doute  le  travail  dont  il  chargerait  ses  épaules  après 
quelques  années  d'études  sérieuses. 

Les  souvenirs  de  la  promenade  esthétique  de  Humboldt  dans  le 
royaume  d'Espagne,  esquissés  à  la  hâte  dans  des  lettres  confiden- 
tielles, ne  sont  ni  très  riches,  ni  très  profonds.  Humboldt  s'en 
défiait  lui-même  ;  il  a  soin  de  répéter  à  ses  amis  de  ne  pas  prendre 
comme  paroles  d'évangile  tout  ce  qu'il  leur  communique  sur  le 
pays  qu'il  vient  de  voir  et  d'étudier.  Sa  grande  épître  sur  l'Espagne 
achevée,  il  prie  Gœthe  de  ne  montrer  la  lettre  à  personne  autre  qu'à 
Schiller;  il  ne  voulait  pas  qu'on  lui  reprochât,  dans  la  suite,  des 
jugements  si  prématurés  ^  Le  temps  et  la  méditation,  d'autres 

1.  Latium  und  HeUas,  p.  148. 

2.  Sur  Tintérêt  que  F.  A.  Wolf,  le  célèbre  helléniste,  gardait  pour  la  langue 
espagnole,  voir  F.  BoU,  Briefc  von  F.  A.  Wolf,  H.  Luden  und  F.  Jacobs  an 
Ahar  Augustin  de  Liagno,  dans  les  Blàlterfûr  d.  Gymnasial-Schulweîcn ^  1895,  et 
mon  compte  rendu,  dans  la  Rtvista  criiicay  I»,  137. 

3.  Il  faisait  la  même  prière  à  Jacobi  à  la  fin  de  sa  grande  lettre  sur  la  France 
et  les  Français  (p.  71  du  recueil  cité)  :  «Ich  môchte  um  ailes  in  der  Welt  vor 

RtvM  htspan  ique.  4 


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50  ARTURO   FARINELLl 


recherches,  d'autres  études  plus  approfondies,  la  comparaison  avec 
d'autresouvrages  sur  TEspagne,  ses  mœurs  et  sa  civilisation,  auraient 
mûri  ses  idées.  Il  se  proposait  d'écrire  son  voyage  en  Espagne. 
Cevo)rage  n'aurait  pas  été,  sans  doute,  comme  la  plupart  des 
guides  et  des  souvenirs  en  Italie,  qui  commençaient  déjà  à  inonder 
l'Allemagne,  une  simple  description  des  édifices,  des  églises,  des 
tableaux,  des  curiosités  des  différentes  villes.  De  tels  livres  causent 
inévitablement  un  ennui  mortel  à  ceux  qui  ne  sont  januis  allés 
dans  le  pays.  U  y  a  une  autre  manière,  dit  Humboldt  dans  une 
de  ses  lettres  à  Charlotte  Diede,  de  transcrire  ses  impressions  de 
voyage  ',  c'est  de  donner,  plutôt  qu'une  description  du  pays, 
une  peinture  individuelle  de  l'auteur  dans  ce  pays.  Une  descrip- 
tion vivante  et  individuelle  de  l'Espagne,  voilà  ce  qu'aurait  dû  être 
son  récit  de  voyage.  Il  en  parle  très  sérieusement  à  Goethe,  dans 
l'automne  de  1800,  fort  content  de  ce  que  son  article  sur  le 
Montserrat  avait  plu  au  poète.  Il  désirait  qu'on  imprimât  cette 
première  esquisse  avec  une  note.  Il  fallait  informer  le  public  que 
c'était  un  Essai  d'un  nouveau  voyage  en  Espagne  qui  paraîtrait 
bientôt,  mais  dont  l'auteur  n'avait  point  l'intention  de  répéter  ce 
que  d'autres  avaient  déjà  suffisamment  décrit  ;  il  préférait  se  bor- 
ner aux  choses  qu'il  aurait  pu  peindre  mieux  que  les  autres. 
N'ayant  séjourné  en  Espagne  que  peu  de  temps,  ajoute-t-il,  dési- 
rant omettre  dans  son  récit  tout  ce  qui  avait  quelque  rapport 
avec  la  statistique,  il  devrait  forcément  écrire  avec  un  peu  d'art. 
Il  s'agissait  de  choisir  quelques  points  essentiels  (parmi  lesquels 
le  Montserrat  resterait  toujours  au  centre),  qui  se  grouperaient  et 
s'entrelaceraient  de  façon  à  offrir  aux  lecteurs  une  image  pro- 
gressive du  pays.  L'ouvrage  devait  être  au  fond  une  étude  sur 
l'individualité  de  la  nation,  ce  qui  est  indispensable  à  toute  des- 


keinem  andern  Richterstuhl  als  vor  der  Nachsicht  der  Freundschaft  mit  diesen 
flûchtig  hingeworfenen  Bemerkungen  erscheinen .  » 

I.  Lettre  de  Tegel,  2  décembre,  7  janvier  1834.  Briefe  an  eitu  Freunditty  II, 
246. 


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GUILLAUME  DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  5  I 

cription  de  voyage.  Pour  ne  pas  nuire  à  la  vivacité  du  récit  et 
pour  donner  aussi  vite  que  possible  une  vue  d'ensemble,  il  aurait 
évité  les  détails  inutiles  :  «  Je  ne  connais  personne,  ditHumboldt, 
qui  ait  voyagé  actuellement  en  Espagne,  et  dût-il  même  y  avoir 
quelqu'un,  je  ne  crains  aucune  concurrence,  car  je  vise  plus  à 
reproduire  une  idée  individuelle  des  choses  qu'à  donner  une  des- 
cription aride  quelconque  \  » 

Aucun  Allemand,  en  effet,  n'aurait  pu  donner  un  tableau  de 
l'Espagne  tel  que  Humboldt  le  concevait.  Les  livres  sur  l'Espagne, 
qui  sortaient  des  presses  de  Leipzig,  n'étaient  pour  la  plupart 
que  des  traductions.  Les  hommes,  sensés  ou  non,  qui  voyaient 
l'Espagne  de  leurs  propres  yeux  n'étaient  pas  prodigues  de  souve- 
nirs ;  s'ils  se  décidaient  à  écrire,  c'était  pour  répéter  des  choses 
dites  et  redites,  usées  jusqu'à  la  corde.  On  a  exposé  ailleurs 
ce  qu'il  y  avait  de  remarquable  et  de  nouveau  dans  les  descrip- 
tions des  voyageurs  allemands  en  Espagne.  Même  les  dithy- 
rambes deC.  A.  Fischer,  ses  tableaux  de  Madrid,  de  Valence,  ses 
aventures  dans  les  Pyrénées,  ne  s'élevaient  pas  trop  au-dessus 
d'une  superficialité  déplorable.  Ce  n'était  pas,  sans  doute, 
l'enthousiasme  qui  manquait,  c'était  la  sérénité  et  la  profondeur 
du  jugement.  L'écrivain  patriote  C.  F.  D.  Schubart  loue  quelque 
part  le  comte  danois  Woldemar  Friedrich  Schmettow,  qui 
avait  résidé  deux  ans  à  Madrid  (1767-1769)  en  qualité  de  secré- 
taire d'ambassade  et  qui  en  savait  plus  que  Clarke  et  Baretti  sur 
l'esprit  des  Espagnols,  sur  le  caractère  du  roi  et  de  sa  cour  ^. 

1.  Gœtbe's  Briefw.  mit  dm  Geb,  von  Humboldt^  III,  169  s.  (Paris,  10  octobre 
1800).  Voir  aussi  la  lettre  de  Humboldt  à  Gœthe,  écrite  à  Paris  le  18  aoôt,  à  la 
veille  de  partir  pour  l'Espagne.  Humboldt  promettait  déjà  alors  de  décrire  son 
voyage,  p.  84:  «...Da  ich  im  Sinnhatte,  in  der  Beschreibung  meiner  spanischen 
Reise  (denn  nur  dièse  werde  ich  wol  eigentlich  beschreiben  kônnen)  ausfùhr- 
liche  Nachrichten  ûber  die  Kunst  in  Spanien  zu  geben,  und  ich  in  dera  Grade 
ausfuhrlicher  sein  wùrde,  als  ich  den  Gegenstand  fur  unbekannter  annehmen 
kônnte.  » 

2.  C.  F.  D.  Schubart' s  des  Patrioten  gesammelte  Schriften  und  SchicksaU, 
Stuttgart,  1839,  vol.  l. Schubart* s  Leben  und Gesinnungen  von  ihmselbst  im  Kerker 


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52  ARTURO   FARINELLI 


Malheureusement,  Schmettow  ne  communiqua  ses  observations 
qu'à  un  cercle  limité  d'amis  intimes.  Il  n'a  imprimé  sur  l'Espagne 
que  deux  articles  assez  insignifiants  sur  les  Combats  de  taureaux 
et  sur  r Inquisition,  Grimaldi  et  Aranda,  où  il  prouve  que  l'Inqui- 
sition n'avait  jamais  été  supprimée  en  aucun  temps  en  Espagne. 
Il  était  assez  modeste  pour  reconnaître  qu'un  séjour  de  17  mois 
à  la  cour,  un  voyage  à  travers  l'Espagne,  depuis  les  frontières  du 
Portugal  jusqu'aux  Pyrénées,  ne  l'autorisaient  point  à  croire  qu'il 
connaissait  l'Espagne  contemporaine;  il  avoue  même  qu'il  ne  la 
connaissait  guère,  qu'il  ne  prétendait  nullement  corriger  les 
voyages  de  Clarke,  de  Plùer,  de  Baretti,  et  moins  encore  celui  du 
chevalier  de  Bourgoing  ^  Aujourd'hui,  quiconque  a  passé 
quelques  semaines  en  Espagne  écrit  un  ou  deux  volumes  de 
mémoires  qu'il  lance  au  public  comme  des  vérités  irréfutables. 

Humboldt,  après  avoir  écrit  quelques  fragments  de  son  voyage, 
distrait  par  d'autres  occupations,  n'y  songea  plus.  Encore  au  com- 
mencement de  septembre  1800,  Schiller  assurait  à  Kôrner  que 
Humboldt  avait  l'intention  d'écrire  et  d'imprimer  son  voyage  en 
Espagne  :  «  Il  vient  de  nous  envoyer  par  anticipation  quelques 


aufgesetity  I  Th.,  1791,  p.  165  :  «  So  jung  dieser  edle  Mann  war,  so  grossund 
reich  waren  doch  die  Erfahrungen,  die  er  bereits  in  der  Welt  angestellt  hatte. 
Er  war  einige  Jahre  kursàchsischer  Gesandter  in  Madrid,  und  wusste  denGeist 
der  Spanier  und  den  Karakter  des  Kônigs  und  seines  Hofs  weit  treffender  ku 
schildern,  als  CIark(e)  und  Baretti.  Was  ich  hernach  in  Bourgin  (Bourgoing) 
las,  schien  mir  grôsstentheils  eine  Wiederholung  desjenigen  zu  seyn,  was  ich 
lange  schon  von  meinem  Grafen  gehôrt  hatte  ».  —  Ce  n'était  point  ce 
Schmettow,  comme  Seuflfert  l'a  prétendu  une  fois,  mais  son  père,  qui  était 
l'ami  de  Heinse  et  de  Wieland.  Voir  B.  Seuflfert,  fVielands  Erfurter  Schûler  vor 
der  Inquisition^  Euphorion,  III,  389,  723. 

I.  Des  Grafen  Woîdemar  Friederich  von  Schnettow  Kleine  Schriftett,  Altona, 
1705,  II,  338  s.,  dans  l'essai  :  Inquisition^  Grintaldi  undAranda;  ein  Commentar 
lu  dent  Au/sat^e  :  Les  ex t rentes  se  touchent ^  qui  avait  paru  en  1793  dans  le 
Schleswigsch,  Journal.  L'article  :  Von  den  Stiergefechten  in  Spanien  (II,  162  s.), 
avait  paru  d'abord  en  1781,  dans  le  Briefivechsel  dç  Schlôzer,  IX,  68  s. 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  53 

fragments  qui  se  lisent  très  agréablement  ^  »  L'article  sur  le 
Montserrat,  celui  sur  le  théâtre  de  Sagonte,  les  esquisses  sur  la 
Biscaye,  Tétude  linguistique  sur  les  Basques  et  leur  origine,  voilà 
tout  ce  qui  est  resté  de  l'ouvrage  que  Humboldt  pensait  écrire 
sur  l'Espagne.  On  sait  qu'il  notait  régulièrement  ses  impressions 
dans  un  Tagebuch.  Mais  ces  notes  disparurent  dans  la  suite  ; 
Humboldt  les  détruisit  peut-être  par  caprice  *  ;  peut-être  aussi 
ont-elles  péri  dans  le  pillage  du  château  de  Tegel  par  les  Fran- 
çais, en  1806. 

La  description  du  voyage  en  Espagne,  l'étude  de  la  civilisation 
d'un  des  peuples  les  plus  méconnus  de  l'Europe  auraient  donc  dû 
augmenter  la  liste  des  travaux  projetés  par  Humboldt.  Combien 
d'autres  projets  fermentaient  dans  cette  puissante  cervelle  à  l'époque 
de  son  séjour  à  Rome  !  Une  idée  éveilkit  d'autres  idées,  un  rêve 
produisait  d'autres  rêves,  qui  se  détruisaient  l'un  l'autre,  dans  la 
suite.  Lorsqu'on  s'y  attend  le  moins,  les  événements  entraînent 
l'homme  dans  leur  tourbillon  aveugle,  ils  réduisent  en  poussière 
ce  qui  semblait  devoir  rester  comme  un  monument  éternel.  Parmi 
tant  de  projets,  Humboldt  nourrissait  celui  d'écrire  une  histoire 
de  la  décadence  et  de  la  chute  des  républiques  grecques.  Il  avait 
médité  longtemps  ce  travail  qui  aurait  dépassé  en  grandeur  et  en 
profondeur   de  conception  les  travaux  de  Montesquieu  et  de 


1.  Lettre  de  Weimar,  3  septembre  1800.  Scinllers  Brùfwechsel  mit  Kônter, 
IV,  191,  et  Schiîlers  Briefe,  hrg.  v.  Jonas,  VI,  194.  Quels  sont  ces  «  einzelne 
Fragmente  »  nommes  par  Schiller  ?  Sans  doute  Tarticle  sur  le  Montserrat,  et 
peut-être  aussi  la  description  du  théâtre  de  Sagonte.  M.  Leitzmann(Introd.  aux 
Sechs  ufigedr,  Aufs.y  p.  XLi)  est  d*avis  que  l'article  sur  Sagonte,  de  m^me 
que  celui  sur  le  Musée  des  Petits  Augustins,  ne  parvint  jamais  à  Goethe. 
Comment  expliquera-t-on  la  notice  donnée  par  Schiller  qui  recevait  directe- 
ment de  Goethe  tout  ce  que  Humboldt  écrivait  sur  TEspagne? 

2.  De  temps  en  temps  Humboldt  brûlait  lui-même  ses  notes  :  «Ich  habe  oft, 
fast  von  meiner  Kindheit  an,  angefangen  Tagebùcher  zu  halten,  und  sienach 
einiger  Zeit   wieder   verbrannt  »,   Briefe  an  eine  Freundin,  II,    204  (7  avril 

1853). 


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54  ARTURO   FARINELLI 


Gibbon.  11  en  parle  à  Schweighaeuser  ;  il  croit  élever  avec  cet 
ouvrage  un  monument  à  l'intention  de  la  pauvre  Allemagne 
bouleversée,  parce  que,  dans  sa  conviction  intime,  l'esprit  grec, 
greflfé  sur  l'esprit  allemand,  produira  quelque  chose,  lorsque 
l'humanité  reprendra  sans  obstacle  sa  marche  progressive  ;  mais, 
dans  la  même  lettre,  il  ajoute  mélancoliquement  que  son  grand 
projet  sera  peut-être,  ainsi  que  toute  chose  aujourd'hui,  une  bulle 
de  savon,  destinée  à  dbparaître  au  premier  accident.  Les  accidents 
survinrent  ;  il  fallut  quitter  Rome  et  l'Italie,  pour  diriger  ailleurs  son 
activité,  débrouiller  d'autres  affaires.  D'un  coup,  le  grand  édifice 
construit  à  Rome  croula.  C'est  ainsi  que  dans  l'âme  la  plus 
forte  et  la  plus  vigoureuse,  la  plus  équilibrée  et  la  plus  active,  par 
la  force  du  hasard  et  le  changement  perpétuel  des  choses  de  ce 
monde,  se  glisse  insensiblement  un  esprit  dévastateur  qui  intro- 
duit la  ruine  au  milieu  du  travail  et  de  la  production. 


III.    —  LE  CARACrfeRE   ET   LES   MŒURS   EN   ESPAGNE 

Essayons  dé  recueillir  quelques  débris  des  ruines  de  l'ouvrage 
projeté  par  Humboldt,  voyons  ce  qu'il  reste  à  glaner  sur  le  carac- 
tère et  les  mœurs  de  l'Espagne  dans  ses  lettres  et  dans  ses  frag- 
ments \  Le  tableau,  bien  loin  d'être  achevé,  ne  dévoilera  par 
intervalles  que  quelques  lignes  et  quelques  contours;  mais  à  ces 
lignes,  à  ces  contours,  on  reconnaîtra  aisément  la  main  intelli- 
gente et  habile  qui  les  traçait. 

Veut-on  hasarder,  après  un  séjour  de  quelques  mois  en  Espagne, 
une  observation  générale  sur  ce  pays,  c'est  qu'il  donne  actuelle- 
ment l'image  de  ce  que  devait  être  l'Europe  au  xvi*  siècle.  Cette 
observation  serait  fausse,  triviale  môme  si  on  la  faisait  par  rap- 


I .  Le  lecteur  nous  dispensera  de  donner  ici,  à  chaque  instant,  Tindication 
des  leures  qui  contiennent  tel  ou  tel  jugement  de  Humboldt  sur  FEspagne. 


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GUILLAUME  DE  HUMBOLDT  ET   L  ESPAGNE  5  5 

port  à  la  condition  morale  arriérée  ou  barbare  de  ses  habitants  ; 
elle  est  juste  lorsqu'on  la  rapporte  à  la  langue  et  aux  mœurs  qui, 
en  Espagne,  sont  restées  les  mêmes  dans  le  peuple  et  dans  les 
classes  supérieures.  Il  y  a  plus  de  simplicité,  plus  de  bonhomie  et 
de  naïveté  en  Espagne  que  dans  le  reste  de  l'Europe.  Il  faut 
admettre  que  les  classes  sociales  ne  diffèrent  entre  elles  que  par 
leur  degré  plus  ou  moins  grand  de  culture.  Plus  la  différence 
dans  le  développement  intellectuel  est  considérable,  plus  la  sépa- 
ration des  différentes  classes  doit  être  sensible.  Plus  une  nation 
tarde  à  se  développer,  plus  cette  muraille  de  séparation  devient 
insurmontable.  Or,  cette  séparation  n'existe  point  en  Espagne. 
Elle  ne  peut  exister,  car  l'Espagne  a  atteint  son  plus  haut  degré 
de  culture  au  xvi*  siècle;  elle  est  plus  grande  en  France,  car  le 
raffinement  de  la  culture  est  fort  ancien  dans  cette  nation;  elle 
est  infiniment  grande  en  Allemagne,  car  là  en  effet  il  existe  une 
aristocratie  intellectuelle.  Celui  qui  n'a  pas  le  bonheur  d'apparte- 
nir à  la  caste  privilégiée  n'est  pas  en  état  de  comprendre  même 
l'écrivain  le  plus  facile.  Gœthe  avait  déjà  dit  la  même  chose,  avec 
une  légère  variante,  en  1782,  en  quittant  la  classe  bourgeoise 
pour  entrer  dans  la  noblesse.  En  Allemagne,  il  n'y  a  que  le  gen- 
tilhomme qui  puisse  acquérir  des  connaissances  générales  et 
vraiment  personnelles.  Le  bourgeois  saura  bien  acquérir  des 
mérites,  et  même,  au  besoin,  cultiver  son  esprit,  mais,  quelque 
effort  qu'il  fasse,  il  ne  parviendra  jamais  à  faire  valoir  sa  person- 
nalité '.  Humboldt  regrettait,  comme  tant  d'autres,  l'abîme  qui 
séparait,  dans  sa  patrie,  le  peuple  des  classes  privilégiées.  Tout  en 
déplorant  le  degré  inférieur  de  culture  en  Espagne,  il  aurait  désiré 
pour  l'Allemagne  le  contact,  la  communauté  d'idées  dans  les 
différentes  classes  qui  existaient  réellement  au  delà  des  Pyrénées. 
La  muraille  qui  sépare  le  peuple  des  classes  cultivées  est  sans 
cela  trop  grande,  écrit  une  fois  Humboldt  à  son  amie  intime,  et 


I.  Voir  J.  Minor,  Die  Anfàttge  des  fViIMm  Meisler,  GcrifjeJaJjrh.^  IX,  18}. 


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$6  ARTURO    FARINELLI 


il  faudra  bien  redoubler  nos  efforts  pour  maintenir  le  lien  princi- 
pal qui  les  relie  encore  \  Les  hommes  les  plus  éclairés  qui  ont 
vu  l'Espagne  au  temps  de  Humboldt  sont  tous  frappés  de  l'in- 
telligence, de  la  culture  originale  et  individuelle  des  classes 
moyennes.  Celui  qui  veut  bien  juger  de  l'Espagne,  assure  Rist, 
doit  connaître  la  petite  noblesse,  car  noble,  tout  le  monde  l'est 
en  Espagne,  un  cocher  autant  qu'un  domestique  ^  A  peu  de  dis- 
tance de  Humboldt,  Beaumarchais,  qui  passe  encore  chez  quel- 
ques-uns pour  avoir  dénigré  et  raillé  les  Espagnols,  loue  l'es- 
prit démocratique  qui  régnait  dans  toute  la  société  espagnole, 
malgré  l'absolutisme  dans  l'ordre  gouvernemental  :  «  Dans  le 
haut  État,  dit-il,  il  n'y  a  pas  d'autre  considération  que  la  person- 
nelle; je  n'aperçois  pas  que  le  rang  en  donne  à  ceux  qui  n'ont  ni 
crédit  dans  les  affaires,  ni  ce  qu'on  appelle  qualités  transcen- 
dantes »  '. 

Dans  une  lettre  à  Schlabrendorf,  une  des  plus  belles  et  des 
plus  instructives  que  Humboldt  ait  écrites  sur  l'Espagne,  et  qui 
malheureusement  ne  nous  est  parvenue  que  mutilée,  le  savant 
reproche  aux  Espagnols  une  certaine  rudesse  qui,  même  chez 
ceux  qui  ont  voyagé  hors  de  leur  pays,  se  cache  encore  sous  le 
vernis  étranger,  une  rudesse  ou  pruderie  qui  n'est  pas  dans  le 
caraaère  des  Français.  Dans  les  classes  moyennes,  cette  pruderie 
n'est,  à  vrai  dire,  que  négative,  elle  n'est  qu'un  manque  de 
finesse  de  culture  ;  cette  classe  représente  à  peu  près  les  bourgeois 
des  petites  villes  de  l'Allemagne,  bons,  bienveillants,  prompts  à 
rendre  service,  généreux,  mais  bornés  et  tout  à  fait  dépourvus  de 
souplesse.  L'autre  partie,  qui  doit  beaucoup  à  l'influence  étran- 
gère, est  ordinairement  superficielle;  elle  méprise  sa  propre  nation 
et  adore  la  France,  lors  même  que  les  Français,  s'ils  parlaient 


1.  Lettre  de  Tegel,   14   mars-4  avril   1834.  Brie/e  an  eine  Freundin,  II, 

265. 

2.  LôbenserinneningeHy  II,  302. 

3    Voir  A.  Morel-Fatio,  Études  sur  PEspagw,  Paris,  1895%  I,  77. 


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GUILLAUME  DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  57 

ouvertement,  rappelleraient  encore  à  demi  barbare.  Le  fond  du 
caractère  est  cependant  meilleur  en  Espagne  qu'ailleurs.  On  est 
franc  et  loyal  ici,  sans  nulle  prétention;  on  est  très  aimable  et 
courtois  envers  les  étrangers;  on  Test  sans  affectation  et  par  l'élan 
spontané  de  Tâme.  On  trouve  en  Espagne  des  hommes  avec  les- 
quels on  entre  volontiers  en  relations  et  avec  lesquels  on  voudrait 
passer  toute  sa  vie  \ 

Le  développement  du  caractère  importe  à  un  Espagnol  bien 
plus  que  le  développement  de  ses  forces  individuelles.  Il  y  a 
dans  son  naturel  plus  de  penchant  à  s'approfondir  qu'à  s'élar- 
gir. La  nation  n'étant  pas  suffisamment  cultivée,  on  ne  connaît 
pas  chez  les  Espagnols  l'occupation  fiévreuse  de  l'esprit  qui  est 
particulière  aux  Français.  L'isolement  chez  eux  n'est  pas  un 
sacrifice,  mais  souvent  un  besoin.  Ils  sont  prêts  à  acheter  l'indé- 
pendance par  la  solitude.  Ils  sont  plus  sensuels,  mais  moins  maté- 
riels que  les  septentrionaux  ;  ils  sont  excessivement  irritables  ; 
c'est  pourquoi  ils  désirent  vivre  sans  être  importunés.  On  reproche 
aux  Aragonais  une  morne  sévérité,  de  l'orgueil  et  du  dépit.  Les 
relations  de  voyage  enchérissent  sur  ces  défauts  qui,  en  fait,  sont 
excusables  et  s'expliquent  par  le  souvenir  des  anciennes  institu- 
tions qui  n'étoufiaient  guère  l'esprit  d'indépendance.  En  société, 
les  Espagnols  sont  éveillés  et  spirituels,  mais  ils  n'ont  pas  propre- 
ment besoin  d'une  société  ;  ils  ne  la  cherchent  pas  ;  ils  s'en  passent. 
De  tels  hommes  montrent  par  nature  de  l'inclination  à  ce  que 
l'on  pourrait  appeler  oisiveté  et  qui  n'est  souvent  qu'une  noble 
occupation  de  la  fantaisie  par  leurs  propres  sentiments.  Attirés 
par  leur  caractère  seulement  vers  quelques  points,  mais  avec 
force,  ils  peuvent  passer  de  la  fainéantise  à  une  activité  bornée  à 
ces  points,  mais  à  une  activité  fiévreuse,  tout  le  reste  leur  parais- 
sant trop  facile,  simplement  mécanique,  indigne  d'eux.  Cette 


X.  Lettre  à  Wolf,  Œuvres,  V,  215  :  «  Ein  Paar  Menschen  habe  ich  hier 
(Madrid)  gefiinden,  mit  denen  ich  ûberall  gern  leben  wûrde  und  mit  denen  ich 
gewiss  in  Verbindung  auch  kûnftig  bleiben  werde.  » 


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58  ARTURO   FARINELLI 


disposition  d'âme  convient  fort  bien  pour  Li  vie  solitaire.  Les 
Espagnols  sont  d'excellents  ermites  pour  peupler  le  Montserrat. 
Ils  se  passent  du  confort,  des  commodités  de  la  vie.  Les  fatigues 
corporelles  ne  les  inquiètent  point  ;  ils  se  sont  endurcis  par  l'habi- 
tude '. 

Quoique  la  culture  de  l'esprit  ne  soit  pas  la  règle  en  Espagne, 
il  se  trouve  cependant  un  nombre  assez  considérable  de  savants 
qui,  malgré  des  difficultés  incroyables,  sans  même  sortir  de  leur 
pays,  ont  atteint  un  haut  degré  de  culture  et  sont  plus  modestes, 
moins  disposés  à  condamner  les  autres  que  les  savants  français. 
Par  malheur,  il  faut  toujours  parler  bas  en  Espagne,  car  l'oppres- 
sion religieuse  n'a  pas  encore  cessé  et  le  pays  ne  jouit  presque 
d'aucune  liberté.  G)mme  un  public  éclairé  et  assez  cultivé  &it 
défaut  et  que  le  commerce  des  livres  est  presque  nul,  la  plupart 
de  ces  savants  ne  se  donnent  pas  la  peine  d'écrire,  et  ne  réussissent 
guère  à  se  faire  connaître  hors  d'Espagne.  L'érudition  a  ici  peu 
de  place.  Impossible  d'approfondir  n'importe  quelle  recherche 
dans  les  bibliothèques,  mal  pourvues  ou  mal  ordonnées  ;  le  phi- 
lologue surtout  ne  peut  guère  travailler  en  Espagne.  Il  n'y  a  que 
la  bibliothèque  de  l'Escorial  qui  renferme  des  trésors  remar- 
quables, des  manuscrits  d'auteurs  classiques.  A  Madrid,  la 
bibliothèque  du  duc  de  l'Infantado,  dérivée  de  celle  du  cardinal 
Mendoza,  est  la  seule  qui  puisse  intéresser  le  philologue.  On  y 
trouve  quelques  douzaines  d'éditions  classiques  du  xv*'  siècle,  une 
édition  d'Homère,  fort  rare,  de  1488.  En  revanche,  les  auteurs 
espagnols  abondent  dans  les  autres  bibliothèques.  Mais  ceux  qui 
n'ont  pas  eu  le  bonheur  d'être  imprimés  restent  tout  à  fait  oubliés. 


I .  C'est  dans  l*article  sur  le  Montserrat,  adressé  à  Gœthe,  que  Huniboldt 
parle  du  penchant  des  Espagnols  pour  la  solitude,  Œuvres  y  III,  207  :  «  Die 
kôrperlichen  Beschwerden  schrecken  den  Spanîer  weniger  ab,  da  cr,  wit  ich 
JJmen  einmal  kûnftig  nàher  auseinandersetien  weidcy  hârter  gewôhnt  ist.  »  Voilà 
encore  une  promesse  de  revenir  sur  les  qualités  du  caractère  espagnol  qui  s'en 
alla  en  fumée  comme  tant  d'autres. 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  59 

Les  éditions  anciennes  des  poètes  espagnols  sont  extrêmement 
rares  et  fort  chères.  Un  petit  volume  de  comédies  coûte 
1.200  réaux.  Les  langues  sont  fort  en  décadence,  le  grec  surtout. 
Tous  les  professeurs  de  grec  des  Universités  espagnoles  se  valent  ; 
à  peine  trouve-t-on  ailleurs  des  hommes  mieux  instruits.  Même 
ceux-ci  ignorent  les  publications  nouvelles.  Une  partie  du 
Sophocle  de  Brunck,  que  l'on  apporte  ici  d'Allemagne,  est  une 
grande  rareté.  Quelques  bonnes  éditions  anglaises  des  classiques 
restent  enfouies  dans  la  bibliothèque  du  duc  d'Ossuna  :  le  public 
les  ignore.  Il  faut  vraiment  s'étonner  qu'un  des  traducteurs  nou- 
veaux de  Pindare  se  soit  servi  d'une  édition  de  Heyne. 

On  a  beau  prodiguer  de  l'argent  en  Espagne  pour  les  sciences 
et  les  lettres,  on  le  dépense  aveuglément,  sans  réflexion,  partant 
sans  profit.  Le  roi  donne  même  de  sa  caisse.  Quelques  Univer- 
sités sont  fort  bien  dotées,  celle  de  Salamanque  dispose  d'environ 
60.000  réaux,  ce  qui  est  très  considérable,  vu  le  nombre  limité  des 
professeurs.  Malgré  ces  dépenses  on  n'aperçoit  pas  de  progrès  *.Les 
Universités  surtout  sont  mauvaises  ;  presque  toutes  les  sciences 
sont  arriérées.  Ce  n'est  que  dans  la  chimie  et  dans  la  minéralo- 
gie qu'il  feut  espérer  quelques  progrès.  Encore  a-t-il  fallu  appe- 
ler des  savants  étrangers  et  confier  des  chaires  à  des  Allemands. 
On  vient  de  traduire  des  manuels  allemands  en  espagnol.  Grâce 
à  Herrgen  les  musées  d'histoire  naturelle  s'enrichissent;  des 
relations  intellectuelles  avec  l'étranger  sont  inaugurées  *. 


1.  Herrgen  regrettait  la  même  chose,  deux  années  après  Humboldt.  Voir 
MoWs  Mittheilungen,  II,  322.  (Lettre  de  Madrid,  9  juillet  1801)  :  «  Die 
ungeheuren  Summen,  welche  Spanien  von  jeher  zur  Aufnahme  der  Wissen- 
schaften  angewandt  hat,  sind  noch  nirgendswo  angewandt  wordcn  und  doch 
ist  man  bis  jetzt  fast  noch  nicht  um  einen  Schritt  weiter  gekommen.  » 

2.  Dans  une  de  ses  lettres  à  ses  amis  de  l'Allemagne  (MoWs  Mitth.y  II, 
315.  16  février  1801),  Herrgen  promettait  de  donner  des  nouvelles  littéraires 
sur  l'Espagne  qui  n'était  guère  connue  à  l'étranger  :  «  Ich  bin  niehr  als  irgend 
jemand  ûberzeugt,  dass  Spanien  noch  gar  nicht  richtig  bekannt  ist,  und  dass 
man  sich  im  Auslande  ganz  falsche  Ideen  davon  macht.  » 


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60  ARTURO   FARINELLI 


Au  sujet  des  femmes  espagnoles  qui  fournissaient  aux  voya- 
geurs de  tous  les  pays  une  matière  abondante  pour  des  fantaisies 
et  des  tableaux  de  mœurs  d'une  étonnante  superficialité,  les 
lettres  de  Humboldt  et  de  sa  femme  sont  muettes.  A  peine 
Giroline  mentionne-t-elle  les  femmes  de  Madrid  revêtues  de  la 
mantille  traditionnelle,  coquettes  comme  partout  ailleurs.  Même 
en  traversant  l'Andalousie,  ce  «  sunny  land  of  love  »,  comme 
Byron  l'appelle,  les  Humboldt  ne  rapportent  pas  de  souvenirs  de 
ces  femmes  ravissantes,  célébrées  par  Byron  quelques  années 
plus  tard  : 

Their  very  walk  would  make  your  bosôm  swell  ; 
I  can't  describe  it,  though  so  much  it  strikc, 
Nor  liken  it  —  I  nevcr  saw  the  like  : 
An  Arab  horse,  a  stately  stag,  a  barb 

New  broke,  a  canideopard,  a  gazelle, 
No  —  none  of  thcsc  will  do  '... 

C'est  à  cette  époque  que  l'on  commençait,  en  France  plus 
qu'ailleurs,  à  divaguer  sur  la  jalousie  des  femmes  espagnoles, 
enfermées  comme  des  esclaves  derrière  leurs  grilles.  Quelques 
Allemands  enchérissent  sur  ce  type  conventionnel  et  ajoutent  des 
traits  encore  plus  édifiants.  Rist  défend,  dans  ses  Mémoires,  le 
beau  sexe  espagnol.  Il  avait  admiré  dans  les  «  tertulias  »  des 
femmes  très  intelligentes  et  alertes,  frétillantes  d'esprit,  enjouées, 
promptes  à  la  répartie,  des  femmes  incorruptibles,  de  sentiments 
très  élevés,  d'idées  très  libérales  ;  si  elles  avaient  pu  agir,  si  c'eût 
été  leur  affaire,  elles  auraient  fait  la  révolution  mieux  que  les 
hommes  ^. 


1.  Donjuauy  II  ($-6). 

2.  Lebenserinnerungetty  II,  503.  Je  parlerai  dans  une  autre  étude  des  fantaisies 
des  Allemands  à  propos  des  femmes  et  de  Tamour  en  Espagne,  de  quelques 
romans  et  nouvelles  de  mœurs  dont  j'ignore  encore  la  source,  telles  que  : 
Alonso  nnd  Leoiiora  oihr  die  Enlfnhnmg  ans  Rache,  tragédie  en   5  actes,  de 


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i— ■gg.p-'-  -^^ 


GUILLAUME   DE   HUMBOLDT  ET   l'eSPAGNE  6i 

Une  autre  particularité  foncièrement  espagnole,  c'était  la  gui- 
tare. Que  de  fantaisies  et  de  divagations  les  romantiques  n*ont-ils 
pas  entassées  à  propos  des  guitares  et  des  «  guitarreros  »  espagnols  ! 
Guillaume  de  Humboldt,  de  même  que  son  frère  Alexandre, 
n'avait  ni  goût  ni  compréhension  pour  la  musique.  A  un  certain 
é^ard  on  pourrait  l'appeler  absolument  antimusical.  Mais  jamais 
il  ne  se  piqua,  comme  d'autres  Allemands,  de  savoir  ce  qu'il  ne 
savait  pas,  de  sentir  ce  qu'il  ne  sentait  pas.  Il  aura  probablement 
assisté  à  quelques  opéras  italiens,  dans  les  théâtres  de  Madrid, 
mais  il  n'en  parle  pas  dans  ses  souvenirs.  Il  s'intéresse, 
cependant,  en  philologue,  aux  chansons  populaires,  surtout  à 
celles  des  Basques.  Il  procura  à  ses  amis  de  la  musique  du  pays  : 
«  Je  vais  vous  procurer  de  TEspagne  un  paquet  de  musique 
nationale,  écrit-il  à  G.  Kôrner;  elle  doit  être  curieuse,  quoiqu'elle 
ne  soit  pas  trop  agréable  aux  oreilles  ».  Il  avait  entendu  quelque 
part  Garât  et  il  demande  de  ses  nouvelles  aux  amis  de  Paris.  La 
guitare  ne  devait  point  lui  déplaire  ;  il  en  achète  une  en  Espagne 
pour  la  femme  de  Kôrner,  sans  doute  de  provenance  anglaise, 
car,  assure-t-il,  les  prétendues  guitares  espagnoles  de  quelque 
valeur  viennent  toutes  d'Angleterre.  Il  promet  au  même  ami  de 
lui  décrire  quelque  jour  les  danses  nationales  d'Espagne  «  pour 
l'amour  desquelles,  dit-il,  nous  avons  passé  une  nuit  entière 
parmi  les  Tsiganes  '  ». 

Si,  d'une  part,  nous  devons  savoir  gré  à  Humboldt  de  s'être  tu 
sur  des  détails  répétés  à  l'infini  par  d'autres  voyageurs,  sur  l'In- 
quisition d'autrefois  et  l'intolérance  contemporaine,  sur  les  tau- 
reaux et  les  «  toreros  »,  qui  de  nos  jours  encore  forment  la  pièce  de 
résistance  de   toute    véritable   peinture  de   mœurs   espagnoles 


Rost,  Eisenacli,  1790;  la  Geschicbie  des  jnngen  Grafen  Fernando  von  Mendo^a, 
Leipzig,  1794;  Die  Einsiedler  von  Mur^ia,  Gotha,  1798;  le  dr ime  Cava  von 
Consuegra,  einOp/erder  JVeiberrachey  Dresden,  1794,  etc. 

I.  Voir  à  ce  sujet  les  deux  premiers  chapitres  de  l'ouvrage  de  G.  Borrow,  The 
Zincali;  or  an  acconnt  of  the  Gypsies  of  Spain,  London,  184 1,  p.  37  s. 


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62  ARTURO   FARINELLI 


(Humboldt  ne  paraît  pas  même  avoir  assisté  à  une  «  corrida  »,  ce 
qui  est  impardonnable)  ;  s'il  s'est  tu  vraisemblablement  sur  bien 
des  choses  qui  auraient  donné  de  fort  belles  pages  de  couleur 
locale,  il  est  très  regrettable  qu'il  nous  laisse  dans  l'ignorance 
presque  complète  de  ses  idées  sur  la  religion,  sur  la  politique,  sur 
les  institutions  gouvernementales  en  Espagne.  A  en  juger  par 
l'article  sur  le  Montserrat,  Humboldt  ne  paraît  pas  attribuer  aux 
Espagnols  l'exaltation,  le  Êinatisme  religieux,  la  sensiblerie 
bigote  que  la  plupart  des  voyageurs  admettaient  par  tradition. 
Les  ermites  qu'il  visite  sont  pieux,  mais  nullement  exaltés.  On 
ne  voit  pas  qu'ils  soient  tourmentés  par  des  rêves  mystiques.  Le 
ciel  et  la  terre  les  occupent  avec  la  même  intensité.  Ils  ont  du 
plaisir  à  contempler  la  nature,  ils  soignent  leur  petit  jardin,  ils 
se  plaisent  à  parer  leur  humble  demeure.  Rist,  qui  avait  souvent 
médité  sur  la  religion  des  Espagnols,  trouve  qu'ils  sont  indiffé- 
rents et  distraits  dans  leurs  exercices  de  dévotion,  «  quoique  zélés 
et  ponctuels  ;  ils  ont  leur  croyance  dans  la  chair  et  les  os,  et  point 
dans  le  cœur  :  la  religion  n'est  pour  eux  qu'un  pur  instinct  et  non 
un  sentiment  élevé.  » 

Humboldt  visitait  l'Espagne  à  une  époque  de  troubles  et  de 
bouleversements  intérieurs.  On  aimerait  savoir  ce  qu'il  pensait 
des  hommes  d'État  qui  dirigeaient  les  affaires  de  cette  monarchie 
faible  et  pourrie  ;  il  a  fréquenté  la  cour  au  plus  fort  des  ébranle- 
ments qui  agitaient  l'Espagne  ;  il  a  vu  le  roi,  il  reçut  de  lui  des 
grâces  et  des  faveurs  et  il  ne  parle  nullement  de  sa  politique 
malheureuse  ;  il  a  été  témoin  des  intrigues  de  la  reine  et  du 
ministre  Godoy  son  favori  \  Il  ne  fallait  pas  beaucoup  de  clair- 
voyance et  de  perspicacité  pour  prévoir  la  ruine  prochaine,  irré- 
médiable, de  ce  système  gouvernemental  absolu  et  lâchement 


1 .  Parmi  la  foule  des  romans  politiques  que  personne  ne  lit  plus  aujourd'hui, 
j'en  connais  un  anonyme  allemand  :  Doit  Diego  Godoi,  oder  Pudelnârrische 
Avantûren  eines  Hans  Ohusorge.  Nicht  ^um  Nachdenhen  ;  sondern  ^ur  UnUrhal- 
tung  niedergeschriehmyVon  einem  dergUicheit  Goldsôhne,  Leipzig,  1802. 


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GUILLAUME  DE   HUMBOLDT   ET   l'eSPAGNE  63 

despotique.  Humboldt  s'était  fait  en  Espagne,  comme  jadis  en 
France,  un  devoir  de  ne  point  parler  de  politique. 

Le  grand  mallieur  de  l'Espagne  gît,  à  son  avis,  pour  étrange  que 
cela  puisse  paraître,  dans  la  situation  géographique  du  pays.  De 
tous  les  peuples  de  l'Europe,  ce  n'est  qu'avec  la  France  que  l'Es- 
pagne est  unie  par  terre.  Tout,  même  les  produits  de  l'Angleterre 
et  de  l'Allemagne,  n'y  arrive  que  par  l'intermédiaire  de  la 
France,  et  c'est  précisément  la  civilisation  française  qui  est 
la  plus  dangereuse  pour  les  Espagnols.  On  a  beau  maudire  cet 
ennemi  juré  de  l'Espagne,  c'est  vers  la  France  qu'on  se  tourne 
toutes  les  fois  qu'on  veut  des  lumières  «t  du  progrès.  On  se 
nourrit,  bon  gré,  mal  gré,  de  sa  littérature,  de  sa  philosophie,  de 
sa  morale  ^  Passe  encore  si  la  plupart  des  idées  qui  viennent 
de  France  étaient  bien  saisies  et  bien  digérées,  mais  on  les  déna- 
ture souvent  et  on  en  tire  plus  de  poison  que  de  profit.  C'est 
ainsi  qu'au  lieu  d'abattre  des  préjugés,  les  lumières  de  la  France 
servent  à  en  engendrer  de  nouveaux  non  moins  dangereux.  Vous 
trouvez  en  Espagne  des  hommes  qui  nient  et  combattent  les 
miracles  prétendus  pour  sauver  les  véritables.  Vous  en  trouvez 
d'autres  qui  sont  encore  des  Jansénistes  complets,  et  ce  sont  pré- 
cisément les  plus  éclairés;  d'autres  enfin  qui  ont  une  religion 
purement  philosophique.  Toutes  les  nuances  qui  existaient  jadis 
en  Allemagne  se  rencontrent  maintenant  encore  en  Espagne.  Dans 
ces  nuances,  l'esprit  français  glisse  à  la  surface,  il  ne  pénètre  pas. 
On  imite  aveuglément  ce  qui  s'impose  au  delà  des  Pyrénées. 
Il  faudrait  à  l'Espagne  d'autres  modèles,  une  autre  sève.  Il 
faudrait  d'autres  doctrines,  d'autres  livres,  une  éducation  plus 
sensée.  Si  Ton  permettait  une  étude  plus  libre  et  plus  approfon- 


1.  Le  comte  de  Schmettow  disait  dans  son  essai  sur  a  l'Inquisition  et 
Aranda/>,  Kleine  Schriften,  II,  349,  à  propos  des  livres  de  Voluire  qui  s'intro- 
duisaient en  Espagne  :  «  Es  gab  einige,  die  fur  schweres  Geld  fremde  Bûcher 
anschafften,  und  sic  in  verborgcnen  Schrànken  nicht  ohne  Gefahr  aufbe- 
wahrten  ». 


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64  ARTURO   FARINELU 


die  de  l'exégèse  et  de  l'histoire  ecclésiastique,  si  Ton  répandait  la 
connaissance  de  l'anglais  et  de  l'allemand,  on  aurait  indubitable- 
ment, en  peu  d'années,  des  fruits  très  précieux.  Le  fond  de 
l'homme  dans  ce  pays  est  excellent  ;  il  s'agit  de  le  développer  au 
moyen  d'un  guide  sûr  et  intelligent.  L'esprit  de  l'Espagnol,  disait 
Schubart  vers  1790,  est  saturé  de  phlogistique,  il  prend  vite  feu 
et  il  le  communique  aussi  vite.  «  Si  l'on  bannissait  une  fois  le 
pouvoir  funeste  des  prêtres,  l'Espagne  parviendrait  d'un  seul 
bond  aune  hauteur  inconcevable  »  \ 

Humboldt,  lui  aussi,  a  voulu  dire  son  mot  sur  l'avenir  de 
l'Espagne.  Ce  mot  nous  échappe  par  malheur;  la  lettre  à  Schla- 
brendorf  qui  le  contenait  s'arrête  précisément  à  la  question  : 
«  Qu'adviendra-t-il  des  Espagnols,  de  leur  nation  en  général?  » 
Personne  ne  saura  jamais  remplir  cette  regrettable  lacune.  Ce  qui 
est  sûr,  c'est  que  Humboldt  était  parfaitement  convaincu  de 
l'affinité  du  caractère  espagnol  avec  le  caractère  allemand.  Il 
écrit  à  Schlabrendorf  :  «  Parmi  les  peuples  méridionaux,  les 
Espagnols  occupent  une  place  tout  à  fait  particulière.  Ils  ont 
sans  doute  des  qualités  de  caractère  qu'on  pourrait  appeler  sep- 
tentrionales et  qui  les  rapprochent  sensiblement  de  nous  autres 
Allemands  ».  Sur  cette  ressemblance,  réelle  ou  imaginaire,  les 
Allemands  de  notre  siècle  n'ont  cessé  d'enchérir  :  ils  ont  écha- 
&udé  de  charmantes  fantaisies  ;  l'enthousiasme  a  donné  des  ailes  à 
l'imagination  ;  le  romantisme  a  aidé  de  son  côté  à  découvrir  des 
dispositions  d'esprit  d'une  analogie  frappante  entre  l'Allemagne 
et  l'Espagne.  Humboldt,  qui  n'était  ni  enthousiaste,  ni  roman- 
tique,   qui  n'éprouva,    après  ses  voyages,  aucun  attachement 


I.  Gesamtneîte  Scljriften,  VIII,  212.  Ce  n'est  que  par  ouï-dire  et  à  la  suite  de 
lectures  fort  imparfaites  que  Schubart  jugeait  TEspagne.  Sachons-lui  gré  au 
moins  de  son  optimisme  :  «  Jetzt  verbreitet  sich  das  Licht  der  Aufkiârung 
immer  mehr  in  Spanien.  Wolfs  lateinische  Schriften  haben  daselbsi  schon 
fûnf  starke  Auflagen  erlebt  und  solchen  Eindruck  auf  den  Geist  der  Nation 
gemacht,  den  aile  finstre  Inquisitoren  wohl  nie  werden  vertilgen  kônnen.  » 


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GUILLAUME  DE   HUMBOLDT   ET   l'eSPAGNE  6$ 

véritable  pour  l'Espagne,  reléguée  tout  au  fond,  même  au  delà 
de  Thorizon  de  sa  pensée,  a  été,  par  un  caprice  du  hasard,  un 
des  premiers  à  proclamer  la  fraternité  d'esprit  et  de  sentiment 
des  deux  nations,  un  des  premiers  à  pousser,  du  fond  deTEspagne, 
h  cri  :  «  Somos  hermanos  »,  qui  éveille  encore  de  nos  jours 
dans  le  cœur  des  Allemands  tant  de  souvenirs  et  d'émotions  \ 


I .  a  Deutsches  Gemûth  und  spanische  Phantasiein  kràftiger  Vereinigung,  was 
kônnen  sie  nicht  hervorbringen  ?  Was  der  Spanier,  seiner  Abkunft  nach,immer 
gem  dngedenk,  von  den  Deutschen  sagt  ;  Somos  hermanos,  kônnte  auf  eine 
ganz  neue  Art  in  der  deutschen  Poésie  wahr  werden  » .  Bouterwek,  GeschichU 
der  schônen  Literatur  in  Spanietty  Gôttingen,  1804,  p.  viii  s.  —  «  Spanien  bildete 
den  gerinanischen  Charakter  in  seiner  unvergleichlichen,  Poesieam  reinstenund 
unabhângigsten  aus.  »  Adam  H.  Mûller,  Vorîesungenûber  die  deutscheWissenschaft 
und  Literatur,  Dresden,  1807,  p.  22;  et  dans  une  autre  conférence  :  Vont 
Charakter  der  spaniscUn  Poésie  {Phôhis.  Ein  Journal  fur  die  Kunst.,  VII,  St., 
1808,  p.  12):  «  ...es  heisst...  nurdie  ungewôhnliche  Vortrefflichkeit  dieser 
Uebersetzungen  (de  G.  Schlegel)  erkiàren,  wenn  man  bemerkt,  dass  die  innercn 
Genien  der  deutschen  und  spanischen Nation,  und  der  beiden  Sprachen,  einander 
wo  môglich  eben  so  nahe  verwandt  und  âhnlich  sind,  als  ihre  gegenwârtigen 
beiderseitigen  Schicksale.  »  Die  wunderbare  Aehnlichkeit  des  deutschen  und 
spanischen  Charakters  wùrde  dabei,  aller  anscheinenden  Ungleicheit  zum 
Trotze,  sich  auch  in  diesem  poetischen  Repràsentanten  {Alarcos  de  F.  Schlegel) 
ahnungsvoll  behaupten  ».  Fouqué,  Ge/ûbUf  Bilder  und  Ansichten^  Leipzig, 
1819,  U,  151.  —  L'histoire  de  la  littér.  espagn.  de  Bouterwek,  écrivait  F.  Wolf 
en  185 1  a  erscheint  uns  wie  einc  Erneuerung  des  geistigen  Bûndnisses  zweier 
nicht  bloss  dem  Stamme,  sondern  mehr  noch  ihrem  innersten  Wesen  nach 
verbrùderten  Nationen;  wie  eine  Erneuerung  des  altherkômralichen  Grusses 
der  Spanier  an  die  Deustchen  :  Somos  hermanos!  ».  F.  Wolf,  Sttidien  ^ur 
Geschichte  der  spanischen  und  portugiesischen  Nationalliteralury  Berlin,  1859,  P-  5» 
—  tt  So  unendlich  verschieden  auch  Spanien  und  Deutschland  immerhin  sein 
môgen,  in  bedeutungsvoUer  und  grossartiger  Weltstellung  sind  beide  sich 
vollkommen  gleich.  Sie  beruht  dort  auf  einer  abgesonderten,  scharfbestimmien 
und  kraft vollen  Nationalitàt,  welche  aile  àusseren  Einwirkungen  und  die 
verschiedenartigsten  Elemente  selbstàndig  in  sich  gestaltet  und  beherrscht, 
hier  auf  der  Vielseitigkeit  der  Volksanlagen,  der  ôffentlichen  Stellungen  und 
Verhàltnisse,  welche  fur  aile  allgemeinen  Bewegungen  des  europàischen 
Vôlkerlebens  empfanglichsten  Sinn  und  Zugànglichkeit  bewahrt.  »  A.  Flegler, 

Rtxme  hispanique.  $ 


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ARTURO   FARINELLI 


rV.    —   LES  LETTRES 

Les  bouleversements  politiques  qui  agitaient  l'Europe  à  la  fin 
i  siècle  n'ont  point  troublé  la  paix  du  philosophe  allemand  en 
spagne.  Au  milieu  des  orages  qui  grondaient  de  toute  part,  au 
lilieu  du  tumulte  et  de  la  révolte,  Humboldt  reste  calme  et  imper- 
irbable.  Il  est  à  peu  près  de  Tavis  de  Herder  qui,  dans  ses 
Htres  d*hufnanite\  prétendait  que  Ton  apprend  bien  mieux  à 
mnaître  les  temps  et  les  nations  par  leur  histoire  littéraire  que 
ir  rétude  peu  commode  et  trompeuse  de  l'histoire  politique  et 
lilitaire  *.  Tous  les  événements  humains,  avoue  Humboldt  à 
>n  amie  intime,  ne  peuvent  nous  intéresser  que  par  les  senti- 
lents  et  les  pensées  qu'ils  produisent. 


anien  und  Deutschîand  in  geschichtUcher  Vergleichungy  Wintcrthur,  1845,  P-  287. 

«  Bel  aller  Sonderbarkeit,  die  Spanien  charakterisirt,  und  die  uns  scheinbar 
sselbe  zu  entfremden  geeignet  ist,  geht  ein  dem  deuischen  Geist  und  Gemûth 
f  verwandter  Zug  durch  dièses  Land  und  Volk  hindurch,  der  vielleicht  mehr 
le  jeden  anderen  dort  den  Deutschen  sich  heimisch  fûhlen  lâsst.  »  Lorinser, 
iseskiiien  ans  Spanien,  Regensburg,  185$,  I  Th.  p.  2.  —  «  Wir  werden 
îUeicht  fînden,  dass  es  eine  gewisse  Verwandtschaft  des  Nationalcharakters, 
i  vicier  und  grosser  Verschiedenheit  ist,  dass  gerade  das  germanische  Elément, 
fiches  die  alte  Volkspoesie  Spanîens,  ganz  im  Gegensatz  zu  sciner  unter  dem 
nfluss  romanischer  Schwestervôlker  entwickelten  Kunstdichtung,  durch- 
ingt...  was  uns  Deutschen  gerade  zu  dieser  Dichtung  (la  poésie  espagnole) 

hingezogen  hat.  »  A.  Ebert,  Literarische  Wechselwirkungen  Spaniens  und 
utschlandSf  dans  la  Deutsche  Vierteljahrs-Schrifly  Stuttgart  und  Augsburg, 
57,  II,  121.  —  «  lu  der  Hùlle  der  âusseren  Einfachheit  zeigt  sich  und  wirkt 
1  so  unwiderstehlicher  die  innerc  Kraft  der  alten  Liebe  zu  Religion  und 
iterland  und  das  macht  auf  das  vcrwandte  Gemùth  der  Deutschen  einen 
waltigen  Eindruck.  »  Albert,  Gedanken  ûher  Gott,  IVelt  und  MenschenUben  in 
I  Autos  sacramentaks  des  Don  Pedro  Calderon  de  la  Barca.  Passau,  1874-75, 
ni.,p.  19. 
I.  Humanitâtsbneff,  dans  \qs  Œuvrer,  éd.  Suphan,  XVIII,  137. 


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GUILLAUME   DE  HUMBOLDT  ET   l'eSPAGNE  67 

L'histoire  littéraire  de  l'Espagne  a  été  quelque  temps  une  de  ses 
occupations  favorites.  Il  écrit,  le  15  novembre  1799,  à  son  beau- 
père  :  a  Je  m'occupe  sérieusement  de  littérature  espagnole,  que 
l'on  ne  peut  guère  étudier  qu'ici  en  Espagne,  car  les  livres  de  ce 
genre  manquent  partout  ailleurs  ».  De  même  i  Wolf  :  «  Ce  qui 
m'intéresse  le  plus,  c'est  la  littérature  et  la  langue  espagnoles,  et 
j'espère  écrire  quelque  chose  là-dessus  à  mon  retour.  Mon  but 
étant  d'expérimenter  par  des  exemples  pratiques  la  théorie  de 
l'esthétique,  la  poésie  d'une  nation  qui  m'est  encore  inconnue 
doit  m'intéresser  par  elle-même.  En  effet,  lorsque  je  la  compare 
à  la  poésie  française  et  à  la  poésie  italienne,  je  démêle  des  faits 
curieux.  J'ai  étudié  avant  d'arriver  ici  l'ancienne  littérature  fran- 
çaise, et  si  jamais  je  devais  écrire  quelque  chose  sur  l'Espagne,  je 
voudrab  bien  étudier  à  fond  son  histoire  littéraire  du  xv«  et  du 
XVI*  siècle.  »  Il  manifeste  pareillement  à  Goethe  le  dessein  d'élabo- 
rer ses  notes  de  voyage  et  de  comparer  l'esprit  des  différentes 
littératures  dans  les  différents  siècles,  convaincu  que  l'esprit  de  la 
langue  d'une  nation  détermine  foncièrement  l'esprit  de  sa  litté- 
rature. S'il  assure  une  fois  que  les  poètes  français  des  xv*  et 
xvi*  siècles,  tout  en  restant  au-dessous  même  des  poètes  espa- 
gnols, ont  parfois  des  côtés  humains,  des  sentiments  purs  que 
l'on  chercherait  en  vain  chez  les  Italiens  et  les  Espagnols,  on 
est  tenté  de  croire  qu'il  a  beaucoup  lu  et  médité  les  auteurs  espa- 
gnols du  bon  vieux  temps.  Il  n'est  resté  aucune  trace  de  ses  études. 
Il  a  assuré  à  Rome  en  1806  que  le  Cid  (sans  doute  le 
Poema  del  Cid)  avait  été  toujours  son  livre  favori  ').  A  part 
ceb,  pas  un  souvenir,  pas  une  citation  de  n'importe  quel  poète 
espagnol  antérieur  à  Virués  et  à  Cervantes  dans  ses  lettres  et  dans 
ses  nombreux  écrits.  Humboldt  passait  pourtant  pour  érudit  en 
cette  matière.  îl devait  être  assez  bien  pourvu  de  livres  espagnols. 


I.  Lettre  à  Caroline  von  Wolzogen  du  23  juillet  1806,  que  nous  rappelle- 
rons  plus  loin. 


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68  ARTURO   FARINELLI 


Guillaume  Schlegel,  qui  était  en  train  de  publier  son  Florilège 
de  poésie  italienne,  espagnole  et  portugaise,  et  un  almanach  poé- 
tique, s'adresse  à  Tieck  en  le  priant  de  fouiller  parmi  les  livres 
de  Humboldt  et  de  Burgsdorf  pour  voir  s'il  y  trouverait,  par 
hasard,  des  «  Cancioneros  »  ou  «  Romanceros  »,  ou  des  vieilles 
chansons  et  romances  dans  d'autres  collections  ' . 

On  ne  doit  guère  s'étonner  si  Tami  intime  de  Goethe  et  de 
Schiller  préférait  la  poésie  du  Nord  à  celle  du  Midi.  Il  avouait 
cependant  ouvertement  que  toute  poésie  étrangère  est  hérissée 
de  mille  diflScultés.  Les  finesses,  les  nuances  de  la  pensée  nous 
échappent.  Dans  un  essai  esthétique  sur  la  nature  de  la  poésie  en 
général,  écrit  en  1799,  une  année  avant  le  livre  bien  connu  de 
M"*  de  Staël,  De  la  littérature  considérée  dans  ses  rapports  avec  les  insti- 
tutions sociales  *,  Humboldt  concède  à  l'enthousiasme  le  pouvoir 
de  réveiller  et  de  maîtriser  à  lui  seul  l'imagination.  C'est  peut-être 
là,  ajoute-t-il,  la  raison  pour  laquelle  il  est  impossible  de  sentir 
entièrement  un  poète  étranger  :  «  L'enthousiasme  se  compose 
d'une  infinité  de  rapports  que  les  objets  ont  avec  nos  sentiments 
et  notre  caractère  ;  et  il  faut  être  élevé  dans  l'habitude  d'une 
langue,  avoir  pensé  et  senti  avec  elle,  pour  que  chaque  phrase  et 
chaque  mot  se  présente  à  nous  avec  toutes  ses  nuances,  qu'il 
réveille  tous  les  souvenirs  capables  de  renforcer  l'idée  qu'il  nous 
oflFre.  Les  mots  d'une  langue  étrangère  ressemblent  véritablement 
à  des  signes  morts;  au  lieu  que  ceux  de  la  nôtre  sont  vivants, 
pour  ainsi  dire,  parce  qu'ils  se  lient  à  tout  ce  qui  respire  autour 
de  nous.  Quoique  telle  expression  étrangère  nous  soit  parfaite- 
ment connue,  et  que  nous  l'ayons  souvent  entendu  prononcer 


1.  Lettre  de  Berlin,  28  mai  1803,  dans  K.  Holtei,  Brûfe  an  Tieck,  III,  286. 
—  Ce  n*est  que  dans  le  Mithridates,  IV,  559,  que  Humboldt  a  nommé  les 
romances  espagnols  à  propos  du  rythme  d'un  chant  populaire  basque. 

2.  On  vient  de  le  réimprimer.  Voir  A.  Leitzmann,  Ein  vergessener  fran^o^ 
sischer  Aufsati  W.  von  HumhldtSy  dans  la  Zeitschr.  f.  vergL  Litter.,  N.  F.,  VII, 
270  s. 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT   ET   l'eSPAGNE  69 

dans  le  pays  même  auquel  elle  appartient,  elle  n'est  jamais  entrée 
dans  le  fond  de  nos  pensées,  elle  ne  nous  a  jamais  servi  à  décou- 
vrir une  idée  neuve  et  intéressante,  elle  ne  nous  est  jamais 
échappée  dans  un  moment  d'émotion  ou  de  douleur  ;  en  voilà 
assez  pour  qu'elle  nous  reste  toujours  étrangère  jusqu'à  un  cer- 
tain point.  »  Humboldt  revient  ici  à  un  thème  favori  :  l'abîme 
qui  sépare  la  poésie  des  anciens  de  celle  des  modernes.  «  Tout, 
chez  les  premiers,  est  plastique  ;  il  n'y  a  que  des  formes,  des 
figures,  des  tableaux;  leurs  poésies  nous  laissent  à  peu  près  la 
même  impression  que  produisent  en  nous  les  beaux  morceaux  de 
sculpture  que  nous  avons  sauvés  des  injures  du  temps.  La  poésie 
moderne,  au  contraire,  nous  fait  plutôt  l'effet  d'une  musique 
sonore  et  touchante,  et  souvent  les  objets  disparaissent  à  nos 
yeux,  dans  l'émotion  profonde  que  ses  accents  doux  et  mélan- 
coliques causent  à  notre  âme...  La  poésie  ancienne  est  la  seule 
dont  l'imagination  puisse  se  nourrir  entièrement...  elle  rester:^ 
toujours  un  modèle  qu'il  sera  impossible  d'égaler  ».  La  poésie 
moderne  a  pourtant  ses  avantages  et  ses  mérites,  elle  offre  «  le 
tableau  plus  intéressant  encore  de  l'homme  et  pénètre  les  replis 
les  plus  secrets  de  notre  cœur  »,  elle  est  intime,  elle  nous  saisit 
avec  une  plus  grande  force,  «  elle  touche  plus  profondément 
notre  sensibilité,  elle  intéresse  davantage  notre  esprit,  mais  elle 
frappe  moins  notre  imagination,  elle  parle  moins  à  nos  sens... 
elle  est  moins  poésie  en  un  mot,  et  tient  moins  du  caractère 
véritable  de  l'art.  » 

Quelle  nation  parmi  les  modernes  pourra  se  vanter  d'une  pré- 
éminence incontestable  en  poésie  ?  Humboldt  paraît  hésiter  en 
posant  cette  question  :  «  Ce  serait  un  travail  digne  d'occuper  un 
auteur  philosophe  que  de  décrire  le  genre  et  la  variété  des  carac- 
tères dont  la  poésie  des  différentes  nations  modernes  nous  trace 
le  tableau,  l'idée  que,  selon  chacune,  si  elle  en  était  le  seul 
modèle,  on  pourrait  se  former  de  l'humanité  ».  Cette  comparai- 
son intéressante  «  montrerait  du  moins  laquelle  aurait  su  se 
nourrir  davantage  des  leçons  de  la  philosophie  et  de  l'expérience. 


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70  ARTURO   FARINELLI 


en  pénétrer  ses  idées  et  ses  sentiments,  en  faire  reparaître  les 
effets  jusque  dans  les  ouvrages  de  l'art,  et  il  ne  serait  pas  difficile 
de  prédire  quelles  nations  remporteraient  la  victoire  dans  cette 
lutte  aussi  glorieuse  que  difficile  à  soutenir.  »  Évidemment, 
Humboldt,  de  même  que  M™*^  de  Staël,  donnait  la  préférence  à 
la  poésie  des  nations  germaniques  sur  celle,  beaucoup  moins  phi- 
losophique, des  nations  romanes  ;  il  n'ose  pas  le  dire  ouverte- 
ment ici,  mais  il  le  laisse  bien  entrevoir  :  l'Allemagne,  sa  patrie, 
la  patrie  de  Goethe,  est  sur  ses  lèvres.  Il  paraît  faire  abstraction 
des  Espagnols  dans  cet  essai,  lorsqu'il  ajoute  :  «  Les  poètes  fran- 
çais, italiens  et  anglais  sont  trop  généralement  connus  pour  qu'il 
soit  nécessaire  de  rien  ajouter  à  leur  sujet.  Tout  le  monde  peut 
juger  par  soi-même  jusqu'à  quel  point  ils  ont  réussi  à  allier  les 
avantages  des  anciens  aux  progrès  des  siècles  modernes.  La  poésie 
allemande,  au  contraire,  est  encore  ignorée  de  la  plus  grande 
partie  de  l'Europe.  » 

Dans  son  essai  sur  Hermann  et  Dorothà,  Humboldt  élève  Goethe 
fort  au-dessus  des  autres  poètes  d'autres  nations,  qui  peignent 
plus  les  éclats  de  la  passion  que  l'âme,  qui  ont  plus  de  véhé- 
mence et  de  feu  que  de  sentiment  et  de  chaleur,  et  qui  n'at- 
teignent jamais  l'équilibre  admirable,  l'harmonie  des  anciens  '. 
On  se  souvient  des  fines  réflexions  de  Humboldt  sur  le  théâtre 
français  ;  dans  sa  grande  lettre  d'octobre  1798,  à  Jacobi,  il  avoue 
explicitement  que  les  Français  ne  sentent,  dans  ce  qu'ils  appellent 
poésie,  qu'une  certaine  forme  extérieure.  Plus  il  avançait  en  âge, 
plus  cette  conviction  s'enracinait  en  lui.  Encore  en  novembre  1832 
il  écrit  à  Charlotte  Diede  que  les  nations  septentrionales  ont  une 
poésie  plus  profonde  et  plus  émouvante  que  celles  du  Midi, 
quoique  ces  dernières  disposent  d'une  langue  plus  harmonieuse. 
C'est  la  nature  qui  nous  environne,  qui  exerce  sur  nous  une 
influence  décisive,  incalculable,  c'est  elle  qui  éveille  en  nous  les 


I .  Ueber  Gccthe's  Hermann  und  Dorothea^  Œuvres ^  IV,  137. 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT   ET  L  ESPAGNE  yi 

sentiments  plus  durables,  qui  règle  et  détermine  notre  activité. 
Le  fond  des  lectures  espagnoles  de  Humboldt  nous  échappe.  A  la 
tête  des  poètes  de  l'Espagne  il  plaçait,  comme  de  droit,  Cervantes, 
l'auteur  divinisé  par  les  Allemands  et  par  les  Anglais.  Humboldt 
le  nomme  une  fois  avec  Dante  et  Shakespeare,  pour  opposer  les 
modernes  aux  anciens  *;  il  goûtait  le  Don  Quichotte  comme  la 
peinture  la  plus  fidèle  et  la  plus  caractéristique  de  l'Espagne.  Le 
monde  fantastique  et  réel  que  le  chevalier  errant  traversait,  et 
les  figures,  les  images  drolatiques  dont  il  était  le  centre  revenaient 
souvent  à  la  mémoire  de  Humboldt  comme  à  celle  de  ses  con- 
temporains. On  jurait  alors  en  Allemagne  par  Don  Quichotte 
et  son  écuyer.  On  émettait  des  sentences  sur  le  modèle  des 
grands  héros  de  Cervantes  ^  Toute  amante  idéale  s'appelait  Dul- 
cinée. Charlotte  de  Wolzogen  est  nommée  une  fois  Dulcinée 
dans  une  lettre  de  Schiller  à  Reinwald  '.  Jacobi  devient  sous  la 


1.  Geschichte  des  Verfalïs  der  griechischen  FreistaaUn^  p.  177. 

2.  Il  est  fort  curieux  de  voir  que  dans  les  petites  querelles  entre  poètes  et 
critiques  on  s*injuriait  tout  bonnement  Tun  Tautre  avec  des  gros  mots  emprun- 
tés au  roman  de  Cervantes.  De  même,  déjà  en  1746,  à  l'occasion  de  quelque 
«  Lieder  »  de  Lange,  Kàstner  répondait  à  son  adversaire  Sulzer,  qui  Tavait 
appelé  «  einen  poetischen  Don  Quichotte  »,  par  cette  phrase  :  «  Jedweder, 
der  Herm  Thyrsis  Lieder  unpartheyisch  ansieht,  findet  darinnen,  dass  er  seinen 
Freund  eben  so  ausschweifend  verehrt,  als  ein  Verliebter  seine  Prinzessin,  und 
wcil  er  nach  Art  aller  irrenden  Ritter  mit  jedem  auf  Todt  und  Leben  zu 
kâmpfen  bereit  ist,  der  seine  Dulcinea  nichtfûrdie  schônste  unter  der  Sonnen 
erkennen  will,so  werde  ichdieFreyheitanderervernùnftigerLeutehaben  »,etc. 
Freuttdscfjafiîicfje  Lieder  von  I.  J.  Pyra  und  S.  G.  Lange  y  Heilbronn,  1884  (Vol. 
XXII,  des  Deutsche  Lilteraturdenkniale  des  18  und  iç  JaJjrh.  hin  Neudrucken), 
p. XI s.;  XVI. 

}.  Minor,  Schiller,  II,  94.  On  connaît  l'influence  du  Don  Quichotte  sur 
ks  Ràuber.  Il  y  a  même  des  réminiscences  du  roman  de  Cervantes  dans  les 
lettres  de  Schiller.  Voir  Boxberger,  Zum  Schiller- Kôrnerschen  Brlefwechsel, 
Arch.f,  Litter  ,  IV,  402.  —  C'était  bien  par  amour  de  Cervantes  que  Schiller 
écrivait  à  Gœthe  à  propos  de  Tieck,  qui  l'avait  visité  en  juillet  1799  :  <clch 
habe  ihm,  da  er  sich  einmal  mit  dem  Don  Qiiixote  eingelassen,  die  spanische 
Literatur  sehr  empfohien,  die  ihm  eiiicn  gcistreichen  StotT  zufùhren  wird,  und 


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72  ARTURO   FARINELU 


plume  de  Schiller  un  demi  Don  Quichotte.  On  jouait  même 
entre  amis  des  farces  empruntées  au  roman  de  Cervantes,  de 
véritables  Don  Quichotiades  ^  La  nuit,  on  rêvait  même  de  Cer- 
vantes. M"*  Dorothée  Schlegel  vit  une  fois  notre  Espagnol  avec 
un  chapeau  à  trois  coins  et  une  grande  dague,  causant  avec 
Meister,  le  héros  bien  connu  de  Goethe  '.  Le  Don  Quichotte 


ihm,  bei  seiner  eigenen  Neigung  zum  Phantastischen  und  Romantischen, 
zuzusagen  scheint.  »  ScJnlîers  Briffe^  éd.  Jonas,  V,  60.  —  On  sait  d*après  son 
Cakftder  (Schillers  Caltnder,  Nach  detn  imjafjre  186$  erschienenen  Texty  ergân^t 
und  bearbeiUt  von  />  MùïUr,  Stuttgart,  1893)  qu'il  trouvait  plaisir  à  la  lecture 
du  Portrait  des  Cervantes,  pastiche  traduit  du  français,  etqu'il  lisait  même  Persiks 
et  Sigismonde  (26  avril  et  21  juin  1800).  —  Notons  encore,  à  titre  de  curiosité, 
une  ressemblance  très  frappante  du  parrain  de  Schiller,  Johann  Friedrich 
Schiller  (173 1- 18 15),  avec  la  figure  de  Don  Quichotte,  constatée  par  Reinhold 
Forster.  Celui-ci  écrit  à  Boie  en  date  du  12  novembre  1776  :  «...Dadurch  ist 
nun  seine  Gestalt  der  à^  Don  Qpixote  so  âhnlich  geworden,  dass  man  ihn 
nicht  unterscheiden  kann  ».  {Mitth.  ûb.  ungedr.  BrieJeG.  Forsters,Arcl),  /.  das 
Stud.  derneueren  Sprachen  u.  Litter,,  XC,  32.) 

1.  Cest  ainsi  que,  vers  1776,  Reichardt  jouait  avec  ses  amis  un  tour  très 
innocent  qu'il  raconte  dans  ses  souvenirs  :  H.  A.  O,  Reichardt  (17S1-182S) 
seine  Selhsthiographic  ùberarb.  und  herausgeg.  von  H.  Uhde.  Stuttgart,  1877, 
p.  63  :  «So  hatten  die  Fusswanderungen  nach  den  romantisch  gelegenen 
Ruinen  der  Kienitz,  und  der  Lobedaburg  fur  uns  die  grôssten  Reize  ;  als  wir 
nun  einst  in  frôhlichster  Laune  von  der  ersteren,  wo  wir  in  Cervantes  gelesen 
hatten,  zurùckkehrten,  fuhr  uns  die  Schnurre  durch  den  Kopf  !  den  Rhter  Don 
Quixote  von  La  Manchazu  spielen.  Gedacht,  gethan.  Zufàllig  begegneten  uns 
zwei  sogenannte  «  Gnoten  »  nànilich  Handwerksburschen  ;  mit  eingelegten 
Lanzen,  d.  h.  mit  Hopfenstangen,  sprangen  wir  auf  sie  zu  und  riefen  mit 
Donnerstimme  :  «  Sie  sollten  sofort  laut  bekennen,  dass  Dulcineavon  Toboso 
die  allerschônste  sei  ».  Die  Aermsten,  welche  es  wissen  mochten,  dass  ihres 
Gleichen  von  den  Studenten  mit  Vorliebe  gehànselt  wurden,  zitterten,  fielen 
auf  die  Knie  und  fiehten  klâglich  um  Gnade,  doch  nicht  eher  wurden 
sie  frei  gelassen,  als  bis  sie  laut  die  ihnen  natûrlich  unverstàndlichc  Floskel 
wiederholt  hatten.  » 

2.  Dorotlxa  von  Schlegel  Briefwechsely  hrg.  v.  Raich,  Mainz,  1881,  I,  74 
(Lettre  de  décembre    1801,  A  Fr.  Schlegel)  :  «  Weisst  Du,  was  mir  hçute 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT   ET  L  ESPAGNE  73 

devint  bientôt  une  arme  formidable  pour  la  critique.  Les  écrits 
parsemés  de  citations  du  Don  Quichotte  sont  légion.  Bien  plus 
que  le  Candide  de  Voltaire,  la  Nouvelle  Héloïse  de  J.-J.  Rousseau 
et  les  romans  de  Richardson,  le  chef-d'œuvre  de'  Cervantes 
savait  inspirer  les  romanciers  de  l'Allemagne;  il  enfanta  toute 
une  génération  de  nouvelles  et  de  romans  qui  répétaient  à  l'infini, 
et  dans  les  variations  les  plus  absurdes,  les  exploits  et  les  expé- 


getràumt  hat?  Du  wârst  wieder  angekommen,  da  wâre  nun  die  ganze  Stadt 
in  Aufruhr,  und  es  wùrden  grosse  Feste  angestellt  und  aile  Hàuser,  aile  Baume, 
mit  allen  gelehrten  Leuien,  Cervantes,  Meister  und  ich  weiss  nicht  mehr 
ailes...  Ich  weiss  auch  noch,  wie  Meister  und  Cervantes  ausgesehen  haben. 
Meister  hatte  einen  runden  H  ut  mit  einer  goldenen  Schnur,  einen  rothen 
Schleier  und  einen  kleinen  Sàbel,  Cervantes  aber  einen  dreieckigen  Hut  mit 
grossen  goldenen  Klunkern  daran,  ebenfalls  einen  rothen  Schleier,  eine 
eiserne  Rûstung  und  einen  langen,  langen  Sâbel.  »  Toute  comparaison  de 
n'importe  quel  événement  avec  des  situations  du  Don  Quichotte,  était  alors 
monnaie  courante  en  Allemagne.  Dorothea  Schlegel  écrivait  p.  ex.  à  ses  fils, 
octobre  1808  (Lettres,  I,  506)  :  «  ...Ueberhaupt  verhaltensich  die  ôsterrei- 
chischen  Douanen  und  andre  Polizei-Einrichtungen  gegen  die  franzôsischen, 
wie  Don  Quixote  gegen  Ginesillo  Diebsfingcr.  »  Autre  comparaison  assez 
édifiante  {Aus  Dorothea's  Tagebuch,  I,  86)  :  «  Friedrich  (Schlegel)  glaubt,  die 
Versuche  ûber  die  Religion  die  er  schreiben  will,  werden  sich  gegen  die  Reden 
ûberdieReden(Schleiermacher)ausnehmen,  wie  Cardenio  gegen  Don  (iuixote.  » 
—  Caroline  Schlegel  en  faisait  de  plus  sensées  (Lettre  à  Julie  Gotter,  mars  1802, 
Waitz,  Caroline^  II,  221)  :  «Die  dortige  Médisance  ist  also  recht  wie  das 
hôlzerne  Pferd  vom  Don  Qpixote.  »  —  Wieland,  dans  une  lettre  à  Bôttiger 
(JJiter.  Zustàndeund  ZeitgettosseUy  Leipzig,  1838,  II,  174,  févr.  1798,  appelait 
sa  paisible  retraite  de  Osmannstedt  «  sa  petite  ile  Barataria.  »  —  L*aventure  des 
moulins  à  vent  adonné  à  l'allemand  un  verbe  assez  original.  Bùrger  écrit  une 
fois  à  L.  Leonhart  (Strodtmann,  BrUfe  von  und  an  G,  Bûrger,  Berlin,  1874, 
III,  161)  :  «  Pfui,  schàme  dich,  du  alter  Don  Opixote,  dass  du  dich  so  bewind- 
mûUem  liessest.  »  —  C'est  bien  une  expression  prise  au  roman  de  Cervantes, 
celle  que  Gleim  emploie  dans  une  lettre  à  Heinse  du  8  janvier  1778  :  «  Wie 
Laidion  in  einem  Schwarm  von  unsern  Maritomen  »,  et  que  Schûddekopt 
(Briefwecbsel  ^wischen  Gleim  und  Hdnse,  voL  IV,  Weimar,  1897)  n*a  pas  su 
expliquer. 


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74  ARTURO   FARINELLI 


riences  du  chevalier  de  la  Manche  '.  Jean  Paul  avait  dressé  un 
autel  particulier  à  son  dieu  Cervantes.  Ses  romans,  surtout  Us 
Comètes^  Fibel,  le  Titan  même  fourmillent  de  souvenirs  de  Don 
Quichotte.  Dans  ses  cahiers,  où  il  amassait  des  notes  pour  ses 
créations,  revient  à  chaque  instant  le  nom  du  célèbre  héros. 
Sa  Vorschule  der  Aeslhetik  est  parfois  une  apothéose  de  l'esthé- 
tique de  Cervantes.  Don  Quichotte  n'était  pas  moins  applaudi 
au  théâtre,  où  il  chantait  souvent  des  airs  et  des  duos;  dans  une 
opérette  de  Soden,  le  héros  finissait  par  un  mariage  très  pratique 
avec  une  brave  jeune  fille  ^  Sans  parler  des  romantiques,  Tieck 
en  tête,  qui  portaient  le  grand  nom  de  Cervantes  écrit  sur  leur 
drapeau  littéraire  et  vouèrent  un  culte  enthousiaste  et  durable  à 
leur  idole,  il  n'y  eut  pas  un  écrivain  de  valeur  en  Allemagne 
depuis  Lessing,  Herder,  Wieland  qui  n'ait  eu  des  dettes  plus  ou 
moins  considérables  envers  Cervantes.  Nous  parlerons  plus  loin 
de  Goethe.  Même  cet  étrange  Kotzebue,  le  plus  heureux  parmi 


1.  Voir  C.  Heine,  Der  Roman  in  Deutschland  von  ijj 4-1^^8,  Halle,  1892. 
p.  53  (étude  qui  est  bien  loin  d*ôtre  complète).  —  En  1754  parut  un  Don 
Quixote  im  Reifrock^  de  H.  Andréas  Pistorius.  —  En  1773  :  Der  geistliche  Don 
Quixote^  oder  GoUfried  Wildgoosey  etc.,  de  J.  G.  Gellius,  traduction  de 
Tanglais  ;  de  même  que  le  récit  paru  en  1776  :  LusHges  Abenteuer  eines  geistb'chtn 
Don  Quixotte  Pater  Gassners,  etc.;  en  1789  :  Wendelin  von  Carhherg  oder  der 
Don  Quixote  des  18.  Jahrh.  de  J.  Gottlob  Scliulz  (H.  Ringwald).  La  meilleure 
imitation  et  parodie  du  roman  reste  toujours  le  Siegfried  v.  Lindenberg,  de 
G.  Mûller.  —  Les  intrigues  et  les  cabales  à  propos  des  traductions  du  chef- 
d'œuvre  de  Cervantes  où  figurent  comme  protagonistes  Tieck,  Soltau,  Eschen, 
les  deux  Schlegel,  ont  fait  époque  en  Allemagne  et  méritent  leur  histoire. 
Bcrtuch,  qui  traduisit  le  roman  avant  Tieck,  gagna  à  ce  travail  2.000  écus  qu'il 
employa  à  bâtir  sa  maison.  C'est  pourquoi  Bôttiger  disait  malicieusement 
{Liter.  Zust,  u,  Zeitg,^  I,  183)  :  «  Sonderbar  ist's  dass  der  ehrliche  Cervantes, 
der  in  seinem  undankbaren  Vaterlande  fast  Hungers  starb,  einem  Deutschen, 
eincr  thùringer  Heringsnase,  ein  Haus  erbauen  musste.  » 

2.  J'ai  indiqué  ailleurs  une  dizaine  de  pièces  allemandes  sur  les  exploits  de 
Don  Quichotte.  Le  Don  Quixotte  de  K.  Dieterich  Ekhof,  qui  a  été  souvent 
représenté,  est  encore  manuscrit  à  Berlin. 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  75 

les  talents  médiocres,  avoue  que  le  Don  Quichotte  était  l'ouvrage 
qui  lui  avait  laissé  l'impression  la  plus  durable  dans  sa  jeunesse. 
Vieux  et  jeunes,  tout  le  monde  en  Allemagne  s'abreuvait  aux 
sources  de  la  saine  invention  poétique,  de  la  simple  philosophie 
de  Cervantes,  et  il  est  bien  touchant  d'apprendre  que  pour  quel- 
qu'un le  Don  Quichotte  a  été  le  dernier  livre  qui  réconfortât 
encore  ses  derniers  moments.  Ce  fut,  paraît-il,  le  cas  du  philo- 
sophe Schlabrendorf  à  qui  Humboldt,  comme  on  sait,  avait 
adressé  de  Valence  une  de  ses  plus  belles  lettres  sur  l'Espagne  ^ 

Je  ne  doute  guère  que  Humboldt  ait  connu  la  Numancia  de 
Cervantes  puisque  Goethe  lui-même  l'avait  lue  à  l'époque  du 
voyage  en  Espagne  de  son  ami.  On  sait  que  Fichte,  dans  la  pre- 
mière rédaction  de  ses  célèbres  Discours  à  la  nation  allemande^ 
s'était  inspiré  de  la  Numancia,  Fouquéen  fit  une  traduction  alle- 
mandequ'on  publia  en  1809  et  en  181 1 ,  et  beaucoup  d'Allemands, 
aveuglés  et  fascinés  par  les  dithyrambes  patriotiques  de  cette  faible 
tragédie,  la  proclamaient  un  chef-d'œuvre  de  l'art  dramatique  '. 

Humboldt  a  jugé  avec  indulgence  la  littérature  contemporaine 
de  l'Espagne  ;  il  a  même  loué  les  poètes  et  les  écrivains  avec  les- 


1.  Voir  la  relation  détaillée  et  émouvante  du  curé  Gopp,  sur  la  mort  du 
philosophe  dans  Dorow,  DenkschrifUn  und  Briefe  lur  Clxirakterislik  der  Welt 
uttd  Litteratur,  Berlin,  1838,  II,  5.  —  Il  existe  une  lettre  fort  peu  connue  de 
Henri  Voss  (Heidelberg,  24  octobre  1813),  qui  est  une  des  plus  belles  apo- 
théoses du  chef-d'œuvre  de  Cervantes.  Voir  Briefe  von  Heinrich  Voss  an  Chri- 
stian von  Trttchfels,  hrg.  v.  A.  Voss,  Heidelberg,  1834. — Le  petit  recueil  de 
jugements  des  Allemands  sur  Cervantes,  par  E.  Dorer,  Cervantes  und  seine 
Werhe  nach  deutschen  Urtheilen,  Leipzig,  1881,  qui  a  encore  de  nos  jours 
Thonneur  d'être  cité,  n'est  qu'une  sottise.  Ce  travail  est  à  refaire. 

2.  Matthison  écrit,  le  4  mars  1827,  à  Fouqué  (Briefe  an  Baron  de  la  Motte- 
Fouqué,  hrg.  V.  Alb.  Bar.  de  la  Motte-Fouqué,  Berlin,  1848,  p.  264)  :  «Die 
Numanda  meines  Lieblings  Cervantes  habe  ich  mit  Hntzûcken  im  Originale 
gelesen  und  wieder  gelesen.  Jetzt  habe  ich  ein  heisses  Verlangen  nach  Jhrer 
Uebertragung  des  Meisterwerks,  der  ich  hier  (Stuttgart)  vergeblich  auf  die 
Spurzu  kommen  suche.  » 


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j6  ARTURO   FARINELLI 


quels  le  hasard  l'avait  mis  en  rapport.  Parmi  tant  de  voix  pessi- 
mistes qui  criaient  à  la  décadence  irrémédiable,  condamnant 
et  flétrissant  la  poésie  espagnole  tout  entière,  et  ne  sauvant  de  la 
réprobation  générale  que  ce  qui  était  sorti  du  moule  étranger 
(les  Espagnols  n'étaient  pas  les  derniers  à  lancer  des  accusations 
contre  leur  patrie),  il  fait  bon  entendre  la  voix  du  grand  esthéti- 
cien allemand  qui  avait  pratiqué  les  hommes  dont  il  se  faisait 
juge  :  «  Il  y  a  de  très  bons  poètes  parmi  les  modernes,  écrit-il  à 
Goethe.  Il  n'est  pas  vrai  du  tout,  ce  que  l'on  croit  ordinairement, 
que  l'âge  d'or  de  la  littérature  espagnole  soit  passé.  »  Que  nous 
sommes  loin  des  injures  venimeuses  lancées  contre  les  écrivains 
espagnols  par  un  Français,  après  un  séjour  de  quinze  ans  à 
Madrid,  dans  certaines  £e//r^5  écrites  vers  1792,  à  peu  près  à  la 
même  époque  que  le  Voyage  du  marquis  de  Langle  ;  ces  lettres 
qui,  sous  prétexte  de  redresser  des  erreurs,  de  détruire  des  men- 
songes débités  par  des  voyageurs  peu  instruits,  renversaient  tout 
dans  la  fenge  et  assuraient  que,  à  l'exception  de  quelques  traduc- 
tions, toute  la  littérature  espagnole  était  plongée  dans  la  plus 
profonde  barbarie  et  y  resterait  longtemps  encore  *  !  Moratin  le 


I .  Lettres  écrites  de  Barulom  à  un  léîateur  de  la  liberté  qui  voyage  en  Allé- 
magne,  par  M.  C**.  (Pierre-Nicolas  Chantreau),  Citoyen  François ,  Paris,  1792. 
Voir  p.  344  :  «  Il  est  môme  des  ouvrages  à  peine  sortis  de  la  presse  qu'on  croi- 
rait écrits  par  le  secrétaire  de  Charlemagne  ou  de  quelque  roi  Vandale  ».  — 
J'ai  dit  ailleurs  ce  que  les  Allemands,  au  xvii«  siècle,  pensaient  de  la  littérature 
espagnole  contemporaine.  J'ajoute  ici  que  Schubart  était  tout  enthousiasmé 
des  Portugais  qui,  selon  lui,  devançaient,  en  bonnes  espérances,  toutes  lesautres 
nations  :  «  Man  glaubt  gewôhnlich  der  Geist  dièses  Volkes  sey  durch  geistliche 
und  weltliche  Gewaltherrschaft  so  tief  herabgewûrdigt,  dass  er  kaum  mehr  die 
Aufmerksamkeit  andrer  aufgeklàrten  Vôlker  verdienc.  AUein,  cben  dièse  von 
uns  mit  kaltem  Gleichsinne  betrachteten  Portugicsen  machen  indess  betrâdit- 
liche  Fortschritte  in  allen  Kùnsten  und  Wissenschaften.  Sieh  aben  Wellweise,  die 
unsere  Lambert,  Baumgarten,  Mendelssohn,  Sulzer,  Kant  kennen  und  prûfen  ; 
sie  schreiten  mànnlich  vor  in  der  Naturlehre,  Arzneikunst,  Schiffahrt,  Mechanik, 
in  der  Gcschichtc  und  schôncn  Wissenschaften.  »  Suit  une   tirade  sur  les 


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GUILLAUME  DE   HUMBOLDT  ET  L  ESPAGNE  77 

jeune  était  peut-être  le  poète  que  Humboldt  connaissait  le  mieux. 
Sa  pièce  Comedia  nueva  venait  d'être  traduite  en  allemand;  il 
avait  du  goût  pour  la  littérature  du  Nord,  surtout  pour  la  poésie 
anglaise.  En  1799,  il  risqiie  une  traduction  de  Hamlet;  c'était 
s'attaquer  à  forte  partie  ;  la  rime  étant  difficile  à  manier  pour  son 
but,  il  écrit  en  prose,  et  soumet  son  travail  au  jugement  de 
Humboldt*  :  «  Moratin,  écrit  celui-ci,  a  traduit  Hamlet,  Il 
m'a  prié  de  le  comparer  avec  l'original  et  de  lui  faire  mes 
observations  là-dessus.  Je  me  mettrai  aussitôt  à  ce  travail.  » 
Humboldt  examina  réellement  cette  traduction,  mais  on  peut 
douter  qu'il  en  soit  resté  édifié,  puisqu'il  n'en  dit  ni  bien,  ni 
mal.  Shakespeare  n'était  pas  du  goût  des  Espagnols  :  Humboldt 
le  savait  fort  bien.  Tout  étant  soumis  à  l'adoration  aveugle  de 
la  France,  il  fallait  au  public,  gâté,  des  drames  à  la  française  avec 
leurs  inévitables  unités.  Le  grand  psychologue,  qui  n'avait  en 
tête  de  règles  que  celles  qui  régissent  la  nature  et  l'âme  humaine, 
avait  contribué  en  Espagne  à  déconcerter  les  esprits  plutôt  qu'à 
les  éclairer  et  à  les  stimuler.  Humboldt,  qui  avouait  qu'en 
Espagne  on  était  injuste  envers  Shakespeare  comme  envers  tout 
autre  génie  qui  ne  suivait  pas  strictement  les  règles',  aurait  pu 
ajouter  que  l'Espagne,  à  cette  époque,  oubliait  ses  grands  hommes 
du  xv"  et  du  xvi*  siècle,  et  s'éclipsait  elle-même  volontairement 
dans  l'imitation  obligatoire  de  l'étranger. 

grands  avantages  de  Tacadémie  de  Lisbonne  sur  les  académies  allemandes.  Voir 
C.  F.  D.  Schubarfs  des  Patriotm  gesammeîte  ScJjriften,  Stuttgart,  1840,  VIII, 

28}. 

1.  Voir  Q.  Biller,  Ein  spauischer  Shakespeare-Kritiker,  dans  le  Jahrhuch  der 
detUschen  Shakespeare-Gtselhchaft,  Weimar,  1872,  VII,  301  ss.,  où  il  n'est  point 
question  des  conseils  donnés  par  Humboldt  à  Moratin.  Moratin  note  une  seule 
fois|dans  son  Diario,  le  12  décembre  1799  (pbras  pôst.,  III,  260)  :  «  Aquf 
Humboldt  ». 

2.  M.  D.  Lopez  avait  commencé,  dans  la  Revista  Inspam-mnericanay  t.  VIII 
(Madrid,  1872),  une  étude  sur  Shakespeare  en  Espana,  qu'il  n'acheva  pas,  à  ce 
qu'il  paraît.  Voir  aussi  F.  W.  G)sens,  Shakespeare  in  Spain,  Atï^enaeumy  1865, 
no  1986. 


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78  ARTURO   FARINELLI 


Dé  Jovellanos,  l'écrivain  espagnol  le  plus  éclairé  de  son  temps, 
le  prosateur  le  plus  pur,  nourri  de  la  science  et  de  Tart  de  son 
pays,  presque  autant  que  de  ceux  d'outre-Pyrénées  ',  grand  ama- 
teur de  l'Anglet^re  surtout,  Humboldt  n'a  cité  qu'une  fois 
(Œuvres y  m,  230)  le  mémoire  Sobre  la  ley  agraria.  Du  père 
Isla  il  ne  cite  que  la  traduction  du  Gil  Blas  de  Lesage  (III,  231). 
Il  ne  nomme  ni  Iriarte,  ni  Gidalso,  ni  Samaniego,  ni  Cienfue- 
gos,  ni  Capmany,  ni  d'autres  qui  jouissaient  alors  d'une  grande 
renommée;  mais,  en  revanche,  il  apprécie  Quintana,  dont  il 
entrevoyait  la  verve  et  l'élan  lyrique  :  «  J'ai  connu  ici  (à  Madrid) 
un  poète,  dit-il,  dont  le  nom  a  difficilement  retenti  au  delà  des 
Pyrénées,  un  certain  Quintana,  qui  parait  être  une  fort  bonne 
tête;  j'ai  lu  de  lui  quelques  morceaux  vraiment  excellents.  » 
Quintana,  en  effet,  tarda  quelque  temps  à  se  frayer  un  chemin  hors 
d'Espagne;  il  a  dû  sa  renommée  à  ses  fougueuses  odes  patriotiques, 
qui  venaient  à  propos,  au  plus  fort  de  la  lutte  opiniâtre  et 
héroïque  contre  le  joug  de  Napoléon.  De  Meléndez  Valdés,  qui 
avait  été  dénoncé  à  l'Inquisition  pour  avoir  lu  Rousseau  et  Mon- 
tesquieu, quelques  années  avant  que  Humboldt  arrivât  en  Espagne, 
balancé  souvent  entre  des  sentiments  opposés,  ni  catholique,  ni 
athée,  avec  ses  velléités  de  libéraHsme  et  de  patriotisme  qui  ne 
l'empêchaient  guère  de  chanter  l'oisiveté  champêtre  et  le  bonheur 
suprême  d'être  bercé  par  les  grâces  naïves  de  la  nature  et  de  la 
solitude,  charmé  des  Bucoliques  de  Théocrite,  de  Thompson,  de 


I.  Jovellanos  était  ce  que  l'on  appelait  alors  «  Wolfien  ».  Il  s*était  enfariné 
tant  soit  peu  de  philosophie  allemande,  qui  entrait  alors  péniblement,  goutte  à 
goutte  et  bien  trouble,  en  Espagne.  Il  écrit  dans  une  lettre  (Obras,  II,  360  ; 
BibL  de  autor.  esp.  L)  :  «  Siendo  yo  muy  amante  de  las  doctrinas  del  célèbre 
fîlôsofo  aleman  Crisiiano  Wolf,  pudiera  aconsejarle  que  estudiase  à  fondo  la 
filosofia  moral,  y  que  haciendo  de  ella  un  extracto  acomodado  al  uso  de  la 
escuela,  ensenase  por  él  d  los  disc/pulos.  Pudiera  tambien  aconsejarle  que  para 
excusar  aquel  trabajo,  les  ensenase  los  elementos  de  la  fîlosoBa  moral  del  sabio 
Heinecio  »,  etc. 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT  ET   L  ESPAGNE  79 

Gessner,  le  chef  de  Técole  salmantine',  de  ce  Monti  espagnol 
Humboldt  ne  mentionne  aucune  poésie  :  il  le  nomme  une  fois, 
en  ajoutant  que  c'était,  avec  Moratin,  un  des  rares  écrivains  que 
Ton  connût  aussi  hors  d'Espagne*. 

Comme  ailleurs  et  même,  à  une  certaine  époque,  plus  qu'ail- 
leurs, la  poésie  champêtre  était  en  vogue  en  Espagne.  Les 
rimeurs  de  ces  riens  naïfs,  comme  les  appelait  Voltaire,  les 
effusions  doucereuses  des  idyllistes  faussaient  le  génie  national. 
Il  fallait  aux  poètes  une  nourriture  plus  forte  pour  les  empêcher 
de  mourir  d'anémie.  On  avait  beau  accuser  en  Espagne  les 
poètes  français  de  froideur,  plus  on  les  accusait,  plus  on  se  lais- 
sait entraîner  par  eux.  Les  Espagnols,  observe  Humboldt, 
regrettent  la  pauvreté  du  sentiment,  et  ils  s'enthousiasment 
néanmoins  pour  les  idylles  de  Gessner.  Ils  aiment  Werther^ 
mais  dans  la  traduction  française.  Là  où  les  poètes  modernes 
sont  sentimentaux,  ils  sont  faibles,  et  même  languissants.  Il  semble 
que  chez  toutes  les  nations  du  Midi  la  fantaisie  nuise  au  senti- 
ment. Caroline  de  Humboldt,  dans  une  lettre  à  Lotte  Schiller, 
souhaitait  une  traduction  espagnole  de  Hennann  et  Dorothée^ 
de  Goethe,  qui  aurait  pu  être  goûtée  par  quelques  hommes  intel- 
ligents. Les  Espagnols  ne  firent  point  cette  traduction  et  conti- 
nuèrent à  lire  l'épopée  de  Gœthe  dans  la  traduction  française  de 
Paul-J.  Bitaubé'. 

1 .  Voir  une  étude  sur  Meléndez  Valdés,  par  E.  Mérimée,  dans  la  Revue  hispa- 
nique, I;  217  s. 

2.  C'est  grâce  à  la  Biblioteca  espahola  de  los  mejores  escri tores  del  reynado  de 
Carlos  m,  Madrid,  1789,  connue  aussi  à  Fétranger,  que  le  nom  de  Meléndez 
Valdés  pénétra  pour  la  première  fois  en  Allemagne.  —  Platen  écrivait  à  Fugger, 
le  29  février  1820  :  a  Valdés  ist  einer  der  neuesten  Dichter,  die  zu  uns  nach 
Deutschland  gelangt  sind.  »  -^  Je  trouve  dans  le  Musenalmanach  fur  iSoo,  de 
J.  H.  Voss,  Neustrelitz,  1800,  p.  66^  une  traduction  allemande  insignifiante  : 
Meitte  Kinderjahre.  Ans  dem  Spanisclnn  des  Don  Juan  Meletide^  Valdés^  faite  par 
Soltau. 

}.  En  1879  P^^"^  cependant  cette  traduction  espagnole  si  désirée.  Jen*cn  con- 
nais que  le  titre  :  Gœtbe.  Herman  y  Dorotea,  traduccion  de  Manuel  Gil  Maestre^ 
Salamanca,  1879. 


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80  ARTURO  FARINELLI 


Les  ravages  exercés  par  l'esprit  français  étaient  encore  plus 
considérables  dans  la  philosophie  que  dans  les  lettres.  Quelques 
bribes  de  la  pensée  allemande  avaient  pénétré  tout  de  même  en 
Espagne.  Kant  est  connu  à  Madrid,  au  moins  de  nom,  assure 
Humboldt  à  Goethe  :  «  Si  je  ne  craignais  pas  d'être  décrié  par 
vous,  je  vous  dirais  que  je  viens  de  prêcher  aujourd'hui  à  un 
Espagnol  la  seule  doctrine  qui  mène  au  salut.  » 

Si  Humboldt  avait  appliqué  sa  méthode  esthétique,  ses  vastes 
connaissances,  sa  finesse  de  jugement  à  l'étude  du  théâtre 
espagnol,  comme  il  les  avait  appliquées  quelques  années  aupara- 
vant à  l'étude  du  théâtre  français,  il  aurait  détruit  sans  doute 
nombre  de  préjugés  qui  s'insinuaient  dans  la  critique  allemande 
de  son  temps  et  qui  sont  pour  une  bonne  part  dans  la  décadence 
rapide  du  théâtre  national  en  Allemagne.  Malheureusement, 
durant  son  court  séjour  en  Espagne,  le  théâtre  n'intéressait 
guère  Humboldt  que  comme  moyen  pratique  pour  apprendre 
l'espagnol  :  «  Je  ne  fréquente  le  théâtre,  avoue-t-il  lui-même, 
qu'à  cause  de  la  langue.  »  C'est  ainsi  que  l'Allemand,  qui  à  la 
fin  du  siècle  avait  le  mieux  jugé  Corneille,  Racine,  Molière, 
ignora  toujours  les  chefs-d'œuvre  de  Lope,  de  Tirso,.  de 
Moreto,  d'Alarcon.  Il  n'eut  jamais,  à  coup  sûr,  une  idée  des 
trésors  de  l'ancienne  Thalie  espagnole.  A  Paris,  à  la  veille  de 
partir  pour  l'Espagne,  il  lut  par  hasard,  paraît-il,  un  drame  de 
Calderon,  YAlcalde  de  Zalamea,  et  il  en  traduisit  pour  Gœthe 
un  fragment  d'une  scène  du  i*^'  acte,  celle  entre  Don  Mendo  et 
Nuno  :  «  Cette  scène  d'une  comédie  espagnole  vous  fera  sans 
doute  rire,  vous  et  Schiller,  »  écrit-il.  Humboldt  ne  savait  pas 
que  YAlcalde  était  déjà  connu  en  Allemagne  depuis  trente  ans, 
que  Lessing  avait  trouvé  ce  drame  très  recommandable  pour  la 
scène,  qu'il  figurait  avec  le  titre  :  Die  bestrafte  Entfûhrung^  dans 
la  traduction  des  pièces  espagnoles  de  Linguet  et  dans  le  Théâtre 
espagnol  de  Zachariae,  que  le  célèbre  acteur  Schrôder  avait  lui- 
même  joué  le  rôle  de  l'Alcalde  dans  sa  traduction  ou  adaptation 
de  la  pièce  espagnole  Amttnann  Grautnann  oder  die  Begebenheiten 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT   ET  L*ESPAGNE  8l 

aufdem  Marsch  (tragédie  en  5  actes*)  :  «  C'est  une  comédie,  dit 
Humboldt  de  VAlcaldCy  mais  cela  n'empêche  pas  qu'un  des  person- 
nages principaux  meure  étranglé  à  la  fin  de  la  pièce.  »  Il  appelle 
Doq  Mendo  un  pauvre  hidalgo  espagnol,  une  sorte  de  Don 
Quichotte.  Nuiio,  c'est  Sancho,  son  écuyer. 

L'enthousiasme  et  l'entralnenient  qu'avait  produits  en  Alle- 
magne la  connaissance  de  quelques  pièces  de  Calderon, 
traduites,  exaltées  par  G.  Schlegel,  représentées  avec  éclat  sous 
le  patronage  de  Gœthe,  avaient  laissé  Humboldt  froid.  Il  était 
heureusement  à  Rome  lorsque  cette  épidémie  littéraire  éclata. 
Au  mois  de  novembre  1808  il  écrit  à  Jacobi  une  de  ses  lettres 
fines  et  profondes  où  il  donne  deâ  lumières  sur  l'idée  sym- 
bolique dans  la  tragédie.  Le  symbole  est,  seloti  lui,  la  caractéris- 
tique de  tout  ce  qui  est  grand  et  beau  dans  la  science  et  dans 
l'art.  Toute  tragédie  doit  avoir  une  unité  d'idée,  elle  doit  donc 
se  concentrer  à  la  fin  dans  un  symbole,  c'est-à-dire  dans  l'idée 
du  combat  que  l'homme  doit  soutenir  contre  la  destinée.  On 
aimerait  savoir  ce  que  Humboldt  pensait  de  l'idée  symbolique  du 
théâtre  de  Calderon.  Il  n'en  dit  rien.  Il  était  évidemment  fâché 
du  pouvoir  exclusif  que  le  catholicisme  dogmatique  exerçait  sur 
l'imagination  du  poète  espagnol.  Schlegel  n'a  pas  connu  de 
i)ornes  dans  son  admiration  aveugle  pour  Calderon  :  «  L'idée  d'une 


I.  J'en  ai  dit  quelque  chose  dans  mes  Études  sur  l'Espagne  et  rAUemagne. 
Voir  G.  Fr.  v.  Vincke,  Spanische  Schanspieh  in  Deutschlandy  dans  les  Theatei- 
gesch.  Forsch.f  VI,  150  ;  B.  Litzmann,  F.  L,  Schrôder,  Hamburg,  Leipzig,  1894, 
II,  286.  —  Tieck,  Kril.  Schr.,  II,  356  s.  :  «  Schrôder  hat  das  Stùck  wol  nur 
nach  Linguet*s  spanischera  Theater  kennen  gelernt  und  niemals  im  Original 
gelesen....  Freilich  ist  Schrôders  Stûck  immer  nocli  bei  weitem  der  Arbeit 
Stephani  vorzuziehen,  der  den  grossen  Gegenstand  noch  viel  mehr  entstellt.  » 
—  Dans  un  livre  que  je  prépare  :  Calderon  und  der  deutsche  Calderonismus^  je 
donnerai  Thistoire  des  drames  caldéroniens  en  Allemagne.  Sur  la  traduct  ita- 
lienne de  VAlcalde  de  Pietro  Andolfati,  imitation  très  libre  de  la  pièce  espagnole 
{Teatro  moderno,  Venezia,  1799,  vol.  XXXIII),  voir  E.  Teza,  Riv.  criticn  délia 
ûtier.HaL, II,  183. 

Rtim*  hispanifve  6 


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82  ARTURO   FARINELLI 


tragédie  religieuse,  observe  Humboldt,  l'exaltation  sans  réserve 
de  Calderon,  la  maxime  que  toute  tragédie  doit  être  l'expression 
de  l'idée,  de  la  Providence  divine,  tout  cela  est  bien  absurde.  » 
Pour  détruire  ces  préjugés,  il  fallait  lire  la  belle  préface  de 
Schiller  à  son  drame  :  Die  Braut  von  Messina  * . 

Quant  aux  pièces  espagnoles  modernes,  Humboldt  ne  les 
aimait  pas  trop  sans  doute;  celles  qu'il  vit  jouer  à  Madrid  lui 
donnaient  une  idée  bien  pitoyable  des  pastiches  goûtés  par  le 
public  :  «  Ces  représentations,  dit-il,  portent  encore  les  traces 
évidentes  des  premiers  et  rudes  commencements  du  théâtrie  ;  au 
lieu  d'être  vraiment  jouées,  les  pièces  ne  sont  que  récitées  devant 
le  public.  »  Voilà  qui  est  fort  dur  et  qui  laisse  supposer  qu'au 
lieu  d'acteurs  véritables,  tels  qu'il  en  restait  encore  en  Espagne 
à  la  fin  du  siècle  %  Humboldt  n'a  vu  que  de  misérables  manne- 
quins déclamant  leur  rôle  à  regret.  Les  Lettres  malveillantes  sur 
l'Espagne  de  Chantreau,  que  nous  avons  mentionnées  tout  à 
l'heure,  assuraient  que  le  théâtre  espagnol  en  général,  dans  la 
capitale  comme  dans  les  villes  de  second  ordre,  était  encore  dans 
la  barbarie  :  w  La  modeste  Thalie  des  bluettes  où  les  servantes 
parisiennes  allaient  rire  de  si  bon  coeur,  était  au-dessus  de  ce  que 
l'Espagne  pouvait  offrir  en  fait  de  mœurs.  »  Mieux  que  dans  la 
tragédie  et  dans  le  haut  comique,  mieux  que  dans  la  représenta- 
tion de  sentiments  héroïques  et  de  grandes  passions,  les  acteurs 
espagnols  réussissaient  dans  le  bas  comique.  Sur  ce  point, 
Humboldt  est  d'accord  avec  la  plupart  des  voyageurs  qui  ont 


1.  Cétait  à  Caroline  de  Humboldt  que  Goethe  écrivait  le  7  avril  1812  : 
«  Um  ein  Caldcron'sches  Stûck  :  das  Leben  ein  Traum,  haben  sich  Einsiedel 
und  Riemer  verdient  gemacht.  » 

2.  M.  E.  Cotarelo  y  Mori  consacre  une  série  d'études  aux  acteurs  et  aux 
actrices  espagnols  les  plus  célèbres  du  xviiic  siècle  :  Estudios  sobre  la  hisioria  del 
arte  escénico  en  Espaha.  Deux  petits  volumes  ont  paru  :  Maria  Ladvenant  y  Qui- 
ranley  Madrid,  1896;  Maria  del  Rosario  Fernàftde{,  La  Tirana,  Madrid,  1897. 
Deux  autres  suivront  sur  Rita  Luna  et  Isidoro  Maique^. 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT   ET   l'eSPAGNE  83 

écrit  sur  le  théâtre  moderne  de  l'Espagne.  La  scène  espagnole, 
dit  Humboldt,  offre  de  véritables  avantages  dans  le  bas  comique; 
j'ai  vu  une  pièce  de  «  gitanos  »,  gracieuse  et  coquette;  aucune 
actrice  d'aucune  autre  nation  n'aurait  pu  égaler  le  jeu  de  la 
«  gitana  ». 

Il  est  fâcheux  que  ce  génie  si  clairvoyant,  ignorant  la  richesse 
inépuisable  du  théâtre  espagnol  de  l'ancien  temps,  n'ait  pas, 
comme  tant  d'autres  illustres  écrivains,  donné  son  opinion  sur 
l'adaptation  des  pièces  espagnoles  à  la  scène  allemande  et  sur  la 
manière  de  tirer  profit  des  inventions  ingénieuses  de  Lope  et 
d'autres  poètes.  11  n'était  pas  ami  des  traductions;  il  aurait 
voulu  sans  doute  des  «  rifacimenti  ».  Toute  traduction,  à  son 
avis,  était  un  dénigrement  de  l'œuvre  originale  :  «  Celui  qui 
entreprend  une  traduction  quelconque  s'efforce  à  résoudre  un 
problème  insoluble.  »  Lorsque  Humboldt  errait  parmi  les  ruines 
de  Sagonte,  la  tête  et  le  cœur  remplis  de  souvenirs  de  l'antiquité, 
il  n'oublie  pas  qu'on  avait  donné,  quelques  années  auparavant, 
sur  ce  théâtre,  une  pièce  espagnole.  Cette  grande  scène,  digne 
jadis  du  cothurne  grec,  se  prêtait  maintenant  à  une  représenta- 
tion toute  moderne  :  «  C'était  sans  doute  un  beau  spectacle  que 
de  voir  le  peuple  de  la  petite  ville  actuelle  s'asseoir  à  la  même 
place  où ,  tant  de  siècles  auparavant,  la  foule  se  réunissait  dans 
le  même  but.  » 


V.  —  LA   PEmTURE 

Pour  les  arts,  pour  la  peinture  surtout,  Guillaume  de  Hum- 
boldt avait  bien  moins  d'intérêt  et  de  goût  que  sa  femme 
Caroline.  Il  ne  manqua  pas,  sans  doute,  de  visiter  assidûment 
les  collections  et  les  musées,  il  avoua  même  qu'il  valait  la  peine 
de  s'exposer  aux  désagréments  d'un  voyage  en  Espagne  rien  que 
pour  y  admirer  les  chefs-d'œuvre  de  l'art,  mais  il  s'abstint  de 
donner  des  jugements  particuliers  sur  l'art  espagnol,  de  rensei- 


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84  ARTURO   FARINELLI 


grter  les  amis  sur  lés  tableaux  de  telle  où  telle  école  qu'il  voyait  ; 
c'était  là  l'affaire  de  sa  femme.  Il  faut  le  croire  sur  parole  lors- 
qu'il affirme  qu'il  ne  prit  presque  aucune  part  au  travail  pénible 
de  droline,  qui  notait  et  classifiait  soigneusement  tous  les 
tableaux  de  l'Espagne  :  «  J'ai  trop  bien  appris,  écrit-il  à  Goethe, 
combien  il  est  difficile  d'avoir  un  jugement  sûr  en  matière  de 
poésie  pour  donner  des  conseils  en  fait  de  peinture  et  de 
tableaux.  » 

En  général,  les  étrangers  qui  visitaient  l'Espagne  au  siècle 
dernier,  Anglais,  Français,  Allemands,  Italiens,  se  souciaient  fort 
peu  de  l'art,  ou  du  moins  ils  n'en  parlaient  que  très  superficielle- 
ment dans  leurs  récits  de  voyage.  Raphaël  Mengs  peuplait  depuis 
longtemps,  à  Madrid,  les  salles  du  palais  royal  de  ses  grands 
tableaux  froids  et  académiques,  que  les  Allemands  étaient  encore 
parfaitement  ignorants  de  ce  que  l'Espagne  renfermait  en  fait  de 
trésors  artistiques  ^  Le  volumineux  Fiage  de  Espaha  de  Ponz, 
quoique  riche  en  détails  intéressants,  était  fort  incommode  à 
xronsulter;  l'extrait  qu'en  fit  Conca  dans  sa  Descri:^ione  odeporicay 
Jes  Vies  de  Palomino,  les  Letierc  piltoriche  de  Preziado,  les 
Letterè  du  Fago  italien  ne  firent  pas  grande  fortune  à  l'étranger. 
Le  Dictionnaire  historique  de  Cean  Bermudez  ne  parut  qu'en 
1800.  Humboldt  était  d'avis  qu'un  tableau  consciencieux  de 
l'Espagne  aurait  dû  s'occuper  en  premier  lieu  des  richesses 
artistiques  du  pays.  Pouvait-on  passer  sous  silence  ce  qu'il  y  avait 
de  mieux  en  Espagne?  Déjà,  avant  de  quitter  Paris,  les  Humboldt 
s'étaient  partagé  leur  travail  :  «  Vous  aurez,  de  la  plume  de  ma 
femme,  écrit  Guillaume  de  Humboldt  à  Gœthe  (18  août  1799), 
une  description  détaillée  des  tableaux  de  l'Espagne  les  plus 
curieux,   particulièrement  de  ceux  des  provinces  méridionales. 


I.  On   traduisit  cependant  de  l'italien  la  lettre  de  Mengs  à  Ponz  sur  les 
tableaux  du  palais  royal  de  Madrid.  Anton  Raphaël  Mengs  Schreiben  au  Anton 
Pons»  Aus  dem  itaîienischen  (par  Prange),  Wien,  1778.  Voirie  TeulscJjerMerkur^ 
.de  Wieland,  1779  (^^ril),  p.  93. 


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GUILLAUME  DE   HUMBOLDT   ET   L*ESPAGNE  85 

qui  sont  peu  connus.  »  Il  désirait  savoir  s'il  y  avait  une  traduc- 
tion allemande  de  la  Vie  des  peintres  espagnols  de  Palomino,  pour 
que  sa  femme  allongeât  la  description  à  mesure  que  le  sujet 
offrirait  plus  de  nouveauté  \  Dans  une  autre  lettre  à  Goethe, 
écrite  de  Madrid,  le  grand  savant  rendait  justice  au  travail  de 
Caroline  :  «  Tout  ce  que  les  voyageurs  ont  écrit  sur  les 
vastes  collections  de  tableaux  en  Espagne,  surtout  de  TEscorial, 
est  fort  imparfait,  fort  au-dessous  de  la  vérité.  Caroline  décrira 
et  enregistrera  tous  ces  tableaux,  et  c'est  à  vous  qu'elle  dédie  ce 
travail.  L'idée  de  vous  faire  plaisir  redouble  son  application  et  sa 
patience.  Ce  labeur  est  en  effet  extrêmement  pénible;  sa  santé 
ayant  déjà  souffert  à  plusieurs  reprises,  elle  pourrait  à  plus  forte 
raison  dire  d'elle-même  ce  que  feu  le  roi  de  Prusse  avait  dit  : 
in  doloribus  feci.  Je  suis  convaincu  que  vous  approuverez  ce  tra- 
vail. Plusieurs  tableaux,  les  Raphaëls  surtout,  me  semblent  très 
bien  décrits.  Ma  femme  ajoutera  encore  à  la  fin  quelques  obser- 
vations générales  sur  l'école  espagnole  et  les  traits  les  plus  sail- 
lants de  la  vie  des  peintres  espagnols,  d'après  Palomino  et 
d'autres  auteurs.  Ce  sera  sans  doute  un  ouvrage  très  considé- 
rable; rien  que  pour  l'Escorial  et  le  nouveau  palais,  ma  femme 
a  déjà  réuni  plus  de  250  articles.  Une  partie  de  ce  travail 
pourrait  très  bien  figurer  dans  les  Propyleen;  nous  déciderons 
ensemble  de  l'emploi  qu'on  pourra  faire  du  reste  *.  »  Dix 
jours  auparavant  Humboldt  avait  écrit  à  Schweighaeuser  :  «  A 


1.  Il  existait  en  effet  une  traduction  allemande  de  Palomino,  ignorée  de 
Humboldt  :  Don  Antonio  Palomino  Velasco,  Leben  aller  spanisclKn  und  fremden 
Maler,  Bildhauer  und  BautneisUry  welcJ)c  sich  in  Spanien  dnrch  ihre  fVerke  herùlmt 
getnachl  hahen;  in  s  Deutsche  iiher$et:^ty  und  mit  dern^  Leben  des  berûhmten  Rapljoel 
Mengs  vermehrt.  Dresden,  1781. 

2.  Encore  au  mois  de  mai  1800,  Humboldt,  après  avoir  indiqué  à  Goethe  un 
médiocre  ubleau  du  Montserrat,  écrit  à  son  ami  (Œuvres^  III,  192)  qu'il  en 
saura  davantage  :  «  Wenn  ich  Jhnen  die  ausfûhrliclie  Beschreibung  aller 
merkv^û^digen  Gemàlde  Madrids^  der  kônigl.  Lustschlôsser,  und  des  ganzen 
niittâglichcn  Spaniens  schicke,  von  dcr  ich  Jhncn  schon  einigeniale  sprach.  » 


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86  ARTURO   FARINELLI 


Madrid  et  à  TEscorial,  les  innombrables  trésors  artistiques  nous 
ont  procuré  un  plaisir  infini.  Ma  femme  et  Gropîus  sont  fort 
occupés  à  en  rédiger  une  description,  afin  d'en  conserver  pour 
eux  et  pour  les  autres  un  souvenir  durable.  Ce  serait  ce  que 
nous  rapporterions  de  mieux  de  notre  voyage.  » 

Il  y  avait  dans  le  caractère  de  Caroline  quelque  chose 
d'héroïque  qui  lui  faisait  supporter  sans  regrets  et  sans  plaintes 
les  désagréments  infinis  du  voyage.  Forcée  de  se  traîner  pénible- 
ment avec  ses  enfants  à  travers  les  grands  déserts  de  l'Espagne, 
où  l'on  ne  rencontrait  souvent,  pendant  toute  une  journée  de 
route,  aucun  endroit  propice  pour  s'arrêter,  heureuse  encore 
lorsqu'elle  pouvait  passer  la  nuit  dans  une  misérable  chaumière  \ 
prête  à  accoucher  d'un  enfant,  sacrifiant  néanmoins  son  propre 
bien-être  au  but  qu'elle  s'était  proposé,  elle  observait,  elle  étu- 
diait, elle  travaillait  sans  cesse  à  un  ouvrage  destiné  à  disparaître 
sans  laisser  presque  aucune  trace.  Moins  douée  que  cette  brillante 
Rahel,  la  femme  la  plus  passionnée  et  la  plus  intelligente  de 
l'Allemagne  de  son  temps,  elle  nourrissait  dans  son  cœur  des 
sentiments  élevés;  elle  ajoutait  à  l'harmonie,  au  calme  qui 
caractérisait  Guillaume,  un  attachement  touchant  pour  ses  amis, 
attachement  qui  menaçait  parfois  de  se  transformer  en  passion  '. 
Elle  était  de  ce  cercle  de  femmes  d'esprit  qui  savaient  captiver 
l'âme  des  plus  grands  poètes,  tels  que  Goethe  et  Schiller. 
Tout,  chez  elle,  jaillissait  spontanément  du  cœur;  elle 
se  vouait  tout  entière  à  ce  qu'elle  entreprenait,  sans  connaître 
aucun  obstacle,  sans  reculer  devant  aucun  sacrifice.  Elle  savait 
subordonner  l'étnde  à  l'amour,  l'enthousiasme  pour  l'art  au  culte 
de  ses  enfants  '.  Elle  écrivait  comme  elle  pensait,  comme  elle 

1.  Voir  la  lettre  de  G.  de  Humboldt  à  G.  Kômer  (Paris,  50  mai  1800),  dans 
les  Ansichieii  ûher  Aesthetik  utid  Literatur^  etc.,  p.  106. 

2.  Voir  ses  lettres  à  Gustav  Schlabrendorf,  publiées  par  Wentzel,  Im  neuen 
Reichy  1878,  II,  497  s. 

3.  a  In  den  Kindern  lebt  meine  Seele  »,  écrit  Caroline  à  Rahel  le  25  mars  1798. 
Briejiv.  ^iscfxn  Karoliiu  von  Humboldiy  RaJjeî  und  Varnhagen,  p.  19.  —  «  Es 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT   ET   l'eSPAGNE  87 

sentait,  dans  un  style  clair,  qui  réfléchissait  nettement  ses  idées  ; 
ses  lettres  sont  parfois  aussi  riches  en  observations,  aussi  char- 
mantes que  celles  de  son  mari. 

Pour  son  ouvrage  sur  les  tableaux  de  TEspagne,  elle  avait  un 
auxiliaire  précieux  dans  la  personne  du  graveur  Gropius,  qui 
surveillait  l'éducation  de  ses  enfants,  en  remplacement  de 
Schweighaeuser.  Nous  ne  savons  pas  exactement  la  part  qu'il  a 
prise  à  la  rédaction  des  différents  articles,  mais  il  faut  bien  sup- 
poser qu'en  fin  connaisseur  de  l'art,  en  homme  du  métier,  il 
collaborait  surtout  aux  détails  techniques,  à  la  détermination  des 
différents  styles  et  des  différentes  écoles,  travail  essentiel,  indis- 
pensable à  toute  judicieuse  classification  de  tableaux.  Peut-être 
existe-t-il,  quelque  part,  des  dessins,  des  croquis  de  Gropius 
des  contrées  et  des  monuments  de  l'Espagne  qu'il  put  connaître 
et  étudier  à  merveille  dans  d'autres  voyages.  Il  vécut  jusqu'à  l'été 
de  180 1  dans  l'intimité  de  Caroline,  plutôt  en  qualité  de  con- 
seiller et  d'ami  qu'en  qualité  de  précepteur  de  ses  enfants;  il 
s'éloigna  ensuite  au  moment  où  la  sympathie  allait  se  convertir 
en  amour;  il  accepta  une  offre  très  avantageuse  de  Don  Manuel 
Gonzalve  Salomon,  alors  adjoint  à  l'ambassade  de  Saxe,  plus 
tard  secrétaire  et  ministre  des  affaires  étrangères  en  Espagne, 
qui  l'engageait  à  l'accompagner  dans  un  voyage  artistique  et 
archéologique  en  Espagne  et  en  Italie  :  «  La  visite  de  l'Italie, 
écrit  Caroline  à  Schweighaeuser  (13  juin  1801)  devait  lui  procu- 
rer, au  point  de  vue  artistique,  des  avantages  inappréciables  pour 
son  instruction  et  pour  son  avenir;  il  m'a  été  impossible  de  lui 
opposer  la  moindre  objection.  »  Vers  l'automne  de  1802, 
Caroline  le  revoit  à  Florence,  fraîchement  revenu  de  son  voyage 
en  Sicile.  Il  est  probable  que  Gropius  correspondait  encore  de 


behagt  mir  nur  was  stiller,  reiner,  aber  vor  allem  niilder  und  innig  liebender 
mit  dera  vorschreitenden  Altcr  wird  »  (Lotte  Schiller,  II,  171,  15  décembre 
181 }). 


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88  ARTURO   FARINELLI 


temps  en  temps  avec  les  Humboldt  '.  En  1835,  Guillaume  de 
Humboldt  le  retrouve  à  Hambourg  père  d'une  nombreuse 
famille. 

L'ouvrage  de  Caroline  ayant  complètement  disparu,  on  ne 
saura  jamais  la  valeur  des  études  et  des  recherches  artistiques  de 
cette  femme  supérieure.  La  jouissance  qu'elle  éprouvait  à  la  vue 
des  trésors  innombrables  cachés  dans  cette  terre  oubliée 
d'Espagne,  était  souvent  troublée  par  les  difficultés  qu'il  fallait 
vaincre  avant  d'être  admis  à  visiter  tel  ou  tel  musée.  Outre  les 
permissions  royales  que  l'on  exigeait  partout,  il  fallait  à  tout 
moment  vider  ses  poches  en  pourboires.  La  plupart  des  palais  et 
des  châteaux  étaient  fermés  pour  tout  le  monde;  ceux  qui  étaient 
accessibles  ne  l'étaient  qu'à  des  heures  fort  incommodes.  Autre 
embarras  non  moins  désagréable  :  le  désordre  dans  lequel  on 
laissait  en  Espagne  la  plupart  des  objets  d'art.  Faute  de  connais- 
sances véritables,  ils  restaient  négligés,  mêlés  à  des  tableaux  de 
nulle  valeur  :  «  Figurez-vous  écrit  Guillaume  de  Humboldt  à 
Goethe,  que  des  charmants  tableaux  de  Rubens,  de  Titien,  de 
Guido  Reni  sont  relégués  ici  dans  des  chambres  noires,  sans 
lumière,  parce  qu'on  les  trouve  indécents.  Ce  sont  pourtant  des 
tableaux  moins  dévergondés  que  ceux  que  l'on  expose  ailleurs. 
Une  Venus  divine  de  Titien,  la  plus  belle  peut  être  qui  existe, 
meilleure  sans  doute  que  celle  de  Dresde,  a  failli  être  livrée  aux 
flammes  il  y  a  quelques  années  :  c'est  à  peine  si  l'on  a  réussi  à 
la  sauver  ^.  »  On  passe  sur  ces  inconvénients  et  sur  d'autres;  on 


1.  Voir  Briejwechsd  ^wis.  KaroL  v.  Httmh.^  RaJxl  und  Varnh.,  p.  50  (Lettre 
de  Caroline,  Paris,  5  juillet  1801). 

2.  Cette  Vénus  est  maintenant  au  Prado.  Voir  Mad razo,  CaM/cj^o  descriptivo 
è  Jnstôrico  del  Mtiseo  del  Prado  de  Madrid.  Madrid,  1872,  n»  459,  et  Crowe  und 
Cavalcaselle.  Ti^ian.  Leben  und  Werke(trad.  p.  Jordan),  Leipzig,  1877,11,  495. 
—  Quelques  lettres  et  documents  sur  les  tableaux  de  Titien  en  Espagne  sont 
donnés  par  Zarco  del  Valle,  Utiverôffentlichte  Bcitrâge  \ur  GeschichU  der  Kunstbe- 
strehungen  Karl  V  und  PbUipp  II.  Mit  hesonderer  Berùchichtigung  Ti^ians,  dans 
\QsJal7rb,  d.  kunstInsL  Samml,  des  aller  h,  Kaiscrh.^  VII,  221  ss. 


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GUILLAUME   DE  HUMBOLDT   ET   l'hSPAGNE  89 

est  bien  récompensé  de  ses  peines  par  le  plaisir  que  l'on  éprouve 
à  contempler  des  tableaux  dont  on  ne  se  fait  pas  une  idée  à  l'étran- 
ger. Humboldt,  toujours  en  parlant  de  l'œuvre  de  sa  femme,  que 
Goethe  appréciera  sans  doute  un  jour,  ajoute  :  «  Lorsque  vous 
la  veirez,  vous  éprouverez  peut-être  le  désir  de  visiter  ce  pays 
où,  dans  cette  saison  au  moins  (en  hiver),  ni  le  ciel  ni  la  terre 
ne  sourient.  »  Goethe,  tout  en  lisant  et  en  admirant  sans  réserve 
le  travail  de  droline,  n'éprouva  jamais  de  «  Sehnsucht  »  pour 
l'Espagne.  L'Italie  suffisait  à  ses  rêves  et  à  ses  désirs. 

Le  temps  nécessaire  pour  connaître  avec  quelque  exactitude 
les  tableaux  de  telle  ou  telle  collection  déterminait  d'ordinaire 
h  durée  des  arrêts  des  Humboldt  dans  telle  ou  telle  ville  de 
l'Espagne  '.  Dix  jours  à  TEscorial,  écrivait  Caroline  à  ses 
parents  et  à  Lotte  Schiller,  étaient  à  peine  suffisants  pour  voir 
et  étudier  tous  les  trésors  que  le  monastère  fameux  renferme. 
Quatre  grands  tableaux  de  Raphaël  et  plusieurs  petits,  des 
Guido,  des  Titien,  des  Tintoretto  en  grand  nombre,  des  chefs- 
d'œuvre  de  l'école  espagnole,  que  l'on  ne  peut  guère  con- 
naître ailleurs  qu'en  Espagne,  voilà  de  quoi  ravir  nos  voya- 
geurs. Caroline  croyait  même  que ,  exception  faite  pour  la 
Madonna  délia  Seâtùy  l'Escorial  possédait  les  meilleurs  Raphaëls 
et  les  meilleurs  Titiens.  Au  palais  de  Saint-Ildefonse,  dans 
la  chambre  de  l'infante  Marie,  elle  avait  vu  une  Madone  de 
Raphaël  avec  l'Enfent  Jésus  et  saint  Jean  ^  ;  à  l'Escorial,  elle 
admira,   entre   autres   tableaux,    la  célèbre   Madonna    del   Pe^ 


1.  A  Vitoria,  dans  le  palais  du  marquis  de  la  Alameda,  ils  avaient  admiré 
une  sainte  Madeleine  de  Titien,  une  des  nombreuses  reproductions  du  tableau 
original  de  TErmitage  de  Saint-Pétersbourg.  Guillaume  en  dorine  une  fort 
belle  description  dans  ses  Esquisses  sur  le  Pays  basque  (II,  238).  Voir  Crowe  cl 
Cavâlcaselle,  rt>mw,  II,  616. 

2.  Voir  le  seul  fragment  de  Tôuvrage  de  Caroline  qui  parut  imprimé  i.Rafdeh 
Geniàlde  in  SpanUn,  dsins  la  Jenaische  Allgenieine  Ulleratur-Zeitmig (iSô^),  vol.  I 
(Janv.  Févr.  Mars),  Jcna,  1809,  p.  v. 


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90  ARTURO  FARINELLI 


et  la  Perlai  Nous  n'avons  pas  de  renseignements  sur  les 
tableaux  que  les  Humboldt  examinèrent  à  Madrid.  Dans  une 
lettre  à  Kôrner  (Paris,  30  mai  1800),  Guillaume  observe  incidem- 
ment qu'il  avait  reconnu,  avec  sa  femme,  dans  les  Fileuses  de 
Velazquez  ce  que  c'était  que  la  nature  et  la  vérité  dans  la 
peinture.  Dans  les  tableaux  de  Murillo  et  de  Juan  de  Juanes  * ,  il 
voyait  a  une  révélation  du  caractère  espagnol  :  des  figures  origi- 
nales mais  point  nobles  chez  le  premier;  des  figures  idéales, 
raphaélesques  chez  le  second.  »  Ce  n'était  un  jugement  ni  profond, 
ni  exact,  sans  doute.  Caroline,  elle  aussi,  n'admirait  pas  sans 
restriction  les  chefs-d'œuvre  de  l'école  espagnole.  Témoin  cette 
lettre  qu'elle  écrivit  de  Cadix,  le  26  janvier  1800,  à  Schweig- 
haeuser,  et  que  je  reproduis  ici  dans  la  traduction  de  Laquiante  : 
«  Séville  est  une  grande  cité  aux  rues  étroites  et  sombres;  nous 
y  avons  passé  six  jours  à  examiner  les  œuvres  d'art,  conservées 
dans  des  collections  trop  disséminées.  Ces  six  jours,  pendant  les- 
quels nous  n'avons  pas  perdu  un  instant,  cnt  à  peinesuflS  pour 
voir  les  œuvres  les  plus  remarquables  des  peintres  espagnols.  On 
ne  contemple  pas,  sans  une  attention  respectueuse,  ces  témoi- 
gnages de  l'incroyable  étude  de  la  nature  à  laquelle  ils  se  sont 
livrés.  Il  y  a  des  tableaux  de  Murillo  qui  inspirent,  à  cet  égard. 


1.  Sur  Inexécution  de  la  Perla  par  Raphaël,  CavalcascUe  (JRajfaeUo,  la  stta 
vita  e  le  sue  opère,  Firenze,  1890,  II,  260)  a  exprimé  des  doutes  fort  sérieux. 
De  même  la  fameuse  Madonna  M  Pesce,  tout  à  fait  raphaclesque  dans  le 
type,  a  été  peut-être  exécutée  partiellement  par  Giulio  Roraano.  Voir  G.  Friz- 
zoni,  /  Capolavori  délia  pinacoteca  del  Prado  in  Madrid,  Raffaello  e  la  sua  scuola, 
dans  VArch.  stor,  delV  arte,  VI,  316  s.  Caroline  de  Humboldt  a  connu  sans 
doute  une  longue  description  de  ce  tableau  reproduite  dans  le  vol.  II  du  Viii^e 
de  Espana,  de  Ponz,  p.  173  s.  :  Sobre  unapintura  de  Rajael^  que  esta  en  elEscofiaJ, 
llamada  la  Madonna,  0  nueslra  Senora  del  Pe^,  por  Mr  Henry,  cahallero  irlandes, 
estando  en  el  Escorial  ano  i'jS4y  con  ocasion  de  haher  dicho  el  pintor  del  Rey 
N,  Amiconi  que  no  era  origitml  de  Rafaël  de  Urbino  »  (trad.  esp.  de  J.  Henay.) 

2.  Voir  Tétude  de  Vilanova  y  Pizcueta,  Biografia  de  Juan  de  Juanes,  su  vida 
y  ohras,  sus  disciptilos  ê  injîuencia,  Valcncia,  1884. 


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GUILLAUME  DE  HUMBOLDT  ET   L  ESPAGNE  9I 

un  étonnement  profond.  Mais  je  ne  reste  pas  moins  convaincue 
que  les  peintres  espagnols  les  plus  éminenis  n'ont  jamais  conçu 
un  type  idéal  du  beau  et  que  le  sentiment  des  côtés  élevés  de  la 
nature  humaine  leur  a  manqué.  A  Madrid,  j'avais  vu  plusieurs 
fois  une  Vénus  endormie  du  Titien  ;je  n  aurais  pas  cru  qu'il  fût  pos- 
sible d'allier  une  telle  pureté  à  un  charme  pareil.  Je  suis  restée 
pendant  des  heures  devant  cette  toile  :  la  tête,  avec  les  yeux 
fermés,  et  le  corps  sont  merveilleux.  Vénus  est  couchée  au 
premier  plan,  sans  aucun  voile;  jamais  le  pinceau  de  Titien  n'a 
trouvé  un  coloris  plus  brillant  ni  plus  délicat.  Et  cependant,  je 
ne  pense  pas  qu'il  existe  d'homme  assez  grossier  pour  que  la 
noblesse  d'inspiration  de  cette  figure  céleste  ne  l'emporte,  chez 
lui,  sur  les  sentiments  de  la  beauté  physique.  Cette  Vénus  pour- 
rait, ce  me  semble,  être  honorée  et  invoquée  comme  une  sainte. 
Aucun  peintre  espagnol  n'a  jamais  approché,  même  de  loin, 
d'une  conception  de  ce  genre.  Si  riche  que  soit  la  Galerie  de 
Paris,  elle  est  incomplète  à  ce  point  de  vue  :  on  n'y  trouve  pas 
une  grande  toile  de  chacun  des  maîtres  espagnols,  et  l'on  ne  peut 
cependant  se  faire  une  idée  de  cette  école  qu'après  en  avoir  vu 
les  plus  beaux  spécimens.  » 

Qroline  n'était  pas  femme  à  oublier  les  impressions  reçues 
dans  son  voyage.  Elle  se  rappelait  vivement,  en  Italie  et 
ailleurs,  les  trésors  artistiques  de  l'Espagne.  A  Florence,  le 
II  novembre  1802,  elle  donne  des  renseignements  à  Goethe  sur 
un  crucifix  qui  ornait  le  maître-autel  de  l'église  de  San  Lorenzo, 
et  qui,  assurait-elle,  était  autrement  conçu  et  travaillé  que  la 
grande  figure  du  Christ  de  marbre  à  l'Escorial.  Celui-ci  aurait 
été  plus  humain  que  le  Christ  de  Florence,  le  visage  du  Sauveur 
gardait  dans  la  mort  une  expression  noble  et  élevée.  Dix  jours 
plus  tard,  c'est  au  tour  de  Guillaume  à  disserter  sur  ce  crucifix  : 
(c  II  n'existe,  écrit-il  à  Goethe,  aucun  document  qui  en  prouve 
l'origine.  On  ne  savait  pas  s'il  fallait  l'attribuer  à  Jean  de  Bou- 
logne, à  Cellini  ou  à  d'autres.  Il  devait  y  avoir,  au  contraire,  un 
document  sur  le  Christ  de  l'Escorial,  imprimé  dans  le  Voyage  de 


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92  ARTURO  FARINELLI 


Ponz  *.  Goethe  aurait  dû  consulter  l'édition  originale  espagnole  : 
«J'ai  laissé  celle-ci,  ajoute  Huraboldt,  avec  tous  mes  livres  espa- 
gnols chez  M.  de  Burgsdorf  à  Ziebingen  *.  »  Il  se  demande  si  le 
Père  Norberto  Giimo,  que  Ton  appelait  le  Vagott  qui  n'aimait 
guère  l'Espagne,  n'avait  rien  écrit  là-dessus  dans  ses  Lstires  '. 
L'enthousiasme  de  M"'  de  Humboldt  pour  les  beaux  tableaux 


1 .  Ponz,  qui  parle  de  ce  CruciBx  dans  le  vol.  II  de  son  Viage  de  Espaha^ 
p.  66  (3c  édit.)>  ne  reproduit  aucun  document;  il  ne  fait  que  rappeler  ce  que 
Cellini  lui-même  en  avait  dit  dans  la  Vita  et  dans  le  Tratlato  délia  scuUura.  — 
La  similitude  du  nom  de  Saint-Laurent  de  TEscorial  et  Saint-Laurent  de  Flo- 
rence a  fait  naître  sans  doute  une  confusion  déplorable.  Il  n'existe  pas  de  Cru- 
cifix de  CelKni  dans  l'église  de  Florence,  mais  seulement  à  l'Escorial.  Des 
documents  diplomatiques,  des  lettres  retrouvées  dans  les  archives  de  Simancas 
sur  ce  Crucifix  fameux  sont  reproduites  par  E.  Pion,  Benvenuto  Cellini^  orfivre^ 
Paris,  1883,  2c  partie,  p.  223  ss. 

2.  Je  parlerai  ailleurs  des  rapports  de  Burgsdorf  avec  l'Espagne.  Burgsdorf  a 
vécu  dans  l'intimité  des  plus  grands  hommes  de  l'Allemagne  ;  il  a  joué  un  rôle 
considérable  comme  intermédiaire  et  conseiller,  sans  rien  produire  lui-même  ; 
il  a  brillé  dans  les  cercles  les  plus  éclairés,  les  plus  spirituels  et  les  plus  galants 
de  son  temps.  Je  doute  fort,  quoi  qu'en  dise  Kôpke,  L.  Tieck^  I,  300,  qu'il  soit 
réellement  allé  en  Espagne.  Burgsdorf  et  Tieck  étaient  presque  les  seuls  qui 
eussent  fréquenté  le  cours  d'espagnol  de  Tychsen.  Voir  sur  lui,  Gakrievoti  Bild- 
nissen  ans  RalxVs  Umgang  und  Briefuechely  hrg.  v.  K.  A.  Vamhagen  von  Ense, 
Leipzig,  1836,  I,  ICI  s.,  et  H.  Hettner,  dans  VAllg.  dent.  Biogr.,  article  Burgs- 
dorf. Schiller  était  particulièrement  enchanté  de  lui.  Il  écrit  à  Kômer  (Jena, 
21  nov.  1796),  SchilUrs  Briefef  V,  1 14  :  «  Er  (BurgsdorOgefàllt  mir  eben  su  sehr 
durch  seine  Bescheidenheit  und  Ruhe,  als  durch  den  Gehalt,  der  in  ihm  zu 
liegen  scheint.  »  Et  un  mois  plus  tard  (V,  137)  :  «  Sein  Umgang  war  uns  redit 
angcnehm  ;  ich  liebe  so  ruhig  empfangende  Naturen  sehr.  »  A  la  même  date,  à 
peu  près  (30  nov.  1796),  Gœthe  écrivait  à  Schiller  :  «  Burgsdorf  hat  mir  in 
seinem  Betragen  und  in  dem  wenigen  was  er  spracli  recht  wohl  gefallen.  »  Le 
2  févr.  1799,  Caroline  de  Humboldt  écrivait  à  Rahel  (Briefwechsel,  etc.,  p.  21)  : 
«  Burgsdorf  war  bereiis  ini  September  mit  dem  Vorsatz  abgereist  die  Pyre- 
nàen  zu  durch wandern  und  Anfang  Noveniber  wieder  hier  zu  sein...  er  kam 
nicht  zurûck...  erschrieb  er  ginge  nach  Madrid.  »    , 

3.  Norberto  Caimo,  dans  ses  LetUre  di  un  vago  ilaliam  ad  un  suo  amicOy  Pitt- 
burgo  (Milano),  1759-1767,  n'a  guère  décrit  le  Crucifix  célèbre. 


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GUILLAUME  DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  93 

de  Ràphad  eh  Espagne  dut  nécessàireîhetit  se  refroidir  à  Rom€, 
où  les  chefs-d'œuvre  du  maître  divin  brillaient  dans  tout  leur 
éclat.  Elle  écrit  de  Rome  à  Schweighaeuser  le  lo  janvier  1803  : 
«  Malgré  tout  ce  que  Ton  peut  admirer  à  Paris  et  en  Espagn<e, 
c'est  ici  seulement  que  l'on  apprend  à  connaître  Raphaël  et  que 
Ton  comprend  que,  chez  lui,  l'homme  s'élève  divinement  au- 
dessus  de  l'artiste.  » 

Gœthe,  n'en  déplaise  à  sa  mémoire,  est  bien  coupable  à  nos 
yeux  si  l'ouvrage  de  M™*  de  Humboldt  sur  la  peinture  en  Espagne 
a  irrémédiablement  disparu.  Puisque  son  journal  \qs  Propyleen 
avait  cessé  de  paraître  en  1800,  pourquoi  ne  songea-t-il  pas  à  le 
publier  dans  une  autre  revue?  Pourquoi,  tout  en  l'appréciant,  en 
le  consultant  môme  souvent,  permit-il  qu'il  s'égarât  sans  que  le 
public  en  prît  connaissance,  sans  que  lés  amis  de  l'art  pussent 
jamais  en  profiter?  N'a-t-il  pas  d'ailleurs  permis,  surchargé  de 
travail  comme  il  l'était,  que  la  poussière  du  temps  ensevelît  des 
essais  admirables  que  Humboldt  lui  envoyait,  dans  l'espoir,  sans 
doute,  qu'il  se  chargerait  de  leur  publication?  Avant  le  départ  des 
Humboldt  pour  l'Italie,  le  manuscrit  de  Caroline  était  entre  les 
mains  de  Gœthe  :  «  Vous  m'avez  laissé  par  la  lettre  (i/r)  sur  les 
tableaux  de  l'Espagne,  écrit  Gœthe  à  Guillaume  de  Humboldt,  le 
29  janvier  1803,  un  trésor  dont  je  ne  vous  serai  jamais  assez 
reconnaissant.  »  Elle  est  souvent  consultée  lorsqu'il  s'agit  de 
savoir  où  ont  émigré  quelques-uns  des  chefs-d'œuvre  décrits. 
Encore  en  1807,  dans  ses  souvenirs  autobiographiques,  Gœthe 
rappelle  l'ouvrage  de  Caroline,  si  savamment  conçu,  si  riche  en 
détails  curieux,  d'une  nouveauté  si  imprévue,  faisant  vraiment 
époque  dans  l'histoire  de  l'art  '.  En  1804,  Benito  Pardo  de 
Figueroa,  ambassadeur  et  ministre  plénipotentiaire  à  la  cour  de 


I .  «  UnerwarteteUebersicht  bedeutender  Kunstschâtze,  wiesie  sich  von  allen 
Zeiten  her  in  Spanien  aufgehàuft  hatten,  gab  uns  ein  Manuscript,  welches 
Herr  v.  Humboldt  und  seine  Gemahlin  auf  der  Reise  in  Spanien  im  Jahre 


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94  ARTURO   FARINELLI 


Prusse,  bien  connu  de  Goethe  et  de  Wolf  ',  publia  à  Paris  son 
petit  livre  sur  la  Transfiguration  de  Raphaël^  suivi  de  quelques 
observations  sur  la  peinture  des  Grecs,  qui  eut  quelque  succès  et  fut 
même  traduit  en  allemand  *.  Il  est  regrettable  que  Goethe  n'ait 
point  confié  à  cet  Espagnol  éclairé  l'ouvrage  de  Caroline  sur  Tart 
de  son  pays.  En  1806  parut  le  volume IV  de  V Histoire  de  Fart,  de 
Fiorillo,  consacré  à  l'histoire  de  la  peinture  espagnole,  qui  n'était 
pas  grand'chose,  mais  qui  offrait,  en  bon  ordre  et  avec  clarté,  le 
suc  d'autres  livres,  tels  que  Palomino,  Caimo,  Preziado,  Ponz, 
Conca,  Bourgoing,  Cean  Bermudez,  etc.  ^  Henri  Meyer,  que 
tout  le    monde  connaît  comme  le    conseiller  de  Goethe  par 


[1799]  mit  grosser  Umsicht  uiid  Keiimniss  verfasst  hatlen,  und  insofern 
Geschichte  der  Sammlungen  und  Localitâten  der  Kunstwerke  als  ein  wûrdiger 
Theil  der  Kunstgeschichte  mit  Recht  angesehen  werden,  wurden  wir  in  der- 
selben  hôchlich  gefôrdert.  »  Tag  und  Jahreshefte  (1807).  Gctthe's  fVerke,  éd. 
Weimar,  Ab.  I,  vol.  XXXVI.  390. 

1.  Wolf  écrivait  de  Berlin,  le  17  mai  1807,  à  Hirt  (Gœlbe  Jahrb.,  XV,  55): 
«  Vorzuglich  mit  dem  span.  Gesandten  bin  ich  viel  und  mein  Hierseyn  scheint 
ihn  zu  noch  mehreren  griech.  Versen  zu  verleiten.  » 

2.  Examefi  analitico  deî  quadro  de  la  Tramfiguracion  de  Rafad  de  Urbino 
seguido  de  àlgunas  ohservaciones  sobre  la  pintura  de  los  griegos,  Paris,  1804.  La 
traduction  allemande,  faite  par  Fr.  Greuhm,  parut  à  Berlin  en  1806.  Voir  un 
compte  rendu  dans  les  HeidelbergiscJje  Jahrbûcher  der  Literatur  (1808),  I,  204  s. 
M.  E.  Sulger-Gebing,  en  parlant  de  Tarticle  Vom  Raphaële  de  F.  Schlegel 
{Europa\  dans  son  livre  qui  vient  de  paraître  :  Die  Brûder  A.  ÎV,  und 
F.  Schlegel  in  ihrem  Verbal  tnisse  ^ur  bildenden  Kunst  (Forsch.  i.  tteueren  Lit  ter a- 
turg,,  III),  Mûnchen,  1897,  p.  121,  aurait  pu  consulter  avec  profit  l'étude  du 
diplomate  espagnol. 

3.  Geschichte  der  ^eichnenden  Kùnste.  Vol.  IV.  Geschichte  der  Mahlerey  in  Spa- 
nien,  Gôttingen,  1806.  On  sait  en  quelle  estime  Goethe  tenait  les  ouvrages  de 
Fiorillo.  Deux  années  après,  Rehfues,  dans  son  voyage  en  Espagne,  que  Guizot 
a  traduit  :  Spanien  nach  eigener  Ansicht  im  Jàhre  180S  und  nach  wtbekannten 
Qiiellen  bis  aufdie  neueste  Zeit,  Frankfurt  a.  M.,  181 3,  II,  1 196-1244,  consacrait 
un  chapitre  considérable  à  Thistoire  des  peintres  espagnols  :  Kur^e  Nachrichien 
ùber  die  Lebensumstànde  der  vorif4glichen  spanischen  Maler.  Trente-cinq  ans  après 
l'ouvrage  de  Fiorillo  parut  la  Storia  délia  pittura  in  Ispagna,  de  Montecuccoli 
(1841). 


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GUILLAUME    DE  HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  95 

excellence,  en  matière  d'art,  eut  le  bonheur  de  comparer  le  livre 
de  Fiorillo  avec  Tétude  manuscrite  de  Qroline  de  Humboldt.  Il 
écrit  là-dessus  à  Gœthe  le  22  janvier  1807  :  «  Je  viens  de  lire  ces 
jours-ci  VHistaire  de  la  peinture  en  Espagne  de  Fiorillo,  qui  aide 
à  mieux  comprendre  le  manuscrit  de  M"'«  de  Humboldt  *.  » 
Meyer  lui  non  plus  ne  se  soucia  pas  de  faire  connaître  au  public  le 
trésor  qu'on  lui  avait  confié.  On  ignore  si  c'est  sur  son  conseil 
qu'un  tout  petit  fragment  de  la  description  de  Qroline,  la  partie 
consacrée  aux  tableaux  de  Raphaël  en  Espagne,  vit  enfin  le  jour, 
en  1809,  dans  la  Galette  littéraire  de  Jena  ^  L'année  suivante, 
Gœthe,  en  causant  avec  Guillaume  de  Humboldt,  louait  encore, 
et  plus  que  jamais,  l'ouvrage  de  Caroline;  il  l'appelait  un  trésor, 
un  véritable  chef-d'œuvre  ^ 
Pendant  nombre  d'années,  ce  manuscrit  resta  enseveli  sans  que 


1.  Voir  aussi  l'article  de  O.  Harnack,  Ausdetn  Nachlasse  H.  Meyers,  dans  la 
Vierteljaljrs,  f,  deutsch  LiUr,  (Weimar),  III,  575. 

2.  C'est  le  fragment  indiqué  dans  une  note  antérieure  :  Rafaels  Getttâîde  in 
Spanien,  —  Comme  il  avait  paru  sans  signature,  Guillaume  de  Humboldt  tenait 
à  ce  que  le  public  sût  que  sa  femme  en  était  l'auteur.  Il  écrit  à  Welcker  le 
25  avril  1809  (fT,  von  Humboldt  Briefe  an  F,  G.  tVelcker^  hrg.  v.  R.  Haym, 
Berlin,  1859,  p.  10):  «  Die  Beschreibung  von  Raphaers  Bildem  im  Januar- 
stûck  i8o9der  Liit.Zeii  ist  von  meinerFrau  ;  es  wâremirlieb,  wenndiesin  irgend 
einer  Zeitung  ohne  anderen  Zusatz  gelegentlich  gesagt  wûrde.  »  Henri  Meyer 
avait  lui-même  écrit  en  1798  une  étude  assez  étendue  sur  Raphêl  :  Rafaels 
Werke  besonders  im  Vatikant  pour  les  Propylem  de  Goethe.  Voir  Kleine  SchrifUn 
lur  Kunstvon  Heinrich  Meyer  y  Heilbronn,  1886,  pp.  167  ss.  (Deutsche  Literatur- 
denkmaU  des  18  und  i^Jahrh.,  vol.  XXV.) 

5.  Guillaume  de  Humboldt  écrivait,  en  janvier  1810,  à  sa  femme  : 
(Gœlhes  Gesprâche  hrg,  v.  Fr.  v.  Biedermann,  Nachtràge^  Leipzig,  1896,  X,  63)  : 
«  Er  (Gœthe)  hat  auch  lange  ûber  Deine  Beschreibung  der  spanischen  Bilder 
gesprochen.  Er  nennt  es  nie  anders,  wie  :  einen  Schatz,  und  die  der  RafTael- 
schen  Bilder  :  ein  wahres  Meisterstûck.  Und  das  sind  sie  auch.  Er  sagt  :  er 
habe  nie  eine  Beschreibung  gesehen,  die  einem  so  ailes  geben,  das  Bild  zu 
beurtheilen.  Die  der  Madonna  del  Fez  hat  ihn  vor  allem  erfreut.  Er  hat  nun 
auch  die  Farben  daraus  kcnnen  gelemt,  und  ihre  Wahl  passt  in  seine 
Théorie.  » 


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^6  ARTURO   FARINELLl 


personne  s'en  souvînt.  Ce  né  fut  qu'en  1823  que  Guillaume  de 
Humboldt  osa  le  réclamer  dans  une  lettre  à  Goethe  (3  novembre)  : 
«  Je  vous  prie  de  me  céder  pour  quelque  temps  la  descrip- 
tion des  tableaux  de  l'Espagne  de. ma  femme.  Je  sais  que  vous 
gardez  tout  en  bon  ordre  :  il  vous  sera  donc  facile  de  retrouver  ce 
manuscrit.  »  II  était  trop  tard.  Le  manuscrit  avait  disparu,  on  ne 
sait  comment.  Humboldt  n'obtint  pas  de  réponse  à  sa  demande  \ 

VT.    —   LE   RETOUR.    —   DE    MADRID   A    BARCELONE.    —   SIERRA 
MORENA.    —    LES   RUINES   DE   SAGONTE. 

Guillaume  de  Humboldt  était  à  Madrid  en  plein  hiver  et  il 
parle  déjà  du  printemps  qui  approche,  de  la  nature  qui  revêt 
ses  charmes,  des  arbres  qui  se  couvrent  de  bourgeons  et  de  fleurs. 
Les  brumes  et  les  neiges  du  Nord  n'avaient  pas  de  place  dans  le 
Midi,  caressé  par  le  soleil  doux  et  bienfaisant.  Mais  il  fallait 
quitter  la  capitale  et  retourner  en  France  en  traversant  d'autres 
provinces  et  en  remontant  les  côtes  de  la  mer  depuis  Cadix, 
jusqu'à  Valence  et  Barcelone.  Le  26  décembre  1799  on  se  mit  en 
route.  Quelles  qu'eussent  été  leurs  jouissances  en  Espagne,  la 
pensée  du  retour  souriait  à  Guillaume  de  Humboldt  comme  à  sa 
femme  Caroline.  Cette  joie,  cependant,  était  mêlée  à  de  vifs 
regrets.  L'Espagne,  ce  pays  si  déchu  de  sa  grandeur  primitive, 
avait  gagné  leur  cœur;  les  ruines  se  ranimaient  et  s'embellissaient 
à  leurs  yeux.  On  les  traversait  vite,  ces  villes  du  Midi,  on 
voyageait  à  grandes  étapes  et  fort  péniblement.  Maintes  fois  les 
pluies  avaient  défoncé  les  routes  ;  entre  Cordoue  et  Séville  la 
voiture  verse.  Caroline  fait  à  cheval  une  partie  du  chemin,  ayant 
le  petit  Théodore  devant  elle,  et  l'autre  enfant,  Guillaume,  en 
croupe.   Le  confort  manquait  partout,   mais  la  nature  était  si 

I .  «  Karolinens  Beschreibung  der  spanischen  Gemàlde  ist  verschollen  und 
weder  in  Tegel  im  Humboldtschen,  noch  hier  (Weimar)  im  Gœtheschen 
>Jachlass  vorhanden  »,  m'écrit  mon  ami  Leiizmann,  que  je  remercie  des  ren- 
seignements qu'il  a  bien  voulu  me  donner  à  plusieurs  reprises. 


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GUILLAUME    DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  97 

belle,  le  climat  si  doux,  la  végétation  si  luxuriante;  les  cyprès, 
les  plus  beaux  arbres  de  l'Espagne,  élevaient  vers  le  ciel  leur 
taille  svelte;  la  mer,  avec  son  mouvement  perpétuel,  peuplait 
l'imagination  d'idées  :  w  Le  ciel  et  le  pays,  écrit  Guillaume  à 
Schlabrendorf,  de  Valence  (20  mars  1800),  sont  vraiment  divins 
et  si  je  regrette  quelque  chose  c'est  d'être  obligé  de  quitter  l'Es- 
pagne avant  le  plein  printemps.  »  Caroline  elle  aussi  eût  prolongé 
volontiers  son  séjour  en  Espagne  ;  toutes  les  villes  lui  offraient 
de  nouveaux  trésors  artistiques  à  admirer  et  à  étudier;  mais  il 
feUait  se  hâter;  on  perdait  un  temps  infini  sur  les  grands 
chemins;  Caroline  était  grosse  et  pensait  accoucher  dans  la 
première  moitié  de  mai.  On  se  borna  donc  à  l'essentiel.  Tolède 
fut,  par  malheur,  laissé  de  côté.  Les  jardins  d'Aranjuez,  chantés, 
immortalisés  par  Schiller,  laissèrent  froids  nos  voyageurs,  à  ce 
qu'il  semble  ;  ils  n'en  parlent  pas.  Après  Cordoue,  on  quitta  les 
plaines  stériles;  la  nature  étalait  tous  ses  charmes,  tout  son 
luxe.  Les  orangers  et  les  citronniers  se  couvraient  de  fruits,  les 
palmiers  élancés  balançaient  leurs  panaches  au  soufHe  de  la  brise 
printanière,  les  oliviers,  disséminés  partout  dans  ce  sol  fécond, 
les  myrtes,  les  grands  et  noirs  cyprès  donnaient  un  charme  par- 
ticulier à  ces  contrées  méridionales.  On  sentait  le  contraste 
immense  entre  la  végétation  du  Nord  et  celle  du  Midi.  Jamais, 
avoue  Caroline,  elle  n'avait  observ-é  l'effet  des  fruits  dorés  ressor- 
tant sur  le  feuillage  sombre;  ce  n'est  qu'en  Espagne  qu'elle  avait 
compris  dans  sa  belle  simplicité  la  chanson  de  Gœthe  : 
a  Connais-tu  le  pays  où  les  citronniers  fleurissent.  »  «  Lorsque 
je  vis  les  premiers  orangers  près  de  Cordoue,  écrit  Caroline  à 
Lotte  Schiller,  je  commençai  à  chanter  :  «  Connais-tu  le  pays...  » 
Guillaume  lui  aussi  se  rappelait  les  plaintes  émouvantes  de  Mignon 
lorsqu'il  dicta,  dans  le  pays  des  citronniers,  ses  distiques  : 
Sierra  Morena  ^ 


I.  Témoin  ce  vers  :  «  Unter  der  Mirthe  Dach,  umblùht  vom  Duft  der 
Orange.   »  Goethe  avait  chanté  :   «  Im  dunkeln   Laub   die  Gold-Orangen 

Rnme  hitfaniqtu.  7 


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98  ARTURO   FARINELLI 


Séville  ne  captiva  point  les  Humboldt.  «  Cest  une  grande  ville 
aux  rues  étroites  et  sombres,  »  dit  Caroline  dans  une  de  ses  lettres. 
On  y  passa  six  jours  fiévreusement  occupés  à  examiner  les  œuvres 
d'an  '.  Cadix,  au  contraire,  les  ravit;  c'est  ici  qu'ils  revoient  la 
mer,  et  leurs  premières  émotions  se  renouvellent.  «  Cadix,  dit 
encore  Caroline,  est  une  ville  des  plus  gracieuses  et  des  plus 
charmantes  que  l'on  puisse  voir.  Elle  est  gaie,  attrayante,  remar- 
quablement propre,  d'une  propreté  sans  exemple.  La  mer  l'en- 
tourant de  tous  côtés,  elle  est  enserrée  dans  une  île  et  n*a  qu'une 
seule  promenade.  »  Il  y  avait  alors  à  Cadix  toute  une  colonie 
d'Allemands,  comme  C.  A.  Fischer  le  fait  observer  dans  sa  des- 
cription de  voyage.  Dix  jours  passèrent  bien  vite  dans  la  plus 


glûhn,....  Die  Myrthe  still  und  hoch  der  Lorbeer  steht.  »  —  Vincke,  qui 
traversa  l'Andalousie  deux  ans  après  Humboldt  (octobre  1802),  n'était  nullement 
enchanté  de  cette  province;  toutes  ses  beautés  n'existaient  que  dans  Timagina- 
tion  des  poètes  :  «  Die  Reise  durch  Andalusien  war  eine  der  traurigsten  und 
entbehrungsreichsten...  Aile  hiesigen  Baume  liaben  ein  krûppelhaftes  Ansehen, 
die  Pomeranzen  und  die  Citronenwâlder  sind  bloss  eine  Schôpfung  der 
Dichter.  »  Voir  son  Voyage  en  Espagne  dans  C.  von  Bodelschwingh,  Lehen  des 
Oher-Pràsideiiten  Freiherrn  von  Fiticke,  I,  Berlin,  1853,  p.  193  s.  —  On  connaît 
les  soupirs  vers  l'Espagne,  d'Albano,  le  héros  du  Tïtowdejean  Paul.  L'Espagne 
est  le  pays  de  ses  rêves,  le  pays  au  printemps  étemel,  aux  nuits  douces, 
embaumées  du  parfum  dos  orangers  :  «  Da  wàre  er  gern  durch  den  schônen 
Himmel  hingeflogen  ».  Les  orangers  de  l'Espagne  exerçaient  un  attrait  puis- 
sant sur  l'imagination  de  Clemens  Brentano.  Il  écrit  une  fois  à  sa  sœur  Bet- 
tina  {Clemens  Brentano' s  Frûhlingskrani  ans  Jugendbriefeny  Charlottenburg, 
1844,  I,  118)  :  «  Ach  die  Welt  ist  gross.  Esgiebt  mildere  Sonnenhimmel  I  — 
Spanien  wo  die  Orangen  Dir  in  den  Schooss  roUen,  ich  muss  Dich  hinfôhren 
wo  die  ganze  Natur  Dir  bestàtigt  was  Du  ahnest,  was  Du  suchst  und  glaubst  », 
et  Bettina  lui  répond  (p.  121)  :  «  Von  Spanien!  Ach  erst  hat  mir  die  de 
Cachet  davon  gesprochen...  Sie  sprach  von  einem  grossen  Welttheil,  von 
Oliven  und  Orangen wàldern,  von  blauen  Fernen,  von  heissem  Mittag  und 
kùhlen  Abendlûften,  und  dass  Du  mitgehen  werdest  »,  etc. 

I .  Une  lettre  de  ce  temps,  de  Guillaume  de  Humboldt,  et  dont  on  ignore  le 
contenu,  adressée  à  son  frère  Alexandre,  porte  la  date  de  Utrera  {Briefe  AL  von 
Humboldt  an  seiuen  Brader  IVilhelm,  Stuttgart ^  1880,  p.  24). 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT  ET   L  ESPAGNE  99 

aimable  société;  on  commença  ensuite  à  remonter  la  côte  sous 
un  ciel  presque  éternellement  pur  et  sans  nuages,  jusqu'à  Malaga, 
ville  splendidement  située,  et  jouissant  d*un  climat  divin. 

Grenade  allait  cependant  offrir  aux  Humboldt  bien  d'autres 
avantages.  C'est  la  ville  d'Espagne  qui  a  laissé  dans  leur  âme 
les  émotions  les  plus  profondes.  Caroline  décrit  Grenade  à  Lotte 
Schiller,  à  Schweighaeuser,  à  sa  tinte.  M"**  de  Goltz.  Elle  ne  se 
lasse  pas  d'admirer  les  montagnes  couronnées  de  neiges  per- 
pétuelles qui  entourent  la  ville,  la  plaine  fertile,  dont  les  nuances 
délicates  contrastaient  avec  la  bkncheur  des  montagnes,  les 
jardins  qui  se  paraient  de  la  tendre  verdure  des  peupliers  et  des 
bouleaux,  parmi  lesquels  se  dressaient  avec  orgueil  d'immenses 
lauriers  et  des  cyprès  séculaires.  Le  printemps  faisait  éclore 
partout  des  germes  et  des  fleurs.  Dans  les  jardins  de  l'Alhambra  les 
citronniers,  les  orangers,  surchargés  de  fruits  dorés,  les  amandiers 
fleurissaient  ;  des  haies  de  myrte  s'entrelaçaient  en  berceaux  et 
les  gigantesques  cyprès  reflétaient  leurs  sommets  dans  l'eau  du 
bassin.  D'après  le  témoignage  d'un  artiste  qui  avait  séjourné  dix 
ans  à  Rome,  Grenade  est  peut- être  la  seule  ville  qui  ressemble  à 
la  ville  éternelle.  Elle  s'élève  sur  de  petites  collines  dominant  la 
plaine,  et  est  elle-même  dominée  par  l'Alhambra,  le  palais  des 
rois  maures,  splendide,  merveilleux  et  presque  intact. 

De  Grenade  à  Murcie,  les  Humboldt  emploient  sept  pénibles 
journées.  Murcie  est  une  petite  ville,  riche  et  florissante,  qui 
fournit  d'oranges  et  de  figues  la  moitié  de  l'Espagne.  De  Murcie, 
en  traversant  souvent  des  forêts  de  palmiers,  ils  passent  à  Alicante, 
ville  renommée  par  son  vin,  mais  qui  ne  possède  de  beau  que  le 
voisinage  de  la  mer.  Huit  jours  sont  consacrés  à  Valence.  Les 
richesses  de  l'art,  la  beauté  de  la  nature,  sont  aussi  ravissantes 
ici  qu'à  Grenade.  Qu'on  se  rappelle  le  projet  primitif  de  Guillaume 
de  passer  tout  un  hiver  à  Valence,  projet  qui  avorta  bien  vite, 
comme  Ton  sait,  aussi  vite  que  celui  d'un  voyage  en  Portugal. 
Qu'on  se  souvienne  des  éloges  accordés  par  la  plupart  des 
voyageurs  à  cette  ville  de  délices,  qui  jouissait  en  tout  temps  d'un 


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100  \RTURO   FARINELLI 


cKmat  -divin.  Les  Humboldt  durent  s*en  détacher  à  regret  : 
«  Nulle  part,  dit  Caroline,  je  n'ai  respiré  un  air  plus  doux  et  plus 
moelleux  qu'à  Valence.  On  se  surprend  à  l'aspirer  plus  vivement, 
afin  d'absorber  en  plus  grande  quantité  cette  atmosphère 
embaumée.  La  mer  se  trouve  à  une  demi-lieue  de  la  ville  et  la 
route  qui  y  conduit  est  la  promenade  habituelle  des  habitants; 
c'est  une  des  plus  belles  que  je  connaisse.  Jamais  on  n'y  soufire 
du  froid;  de  lo  à  ii  heures  du  matin,  souffle  régulièrement  la 
brise  fraîche  de  la  mer  qui  adoucit  la  chaleur.  La  ville  plaît  sans 
être  jolie  ;  ses  rues  n'ont  pas  de  pavés,  mais  elles  sont  propres  ;  si 
étroites  et  irrégulières  qu'elles  soient,  elles  ne  manquent  pas 
d'agrément.  Tout  cela  tient  à  la  beauté  de  l'atmosphère.  La 
culture  du  pays  de  Valence  est  extraordinairement  riche  et 
soignée;  elle  est  cependant  trop  morcelée  et  trop  divisée.  » 

De  Valence,  le  chemin  longe  presque  toujours  la  mer  en 
remontant  la  côte,  jusqu'en  Gitalogne.  Le  paysage,  surtout  près 
des  ruines  de  Sagonte,  est  d'une  beauté  ravissante.  Rien  n'égale 
la  grandeur  de  ce  vaste  bassin  que  la  vue  embrasse  depuis  Sagonte 
jusqu'au  cap  de  Dénia,  qu'on  aperçoit  à  une  grande  distance,  au 
milieu  des  flots.  Rien  n'approche  la  beauté  de  cette  plaine  tapissée 
de  verdure  qui  s'étend  vers  la  mer.  Au  milieu  des  forêts 
d'orangers  et  d'oliviers  on  voit  poindre  les  sommets  des  villes  et 
des  villages;  une  chaussée  somptueusement  établie  court  au  travers 
en  capricieux  méandres;  à  l'horizon  brillent  les  sommets  des 
tours  de  Valence.  Plus  on  avance  vers  la  colline,  plus  on  perd  de 
vue  la  plaine  féconde.  Le  fleuve  serpente  dans  le  bas,  passant  à 
travers  des  bancs  de  sable  et  de  pierre  avant  de  se  jeter  dans  la 
mer.  C'est  ici,  en  face  des  ruines  de  Sagonte,  que  les  souvenirs  du 
monde  antique  et  de  sa  civilisation  se  pressent  en  foule  dans 
l'imagination  du  grand  philhellène,  c'est  ici  qu'il  reconnaît  et 
qu'Usent  plus  vivement  qu'ailleurs  l'abîme  qui  sépare  les  peuples 
anciens  des  modernes  ;  c'est  ici  qu'il  rêve,  avec  sa  douce  mélan- 
colie, au  changement  perpétuel  des  choses  humaines,  à  la 
poussière  que  les  siècles  entassent  sur  d'autres  poussières. 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  10 1 

Sagonte  avait  décidé  de  la  chute  de  Carthage  et  de  la  grandeur 
de  Rome.  Pour  heureuses  qu'aient  été  les  suites  de  la  destruction, 
elle  amena  la  perte  complète  de  la  liberté  des  colonies  grecques. 
Humboldt,  qui  interrogeait  les  pierres  de  Sagonte  d'après  ces 
souvenirs,  éprouvait  sans  doute,  dans  ce  coin  de  l'Espagne,  un 
sentiment  de  regret  et  d*amertume.  A  côté  de  ses  murs,  des  tours 
tombées  en  ruine,  Sagonte  offrait  encore  les  débris  d'un  vaste 
théâtre  qui  invitaient  à  l'étude  et  à  la  contemplation.  Humboldt 
s'arrête  un  jour  à  Murviedro,  l'ancienne  Sagonte  ;  il  se  promène 
en  savant,  en  archéologue,  au  milieu  des  ruines  et  des  décombres; 
il  s'efforce  de  reconstruire  dans  sa  pensée  le  théâtre  ancien  d'après 
les  ruines  conservées.  Il  prend  des  notes,  et,  à  son  retour  à  Paris, 
dans  l'été  de  1800,  il  écrit,  sous  forme  d'épître,  son  beau 
mémoire  sur  Sagonte  qu'il  destine  à  Gœthe  et  qui  resta  enseveli 
jusqu'au  jour  où  M.  Leitzmann  put  l'imprimer  avec  d'autres 
essais  non  moins  précieux. 

Aucune  partie  de  la  cité  n'offrait  autant  d'avantages  pour  la 
fondation  d'une  ville  que  celle  où  l'ancienne  Sagonte  était  placée, 
à  peu  de  distance  de  la  mer,  au  milieu  de  la  plaine  la  plus  fertile 
de  l'Espagne,  jouissant  d'un  doux  climat,  défendue  naturellement 
et  aisément  contre  les  invasions  des  ennemis.  La  colline,  à 
laquelle  la  ville  actuelle  est  adossée,  constitue  l'extrémité  de  deux 
chaînes  de  montagnes  d'une  hauteur  considérable  qui,  venant  de 
l'intérieur  du  pays,  se  rejoignent  ici  et  descendent  ensuite  gra- 
duellement jusqu'à  la  mer.  On  ne  sait  rien  des  origines  de 
l'ancienne  ville  qui  se  perdent  dans  la  nuit  des  temps  ;  elle  devait 
être  située  au  sommet  de  la  colline,  puis  peu  à  peu  elle  s'étendit 
aussi  vers  le  bas,  comme  le  prouvent  les  restes  des  édifices 
romains  ;  les  Maures  vinrent  placer  leurs  châteaux  sur  les  points 
les  plus  élevés  ;  le  temps  ne  cessa  ensuite  d'exercer  ses  ravages  ; 
les  ruines  s'amoncelèrent  et  l'abandon  et  l'oubli  régnèrent  pendant 
des  siècles.  La  ville  de  Murviedro,  qui  remplace  l'ancienne 
Sagonte,, est  petite,  mais  propre;  elle  est  joliment  bâtie;  elle 
compte,   d'après  Cavanilles,  plus  d'un  millier  de  familles;  ni 


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Î02  ARTURO   FARINELLI 


l'industrie,  ni  le  bien-être  n'y  font  défaut.  Lorsqu'on  y  arrive  de 
Valence,  on  aperçoit  les  restes  des  murs  ébranlés  qui  couronnent 
le  col;  des  tronçons  de  tours  en  surmontent  les  créneaux. 

De  toutes  les  ruines,  celles  du  vieux  théâtre  offrent  le  plus 
grand  attrait.  Le  théâtre  et  le  cirque  de  Sagonte  avaient  été 
décrits,  sept  ans  avant  la  visite  de  Humboldt,  par  Enrique  Palos 
y  Navarro,  dans  un  petit  mémoire,  clairet  érudit,  qui  valut  à  son 
auteur  le  titre  de  conservateur  des  antiquités  de  sa  petite  ville 
natale.  *    Un  siècle  auparavant   (1705),   le  doyen   d'Alicante, 


I .  Diserlacion  sobre  el  teatrOy  y  circo  de  SaguntOy  ahora  villa  de  Murviedro. 
Compuesta  por  Dofi  Enrique  Palos  y  Navarro,  Ahogado  de  los  Reaies  ConsqoSy 
natural  de  la  propia,  y  Conservador  nomhrado  por  S.  M,  de  todas  las  Antigtudades 
que  hay  en  ella.  En  Valencia,  1793  (52  pp.).  Elle  porte  en  tête  une  dédicace  à 
Don  Manuel  Godoy  et  une  censure  ou  approbation  de  Don  Juan  Antonio 
Mayans  y  Siscar,  qui  savait  fort  bien  flatter  à  l'occasion  :  «  Todos  los 
adelantamientos  que  se  han  hecho  en  Europa  en  las  Artes  y  Ciencias  de  quatro 
siglos  d  esta  parte,  se  deben  à  este  estudio,  etc.  »  Elle  est  ornée  d'une  planche  : 
Plan  del  Teatro  Sagwttino,  peut-être  le  même  plan  que  Humboldt  avait  joint  à 
son  étude  et  recommandé  â  Goethe.  Voir  Ueber  das  antihe  Theater  in  Sagunty 
p.  81  :  «  Wie  Sie  auf  beiliegender  Zeichnung  mit  einem  Blick  ùbersehen  wer- 
den  »,  p.  99  :  «  Wie  Sie  auf  dem  Plane  sehen.  .,  etc.  »  Fiorillo,  dans  sa  Geschichte 
der  Mahlerey  in  Spanien,  p.  9,  assurait  encore  en  1806,  ignorant  sans  doute  le 
mémoire  de  Humboldt,  que  la  meilleure  description  du  théâtre  de  Sagonte  était 
celle  de  Palos.  Il  est  bien  étonnant  que  Humboldt  n'ait  communiqué  à  aucun 
artiste  ou  archéologue  de  l'Allemagne  le  fruit  de  ses  recherches.  La  description 
de  Palos  est  rappelée  aussi  dans  le  Voyage  de  Amsterdam,  etc.,  de  G.  A.Fischer, 
que  Humboldt  avait  lu  avec  intérêt  et  plaisir  (p.  451).  Voici  ce  que  Fischer  écrit 
sur  Sagonte  et  ses  ruines  (42*  lettre,  p.  450.  Je  n'ai  point  consulté  la  traduction 
française  de  Cramer)  :  «  Wir  gingen  durch  den  stillen  Flecken..  und  stiegen  bey 
dem  offenen  Proscenium  hinein.  Das  Amphitheater  senkt  sîch  gross  und  kùhn 
an  einem  Berge  hinab,  dessen  Gipfel  die  Ruinen  eines  alten  Castels  bedecken. 
Der  Mond  stand  gerade  darùber,  und  der  Wolkenschatten  schwebte  sanft  auf 
den  Graden.  Unsere  Phantasie  versammelte  die  Bilder  des  Alterthums  um 
uns  hcr  ;  die  todien  Sitze  schienen  sich  zu  verwôlkern,  und  mitten  aus  der 
Stille  der  Nachl  tônten  die  Stimmen  und  das  Getùmmel  von  Sagunt  herùber. 
Aber  vvas  ist  die  Grosse  der  Menschen  ?  Was  ist  der  Ruhm  der  Nationen  ? 
Dièse  Ruinen,  die  von  dem  Glanz  des  alten  Sagunt  allein  noch  ûbrig  sind, 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT  ET   L  ESPAGNE  IO3 

Manuel  Marti,  avait  adressé  au  nonce  apostolique  Antoine 
Félix  Zondadari,  archevêque  de  Damas,  une  épître  latine  sur 
l'état  du  théâtre  de  Sagonte*.  En  1716,  avait  paru  à  Rome  une 
autre  description  latine  du  même  théâtre,  sous  forme  de  lettre, 
que  ni  Palos  ni  Humboldt  n*ont  connue  \  Humboldt,  tout  en 
profitant  de  la  description  de  Palos  qu'il  corrige  en  plusieurs 
endroits,  donne  une  étude  définitive,  pleine  de  profondeur,  de 
science  et  d'originalité,  indispensable  désormais  à  tous  ceux  qui 
voudront  connaître  Sagonte  et  l'organisation  des  théâtres  de 
l'antiquité  K 


werdcn  vielleicht  nach  einigen  Jahrhunderten  in  Staub  zerfallen,  und  ihr 
Gedàchtniss  nur  in  dem  kleinen  Raume  weniger  Druckblàtter  fortieben.  »  Le 
Nuevo  Plan  del  cèUbre  teatro  de  la  auligua  Sagunto  aJjora  Murviedro,  que 
Fischer  mentionne  p.  291  de  son  Voyage,  est  sans  doute  le  plan  indiqué  ci- 
dessus.  —  Voir  dans  le  Mémorial  literario,  1794,  janvier,  p.  251,  un  compte 
rendu  du  travail  de  Palos. 

1 .  Don  Manuele  Marlitii  Epistola  de  TlyeatroSagnnlinoad  Zondadarium  (1705). 
Elle  est  imprimée  en  espagnol  :  Carta  del  Dean  D.  Manuel  Marli  al  Ill^o^ 
S.  D.  Antonio  Zondadari ^  etc.,  dans  le  ViagedeEspaha,  de  Ponz,  IV  (2*  éd.  Mad. 
1779),  p.  200  s.  Montlaucon  la  traduisit  en  français  (Antiquité expliquée,  ï^ans, 
1722,  III,  237  s.).  En  1790  parurent,  de  William  Conyngham,  les:  Observations 
on  the  description  on  iJje  théâtre  ofSaguntum  as  given  hy  Emanuel  Marti,  dean  oj 
Alicanty  in  a  letter  adressed  to  D.  Antonio  Félix  Zondadario,  dans  les  Transactions 
ofthe  Royal  Irish  Academy,  III,  21  s.  —  L'auteur  de  cette  épître  est  bien  connu 
par  ses  polémiques  littéraires  contre  Sergardi  (Quintus  Settanus).  Monseig^ 
Zondadari,  ambassadeur  du  pape  Clément  XI  à  Philippe  V,  vint  en  Espagne  en 
1702.  Il  y  resta  jusqu'en  1705.  On  sait  que  Niccolô  Forteguerri,  l'auteur  du 
RicciardettOy  l'accompagnait  en  qualité  de  secrétaire. 

2.  De  Tljeatro  Saguntino,  epistola,  auctore  Joachimo  Alcara^io,  Romae,  1716. 
Elle  est  dédiée  au  cardinal  Gualtieri.  D'autres  mémoires  sur  Sagonte  sont  indi- 
qués par  E.  Hûbner,  Corpus  inscr.,  II,  512  s. 

5.  II  est  regrettable  que  ni  MM.  Dôrpfeld  et  Reisch,  Beitrag  \ur  Geschichle 
des  Dyonysostheaters  in  Atl>en  und  anderer  griechiscffen  Thealer,  Athen,  1896,  ni 
G.  Kôrting,  Geschichle  îles  griecbischen  uml  rômischen  Theaiers,  Paderborn,  1896- 
97,  n'aient  profité  des  observations  de  Humboldt  sur  les  théâtres  de  l'antiquité, 
renfermées  dans  l'étude  sur  Sagonte.  —  Je  ne  connais  malheureusement  que 


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104  ARTURO   FARINELLI 


On  comprend  fort  bien,  à  Sagonte,  combien  la  beauté  de  la 
nature  peut  rehausser  et  doubler  les  beautés  de  Tart.  L'art 
moderne,  observe  Humboldt,  dédaigne  les  moyens  d'augmenter 
son  effet,  en  profitant  d'une  heureuse  position,  ofierte  par  la 
nature.  Humboldt  connaissait  par  ses  études  d'autres  théâtres 
anciens,  ceux  de  Pompéi,  de  Viterbe,  de  Taormina,  d'Orange, 
d'Arles,  de  Catane  ;  il  les  compare  à  celui  de  Sagonte  et  il  conclut 
que  nul  théâtre  n'est  plus  intéressant,  pour  la  connaissance  des 
dispositions  intérieures  de  l'édifice,  que  celui  de  Sagonte;  nul 
autre  n'offrait  une  idée  aussi  complète  des  différentes  parties, 
car  c'était  le  seul  des  théâtres  anciens  de  l'Espagne,  de  la  France,  de 
l'Italie  et  de  la  Grèce  qui  laissât  voir  encore  complètement  les 
gradins,  et  qui  permît  de  juger  de  la  scène  d'après  les  fondements  : 
«  Lorsque  l'on  considère  que  d'autres  monuments  de  l'antiquité, 
dans  d'autres  pays,  sont  couverts  de  décombres  et  disparaissent, 
pièce  par  pièce,  on  se  réjouit  vraiment  de  voir  cette  ruine  si  bien 
conservée,  dégagée  de  tous  les  côtés,  soignée  à  l'intérieur  et  don- 
nant par  ses  murs,  par  ses  arcs,  ses  portes  et  l'hémicycle  de  sièges 
resté  intact,  une  idée  parfaite  de  son  ancienne  grandeur.  »  De 
même  que  Palos,  Humboldt  rappelle  que  le  théâtre,  depuis  1785, 
servait  encore  de  temps  en  temps  à  des  représentations  *.  Comme 
le  modeste  archéologue  espagnol,  Humboldt  décrit  l'état  actuel 
du  théâtre  et  tâche  d'en  étudier  les  moindres  débris,  d'en  recon- 
struire dans  son  imagination  les  parties  manquantes.  Il  disserte 
sur  l'âge  du  théâtre  qu'il  suppose  d'origine  grecque  et  existant 
déjà  aux  temps  d'Annibal,  sur  la  disposition  et  l'arrangement  des 


le  titre  d*une  autre  description  du  théâtre  de  Sagonte,  parue  sept  ans  après  le 
voyage  de  Humboldt  :  José  Ortiz,  Viage  arquitectànicch-anliquario  de  Espana, 
Madrid,  Imprenta  Real,  1807. 

I.  Palos  n'indique  pas  le  titre  de  la  pièce  représentée  en  1785,  qui  doit  être 
La  destruccion  de  Sagunto  (anonyme),  mais  il  ajoute  (p.  35)  :  «  Cuya  funcion 
no  vista  hasta  entonces  se  publicô  en  una  de  las  Gacetas  de  Espana.  »  Voir  aussi 
Nie.  delà  Cruz,  Viage  de  Espana^  Frauda  é Ilalia^  Madrid,  1806, 1,  68. 


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GUILLAUME   DE  HUMBOLDT  ET   L  ESPAGNE  I05 

degrés,  sur  les  33  rangs  de  gradins  où  se  plaçaient  les  specta- 
teurs, sur  la  scène  et  Tavant-scène  qui  tombait  dans  son  prolon- 
gement, sur  la  place  réservée  aux  décorations,  sur  l'emplacement 
du  chœur  dans  l'orchestre,  sur  la  destination  des  niches  du  milieu 
et  de  quelques  ouvertures  énigmatiques,  et  sur  maint  autre  détail 
technique.  Les  lumières  qu'il  donne,  ses  considérations  générales 
sur  le  théâtre  grec  et  romain,  sur  les  spectacles  et  les  représen- 
tations grecques,  qui  n'étaient,  à  l'origine,  que  des  fêtes  popu- 
laires, trahissent  la  main  du  maître,  le  talent  et  la  force 
d'imagination  d'un  savant  qui  savait  comme  personne  se  trans- 
porter dans  le  monde  des  anciens,  sentir  et  penser  avec  eux.  Aussi 
a-t-il  souci  d'appuyer  ses  recherches  et  ses  conjectures  de  passages 
d'auteurs  classiques;  il  fait  revivre  ce  qu'il  décrit,  il  sait  ranimer 
cette  terre  des  morts  parsemée  4p  ruines. 

Pour  voir  des  ruines  véritables,  il  faut  monter  jusqu'au 
château.  Tout  gît  ici  dans  un  pêle-mêle  déplorable;  tout  est  ici 
en  proie  à  la  dévastation.  Impossible  de  voir  clair  parmi  les 
débris  de  colonnes,  d'autels  et  de  pavés.  Les  fortifications  dispa- 
raissent; la  tour  du  sommet  ne  montre  que  deux  pauvres  frag- 
ments, à  demi  écroulés  ;  elle  est  fendillée  comme  un  tronc  frappé 
par  la  foudre.  Qu'on  est  loin  ici  de  la  grandeur  grecque  et 
romaine  qu'on  respire  encore  en  bas,  à  côté  du  théâtre  !  Dès 
qu'on  passe  le  portail  du  château,  on  est  en  pleine  barbarie. 
Tous  les  peuples  qui  s'arrêtèrent  à  Sagonte  ont  ajouté  leurs  mon- 
ceaux de  ruines,  les  Goths  d'abord,  puis  les  Arabes  vaincus 
par  le  Cid  et  de  nouveau  vainqueurs  après  la  mort  du  héros, 
puis  les  Aragonais.  Chaque  siècle  a  eu  sa  part  au  grand  ravage  \ 


I .  On  pourra  comparer  les  notes  historiques  sur  Murviedro  données  par 
Humboldt  avec  Tétude  de  Viccnte  Boix  (historiographe  de  Valence),  Meniorias 
deSagunlo^  Valencia,  1865,  et  Touvrage  de  A.  Chabret,  SaguntOy  su  historia 
y  sus  monumentoSy  Barcelona,  1888.  —  «  Con  màrmoles  de  nobles  inscripdones 
I  Teatro  un  tiempo,  y  aras  en  Sagunto  |  Fabrican  hoy  ta  bernas  y  mesones  », 
avait  déjà  chanté  avec  quelque  emphase,  en  parlant  des  ruines  de  Sagonte,  le 


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I06  ARTURO   FARINELLI 


Heureusement  pour  Humboldt,  il  avait  vu  Sagonte  avant  1808, 
avant  que  Ton  employât  une  partie  du  théâtre  à  construire 
des  fortifications  nouvelles.  Replongé  dans  ses  méditations,  ce 
grand  adorateur  de  l'antique  dut  quitter  Sagonte  et  poursuivre 
son  voyage.  Il  avoue  cependant  que  la  vue  de  la  mer,  de  la  plus 
hospitalière  des  mers,  la  vue  de  la  plaine  verdoyante  et  fertile 
ont  soulagé  son  cœur.  Le  sentiment  de  regret  produit  par  tant  de 
dévastations  se  dissolvait  dans  une  mélancolie  tendre,  et  la  fan- 
taisie, après  avoir  erré  à  travers  les  temps,  revenait  à  un  doux 
repos. 

C'est  à  cette  époque,  sans  doute  après  avoir  vu  Sagonte  et  avant 
de  quitter  les  plages  de  l'Espagne,  que  Humboldt  éprouva  une 
sorte  d'exaltation,  une  attaque  de  fureur  poétique,  une  des  pre- 
mières qui  l'ait  engagé  à  écrirç  des  vers.  C'est  dans  la  première 
moitié  de  mars  1800  qu'il  écrivit  ses  distiques  :  In  der  Sierra 
Morena  * .  Il  attendait  la  naissance  d'un  fils  et  il  voulait  le  saluer 
d'avance;  il  voulait  lui  rappeler  son  origine,  ses  parents,  sa  patrie, 
sa  destinée,  son  but  dans  l'avenir  et  le  moyen  de  l'atteindre;  il 
voulait  inculquer  à  son  futur  descendant,  qui  reposait  encore 
dans  le  sein  de  sa  mère,  l'amour  pour  le  travail,  pour  l'étude  et  la 
réflexion.  Il  écrit,  dans  le  mètre  préféré  de  Schiller,  des  vers  qui 


poète  Bartolomé  Leonardo  de  Argensola.  —  Sur  le  voyage  du  roi  Philippe  IV 
aux  ruines  de  Sagonte,  voir  Doaimentos  ine'diios  para  h  hist.  de  Espana,  LXIX, 
252. 

I.  La  date  de  sa  composition,  donnée  dans  les  Œuvres,  I,  379  (Anfang 
Januars,  1808),  doit  être  corrigée.  Pourquoi  le  titre  Sierra  Mornta}  Cest  un 
caprice.  Il  résulte  de  ses  lettres  qu'au  commencement  de  mars  il  était  encore 
à  Valence  ;  le  1 5  mars  il  était  à  Barcelone.  Entre  temps,  il  avait  vu  Sagonte 
qu'il  rappelle  dans  la  troisième  strophe  : 

Batica  sah  sie,  und  Gades,  Italica's  klageode  Trunimcr, 
Und  dich,  6d  und  verwaist,  zweimal  zerslortes  Sagunl. 

M.  Leitzniann  promet  une  étude  sur  les  poésies  de  Humboldt,  surtout  sur 
celles  écrites  pendant  son  séjour  i\  Rome  (Secbs  unged.  Aiifs.,  p.  XLV.) 


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GUILLAUME  DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  IO7 

sont  plutôt  de  la  philosophie  versifiée,  comme  le  fameux  Spa- 
xUrgang  de  son  grand  ami.  Les  idées  étouffent  l'inspiration,  elles 
sont  trop  à  l'étroit  dans  son  petit  poème;  elles  débordent.  Le 
titre  Sierra  Morena  n'a  rien  à  faire  avec  le  contenu  de  la  pièce. 
L'Espagne  est  dans  la  coulisse.  Humboldt  la  rappelle  comme  le 
pays  qui,  par  son  doux  climat,  aida  à  féconder  les  germes  non 
encore  éclos,  le  pays  des  myrtes  et  des  orangers,  où  les  bises 
glaciales  du  Nord  ne  soufflent  jamais;  il  rappelle  aussi  l'Espagne 
des  ruines,  l'ancienne  Betica,  Gades,  les  ruines  plaintives  d'Italica 
et  de  Sagonte,  orpheline,  déserte,  deux  fois  détruite.  Puisse  son 
fils,  échauflfé  par  le  soleil  bienfaisant  du  Midi,  croître,  mûrir  et 
se  fortifier  au  Nord,  et  devenir  un  homme. 

On  sait  que  Caroline  accoucha  le  17  mai,  à  Paris,  d'une  fille 
qu'on  nomma  Aurora-Adelheid-Rahel  pour  rappeler  à  la  fois 
TEspagne,  l'Allemagne  et  la  France.  Mais  le  poète  ne  s'inquiète 
guère  d'être  trompé  dans  ses  espérances;  une  fois  que  les  pre- 
miers accords  de  sa  lyre  ont  vibré,  il  se  livre  à  son  inspiration 
avec  l'adoration  de  l'idée  qui  le  caractérise,  avec  toute  son  âme. 
Il  fait  couler  dans  ses  distiques  toutes  les  sources  qui  nourrissaient 
sa  vie  intérieure.  Si  l'image  poétique  en  souffre,  tant  pis  pour  les 
vers,  Humboldt  ne  voulait  pas  écrire  de  beaux  vers,  mais 
exprimer  de  belles  et  profondes  pensées.  Son  mérite,  c'est 
de  donner,  de  montrer  en  toutes  choses  l'intimité  de  son  être. 
Il  atteint  ainsi  des  profondeurs  dont  d'autres  poètes,  d'autres 
savants  n'ont  pas  même  approché.  L'âme  des  choses  lui  importait 
bien  plus  que  leur  surface.  Humboldt  cherche  à  démêler  la  force 
secrète  qui  unit  le  monde  intérieur  au  monde  extérieur;  mieux 
encore,  il  veut  conformer  l'intérieur  à  l'harmonie  du  dehors.  La 
nature  n'est  pour  lui  qu'un  signe  vital,  en  correspondance  avec 
nos  sentiments;  elle  n'est  qu'un  symbole.  La  nature  a  une  forme 
immatérielle,  dit  Humboldt  dans  son  essai  Ueber  die  Aufgabe  des 
Geschichtsschreibers,  l'esprit  de  l'humanité  est  le  même  au  fond 
que  celui  de  la  nature.  Mais  la  nature  écrase  souvent  l'homme 
par  son  étonnante  majesté.  Rappelons  ici  encore  comment,  à  son 


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I08  ARTURO   FARINELLI 


entrée  en  Espagne,  Humboldt  avait  été  presque  ébranlé  par  la 
vue  de  la  mer  :  a  Ce  qui,  en  présence  de  TOcéan,  tend  Tima- 
gination  jusqu'à  Tépou vante,  c'est  la  redoutable  mobilité  qui  se 
propage  de  tous  côtés  à  la  fois  avec  une  rapidité  infinie;  qui,  par 
un  choc  presque  insensible,  soulève  l'horrible  profondeur  de 
l'abîme  et  menace  d'engloutir  la  planète  tout  entière.  D'un  côté 
la  mer,  de  l'autre  les  Pyrénées  :  ces  prodigieuses  masses  de 
rochers  dont  nulle  verdure  n'adoucit  l'austérité,  ces  masses 
offrent  l'image  du  repos  éternel,  de  l'inertie  absolue,  d'un  poids 
qui,  pesant  toujours  sur  son  centre  de  gravité,  ne  menace  de 
s'écrouler  que  pour  s'asseoir  encore  avec  plus  de  solidité.  Ce  repos 
éternel  des  montagnes,  cette  éternelle  agitation  de  la  mer,  l'un  et 
l'autre  soumis  à  des  lois  aveugles,  s'exerçant  tous  deux  dans  des 
masses  énormes  et  continues,  informes  éléments  du  chaos,  sont 
les  manifestations  où  la  nature  inanimée  déploie  sa  sublimité  : 
une  force  ténébreuse  et  incompréhensible  y  domine,  et  devant  elle 
toute  force  intellectuelle  se  tait  et  s'évanouit'.  »  De  même  que 


I.  Je  reproduis  ce  passage  de  Humboldt  (Œuvres,  III,  215),  d'après  la  tra- 
duction donnée  par  Challemel-Lacour,  La  philosophie  individualiste^  etc.,  p.  112. 
L'immuable  inertie  des  montagnes,  qui  contraste  avec  la  mobilité  perpétuelle 
de  Tâme,  agissait  puissamment  sur  l'imagination  de  Humboldt  :  «  Auf  meine 
Einbildungskraft  wenigstens  wirkt  nichts  so  schrecklich,  als  die  rohe  Masse 
ohne  Leben,  ohne  Organisation,  ein  blosser  Haufe  formlosen,  ungebildeten 
Stoffs-Gebirge  »  (Lettre  à  Goethe,  28  nov.  1799).  Voir  aussi  Fode  à  son  frère 

(1808): 

Zwiefach  ist  die  Gewalt.  vor  der  mit  Zîttern 

Das  Dasein  flicht  ;  des  Meers,  das  rastlos  eilet, 

Des  Felsen,  der  in  trâger  Masse  starrt. 

Taine,  dans  son  Voyc^e  aux  Pyrénées  (Paris,  1858,  p.  337),  pensait  autre- 
ment que  G.  de  Humboldt  :  «  Ces  squelettes  de  montagnes  nous  semblent 
inertes  parce  que  nos  yeux  sont  habitués  à  la  mobile  végétation  des  plaines  ; 
mais  la  nature  est  éternellement  vivante  et  ses  forces  combattent  dans  ces 
sépulcres  de  granit  et  de  neige,  autant  que  dans  les  fourmilières  humaines  ou 
dans  les  plus  florissantes  forêts.  Chaque  parcelle  de  roc  presse  ou  supporte  ses 
voisines;  leur  immobilité  apparente  est  un  équilibre  d'efforts;  tout  lutte  et 
travaille;  rien  n'est  calme  et  rien  n'est  uniforme  ». 


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GUILLAUME  DE  HUMBOLDT  ET  L  ESPAGNE  IO9 

pour  Guillaume  de  Humboldt,  la  vue  de  la  mer  remplissait 
Tâme  de  Caroline  d'un  recueillement  secret  :  «  Ce  qui  m'attirait 
uniquement  ici,  à  Cadix,  écrit-elle,  la  vue  de  l'Océan  sans  limites, 
avec  ses  majestueux  et  perpétuels  mouvements  de  flux  et  de  reflux, 
me  fascine  exclusivement.  Nul  autre  spectacle  n'est  plus  propre  à 
porter  Tâme  à  se  recueillir  ou  à  se  lancer  dans  les  espaces  illi- 
mités :  il  n'en  est  pas  qui  fasse  mieux  pénétrer  dans  l'esprit  l'idée 
de  l'infini.  » 

Rechercher  et  saisir  l'analogie  qui  existe  entre  les  forces  de  la 
nature  et  celles  de  l'homme,  créer,  d'après  elle,  une  sorte  de 
cosmogonie,  voilà  un  sujet  grand  et  nouveau,  digne  d'inspirer  un 
véritable  poète.  La  plume  de  Schiller  aurait  à  peine  suffi.  Si 
l'imagination  poétique  n'avait  pas  été  chez  Humboldt  infiniment 
inférieure  à  sa  puissance  d'analyse  et  d'investigation,  nul  doute 
qu'il  aurait  tenté  lui-même  ce  poème  grandiose  dont  il  esquisse 
quelques  lignes  dans  son  ode  sur  Rome,  dans  les  stances  à  son 
frère  '.  Le  symbole  étant  pour  lui,  comme  pour  Goethe,  pour 
J.  Bôhme,  Saint-Martin,  Schelling  et  les  romantiques  qui  en  ont 
outré  la  signification,  le  mystère,  l'essentiel  de  la  nature,  de  l'art, 
de  toutes  choses  d'ici-bas,  il  s'efforce  de  trouver  en  tout  le  lien 
qui  unit  le  fini  à  l'infini  :  «  Le  symbole  a  ceci  de  particulier  qu'il 
invite  l'esprit  à  persister  sur  la  chose  qu'on  veut  représenter,  à 
la  creuser  jusqu'au  fond  *.  L'écorce  doit  être  percée  pour  que 
ridée  jaillisse  et  rayonne  dans  toute  sa  splendeur.  Les  Grecs 
n'ont-ils  pas  tout  traité  d'une  manière  symbolique?  En  transfor- 


1.  Il  écrit  à  Welcker,  le  20  octobre  1808,  à.  propos  de  ces  stances  (Brie/e,  etc., 
hrg.  V.  R.  Hayni,  p.  7)  :  «  Ich  habe  gesucht,  die  aile  und  die  neue  Welt  und 
in  beiden,  die  Kunst  und  den  Menschen,  und  die  rohe  blinde  Natur  in  Contrast 
einander  gegenûber  zu  stellen  und  Blicke  auf  die  Schicksale  der  Nationen  und 
Welttheile  zu  werfen.  Aber  der  StofF  war  fur  meine  Krâfte  zu  widerstrebend, 
und  ich  fûrchte,  er  ist  nicht  genug  poetisch  geworden.  »  Sa  crainte  n'était  que 
trop  fondée. 

2.  GeschichUdes  VerfàlU  der  griech,  FreistaoUn^  p.  208. 


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IIO  ARTURO   FARINELLI 


mant  tout  ce  qui  les  approchait  en  symboles,  ne  sont-ils  pas 
devenus  eux-mêmes  le  s5^mbole  de  l'humanité  la  plus  pure  et  la 
plus  parfaite? 

n  faut  se  souvenir  de  cet  article  de  foi  de  Humboldt  lorsqu'on 
lit  n'importe  quelle  poésie  de  lui.  C'est  ainsi  que  dans  son  élégie 
à  Rome,  il  donne  l'image  symbolique  des  siècles,  des  époques  de 
culture  qui  se  superposent,  pour  conclure  au  changement 
perpétuel,  à  l'inéluctable  décadence  de  toute  chose  d'ici-bas.  Dans 
ses  graves  distiques  Sierra  Moreruty  qui  roulent  majestueux  comme 
les  grands  flots  d'une  mer  menaçante,  Humboldt  veut  montrer 
à  son  fils,  qui  sera  bientôt  lancé  au  milieu  des  orages  de  la  vie, 
comme  il  doit  concevoir  le  monde  qui  l'entoure  et  diriger  ses 
regards  scrutateurs  dans  les  abîmes  de  l'espace  infini.  Les  orages 
grondent  de  toute  part.  Il  s'agit  de  trouver  dans  la  nuit  obscure 
de  cette  mer  profondément  agitée,  au  delà  des  nuages  qui  la 
couvrent,  l'étoile  polaire  qui  est  notre  guide.  Il  s'agit  de  lutter  et 
de  poursuivre  audacieusement  notre  but.  Il  s'agit  d'écouter  en 
tout  la  voix  divine  qui  retentit  en  nous.  Heureux  encore,  mille 
fois  heureux,  celui  qui  a  pour  patrie  le  Nord,  le  pays  des 
Germains.  En  France  et  au  Midi,  la  sève  humaine  s'éner\T  et 
s'affaiblit.  Nos  combats  exigent  la  plénitude  de  nos  forces.  La 
plante  homme,  d'après  Humboldt,  croissait  en  Allemagne  robuste 
et  forte,  comme  nulle  part  ailleurs.  Lui,  le  penseur  allemand, 
voué  sans  relâche  à  la  spéculation,  il  aura  soin  d'élever  son  enfant 
dans  là  langue  de  ses  pères,  de  le  nourrir  d'un  lait  bien  pur,  de 
lui  inspirer  des  sentiments  et  des  idées  tout  à  fait  allemands  *. 

Le  voyage  approchait  de  sa  fin.  Le  15  mars  1800  on  avait 
atteint  Barcelone.  La  nature,  écrit  Guillaume,  et  sa  femme  le 


I .  Il  y  a  dans  les  Nachgdassene  Dichtur^en  des  Grafen  Adolf  Fried,  v.  Schacli, 
hrg.  V.  G.  Winkler,  Stuttgart,  1896,  p.  21  s.,  une  poésie  :  Sierra  Morerm,  une 
des  plus  faibles  du  recueil,  qui  n'a  aucun  rapport  avec  la  Sierra  Morena  de 
Humboldt.  —  Je  ne  connais  que  le  titre  d*un  fragment  élégiaque  Sierra  Morena 
(1819),  de  Ferd.  L.  K.  Freih,  v.  Biedenfeld. 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  III 

répète,  s'est  montrée  plus  généreuse  en  Catalogne  que  dans  les 
autres  provinces  de  l'Espagne.  La  campagne  est  parfaitement  • 
cultivée.  L'activité  et  l'industrie  des  Catalaas  ressemblent  à  celles 
des  Hollandais,  et  c'est  à  bon  droit  qu'on  a  appelé  cette  province 
la  Hollande  du  Midi.  Près  de  Martorell,  des  femmes  et  des  jeunes 
filles  s'assoient  aux  portes  des  maisons  et  fabriquent  des  dentelles. 
On  rencontre  souvent  des  familles  entières,  la  mère  et  quatre  ou 
cinq  enfants  occupés  ensemble  à  ce  travail.  Les  voyageurs  français 
considèrent  la  Qtalogne  comme  le  prolongement  de  la  France. 
En  effet,  les  mœurs  françaises,  l'aisance  française  se  conservent 
jusqu'à  Barcelone.  La  langue  du  pays  n'est  qu'une  variété  du 
dialecte  du  Midi  de  la  France.  Toute  cette  côte  de  la  Méditer- 
ranée a  partagé  pour  longtemps  le  sort  de  la  France.  «  On  connaît, 
écrit  Humboldt  à  Goethe,  les  charmes  de  la  Catalogne,  ces 
collines  boisées  qui  alternent  agréablement  avec  des  vallées 
fertiles,  la  culture  soignée  et  point  minutieuse  du  pays,  la  pro- 
preté, l'élégance  même  des  villages  et  des  maisons  de  campagne 
aux  environs  des  villes,  qui  respirent  partout  la  gaieté  et  le  bien- 
être.  » 

Sur  Barcelone,  nous  n'avons  pour  tout  souvenir  que  deux 
lignes  de  Caroline  :  «  Barcelone,  dit-elle,  est  une  ville  très 
agréable,  je  dirai  même  charmante,  bâtie  au  bord  de  la  mer, 
entourée  de  montagnes  verdoyantes  et  d'innombrables  villages.  » 
Comme  son  frère  Alexandre,  Guillaume  ne  renoncera  pas  au 
beau  pèlerinage  au  Montserrat.  Avant  d'entreprendre  le  voyage 
de  Paris,  il  quitte  sa  femme  et  ses  enfants  pour  trois  jours,  le 
26  mars,  et,  avec  le  recueillement  pieux  d'un  philosophe  solitaire, 
épris  de  la  vie  contemplative,  qui  visite  d'autres  ermites  rebutés 
par  les  âpretés  de  la  vie  et  séparés  pour  toujours  du  monde,  il 
commence  son  ascension. 


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112  ARTURO  FARINELLI 


Vn.    —   LE   MOXTSERRAT.    LE   DÉPART 

La  palette  des  couleurs  dont  se  servait  Guillaume  de  Humboldt 
pour  peindre  la  nature  n'était  pas  aussi  riche  que  celle  de  son  frère 
Alexandre.  Son  pinceau  n'avait  pas  à  reproduire  l'éclat  d'une 
végétation  tropicale  luxuriante,  les  spectacles  infiniment  variés 
qui  avaient  charmé  la  vue  de  Tauteur  du  Cosmos,  Il  traçait  des 
tableaux  modestes  et  de  préférence  des  tableaux  intimes.  Guil- 
laume peint  la  nature  et  ses  phénomènes  avec  l'âme  sensitive 
d'un  adepte  de  Rousseau.  Il  néglige  la  couleur  pour  cultiver  la 
forme.  Il  voit  au  dehors  une  merveilleuse  correspondance  avec 
les  sentiments  de  l'homme.  On  s'attend  à  ce  qu'il  écrive  en 
artiste,  et  il  écrit,  il  juge  en  philosophe.  S*il  décrit  une  montagne, 
c'est  pour  poursuivre  et  résoudre  un  problème  de  psychologie. 
Le  Montserrat,  cet  archipel  d'écueils  au  milieu  de  la  plaine  de 
Catalogne,  n'est  au  fond  qu'un  symbole  de  la  vie  solitaire  de 
l'homme.  Schiller,  après  avoir  lu  la  description  de  son  ami,  disait 
fort  bien  qu'elle  transportait  le  lecteur  du  monde  extérieur 
dans  le  monde  intérieur.  A  vrai  dire,  Humboldt  ne  veut  pas 
décrire,  il  veut  caractériser.  Il  n'est  pas  un  trait,  si  insigni- 
fiant qu'il  paraisse,  qui  ne  puisse  servir  à  dévoiler  tel  ou  tel 
caractère.  Il  n'est  pas  une  différence  de  langage  à  peine  percep- 
tible qui  ne  révèle  une  différence  d'esprit  chez  différents  peuples. 
L'emploi  de  l'espagnol  «  desengafiar  »  et  du  français  «  désabuser  » 
diffère  par  suite  de  la  différence  de  culture  et  d'esprit  des  deux 
nations.  Le  mot  espagnol  a  presque  toujours  un  sens  pathétique 
et  solennel.  Le  poète  s'en  sert  pour  exprimer  le  retour  de  l'âme 
au  ciel  après  les  illusions  des  vains  plaisirs  d'ici-bas  ou  le  déchi- 
rement du  voile  trompeur  de  l'amour.  Le  mot  français,  c'est  la 
mort  de  tout  état  poétique,  de  toute  inspiration  ;  il  exprime 
l'état  d'une  âme  refroidie. 


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GUILLAUME  DE  HUMBOLDT  ET  L  ESPAGNE  II3 

Dans  son  excursion  au  Montserrat,  Humboldt  prit  évidem- 
ment des  notes  plus  abondantes  qu'ailleurs.  A  son  retour  à 
Paris,  il  les  revoit,  les  corrige,  les  compare  avec  d'autres  descrip- 
tions, d'autres  études,  et  il  écrit  ainsi,  dans  l'été  de  1800,  son 
épitre  fameuse  à  Gœthe,  qui  ne  manqua  pas  son  effet  \  C'est 
un  fragment  sauvé  du  grand  ouvrage  sur  TEspagne,  qui  fit  nau- 
frage dans  l'imagination  de  Humboldt.  Celui-ci  voulait  repro- 
duire ses  impressions  à  lui,  peindre  l'état  de  son  âme  devant 
cette  montagne  isolée  de  la  Catalogne  et  ses  ermitages  adossés 
aux  rochers.  Il  a  renoncé  au  luxe  inutile  des  recherches  scienti- 
fiques. Il  a  consulté  cependant,  en  philologue  curieux,  d'autres 
livres  sur  le  Montserrat  :  «  J'ai  eu  soin,  dit-il,  de  consulter  les 
écrivains  de  la  nation  pour  ne  point  négliger  ce  qui  aurait  pu 
servir  à  ma  caractéristique.  »  Il  a  donc  lu  les  documents  sur  le 
Montserrat  contenus  dans  VEspaha  Sagrada  de  Florez,  dans  le 
Limes  hisp.  {De  origine  ac  Progressu  cultus  B.  M.  Virginis  in  Monte 
Serrato)  de  Petrus  de  Marca,  dans  la  Crônica  gênerai  de  la  Ordende 
San  Benito  de  Antonio  Yepes  ^  Il  a  même  lu,  ce  que  bien  peu 
d'Allemands  avaient  fait  avant  lui,  le  poème  épique  sur  le  Mont- 
serrat de  Cristôbal  de  Virués,  qu'il  ne  trouva  pas  aussi  beau  que 
le  voulait  Cervantes  et  qu'il  promet  de  décrire  à  Gœthe,  ce  qu'il 
oublia  de  faire  dans  la  suite  ^  Enfin  il  a  consulté  d'autres  voyages, 

1 .  Ce  long  article,  en  forme  de  lettre  à  Gœthe,  Der  Montserrat  bei  Barceîona, 
devait  paraître  dans  les  Propylun.  Ce  journal  de  Gœthe  éunt  mort  d'anémie, 
on  rimprima  au  mois  de  mars  1803  dans  le  journal  de  Gaspari  et  Bertuch  : 
Allgemeitu  geo^raphiscbe  Ephemeriden,  XI,  265  s.,  et  ensuite  dans  les  Œuvres  y  III, 
175  s. 

2.  Ce  n'est  que  tout  récemment  qu'on  a  publié  la  Historia  de  Montserrat  por 
il  Ahad  D,  Migtul  Muntadas,  continuada  por  un  mon  je  del  mismo  monasteriOy  Bar- 
celona,  1894. 

3.  J'ai  dit  ailleurs  (Boîlett.  stor,  delta  Svin.  itaL^  1893,  voir  aussi  E.  Dorer, 
Nacljgelassene  Schrtjten,  Dresden,  1893,  p.  79  s.)  que  Virués  avait  un  sentiment 
de  la  nature  plus  vif  que  les  poètes  de  l'Espagne  de  son  siècle.  Il  y  a  des  traces 
de  ce  sentiment  dans  son  poème,  réimprimé  aussi  dans  la  collection  :  La  verda- 
dira  ciencia  espanola^  vol.  XLIl,  Barcelona,  1884,  qui  le  sauvent  parfois  de  la 

Kfvmt  hispanique,  8 


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114  ARTURO  FARINELLI 


un  itinéraire  portugais  fort  ancien  et  fort  rare  aujourd'hui  *,  le 
voyage  en  Espagne  de  Dillon  ^,  celui  très  connu  de  C.  A.  Fischer 
et  quelques  autres. 

£sideur,  de  la  monotonie  et  du  prosaïsme.  —  On  a  assez  bien  étudié  le  senti- 
ment de  la  nature  dans  la  poésie  de  différentes  nations  (voir  une  critique  de 
ces  études  par  A.  Biese,  Das  Naturgefûhl  im  MitteldUr  wid  in  der  Neu^eit,  dans 
la  ZHtsch.f.  vergl,  IMerat.,  XI,  211  s.)  :  pourquoi  ne  Tétudierait-on  pas  dans  la 
poésie  espagnole?  —  Sur  le  poème  de  Francisco  de  Ortcga,  Origen^  antigûedad 
è  invencion  deNuestra  Senora  de  MontserreU,  voir  Ticknor,  Hist,  of  Spati.  Lii,, 
London,  1863,  II,  475.  Sur  le  poème  de  F.  Bracciolini  dell'  Api,  il  Mouser- 
ratOy  imitation  du  poème  de  Virués,  voir  l'introduction  de  M.  Menghini  à  la 
Psiche  de  Bracciolini.  Scella  di  curiosità  letterarie,  Bologna,  1889,  disp.  234. 

1.  Le  titre  de  ce  voyage  n*est  pas  correctement  indiqué  dans  les  Œuvres ^  III, 
186  :  Chorographia  de  alguns  lugares  que  stam  em  hum  caminho,  que  }e\  Gasfxir 
Barreiros  0  amto  de  M.D.XXXXVI  começàdo  na  cidade  de  Badajo:(  em  Caslella,  te  à 
de  Milam  em  Italia,  cô  algùas  outras  obras,,.  Coimbra,  1561.  Je  ne  connais  ce 
livre  que  par  un  extrait  fort  étendu  que  je  dois  à  Tamabilité  inépuisable  de 
Mme  Carolina  Michaêlis  de  Vasconcellos.  La  dédicace  porte  la  date  du  20  sep- 
tembre 1560.  Les  feuillets  106-123  contiennent  le  chapitre  :  Nossa  Senhora  de 
Monserrat  :  «  Porque  esta  montanha  de  M.  é  hua  das  cousas  de  sua  qualidade 
de  mor  espanto  e  admiraçâo  que  a  meu  juizo  pode  a  ver  em  gram  parte  do 
mundo,  nam  deixarei  de  screver  o  sitio  d'ella  o  melhor  que  poder.  »  Barreiros 
donne  en  effet  une  description  détaillée  et  exacte  de  la  montagne,  du  monastère 
et  des  douze  ermitages.  Les  rochers  aux  formes  étranges  qui  se  dressent  vers  le 
ciel  le  ravissent  :  «  Parece  serem  fabricados  pella  naturcza  de  proposito  para 
espanto  e  admiraçam  dos  homes...  »  Le  travail  des  hommes  a  vaincu  ici  des 
difficultés  presque  insurmontables.  Cest  à  force  d'échelles  qu'on  gravit  souvent 
les  escarpements  les  plus  abrupts.  De  temps  en  temps  des  rochers  se  détachent  : 
celui  qui  s'écroula  au  mois  de  mars  1546  tua  9  hommes  et  en  blessa  40.  Les 
douze  ermiuges  intéressent  bien  plus  que  le  monastère.  Barreiros  les  visita  tous  ; 
plusieurs  «  stam  postas  no  meo  das  dictas  rochas  como  ninhos  de  andorinhas 
pegados  no  meo  de  hûa  mui  alta  torre,  porque  assi  parecem  aos  q.  de  fora  as 
vem.  »  Ils  n'ont  pourtant  pas  l'aspect  sauvage  lorsqu'on  les  approche  : 
«  Porque  tem  oratorio, refectorio,  camara»  studo,  cisterna,  jardira...  com  pateos 
eentradasq.  faz  muito  mor  admiraçam,  tudo  mui  bem  lavradode  pedrae  cal 
ou  ladrilho  com  boos  retavolos,  boas  vidraças,  boas  forros,  em  muita  perfeiçam 
e  limpeza  ».  Barreiros  renseigne  aussi  sur  le  nom  ei  l'état  des  ermites,  et  paraît 
lui-même  pencher  pour  la  vie  solitaire  et  contemplative. 

2.  Journey  jrom  Barcdma  to  the  mountain  of  Montserrate^  dans  les  Travels 
through  Spain,  etc.  London,  1780,  p.   382  s.  (Humboldt  cite  la  2«  édit.  de 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  II5 

Tout  étranger  qui  arrivait  en  Gitalogne,  dévot  ou  non,  savant 
ou  simple  touriste,  s'il  n'était  pas  pressé  par  le  temps,  faisait  son 
pèlerinage  au  Montserrat.  Plus  on  remonte  le  courant  des  âges. 


Londres,  1782).  Humboldt  nomme  aussi  dans  ses  Baskische  Shi:^ien  (III,  234)  le 
voyage  en  Espagne  de  Townsend,  mais  cet  Anglais  ne  paraît  pas  avoir  fait 
Tascension  obligatoire  du  Montserrat.  Il  n*en  dit  rien  dans  sa  Journey  through 
Spain  in  Ihc  years  ij86  and  1787,  London,  1791.  Parmi  les  voyageurs  alle- 
mands qui  ont  fait  leur  pèlerinage  au  Montserrat,  je  rappellerai  Peter  Rieter, 
dont  Titinéraire  remonte  à  Tannée  1428  :  a  ...in  dem  acht  und  zwainzigisten  jar, 
und  rait  durch  Istories  (Astorga)  gehn  Salvator  (Saragosse)  unser  lieben  frauen 
und  wider  reiien  gehn  Muntzenrai  unser  lieben  frauen  in  Kattellania...  »  {Das 
Reisebuch  der  Familie  RieUr,  hrg.  von  R.  Rôhricht  und  H.  Meisner,  dans  la 
Bibl.  des  îitter.  Vereins  in  Stuttgart^  Tùbingen,  1884,  vol.  168,  p.  9).  34  ans 
plus  tard,  Sebaldt  Rieter  visite  le  Montserrat  sans  décrire  ni  le  sanctuaire,  ni  la 
montagne  dans  son  Rdsdfuch  (p.  14  ;  34  du  même  Itinéraire).  —  Le  voyage  en 
Espagne  de  Hieronymus  Munster  (llimrarium  sive  peregrinatio  accuratissimi 
doctoris  medicinx  Jeronimi  Monetarij  per  Hispaniâ,  Frâncid  et  Allemanià  altà  et 
bassà  cum  descriptione  locorum  civitatum  et  Castellam,  anno  salutis  14^4),  qui  con- 
tient des  détails  fort  curieux  et  intéressants  et  qui  est  encore  manuscrit  à  la 
«  Hofbibliothek  »  de  Munich  (Cod.  lat.  431)  (M.  Foulché-Delbosc  se  propose 
de  le  publier)  contient  un  chapitre  consacré  au  Montserrat  (ft.  116-118),  D^ 
Monasterio  Moutis  Serrati.  Munster  y  arrive  le  26  septembre  1494  :  «  Est  inter 
varios  et  multiplices  colles  maximus  et  eminentissimus  mons  ad  nubes  elevatus 
etaparetacsi  esset  sceza  scissus  et  divisus...  Sunt  12  heremitaria  per  totum 
montem  in  altissimo  et  bassiori  loco  sita.  Et  sunt  valde  amené  et  exquisite 
edifîcate.  Habet  unaque  pulcram  capellam  optime  ornamentis  decoratam. 
Item  ortulos  pulcerrimos  alique  duos  alique  très  pro  commoditate  et  inpari- 
tate  loci...  Elegantissimus locus  est  pro  heremitis...  Contemplator  et  soliurius 
nobiliorem  locum  vix  posset  eligere,  etc.  »  —  Lukas  Rem  fit  son  ascension  au 
Montserrat  au  printemps  du  15 10  :  «  Daz  ist  ain  ûberlobliche  kirchfart,  ain 
Closter,  auf  einem  hohen  berg.  Vil  heremiten  noch  hocher.  Geschehen  on 
Mas  grosse  wunderzaichen.  »  (Voir  V.  Hantzsch,  DeutscJje  Reisende  des  secbs- 
\ehnten  JahrhundertSy  Leipzig,  1895,  p.  13.)  —  Dans  Titinéraire  du  voyage  en 
Espagne  de  Sebald  Oertel  (qui  vient  d'être  imprimé  par  Th.  Hampe,  dans  les 
Milteilwigen  ans  dem  gennaniscJjen  NatiotiaJmuseuni^  1896),  Das  Reisetagehuch 
des  Sebaid  Oertel,  1521,  on  lit  la  description  suivante  du  Montserrat  (p.  75)  : 
«  Gen  Munserat  was  3  meil,  da  blicben  wir  ij  tag,  und  wir  besahen  auff  dem 
berg  wol  10  armittes  oder  cinsiedcl,  die  wonen  in  den  felssen,  gar  wunder- 


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riA 


ARTURO  FARINELLI 


»  récits  des  ascensions  à  cette  montagne  sacrée  sont  dépour- 
intérêt  et  surtout  de  couleur,  plus  ils  se  rapprochent  de 

ding,  vnd  wir  besahen  gar  viel  ding  im  Closter.  Und  die  Mutter 
thut  gar  grosse  Zaîchen,  vnd  sind  da  viel  grosse  wâchsine  Kârtzen, 
ler  kaum  vmbgreiffen  kan,  vnd  wol  43  silbeme  lampen,  die  tag  vnd 
>rennen,  vnd  sonst  wol  bey  100  silberne  lampen,  die  nit  brennen.  Da 
:h  5  Real  in  den  stock.  Da  gibt  man  eînem  jeglichen  Reich  oder 
brot  wein  ôU  vnd  essig  bevor.  Aber  was  man  Rir  die  Ross  und  essel 

mus  man  bezallen.  Da  verzerten  wir  8  Reall,  vnd  lies  mess  lessen 
leal.  Und  daselbst  wurd  mir  mein  2  pferdten  die  schwentz  abge- 
;n.  »  —  Vers  1 560,  après  force  aventures,  Bartholomâus  Khevenhûl- 
nanqua  pas  de  faire  sa  visite  aux  ermites  du  Montserrat.  Je  n'ai  pas 
lanuscrit  de  son  voyage  qui  est  conservé  à  Tarchive  de  Thumau.  — 
5,  après  un  séjour  de  14  années  en  Espagne,  Raphaël  Geizkofler  revient 
[iiagne  en  passant  par  la  Catalogne  et  le  Montserrat.  Il  décrit  tout  au 

visite  au  sanctuaire  dans  un  livre  manuscrit  que  conserve  le  Ferdinan- 
le  Innsbruck,  Raphnel  Geiiko/Ur^  Btich  vont  Gei:(koJUrischen  Geschlechte^ 
idy  pp.  GS  s.  Il  parle  de  Taspect  sauvage  de  la  montagne,  du  cloître 
an  dergleichen  kaumb  andres  wcder  in  noch  ausserhalb  Europa  finden 
»  Les  douze  ermites  perdus  au  sommet  de  la  monugne,  leur  demeure, 
tites  distractions,  leur  genre  de  nourriture,  Tétonnent  :  «  Ich  hab  kain 

Berg  im  Teutschland  geschen...  Dieweil  dass  dièses  Closter  ain  so 
urdiges  Ding,  hab  Ich  dise  klaine  Relation  zu  thuen  nit  unterlassen 

wiewol  Sollicher  mein  Raiss  aus  Hispanien  in  Teutschland  in  meinen 
Unkosten  Buchhins  aile  nach  làngst  begreiffen,  und  am  14}»»  Blat  ange- 
worden  ist.  »  Personne  n'a  vu  ce  petit  livre  qui  devait  contenir  des 
brt  curieux  et  qui  semble  être  irrémédiablement  perdu.  —  Dans  une 
ion  des  voyages  de  Nikolaus  Schmid  en  Espagne  et  en  Portugal, 
'ite  à  la  bibliothèque  de  Munich  (Cod.  gm.  3008)  et  qui  fait  suite  à 
hrnbung  diss  PortugaksiscJjen  Kriegs  en  vers  ...mit  angeheftem  ver:^aichnis 
lise  von  Lisahona^  bis  gen  Regensburg^  le  Montserrat  n'est  pas  oublié  :  «  So 
;ter  und  wallfarth  ist,  auch  aida  13  Ainsidl  hat  »  (1582).  —  En  1583, 
^ochreiter  décrivait  son  ascension  au  Montserrat  dans  un  récit  de 
en  Espagne,  qui  est  conservé  manuscrit  à  la  bibliothèque  des  Ser- 
Innsbruck  (B.  N*>  4),  et  qui  m'a  été  indiqué  par  mon  ami  le  Prof.  See- 
Mein  Adamen  Hochreiters  Spàmsche  Raiss  mit  dem  Preticipe  Gio  :  Andréa 
\nd  seinen  uudergebnen  Galereii  voti  Genoua  mis  ûber  Môrr^  heschehen 
>eptember  ijSj.  «  Monserrat,  ist  ain  wenig  ab  dem  weg,  ligt  aufF  ainem 
len  berg,  lauter  Felsen,  so  in  einer  freien  eben  steht,  aida  ain  gross- 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT  ET   L  ESPAGNE  II7 

l'état  de  squelette.  C'est  seulement  'dans  la  seconde  moitié  du 
siècle,  que,  la  nature  austère  et  sublime  agissant  puissamment  sur 


mechtige  Andacht  unnd  Kirchfart  hin  ist,  zu  Unser  lieben  Frauen,  und 
geschehen  grosse  mirad...  Auff  der  Jôch  dises  bergs,  sein  hin  unnd  wider  13 
Ainsidl  alte  Leût,  und  aines  heiligen  Wanndls,  hat  ein  yeder  sein  Capellen,  Dor- 
mitorium  oder  Zellel,  auch  ain  gârtl  unnd  brunnen  darbey.  Speiss  und  trank 
wird  Jnen  aile  tag  vom  Kloster  aus  auff  ainem  Esele  one  ainzige  Person  zuege- 
schickt,  der  geht  allain  den  berg  auff  von  ainer  Zell  zu  der  andern,  Darvon 
nimbt  ain  yeglicher  Ainsidl  sein  portion.  Under  andem  ist  dises  zu  verwun- 
dem,  das  disen  Ainsidln  die  Vôgel  des  Lufts  zufliegen,  und  essen  Jnen  die 
bressle  aus  detn  maul  und  bart.  »  —  «  Es  tan  alta  y  pedegrosa  esta  montana  que 
parescen  sus  riscos  ser  nues  puestas  en  el  ayre  cerca  del  cielo  de  la  luna.  Y 
aunque  da  gran  trabajo  subiendo  a  ella,  quittase  con  el  delcyte  de  mirar  y 
contetnplar  a  la  orden  y  conipostura  que  ay.  Es  cosa  maravillosa  ver  entre  estes 
riscos  y  piedras  las  frescuras  y  arboladas  que  ay,  que  no  parecen  sino  unos 
jardines  muy  compuestos.  Parescen  los  riscos  y  penas  tan  hermosas  como  si  se 
mirasse  una  ciudad  edificada  en  grande  altura  y  muy  cercada  de  torres  y 
rourallas.  »  Cest  ainsi  que  Diego  Cuelvis  décrivait  le  Montserrat,  en  1599, 
dans  son  voyage  en  Espagne  et  en  Portugal,  manuscr.  au  British  Muséum. 
Harl.  3822.  :  Tbesoro  chorographico  de  las  Espannas  por  d  Senor  Ditgo  CtuiviSy 
fol.  595  s.  :  Nuestra  Senora  de  Montserrat  (M.  le  D«^  Barwick  a  eu  l'obligeance 
de  me  transcrire  une  partie  de  ce  voyage).  —  M.  Foulché-Delbosc,  dans  le 
Supplément  qu'il  prépare  à  sa  Bibliographie  des  Voyages  en  Espagne  et  en  Portugal, 
mentionnera  sans  doute  les  voyages  des  Vénitiens  en  Espagne,  assez  nombreux 
au  xvie  siècle.  Celui  de  Francesco  Janis  da  Tolmezzo  (1519)  (5MWiirM)  tfi 
TlUnerariodi  Domino  Francesco  da  Toîme\o.  Voir  R.  Fulin,  Viaggio  in  Spagnadi 
F.  J.  da  T.  compendiato  da  Marino  Sanudo,  dans  YArch,  Veneto,  XXII,  63  ss.) 
contient  une  description  du  Montserrat  intéressante  et  que  j'aime  à  reproduire 
ici  :  «  A  di  22  Octobrio  (1519)  andoe  al  Monte  Serato,  a  veder  il  tempio  di  la 
Madona,  et  in  la  Spagna  molto  honorato  ;  quai  ë  un  monte,  dal  pian  lontan 
una  liga,  zoè  4  mia.  È  difîcile  andar;  via  tortuosa  e  va  cavalli.  Fo  edifichà  da 
fra  Zuane  Gari  za  anni  nongentis,  quai  feva  penitentia  11,  et  questo  per  uno 
stupro  per  lui  comesso  in  una  puta  del  conte  di  Barzelona,  a  la  soa  fede  et 
sanctimonia  recomandata.  El  quai  7  anni,  come  animal  di  4  piedi,  stete  in 
quelle  selve;  et  tutto  peloso  trovato  da  li  cani  cazadori.  In  quello  loco  prima 
habitavano  monache,  quai  poi  fo  traslate  in  S.  Piero  in  Barzelona.  Et  in  questo 
roonasterio  montuoso  fo  posto  monaci  di  l'ordine  di  S.  Benedetto,  i  qualli  la 
chiesa  et  monasterio  optimamente  rezcno,  e  danno  a  li  pelegrini  vi,  vanno. 


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Il8  ARTURO  FARINELLI 


les  âmes,   les   descriptions   revêtent  des  couleurs.  Le  natura- 
liste de  profession   trouvait  au  Montserrat  matière  abondante 


pan,  vin,  ojo,  ajuto  e  da  dormir  per  3  zomi.  A  assa*bona  intrada;  ma  assa' 
elemosine.  Sono  frati  sacerdoti  li  numéro  50,  novizi  X,  sacerdoti  seculari  che 
mancha  di  confesion  esacramenti  6,  puti  chierisi  16^  donati  seculari  ex  voto  di 
star  \\  24,  altri  ministri  et  negotiatori  in  gran  numéro,  mulli  et  asini  da  40  et 
più.  Il  cenobio,  benchè  sia  in  îoco  arcto,  tamen  è  di  mirabil  struction  ;  li  frati 
habitano  seperati,  non  se  mesiando  con  li  altri,  servando  certa  dignità.  Non  H 
mancha  carne,  pesce,  frutte  et  altre  cosse  che  li  venditori  H  portano.  Sopra  il 
monistero  sono  15  oratorij,  dove  stanno  li  heremiti  ;  e  il  primo  accesso  è 
difficiliimo.  Vassi-per  uno  mio  alto,  per  via  alta,  comeper  unascala  di  legno  si 
andasse  in  una  tore,  ma  li  saxi  è  tajadi  dove  si  fermano  li  piedi.  Ê  di  là  e  di 
qua  affixi  i  palli  e  haste  longe  ligate,  che  chi  va  su  si  tien.  Vête  do  di  diti 
horatorij,  et  parlô  con  quelli  heremiti  affabili.  Vene  la  pioza,  e  non  senza 
pericolo  vene  zoso.  Staio  la  note  al  monasterio,  li  frati  li  monstrono  le  reliquie, 
vasi  di  arzento,  vestimenti  preciosi,  tutti  belli  e  di  gran  valor.  »  -—  Vers  Noël 
de  1 604,  Barthélémy  Joly  faisait  son  ascension  au  Montserrat,  qu'il  décrit  dans 
son  Voyage  en  Espagne ^m2innsc.  à  la  Bibl.  Nation,  de  Paris.  Fr.  24917.  18". 
(Je  dois  à  M.  le  D»^  Degtn  un  extrait  de  ce  voyage)  Joly  y  arrive  en  bonne 
société,  muni  de  lettres  de  recommandation  pour  l'abbé  du  couvent.  Il  passe  à 
G)llbatô,  «  village  au  pied  de  la  Montagne,  où  Ton  prend  d'ordinaire  un  doigt 
de  vin  pour  avoir  courage  de  monter  en  hault,  a  quoy  pendant  que  nos  gens 
s*exerçoient  nous  nous  metionsa  considérer  les  pointes  admirables  de  ces  Roches 
arrenges  a  guise  de  forte  Tours  dune  grosse  ville.  Il  fust  question  de  monter... 
les  chemins  sont  faictz  exprès  avec  le  plus  de  commodité  possible  pour  le 
soulagement  des  pèlerins,  leur  largeur  est  par  endroictz  comme  pour  passer 
deux  ou  trois  a  la  fois  ;  en  d'autres  il  n'y  a  place  que  pour  un,  a  gauche  est  la 
roche  verte  et  allège  (?)  remplie  d'herbes,  d'arbres  et  d'oyseaux,  a  droict  les 
précipices,  merveilleux  que  ces  Rochers  soient  si  aspres  et  plains  d'herbes  et 
odorantes  fleurs  mais  plus  merveilleux  encore  comme  on  a  peu  faire  ce  chemin 
a  travers  ces  précipices  croissant  davantage  l'estonnement  plus  on  continue  a 
monter  et  des  buttes  (?),  il  fallust  un  peu  prendre  halene  aux  reposoirs  que  les 
Croix  dressées  comme  sur  les  petits  Carefours  nous  ofroient  benignement  sur 
les  degrés,  enfin  après  une  bonne  heure  de  chemin  arrivâmes  au  Mont  de 
Montserrat.  S.  Mont  Scié  pour  la  crean  (créance)  quilz  ont  que  les  hommes  ny 
pouVans  trouver  chemin  les  Anges  y  firent  la  voye  avec  le  marteau  et  la  scie  ». 
—  D'autres  descriptions  imprimées  du  xvu«  siècle  que  je  viens  de  lire  sont 
encore  moins  intéressantes.  James  Howell  dans  ses  Fainiliar  Letlcrs.  Domesiic 


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GUILLAUME  DE  HUMBOLDT  ET  L  ESPAGNE  II9 

pour  ses  observations  '  ;  nulle  place  au  monde  n'offrait  plus  de 
merveilles  au  voyageur  curieux  et  ne  charmait  davantage  l'âme 
du  philosophe  solitaire.  Baretti  ^,  Swinburne  \  Thicknesse, 
Peyron  ont  tous  exalté  dans  leurs  livres  les  beautés  étranges  du 
Montserrat.  Thicknesse  surtout,  que  Humboldt  n'avait  pu  lire, 
est  tout  enthousiasme  et  admiration  pour  le  Montserrat.  Il  décrit 
ermitage  après  ermitage,  la  montagne  merveilleuse  crevassée, 
déchiquetée,  éboulée  en  mille  endroits,  aux  crêtes  et  aiguilles 
innombrables,  première  ébauche  informe  de  la  main  de  Dieu, 
qui  surpasse,  d'après  lui,  toute  description.  Il  fallait,  pour  peindre 
dignement  le  Montserrat,  quelque  chose  de  la  puissance  divine. 
Nulle  part  l'homme  ne  peut  trouver  une  retraite  plus  favo- 
rable à  la  méditation,  aux  exercices  de  piété.  Nul  autre  asile  n'est 
plus  propre  que  le  Montserrat  au  recueillement,  à  la  solitude. 
La  vue  de  ces  rochers,  des  masses  gigantesques  qui  se  dressent 
écrasantes  au-dessus  de  l'homme,  dispose  involontairement  l'âme 
à  la  prière  ;  il  n'y  a  pas  d'homme  si  profane  qui  ne  reconnaisse 
ici  la  révélation  de  la  Divinité,  Thicknesse  n'était  pas  catholique  : 


and  Forreii.  London,  1655,  p.  81  (lettre  de  Barcelone  à  J.  Crofts,  24  novembre 
1620),  assure  que  Barcelone  étant  infestée  de  pirates  :  «  The  safest  way  to 
passe,  is  to  take  a  Bordon  in  the  habit  of  a  Pilgrim,  wherof  ther  are  abundance 
that  perform  their  vows  this  way  to  the  Lady  of  Monserrat,  one  of  the  prime 
places  of  pilgrimage  in  Christendom  ;  it  is  a  stupendous  Monastery,  built  on  the 
top  of  a  huge  Land  Rock,  whither  it  is  impossible  to  go  up  or  corne  down 
by  a  direct  way,  etc.  » 

1 .  L* Anglais  Guillaume  Bowle  fut  un  des  premiers  à  admirer  les  richesses 
minéralogiques  et  botaniques  du  Montserrat.  Voir  le  chapitre  :  De  la  montana 
de  Monserrate,  dans  la  Introdticcion  à  la  historia  natural  y  à  la  Geografia  jisica  de 
Espanay  Madrid,  1775,  p.  406. 

2.  Voirie  chapitre  :  A  famotis  Sanctuary  in  Spain,  th  history  of  Us  origin 
and  Us  romantic  sUmlion,  dansTouvrage  :  A  Journeyfrom  London  toGtnova^  etc., 
London,  1776,  p.  55  s. 

3 .  Joumey  to  Montserrat-arch  of  Hatimbal-abbey-Church-treasure-story  of  brotijer 
John,  etc.,  dans  ses  Traitls  through  Spain,  in  the  ycars  777/  and  1776,  London, 

1779»  P-  49  s. 


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120  ARTURO  FARINELLI 


«  Si  je  devais  renoncer  à  ma  croyance,  avoue-t-il,  ce  serait  sans 
doute  dans  un  pèlerinage  au  Montserrat.  Jamais  écrivain  ne  fati- 
guera sa  plume  en  décrivant  la  beauté  extraordinaire  de  cette 
montagne.  Treize  petits  volumes  ne  sauraient  épuiser  la 
matière  »  '. 

Sachons  gré  à  Humboidt  de  n'avoir  point  écrit  ces  treize 
volumes  et  d'avoir  condensé  en  peu  de  pages  le  fruit  de  ses 
observations.  —  Pendant  deux  heures  environ,  le  chemin  qui  con- 
duit au  Montserrat  est  le  même  que  celui  de  Valence.  On  tra- 
verse une  des  parties  les  plus  fertiles  du  pays,  on  aperçoit  le 
Llobregai  qui  roule  ses  eaux  dans  son  large  bassin  ;  une  fois  le 
pont  passé,  on  a  toujours  la  rivière  à  sa  gauche.  D'un  côté  la 
route  du  Montserrat  est  presque  toujours  flanquée  de  montagnes. 
Ce  n'est  que  près  de  Martorell  que  s'ouvre  une  vallée  roman- 
tique ;  le  Montserrat  s'offre  alors  pour  la  première  fois  à  la  vue. 
G)mme  il  se  dresse  tout  seul  dans  la  plaine  et  comme  il  s'élance 

I  Voir  plus  loin  Tappendice  :  Gœthe  et  V Espagne,  — Je  ne  connais  le  voyage 
de  Thicknesse  que  d'après  la  traduction  allemande  :  P.  Tbicknesses  Reisen 
durch  Frankreich  und  einen  Theil  von  Catalonien,  Leipzig,  1778,  p.  98  s.  Ce 
voyage  contient  aussi  un  :  Prospect  vom  Montserrat  in  Catalonien,  très  fantai- 
siste. Humboidt  qui,  dans  sa  lettre  à  Gœthe,  déplorait  de  n'avoir  pu  lire  la 
description  de  Thicknesse,  «  la  plus  détaillée  de  toutes  »,  se  souvenait  sans 
doute  de  ce  que  Volkmann  assurait  dans  sa  compilation  :  Keueste  Reisen  durch 
Spanien yor:(ûglich  in  Ansehung  der  Kûnstey  Hattdlung,  etc.,  Leipzig,  1786,  II, 
374  :  «  Thicknesse*s  Reise  enthàlt  die  ausfùhrlichste  Beschreibung  des  Mont- 
serrat ».  Sans  avoir  jamais  vu  TEspagne,  VoHcmann  assurait  que  le  Montserrat, 
c'était  «  in  gewissen  Betrachtungen,  zumal  fur  einen  Liebhaber  der  Natur  und 
ihrer  Schônheiten,  das  einzige  in  der  Welt».  —  D'autres  descriptions  du 
Montserrat,  postérieures  de  quelques  années  au  Tableau  fameux  de  Bourgoing, 
comme  celle  du  marquis  de  Marcillac,  Nouveau  voyage  en  Espagne^  Taris, 
1805,  p.  85,  p.  313;  celle  de  Suchet,  duc  d'Albufera,  Mémoires  du  maréchal 
Suchet  sur  ses  campagnes  en  Espagtie,  depuis  1808  jusqu'en  1814,  Paris,  1829,  II, 
122  s.,  intéressent  tout  au  plus  pour  les  souvenirs  des  campagnes,  et  l'histoire 
des  modifications  successives  du  sanctuaire  célèbre.  Marcillac  trouvait  que 
l'ensemble  de  la  montagne  et  ses  contrastes  «  plongent  l'âme  dans  une  douce 
rêverie  et  lui  font  éprouver  des  sensations  toutes  divines  ». 


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GUILLAUME  DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  121 

solitaire,  sans  être  suivi  d'autres  montagnes,  il  a  un  aspect  vrai- 
ment majestueux.  Il  est  coupé  en  scie  et  présente  une  foule 
d'aiguilles.  A  l'entrée  de  Martorell,  on  voit  le  pont  à  une  seule 
arche  qui  traverse  le  fleuve,  le  «  pont  du  diable  »,  comme  l'ap- 
pellent les  gens  du  pays.  C'est  un  reste  de  construction  ancienne 
qu'on  voudrait  Élire  remonter  à  l'époque  des  Romains.  La  route 
monte  de  plus  en  plus  au  delà  de  Martorell,  et  le  Montserrat 
apparaît  de  plus  en  plus  sous  sa  forme  véritable.  A  mesure  que  Ton 
approche,  des  centaines  de  dentelures  deviennent  visibles,  des 
points  blancs  brillent  au  milieu  :  ce  sont  les  ermitages  collés  aux 
sommets  et  au-dessus  des  fentes  des  rochers.  On  avance  et  l'on 
traverse  tantôt  des  vergers,  tantôt  des  prairies  tapissées  de  ver- 
dure et  des  broussailles;  au  loin  apparaissent  des  bouquets  de 
bois  de  sapins,  avec  leur  tête  arrondie,  sans  branches,  le  tronc 
semblable  aux  palmiers.  Quelques  parties  de  ce  chemin  sont  par- 
ticulièrement belles.  Entre  les  rocs  s'ouvre  un  défilé  que  les  per- 
venches couronnent  à  son  sommet  d'une  feçon  pittoresque;  à 
un  certain  endroit  de  la  route,  on  découvre  soudain,  en 
bas,  la  vallée  tortueuse  du  Llobregat  avec  ses  charmantes  prai- 
ries, ses  belles  campagnes  et  ses  broussailles.  Le  printemps  était 
en  pleine  floraison,  étalant  partout  ses  fleurs  et  ses  couleurs. 
Partout  des  bourgeons  qui  éclosent,  des  arbres  verdissants 
répandant  un  fin  parfum,  l'air  pur,  la  rosée  abondante  s'évapo- 
rant  légèrement  au  soleil  :  tout  révèle  ici  une  fi-aîcheur  volup- 
tueuse, tout  est  trempé  dans  une  lumière  éclatante  qui  ravit 
instantanément  les  sens  et  frappe  l'imagination  pour  toujours. 
Après  CoUbatô  il  faut  deux  heures  de  montée  pour  atteindre  le 
couvent.  Le  sentier,  parfois  escarpé,  serpente  sur  le  flanc  de  la 
montagne.  On  quitte  les  mules  pour  avancer  à  pied,  sans  que  la 
vue  change  et  grandisse  ;  tout  à  coup  on  a  devant  soi  une  gorge 
de  montagne  très  vaste,  et  le  spectacle  nouveau  charme  la  vue. 
Deux  gracieuses  collines  couronnées  de  buissons  descendent  des 
deux  côtés  de  la  montagne,  vers  la  plaine  ;  à  leurs  pieds,  au 
fond  de  la  vallée,  le  Llobregat  roule  ses  eaux  jusqu'à  la  mer  que  l'on 


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122  ARTURO   FARINELLI 


aperçoit  à  l'horizon.  Rien  n'égaie  en  beauté  et  en  grandeur  cette 
partie  du  paysage.  Les  flancs  de  la  montagne  sont  sauvages^ 
escarpés;  des  pics  ou  des  rochers  en  cylindre,  en  pyramide,  les 
surmontent.  Après  une  courte  descente  qui  conduit  au  milieu  de 
ce  replis,  la  route  monte  de  nouveau,  elle  contourne  une  saillie 
et  Ton  a  devant  soi  le  couvent. 

Ce  n'est  qu'un  bâtiment  vaste  et  solide,  situé  au  milieu 
d'autres  édifices  qui  le  font  ressembler  à  une  petite  ville.  Il  est 
d'une  hauteur  considérable,  et  percé  d'une  foule  de  petites 
fenêtres.  L'entrée  est  sombre,  étrange.  Il  ne  faut  pas  chercher  ici 
des  prodiges  d'architecture  ;  l'ensemble  a  un  aspect  bien  curieux, 
qui  est  d'autant  plus  en  harmonie  avec  la  nature  environnante. 
La  montagne  parait  s'être  ouverte  à  dessein  à  cette  place  pour 
accueillir  dans  son  sein  des  habitations  pour  l'homme.  Du  côté 
de  la  plaine  le  couvent  surplombe  d'affreux  précipices.  L'entrée 
principale  est  du  côté  de  la  montagne  ;  le  devant  est  occupé  par 
une  petite  esplanade,  étroite,  entourée  de  toutes  parts  de  rochers 
formidables.  On  promène  le  regard  sur  ces  grandes  parois  lisses  et 
à  pic,  on  ne  trouve  pas  d'entrée  aux  ermitages  adossés  aux  rocs  et 
qui  paraissent  suspendus  dans  l'air.  Une  sorte  d'oppression  crain- 
tive s'empare  de  nos  sens  ;  on  se  voit  soudainement  enserré  entre 
des  masses  primitives  de  la  nature  et  les  murailles  d'un  cloître 
sombre  et  mélancolique.  Sur  deux  cent  cinquante  personnes  environ 
qui  peuplent  cette  solitude,  soixante-dix  sont  des  moines,  les  autres 
sont  des  frères  lais,  enfants  de  choeur,  gardiens  et  domestiques. 

L'origine  du  couvent  se  perd  dans  la  nuit  des  temps.  Hum- 
boldt  abrège  le  récit  de  la  légende  de  Garin  qui  ne  manquait  pas 
dans  toute  description  de  voyage  au  Montserrat  *.  Lui-même 
trouve    dans    cette    tradition    un    mélange    absurde    et    sin- 


I .  Le  Père  Caimo  disait  dans  ses  LeUerCy  p.  94  :  «  Non  è  fuori  del  probabile 
che  suUa  Storia  di  Fra  Guarin  abbia  il  Boccaccio  fabbricato  la  sua  novella 
10  (111  gior.)  nella  quale  Rustico  ammaestra  Alibec  a  mettere  il  Diavolo  nell 
Inferno.  » 


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GUILLAUME   DE    HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  I25 

gulier  de  crudité  et  de  volupté.  L'intérieur  du  couvent  n'offre 
rien  de  particulier  ;  tout  disparaît  et  s'efface  ici  devant  la  gran- 
deur et  l'étrangeté  de  la  nature.  On  est  bien  reçu  par  l'abbé  et 
les  moines  ;  l'hospitalité  exercée  envers  les  voyageurs  est  admi- 
rable. Un  des  moines,  le  père  Schilling,  est  Allemand  ;  il  avait 
servi  dans  l'armée  espagnole  et  s'était  retiré  au  couvent  sans 
regretter  nullement  sa  patrie  '.  Les  moines  sont  des  bénédictins; 
ils  ne  peuvent  s'éloigner  du  couvent  sans  la  permission  de 
l'abbé,  mais  deux  fois  par  an  il  leur  est  permis  de  sortir,  de 
quitter  même  la  montagne  et  de  voyager.  L'église  est  spacieuse, 
elle  est  formée  d'une  voûte  aplatie  mais  très  large,  on  l'a  dorée 
somptueusement  et  revêtue  d'arabesques  sans  goût,  mais  l'en- 
semble a  un  aspect  magnifique  et  solennel.  C'est  en  grande 
pompe  et  avec  l'accompagnement  d'une  excellente  musique  reli- 


I.  Dans  la  description  de  son  excursion  au  Montserrat  (décembre  1802), 
Vincke  raconte  un  trait  fort  curieux  de  ce  père  (il  rappelle  le  père  Miguel  de 
Erfurt),  qui  servait  de  guide  aux  voyageurs  allemands  au  Montserrat.  Voir  : 
C.  von  Bodelschwingh,  Ltbeu  des  Ober-PrÔsidetiUn  Freifjerrn  l'on  Vincke,  I, 
Berlin,  1853  (Spattische  Reise),  p.  207  :  «  Unser  neuer  Landsmann,  welcher  in 
dem  Kloster  keine  unwichtige  Rolle  spielte,  mochte  der  Fùhrer  der  deutschen 
Fremden  sein.  Er  war  nach  vielen  Irrfsriirten  Lieutenant  in  spanischen  Dien- 
sten  geworden,  hatte  dann,  nach  einem  ruhigen  Leben  sich  sehnend,  die 
Kapuzze  genommcn,  und  liess  sich*s  in  der  reichen  Abtei  wohl  sein.  Nur  den 
deutschen  Sauerkohl  konnie  er  nicht  vergessen,  und  hatte  sich,  ihn  wieder  zu 
kosten,  im  vorigen  Jahre  auf  dem  Weg  nach  Erfurt  gemacht,  war  aber  in 
Strassburg,  — auf  die  Nachricht,  dass  die  Vaterstadt  einem  ketzerischen  Kônigc 
zugefallen,  und  es  dann  wohl  mit  den  Klôstcrn  ein  Ende  nchmem  werde  — 
umgekehrt  ».  —  Ce  père,  sorte  de  factotum,  au  monastère,  est  mentionne  aussi 
par  Fauteur  des  Lettres  écrites  de  Barcelone  p.  110  (c'est  en  1792  que  Pierre- 
Nicolas  Chantreau  se  trouva  au  Montserrat)  :  «  Un  moine  allemand,  dont  la 
franchise  n'était  pas  celle  d'un  être  renfrogné,  voulut  absolument  être  mon 
guide  dans  ce  voyage.  »  Nous  connaissons  l'humeur  de  ce  Français  qui  trouvait 
tout  mauvais  en  Espagne,  même  les  moines  du  Montserrat  :  v  Les  moines  de 
cette  abbaye  sont  les  buveurs  les  plus  intrépides  de  l'Espagne;  après  la  mal- 
voisie, dis-je,  les  bonnes  gens  se  déboutonnèrent  et  me  parlèrent  de  notre 
Ré\-olution,  â  peu  près  comme  on  peut  en  parler  à  la  chaire.  » 


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124  ARTURO   FARIKELLI 


gieuse  qu'on  y  célèbre  les  offices  '.  Une  grille  de  bronze  sépare 
le  maître-autel  du  reste  de  l'église  ;  au-dessus,  une  niche  renferme 
l'image  sacrée.  Des  rois  et  des  empereurs  ont  fait  en  tout  temps 
des  pèlerinages  pour  la  voir.  Madrid,  Venise  et  Rome  ont  des 
églises  du  Montserrat.  Il  n'y  a  pas  ici  de  véritables  trésors  artis- 
tiques. Les  figures  du  chœur  sont  bien  dessinées,  mais  la 
richesse  d'invention  qu'on  admire  dans  les  autres  églises  de 
l'Espagne  manque  ici.  On  ne  trouve  au  Montserrat  d'autres 
tableaux  remarquables  qu'un  Jugement  dernier  suspendu  à  l'entrée 
de  la  bibliothèque.  L'imagination  débridée  du  peintre  a  su  repré- 
senter et  multiplier  les  peines  de  l'enfer,  chrétiennes  et  païennes, 
avec  un  effet  vraiment  épouvantable. 

La  matinée  du  lendemain  est  consacrée  à  la  visite  des  ermi- 
tages. Le  temps  est  douteux  ;  on  s'empresse  d'atteindre  le  som- 
met de  la  montagne  dans  l'espoir  de  jouir  d'une  belle  vue.  Du 
côté  gauche  de  la  petite  esplanade,  devant  le  couvent,  un  petit 
escalier  élève  ses  gradins  taillés  dans  le  roc.  C'est  par  là  que 
Ton  monte  à  l'ermitage  de  Sainte-Anne.  Depuis  Sainte-Anne 
jusqu'à  San  Gerônimo,  qui  est  près  du  sommet,  le  chemin  est 
assez  long,  la  montagne  se  présente  sous  ses  aspects  multiples. 
Six  ou  sept  étages,  c'est-à-dire  des  parois  à  pic  qui  s'échelonnent 
entre  six  ou  sept  petites  terrasses,  forment  le  Montserrat.  La 
vigne  croît  encore  à  l'étage  inférieur,  et  toutes  les  terrasses, 
même  celles  du  sommet,  offrent  une  végétation  variée;  des 
arbres,  des  genêts,  des  herbes  apparaissent  partout  ;  au  creux 
des  rochers  s'enchevêtrent  des  buissons.  Du  milieu  de  ces 
broussailles  grimpantes,  vertes  et  épaisses,  s'élèvent  les  faîtes  nus 
et  polis  des  cônes  gigantesques,  des  colonnes  de  rochers.  Plus  on 
approche  du  sommet,  plus  l'armée  de  ces  rochers  devient  nom- 
breuse. On  les  aperçoit  en  groupes  étranges,  changeant  de  forme 


I.  Voir  les  Ohra^  musico-religiosas  del  P.  Gu\manO.  5.  B,  Primera  colecciôn, 
tome  II  (1894). 


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GUILLAUME  DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  125 

à  chaque  tournant  du  chemin.  S*il  fallait  vivre  en  ermite  dans 
cette  montagne,  on  n'aurait  peut-être  pas  de  plus  agréable 
occupation  que  d'apprendre  à  distinguer  ces  crêtes,  de  leur  don- 
ner des  noms,  de  les  saluer  au  lever  du  soleil  et  de  les  saluer 
encore  au  soleil  couchant.  Le  Montserrat  n'a  pas  le  caractère 
sérieux,  grave  et  solennel  des  montagnes  du  Nord,  des  Alpes,  ni 
même  des  Pyrénées.  C'est  un  îlot  isolé,  déchiqueté  en  rochers 
innombrables,  un  chaos  d'arêtes  sauvages  et  escarpées.  U  est 
merveilleux  et  extraordinaire,  sans  être  grand  et  sublime.  Les 
immenses  parois,  les  sur&ces  étendues,  où  le  regard  plane  dans 
l'infini,  font  défaut.  Point  de  chutes  d'eau  qui  grondent  dans 
les  abîmes,  aucun  groupe  de  sapins  mornes  et  sombres,  point  de 
chênes  aux  troncs  robustes,  aux  branches  tordues  qui  trahissent 
la  lutte  séculaire  avec  les  éléments.  Les  arbres  que  l'on  aperçoit 
ici  sont  faibles  et  rabougris.  Mais  ce  que  cette  montagne  perd  en 
grandeur,  elle  le  gagne  par  son  mélange  merveilleux  de  grâce  et 
de  sauvagerie,  par  le  silence  solennel  qui  y  règne.  Une  vallée 
charmante  et  en  fleurs  s'étend  à  ses  pieds,  et,  d'un  seul  regard 
jeté  vers  les  hauteurs,  vous  apercevez  un  chaos  d'écueils  semblable 
aux  écroulements  d'une  ville  de  rochers. 

Les  demeures  des  ermites  sont  basses;  elles  n'ont  qu'un  étage, 
et  changent  de  style  selon  leur  position.  Elles  ont  toutes  une 
chapelle  à  leur  côté.  Pour  petites  qu'elles  soient,  elles  renferment 
plusieurs  chambres,  une  cuisine,  une  citerne  ;  la  plupart  ont  une 
colonnade  au-devant  et  un  ou  plusieurs  carrés  de  jardin  sur  les 
terrasses  dans  les  anfractuosités  de  la  roche.  Toutes  sont  propres 
et  bien  soignées.  Ce  doit  être  un  spectacle  bien  étrange  que  de 
voir  ces  ermites  descendre  en  hiver,  presque  en  pleine  nuit, 
à  4  heures  du  matin,  une  torche  à  la  main,  les  sentiers  escar- 
pés et  se  rassembler  à  l'office  dans  ces  hauteurs  affreusement 
solitaires.  De  tous  les  ermitages  du  Montserrat,  celui  de 
San  Gerônimo  est  le  mieux  et  le  plus  romantiquement  situé. 

Le  temps  était  brumeux,  mais  le  brouillard  restait  au  fond  de  la 
vallée.  Le  soleil  rayonnait  du  haut  de  la  voûte  bleue  et  pure  du  ciel. 


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126  ARTURO    FARINELLI 


Au  premier  plan,  dans  la  direction  du  couvent,  on  voyait  émer- 
ger les  crêtes  des  montagnes,  baignées  dans  la  mer  humide  et 
vaporeuse  qui  couvrait  toute  la  contrée.  Un  groupe  de  rochers 
visible  de  partout,  et  qui  semblait  s'élever  derrière  et  au-dessus  du 
couvent,  flottait  comme  un  îlot  immense.  A  sa  gauche,  les  pics 
se  détachaient  plus  isolés,  plus  crevassés,  Cest  de  ce  côté  que  les 
nuages  de  brume,  épais  et  silencieux,  couvraient  la  montagne 
comme  une  mer.  Ils  s'avancent  peu  à  peu  par  un  mouvement 
continu,  s'enfoncent  dans  les  golfes  dentelés,  atteignent  le 
sommet  en  face,  et  leurs  flocons  flottent  au-dessus  comme  une 
gaze  subtile,  déchirée  çà  et  là  par  la  surface  lumineuse.  A  droite 
de  cet  ermitage,  s'ouvre  un  abîme  épouvantable,  en  forme  de 
cratère;  les  pierres  que  l'on  y  jette  retentissent  longuement  et 
sourdement.  Une  petite  chapelle  dédiée  à  la  Vierge  est  accrochée 
aux  flancs  de  cet  abîme.  Autour  d'elle,  un  passage  étroit,  muni 
d'une  rampe,  permet  de  jouir  d'une  vue  admirable  sur  une 
immense  étendue  de  pays,  sur  la  mer  au  loin,  sur  une  partie  de 
la  périphérie  de  la  montagne  isolée.  Le  temps  n'est  pas  assez 
clair  pour  embrasser  du  regard  toute  cette  vaste  étendue,  mais  on 
en  est  consolé  parle  spectacle  imposant  et  magnifique  des  masses 
de  brouillard  qui  s'élèvent  de  tous  côtés.  Le  soleil  monte,  le 
bord  de  l'horizon,  coupé  par  les  montagnes  du  Roussillon  et  par 
les  Pyrénées,  est  parfaitement  pur,  et  l'on  aperçoit  toute  la  grande 
chaîne  avec  ses  cimes  blanchies  par  la  neige  ;  mais  tout  près  du 
Montserrat  et  dans  la  plaine  environnante,  la  mer  des  nuages  plane 
et  s'élève.  Ces  nuages  s'entassent  vers  l'Ouest  plus  qu'ailleurs, 
c'est  de  là  qu'ils  commencent  leur  mouvement  graduel;  à  nos 
pieds,  ils  se  groupent  en  cercle,  ils  roulent  lourds  et  lents 
tout  au  fond;  plus  haut,  la  vapeur  fine  s'échappe  par  les  fentes 
des  rochers;  à  l'Orient  et  au  Midi,  on  ne  distingue  qu'un  chaos. 
La  montagne,  la  mer  et  les  nuages  se  pénètrent,  se  fondent  à 
un  tel  point  que  toute  limite  disparaît.  De  cette  mer  de  brouil- 
lard, des  flocons  délicats  et  diaphanes  s'envolent  vers  le  ciel. 
Peu  à  peu  les  essaims  de  nuages  augmentent  et  grossissent  ;  deux 


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GUILLAUME  DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  llj 

d'entre  eux,  l'un  au  fond,  Tautre  en  haut,  se  rapprochent  de  plus 
en  plus,  jusqu'à  engloutir  Tazur  du  ciel.  La  vapeur  subtile 
s'étend  au-dessus,  le  soleil  s'obscurcit,  tout  annonce  le  mauvais 
temps. 

On  s'empresse  de  descendre  jusqu'à  l'ermitage  de  Saint- 
Onofre,  qui  est  du  côté  opposé  de  la  montagne,  mais  on  avance, 
toujours  enveloppé  dans  le  brouillard;  toute  vue  a  disparu,  on 
n'aperçoit  que  des  pics  isolés  qui  paraissent  et  disparaissent 
tour  à  tour  à  mesure  que  l'on  s'approche  d'eux,  et  leur  appari- 
tion instantanée  ajoute  encore  à  l'étrangeté  de  leur  aspect. 
D'autres  ermitages  offrent  d'autres  curiosités.  Saint-Onofre, 
Saint- Jean  sont  suspendus  aux  rochers  comme  des  nids  d'aigle. 
Une  paroi  abrupte,  tombant  à  pic,  cachait  peut-être  une  fente 
semblable  à  une  caverne  :  on  en  a  profité  pour  construire  un  ermi- 
tage, la  roche  nue  pouvant  servir  comme  muraille  principale.  De 
la  fenêtre  de  Saint-Onofre,  on  jouit  d'une  vue  splendide  qui 
embrasse  tout  le  pays  environnant  et  s'étend  jusqu'à  la  mer.  Le 
ciel  s'éclaircissait  de  nouveau,  mais  on  ne  pouvait  cependant  pas 
distinguer  l'île  de  Majorque  comme  à  d'autres  jours. 

Les  douze  ermites  sont  des  moines  comme  ceux  du  couvent, 
mais  ils  ne  sont  point  ordonnés  prêtres  ;  ils  ont  des  règles  plus 
austères.  La  montagne,  qu'ils  ne  peuvent  jamais  quitter,  est  leur 
seul  domaine.  Ils  diffèrent  dans  leur  caractère,  dans  leur  manière 
de  vivre.  Il  y  en  a  de  plusieurs  provinces,  et  même  de  plusieurs 
nations.  Il  y  en  a  de  bienveillants  et  il  y  en  a  de  bourrus.  Celui  de 
Sainte-Anne  est  un  bel  homme,  aux  traits  doux  et  agréables.  Le 
front  petit,  mais  ouvert,  le  regard  tranquille  et  serein,  le  nez 
droit  sans  courbure,  la  barbe  longue,  tout  révèle  une  gravité 
tendre,  une  gravité  qui  se  suffit  à  elle-même,  la  paix  de  l'âme. 
Il  est  de  Valladolid,  il  a  passé  i8  ans  dans  la  montagne,  et  ces 
i8  ans,  il  l'avoue,  lui  ont  paru  aussi  courts  que  i8  jours.  «  Rien 
n'a  troublé  mon  repos,  disait-il,  que  le  souvenir  de  mes  fautes.  » 
Un  autre  ermite,  Aragonais  de  naissance,  se  montre  bien  moins 
gracieux.  Il  reçoit  les  visiteurs  d'une  façon  peu  aimable,  achève 


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128  ARTURO   FARINELLI 


sa  prière  d'un  air  sombre  et  refuse  même  de  leur  montrer  son 
habitation.  A  en  juger  par  son  extérieur,  on  dirait,  avec  une 
exp-ession  espagnole,  que  c'est  un  genio  aduslo.  U  était  grand  et 
maigre,  son  crâne  avait  une  forme  étrange,  le  front  était  élevé, 
les  lèvres  retroussées  avec  une  expression  de  dépit,  les  joues 
enfoncées,  les  yeux  grands  et  mornes.  L'ermite  de  Saint- 
Onofre  était  un  Français,  homme  aimable  et  agréable,  qui 
n'avait  pu  effacer  les  traits  du  caractère  de  sa  nation.  A  pre- 
mière vue,  la  vie  de  ces  ermites  nous  paraît  charmante.  Une 
solitude  que  rien  ne  trouble,  une  nature  superbe,  une  indépen- 
dance absolue  en  apparence.  Cette  vie  est  bien  différente  lors- 
qu'on la  contemple  de  plus  près.  La  plus  grande  partie  de  la  jour- 
née se  passe  en  exercices  de  piété.  Deux  ou  trois  heures  tout  au 
plus  doivent  suffire  pour  soigner  le  jardin  et  accomplir  les  tra- 
vaux manuels.  A  deux  heures  du  matin.  Termite  se  lève;  il  prie,  il 
médite,  il  lit  jusqu'à  sept  heures.  Il  vaque  alors  aux  soins  de  son 
ménage.  Puis,  de  nouveaux  exercices  de  dévotion  jusqu'à  midi  et 
ainsi  toute  la  journée.  A  chacune  de  ces  heures,  sa  clochette  doit 
accompagner  les  cloches  du  couvent.  Il  ne  peut  s'éloigner  beau- 
coup de  son  ermitage.  Il  ne  peut  communiquer  que  très  rare- 
ment avec  les  autres  ermites.  Les  fatigues  corporelles  auxquelles 
il  se  soumet  sont  accablantes.  En  hiver,  il  est  exposé  au  froid  très 
sensible,  et  de  tout  temps,  des  vents  désagréables  sifflent  à  tra- 
vers les  fentes  de  sa  demeure.  Hiver  et  été,  il  parcourt  de  grand 
matin,  une  torche  à  la  main,  un  chemin  pénible;  il  tombe  par- 
fois. II  fait  maigre  toute  l'année;  il  n'a  souvent  d'autre  nourri- 
ture que  du  poisson  séché  et  des  olives.  Il  ne  descend  au  cou- 
vent qu'à  certains  jours  pour  de  grandes  fêtes  ou  lorsqu'il  est 
vieux  ou  malade;  c'est  au  couvent  que  meurent  tous  les  ermites, 
sans  exception.  Pour  pénible  et  dangereuse  que  soit  cette  vie, 
elle  est  néanmoins  ardemment  recherchée.  Lorsqu'une  place  est 
vacante,  les  aspirants  sont  très  nombreux  et  le  choix  est  embar- 
rassant. On  croirait  à  un  fanatisme  religieux  qui  pousse  l'homme 
à  souhaiter  vivement  une  telle  vie  solitaire  :  en  feit,  les  ermites 


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GUILLAUME  DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  I29 

actuels,  comme  ceux  que  d'autres  voyageurs  décrivent,  sont  pai- 
sibles, taciturnes,  apparemment  ou  réellement  dévots,  mais,  à  de 
i^ares  exceptions  près,  il  n'y  a  chez  eux  aucune  ombre  d'exalta- 
tion ou  de  fanatisme.  Ils  font  tous  leufs  petits  travaux  avec  infi- 
riimént  de  soin,  avec  une  grande  propreté  et  avec  amour.  Pas  un 
qui  montre  un  penchant  décidé  :à  la  rêverie,  à  la  méditation  sub- 
tile, à  l'oisiveté.  Ils  ont  toutes  les  curiosités  et  tous  les  petits 
soucis  des  nuîrtels  ordinaires.  On  oublie  facilement,  lorsqu'on 
connaît  leurs  préoccupations^  que  leur -vie  est  retirée  du  monde 
terrestre  et  n'appartient  qu'au  ciel.  L'ermite,  de  même  que  le 
sauvage,  vit  continuellement  avec  la  nature;  soq  jardin  est  son 
unique  délassement,  son  petit  territoire  autour  de  sa  cdlùle  est 
son  monde  à  lui  ;  dans  ce  monde,  il  ne' laisse  rien  de  caché,  rien 
dont  il  ne  fesse  son  profit.  Conlnle  lé  sauvage,  il  doit  lutter 
contre  la  furie  dés  éléments;  comme  lui,' il  grimpe  avec  hardiesse 
et  agilité  le  long  des  parois  de  ces  rochers  perpendiculaires,  heu- 
reux de  n'avoir  jamais  de  sentiments  hostiles  qui  troublent  la 
paix  de  son  âme. 

Il  est  bien  étrange,  sans  doute,  de  renfermer  toutes  ses  forces 
et  tous  ses  désirs  dans  quelques  pieds  de  terre,  quand  otî  a 
devant  soi  une  province  fertile;  des  sommets  de  montagne  qui 
s'élèvent  majestueusement  au-dessus  de  la  plaine  et  la  mer  infi- 
nie; de  renoncer  à  tout,  excepté  à  cette  solitude  et  au  ciel.  Même 
une  imagination  constamment  repliée  sur  le  même  objet, 
comme  celle  de  J.-J.  Rousseau  lorsque,  étendu  dans  sa  nacelle, 
il  se  promenait  des  demi-journées  autour  de  l'île  de  Saint- 
Pierre  ',  même  l'occupation  la  plus  absorbante,  les  idées  les  plus 


1 .  5*  Promeftade  :  «  J'allais  me  jeter  seul  dans  un  bateau  que  je  conduisais  au 
milieu  du  lac,  quand  Teau  était  calme;  et  là,  m*étendant  tout  de  mon  long 
dans  le  bateau,  les  yeux  tournés  vers  le  ciel,  je  me  laissais  aller  et  dériver 
lentement  au  gré  de  Teau,  quelquefois  pendant  plusieurs  heures,  plongé  dans 
mille  rêveries  confuses,  mais  délicieuses,  et  qui,  sans  avoir  aucun  objet  bieo^ 

Rexiie  hitpanitiue.  ^ 


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130  ARTURO   FARINELLI 


abstraites,  ne  sauraient  produire  le  sentiment  qu'éprouvent  ici 
des  hommes  ordinaires  sans  nul  fanatisme  religieux.  Ce  phéno- 
mène psychologique  ne  se  comprend  que  sur  place,  au  milieu 
de  ces  hommes.  Le  penchant  à  la  solitude  est  moins  rare  du  reste 
en  Espagne  qu'ailleurs.  La  vie  d'ermite  convient  fort  bien  au 
caractère  espagnol  peu  expansif,  peu  actif,  peu  soucieux  de  dis- 
traction, replié  sur  lui-même,  qu'aucune  privation,  aucune 
fatigue  corporelle  n'efrra)e.  Dans  la  solitude  de  l'ermite,  le  bour- 
donnement des  prières,  les  exercices  de  dévotion  ne  sont  qu'un 
besoin  inconscient  de  l'âme  qui  couve  au-dessous  des  sentiments 
habituels.  Bien  plus  que  l'exaltation  religieuse,  c'est  le  désir  assez 
terrestre  d'un  revenu  assuré,  d'une  vie  tranquille  et  indépen- 
dante qui  pousse  l'Espagnol  à  choisir  l'ermitage  pour  asile  '.  Plu- 
sieurs causes  auront  sans  doute  produit  cette  détermination,  et 
la  dévotion  peut  bien  en  avoir  été  le  premier  mobile.  Mais  la 
dévotion  aurait  difficilement  suffi,  si,  inconsciemment,  l'âme 
n'avait  point  incliné  à  une  telle  vie.  Des  malheurs  réels,  des 
déceptions,  des  troubles  et  des  erreurs  de  la  conscience  ou  de 
l'imagination  poussent  aussi  l'homme  à  la  solitude,  mais  cela 
n'arrive  que  dans  des  cas  exceptionnels. 

Une  anecdote  qui  montre  sur  le  vif  l'énergie  des  ermites 
du  Montserrat  et  que  Humboldt  emprunte  à  une  lettre  de  son 
frère  Alexandre,  des  données  sur  la  configuration  minéralogique 
et  physique  de  la  montagne,  puisées  à  la  même  source,  terminent 
la  description  dont  nous  n'avons  donné  ici  qu'une  idée  fort  impar- 


déterrainé  ni  constant,  ne  laissaient  pas  d'être  à  mon  gré  cent  fois  préférables 
à  tout  ce  que  j'avais  trouvé  de  plus  doux  dans  ce  qu'on  appelle  les  plaisirs  de 
la  vie.  Ji» 

I .  Le  Vago  italien,  le  Père  Caimo,  en  parlant  des  ermitages  du  Montserrat 
(LetterCy  p.  86),  raconte  le  fait  d'un  converti  «  che  aveva  volenteroso  cambiato 
il  suo  impiego  in  una  di  quelle  celle,  perciocchè  niuna  cosa  è  tanto  desidera- 
bile  quanto  l'essere  provveduto  del  bisognevole  senza  cura,  passando  i  giornî 
senza  affanno,  tra  le  varietà  di  molti  oggetti  piacevoli.  » 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  I3I 

faite.  S'il  y  avait  un  endroit  au  monde  qui  pût  convenir  au 
recueillement  de  ce  grand  solitaire  qui  pensait,  qui  agissait,  qui 
vivait  seulement  pour  le  perfectionnement  de  son  être,  c'était 
certainement  le  Montserrat.  Cette  montagne  isolée  lui  offrait 
assez  d'images  applicables  à  la  vie  et  à  la  destinée  de  l'homme. 
La  grandeur  de  la  nature,  dit-il,  et  la  profondeur  de  la  solitude 
remplissent  le  cœur  d'émotion.  Dans  l'hiéroglyphe  le  plus  vide 
vous  trouvez  alors  renfermée  une  pensée  éloquente.  Dans 
notre  vie  tumultueuse,  nous  oublions  souvent  que  l'homme 
est  le  médiateur  entre  nous  et  nos  croyances  ;  nous  passons  rapide- 
ment et  h  la  légère  sur  cela,  mais  dans  la  paix  de  la  solitude  nous 
jugeons  mieux  et  nous  nous  attachons  avec  tendresse  à  tout  ce 
qui  est  humain. 

Il  en  coûtait  à  Humboldt  de  quitter  le  Montserrat.  Ses  regards 
restèrent  longtemps  fixés,  tantôt  sur  l'immense  étendue  de 
pays,  bornée  d'une  part  par  la  mer  et  par  les  montagnes  nei- 
geuses, tandis  qu'elle  se  perdait  insensiblement  de  l'autre,  tantôt 
sur  le  fond  des  vallées  boisées  où  le  tintement  d'une  clochette 
d'ermite  était  la  seule  chose  qui  interrompît  le  silence  sépulcral  : 
«  Je  n'ai  pu  m'empêcher,  dit-il,  déconsidérer  cette  place  comme 
la  retraite  la  plus  silencieuse,  éloignée  du  monde,  où  le  désir  de 
vivre  pour  soi  et  pour  la  nature,  désir  que  presque  tout  le  monde 
partage,  est  parfaitement  satisfait.  »  Que  de  souvenirs  poé- 
tiques, que  d'émotions  la  vue  de  cette  montagne  et  de  ces  pai- 
sibles ermites  éveillait  dans  l'âme  de  Humboldt  !  En  montant  sur 
la  croupe  du  Montserrat,  Humboldt  pensait  à  Gœthe.  Gœthe 
est,  au  Montserrat,  son  compagnon  imaginaire.  Quelques  vers  des 
Geheimnisse  l'avaient  surtout  frappé.  Humboldt  avait  toujours 
aimé  passionnément  ce  fragment  dans  lequel,  selon  lui,  régnait 
un  accord  merveilleux  et  sublime;  mais  ce  ne  fut  qu'après  son 
ascension  au  Montserrat  que  les  Geheimnisse  s'attachèrent  à 
quelque  chose  qu'il  avait  lui-même  éprouvé  ;  il  les  aima  alors  et 
les  comprit  davantage.  Il  écrit  à  Gœthe  :  «  A  peine  montais-je  le 
sentier  qui  mène  au  couvent  et  qui  serpente  légèrement  sur  les 


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132  ARTURO   FARINELLI 


pentes  du  rocher,  que  les  cloclies  retentirent  avant  mêrae  que  je  ne 
m'en  aperçusse;  je  croyais  voir  devant  moi  votre  dévot  pèlerin 
et,  lorsque  du  fond  des  crevasses  profondes  couvertes  de  verdure, 
je  jetais  mes  regards  en  haut  et  que  j'apercevais  des  croix  que  des 
mains  hardies  et  sacrées  avaient  élevées  à  des  hauteurs  vertigi- 
neuses, sur  les  pointes  nues  des  rochers  qu'aucun  homme  ne 
semblait  pouvoir  atteindre,  mon  œil  ne  glissait  pas  avec  indiffé- 
rence sur  ce  signe  si  répandu  dans  toute  l'Espagne  ;  je  crus  vrai- 
ment que  : 

Zu  deni  viel  tausend  Geister  sich  verpflichtet, 
Zu  dem  viel  tausend  Herzen  warm  gefleht.  » 

Rien  d'étrange  à  ce  que  Humboldt,  en  montant  au  cloître  de 
Montserrat,  se  soit  souvenu  du  frère  Marcus  de  Gœthe,  qui  monte 
aussi  son  chemin  tortueux,  taillé  dans  le  roc,  et,  avant  d'at- 
teindre le  sommet  de  la  montagne  mystérieuse,  avant  même  de 
savoir  ce  qu'il  va  rencontrer  dans  cette  solitude,  entend  tout  à 
coup  le  tintement  d'une  cloche  qui  ranime  ses  forces  épuisées  et 
lui  donne  presque  une  vie  nouvelle  \  Ce  qui  étonne,  c'est  que 
Gœthe  ait  appelé  lui-même  son  fragment,  en  1816,  «  une  sorte  de 
Montserrat  spirituel  ».  C'est  que  le  poète,  longtemps  après  avoir 
écrit  ses  strophes  symboliques  et  énigmatiques,  avait  mêlé  les 
souvenirs  de  la  description  du  Montserrat  de  Humboldt  aux  sou- 
venirs de  sa  création.  La  montagne  imaginée  par  Gœthe  n'avait 
rien  de  commun  avec  le  Montserrat  que  la  solitude  qui  régnait 
dans  ses  gorges;  elle  était  aussi  vague  que  la  plupart  des  paysages 
inventés  par  la  Êintaisie  capricieuse  du  poète  ;  elle  n'avait  pas  les 
sommets  et  les  flèches  bizarres  du  Montserrat.  On  ne  parvenait 
au  couvent  des  «  Rosenkreuzer  »  qu'après  avoir  gravi  le  sommet 


Er  steigt  und  horcht  und  ist  wie  neu  geboren  : 
Ein  Glockenklang  erschallt  in  seinen  Ohren. 

(Die  Geheimnisse ^  3*  st.) 


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GUILLAUME   DE  HUMBOLDT  ET   L  ESPAGNE  I33 

et  après  être  descendu  dans  une  vallée  verdoyante.  Il  n*y  avait 
là  ni  ermitages,  ni  ermites.  En  dehors  du  couvent,  on  ne  ren- 
contrait ni  moines,  ni  pénitents,  aucune  autre  habitation 
humaine.  Les  douze  frères  demeuraient  dans  le  même  édifice,  où 
ils  se  rassemblaient  chaque  jour.  Goethe  néanmoins,  à  l'âge  de 
60  ans,  voulant  orienter  ses  lecteurs  sur  la  place  représentée 
par  les  Geheimnisse  et  caractériser  le  contenu  de  son  fragment, 
avait  écrit  :  «  Que  le  lecteur  s'imagine  être  conduit  dans  une 
sorte  de  Montserrat  idéal,  et  parvenir  à  des  plaines  vastes  et  fer- 
tiles après  avoir  gravi  les  masses  de  rochers  *  ». 

Dès  lors,  la  merveilleuse  île  rocheuse  de  la  Catalogne,  grâce 
à  la  plume  de  Humboldt,  devint  le  symbole  de  toute  retraite 
solitaire  *.  On  disait  le  Montserrat  de  Tâme  pour  exprimer  le 
repos,  la  tranquillité  de  Tâme,  l'isolement  paisible  et  bienheu- 
reux. Humboldt  n'avait-il  pas  souhaité  lui-même,  tout  au  com- 


1.  Voir  l'article  de  H.  Dûntzer,  Gœihe's  Gtheimnissey  dans  la  Zeitsch,/,  deut. 
PhUoL  (1896),  p.  484. 

2,  Jariges  (Beauregard  Pandin),  qui  était  allé  au  Montserrat  deux  ans  après 
Guillaume  de  Humboldt,  éprouva  à  peu  près  les  mêmes  émotions.  Voici  ce 
qu'il  dit  dans  ses  Bruchstûcke  einer  Reise  durch  das  sûdlicfje  Frankreich,  Spanien 
und  Portugal  y  Leipzig,  18 10,  p.  260  :  «  Ein  ganz  eigenes  Gefûhl  erweckt  die 
wilde  Felsenôde,  dièse  an  den  Klippen  schwebenden  Hûttchen  mit  ihren 
alten  Bewohnem,  welche  selten  oder  nie  ins  Kloster  zurûckkommen,  dièse 
schauerlichen  Abgrûnde,  ûber  die  hinweg  der  Blick  auf  das  romantische  Thaï 
in  der  Tiefe  fallt  ;  gcwiss  man  kann  die  Abgeschiedenheit  von  der  Welt,  das  ûber 
das  Irdische  erhabenc  Leben  eines  Heiligen  im  Bilde  wohl  nirgends  so  lebhaft 
anschauen,  als  hier  auf  diesem  wunderbarli.hen  Montserrat  ».  —  Jariges, 
écrivant  ses  souvenirs  longtemps  après  son  voyage,  avait  évidemment  consulté 
larticle  de  Humboldt  sur  le  Montserrat.  Humboldt  parle  des  ermitages  «  im 
eigentlichen  Sinne  des  Worts  in  den  Lfiften  schwebend  «  {Œuvres,  III,  185,  et 
III,  200).  «  S.  Onofrc  und  St  Juan  hàngen  gleich  Adlernesten  am  Felsen  »,  et 
Jariges  répète  (p.  258)  :  «  Dîese  kJeinen  Hùtten,  gleichsam  in  den  Lûften 
schwebend,  nehmen  sich  aus  wie  Ncster  von  Raubvôgeln.  »  —  Apres  la 
dévastation  française  de  1808  tout  changea  dans  la  vie  et  dans  la  demeure  dts 
solitaires  du  Motitserrat. 


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134  ARTURO   FARINELLI 


mencement  de  son  article  sur  le  Montserrat,  un  endroit  particu- 
lièrement favorisé  de  la  nature,  où  l'imagination  de  l'homme 
aurait  trouvé  en  tout  temps  son  refuge  ?  Pouvait-on  se  figurer 
un  meilleur  asile  idéal  que  le  Montserrat  '?  Gœthe,  à  l'âge  où  le 
recueillement  et  la  méditation  solitaire  lui  étaient  de  plus  en  plus 
chers,  avoua  que  «  Thornme  ne  trouve  le  bonheur  et  la  paix 
que  dans  son  propre  Montserrat  ».  On  comprend  que  le  poète 
ait,  inconsciemment  peut-être,  mêlé  des  souvenirs  de  la  descrip- 
tion du  Montserrat  à  la  seconde  partie  du  Faust  *.  Schiller  ne 
manqua  pas  de  lire  le  manuscrit  de  l'article  de  Humboldt.  Il  l'ad- 
mirait, mais  avec  réserve.  En  le  renvoyant  à  Gœthe  le  5  sep- 
tembre 1800  %  il  disait  que  le  tableau  était  intéressant,  car  il 
montrait  la  vie  d'une  classe  isolée  de  l'humanité,  qui,  de  même 
que  la  montagne  où  elle  réside,  est  séparée  du  reste  du  monde. 
La  description  aurait  pu  être  un  peu  plus  animée  et  plus  diver- 


I .  «  Ich  habe  mich  nicht  erwehren  kônnen,  diesen  Platz  (le  Montserrat) 
als  den  Zufluchtsort  stiller  Abgeschiedenheit  von  der  Welt  anzusehen,  wo 
die  gewiss  nur  wenigen  ganz  fremde  Sehnsucht,  mit  sich  undder  Natur  alleîn 
zu  leben,  voile  und  ungestôrte  Befriedigung genôsse  ;  und  sollte  nicht  billiger- 
weise  jeder  rein  menschlichen  Empfindung  auf  Erden  ein  von  der  Natur 
besonders  fur  sie  begùnstigter  Ort  geheiligt  seyn,  zu  welchem  der  Mensch, 
wenn  nicht  sich  selbst,  doch  wcnigstens  seine  Einbildungskraft  und  seine 
Gedanken  retten  kônnte?  »  (Œuvres,  III,  178).  —  Virués  avait  dit  dans  son 
poème  (ch.  V)  : 

Los  riscos,  cuyas  cimas  hasta  el  delo 
En  forma  de  pirdmides  subidas, 
Bastan  d  divertir  y  dar  consuelo 
A  las  mas  tristes  aimas  y  afligidas. 


Al  fin,  alli  extremô  naturaleza 
Todo  lo  mas  suave  y  mas  hermoso 
Y  todo  lo  que  mas  mueve  y  aviva 
La  santa  soledad  contemplativa. 


2.  Je  parlerai  ailleurs  de  cet  emprunt  fort  discuté. 

3.  Schiller  s  Briefe  y  éd.  Jonas,  VI,  197. 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  I35 

tissante,  mais  elle  n'était  nullement  aride.  «  On  désirerait  de  la 
même  plume,  ajoute  Schiller,  à  côté  de  ce  tableau,  son  revers  : 
un  tableau  de  la  vie  mondaine  agitée.  L'effet  en  serait  alors  dou- 
blé. » 

Humboldt  n'eut  guère  à  se  plaindre  de  l'effet  et  du  succès  de 
sa  description.  On  ne  la  lisait  pas  seulement,  on  s'en  inspirait. 
La  fantaisie  y  ajouta  ses  ornements.  Le  Montserrat,  idéalisé, 
devint  pour  les  Allemands  une  montagne  à  la  mode,  le  rêve  des 
solitaires.  Dans  les  contes  et  les  nouvelles,  le  Montserrat  ne 
manqua  pas  de  jouer  son  rôle.  Tout  au  commencement  du 
siècle,  avant  que  Humboldt  n'imprimât  son  essai,  C.  A.  Fischer 
insérait  dansson  Choix  de  nouvelles  espagnoles  l'histoire  d'un  ermite 
du  Montserrat,  qui,  après  force  illusions,  après  un  mariage  des 
plus  aventureux  et  une  séparation  tragique,  le  cœur  saignant, 
renonce  au  monde  et  finit  ses  jours  dans  le  refuge  sacré  de  la  Cata- 
logne \  La  première  nouvelle  traduite  en  allemand  du  Recueil  des 
nouvelles  de  Dona  Maria  de  Zayas  y  Sotomayor  (traduite  d'après 
l'indication  du  titre  par  Sophie  Mereau  Brentano,  mais  en  réalité 
par  Clemens  Brentano  ')  déroule  son  action  sombre  et  tragique 
au  milieu  des  rochers  silencieux  du  Montserrat  ^  Au  Montser- 


1 .  C.  A.  Fischer,  Der  Einsiedler  vom  Montserrat,  dans  les  Spanisch  Novdletty 
Berlin,  1800,  pp.  $8  ss.  Cest  une  traduction  libre  de  la  nouvelle  bien  connue 
de  J.  Ferez  de  Montai  van. 

2.  «  Ihr  liebt  wohl  die  Madonna  von  Montserrat,  und  woUt  siebesuchen  », 
disait  Porporino  à  Ponce  dans  le  drame  de  C.  Brentano.  Ponce  de  Léon  (Ile  acte, 
dernière  scène). 

3 .  H^er sich  wagtgeht xu Grand,  dans  les  Spaniscfje und  Italienisch  Novellen,  hrg. 
v.  Sophie  Brentano,  Penig,  1804,  p.  11  ss.  — En  1808,  parut  à  Leipzig  une 
nouvelle  de  J.  A.  Fessier,  Alonso  oder  der  IVanderer  nach  Montserrat,  ans  Don 
Bareos  Papieren,  —  Peu  d*années  après,  Caroline  Pichler  publiait  sa  nouvelle  : 
Der  Einsiedler  aus  dem  Montserrat  (la  nouvelle  D^r  Grafvon  Barcellotia,  de  la 
même  Pichler,  insérée  d'abord  dans  VJgJaja  de  181 5,  p.  230  s.,  rappelle  aussi 
parfois  le  Montserrat.) —  Charlotte  von  Ahlefeld  se  souvenait  sans  doute  de  la 
description  du  Montserrat  de  G.  de  Humboldt  lorsqu'elle  écrivait  son  roman  : 
D-r  Mohrenkmbe  oder  die   IVallfahrt    tiacb   dem  Montserrat,    public  à  Altona 


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136  ARTURO   FARINELLI 


rat  encore,  rimagination  enfentine  nourrie  des  contes  tels  que 
Lélixir  de  la  w,  La  fille  du  roi  dans  la  montagne  du  Moniserraty 
plaçait  un  château  mystérieux,  des  fantaisies  enchantées,  une 
princesse  qui  attendait  du  Nord  son  époux'. 

Une  princesse  véritable,  une  des  plus  nobles  et  des  plus  ravis- 
santes que  TAllemagne  ait  jamais  connues,  Caroline  Louise  de 
Weimar,  l'amie  de  Herder,  de  Gœihe,  de  Wieland,  de  Zacharias 
Werner,  née,  comme  disait  Caroline  de  Wolzogen,  Tauteur  du 
roman  Agnes  von  Lilienthaly  pour  s'attacher  à  tout  ce  qui  est 
grand  et  beau,  âme  délicate  et  profonde,  exerçant  une  sorte  de 
fascination  sur  les  meilleurs  esprits  de  son  temps,  rêvait  aussi, 
dans  la  fleur  de  son  âge,  un  séjour  de  tranquillité  et  de  repos  au 
Montserrat.  Elle  avait  vu,  vers  la  fin  de  1809,  les  gravures  vrai- 
ment admirables  qui  ornaient  le  Voyage  pittoresque  et  historique 


en  1821. —  La  nouvelle  D^r  Einsiedler  au f  Montserrat,  parue  dans  le  Panthéon, 
vol.  XVn,  Stuttgart,  1830,  est  une  traduction  libre  de  Monulvan.  —  Une 
nouvelle  «  originale  »  de  Torcuato  Tarrago  y  Mateos  :  El  Ermitano  de  Montserrat 
parut  en  deux  volumes,  à  Madrid,  en  1848.  — Je  ne  connais  le  roman  décadent 
Montserrat  ôqIA.  André  (Paris,  1895)  qued'après  une  note  de  la  Rèv.criticûy  1, 197. 
—  Une  étude  sur  le  Montserrat  dans  Thistoire  et  dans  Timagination  des  poètes 
et  des  voyageurs  serait  extrêmement  intéressante  et  curieuse.  Comme  on  le  sait, 
V.  Balaguer  s'est  occupé  à  plusieurs  reprises  du  Montserrat,  en  en  décrivant 
à  sa  manière,  poétiquement  et  fantastiquement,  les  légendes  et  les  souvenirs  : 
Leyetidas  de  Montserrat.  —  Montserrat,  Recuerdos  tradicionaks  é  histàricos  de 
este  Santuario  y  montana,  Barcelona,  1853,  ^'vre  qui  a  même  eu  Thonneur 
d'une  traduction  allemande  :  Montserrat,  Sagen,  Legenden  und  Geschichten.  Ans 
dem  Spanischen  ûherset^t  von  D,  A,  Rosentlxd,  Regensburg,  1860.  Verdaguer 
a  imprimé  en  1880  àçsCansons  de  Motitserrat  aranovameut dictadas.  Voir  encore 
J.  G}llet,  La  musa  latina  en  Montserrat  en  les  siglos  XVI  y  XV II,  Des 
Cohles  à  la  Perla  de  Cataltmya,  Nostra  Senyora  de  Montserrat  (jtiproàMcXoti  de 
quelques  stances  du  xve  siècle)  ont  paru  à  Barcelone,  en  1896.  Voir  aussi  une 
description  intéressante,  Los  Castelis  de  Montserrat,  ensaig  criticb  bistoricb,dt 
F.  drreras-Candi,  dans  la  Coleccià  de  monografias  deCatalunya,  Barcelona,  1891. 
I .  Voir  J.  W.  Wolf,  Die  Kônigstochter  im  Berge  Muntserrat,  dans  les  Deutsche 
HansffMrchen,  Gôttingen,  Leipzig,    1851,  p.  54  s. 


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GUILLAUME  DE  HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  I37 

de  r Espagne,  de  Laborde*,  ouvrage  connu  aussi  de  Goethe  % 
et  dont  le  premier  volume,  qui  contenait  la  description  du 
Montserrat,  venait  alors  de  paraître  dans  une  traduction 
allemande  K  Elle  en  fut  frappée,  exaltée.  Les  souvenirs  de  la 
description  de  Humboldt  restaient  gravés  dans  son  cœur.  Le 

6  janvier  18 10,  Henriette  Knebel  écrit  à  son  frère  Charles  que 
la  princesse  avait  projeté  depuis  quelque  temps  un  voyage  au 
Montserrat;  c'était  là  que  ses  désirs  les  plus  ardents  la  transpor- 
taient sans  cesse;  un  séjour  au  Montserrat  était  son  ambition 
suprême  ♦.  Six  ans  après,  la  princesse  mourait  comme  une  jeune 

1.  Planches  xix-xxxvii.  Je  suis  parfaitement  persuadé  queLaborde  connais- 
sait la  description  du  Montserrat  de  Humboldt.  Il  suffit  de  comparer  le  texte 
de  son  voyage  avec  le  Montserrat  de  H.,  qui  parut  dans  un  journal  assez  connu 
en  France,  pour  s'en  convaincre.  De  même  que  Humboldt,  Laborde  décrit 
réut  d*âme  des  ermites  {Voyage,  1806,  I,  17  :  Description  de  la  montagne  et 
du  couvent  de  Montserrat)  :  «  Quel  que  soit  le  motif  de  leur  résolution,  il  règne 
bientôt  dans  leurs  idées  et  dans  leur  aspect  la  même  uniformité  que  dans  leurs 
costumes  et  leur  pénitence  :  on  voit  rarement  en  eux  cette  imagination  sombre 
et  hardie  des  soliuires  du  désert,  ce  zèle  religieux.  Les  ermites  du  Mont-Serrat 
ont  des  vertus  plus  douces  et  habitent  des  lieux  moins  sauvages  ;  ce  sont  des 
hommes  simples  et  droits,  de  ceux  qui  craignent  Dieu  et  fuient  le  mal;  la  paix 
r^ne  sur  leurs  visages.  »  L'apostrophe  finale  ne  devait  pas  manquer  son  effet 
sur  les  lecteurs  (p.  18)  :  «  Philosophes,  hommes  d'État,  artistes,  voyageurs 
enfin  de  toute  espèce,  venez  faire  un  pèlerinage  au  Mont-Serrat,  vous  y  trou- 
verez chacun  dans  vos  idées  un  tribut  d'hommage  à  lui  rendre.  » 

2.  Gcethe  connaissait  sans  doute  aussi  la  description  du  Montserrat  dans  les 
Délices  d* Espagne  et  de  Portugal,  de  J.  Alvarez  de  Colmenar  (Amsterdam,  1741^ 
111,128  s.). 

3.  Mahkrische  und  historisclje  Reise  in  Spanien,  Atis  dent  Fran:(ôsischen  Ùberset^L 
Mit  77  Kupfem  (par  J.  A.  Bergk,  Leipzig,  1809-1811).  Elle  est  malheureuse- 
ment incomplète,  mais  elle  est  maniable,  ce  qui  n'est  pas  le  cas  de  la  volu- 
mineuse édition  française. 

4.  a....denn  dahin  (au  Montserrat)  gingen  eigentlich  ihre  Gedanken,  und 
dieser  Aufenthalt  wâre  das  Ziel  ihrer  Wûnsche,  das  sic  immer  im  Herzen  bei 
sich  bewegte.  »  Aus  Karl Ludwig  von  Knebels  Brie fwechsel mit  seitur  Scbwester  Hen- 
riette, hrg.  V.  H.  Dùntzer,  Jena,  1858,  p.  400.  —  Humboldt,  comme  on  sait, 
était  en  bonnes  relations  avec  la  princesse.  Voir  Briefe  an  Motherhy  (Berlin, 

7  mai  1810),  p.  so. 


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138  ARTURO   FARINELU 


fleur  repliée  sur  sa  tige,  et  ses  rêves  descendirent  avec  elle  dans 
la  tombe. 

Je  ne  sais  si  Humboldt  est  pour  quelque  chose  dans  les  pèleri- 
nages au  Montserrat  que  les  Allemands  de  notre  siècle  ont  entre- 
pris. Plus  d'un,  sans  doute,  qui  écrivit  ses  souvenirs,  n^ignorait 
pas  le  tableau  tracé  par  Humboldt.  Les  descriptions  du  Montser- 
rat se  multiplièrent.  Elles  répétèrent  à  l'infini  des  choses  dites 
et  redites,  et  que  le  philosophe  solitaire,  le  confident  de  Goethe 
et  de  Schiller,  avait  exprimées  mieux  que  personne  \ 

Celui-ci  n'oublia  pas  si  vite  l'impression  reçue  dans  sa 
visite  aux  ermitages  du  Montserrat;  il  ne  l'oublia  jamais.  Dans 
un  des  sonnets  qu'il  dictait  pour  ranimer  ses  souvenirs,  pour 
épancher  son  âme  saturée  d'émotion,  Humboldt  célèbre  encore 
une  fois  le  Montserrat.  Il  répète  des  idées,  des  sentiments,  des 
images  bien  connues.  Il  décrit  la  montagne  qui  s'élève  vers  le 
ciel,  ces  grandes  colonnes  de  rochers  qui  se  superposent  à  d'autres 
colonnes.  Il  rappelle  les  ermites  qui  ont  trouvé  ici  leur  refuge, 
et  jouissent  du  repos  de  l'âme  que  rien  ne  trouble,  sans  que  la 
nacelle  de  leur  bonheur  fasse  jamais  naufrage.  Il  croit  cependant 
que  l'homme  peut  fort  bien  se  passer  des  rochers  du  Montserrat 


I.  J'en  ai  lu  dernièrement  plusieurs,  et,  je  l'avoue,  sans  aucun  profit,  ni 
aucun  agrément.  Lorinser,  le  traducteur  de  Calderon,  a  dit  peut-être  le  moins 
de  banalités  sur  le  Montserrat  dans  ses  Reiseski:(^en  aus  Spanieny  R^ensburg, 
1855,1,  84  s.  D'autres,  comme  E.  v.  Cuendias,  Span'uit  uttd  die  Spanier,  Brûssel 
1847,  p.  570,  s.  ;  C.  A.  Rossmàssler,  Reise-Erinnerungen  aus  Spattiett,  Leipzig, 
1854,  I,  40;  K.  Freih.  v.  Thiencn-Adlerflycht,  In  dos  Lattd  vdl  Sonnenschein^ 
Berlin,  1861,  p.  148  s.  ;  H.  Ischckk^^Reise-Erinnerungen  aus  SpanUn.  Von  Bar- 
ceîona  tiach  Cadii^  Wùrzburg,  1879  (P-  3^^)*»  G»  Strobl,  Bine  Sommerreise 
nachSpanien^  Graz,  1880,  p.  62  ss.  ;  J.  Grauss,£i«^  Ruttdreise  inSpaniett,  Wien, 
1893,  n'étant  pour  la  plupart  que  des  simples  guides,  ne  font  qu'orienter  assez 
superficiellement  le  lecteur,  et  sont  dépourvus  de  toute  originalité.  —  Voir  un 
chapitre,  bien  pensé  et  bien  écrit,  sur  le  Montserrat,  dans  les  notes  de  voyage 
de  Th.  Bernhardi,  Reise-Erinneiungen  aus  Spanien,  Blàtter  aus  eitum  Tagébuchey 
Berlin,  1886,  p.  543  s. 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT   ET    L  ESPAGNE  I39 

pour  purifier  son  intérieur.  Même  au  milieu  de  la  société  tumul- 
tueuse, rhomme  qui  sait  puiser  dans  le  sanctuaire  de  sa  pensée 
trouve  la  solitude  et  le  repos  '.  C'était  son  expérience  à  lui. 
Lancé  au  milieu  des  affaires,  au  milieu  des  passions  frémissantes, 
dans  le  tourbillon  de  la  vie,  ambassadeur,  ministre,  il  a  porté 
toujours  son  Montserrat  dans  son  cœur;  il  a  eu  toujours  la 
force  de  se  séparer  du  monde  pour  vivre  confiné  dans  ses  études 
chéries,  dans  sa  méditation.  Sa  solitude  au  milieu  du  tumulte 
des  affiaires  a  été  sa  ressource  infaillible  ;  même  quand  les  orages 
grondaient  au  dehors,  il  n'a  pas  eu  son  repos  troublé,  il  est 
toujours  resté  inébranlable. 

Après  bien  des  hivers  passés  dans  le  monde,  le  besoin  de  s'en 
écarter  le  plus  possible  devint  plus  pressant  :  «  Chaque  année, 
dit-il  dans  une  de  ses  eff"usions  à  Charlotte  Diede,  augmente 
mon  penchant  à  la  solitude,  à  une  vie  vouée  à  mes  pensées, 
à  mes  souvenirs.  Il  n'augmente  pas  seulement,  il  porte  de  plus 
en  plus  ses  fruits  bienfaisants  »  (1833).  «  Il  n'y  a  rieri  au  monde 
de  plus  sublime  qu'une  vie  simple,  tranquille  et  paisible  »  (1828). 
Comme  des  images  chéries  qu'on  aime  à  caresser  et  à  retenir  au 
plus  fort  des  émotions,  la  montagne  solitaire  de  la  Catalogne  lui 


I .  Donnons  ici  le  sonnet  tel  qu'il  est  et  dans  sa  langue  :  Der  Montserrat 
(Œuvres,  III,  422). 

Im  Berg,  von  kûhner  Adler  Flug  umschwcbt 

Wo  zu  des  Himmels  dunkelblauer  Heitre, 

Dass  sich  der  Blick  auf  Land  und  Meer  erweitre, 

An  Felsensaule  Felsensaulc  su-ebet  ; 
Geweihte  Zabi  von  edlen  Klausnern  lebet, 

Gewiss,  dass  nicht  das  Schiff  des  Glûcks  mebr  scheitre, 

Und  jeder  Tag  die  reine  Bnist  nocb  lautre. 

Ein  Leben,  still  von  Seelenruh  gewebet. 
Doch  nicht  des  Montserrate  Felsenzacken 

Bedarf  die  Brust,  dass  von  der  Erde  Schlackcn 

Sich  heilge  einsam  strenggeûbter  Wille. 
Auch  in  der  Menschen  larmcnden  Gewimmel 

Schafft  selger  Ruhe  ungetrubten  Himmel 

Sich  dem  Gcdanken  zugcwandtc  Stille, 


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140  ARTURO   FARINELLI 


apparaissait  dans  ses  rêves  d'ermite  telle  qu'il  l'avait  vue  à 
l'époque  de  son  voyage.  Encore  au  mois  de  novembre  1833  il  la 
décrit  à  son  amie  intime  à  laquelle  il  avait  tant  de  fois  chanté 
le  «  Beatus  ille  »  d'Horace  '  : 

«  Il  y  a  en  Espagne  une  montagne  parsemée  d'ermitages; 
c'est  le  Montserrat  près  de  Barcelone.  J'ignore  si  vous  en  avez 
jamais  entendu  parler,  ou  si  vous  avez  lu  quelque  chose  là- 
dessus.  Je  l'ai  visité  lors  de  mon  voyage  en  Espagne,  et  il  doit 
exister,  imprimée  quelque  part,  une  description  détaillée  que 
j'en  ai  faite.  Les  ermites  ne  sont  pas  des  prêtres,  mais  des 
hommes  qui  ont  vécu  dans  le  monde  jusqu'à  un  âge  souvent 
très  avancé,  et  occupant  parfois  des  places  de  haute  importance. 
Le  site  est  d'une  beauté  merveilleuse.  La  montagne,  toute  en 
rochers,  couverte  d'arbres  et  de  broussailles,  s'élève,  semblable  à 
une  île  isolée,  au  milieu  de  la  plaine.  D'innonibrables  sentiers 
se  croisent  en  tous  sens  à  travers  ses  gorges  et  ses  escarpements. 
Comme  trait  particulier  du  paysage,  se  dressent  de  toutes  parts, 
ainsi  qu'une  forêt  d'arbres  gigantesques,  des  rochers  de  70  à  80 
pieds  de  haut.  Aucun  d'eux  ne  ressemble  à  l'autre,  et  ils  affectent 
souvent  les  formes  les  plus  étranges.  De  l'extrême  sommet,  la 
vue  embrasse  la  contrée  environnante  et  s'étend  jusqu'à  la  côte 
de  la  mer.  On  trouve  là  douze  ermitages,  les  uns  complète- 
ment isolés,  les  autres  très  rapprochés.  Par  des  procédés  presque 
puérils  on  a  mis  des  obstacles  à  la  possibilité  de  voisiner.  C'est 
ainsi  que  deux  solitaires  habitaient  une  même  grotte,  formée  par 
la  crevasse  d'un  rocher  tombant  à  pic.  Une  cloison  naturelle  de 
la  grotte  séparait  la  demeure  des  deux  ermites.  Aucune  porte  de 
communication  n'avait  été  ouverte,  ce  qui  eût  été  facile,  et  ces 
vieillards,  qui  vivaient  côte  à  côte,  avaient  à  descendre  puis 
à  gravir  plus  de  cent  marches,  quand  ils  voulaient  se  voir.  Beau- 


I.  Briefe  an  eine  Freundin^  II,  235  s.  Je  reproduis  ici,  avec  quelques  légères 
modifications,  la  traduction  donnée  par  Laquiante,  Append,  aux  lettres  de 
Humboldt  à  Schvveighaeuser,  p.  201  s. 


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GUILLAUME  DE   HUMBOLDT    ET   L  ESPAGNE  I4I 

coup  d'autres  pratiques  et  dévotions  des  cénobites  étaient  aussi 
bizarres  et  aussi  maussades.  Et  cependant  le  sentiment  qui  les 
portait,  sur  la  fin  d'une  existence  active,  à  vivre  d'une  vie  soli- 
taire et  désabusée  en  face  de  la  nature  de  Dieu,  dans  un  site 
admirable,  avait  certainement  sa  source  dans  les  profondeurs  de 
l'âme.  Ces  hommes-là  n'éprouvaient  peut-être  pas  des  senti- 
ments aussi  purs  ;  mais  leur  genre  de  vie  et  leur  montagne  avec 
ses  ermitages  exprimaient  fort  bien  qu'il  fallait  sentir  ainsi.  En 
laissant  de  côté  son  caractère  religieux,  on  n'en  était  pas  moins 
agréablement  surpris  de  rencontrer,  sur  sa  route,  cette  image 
symbolique  des  aspirations  idéales.  » 

De  l'ascension  au  Montserrat,  Humbold  avait  rapporté  les 
impressions  les  plus  profondes  et  les  plus  durables  de  son 
voyage.  Quoiqu'il  n'ait  pas  laissé  de  notes  sur  son  retour  à  Paris, 
en  passant  par  les  Pyrénées  et  par  Toulouse,  quoique  le  désir  et 
le  besoin  de  repos,  l'espérance  de  revoir  bientôt  l'Allemagne  l'in- 
vitassent à  se  hâter,  il  ne  pouvait  se  détacher  sans  r^ets  de  ce 
pays  où  il  avait  connu  de  vrais  caractères,  des  hommes  char- 
mants, où  il  avait  considérablement  enrichi  ses  expériences. 

U  n'aura  pas  donné  à  l'Espagne  un  adieu  douloureux 
comme  d'autres  voyageurs,  comme  Byron  dans  Childe  Harold 
(Ch.  I),  mais  il  n'aura  pas  non  plus  quitté  cette  terre  si  riche 
en  souvenirs  avec  le  dégoût  et  le  dédain  de  quelques  Français  et 
Allemands  qui  n'y  voyaient  qu'un  monceau  de  ruines,  une  civi- 
lisation irrrémédiablement  déchue,  le  fléau  de  l'Inquisition  sub- 
juguant les  esprits,  entretenant  l'ignorance,  la  crédulité  supersti- 
tieuse, la  fainéantise  *.  Toute  réelle  et  sensible  qu'était  la  déca- 


I .  Le  mépris  de  quelques  voyageurs  français  pour  la  nation  espagnole  se 
comprend  trop  bien  par  les  rivalités  politiques  très  vives  à  la  fin  du  siècle.  Il  y 
eut  néanmoins  des  Allemands  plus  injustes  envers  FEspagne  que  les  Français 
eux-mêmes.  Tel  Kauthold  qui  prenait  congé  de  Madrid  comme  un  oiseau 
pourrait  prendre  congé  de  sa  cage.  Il  respire  à  pleins  poumons  lorsqu'il  a  T Es- 
pagne derrière  lui,  ce  pays  «  wo  geistlicher  und  weltlicher  Despotismus  die 


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142  ARTURO   FARINELLI 


dence  en  Espagne,  le  pays  n'en  était  pas  moins  digne  d'étude 
aux  yeux  de  Humboldt.  La  destinée  des  nations  change  et  roule 
perpétuellement  comme  Teau  du  fleuve  qui  coule  de  la  mon- 
tagne à  la  mer.  Essayez,  si  vous  pouvez,  d^en  arrêter  le  cours.  La 
destinée  de  l'Espagne  n'a-t-elle  pas  d'ailleurs  quelque  ressem- 
blance avec  la  destinée  de  l'ancienne  Grèce  ?  «  Lorsqu'un  cratère 
s'écroule  et  qu'un  volcan  se  soulève,  disait  Humbolt  dans  ses 
Considérations  sur  Fhistoire  universelle^  ses  formes  revêtent  une 
beauté  et  une  grandeur  inconnues  jusqu'alors;  lorsqu'une  nation 


Menschheit  im  eiseme  Fesseln  geschlagen  hat,  die  nun  ihre  Niedertràchtigkeit 
und  ihre  Schande  im  schwelgerischen  Vergnûgen  zu  vergessen  sucht  »  (  Spa- 
nien  wie  es  gegenwàrtig  ist^  Gotha,  1797,  II,  384).  J.  G.  Rist  est  plus  calme  et 
moins  déclamateur.  Voilà  comment  il  salue  TEspagne  en  la  quittant  après  un 
séjour  de  quatre  ans  (Lebenurinnerungen,  II,  373)  :  «  Jener  Sirenenrausch  der 
sùdlichen  Natur  hat  sich  lângst  in  heitere  Erinnerung  aufgelôst  ;  ich  habe  es 
erfahren,  dass  nicht  die  Temperatur  der  Lûfte,  die  Blâue  des  Himmels,  das 
Grûn  der  Erde,  die  Sonne  am  Himmel  das  Gluck  der  Menschen  macht,  son- 
dern  jene  innere  Sonne,  die  den  Geistern  ûberall  leuchiet,  wo  Glaube,  Liebe, 
Hoffnung  in  den  Herzen  wohnen.  Der  Norden  hat  mir  gegeben,  was  ich  nim- 
mer  im  Sûden  hâtte  fînden  kônnen.  »  La  différence  plus  ou  moins  frappante 
entre  Thomme  du  Nord  et  Thomme  du  Midi  occupait  alors  sérieusement  les 
esprits  en  Allemagne.  Voir  à  ce  propos  un  petit  livre  assez  curieux,  mais  très 
peu  lu,  de  Chr.  Victor  von  Bonstetten,  Der  Mensch  im  Sûden  und  im  Norden  oder 
ûher  den  Einfluss  des  Climas  (Deutsch  v.  Friedr.  Gleich),  Leipzig,  1825.  Il  y  est 
rarement  question  de  TEspagne  (à  la  p.  13,  on  parle  cependant  de  la  bra- 
voure espagnole  irréfléchie  et  mal  dirigée).  —  Vinckc,  que  Humboldt  connais- 
sait fort  bien,  n*a  pas  quitté  TEspagne  sans  regret  (Bodelschwingh,  Leben  desPr, 
F,  V.  Vincke,  p.  209)  :  «  in  die  Freude  . .  unserem  Vaterlande  schon  um  so 
viel  nàher  zu  sein,  mischte  sich  doch  auch  die,  von  jedem  Abschiede  uns  theu- 
erer  Menschen,  selbst  Gegenden  unzertrennliche  wehmùtliige  Empfindung. 
Ich  hatte  beinahe  9  Monate  in  dem  Lande  zugebracht,  welches  jetzt  mein 
letzter  Blick  begrùsste,  ich  hinterliess  doch  mehrere  Menschen,  deren  Andenken 
mir  immer  theuer  sein  wird  ;  ich  fand  meine  Erwartungen  von  dem  Lande 
nicht  befriedigt,  aber  die  Reise  bleibt  mir  doch  in  vieler  Hinsicht  nûtzlich  und 
wichtig,  ich  môchte  sie  um  keinen  Preis  noch  einmal  machen,  aber  es  ist  mir 
auch  nicht  leid,  sie  gemacht  zu  haben,  und  wenn  es  mir  zuweilen  schlimm 
genug  erging,  so  werde  ich  doch  stets  mit  Vergnûgen  daran  zurûckdenken.  » 


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GUILLAUME  DE  HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  I43 

se  développe,  des  formes  nouvelles  de  Tesprit,  des  sons  qui 
émeuvent  Tâme  et  frappent  la  fantaisie  revivent  dans  sa  langue. 
Cest  ainsi  que,  dans  chaque  chute,  vous  trouvez  une  consolation, 
et  dans  chaque  changement,  une  compensation  »  \  La  plupart  des 
historiens  affectent,  de  nos  jours  encore,  une  certaine  répu- 
gnance à  l'étude  de  la  décadence  d'un  peuple  ou  d'une  civilisa- 
tion. Humboldt  est  d'avis  que  l'histoire  de  la  décadence  des  États 
offre,  en  général,  plus  d'intérêt  que  l'histoire  de  leur  grandeur  ; 
cette  prospérité  même  ne  commence  à  nous  intéresser  vivement 
que  lorsqu'on  la  contemple  au  point  de  vue  de  la  décadence. 
Lorsque  l'organisation  artificielle  d'un  État  vient  échouer  à 
recueil  du  malheur,  ses  différentes  parties  frappent  d'un  coup 
nos  r^ards  ;  nous  commençons  alors  à  méditer  sérieusement,  la 
sympathie  cède  à  un  sentiment  poignant  de  mélancolie  ;  avec  la 
chute  d'un  État  nous  croyons  que  tout  est  en  train  de  chanceler 
et  de  tomber  *. 

Des  pensées,  des  sentiments  pareils  agitaient  peut-être  l'âme 
de  Guillaume  de  Humboldt  au  moment  où  il  quittait  l'Espagne, 
si  malheureusement  déchue  de  son  ancienne  grandeur,  Hum- 
boldt ne  cachait  pas  cependant  sa  joie  d'appartenir  à  une  nation 
qui  marchait  à  voiles  déployées  dans  la  voie  du  progrès.  Il  était 
fier  d'être  Allemand.  La  vie  à  l'étranger,  le  séjour  en  Espagne, 
loin  d'affaiblir  son  amour  pour  l'Allemagne  l'avait  accru  et  for- 
tifié ^  «  Les  neiges  de  Gistille,  dit-il  dans  un  sonnet  qui  a  été 


1.  Bdrachiungett  ûber  die  JVeltgeschichte ^  p.  61  s. 

2.  GeschichU  des  Ver f ails  der griechisclnn  Freistaaten,  p.  135  s. 

3.  Henriette  Herz  écrivait  à  propos  de  Humboldt  dans  ses  Souvetiirs  : 
«  Aber  dennoch  sehnte  er  sich  . . .  auf  *s  lebhafteste  von  Spanien  hinweg 
und  wieder  nach  Deutschland.  Er  war  durch  und  durch  Deutscher.  »  J.  Fûrst, 
Henriette  Herx,  Berlin,  1850,  p.  257.  —  G.  Schlesier  dit  fort  bien  dans  ses 
Erinnerungen  von  IVilhelm  von  Humboldt,  Stuttgart,  1845,11,  39  s.,  en  parlant 
deTinâuence  du  voyage  en  Espagne  sur  le  caractère  de  Humboldt:  «  ...wienur 
ein  Jahrzeheod  spâter  von  den  Wellen  Saragossa's  ein  Zeichen  der  Befretung 
ûber  Europa  ging,  so  ist  uns  mitten  unter  diesem  sùdlichen  Naturvolk  ein 


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144  ARTURO   FARUŒLU 


peut-être  composé  en  Espagne  ',  les  fleurs  odoriférantes  de 
l'amandier  ne  remplaceront  jamais  la  tendre  bonté  de  mon  doux 
pays.  «Plus  Humboldt  restait  à  l'étranger,  plus  il  voyait  de 
monde  et  apprenait  à  connaître  d'hommes,  plus  il  avait  d'estime 
pour  sa  patrie,  plus  il  savait  en  apprécier  les  avantages  tout  en  en 
regrettant  les  dé&uts.  Il  est  resté  Allemand  en  France,  Allemand 
en  Espagne,  Allemand  en  Italie  ^  Les  premières  années  qu'il 
passa  à  Paris,  il  se  plaignait  (lettre  à  WolQ  de  vivre  si  loin  des 
accents  chéris  du  langage  allemand  ;  et  sa  maison  était  pourtant 
devenue  le  point  de  ralliement  des  Allemands.  En  octobre  1798 
il  écrit  à  Jacobi  que,  dans  le  cœur  de  la  France,  il  est  devenu 
encore  plus  profondément  Allemand  (a  ein  noch  eingefleischterer 
Deutscher  als  vorher  »).  C'est  à  cette  époque  que  Schiller  écri- 
vait à  Gœthe  :  «  Notre  ami  Humboldt  reste,  au  milieu  de  Paris, 
fidèle  à  ses  idées  et  à  son  sentiment  allemands  »  (a  seiner  alten 


Charakter  durchgebildet  worden,  der  mâchtîg  und  ^ukunftvoll  fur  die  Emeue- 
rung  Deutschlands  und  Preusscn  wirkte,  ein  Held,  der  wie  seine  Kinder  die 
entmuthigsten  Landsleute  zu  grossen  Thaten  anspomte.  »  —  Voir  aussi  sur  le 
haut  sentiment  patriotique  de  Humboldt,  B.  Gebhardt,  Wilhélm  von  Humboldt 
als  Siaaismann,  Stuttgart,  1896,  p.  91  s. 

1.  Rei^  der  Heimalh,  Œuvres^  III,  421. 

2.  Cela  étonnera  sans  doute  ceux  qui  connaissent  l'habileté,  la  souplesse 
extrême  avec  laquelle  Humboldt  savait  démêler  les  traits  caractéristiques  des 
peuples  étrangers.  Voir  aussi  O.  Harnack,  Goethe  und  îVilhelm  von  Humboldt, 
dans  la  Vierteljahrs.  f,  Liter.  (Weimar),  I,  227.  —  Cest  du  reste  une  parti- 
cularité bien  frappante  des  Allemands  qui  ont  le  plus  étudié  la  vie  intellec- 
tuelle des  nations  étrangères,  d'avoir  gardé  partout,  en  tout  temps  et  dans  toute 
son  intensité,  l'amour  de  la  patrie.  Cest  à  bon  droit  que  Guillaume  Schlegel 
chantait  de  lui-  même  : 

Frenide  Sitten,  fremde  Zungen,  Stârkten  sie  den  Dcutschen  Sinn. 

Lemt*  ich  ûbea  her  und  hin,  L^uig  ein  umgetriebner  Wan  Irer 

Kicht  im  Herzen  angeklungen  Wurd'  ichniemalsdoch  ein  Andrer. 

A,  W.  Schle^eU  poetische  Werke,  I  u.  II,  Th.  Heidelberg,  181 1,  n©  75.  Voir 
aussi  B.  Schultheiss,  GeschichU  des  deutschen  NationalgefitlAs,  Eine  historische  psy- 
choU^tscJje  Darstellwtg,  I,  Weimar,  1893. 


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GUILLAUME  DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  I45 

Deutschheit  »).  Peu  avant  sa  mort,  Schiller  écrivait  directement 
à  Humboldt  (avril  1805)  :  «  L'esprit  allemand  a  de  trop  pro- 
fondes racines  chez  nous  pour  que  vous  cessiez  un  instant  de 
sentir  et  de  penser  à  l'allemande.  »  Qu'on  se  rappelle  la  fin  de 
ses  distiques  In  der  Sierra  Morena.  De  quels  accords  puissants 
vibre  sa  lyre  lorsqu'il  s'agit  de  célébrer  les  vertus  du  peuple 
allemand!  Il  a  oublié  qu'il  est  encore  en  terre  d'Espagne; 
il  exalte  cette  langue  germanique,  noble  et  énergique,  qui,  de 
même  que  le  grec,  se  prête  aux  envolées  les  plus  hardies  de  la 
pensée;  il  chante  les  louanges  du  peuple  qui,  méconnu  autrefois, 
poursuit  son  chemin  en  silence  et  plein  d'ardeur.  Un  temps 
viendra  où  ce  peuple  servira  d'exemple  aux  autres;  il  régnera 
alors,  non  pas  par  les  armes  et  les  guerres  sanglantes,  mais  par 
la  parole  et  par  la  pensée  '. 


Vin  —  DEUXIÈME   VOYAGE  EN    ESPAGNE.    ESQUISSES  SUR 
LE  PAYS   BASaUE 

Une  fois  rentré  avec  sa  famille  à  Paris  (18  avril  1800),  de 
nouveau  plongé  dans  ses  études,  Guillaume  de  Humboldt  ne 
désirait  pas  autre  chose  que  de  les  achever  au  plus  vite  pour 
regagner  l'Allemagne.  Mais  d'autres  distractions  survinrent.  Dans 
l'horizon  immense  qui  s'ouvrait  toujours  devant  lui,  dans  la 
fourmilière  de  ses  idées,  aucun  projet  pour  l'avenir  ne  pouvait 
se  fixer  d'une  façon  absolue.  Il  fallait  enfanter  et  détruire,  au 
hasard  des  études   très   disparates   qui  l'occupaient  momenta- 

I.  Voir  aussi  soq  sonnet  DieEiche,  Œuvres^  IV,  352. 

Denn  Stârke,  die  mit  dem  Gefûhle  ringet, 

Bis  aile  Tiefen  sie  der  Brust  durchdringet, 

Und  Phantaste,  die  sich  im  Aether  wieget, 
Dem  Zartesten  sich  an  in  Milde  schmieget, 

Und  sich  in  neuen  Blûthen  stets  verjûnget, 

Von  Urzeit  her  in  Thuiskons  Volke  lieget. 
Rtvnt  hispanique.  to 


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146  ARTURO   FARINELLI 


nément.  Humboldt  était  alors  occupé  à  ordonner  et  à  compléter 
les  matériaux  rassemblés  dans  son  voyage  en  Espagne  :  a  II  faut 
encore  que  je  consulte  quelques  livres  espagnols  très  rares  qui  ne 
se  trouvent  qu'ici  à  Paris.  Je  suis  surchargé  de  travail  »,  écrit-il  à 
Wolf,  le  28  juillet  1800.  Il  poursuivait  en  même  temps  des 
recherches  linguistiques  fort  pénibles,  avec  un  acharnement  nou- 
veau, avec  une  passion  fiévreuse  qu'il  n'avait  pas  connue 
jusqu'alors.  Désonnais  il  n'étudiera  plus  les  langues  comme 
simple  auxiliaire  de  l'histoire  ;  il  les  étudiera  pour  elles-mêmes, 
comme  science  à  part,  et  ce  sera  l'étude,  l'occupation  maîtresse 
de  sa  vie. 

Le  basque  l'avait  déjà  vivement  intéressé  dans  sa  courte  visite 
aux  provinces  d'Alava,  de  Guipuzcoa  et  de  Biscaye.  Il  lui 
offrait  des  problèmes  linguistiques  et  ethnographiques  de  la  plus 
haute  importance  à  résoudre.  Il  s'agissait  de  remonter  aux 
premières  sources  des  langues  européennes;  de  connaître  dans 
son  organisation  celle  qu'il  croyait,  à  tort  ou  à  raison,  la  plus 
vieille  des  langues  de  l'Europe,  l'ancienne  langue  de  toute 
l'Espagne  et  du  Midi  de  la  France.  Il  commence  par  se  feiire, 
pour  son  propre  usage,  comme  nous  l'apprenons  par  Schlesîer  ", 
une  sorte  de  dictionnaire  espagnol-basque  à  l'aide  de  livres  fort 
rares  et  des  manuscrits  de  la  Bibliothèque  Nationale  '.  Il  reçoit 
quelques  raretés  bibliographiques  du  savant  helléniste,  le  baron  de 
Sainte-Croix.  D'autres  savants  lui  fournissent  d'autres  informa- 
tions. Tel  sans  doute  ce  Lorenzo  del  Prestamero  *  auquel,  comme 


1.  Erinnerungen  an  W.  von  Humboldt  y  JI,  $4. 

2.  En  1745  avait  paru  à  Saint- Sébastien  \t  Diccionario  trilingue  del  Castellano^ 
Bascuence  y  Latin  du  père  Larramendi  (2«  éd.,  1853).  C.  A.  Fischer  qui  le 
nomme  dans  son  Voyage (^tf/5^  von  Amsterdam,  etc.,  2«éd.,  p.  127),  avec  VArte 
de  la  lengua  Bjscongada,  El  impossible  vencido  du  même  savant  (Salamanca, 
1729),  ajoute  que  ces  deux  livres  étaient  alors  extrêmement  rares. 

3.  C'est  ainsi  que  s'appelait  le  cicérone  de  Humboldt  à  Vitoria  et  non 
Lorenzo  Trastumero,  comme  on  lit  dans  les  Œuvres  de  Humboldt,  III, 
^39,  et  comme  le  répète  Haym,  W.  von  Humboldt ,  p.  193. 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  I47 

Humboldt  l'avoue  dans  ses  Esquisses  sur  le  pays  basque^  il  devait, 
même  après  son  retour  d'Espagne,  mainte  notice  précieuse,  surtout 
au  sujet  de  la  langue  basque.  «  C'était  un  investigateur  modeste, 
actif  et  consciencieux  de  l'histoire  de  son  pays,  occupé  depuis 
nombre  d'années  à  recueillir,  pour  une  description  de  l'Alava, 
des  matériaux  qu'il  cédera  un  jour,  s'il  reste  fidèle  à  ses  inten- 
tions, à  l'Académie  de  l'Histoire  de  Madrid  pour  le  Dictionnaire 
qu'elle  prépare  '.  »  «  Il  a  tout  embrassé,  dit  Humboldt,  l'état 
physique  et  politique  de  sa  province;  il  connaît  Thistoirc  de 
chaque  endroit,  de  chaque  ville,  de  chaque  cloître  ;  il  a  rédigé  des 
tables  de  statistique  sur  les  revenus  du  pays,  la  topographie  des 
différents  districts;  il  a  copié  les  privilèges  et  les  décrets  inédits; 
il  a  fait  des  recherches  étymologiques  sur  les  noms  de  lieu  ;  son 


I .  Il  les  donna,  en  effet,  et  les  deux  volumes  du  Diccionario  Geogràfico- 
Histôrico  de  Espaîm  par  la  Real  Academia  de  la  Historia  (Seccion  I,  Comprende 
eî  Reyno  de  Navarra,  Seùorio  de  Vi\caya  y  prcvincias  de  A  lava  y  Guipu:^coa)y 
Madrid,  1802,  se  sont  enrichis  en  plusieurs  endroits  des  précieux  matériaux  de 
Prestamero.  Celui-ci  était  secréuire  de  la  «  R.  Sociedad  Bascongada  ».  On  le 
remerciait  de  ses  services  dans  le  Prôîogo  du  vol.  1,  p.  xxx  :  a  El  Senor  D. 
Lorenzo  del  Prestamero,  presbitero,  résidente  en  Vitoria,  que  habia  auxiliado 
los  trabajos  del  Senor  Alava,  bien  que  la  Junta  encargada  del  Diccionario  le 
insinué  que  completase  las  descripciones  de  las  36  hermandades  que  faltaban,  se 
dedicô  à  practicar  quantas  diligencias  fuesen  necesarias,...  fomiô  y  remitiô 
todas  las  descripciones  y  algunas  otras  noticias  muy  utiles...  copiando  ks 
muchas  inscripciones  que  todavia  se  conservan.  La  decidida  aficion  del  Senor 
Prestamero  al  estudio  de  nuestras  antigûedades,  su  preciosa  coleccion,  zelo 
patriotico,  de  que  ha  dado  grandes  pruebas  en  la  Real  Sociedad  Vascongada,  y 
sus  prendas  personales  hacen  muy  recomendable  el  mérito  de  este  eclesiâstico, 
etc.  »  Prestamero  est  encore  nommé  à  l'article  Vitoria  (vol.  II,  p.  475)  : 
«  Existe  en  casa  de  este  erudito  un  gabinete  de  historia  natural,  monetario  y 
coleccion  deplanus  delà  provincia  de  Alava».  Les  Descripciones  de  Alava  de 
Prestamcra  sont  rappelées  dans  le  Pràlogo  du  vol.  I  de  Touvrage  de  LIorente, 
Nolicias  hislâricas  de  las  très  provincias  vascongadaSy  Madrid,  1805,  p.  xxrv.  Le 
premier  travail  de  Prestamero  fut  la  publication  d'une  inscription  romaine  de 
Asa,  Alava,  1785.  La  plupart  de  ses  manuscrits  sont  encore  à  l'Académie  de 
l'Histoire  de  Madrid.  Voir  Munoz  VI,  17;  Hûbner,  Corp,  inscript. ,  II,  397. 


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148  ARTURO   FARINELLI 


domaine  pféféré,  c'est  l'étude  des  antiquités.  Il  m'a  montré  deux 
volumes  in-folio  d'inscriptions  des  temps  anciens  et  modernes 
que  l'on  trouve  dans  la  seule  province  d'Alava.  »  Il  n'est  resté 
nulle  trace  des  lettres  que  Prestamero  et  d'autres  Espagnols  ont 
écrites  à  leur  grand  ami  d'Allemagne  %  nulle  trace  non  plus  des 
lettres  de  Humboldt  à  ses  amis  d'Espagne  \ 

A  la  fin  d'avril  1801,  sans  beaucoup  de  préparatifs  et  presque 
à  l'insu  de  ses  amis,  Humboldt  part  une  seconde  fois  pour 
l'Espagne  K  «  J'apprends,  écrivait  Gaillard  à  Schûtz,  le  26  juin 
1801,  lorsque  Humboldt  avait  déjà  regagné  Paris,  j'apprends  que 
M.  de  Humboldt,  au  lieu  de  partir  pour  nos  contrées,  s'est 
décidé  subitement  à  diriger  de  nouveau  ses  pas  vers  l'Espagne.  » 
Ce  voyage,  exclusivement  scientifique,  se  limita  aux  provinces 
basques  de  la  France  et  de  l'Espagne.  Il  ne  dura  que  quelques 
semaines;  le  13  juin,  Humboldt  avait  rejoint  sa  femme  et  ses 
enfants  à  Paris  ^. 

Pour  compléter  par  des  rapports  et  des  communications  orales 
ce  qu'on  savait  à  l'étranger  sur  la  langue,  l'histoire  et  les  mœurs 
des  Basques,  pour  poursuivre  ses  recherches  sur  les  habitants 
primitifs  de  l'Espagne,  Humboldt  avait  voulu  séjourner  quelque 
temps  en  Biscaye  :  a  Un  des  buts  principaux  de  mon  voyage,  dit 


.1.  Nous  savons,  par  une  lettre  de  Caroline  à  son  père  (Paris,  29  mai  1800), 
que  le  marquis  Granda  écrivait  de  temps  en  temps  aux  Humboldt. 

2.  Toutes  mes  recherches  à  ce  sujet,  en  Espagne  et  ailleurs,  ont  été  infruc- 
tueuses; M.  José  M*  de  Bernaola,  bien  connu  par  les  basquisants,  a  eu  Tobli- 
geancp  de  faire  des  recherches  pour  moi  à  Durango,  où  son  aïeul,  Pedro  José 
Bernaola,  tenait  «  fonda  »  au  temps  du  séjour  de  Humboldt  dans  cette  ville,  mais  il 
m'écrit  n'avoir  trouvé  «  nicartas,  ni  correspondenda  alguna». 
1  3.  C'est  sans  doute  par  mégarde  que  Gregorovius,  dans  son  essai  sur  les 
frères  de  Htiqiboldt,  p.  149,  fait  dater  ce.  second  voyage  en  Espagne  de 
KjiMtomne  1800. 

:  4.  J.  Ç.  Adelung,  Mithr idoles  oder  dîgemeine  Sprachenkunde,  vol.  IV, 
Berlchtigitngenund  Zttsàiie  ùber  dit  Cantahrische  oder  Baskische  Spracht,  v.  W.  v. 
Humboldt,  Berlin,  1819,  p.  351  ;  271. 


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GUILLAUME  DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  I49 

Humboldt  dans  ses  Additions  au  Mithridates  de  Adelung,  était  de 
découvrir  dans  les  vieilles  traditions  et  dans  les  chansons  natio- 
nales du  pays  les  vestiges  qui  auraient  pu  subsister  de  l'ancienne 
histoire  et  de  Tancien  état  du  peuple  basque.  »  Nulle  distraction 
ne  devait  interrompre  cette  étude  précipitée,  cette  marche  rapide 
au  centre  de  l'ancienne  Ibérie.  Nous  ne  savons  pas  exactement 
quelles  villes  et  quels  villages  il  visita  de  préférence;  aucune 
lettre  écrite  pendant  ce  séjour  ne  nous  a  été  transmise.  Les 
recherches,  longues  et  pénibles,  durent  l'absorber  complète- 
ment. Il  n'était  pas  toujours  seul  cependant.  Il  avait  fait  le 
voyage  de  Paris  à  Saint- Sébastien  avec  un  ami  de  Rahel,  un 
jeune  commerçant  de  Hambourg,  G.  Guillaume  Bokelmann,  qui 
allait  à  Cadix  se  charger  des  affaires  de  son  beau-frère  Simon.  A 
Sarnt-Sébastien,  à  Bilbao,  Humboldt  et  Bokelmann  restèrent 
quelque  temps  ensemble.  Une  lettre  de  Caroline  à  Rahel  *, 
d'autres  de  Rahel  à  Bokelmann  *  le  prouvent  amplement  : 
«  Profitez  comme  bon  vous  semblera  et  en  toute  circonstance  du 
Émtasmagorique  (Guillaume  de  Humboldt)  »,  écrit  Rahel  à 
Bokelmann,  le  20  avril  1801,  et  un  mois  après  :  «  Vous  me 
parlez  admirablement  et  en  vrai  sage  du  «  fantasmagorique  ».  Une 
autre  lettre  postérieure  de  Rahel  nous  montre  que  les  deux 
Allemands   s'étaient  brouillés  quelque  peu    en  Espagne  ^,  De 


1.  Briefwechul  x^schen  Karolinev.  Humboldt,  Rahel  und  Varnljoqen  (Paris,  12 
mai  1801),  p.  28  :  a  Humboldt  schreibt  zuletzt  aus  S.  Sébastian,  aus  den 
Briefen  merle  ich,  er  hat  Bokelmann  lieber  aïs  Bokelmann  ihn.  » 

2.  Aus  RahtVs  Her^ensleben.  Briefe  und  Tagéhuchhlàtter ^  hrg.  von  Ludmilla^ 
Assing,  Leipzig,  1877,  p.  127,  134,  137  (29  avril)  :  «  Schreiben  Sie  mir  etwas, 
aber  auch  ziemlich  Ordentliches  durch  Humboldt,  das  unsere  Korrcspondenz 
bedeckt  »,  p.  143,  146  (le  13  juin,  Rahel  répète  ce  que  Giroline  de  Humboldt 
venait  de  lui  écrire,  p.  15 1). 

3.  Le  voyage  de  Bokelmann  de  Paris  à  Cadix,  et  les  descriptions  de 
TEspagne  que  celui-ci  envoyait  à  Rahel  (R.  à  B.,  2  juillet  1801,  p.  161  :  «  Die^ 
Beschreibungen,  die  flûchtigen,  die  Sie  vom  schmutzigen  Spanien  machem 
gefallen  mir  ausserordentlich.Es  ist  alssàhe  ich*s  ».  —  R.  à  B.,le  25  août  1801» 


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IJO  ARTURO    FARINELLI 


Saint- Sébastien  et  de  Biibao  comme  centres,  Humboldt  faisait  sou- 
vent des  excursions  dans  les  villes  et  les  villages  environnants.  Il 
n'aura  pas  manqué  de  rendre  visite  à  son  ancien  cicérone 
Prestamero  et  de  proâter  de  ses  riches  collections.  Il  dut  se 
rencontrer  souvent  à  Marquina  avec  le  curé  Moguel  y  Urquiza, 
modeste  savant,  mais  grand  travailleur,  qui  lui  fournit  des  ren- 
seignements précieux  sur  le  basque.  Dans  ce  même  village  de 
Marquina,  il  reçut  l'hospitalité  de  Pedro  Valentin  de  Mugartegui, 
qui  mit  à  sa  disposition  les  14  volumes  in-folio  de  vieilles  chansons 
nationales  basques,  rassemblées  par  Juan  Iniguez  de  Ibargûen 
dans  les  archives  de  Simancas  et  de  Biscaye  ' .  Il  profita  à  Durango 
des  collections  manuscrites,  des  nombreuses  recherches  sur  les 


p.  169  :  «  Mit  der  Prozession,  das  muss  ein  schôn  Spektakel  gewesen  sein. 
Dabei  wàr  ich  zur  Katholikin  geworden,...  Sic  leben  superbe  in  Cadix!... 
Zum  comble  haben  Sie  italienisches  Theater,  etc.)  ont  été  une  sorte  de  prélude 
aux  relations  que  Rahel  noua,  quelque  temps  après,  avec  l'Espagnol  Don 
Raphaël  de  Urquijo,  relations  mêlées  de  larmes,  d'angoisses  et  de  délires  de 
la  pan  de  cette  femme  passionnée  et  ardente,  véritable  «  incendie  dans  son 
sein  »,  comme  elle  les  appelle.  Le  brasier  d*amour  que  Rahel  préparait  à 
Urquijo  n'était  pas  moins  ardent  que  celui  que  M^*  de  Lespinasse  avait  préparé 
au  marquis  de  Mora,  fils  aîné  du  comte  de  Fuentes  et  gendre  du  comte  de 
Aranda.  Les  liaisons  amoureuses  entre  Allemands  et  Espagnols  auront  un 
chapitre  à  part  dans  mon  ouvrage  sur  V  «  Allemagne  et  TEspagne  ».  Disons 
d'avance  que  ces  passions  n'ont  été  heureuses  en  aucun  temps.  Comme  revers 
de  la  médaille  des  amours  de  Rahel  et  d 'Urquijo,  rappelons  les  amours  du 
secrétaire  d'ambassade  Scholz  avec  une  ravissante  Espagnole  de  Cadix,  amours 
qui  finirent  par  un  mariage  des  plus  désastreux.  Voir  Vamhagen  von  Ense, 
Dtnkwûrdigkeiten,  N.  F..  II,  p.  285  s.  —  Pour  ne  pas  vivre  séparée  de  Bokel- 
mann,  Rahel  rêvait  déjà  en  1801  son  voyage  en  Espagne  (Lettre  du  20  août); 
ff  Wenn  sich's  irgend  thun  lâsst,  und  warum  sollt'es  nicht,  ich  habe  ja  auf 
der  Gotteswelt  keinen  Plan,  keinen  Gedanken,  keine  Aussicht,  so  reis'ich 
einmal  mit  Jhnen  nach  Spanien.  » 

I.  MUhridates,  IV,  352.  —  D'un  manuscrit  du  curé  Moguel  de  Marquina, 
publié  dans  V Etiskal-erria  de  Saint-Sébastien,  il  résulte  que  ce  savant  avait  vu 
les  mêmes  documents  en  1786.  C'est  dans  cette  collection  sans  doute  que 
Moguel,  de  même  que  Humboldt,  a  pris  connaissance  du  fameux  chant  de 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT    ET   L  ESPAGNE  I5I 

noms  de  lieu  de  D.  Pablo  Pedro  Astarloa,  l'auteur  de  la  célèbre 
Apologia  de  la  lengua  vascongada.  Dans  ses  Recherches  sur  les 
habitants  primitifs  de  FEspagne,  Humboldt  rappelle  les  pro- 
menades fréquentes  et  très  instructives  qu'il  avait  faites  à  Durango 
avec  le  savant  curé  '.  Des  Risques,  interrogés  par  M.  W.  Webster, 
se  souvenaient  encore  d'avoir  connu  Humboldt  à  l'époque  de  son 
voyage  en  Biscaye.  D'après  le  témoignage  de  feu  le  prince 
L.  L.  Bonaparte,  Humboldt  avait  une  connaissance  très  solide  de 
la  langue  basque  et  il  la  parlait  à  l'occasion  *.  S 

Bruni  par  le  soleil  du  Midi,  heureux  et  content  de  son  voyage^ 
comme  Caroline  l'écrit  à  Schweighaeuser  et  à  Rahel  ^,  chargé 
d'un  butin  scientifique  qui,  après  d'autres  études  et  d'autres 
investigations,  le  mettra  en  état  d'ériger  ce  monument  étonnant 
de  sagacité   et  de  science  qu'est  son  livre  :  Recherches  sur  les 


Lelo,  qui  était  cité  du  reste  par  Iturriza  dans  son  Hisiaria  gênerai  de  Fi^caya^ 
de  1785,  et  publiée  à  Barcelone  en  1884,  avec  une  préface  du  Père  Fita  et  une 
élude  sur  le  «  Senorio  de  Vizcaya  »  par  M.  Arist.  Artinano. 

1.  Prufung  der  Untersuchungen  ùber  die  Urbewohner  Hispaniens  vermittebt 
der  Faskiscben  Sprache^  Œuvres^  II,  22  :  «  Wie  ich  auf  mehreren  Spatziergângen 
mit  ihm  (Astarloa)  selbst  Zeuge  gewesen  bin.  »  Voir  aussi  les  additions  au 
Miiljridates,  IV,  340.  De  l'ouvrage  manuscrit  d' Astarloa  :  Plan  de  Lenguas^  à 
Gramdtica  Bascongada  en  el  dialeclo  Vixcaino,  Humboldt  assure  qu'il  avait  fait  en 
Espagne  un  copieux  extrait  :  «  Ich  besitze  genaue  und  vollstàndige,  bey  dem 
Vcrfasser  selbst  gemachte  Auszùge  aus  demselben  ».  Voir  p.  339,  le  titre  des 
manuscrits  sur  la  langue  basque  que  Humboldt  étudia  pendant  son  voyage  en 
Biscaye. 

2.  Voici  ce  que  mon  ami  le  Rév.  W.  Webster  m'écrit  de  Saint-Jean-de-Luz  : 
«  Dans  les  premières  années  de  mon  séjour  dans  le  Pays  Basque,  j*ai  vu 
quelques  personnes  qui  avaient  connu  M.  von  Humboldt.  J'ai  même  vu 
quelques-unes  de  ses  lettres  entremêlées  de  basque.  Feu  le  prince  L.  L.  Bona- 
parte m'écrivait  une  fois  que  Humboldt  savait  le  basque  beaucoup  mieux  que 
la  plupart  des  personnes  qui  voudraient  en  faire  la  critique.  »  —  On  sait  par  les 
Recherches^  p.  39,  combien  Humboldt  prêtait  attentivement  l'oreille  aux  parti- 
cularités dialectales  dans  les  différentes  villes  de  la  Biscaye. 

3.  Lettre  à  Schweighaeuser,  13  juin  1801,  et  Rahel,  du  $  juillet  («  Hum- 
boldt revient,  paraît-il,  heureux  et  content  de  son  voyage  »). 


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152  ARTURO    FARINELU 


habitants  primitifs  de  l'Espagne^  à  Faide  de  la  langue  hasqtUy 
Humboldt  continue  pendant  deux  mois  encore  sa  vie  parisienne 
active  et  laborieuse.  M"*  de  Staël  lui  en  voulait,  paraît-il,  à  cause 
de  son  voyage  en  Espagne,  entrepris  dans  le  seul  but  d'appro- 
fondir ses  connaissances  linguistiques.  Le  24  octobre  1801, 
Humboldt  écrivait  de  Berlin  à  son  ami  Schweighaeuser  :  «  Je 
crois  que  j'ai  un  peu  perdu  dans  la  faveur  de  M"*  de  Staël,  à 
cause  de  mon  voyage  basque;  ce  serait  payer  cher  un  des  fleurons 
de  ma  couronne  de  martyr  espagnol.  »  Au  mois  d'août  1801, 
Humboldt  revoyait  l'Allemagne,  où  ses  amis  l'attendaient  avec 
impatience  :  «  Je  me  réjouis  de  voir  Humboldt,  écrivait  G.  Kômer 
à  Schiller  (Dresde,  20  juin  1802);  il  doit  avoir  recueilli  beaucoup 
de  choses  curieuses  sur  les  habitants  de  la  Biscaye  '.  » 

Les  Esquisses  sur  le  pays  basque  qui  parurent,  assez  mal  impri- 
mées, dans  les  Œuvres^  à  côté  de  la  description  du  Montserrat, 
ne  donnent  pas  les  impressions  du  second  voyage  de  Humboldt 
en  Espagne,  mais  celles  du  premier,  lorsqu'il  avait  parcouru,  avec 
sa  femme  et  ses  enfants,  les  provinces  basques  au  delà  des 
Pyrénées  aussi  vite  que  le  permettaient  les  moyens  primitifs  de 
transport.  Elles  furent  rédigées,  selon  toute  probabilité,  à  Paris, 
pendant  l'été  de  t8oo,  avec  les  autres  fragments  du  grand  ouvrage 
projeté  sur  l'Espagne  '.  Comme  pour  le  Montserrat,  Humboldt, 


1.  SchiUers  Briefwechsel  mit  Kôrner,  Berlin,  1847,  IV,  286. 

2.  C'est  ce  que  Schlesier  avait  déjà  supposé  dans  les  Erinnerungen,  II,  32. 
D'unelettre  de  G.  de  Humboldt  à  Gœthe,  datée  de  Rome,  12  avril  1806,  il 
résulte  seulement  que  les  Esquisses  avaient  été  composées  bien  avant  cette 
époque.  Gœtfje  Jahrb,  VIII,  72  :  «  So  ist  der  Agamemnon  fertig;  auch  seit 
lange  die  Baskenreise,  und  beides  soU  gewiss  jetzt  bald  zum  Druck  bcreit 
seyn.  »  Si  Humboldt  avait  écrit  les  Esquisses  après  1802,  il  se  serait  sans  doute 
servi  des  2  vol.  du  Diccionario  geogràfico-hislôrico  de  Espana  (provinces  basques) 
qui  avaient  paru  cette  année-là.  Comme  Humboldt  lui-même  l'a  fait  observer, 
ces  Esquisses  ne  devaient  être  à  l'origine  qu'une  partie  intégrante  de  l'ouvrage  . 
projeté  sur  les  Basques.  D'après  une  lettre  à  Schweighaeuser  (2  nov.  1803  : 
x^  une  esquisse  du  pays  et  du  peuple  sous  forme  de  récit  de  voyage...  On  peut 


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GUILLAUME    DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  I55 

en  décrivant  les  villes,  les  villages  et  la  nature  du  pays  basque, 
ne  voulait  autre  chose  que  fixer  ses  souvenirs,  reproduire  ses 
impressions  immédiates.  Mais,  de  même  que  pour  l'article  sur  le 
Montserrat,  il  ne  négligea  pas  de  consulter  des  ouvrages  histo- 
riques et  des  mémoires  pour  compléter  ses  observations  person- 
nelles. C'est  ainsi  qu'il  s'est  servi  de  VHistoria  natural  de  Espaha^ 
de  Bowles,  des  sources  telles  que  Florez,  Risco,  Oihenart  (Notitia 
utriusque  Vasconiaé)y  de  V  Essai  sur  la  nohlessedes  Basques  y  rédigé  sur  les 
Mémoires  d'un  militaire  basque  par  un  ami  de  la  nation  (1785)  S  des 
Investigaciones  histôricas  de  las  antigûedades  de  Navarra,  de  Moret, 
de  la  chronique  d'Henri  IV  qu'on  venait  d'imprimer  chez  Sancha, 
de  certains  Mémoires  sur  la  guerre  entre  la  France  et  r Espagne,  que 
je  regrette  de  ne  pas  connaître.  D'autres  livres,  des  descriptions 
de  voyage,  celles  de  Fischer,  de  Bourgoing,  de  Dillon  *  que 
Humboldt  connaissait  évidemment,  lui  ont  fourni  peu  d'obser- 
vations utiles. 

On  reconnaît  aisément  dans  ces  esquisses  son  style,  son  procédé. 
Ses  descriptions  ne  sont  que  de  petites  caractéristiques.  La  nature, 
moins  grandiose  dans  le  pays  basque  qu'ailleurs,  mais  toujours 
riche  et  variée,  est  toujours  vivante  pour  lui.  Partout,  môme  au 
milieu  de  la  dévastation,  se  manifeste  la  vie  tenace  de  l'organisme. 
Il  n'y  a  pas  jusqu'au  moindre  détail,  insignifiant  pour  d'autres 
observateurs,  qui  ne  serve  à  Humboldt  à  l'étude  psychologique. 
Le  bruit  strident,  assourdissant  des  lourdes  roues  des  chariots  de 


dire  que  le  voyage  est  terminé),  comme  d'après  son  Attkûndigung  einer  Schrift 
ûber  die  Vaskische  Sprache.  DetUscJjes  Musenmf  Wien,  181 2,  III,  493,  elles  en 
auraient  formé  le  commencement  :  («  In  dera  ersten  (Theile)  werde  ich  die 
Bemerkungen  miulieilen,  die  ich  bey  meinem  Aufenthalt  in  dem  Spanischen 
und  Franzôsischen  Vaskenland  niedergeschrieben  habe.  ») 

1.  M.  Vinson,  dans  sa    Bibliographie   de  la   langue  basque^    Paris,    1891, 
p.  240  s.,  donne  le  titre  de  deux  traductions  espagnoles  de  cet  ouvrage. 

2.  Travels  throngh  Spain,  London,   1872.   Voir  les  lettres  XVI  et  XVII, 
p.  153  s. 


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154  ARTURO   FARINELLI 


la  Biscaye^  le  proverbe  qui  en  dérive,  fournissent  un  trait  particu- 
lier à  la  physionomie  morale  du  pays  ;  le  récit  émouvant  d'un 
vieillard  qui  traîne  péniblement  ses  pas  une  fois  par  an  jusqu'à  la 
chapelle  au  delà  de  la  frontière,  aide  à  comprendre  le  caractère  du 
peuple.  Par  des  comparaisons,  Humboldt  arrive  à  la  caractéris- 
tique. Il  compare  les  Basques  espagnols  aux  Basques  français,  les 
Basques  aux  Qtalans  et  aux  Castillans;  il  ne  cache  point  sa 
sympathie  pour  les  premiers,  le  peuple  le  plus  actif  et  le  plus 
laborieux  de  l'Espagne,  qui  vivait  encore  indépendant,  retranché 
dans  ses  montagnes  ;  il  s'intéresse  à  son  organisation  intérieure,  à 
son  histoire  politique  ;  il  montre  comment  le  climat  et  la  végéta- 
tion ont  influé  sur  le  caractère  et  les  mœurs.  Le  passage  de  la 
frontière  franco-espagnole  l'amène  à  des  considérations  sur  la 
prédominance  des  forces  morales,  sur  les  forces  physiques  dans  le 
développement  d'une  nation.  Il  rappelle  les  faits  saillants  de  l'his- 
toire des  villes  telles  que  Vitoria,  des  lieux  tels  que  l'île  des 
Faisans,  où  jadis  Henri  IV  de  Casiille  et  Louis  XI  de  France 
s'étaient  rencontrés  ;  il  annonce  dès  lors  un  travail  spécial  sur  les 
noms  de  lieu  basques;  en  attendant,  il  note  des  ressemblances 
entre  quelques  noms  basques  et  des  noms  allemands;  il  explique 
l'origine  et  la  transformation  successive  du  nom  de  la  forteresse 
de  Fontarabie,  Tétymologie  du  bourg  de  Oyarzun. 

Dès  qu'on  a  franchi  la  frontière  espagnole,  à  la  Bidassoa,  le 
paysage  perd  en  grandeur,  mais  il  gagne  en  variété.  On  est 
toujours  entouré  de  grandes  et  de  petites  montagnes  qui  ont 
adouci  leurs  escarpements;  on  aperçoit  toujours  les  Pyrénées 
devant  soi,  on  entrevoit  la  mer  çà  et  là,  par  intervalles,  à  travers 
les  fentes  des  collines  les  plus  basses.  L'aspect  des  habitants, 
leur  démarche  surtout,  trahissent  leur  origine.  Les  siècles 
écoulés,  les  événements  politiques  ont  produit  une  scission 
remarquable  dans  la  population  basque.  Les  Basques  français  ont 
davantage  de  la  légèreté  française,  les  Basques  espagnols  davan- 
tage de  la  gravité  espagnole.  Les  premiers  se  sont  assimilés  peu  à 
peu,  par  des  transitions  graduelles,  au   caractère  général  des 


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GUILLAUME    DE   HUMBOLDT   ET    L  ESPAGNE  I55 

Français  du  Midi  ;  les  classes  supérieures,  notamment,  ont  tous  les 
traits  de  caractère  des  Gascons  ;  les  Basques  espagnols,  au  con- 
traire, tout  en  montrant  une  originalité  plus  remarquable  dans 
leur  crvilîsation  successive,  penchent  néanmoins,  même  pour  la 
langue,  dû  côté  de  l'Espagne.  Les  Basques  espagnols  jouent  un 
rôle  comme  nation;  leur  pays,  assez  vaste,  a  presque  échappé  à 
toute  dépendance  politique;  des  personnes  du  pays  les  gou- 
vernent, ils  jouissfent  de  franchises  et  de  libertés  qu'ils  ont  bien 
soin  de  garder  et  de  défendre.  Par  leur  industrie,  par  leur  posi- 
tion favorable  au  commerce,  ils  ont  atteint  un  degré  de  bien-être 
qu'on  ne  rencontre  nulle  part  ailleurs  en  Espagne,  si  ce  n'est  en 
dtalogne  et  à  Valence.  Ils  aiment  tous  passionnément  leur 
pays  ;  ib  ont  tous  le  sentiment  de  l'indépendance  ancré  au  fiînd 
du  cœur.  Même  les  nobles,  même  ceux  qui  ont  été  élevés  dans 
les  collèges  espagnols  et  qui  ne  savent  pas  le  basque  ou  l'ont 
oublié,  aiment  leur  patrie  avec  orgueil  et  enthousiasme.  Les 
Basques  français  n'habitent  que  des  territoires  insignifiants;  ils 
se  perdent  dans  la  masse  de  la  nation  '. 

Partout  où  l'on  voyage  dans  les  Pays  basques  on  est  surpris 
par  des  effets  imprévus.  Ni  la  Biscaye,  ni  la  Catalogne  n'appar- 
tiennent peut-être  aux  provinces  les  plus  curieuses  de  l'Espagne  : 
elles  n'ont  rien  de  vraiment  nouveau  qui  étonne  l'étranger  qui  y 
arrive  du  Nord,  mais  elles  sont  de  beaucoup  les  provinces  les  plus 
gaies,  les  plus  variées  et  les  plus  confortables  de  l'Espagne. 
L'Aragon,  qui  est  au  centre,  même  une  partie  de  la  Navarre,  ne 
sont,  d'après  la  plupart  des  descriptions,  que  des  pays  mornes  et 
pauvres.  La  Biscaye  et  la  Catalogne  sont  fort  bien  peuplées,  fort 
bien  cultivées;  elles  offrent  une  variété,  une  vie,  une  activité 
qui  contrastent  sensiblement  avec  la  monotonie  de  la  nature  et 


I.  Voir  Tétude  Basqttes  français  et  Basques  espagnols,  dans  la  Revue  d^ anthropo- 
logie, 1875,  IV,  25  s.,  par  P.  Broca,  quî  a  su  profiter  des  observations  de 
Humboldt.  Voir  aussi  E.  Reclus,  Les  Basques,  un  peuple  qui  s'en  va,  dans  la 
Revtu  des  Deux-Mondes ,  15  mars  1867. 


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IS6  ARTURO  FARINELLI 


la  paresse  des  habitants  du  reste  de  TEspagne.  Montagnes  et 
vallées  s'y  succèdent  presque  toujours  avec  un  efiet  charmant,  la 
végétation  est  fraîche  et  abondante  partout.  Toutes  les  villes  et 
toutes  les  bourgades  attestent  laisance  et  les  progrès  de  l'industrie 
et  du  commerce.  Les  habitants  qui  passent  leur  vie  au  milieu  de 
leurs  montagnes  et  sur  le  littoral  de  la  mer  sont  à  la  fois  souples 
et  hardis  ;  leur  physionomie  révèle  du  courage  et  de  la  fermeté. 
Le  Biscayen  a  plutôt  la  hardiesse  d'un  montagnard;  le  Catalan 
plutôt  la  bravoure  de  l'homme  qui  a  atteint  et  consolidé  son  bien- 
être  par  une  industrie  et  un  commerce  développés.  Le  premier 
reste  encore  heureusement  à  l'état  primitif;  il  est  rude  et  inculte, 
mais,  en  revanche,  il  n'est  ni  gâté,  ni  corrompu  ;  le  second  est 
bien  le  descendant  d'un  peuple  de  trafiquants,  considérable, 
autrefois  puissant  par  la  prépondérance  politique  et  par  la  richesse 
à  l'intérieur.  Au  contraire  de  la  Catalogne,  pareillement  située 
entre  la  France  et  l'Espagne,  la  Biscaye  ne  penche,  dans  le 
caractère  de  ses  habitants,  ni  vers  la  France,  ni  vers  l'Espagne. 
Les  mœurs,  les  physionomies  sont  différentes.  La  langue  basque^ 
originale  dans  ses  formes  et  dans  ses  sons,  est  tout  à  fait  incom- 
préhensible aux  étrangers  qui  n'en  ont  pas  fait  une  étude  spéciale. 
Après  Oyarzun,  peuplade  qui  montre,  d'une  façon  très 
curieuse,  l'uniformité  dans  laquelle  la  langue  basque  s'est  con- 
servée à  travers  les  siècles,  la  mer  disparaît  à  la  vue.  Si  l'on 
tempère  l'aspect  sauvage,  la  grandeur  accablante  d'une  contrée 
montagneuse  en  l'entrecoupant  de  montagnes  et  de  vallées  char- 
mantes, si  l'on  adoucit  la  rudesse  du  climat  par  une  fraîcheur 
fortifiante,  si  Ton  prête  à  la  végétation  du  Nord  une  croissance 
plus  rapide,  une  sève  plus  vigoureuse,  si  l'on  mêle  à  la  gravité 
froide,  parfois  sombre  des  habitants  du  Nord,  une  parcelle  de  la 
vivacité  et  de  la  gaieté  méridionales,  on  aura  une  image  d'une 
grande  partie  de  la  Biscaye.  On  s'aperçoit  fort  bien  qu'on  est 
dans  une  province  septentrionale  de  l'Espagne  :  déjà  au  commen- 
cement de  l'automne  l'air  n'est  plus  doux;  on  rencontre  ici  les 
mêmes  produits  qu'en  Allemagne  et  que  dans  la  France  du  Nord  ; 


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GUILLAUME   DE    HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  I57 

il  n'y  a  en  Biscaye  ni  orangers,  ni  palmiers,  ni  amandier^,  ni 
oliviers.  C'est  ce  qui  distingue  ce  pays  de  la  Catalogne.  Mais  ce 
Nord  est  bien  le  Nord  de  l'Espagne  ;  la  végétation,  abondamment 
irriguée,  résiste  au  froid  continu  et  rigoureux. 

Les  montagnes  et  les  vallées  semblent  s'ordonner  dans  le 
Guipuzcoa  pour  le  plaisir  des  yeux  ;  nulle  part  elles  ne  sont  plus 
belles.  A  chaque  détour,  l'aspect  varie;  la  vue  n'embrasse  qu'une 
partie  limitée  du  pays.  Point  de  larges  vallées,  point  de  montagnes 
qui  s'allongent  considérablement  comme  en  Catalogne.  Les 
pentes  sont  adoucies  pour  la  plupart.  De  petits  ruisseaux  rapides 
coupent  les  prairies  en  mille  replis  tortueux  ;  l'eau  glisse  impé- 
tueuse dans  son  étroit  bassin,  elle  tombe  çà  et  là  sur  des  moulins 
qu'elle  met  en  mouvement.  La  démarche  vive  et  hardie  du 
peuple  montre  qu'il  est  bien  accoutumé  à  grimper  agilement 
sur  ses  montagnes.  On  n'aperçoit  que  très  rarement  des  rochers 
nus  et  stériles;  une  riche  verdure  couvre  les  montagnes  presque 
jusqu'à  leur  sommet.  Les  champs,  les  prairies,  les  forêts  de 
chênes  et  de  rouvres  alternent  tour  à  tour.  La  végétation  exubé- 
rante, qui  donne  un  charme  particulier  aux  bords  de  la  Garonne, 
a  cessé  ici;  vous  ne  trouvez  plus  de  vignes  qui  entrelacent  leurs 
sarments  aux  branches  des  oliviers  élancés,  mais  vous  ne  les 
désirez  point;  les  troncs  robustes  des  arbres,  l'herbe,  le  blé 
hérissé  et  crépu  donnent  au  paysage  une  beauté  virile  qui  con- 
vient davantage  à  un  pays  montagneux. 

La  Biscaye  ne  connaît  guère  la  grandeur  démesurée  des 
domaines,  si  dangereuse  à  la  culture  et  à  la  population.  En 
Guipuzcoa  surtout,  comme  le  remarque  Jovellanos,  la  division 
des  terres  a  presque  atteint  son  plus  haut  degré.  On  respecte  la 
propriété  d'autrui,  et  la  campagne  n'est  point  livrée,  comme  dans 
les  autres  provinces  de  l'Espagne,  aux  dévastations  des  troupeaux 
et  aux  dégradations  des  passants.  Les  fruits  de  l'activité  infa- 
tigable des  habitants  sont  visibles  partout  ;  rien  ne  pourrait  les 
distinguer  plus  avantageusement  de  leurs  voisins  les  Castillans. 
Il  fallait  cette  activité  vraiment  prodigieuse  pour  rendre  fertile  un 


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I5S  ARTURO  FARINELLI 


terrain  naturellement  ingrat  et  soumis  aux  inclémences  du 
climat.  Le  terrain  en  effet  présente  partout  des  difficultés 
incroyables  ;  il  est  pierreux  et  argileux  ;  sans  une  culture  spéciale 
des  plus  soignées,  il  ne  produirait  que  des  ronces  et  des  brous- 
sailles; sans  la  «  laya  »,  impossible  de  le  labourer.  De  cet  instru- 
ment, muni  de  tenailles,  est  dérivé  le  proverbe  espagnol  :  «  Son 
de  una  misma  laya  '.  » 

Malgré  cette  activité,  les  Basques  sont  la  nation  la  plus 
aimable  et  la  plus  gaie  qui  existe.  La  musique  et  la  danse  inter- 
rompent souvent  le  travail  le  plus  rude.  Les  Basques  ne  vivent 
pas  dans  la  misère  et  l'oppression,  comme  les  Castillans.  Ils 
vivent  commodément,  se  réjouissant  de  leur  bien-être.  Si  Ton 
rencontre  des  mendiants  dans  leur  pays,  ce  ne  sont  généralement 
pas  des  indigènes,  mais  des  étrangers.  Ils  sont  fiers  des  privilèges, 
de  l'antiquité  et  de  la  gloire  de  leur  nation.  A  leur  allure 
dégagée,  à  la  confiance  hardie  qu'inspire  leur  regard,  on  voit 
bien  qu'ils  n'ont  guère  à  se  plaindre  d'eux-mêmes  et  qu'ils  ne 
conçoivent  pas  d'autre  pays  au  monde  qui  surpasse  en  aisance 
le  leur.  Là-dessus  ils  ne  manquent  pas  d'instruire  les  étrangers  ; 
ils  louent  leurs  vertus  et  leurs  privilèges.  Ils  avouent  que  Madrid 
et  la  Castille  ont  bien  des  avantages;  mais  là-bas  les  hommes, 
disent-ils,  ne  sont  pas  aussi  bons  et  aussi  nobles  qu'en  Biscaye.  Tous 
ceux  dont  le  caractère  national  n'a  pas  été  altéré  par  l'éducation 
en  dehors  de  leur  pays  partagent  ces  sentiments.  Ils  se  trans- 
mettent de  génération  en  génération  et  lorsqu'ils  régnent  dans  un 
pays  qui  jouit  d'un  bien-être  intérieur,  d'une  constitution  qui 
n'entame  point  son  libre  développement,  d'une  égalité  presque 
complète,  on  comprend  aisément  qu'un  sang  clair  et  pur  doive 
couler  dans  les  veines;  que  l'homme  soit  aussi  disposé  au  travail 
qu'à  l'aisance  et  au  plaisir  *. 


1 .  Humboldt  explique  aussi  ce  proverbe  dans  le  Mithridates^  IV,  298. 

2.  Les  études  sur  le  caractère  et  les  mœurs,  les  fueros  et  les  institutions 
basques  sont  légion.  Tout  récemment  a  paru  une  étude  de  A.  Maria  Fabié, 


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GUILLAUME   DE   HtMBOLDT   ET    l'eSPAGNE  159 

Villes  et  villages  ont  partout  le  même  aspect  d'aisance.  Les 
villes,  surtout,  sont  propres  et  bien  bâties.  Les  soubassements 
des  maisons,  les  encadrements  des  portes  et  des  fenêtres  sont 
presque  toujours  en  pierre  de  taille.  Presque  toutes  les  villes  ont 
des  trottoirs  pour  les  piétons.  L'architecture,  aussitôt  qu'on  a 
franchi  la  Bidassoa,  n'est  plus  du  tout  française,  mais  complè- 
tement espagnole.  Les  toits  sont  plus  aplatis  qu'en  France  ;  les 
maisons  sont  plus  profondes,  elles  forment  souvent  un  carré 
parfait  ;  les  fenêtres  sont  plus  rares,  on  voit  partout  les  balcons 
qui  jouent  un  si  grand  rôle  dans  les  comédies  et  dans  les  romans 
espagnols.  Tolosa,  charmante  petite  ville  aux  bords  de  l'Oria, 
offre  déjà  ce  caractère  particulièrement  espagnol.  Près  de  Salinas, 
à  mi-chemin  entre  Mondragon  et  Vitoria,  on  quitte  le  Guipuzcoa 
et  on  entre  dans  TAlava.  On  gravit  une  haute  montagne  et  l'on 
parvient  à  un  plateau  ;  les  montagnes  et  les  vallées,  que  l'on 
côtoyait  jusqu'ici,  se  perdent  dans  une  contrée  fertile  et  bien 
cultivée,  non  moins  agréable  à  la  vue.  Vitoria,  qui  doit  sa  fonda- 
tion au  roi  Don  Sancho  de  Navarre,  a  tout  à  feit  le  caractère 
d'une  ville  de  province,  florissante  par  le  commerce  et  l'industrie  '. 
Elle  est  riche  et  animée;  elle  possède  plusieurs  grands  édifices 
de  construction  nouvelle,  parmi  lesquels  ceux  de  la  place  du 
Marché,  la  «  casa  consistorial  »  notamment,  sont  les  plus  consi- 
dérables. Les  ^lises  et  les  collections  privées  sont  riches  en 
tableaux  de  valeur.  Une  superbe  Sainte  Madeleine,  de  Titien, 
noble  et  digne,  est  parmi  les  trésors  du  marquis  de  la  Alameda. 


Estudio  sobre  la  organi^aciàn  y  œstumbres  de!  pals  vascongado^  dans  le  BoJetin  de  la 
Real  Academia  de  la  Historia,  voL  XXIX,  et  à  part,  Madrid,  iS97<  —  Deux  ans 
après  Humboldt  (1802),  le  président  Vincke,  qui  joua  un  rôle  politique  en 
Allemagne,  visiu  FEspagne  et  s'arrêta  de  préférence  dans  les  pays  basques.  Il  a 
assisté  à  une  assemblée  populaire  près  de  Bilbao,  qu'il  décrit  dans  ses  souvenirs 
de  voyage.  Voir  le  chapitre  :  Die  spanische  Reise,  dans  le  livTe  dté  de  Bodel* 
schwing,  Làfen  des  Ober-Pràsidenten  Vincke,  I,  177  s. 

1.  Voir  Coli  y  Goiti,  La  ciudad  de  Vitoria,  Vitoria,  1885.  M.  J.  Labayru 
vient  de  commencer  une  Historia  gênerai  de  Vi^caya,  I  vol.  Bilbao,  1895. 


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l60  ARTURO   FARINELLI 


Le  palais  de  réunion  de  la  Société  patriotique^  bien  connue  par  les 
relations  d'autres  voyageurs  %  renferme  une  précieuse  mosaïque 
et  des  inscriptions  romaines,  trouvées  dans  la  province  d'Alava. 
Avec  les  souvenirs  de  Lorenzo  del  Prestamero,  Taimable  et 
savant  ecclésiastique  qui  connaissait  comme  personne  l'histoire 
et  les  antiquités  de  sa  province  natale,  Humboldt  achève  ses 
esquisses.  Nulle  part  l'Espagne  ne  lui  avait  paru  si  belle  et  si 
intéressante  qu'en  Biscaye,  au  milieu  d'une  population  qui  avait 
résisté  aux  rudes  attaques  des  siècles,  qui  était  restée  étrangère 
aux  bouleversements  des  empires.  La  nature  y  avait  prodigué  ses 
charmes,  elle  avait  perdu  sa  violence,  tempéré  sa  grandeur  acca- 
blante; l'homme  offrait  une  physionomie  originale  et  frappante, 
il  était  actif,  souple  et  fort,  et  pouvait  se  développer  en  pleine 
indépendance;  la  langue  offrait  au  penseur  et  au  savant  un  sujet 
d'étude  du  plus  haut  intérêt.  Humboldt  qui,  malheureusement, 
renonça  bientôt  à  son  projet  d'un  ouvrage  sur  l'Espagne,  acheva, 
à  travers  mille  vicissitudes,  le  livre  qu'il  avait  promis  sur  les 
Basques.  En  1812  il  rappelle  avec  émotion  ses  deux  voyages 
en  Espagne,  l'excursion  aux  Pays  basques  surtout,  ce  pays  si 
plein  d'activité  et  de  courage,  ce  pays  qui  avait  captivé  son 
cœur,  qui,  avant  les  désastres  de  la  guerre  avec  la  France, 
jouissait  encore  d'une  organisation  indépendante  et  formait  une 
sorte  de  ligue  fédérative  de  petits  États,  ayant  chacun  ses  usages 
nationaux  particuliers.  Par  sa  position,  par  son  gouvernement, 
par  la  vivacité  du  caractère,  le  Pays  basque  rappelait  à  Humboldt 
les  petits  états  libres  de  l'ancienne  Grèce*.  Les  souvenirs  des 
Pays  basques  évoquaient  les  souvenirs  de  la  Grèce.  Voilà 
pourquoi  l'attachement  pour  ce  petit  peuple  de  l'Espagne,  can- 


1.  La  <c  Sociedad  vascongada  de  Amigos  del  Pais»,  fondée  en  1764,  comp- 
tait dans  ses  beaux  temps  des  membres  illustres,  tels  que  le  comte  de  Peiia- 
iiorida  qui  en  fut  le  président.  Elle  se  réunissait  tantôt  à  Bilbao,  tantôt  à 
Vergara,  tantôt  à  Vitoria  et  publiait  des  Extractos  de  la  Real  Sociedad  Fascongada. 

2.  Ankûndigung  einer  Schrift  fiber  die  Vasken,   Deutsches  Muséum,   II,  494. 


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GUILLAUME   DE    HUMBOLDT   ET   l'eSPAGNE  i6i 

tonné  dans  ses  montagnes,  ce  peuple  «  qui  saute  et  danse  au 
haut  des  Pyrénées  »,  comme  disait  Voltaire,  où  «  la  joie 
commence  avec  la  vie  et  n'y  finit  qu'avec  la  mort  »,  comme 
prétendait  Boileau,  jeta  des  racines  profondes  dans  le  cœur  de 
Humboldt  et  porta  ses  fruits  *. 


IX.    —   LES   ÉTUDES   LINGUISTIQUES   ET   ETHNOGRAPHiaUES 
SUR   LE   BASaUE 

Ces  études  que  Humboldt  venait  de  promettre  dans  ses 
Esquisses  sur  le  Pays  basque  ont  une  longue  histoire.  Humboldt 
méditait  d'abord  une  monographie  complète  des  Basques.  Les 
recherches  sur  la  langue  basque  devaient  faire  corps  avec  les 
recherches  sur  la  civilisation,  la  religion,  les  mœurs  et  le  déve- 
loppement successif  du  peuple  basque,  la  langue  n'étant  qu'un 


i .  Presque  tous  les  Allemands  qui  ont  parlé  des  Basques  et  de  leur  pays, 
après  Humboldt,  Font  fait  avec  des  sentiments  de  sympathie  et  d'admiration. 
Ainsi,  J.  Rehfues,  Spanien  nach  ei^ener  Ausicht  im  JaJjre  1808,  Frankfurt  a. 
Main,  181 3,  I,  15  s.;  W.  v.  Lùdemann,  Znge  durch  die  Hochgehirge  und 
Thâler  der  Pyrenàen  im  Jahre  1822,  Berlin,  1825.  (Dans  le  dernier  chapitre, 
p.  281  s.,  Das  Land  der  Basken,  après  une  description  du  paysage  et  des  obser- 
vations très  naïves  sur  la  langue  basque,  Lùdemann  conclut,  p.  527,  que  les 
Basques  devaient  être  fiers  d'avoir  eu  «  so  ehrenvolle  Besuche,  als  sie  ihnen  der 
Aufemhalt  Wilhelms  von  Humboldt,  im  Jahre  1795  (sic),  verschaffte  »)  ; 
A.  Ziegler,  Reise  in  Spanien.  Mit  Berticksichtigwig  der  national-ôhonomischen  Inte- 
ressen,  Leipzig,  1842,  II,  544;  E.  Baron  v.  Vaerst,  Die  Pyrenàen,  II  Th., 
Breslau,  1847.  Die haskischen  Provin^en,  p.  loi  s.;  M.  Willkomm,  IVanderungen 
durch  die  nordôstUchen  und  untralen  Prùvin^en  Spaniens ,  Leipzig,  1852,  I,  164  s. 
(Ce  dernier  qui  publia  son  livre  cinq  ans  avant  le  Voyage  arcIMogique  et  Itisto- 
rique  dans  le  Pays  basque,  Le  Labour  et  le  Guipuicoa^  de  Cénac  Moncaut,  et  le 
livre  très  connu  de  Francisque  Michel,  Le  Pays  Basque,  a  su  profiter  des  travaux 
linguistiques  de  Humboldt,  qu'il  appelle  «  classiques  »)  ;  Lorinser,  Reiseski^en 
aus  Spanien,  Regensburg,  185$,  II,  307,  et  Ncue  Reiseskinen,  Regensburg, 
1858,  I,  3ï  s.,  etc. 

Rfvue  hispatiique.  tt 


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>2  ARTURO   FARINELLI 


xiliaire  et  l'auxiliaire  le  plus  puissant  de  l'histoire.  Humboldt 
nonçait  ces  recherches  à  Schweighaeuser,  le  2  novembre  1803  : 
Mon  travail,  dit-il,  fera  la  matière  de  deux  volumes.  Sous  le 
re  les  Basques,  il  contiendra  :  1°  une  esquisse  du  pays  et  du 
uple  sous  forme  de  récit  de  voyage;  2°  une  grammaire; 
un  vocabulaire  établi  d'après  mon  système  personnel;  4**  des 
rherches  sur  l'origine  de  ce  peuple.  »  La  première  partie,  le 
:it  de  voyage,  était  rédigée  depuis  longtemps;  le  reste  n'était 
'un  projet  destiné  à  subir  de  nombreuses  modifications.  En 
12,  Humboldt  annonce  ses  études  basques  dans  la  Revue  de 
id.  Schlegel^  Il  y  promet  une  description  des  Basques  d'après 
irs  mœurs,  leur  langue  et  leur  histoire,  pour  résoudre  cette 
estion  :  formaient-ils  un  peuple  à  part  ou  étaient-ils 
iplement  une  partie  d'une  tribu  plus  vaste?  A  la  même 
3que,  il  avoue  dans  ses  additions  et  corrections  au  Mithridates 
^delung*  que  ses  recherches  sur  la  langue  basque  avaient  été 
ijours  mêlées  à  d'autres  recherches  sur  le  pays  et  sur  la  nation, 
•  les  populations  de  l'ancienne  Espagne,  sur  les  traces  que  les 
res  avaient  laissées  hors  de  la  péninsule.  Mêlé  aux  aflFaires, 
ingeant  continuellement  de  demeure  et  d'occupation,  éloigné 
\x  longtemps  en  Italie  du  centre  de  ses  études,  toujours  à  la 
Lsse  pénible  et  souvent  infructueuse  de  nouveaux  documents, 
mboldt  retarda  d'année  en  année  sa  publication;  plus  d'une 
;,  assure-t-il  dans  le  Mithridates,  il  voulait  renoncer  à  l'idée  de 
•er  au  public  ses  recherches  incomplètes, 
îon  voyage  aux  Pays  basques  lui  avait  procuré  des  désillu- 
[is  inattendues.  Ses  explorations  ne  furent  pas  toujours  cou- 
nées  de  succès.  Une  source  fondamentale  pour  ses  études, 
légendes,  les  chansons  nationales  basques,  était  bientôt  tarie. 


DetUsches  Muséum,  Wien,  18 12,  II,  487. 

Ces  additions,  destinées  au  2c  vol.  du  Mithridates,  étaient  achevées  en 
t,  mais  elles  ne  parurent  qu'en  181 7,  dans  le 4*  vol.  Voir  p.  277. 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT  ET   L  ESPAGNE  l( 

Nulle  part,  le  zèle  des  chrétiens  primitifs  n'avait  si  parfaiteme: 
réussi  à  éteindre  tout  vestige  de  l'antiquité  païenne.  Impossib 
de  se  faire  une  idée  approximative  de  la  religion  et  des  mœu 
des  anciens  Basques;  à  peine  en  trouve-t-on  quelque  faib 
trace  dans  les  documents  peu  anciens  de  leur  langue. 

Nous  avons  rappelé  que  le  premier  souci  de  Humboldt  à  Pari 
à  son  retour  de  la  Biscaye,  fut  de  composer  pour  son  usage,  sur 
modèle  du  lexique  espagnol-basque  de  Larramendi,  un  dictio 
naire  basque-espagnol  qu'il  augmenta  et  amplifia  peu  à  peu, 
l'aide  d'autres  livres  et  d'autres  lexiques  \  Il  profita  des  étud 
basques  fort  peu  considérables  qui  parurent  dans  la  suite.  Rei 
tré  à  Berlin,  il  s'occupe  surtout  des  rapports  du  basque  avec  1 
autres  langues.  Il  approfondit  ses  études,  mais  il  les  complique, 
les  mêle  à  d'autres  ;  le  problème  des  origines*  devient  de  plus  ( 
plus  difficile  à  résoudre  :  «  Je  vais  toujours  plus  au  fond  dans  m 
recherches  linguistiques,  écrit-il  à  Wolf,  le  12  décembre  180 
et  je  découvre  toujours  plus  de  grec  dans  le  basque,  ce  qui  étj 
d'abord  resté  caché  à  mes  regards  aveugles.  »  Il  suppose  aussi  d 
analogies  du  basque  avec  l'étrusque.  Il  prie  son  ami  de  luienvoy 
des  livres  qui  l'aideraient  à  poursuivre  ses  recherches,  à  s'orie 
ter  sur  l'origine  du  grec  et  sur  les  anciens  habitants  de  la  Grè( 
Il  reste  en  correspondance  avec  quelques  savants  basques,  et 
a  peut-être  déploré  ce  que  nous  déplorons  aujourd'hui  à  to 
instant  :  la  paresse  épistolaire  des  Espagnols. 

Une   amitié   profonde  le    liait  à   Astarloa.    Humboldt  d< 
plus  à  Astarloa  qu'à   tout   autre   bascophile.  C'est  à  ses  ricli 
collections  qu'il  se  pourvut  abondamment  pendant  son  séjour 
Biscaye.  C'est  à  ses  travaux  manuscrits,  à  la  grammaire  biscayen 


I.  Voir  Mithrid.y  IV,  333.  J'ignore  si  le  manuscrit  de  ce  dictionnaire 
Humboldt  est  encore  conservé  quelque  part.  Humboldt  ne  parait  pas  av 
connu  le  dictionnaire  «  basque-espagnol  »  de  Larramendi,  qui  est  conseï 
manuscrit,  mais  incomplet,  à  Loyola. 


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164  ARTURO   FARINELU 


plus  qu'à  sa  fameuse  Apologia  de  la  lengua  bascongada  \  qu'il  doit 
quelques  idées  fondamentales  pour  sa  thèse  ibérique,  même  une 
partie  de  sa  méthode  d'investigation  de  la  langue  basque,  à  l'aide 
des  noms  de  lieu  patiemment  collationnés  par  Astarloa.  Ces 
savants,  Humboldten  tète,  ont  fait  justice  des  élucubrations  et  des 
enfantillages  de  Astarloa  et  de  Erro,  de  leur  prétention  puérile 
de  faire  dériver  du  basque  toutes  les  langues  de  l'univers,  le 
basque  étant  la  langue  que  l'Éternel  avait  enseignée  à  Adam  et  à 


I.  Dans  le  MithridaleSy  IV,  340,  Humboldt  donne  le  titre  de  cette  grammaire 
qu* Astarloa  ne  publia  jamais,  mais  qui  a  copieusement  servi  aux  études  prépa- 
ratoires du  livre  célèbre  de  Humboldt  :  Prufung^  etc.  :  Plan  de  Lmguas^  à  Gra- 
màtica  bascongada  en  eldiaUcto  vîicayno,  2  vol.  :  «  Der  Verfasser  dieser  als  ich 
sie  sah  zum  Druck  bestimniten,  aber  noch  nicht  herausgegebenen  Hand- 
schrift  ist  derselbe  Astarloa  von  dem  die  Apologie  herrùhrt  ».  —  D'une 
lettre  que  D.Juan  Antonio  Moguel  écrivit  à  Vargas  Ponce,  le  30  mars  1802 
(Carias  y  diserlaciones  de  D.  Juan  Antonio  Moguel  sobre  la  lengua  vascongada^  dans 
le  Mémorial  histôrico  espanoly  VII,  713),  il  résulte  qu'en  1802  Astarloa  avait 
achevé  d'autres  travaux  sur  le  basque  :  un  Diccionario  del  idioma,  un  Diccionario 
de  apellidos  y  arte  extenso  «  asi,  ajoute  le  savant  curé  de  Marquina,  que  nada 
queda  que  desear  ».  Moguel  parlait  avec  quelque  défiance  des  mérites  d' Astarloa, 
p.  714  :  «  Yo  conozco  mucho  à  este  sugeto  ;  es  hàbil  y  ha  hecho  mucho  estu- 
dio  del  idioma.  Nada  quiero  quitarle  de  su  talento  y  dones;  pero  no  quiero 
ocultar  d  Vmd (Vargas  Ponce)  que  no  gistardn  d  los  crfticos  de  buenas  narîccs 
sugenio  sistemitico  y  su  pasion  acalorada,  y  que  no  hard  olvîdar  d  Larramendi. 
Es  demasiado  metafisico,  y  serd  un  galimatias  mucha  parte  de  su  escrito.  He 
conversado  varias  veces  con  él  ;  me  ha  hablado  de  sus  trabajos  y  ofrecidome 
prestdrmelos  para  que  los  vea.  Mas  nunca  ha  llegado  el  caso,  y  no  puedo  for- 
mar  juicio  de  sus  manuscrites,  en  los  que  no  dejard  de  haber  cosas  buenas. 
Para  hacer  cotejo  con  tantas  lenguas  como  cita,  es  preciso  saberlas  y  no  supcr- 
ficialmente  ;  el  no  s.ibe  otras  que  latin,  castellaio,  vascuence  y  traducir  fran- 
ces.  »  11  existe  dans  1*  «  Archivo  manual  del  Senorio  de  Vizcaya  »,  le  manu- 
scrit de  l'ouvrage  d' Astarloa  :  Discursos  filosàficos  sobre  la  primitiva  lengua  con 
su  version  francesa  (publié  en  partie  à  Bilbao,  en  1883  :  Discursos filosôficos  sobre 
la  lengua  primitiva,  0  gramàlica  y  anàlisis  ra^oiiada  de  la  euskara  0  bascuence),  une 
Coleccion  de  voces  bascongadas,  une  autre  de  silabas  radicales  bascongadas  et  de 
adagios  bascongados.  Voir  LaVinaza,  Bibl.  hislâr.  de  la  filologia  castellana,  Madrid, 
1893,  p.  121. 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT   ET    l'eSPAGNE  165 

Eve,  et  qui  fut  transmise  ensuite  à  Noé  par  nos  premiers  parents  *  ; 
mais  ils  n'ont  pas  tous  reconnu,  comme  Humboldt,  les  germes 
féconds  qui  se  cachaient  dans  le  champ  inculte  des  recherches  de 
Astarloa  :  «  Astarloa,  dit  Humboldt  dans  ses  Recherches  sur  les 
habitants  primitifs  de  l'Es  pagne  (p.  13,  39,- 334),  a  été  sans  doute 
le  premier  à  étudier  le  basque  avec  un  esprit  vraiment  investi- 
gateur, le  premier  et  le  seul  qui  ait  découvert  Tordre  systéma- 
tique de  la  conjugaison  basque;  il  a  beaucoup  travaillé,  surtout 
dans  la  partie  grammaticale;  il  a  parcouru  avec  un  zèle  admi- 
rable tous  les  coins  de  son  pays,  pour  découvrir  les  vestiges  de 
la  langue  ancienne.  Même  là  où  Ton  ne  peut  guère  le  suivre,  on 
est  sûr  de  trouver  chez  lui  quelques  observations  nouvelles  et 
intéressantes.  »  Astarloa  mourut  le  2  juin  1806,  et  ses  manu- 
scrits passèrent  dans  les  mains  de  Erro,  l'auteur  de  VAlfabeto  de  la 
lengua  primitiva,  Humboldt  s'étant  une  fois  adressé  à  Erro  pour 
les  examiner,  celui-ci  lui  répondit  qu'il  avait  lui-même  l'intention 
de  les  publier. 

Humboldt  a  dû  évidemment  échanger  des  lettres  avec  le 
cure  dë^  Marquina,  D.  Juan  Antonio  Moguel  y  Urquiza,  qu'il 
appelle  «  un  des  linguistes  les  plus  savants  de  la  Biscaye  »,  esprit 
fin  et  sagace,  moins  fanatique  que  la  plupart  de  ses  concitoyens 
enthousiastes  et  visionnaires,  prudent  et  scrupuleux  dans  ses 
recherches,  extrêmement  travailleur,  comme  le  prouvent  fort  bien 
les  58  volumes  in-folio  de  ses  ouvrages  que  l'Académie  de  l'His- 
toire de  Madrid  garde  parmi  ses  antiquailles,  et  qui  ont  presque 


I.  «  La  lengua  bascongada  es  una  de  las  setcnta  y  dos  de  la  confusion  de  la 
torre  de  Babilonia,  y  la  que  traxeron  à  Espana  Tubal,  etc.  »  Garibay,  Refranes 
en  basctuitce,  dans  le  Memor.  histôr.  espanoî^  VII,  165.  —  Astarloa  en  voulait 
encore  aux  langues  modernes,  bien  pauvres,  selon  lui,  ù  côté  du  basque.  Voir 
Apologia,  Madrid,  1803,  p.  xviii  :  «  Pasé  despues  d  reconocer  las  lenguas 
Inglesa,  Alemana,  Olandesa,  Sueca  y  Dinamarquesa,  y  aunque  halle  en  eljas 
muchfsimas  perfecciones  de  que  carecian  las  que  llevamos  cotejadas,  adverti..... 
que  ninguna  de  las  cinco  podia  competir  con  la  Bascongada.  » 


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l66  ARTURO   FARINELLI 


exclusivement  rapport  à  la  langue  basque  des  habitants  primi- 
tifs de  l'Espagne  et  à  la  diffusion  du  peuple  ibérique  hors  de  la 
péninsule.  Il  a  donc  été  un  précurseur  de  Humboldt;  même 
dans  ses  lettres  il  se  plaisait  à  faire  dériver  du  basque  la  plupart 
des  noms  de  villes  et  de  villages  de  l'Espagne.  Moguel,  qui  n'est 
malheureusement  connu  aujourd'hui  que  par  quelques  livres  de 
dévotion  basques  qu'il  a  publiés  et  traduits,  avait  promis  à 
Humboldt  un  Dictionnaire  complet  des  trois  dialectes  basques^  que 
Humboldt  attendait,  et  qui  ne  parut  jamais.  Dans  ses  addi- 
tions au  Mithridates  (IV,  349),  Humboldt  avait  inséré  une  tra- 
duction basque  du  discours  de  Qtilina  à  ses  soldats,  de  Salluste, 
que  le  savant  curé  avait  eu  l'obligeance  de  lui  communiquer'. 
C'est  dans  les  premières  années  de  son  séjour  à  Rome  que 
Humboldt  travailla  sérieusement  sur  les  Basques.  Son  penchant 
pour  la  linguistique  s'était  prononcé  en  Espagne  ;  en  Italie,  il 
peut  suivre  à  son  aise  son  inclination  et  développer  ses  éton- 
nantes facultés.  Il  étend  ses  recherches  à  plusieurs  branches  du 


I.  Cette  traduction  avait  paru  du  reste  dans  les  Versiones  hascongadas  de 
varias  arengasy  oraciones  seîectas  de  los  mejores  aulores  latinos  du  même  Moguel, 
Tolosa,  1802,  p.  XIII  s.  —  Moguel,  qui  faisait  grand  cas  de  Hervasy  Panduro 
et  de  Masdeu,  n*a  nommé  nulle  part  Humboldt  dans  ses  lettres  imprimées  dans 
le  Ment,  hist,  espan.  Pensait-il  à  Humboldt  lorsqu*il  écrivait  à  Vargas  Ponce,  en 
février  1802  :  «  Yo  deseo  mucho  que  hombres  sabios,  no  paisanos  mios,  apren- 
dan  nuestro  idioma  vascongado  con  todo  fundamento  y  de  raiz.  Estos  taies 
darian  un  voto  imparcial  y  fundado  sobre  la  fecundidad  6  pobreza,  elocuencia 
6  tosquedad  del  vascuence.  »  Dans  une  lettre  postérieure  au  même  savant 
(24  mai  1802),  Moguel  parle  des  recherches  étymologiques  avec  un  bon  sens 
fort  rare  :  «  V.  conoce  la  gran  dificultad  de  sacar  légitimas  etimologias.  Yo  no 
quisiera  enganar  à  Vmd  dindoselas  desgradadas...  El  secretario  de  la  Acade- 
mia  me  escribiô  tomase  el  trabajo  de  remitirle  las  etimologias  de  los  nombres 
de  todos  los  pueblos  vascongados.  Contemplé  este  trabajo  como  el  mis  arduo 
y  expuesto  d  censura,  asi  porque  sabia  las  muchas  alteraciones  causadas  por  los 
amanuenses,  como  porque  en  voces  equfvocas  no  podia  acertar  siempre  con 
la  verdad...  No  me  atrevf  à  meterme  en  este  caos.  »  Assurément,  ce  savant  si 
modeste  et  si  discret  valait  bien  les  bascophiles  espagnols  des  temps  postérieurs. 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT  ET   l'eSPAGNE  î6j 

langage  humain  ;  il  noue  et  renoue  ses  fils  multiples  avec  une 
habileté  souveraine  ;  il  croit  avoir  découvert  dans  l'emploi  de  la 
langue  un  véhicule  'au  moyen  duquel  il  peut  parcourir  le  monde 
dans  toute  son  étendue.  La  langue  devient  bientôt  pour  Hum- 
boldt  la  source  la  plus  féconde  des  idées,  le  pivot  autour  duquel 
tournaient  la  philosophie  et  la  science.  Il  voudrait  composer  une 
encyclopédie  pour  l'étude  des  langues,  mais  il  n'aborde  pas 
cette  tâche.  Il  commence  une  dissertation  sur  la  véritable 
méthode  à  suivre  dans  l'étude  générale  des  langues,  et  il  donne 
partout  des  aperçus  nouveaux.  Il  vit  à  Rome,  avoue-t-il,  dans 
des  dispositions  au  travail  qui  n'avaient  jamais  été  meilleures  ni 
plus  heureuses.  Rome  lui  fournit  des  matériaux  exceptionnelle- 
ment précieux.  Il  fouille  à  son  aise  au  Collège  de  la  Propagande. 
Il  paraît  que  vers  la  fin  de  1803  Schweighaeuser  lui  avait  offert 
de  publier,  dans  je  ne  sais  quel  journal,  ses  recherches  sur  le 
basque.  Humboldt  répond  le  2  novembre  à  son  ami  d'Alsace  : 
«  Je  vous  remercie  cordialement  de  votre  proposition  relative  à 
mes  Basques.  Vous  me  pardonnerez  si  je  ne  puis  me  résoudre  à 
en  faire  l'objet  d'une  communication  dans  un  journal  ;  ce  serait 
nuire  à  mon  travail  et  à  moi-même.  Je  n'en  ai  encore  rien 
divulgué,  bien  qu'il  soit  achevé  en  grande  partie.  Ce  qui 
retardera  l'impression,  c'est  qu'il  vient  de  paraître  en  Espagne 
un  mémoire  espagnol  sur  la  langue  basque;  il  faut  que  je 
l'utilise,  et  il  se  passera  plusieurs  semaines  avant  qu'il  ne  me 
par\'ienne  *.  »  Il  donne  ensuite  le  plan  de  son  travail,  que  nous 
avons  reproduit  plus  haut;  l'ouvrage  devait  comprendre  deux 
volumes  :  «  Tout  cela,  voyez-vous,  demande  encore  un  labeur 
considérable,  quel  que  soit  celui  auquel  je  me  suis  déjà  livré. 
On  peut  dire  que  le  voyage  est  terminé  ;  la  grammaire  est 
rédigée  en  majeure  partie  ;  pour  le  surplus,  les  matériaux  sont 


I.  VApologia  de  la  lengua  bascottgada,  6  ensayo  critico  filosàfko  de  su  pfrfeccion 
y  antigùedad,  dt  Pablo  Pedrode  Astarloa,  venait  alors  de  paraître,  Madrid,  1803. 
On  en  a  publié  une  seconde  édition  à  Bilbao  en  1881. 


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l68  ARTURO   FARINELLI 


réunis.  J'ai  misa  profit  mon  séjour  ici;  on  croyait  que  le 
basque  et  le  maltais  se  ressemblent;  or,  le  dernier  est  tout  à  fait 
oriental.  J'étudie  maintenant  des  fragments  étrusques  et  osques 
très  remarquables  au  point  de  vue  du  basque.  »  Dans  une  lettre 
inédite  de  la  même  époque  (22  octobre  1803),  à  Brinkmann, 
le  diplomate  et  littérateur  suédois  bien  connu,  Humboldt  parle 
aussi  de  son  travail  sur  le  basque,  qui  exigeait  une  refonte,  d'après 
les  matériaux  de  VApohgia  de  Astarloa.  Le  livre  paraîtrait  néan- 
moins à  la  Saint-Michel  de  l'année  suivante  '.  Une  autre  lettre  à 
Brinkmann,  pareillement  inédite,  nous  informe  que  Humboldt 
avait  envoyé  à  l'éditeur  Sander,  le  4  février  1804,  une 
«  Annonce  »  de  ses  études  basques  ^.  Le  21  juin  1804,  Humboldt 
écrit  à  Schweighaeuser  qui  séjournait  alors  à  Paris  :  «  Les 
Basques  avancent  maintenant  sérieusement.  Vous  avez  certaine- 
ment l'occasion  de  voir  des  Basques  à  Paris  ;  peut-être  même 
voyez-vous  le  chanteur  Garât  et  une  certaine  dame  basque  que 


1.  H.  G.  Wachtmeister  dans  sa  thèse  :  Bidrag  till  Cari  Gustaf  von  Brink- 
mahs  hiografi  och  Karakieristik,  Lund,  1 871,  ne  fait  que  mentionner  (p.  xu)les 
131  lettres  inédites  de  G.  de  Humboldt  à  Brinkmann  et  les  46  de  Gu'oline  de 
Humboldt  au  même  diplomate,  conservées  à  Trolle-Ljungby.  Mon  ami  Leitz- 
mann,  qui  publiera  bientôt  les  papiers  inédits  de  Brinkmann,  a  eu  l'obli- 
geance de  me  transcrire  le  passage  :  «  Wenn  Sie  Sander  sehen  (réditeur  bien 
connu  de  Berlin,  ami  de  Gœthe  et  de  Schiller,  et  rédacteur  infortuné  du  jour- 
nal Der  Freimûiige) y  so  sagen  Sie  ihm  doch,  dass  ich  die  Vasken  nicht  vergesse. 
Aber  es  ist  eben  erst  jetzt  eine  Schrift  in  Spanien  erschienen,  die  ich  nothwen- 
dig  in  meine  verwandeln  muss,  und  so  dauert  es  noch.  Allein  zu  Michaelis, 
1804,  sollessicher  erscheinen.  » 

2.  C'était  probablement  la  même  Ankûndigung  qui  parut  en  1812,  dans  la 
revue  de  Fr.  Schlegel.  Voici  l'extrait  de  cette  lettre  inédite  que  Leitzmann 
m'envoie  (4  fév.  1804)  :  «  Ich  habe  mit  voriger  Post  eine  Ankûndigung  mei- 
ner  Vasken  an  Sander  geschickt,  mit  Auftrag,  wenn  erdarin  etwas  abgeândert 
wûnschen  sollte,  nur  mit  Jhnen  darùber  zu  reden,  und  ailes  zu  thun,  was  Sie 
wollten,  aber  nichts  weiter.  Aendem  Sie  also,  wo  es  Jhnen  nôthig  scheint,  ab, 
nur  sorgen  Sie  ja,  dass  auch  kein  Wort  hineinkommt  das  einem  Buchhândler- 
lobeàhnlich  sehen  kônnte,  » 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT   ET   l'eSPAGNE  169 

je  n'ai  jamais  rencontrée,  mais  que  vous  connaissez,  je  crois.  Si 
vous  pouviez  me  procurer  des  chants  populaires  basques,  vous 
me  feriez  infiniment  plaisir;  il  me  faudrait  aussi  la  musique  que 
Garât  m'a  toujours  promise,  sans  tenir  parole.  Ce  n'est  pas  une 
mission  que  je  vous  impose  ;  je  n  en  parle  que  pour  le  cas  où 
vous  y  penseriez  à  l'occasion  \  » 

Au  plus  fort  du  travail,  d'autres  soins  viennent  le  distraire. 
Ses  amis  ont  beau  attendre  le  livre,  Humboldt  n'a  pas  encore 
mûri  ses  idées  ;  il  n'a  pas  encore  réuni  tous  ses  matériaux.  Il  se 
plaint,  mais  à  tort,  dans  une  autre  lettre  à  Schweighaeuser 
(2  juillet  i8oé),  qu'il  est  devenu  paresseux,  que,  depuis  qu'il 
est  à  Rome,  il  n'a  «  véritablement  rien  fait  en  matière  de 
recherches  linguistiques  »,  qu'il  lui  était  souvent  dur  de  rester 
au  Ic^isdans  ce  pays  et  sous  ce  ciel  :  «  Toujours,  dit-il,  revient  la 
pensée  :  Carpe  horam  quant  minimum  credulus  posterae^  et  les 
Basques  eux-mêmes  sont  ensevelis  dans  un  profond  oubli.  »  Il 
venait  d'écrire  ses  stances  sur  Rome.  L'idée  qu'il  devrait  bientôt 
prendre  congé  de  la  ville  éternelle  troublait  son  repos.  Une  fois 
parti,  ces  jouissances  auxquelles  il  se  livrait  si  doucement  en 
Italie  ne  lui  seraient-elles  pas  refusées  à  jamais  ?  Pendant  l'été 


I.  J'ignore  qui  était  cette  dame  basque  que  Schweighaeuser  devait  connaître 
à  Paris.  Laquiante,  p.  103  de  son  recueil,  suppose,  à  tort  je  crois,  que  c'était 
Mî'«  Duchamp,  cantatrice,  qui  devint  M™*  Garât.  Garât,  après  ses  brillants  suc- 
cès, ne  se  faisait  entendre  que  dans  des  salons  privilégiés,  et  c'est  là  sans 
doute  que  Humboldt  le  connut  à  Paris.  Ni  lui  ni  Schweighaeuser  n'ont 
jamais  pu  fournir  des  chansons  basques  à  Humboldt.  On  se  plaignait  alors 
d'être  très  peu  orienté  sur  la  musique  basque,  mais  nous  ignorons  encore  par- 
faitement aujourd'hui  les  anciens  rythmes  des  Basques  ;  nous  ne  savons  pas 
s'ils  avaient  une  tonalité  particulière.  Le  recueil  de  Iztueta,  les  collec- 
tions de  chant  et  de  danse  basques,  par  Francisque  Michel  etSallaberry,  dont  on 
faisait  grand  cas  autrefois,  sont,  examinés  de  près,  dépourvus  de  toute  originalité 
et  montrent  des  emprunts  constants  à  l'art  cultivé  des  grandes  villes  environ- 
nantes. Voir  A.  Loquin,  dans  la  Revue  de  linguistique  y  XXI,  160  s.  Foîk-Lore  et 
musique  y  article  basé  sur  des  Notes  sur  la  musique  basque  y  de  Brambach,  dans 
VEnskara  (1888). 


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170  ARTURO   FARINELLI 


de  1807,  des  recherches  nouvelles  sur  une  partie  inexplorée  de 
la  littérature  grecque  l'absorbent  complètement.  La  linguistique 
elle-même  cédait  devant  le  charme  de  la  lecture  de  Démos- 
thène  et  d'autres  orateurs  grecs  :  «  Je  me  suis  éloigné  peu  à  peu 
des  études  barbares  basques  et  autres,  »  écrit  Humboldt  à  son 
ami  d'Alsace,  le  18  juillet  de  cette  année-là.  Tout  le  monde  sait 
que  Humboldt  revint  bientôt  à  la  linguistique  pour  ne  la  quitter 
jamais.  Les  études  «  barbares  »  étaient  son  délassement  unique, 
même  lorsqu'il  était  entré  au  ministère,  lorsqu'il  dirigeait  la 
barque  chancelante  des  affaires  de  l'État. 

En  attendant,  après  YApologia  d'Astarloa  (1803)  '  et  Y  Alfa- 
beio  de  Erro  (1806),  deux  autres  études  assez  insignifiantes  sur 
le  basque  avaient  paru.  La  première  est  une  dissertation  latine 
de  G.  A.  F.  Goldmannn,  couronnée  par  l'Académie  de  Gottingue 
(1807),  qui  s'occupe  de  quelques  détails  de  la  langue  basque 
sans  jamais  approfondir,  ainsi  que  Humboldt  l'observe  dans  ses 
additions  au  Mithridates  ^.  La  seconde  est  un  chapitre  d'une 
vingtaine  de  pages  sur  la  langue  basque,  son  caractère,  ses  dia- 
lectes, ses  documents  littéraires,  placé  par  Adelung  en  tète  du 
2*  volume  du  Mithridates  (Berlin,  1809).  Ce  résumé  bien 
maigre,  fait  aveuglément  d'après  le  Caiàlogo  de  Hervas,  était 
plus  qu'insufiisant  pour  un  ouvrage  de  dimensions  aussi  vastes 


1 .  Deux  ans  avant  VApologia,  avait  paru  â  Madrid  un  Plan  de  antigûedades 
espanolaî,,,  cuyo  principal  ohjeto  se  dirige  à  prdbar  que  las  monedas,  insçripciones  y 
medallas  antiguas  espaholas  de  caractères  cellibéricos  y  hélicos  estan  escritas  par  lo 
comun  en  lengita  bascongada,  du  curé  de  Escalonilla,  D.  Luis  drlos  y  Zùniga 
(Madrid,  1801).  Moguel  parle  très  défavorablement  de  cet  ouvrage  dans  les 
Carias  (p.  708,  février  1802).  En  i8o4,Tomas  de  Sorreguieta  publia  à  Pampe- 
lunesa  Seniana  Hispano-Bascongada,  et  en  1805  une  réponse  aux  attaques  de 
Astarloa  :  Triunfo  de  la  Semanay  del  Vascuence  contra  varias  ceusores  hispano-bas- 
coftgados  enmascarados. 

2.  CommentatîOy  qm  trifiarum  lingiiarum  Vasconum,  Bdgarum  et  Celtarum, 
quarum  Reliquiae  in  Linguis  VascofUca,  Cyniry  et  Galic  super sunt,  discrimen  et 
diversa  cnjusqite  iiidoles  docetur.  Gottingae,   1807.  Voir  Mithridates^  IV,  337  s. 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  I7I 

que  le  Miihridates;  Humboldt,  paraît-il,  s'était  déjà  spontané- 
ment offert,  pendant  son  séjour  à  Rome,  à  imprimer  des  addi- 
tions et  corrections  dans  le  supplément  que  Vater  venait 
d'ajouter  avec  la  collaboration  d'autres  savants  \  En  1812,  ces 
additions  étaient  prêtes  ;  Humboldt  s'était  enfin  décidé  à  com- 
muniquer au  public  une  partie  de  ses  recherches  sur  le  basque. 
Il  venait  d'être  nommé  ambassadeur  à  Vienne,  ce  qui  ne  l'em- 
pêchait guère  de  suivre  à  loisir  le  cours  de  ses  études.  A  son 
arrivée  à  Vienne,  il  déballe  ses  livres,  et,  comme  il  fera  plus  tard 
pendant  son  ambassade  à  Londres,  il  se  préoccupe  davantage 
de  linguistique  que  des  manœuvres  et  des  intrigues  de  cour  ;  il 
travaille  à  une  dissertation  sur  les  langues  américaines  ;  il 
étudie  le  hongrois,  le  basque,  d'autres  langues  encore  ;  il  écrit  à 
Schweighaeuser  qu'il  ne  s'occupera  désormais  d'aucun  autre 
genre  d'étude  :  «  cela  me  donne  l'espoir  d'aboutir  à  un  résultat.  » 
n  avoue  à  Wolf  que,  de  même  que  Rubens  qui  trouvait  du 
plaisir  à  peindre  plusieurs  grands  tableaux  à  la  fois,  lui  aimait  à 
étudier  beaucoup  de  choses  en  même  temps. 

La  matière  du  3*  volume  du  Mithridates  s' étant  démesurément 
accrue  dans  les  maigs  de  Vater,  il  fallait  attendre  le  4*  volume 
pour  que  le  travail  de  Humboldt  trouvât  sa  place  convenable. 
En  février  18 12,  Humboldt  croyait  cependant  encore  qu'on 
l'imprimerait  au  printemps  suivant,  puisqu'il  écrit  à  Schweig- 
haeuser (26  février  18 12)  :  «  Si  la  troisième  partie  du  Mithri- 
dates  de  Adelung,  continuée  par  Vater,  vous  tombe  sous  la 
main,  —  elle  paraîtra  cette  année  à  la  foire  de  Pâques,  —  vous 
y  verrez  un  article  de  moi  sur  le  basque.  Ce  ne  sont  guère  que 
des  fragments,  mais  ils  suffisent  pour  le  moment  à  ceux  qui 
s'occupent  de  linguistique  :  l'essentiel  de  la  grammaire  et  un 


I.  Voir  la  pré&ce  au  2«  voL  du  Mit!yridates  oder  allgemeim  Sprachkunde  de 
Joh.  Chr.  Adelung...  fortgcsetzt  und  bcarbeitet  von  Joh.  Sev.  Vater,  Berlin, 
1809,  p.  X. 


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172  ARTURO   FARINELU 


vocabulaire  de  six  à  sept  cents  mots  au  moins,  avec  des  indica- 
tions permettant  de  se  guider,  moyennant  quelques  règles,  dans 
le  labyrinthe  que  présente  à  première  vue  tout  vocabulaire.  » 
Le  retard  imprévu  le  décida  à  publier  dans  un  journal  de 
Kœnigsberg  *  la  fin  de  son  article,  la  transcription  et  la  traduction 
de  quelques  textes  basques,  et  ensuite  une  sorte  d'annonce  de 
ses  investigations  sur  la  langue  et  la  nation  basques,  dans  le  12* 
cahier  du  2*  volume  de  la  revue  de  Fr.  Schlegel  ^. 

Cette  annonce,  qui  contient  en  germes  les  idées  fondamentales 
de  Humboldt  sur  la  science  du  langage,  développées  plus  tard 
dans  la  grande  préface  sur  la  langue  du  Kaviy  a  été  sans  doute 
sollicitée  en  partie  par  Frédéric  Schlegel.  Elle  se  ressent  çà  et  là 
des  idées  qui  agitaient  le  cerveau  du  dogmatiseur  de  l'école  roman- 
tique ;  elle  montre  parfois  une  incertitude  d'expression,  étran- 
gère aux  autres  écrits  de  Humboldt,  si  débordants  de  lumière;  elle 
n'est  pas  éloignée  de  tout  écart  mystique,  elle  devait  plaire,  en 
un  mot,  aux  lecteurs  de  la  revue  de  Schlegel  ^  Le  basque  ayant 


1.  Kônigsherger  Archivfùr  Philosophie ^  Thologiey  Sprachkutide  und  GeschichU, 
Kônigsberg»  1812,  III,  St.,  p.  277  s.  Probett  Vaskischer Schreibart  und  Dichtuug. 
Ces  fragments  reparurent  tels  quels  dans  le  MiihridaUs, 

2.  Ankùtidigung  einer  Schrift  tiberdie  VashischeSpractyetmd  Nation  y  fubstAngahe 
des Gesichtspttnktes  uni InJxiUderselbenf  dans  le  DentscJjes  Muséum,  Wien,  i8i2,II, 
485-502.  On  la  retrouve  dans  le  recueil  bien  connu  de  Mahn,  Denkmàler  der 
baskiscJjen  Sprache,  Berlin,  1857,  p.  x-xix.  Les  idées  fondamentales  sur  la  philoso- 
phie du  langage  exprimées  par  Humboldt  dans  cctic  Ankûndigung  sont  données 
dansle  grand  ouvrage  de  H.  Steinthal.  Die  sprachphilosoplnscf)en  fVerke  fVilhehnvon 
Humboîdty  hrg.  u.  erklârt,  Berlin,  1883,  p.  15  s.  —  Cet  article  sur  le  basque 
de  Humboldt  et  celui  indiqué  dans  la  note  précédente  manquent  dans  la 
Bibliographie  de  Vinson  et  dans  les  additions  érudites  de  E.  Spencer  Dodgson, 
dans  la  Union  Vasco-'Savarra,  Bilbao,  30  mars  1892,  et  dans  la  Revue  des 
biblioilxqueSy  II,  216  s. 

3.  On  est  surpris  de  ne  rencontrer  aucun  souvenir  de  la  collaboration  de 
Humboldt  au  Deuisches  Muséum ,  dans  les  lettres  souvent  bavardes  de 
F.  Schlegel.  Voir  O.  Walzel,  F.  Schlegels  Briefe  an  seinen  Bruder  A.  fVilljelm, 
Berlin,  1890.   —  Dans   une  lettre  à  Stein,  du   3  janvier  181 2,  après  avoir 


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GUILLAUME  DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  I73 

trop  peu  excité  jusqu'alors  la  curiosité  des  savants,  il  fallait  auda- 
cieusement  se  frayer  une  route  nouvelle  au  milieu  de  ronces  et 
de  broussailles.  Humboldt  promet  une  monographie  complète  sur 
les  Basques  et  leur  langue,  une  élude  approfondie  sur  les  mœurs, 
la  civilisation  et  l'histoire  de  ce  petit  peuple  perdu  au  fond  de 
l'Europe,  étude  qui  n'aurait  pas  manqué  d'embrasser  des  considé- 
rations toutes  particulières  sur  la  parenté  plus  ou  moins  probable  du 
basque  avec  le  gaélique  et  le  kymrique,  des  recherches  étymolo- 
giques nécessaires  et  presque  indispensables  à  l'étude  des  langues 
du  Midi  de  l'Europe,  surtout  à  l'investigation  des  sources  primitives 
de  l'espagnol.  Dans  dix-huit  mois,  au  plus  tard,  cet  ouvrage 
sur  les  Basques  paraîtrait.  Il  devait  s'amplifier  et  se  compléter 
autant  que  possible.  Il  devait  comprendre  trois  parties  distinctes, 
quoique  enchaînées  l'une  à  l'autre.  La  première  contiendrait, 
sous  forme  de  récit  de  voyage,  les  observations  faites  pendant  le 
premier  voyage  en  Espagne  dans  les  provinces  basques,  espagnoles 
et  françaises.  La  seconde  s'occuperait  essentiellement  de  l'analyse 
grammaticale  et  lexicologique  de  la  langue  basque,  des  relations 
du  basque  avec  les  autres  langues,  en  sorte  qu'elle  aurait  pu  for- 
mer un  chapitre  de  cette  encyclopédie  générale  des  langues,  que 
Humboldt  avait  méditée  depuis  nombre  d'années.  La  troisième 


rappelé  la  ressemblance  illusoire  dans  la  structure  grammaticale  du  basque 
et  dés  langues  améiicaines,  et  Fimpossibilité  d'en  tirer  des  conclusions  cer- 
taines pour  Tétude  de  l'origine  de  ces  peuples,  Humboldt  ajoute  :  «  Ueber- 
haupt  ist  die  Art  wie  sich  aus  der  Beschaffenheit  der  Sprachen  auf  die 
frûhesten  Schicksale  und  Wanderungen  der  Vôlker  schliessen  làsst,  noch  lange 
nicht  vollkommen  in*s  Reine  gebracht...  Immer  aber  wùrden  dièse  philoso- 
phischen  bei  einer  solchen  Arbeit  zum  Grunde  zu  legenden  Ansichten  die 
Hauptsache  dabei  ausmachen».  G.  H.  Periz,  Dos  Leben  des  Ministers  FreiJjeirn 
von  Steitiy  Berlin,  1851,  III,  $95.  — On  vient  de  rassembler  et  d'ordonner 
avec  infiniment  de  soin  les  lettres  de  Gœthe  et  de  Schiller;  pourquoi  ne 
ferait-on  pas  un  travail  semblable  p)our  les  lettres  de  Humboldt  qui  sont  par- 
fois mieux  écrites  et  offrent  presque  autant  d'intérêt  que  la  correspondance 
des  deux  grands  poètes  ? 


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174  ARTURO   FARINELLI 


enfin  donnerait  le  suc  de  se$  propres  idées  et  convictions,  elle 
résumefadt  les  deux  autres,  elle  éhibrasserait  des  recherches  histo- 
riques et  philosophiques  sur  la  nation  et  la  langue  basques,  dans 
le  but  de  déterminer,  d'après  leur  origine  et  leur  valeur,  quelle 
place  elles  occuperaient  dans  l'histoire  du  genre  humain.  Ce  petit 
peuple,  cette  langue  originale  auraient  reçu  ainsi  la  lumière  de 
tous  côtés  et  l'auraient  réfléchie  sur  d'autres  points  non  moins 
dignes  d'observation  et  d'étude.  Des  problèmes  du  plus  haut 
intérêt  se  rattachent  à  l'étude  du  basque.  Quels  ont  été  les  habi- 
tants primitifs  de  l'Espagne  et  du  Portugal  ?  D'où  sont-ils  venus  ? 
Quels  mélanges,  quelles  séparations  ont-ils  éprouvés  ?  Dans  quels 
rapports  sont-ils  avec  les  populations  originaires  de  la  France  et 
de  l'Italie  ?  On  reconnaît  aisément  la  méthode  que  Humboldt 
veut  suivre  dans  ses  recherches.  Cette  méthode  est  fondée  prin- 
cipalement sur  l'étude  étymologique.  La  langue  basque  s'est  con- 
servée pure,  presque  intacte,  à  travers  les  siècles.  Les  racines  de 
beaucoup  d'anciens  noms  de  lieu  et  de  personnes  sont  restées 
invariables.  Et,  puisque  chaque  ferme  porte  sa  dénomination 
particulière  qui  dépend  de  sa  position,  ou  même  des  arbres  qui 
l'environnent,  tout  le  pays  peut  s'appeler  une  sorte  de  document 
vivant  du  langage. 

En  1817  parurent  enfin  les  premières  véritables  recherches  de 
Humboldt  sur  la  langue  basque.  Telles  que  Humboldt  les  avait 
conçues  cinq  ans  auparavant,  ces  additions  et  corrections  furent 
incorporées  au  4*  volume  du  Mithridates  \  Elles  se  bornent  à  des 
observations  grammaticales  et  lexicologiques  qui   rectifient  les 


I .  Berichiigungen  und  Zusàt^e  i^um  ersten  Abschttiite  des  ^weyien  Bandes  des 
Mithridates  ûber  die  cantahrisclje  oder  haskische  Sprache,  dans  le  Mithridates^  IV, 
277  s.  Ces  additions  parurent  aussi  à  part  à  Berlin,  chez  Voss,  tout  au  com- 
mencement de  181 7,  car  le  27  janvier  de  cette  année,  Humboldt  écrivait  à 
Welcker  :  «  Ich  habe  mit  Vergnùgen  gesehen,  dass  meine  kleine  Baskische 
Schrift  Sie  nicht  ohne  Interesse  gelassen  hat.  Ich  lebe  und  webe  jetzt  in  dem 
Griechîschen.  » 


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^    ^  ^^  t . —        .  -  .  - -.  .^,  -  ,^..^  .^^,^  ^^  .  , .    _  ^ ..^^-^^.^^I^^^^jp-J^., 


GUILLAUME  DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  I75 

notes  insuffisantes  de  son  devancier  et  qui  ne  sortent  pas  des 
limites  prescrites  à  un  traité  sur  les  langues  du  monde  entier. 
Humboldt  lui-même  n'a  point  voulu  entamer  et  morceler  le 
travail  sur  le  basque  qu'il  préparait  depuis  une  quinzaine  d'années 
et  qu'il  annonce  dans  la  préface.  Nous  n'entrerons  guère  dans  les 
détails  de  ces  notes,  qui  offrent  bien  peu  d'attrait  pour  les  linguistes 
d'aujourd'hui,  mais  qui,  à  une  époque  où  les  études  basques 
étaient  encore  dans  leur  enfance,  montrent,  surtout  dans  la  par- 
tie concernant  le  verbe  basque,  un  progrès  très  sensible  sur  les 
travaux  antérieurs  et  dénotent  la  profondeur  et  la  s^acité  des 
recherches  de  Humboldt.  Ces  notes  donnent  un  aperçu  des  dif- 
férents dialectes  du  basque,  des  avertissements  sur  la  façon  dont 
les  mots  basques  devraient  être  étudiés  d'après  leur  origine,  un 
choix  de  mots  basques  rangés  par  ordre  alphabétique,  sans  doute 
d'après  le  lexique  que  Humboldt  avait  commencé  à  Paris,  choix 
qui  aidait  à  découvrir  l'origine  de  plusieurs  mots  basques  et  leur 
affinité  avec  les  mots  d'autres  langues,  qui  montrait  la  richesse 
considérable  d'expressions  du  langage  basque,  la  grande  simpli- 
cité de  plusieurs  mots  primitifs  et  qui  devait  donner,  comme 
Humboldt  le  voulait,  une  idée  un  peu  moins  superficielle  d'une 
langue  presque  complètement  ignorée  en  Allemagne  '.  Après  ce 
vocabulaire,  viennent  des  remarques  sur  le  caractère  de  la  langue 


I.  Humboldt  désapprouve  ici  la  méthode  suivie  par  Hervas  y  Panduro  dans 
son  Vocabolario  PoUglotto  qu'il  appelle  «sehr  unzuverlâssig  ».  Ailleurs,  Hum- 
boldt est  plus  indulgent  envers  Tex-jésuite  espagnol,  dont  la  science  étonnante 
n'était  que  trop  chaotique.  Le  chanoine  Cosimo  Mori  exagérait  cependant  le 
désordre  des  idées  de  Hervas  dans  une  lettre  au  philologue  Vater,  de  Halle 
{MithriàaUSy  IV,  270)  :  «  Stravagante  ed  irragionevole  è  troppo  questa  opéra 
del  Sig«"  Abate  Hervas,  per  poter  aver  Tonore  di  esser  sottoposu  ad  una 
critica;  simile  appunto  a  quel  gran  deserti  délia  Libia,  dove  periscono  misera- 
mente  di  sete  le  gran  caravane  de*  passaggeri,  perché  o  sterili  afFatto  d'açque, 
o  questa  in  ben  piccola  quantità,  etc.  ».  Voir  Humboldt  à  Wolf  (Rome,  15 
avril  1803,  Œuvres,  V,  258):  «  Der  al  te  Hervas  ist  ein  verwirrter  und 
ungrûndlicher  Mensch.  Aber  er  weiss  vielerlei,  hat  eine  unglaubliche  Menge 
Nôtizen  und  ist  daher  immer  brauchbar.  » 


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176  ARTURO   FARINELU 


en  général,  sur  la  composition  et  les  différentes  racines  des  mots. 
Les  apologistes  et  adorateurs  superstitieux  du  basque  n'avaient 
pu  résister  à  la  manie  singulière  d'attribuer  un  sens  déterminé  et 
symbolique  à  chaque  voyelle  de  n'importe  quel  mot  basque. 
C'est  surtout  dans  les  notes  sur  la  conjugaison  basque,étudiée 
avec  un  soin  particulier  par  le  prince  L.  L.  Bonaparte  et  tout  récem- 
ment par  M.  Schuchardt,  queHumboldt  s'est  abondamment  servi 
des  recherches  d'Astarloa;  mais  il  étend,  il  approfondit,  il  corrige 
les  études  du  savant  espagnol  ;  il  indique  des  analogies  avec  d'autres 
langues,  avec  l'hébreu,  le  hongrois,  etc.  ;  il  rappelle  la  richesse 
et  la  souplesse  déployées  par  le  basque  dans  cette  partie  de  la  gram- 
maire, surtout  dans  l'emploi  de  quelques  formes  de  participes. 
Un  des  derniers  chapitres  contient  de  copieuses  additions  à  la  lit- 
térature de  la  langue  basque;  il  comprend  les  travaux  imprimés  et 
les  manuscrits.  On  reconnaît  que  Humboldt  était  toujours  à 
l'affût  des  nouveautés  sur  la  langue  et  le  pays  basques,  qu'il 
fouillait  dans  tous  les  dépôts  des  bibliothèques  pour  enrichir  ses 
études.  Dans  la  catégorie  des  manuscrits  il  note  entre  autres  le 
Catâlogo  de  voces  bascongadas  con  las  correspondencias  castellanaSy 
compilé  par  Aizpitarte,  simple  essai  d'un  dictionnaire  que  la  Société 
«  vascongada  »  préparait  par  ordre  de  son  président,  le  comte  de 
Penaflorida;  \e  Plan  de  lenguas  de  Astarloa,  qui  devait  être  une 
exposition  complète  de  la  grammaire  et  du  lexique  basques,  et 
dont  on  aimerait  savoir  ce  qu'il  est  devenu  ;  le  recueil  de  proverbes 
de  Oihenart,  que  Francisque  Michel  publia  plus  tard  en  1847. 
Comme  appendice,  Humboldt  ajoute  les  trois  fragments  basques 
qui  avaient  paru  cinq  ans  auparavant  dans  la  revue  de  Kônigsberg, 
et  une  illustration  assez  ample,  avec  la  traduction  à  côté,  d'une 
chanson  basque  dont  l'antiquité  et  l'authenticité,  soutenues 
aussi  par  Fauriel  et  d'autres,  ont  été  fortement  contestées  par  des 
savants  modernes  *. 


1.  Voir  Vinson,  Hovelacque  et  Picot,  Mélanges  de  linguistique  et  (Tanthropo^ 
lo^ity  Paris,    1880,  et  Tarticle  de  Vinson,  Excentricités  euscarieunes,  dans  la 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  177 

«  Le  rapprochement  des  études  historiques  et  linguistiques 
exerce  sur  moi  une  grande  attraction,  écrivait  Humboldt  à  Goethe 
le  15  mai  1821,  d'autant  plus  grande  qu'il  nous  transporte  au 
milieu  de  la  vie  reculée  et  obscure  des  peuples,  où  les  événements 
individuels  ne  ressortent  pas  encore,  mais  où  les  émigrations 
pacifiques  des  peuples  préparent  les  siècles  de  l'avenir.  L'action 
du  genre  humain  ressemble  alors  à  l'activité  de  la  nature  elle- 
même,  c'est  le  passage  du  développement  successif  à  Hndividua- 
lité;  la  langue  n'est  que  le  lien  qui  unit  les  deux  états,  le  milieu 
dans  lequel  ils  se  réfléchissent.  »  «  Cette  partie  de  l'histoire, 
antérieure  â  toute  tradition,  qui  ne  permet  de  reconnaître  l'état 
d'un  peuple  que  d'après  ses  noms  et  ses  documents,  exerce  sur 
moi  un  charme  particulier.  »  C'est  ainsi  que,  dans  une  lettre  du 
7  mai  1821,  Humboldt  avoue  à  Welcker  son  penchant  pour  l'his- 
toire primitive.  Quelques  semaines  après,  Goethe  et  Welcker  rece- 
vaient l'ouvrage  de  Humboldt  sur  le  basque  :  Recherches  sur  les 
habitants  primitifs  de  l'Espagne  y  à  l'aide  de  la  langue  basque  '. 

Malgré  les  soins  prodigués  à  cet  ouvrage,  longtemps  mûri  et 
préparé,  Humboldt  éprouvait  un  sentiment  d'hésitation  pénible 
à  le  lancer  dans  le  public  savant.  Les  résultats  inattendus  auxquels 
il  arrivait,  la  hardiesse  et  la  franchise  avec  lesquelles  ils  étaient 
exposés,  le  surprenaient  lui-même.  Il  avait  pris  conseil  de 
Ritter  %  qui  examina  son  manuscrit  et  le  trouva  digne  d'admi- 

Rnme  de  linguistique,  XVI,  72  s.,  où  la  Chanson  de  Lelo  apparaît  comme  une 
fabification  grossière. 

1 .  Il  est  réimprimé  dans  les  Œuvres,  II,  i  s.  Je  me  sers  de  l'édition  origi- 
nale de  182 1,  qui  me  semble  plus  commode  et  même  plus  correcte.  D'après 
une  lettre  à  Wolf,  faussement  datée  dans  les  Œuvres,  V,  309  (il  faut  lire 
5  juillet  1820,  et  non  1821),  Humboldt  paraît  avoir  demandé  conseil  à  son 
ami  sur  le  titre  qu'il  faudrait  donner  à  son  travail.  —  Goethe  a  enregistré  dans 
sa  a  Bûcher  Vermehrungsliste  »,  le  livre  de  Humboldt  («  W.  von  Humboldt, 
Baskische  Sprache  »),  sous  la  date  du  5  juin  1821.  Voir  Gœthe*s  îVerke, 
édit.  Weimar,  UI  Abt.,  VIII,  312. 

2.  C.  Ritter,  à  cette  époque  professeur  d'histoire  au  gymnase  de  Francfort- 
sur-le-Mein,   un  des  géographes  les  plus  illustres  de  l'Allemagne,  venait  de 

Rtvae  hispani^ut.  I2 


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178  ARTURO   FARINELLI 


ration;  il  éclairait,  disait-il,  le  problème  encore  chaotique  et 
plein  d'obscurités  des  premiers  habitants  de  l'Europe  occiden- 
tale, la  question  de  la  langue  celtique  et  de  ses  relations  avec  les 
langues  modernes,  il  montrait  fort  bien  la  route  qu'on  aurait  dû 
suivre  pour  épuiser  la  matière,  Humboldt  ne  l'ayant  envisagée  que 
d'un  seul  côté.  Par  sa  méthode  excellente,  ce  travail  aurait  pu 
servir  de  modèle  à  d'autres  investigations  du  même  genre  '• 
Mais  Humboldt  hésitait  encore  ;  il  exige  de  Wolf  une  revision 
du  manuscrit  ;  il  veut  un  jugement  sur  l'ensemble  qui  le  rassure 
et  le  tranquillise,  et  lorsque  l'ouvrage  est  enfin  livré  à  l'im- 
primerie il  ne  cache  point  ses  doutes  et  ses  scrupules  :  «  C'en 
est  Élit,  dit-il,  tout  doit  suivre  sa  destinée.  Je  n'ai  pas  de  bons 
pressentiments  pour  cette  œuvre  ;  la  résignation  est  la  seule  chose 
qui  me  reste  ^  » 

Les  bornes  assignées  à  cette  étude  ne  permettent  de  donner 
qu'un  simple  résumé  des  recherches  de  Humboldt  sur  les  habi- 
tants primitifs  de  l'Espagne,  d'exposer,  en  négligeant  toutes  les 
questions  de  détail,  les  idées  fondamentales  de  Humboldt,  qui 
sont  aujourd'hui  encore  courantes  parmi  les  linguistes.  La  science 
a  bien  marché  depuis  Humboldt,  l'érudition  moderne  travaille 
avec  d'autres  ressources  que  celles  qu'on  possédait  de  son 
temps  ;  l'étude  des  langues  a  ouvert  des  horizons  nouveaux; 
mais  dans  le  champ  purement  ibérique,  malgré  le  flux  et  le  reflux 
des  dissertations  nouvelles,  malgré  des  découvertes  réelles,  des 
progrès  positifs  dans  les  procédés  de  dissection  linguistique,  on 


publier  sa  Vorhalle  Europàiscljer  VôlkergeschichUn  vor  Herodotm  um  den  Kaukasns 
und  an  den  Gesladen  des  PontuSy  Berlin,  1820,  où  il  partage  Topinion  de 
Humboldt  que  les  Ibères  étaient  les  habitants  primitifs  de  l'Espagne. 

1.  Lettre  à  Wolf,  sans  date,  dans  les  Œuvres^  V,  315  (fin  de  1820  ou 
commencement  de  1821):  «Meine  Arbeit  ûber  die  Urbevôlkerung  Spaniens  îst 
seit  einigen  Wochen  vollendet.  » 

2.  Autre  lettre  à  Wolf,  sans  date  (commencement  de  1821),  Œuvres^  V, 

Î16. 


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GUILLAUME  DE   HUMBOLDT  ET   L  ESPAGNE  I79 

peut  bien  dire  que  les  résultats  des  investTgations  de  Humboldt 
n'ont  guère  été  dépassés;  la  théorie  de  l'ibérisme,  quelle  que  soit 
l'importance  des  hypothèses  qui  lui  ont  été  opposées  et  qui  se 
détruisent  souvent  les  unes  les  autres,  reste  encore  de  nos  jours 
telle  que  Humboldt  l'avait  établie  il  y  a  trois  quarts  de  siècle. 

C'est  sur  l'analyse  patiente  des  noms  donnés  aux  montagnes, 
aux  rochers,  aux  fleuves,  aux  vallées,  aux  villages,  aux  familles, 
que  Humboldt  a  établi  sa  thèse  hardie.  C'est  à  l'aide  de  la  nomen- 
clature géographique  des  Pyrénées,  d'un  bout  à  l'autre  de  la 
chaîne,  nomenclature  qui  oflfre  une  même  couche  de  radicaux 
d'prigine  ibéro-euskarienne,  que  Humboldt  a  trouvé  le  fil  conduc- 
teur qui  l'amène  à  l'ethnologie  préhistorique  du  Sud-Ouest  de 
l'Europe.  Ces  appellations  géographiques  nous  ont  été  transmises 
très  imparfaitement  par  les  auteurs  anciens,  par  Strabon,  Pom- 
ponius  Mêla,  Pline,  mais  elles  montrent  néanmoins  les  relations 
entre  la  langue  ibérique,  dont  il  n'est  pas  resté  d'autres  traces, 
et  le  basque  moderne;  elles  fournissent  une  base  solide  aux 
recherches  sur  l'établissement  de  la  race  ibérienne.  On  trouve 
dans  toute  l'Espagne  un  grand  nombre  de  noms  de  lieu  qui  n'ont 
rien  de  commun  avec  les  langues  aryennes  et  sémitiques,  et  qui, 
par  leur  forme  et  par  leur  étymologie,  se  rattachent  à  la  langue 
basque.  D'autres  noms  sont  évidemment  d'origine  celtique,  ce 
qui  montre  que  les  Ibères  devaient,  à  une  certaine  époque,  être 
mêlés  aux  Celtes.  Les  Ibères  qui  n'avaient  subi  aucune  conta- 
mination ne  demeuraient  qu'autour  des  Pyrénées  et  sur  le  litto- 
ral de  la  péninsule.  Les  Celtes  ibériques  ressemblaient  par  leur 
langue  aux  Celtes  de  la  Gaule  et  de  la  Grande-Bretagne;  mais, 
après  leur  mélange  avec  les  Ibères,  leur  caractère,  leur  religion, 
leurs  mœurs  se  rapprochèrent  du  caractère  et  des  mœurs  des 
Ibères.  L'étymologiè  de  beaucoup  de  noms  étant  incertaine  et 
presque  impossible  à  déterminer,  il  fallait  procéder  souvent  par 
approximation,  par  simples  conjectures.  Il  fallait  aussi  toute  la 
perspicacité  et  la  sagacité  de  Humboldt  pour  ne  point  s'égarer 
dans  ces  recherches  en  suivant  un  fil  embrouillé  et  souvent  inter- 


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l80  ARTURO   FARINELLI 


rompu.- Lors: même  que  rétyfnplpgiê  d'un  nom  ^t  douteuse, :H 
se  peut  que  ce  nom  ait  conservé  une  phj^ioiiQmie,  .une  forme 
générale,  une  contenance  en  rapport  avec  la  langue  dont  il  pro- 
vient :  «  Nous  aurons  soin,  dit  Humboldt,de  comparer  l'impres- 
sion produite  sur  l'oreille  par  ces  anciens  noms  de  lieu  avec  le 
caractère  harmonique  de  la  langue  basque.  Un  moyen  efficace 
de  prouver  son  existence  depuis  la  plus  haute  antiquité  sera  la 
conformité  de  ces  anciens  noms  avec  ceux  des  provinces  où  l'on 
parle  le  basque  aujourd'hui.  Cet  accord  montrera,  même  lorsque 
le  sens  d'un  mot  demeurera  ignoré,  que  des  circonstances  ana- 
logues ont  tiré  d'une  même  langue  les  mêmes  noms  pour  diffé- 
rents lieux.  )>  La  comparaison  des  noms  antiques  avec  ceux  qui 
désignaient  encore  des  lieux  situés  dans  la  Vasconie  actuelle  était 
d'autant  plus  facile  à  faire  que  le  Pays  basque,  par  sa  subdivision 
en  petits  villages  ou  «  caserios  »  groupés  autour  de  l'église  et 
ayant  tous  un  appellatif  particulier,  offrait  en  grande  abondance 
ces  noms  qu'Astarloa  avait  soigneusement  recueillis  *, 

Pour  déterminer  l'extension  plus  ou  moins  probable  que  les 
anciens  Ibères  avaient  prise  en  dehors  de  l'Espagne,  dans  l'Europe 
occidentale,  Humboldt  n'avait  qu'à  appliquer  le  même  procédé 
de  recherches.  Le  basque  devait  évidemment  s'étendre  dans  toute 
la  Gaule  aquitaine,  peut-être  se  répandait-il  aussi  au  Sud-Est  de 
la  Gaule,  dans  les  trois  grandes  îles  de  la  Méditerranée,  en  Sar- 
daigne,  en  Corse  et  en  Sicile,  peut-être  même  dans  une  partie  de 
1;^  péninsule  italique.  Des  témoignages  historiques,  l'examen  des 
médailles  confirmaient  quelquefois  les  résultats  de  Tétymologie 
comparative.  Voilà  ce  que  Humboldt,  en  s'avançant  à  la  clarté 
d'un  jour  bien  douteux,  a  établi  comme  résultats  définitifs  qu'une 
logique  déductive,  entraînante  et  séduisante,  impossible  à  décon- 
eerter^  imposait,  faute  de  preuves  et  de  documents  irréfutables. 
Li  langue  de  l'ancienne  Ibérie  était  le  basque.  Partant,  le*  basque 


I.  Humboldt  avait  fait,  comme  nous  le  savons,  la  même  observation  dans 
la  Afikfutdigungy  p.  492  du  vol.  II  du  Dnit,  Mus» 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT   ET   l'esPAGNE  iSi 

est  la  plus  ancienne  des  langues  de  l'Europe.  Le  peuple  basque 
est  le  dernier  représentant  linguistique  des  populations  primitives 
d^ribérie  préceltique,  c'est-à-dire  antérieure  aux  premières  immi- 
grations aryennes  Ces  populations,  jadis  autochtones,  mêlées 
aux  Celtes  dans  quelques  contrées  de  l'Espagne  et  différentes 
toutefois,  dans  l'essentiel  deleurcivilisation,  des  Celtes,  occupaient 
non  seulement  toute  l'Ibérie,  mais  encore  d'autres  parties  du 
Sud-Ouest  de  l'Europe.  Cette  opinion,  vaguement  entrevue  et 
exprimée  en  partie,  avec  de  faibles  lumières  scientifiques,  par 
quelques  savants  espagnols,  tels  que  Oihenart  et  Astarloa,  venait 
niaintenant  d'être  exposée  par  un  maître  et  un  précurseur  des 
recherches  linguistiques  modernes,  à  l'appui  d'études  scrupu^ 
leusement  scientifiques,  avec  une  méthode  tellement  claire 
et  persuasive  qu'elle  est  devenue,  pour  toute  une  classe 
de  savants,  un  dogme  inébranlable.  Malgré  la  hardiesse 
de  son  exposition,  Humboldt  avait  lui-même  des  doutes  et  des 
réserves  à  faire.  A  la  fin  de  l'ouvrage  il  avouait  modestement  que, 
pour  compléter  ses  investigations  sur  les  habitants  primitifs  de 
la  péninsule,  il  aurait  fallu  encore,  indépendamment  des  docu- 
ments historiques  et  des  circonstances  locales,  comparer  la  langue 
basque  aux  autres  langues  de  l'Europe  occidentale,  travail  diffi- 
cile et  de  longue  haleine  qui  exigerait  une  préparation  bien 
supérieure  à    la    sienne  ^     Nul   doute    que    Humboldt    n'ait 


I.  Humboldt  a-t*il  niodiBé  en  partie  sa  thèse  à  la  suite  de  recherches  ulté? 
rieuresPDoit-on  supposer  que  d^autrcs  études  sur  le  basque,  faisant  suite  à  son 
ouvrage  fondamental,  restent  cachées  parmi  ses  papiers  inédits  ?  Phillipps, 
dans  une  note  à  son  étude,  Ueber  das  iberische  Aîpfxibety  dans  \çsSiliiit^sber.  der 
phil.  hist.  Classe  der  k,  k,  Akad.  der  Wissensch.y  Wien,  1870,  LXV,  170,  paraît 
le  supposer.  En  Allemagne,  personne  n'osa  combattre  la  théorie  ibérique  du 
vivant  de  Humboldt,  et  le  premier  Allemand  qui  publia  une  étude  sur  k 
basque,  après  Humboldt,  S.  F.  W.  Hoffmann  (Die  Ibère r  im  ÏVesten  undOsten, 
Eine  eifjnograpfnsche  Untersuchung  ùber  deren  Stamntverwandtschafi  nach  der 
Mytije  und  Gesclnchte  mit  Rùcksicht  au f  die  Culiur  und  Sprache  dièses  Volkes,  etc, 
Leipzig,  1838),  tout  en  s'efforçant  de  démontrer  que  TAsie  est  la  patrie  primi- 


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l82  ARTURO  FARINELLI 


modifié  en  partie  son  ouvrage,  s'il  avait  pu  disposer  pour  ses 
recherches  de  ressources  telles  que  celles  dont  nous  disposons 
actuellement  ;  s'il  avait  pu  s'appuyer  sur  des  études  antérieures, 
avec  les  données  de  la  science  moderne,  il  aurait  adouci  quelques 
affirmations  trop  tranchantes  et  reconnu  que  beaucoup  d'étymo- 
logies,  dont  il  se  servait  pour  faire  dériver  du  basque  une  grande 
partie  de  la  toponymie  ibérienne,  étaient  mal  assurées  et  même 
inadmissibles;  il  aurait  approfondi  et  élargi  quelques  recherches 
qu'il  avait  simplement  ébauchées;  il  aurait  recueilli  des  faits 
plus  nombreux,  interrogé  d'autres  documents,  examiné  un  plus 
grand  nombre  d'inscriptions  et  de  monnaies  pour  appuyer  sa 
thèse  ;  il  eût  difficilement  modifié,  je  crois,  son  avis  sur  l'ancienne 
uqité  de  la  nation  et  de  la  langue  des  Ibères  ;  son  livre  aurait 
difficilement  eu  une  autre  conclusion.  Tel  qu'il  est,  nouveau  et 
original  dans  son  ensemble,  cet  ouvrage  d'ethnologie  linguistique 
a  fait  époque  ;  il  a  jeté  des  germes  féconds  ;  il  a  été  un  modèle 
pour  d'autres  études  du  même  genre.  Il  a  donné  aux  études 
euskariennes  le  caractère  scientifique  qui  leur  manquait  jus- 
qu'alors '. 

Comme  toute  théorie  hardie,  celle  de  Humboldt  sur  l'origine 
des  Basques  fut  en  butte  à  de  rudes  attaques.  On  en  voulait  sur- 
tout aux  étymologies  de  Humboldt,  que  M.  Vinson,  le  plus  redou- 
table de  ses  adversaires,  appelle  «  plus  ou  moins  fantaisistes  »  ', 


tive  des  Ibères,  marche  sur  les  traces  de  son  maître.  Un  mémoire  de  Guido 
Gôrres,  présenté  à  un  concours  en  1828  :  Structura  grammaticae  linguae  Hispa- 
narum  veterum  indigenae  id  est  Vasconiae,  philosophict  explicata  nec  non  comparala 
variis  tam  Orientis  qtiam  Occidentis  h'ttguiSy  resta  manuscrit. 

1.  ce  Semina  ab  Humboldtio  sparsa,  non  solum  apud  geographos,  sed  apud 
universae  antiquiutis,  linguarumque  Europearum  investigatores,  laetam 
messem  produxerunt  »,  dit  E.  Hûbner  dans  les  ProUgomena  de  son  ouvrage 
(dédié  à  la  mémoire  de  Humboldt),  Monumenta  linguae  Ihericaty  Berolini, 
1895,  p.  XXVI,  où  il  résume,  mieux  que  personne,  la  théorie  ibérique  du 
maître  qu*il  accepte  et  suit  dans  ses  grandes  lignes. 

2.  Revue  de  linguistique^  XX,  351. 


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GUILLAUME  DE  HUMBOLDT  ET   l'eSPAGNE  183 

persuadé  que  personne  n'a  trouvé  encore  la  clef  de  la  toponymie 
basque  ;  on  en  voulait  à  la  méthode,  qui  loin  d'être  infaillible, 
était  suivie  apriori^sans  aucun  fondement  ;  on  trouvait  probléma- 
tique et  même  inadmissible  l'existence  d'un  grand  peuple  ibérique 
assez  vaste  et  assez  puissant  pour  occuper  toute  la  péninsule, 
assez  homogène  pour  ne  parler  qu'une  seule  langue.  On  nia 
résolument,  sans  réussir  à  démontrer  le  contraire  de  ce  que 
Humboldt  avait  démontré  ;  on  établit  d'autres  théories  empi- 
riques; on  hasarda  d'autres  hypothèses;  on  ne  s'avisa  presque 
jamais  de  donner  des  preuves  de  ce  que  l'on  admettait 
comme  vérité  prouvée.  Il  y  eut,  comme  en  toutes  choses,  des 
extrêmes  et  des  modérés.  Notons  parmi  les  plus  hostiles  à  la 
théorie  de  Humboldt  MM.  Montel  et  Bladé.  — Celui-ci,  dans  un 
livre  paru  en  1869  S  loin  d'admettre  l'unité  ethnique  etlinguis- 


1.  Étude  sur  T origine  des  Basquis,  Paris,  1869.  Ici  encore,  il  faut  se  borner  â 
rindication  de  quelques  études  principales  :  Graslin,  De  VIhérie  ou  Essai  cri- 
tique sur  r origine  des  premières  populations  de  VEspagfUy  Paris,  1838;  Van  Eys, 
La  langue  ihérienne  et  la  langue  basque,  dans  la  Revue  de  linguist.,  juillet  1874  ; 
Vinson,  Les  Basques  et  le  pays  basque,  Paris,  1882,  et  Tarticle  sur  les  Basques 
d^nsXz  Gratide  Encyclopédie',  Hoffmann,  ouvrage  cité;  Fita,  El  Gerutidiense  y  la 
Espaha  primitiva,  discursos  leidos  ante  la  R.  Acad.  de  laHistoria,  Madrid,  1879; 
Phillips,  étude  citée  dans  les  Sitiungsberichte,  de  TAcadémie  de  Vienne  (1870), 
et  d*autres  études  dans  le  même  recueil,  vol.  LX,  LXI,  LXII,  LXX,  surtout  : 
Die  Einwanderung  der  Iberer  in  die  pyrenàische  Halbinsel,  1870;  Luchaire,  Les 
origines  linguistiques  de  V Aquitaine,  Pau,  1877  ;  Remarques  sur  les  noms  de  lieux 
en  pays  basque,  Pau,  1874  (tome  II  des  Mémoires  du  Congrès  scientifique  de 
Frattce),  Études  sur  les  idiomes  pyrénéens  de  la  région  française,  Paris,  1879 
(chap.  III,  La  langue  basque  ou  euskara  et  ses  dialectes  de  la  région  française)', 
Broca,  Sur  Vorigine  et  la  répartition  de  la  langue  basque,  dans  la  Reviu  d'antbropol  , 
1875  ;  Gerland,  Die  Basken  uml  die  Iberer,  dans  le  Grundriss  der  roman.  PhiloL, 
I,  31}  s.,  et  le  compte  rendu  de  Schuchardt,  dans  le  Literaturbl,  ftirgerm.  und 
roman,  PhiloL,  1889  ;  D*Arbois  de  Jubainville,  Les  premiers  Ixibitants  de 
V Europe,  Paris,  1889  (chap.  III.  Les  Ibères)  ;  Hùbner,  Monumenta  cités 
(sorte  de  supplément  à  son  Corpus  Inscript,  Hispanor.  Latinar.);  Tariide  de 
Giacomino  à  propos  de  ce  livre  dans  le  4«  Snppl.  à  VArchivio  Gloltologico, 


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184  ARTURO   FARINELU 


tique  des  anciens  Ibères,  croit  à  une  diversité  des  langues  ibé- 
riennes,  à  l'exception  des  peuples  de  la  Vasconie  actuelle  ;  le  fond 
de  ces  langues  était  le  celtique.  Dans  un  livre  plus  récent  :  Lts 
Vasœns  avant  leur  établissement  m  Novempopulanie  (Agen,  1891) 
il  ne  paraît  plus  se  souvenir  de  ses  attaques  contre  la  théorie  ibé- 
rienne,  il  suppose  que  le  basque  représente  le  parler  des  anciens 
Ibères  et  que  cet  idiome  représente  ainsi  le  langage  des  Vasœns. 
— -  Van  Eys  est  tout  à  fait  sceptique  relativement  à  la  langue  des 
Ibères,  dont,  à  son  avis,  nous  ne  connaissons  pas  un  seul  mot. 
—  M.  Vinson  ne  croit  guère  à  ce  qu'il  appelle  «  la  légende  ibé- 
rienne  ».  Rien  ne  prouve  ni  que  le  basque  ait  été  beaucoup  parlé 
en  dehors  de  son  domaine  actuel,  ni  que  l'ancienne  langue  des 
Ibères  soit  apparentée  au  basque.  Pourquoi  les  Basques  n'auraient- 
ils  pas  eu  leur  origine  dans  leurs  montagnes  ?  Il  est  infiniment 
probable,  dit-il,  que  les  Basques  n'ont  jamais  été,  aux  époques 
les  plus  reculées,  qu'une  tribu  peu  nombreuse,  cantonnée  dans 
quelques  vallées  des  Pyrénées  occidentales,  et  dont  l'état  de  civi- 
lisation était  des  plus  rudimentaires.  Les  Basques  auraient  existé 
déjà  avant  les  grands  mouvements  de  migration  qui  suivirent  la 
dernière  époque  glaciaire,  quelque  vingt  mille  ans  peut-être  avant 
l'ère  chrétienne.  —  D'autres  savants  acceptent  la  théorie  de 
Humboldt  avec  quelque  réserve  et  quelques  modifications. 
S.  F.  W.  Hofimann  insiste  sur  Tidentité  des  Ibères  de  l'Est  et 
de  l'Ouest,  identité  qu'on  ne  cessa  d'admettre  dans  la  suite;  il 
croit  indubitable  que  les  Ibères  étaient  venus  d'Asie  en  Europe. 


1897;  Schuchardi,  Baskische  StudUn,  dans  les  Denkschrifien  der  Akad,  der 
Wissensch.y  Wien,  1893,  vol.  XLII,  97  s.);  Le  verbe  hasqiiey  dans  la  Revue  de 
îinguist.y  XXVIII,  et  ses  articles  et  comptes  rendus  dans  différentes  revues 
(Zeitschrift  de  Grôber,  Literaturhlait.,  etc.)-  — Le  caractère  ibérique  du  basque 
est  soutenu  aussi  par  J.  Ferndndez  y  Gonzalez  dans  la  première  partie  de  son 
étude  sur  les  Premiers  habitants  historiques  de  la  Péninsule  (Historia  gênerai  de 
Espaha^  1889).  Voir  aussi  un  article  de  E.  Hûbner,  Nuevos  estudios  sobre  el 
antiguo  idioma  ibhico,  dans  la  Revista  de  archiv.  bibliot.y  museos,  Madrid,  1897 
(janvier). 


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GUILLAUME  DE   HUMBOLDT    ET    l'eSPAGNE  185 

Cette  opinion,  exprimée  du  reste  quatre  siècles  auparavant  par  le 
cardinal  Juan  de  Margarit  (El  G^erundiense  1421-1484),  dans 
son  Templum  dotnini  adressé  au  roi  Jean  II  de  Castille,  est  soute- 
nue aussi  par  le  P.  Fita  dansun  discours  académique.  —  M .  Phillips, 
à  la  suite  de  patientes  recherches,  établit  un  alphabet  ibérique 
ancien,  il  étudie  les  inscriptions,  il  trouve  qu'un  grand  nombre 
de  noms  de  lieux  de  l'Afrique  septentrionale  ont  une  ressem- 
blance frappante  avec  des  noms  ibériques  et  il  conclut  que  les 
Pasques  sont  venus  d'Afrique  en  Espagne.  La  langue  des  Ibères 
d'Asie  était,  selon  lui,  iranienne.  Diez,  au  commencement  de  sa 
grammaire,  affirme  que  les  premiers  habitants  de  l'Espagne  furent 
les  Ibères,  qui  étaient  peut-être  une  race  celtique,  mais  s'étaient 
séparés  de  bonne  heure  de  la  race  commune.  — M.  Luchaire,  sans 
accorder  une  confiance  absolue  aux  affirmations  de  Humboldt, 
observe  de  même  que  dans  toutes  les  parties  de  l'ancienne  Espagne 
on  rencontre  de  nombreux  noms  de  lieu  qui,  pour  la  forme  et 
le  sens,  dérivent  de  la  langue  euskarique  ancienne,  mais  il  nie 
l'identité  ethnique  et  linguistique  des  Basques  et  des  Ibères.  Il  voit 
dans  la  langue  euskara  un  dernier  débris  des  vieux  idiomes  qui 
ont  précédé,  dans  la  Gaule  méridionale  et  dans  l'Espagne  tout  au 
moins,  l'invasion  de  la  race  et  de  la  langue  celtiques.  Il  tente 
d'établir  un  lien  étroit  entre  la  langue  aquitanique  et  la  langue 
basque,  les  Aquitains  n'étant,  à  son  avis,  qu'une  simple  tribu 
avancée  de  la  nation  ibérienne.  —  Broca  qui,  de  même  que  le 
prince  L.L.  Bonaparte,  a  déterminé  à  l'aide  de  cartes  le  domaine 
géographique  du  basque  en  France  et  en  Espagne,  accepte  presque 
entièrement  la  théorie  de  Humboldt,  mais  il  voit  dans  les  Basques 
des  races  différentes.  Il  suffit  de  substituer  à  l'idée  d'un  peuple 
unique  et  d'une  langue  unique,  celle  d'un  groupe  de  peuples  par- 
lant des  langues  affiliées  entre  elles,  pour  concilier  tous  les  faits.  — 
M.  Gerland  est  du  même  avis  que  M.  Luchaire,  il  a  lui  aussi  ses 
scrupules  sur  l'identité  ethnique  et  linguistique  des  Basques  et  des 
Ibères.  —  M.  Hûbner,  tout  en  écartant,  par  principe,  l'interpré- 
tation des  noms  géographiques,  suit  fidèlement  les  traces  de 


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ARTURO   FARUJELLI 


aître  pour  arriver  aux  mômes  conclusions.  La  langue  ibé- 
ancienne  est  la  langue  mère  du  basque  d'aujourd'hui.  Cette 
;  devait  s'étendre  dans  toute  l'Espagne,  car  des  inscriptions 
vertes  dans  différentes  régions,  à  des  distances  considé- 
,  offrent  les  mêmes  caractères  linguistiques.  — M.  Schuchardt 
ne  se  range  nullement  parmi  les  adversaires  de  la  théorie 
îne,  mais  il  reconnaît  les  dangers  qui  résultent  des  dogmes 
es  et  répandus  aveuglément.  Sommes-nous  bien  avancés 
'étude  de  l'organisme  intérieur  de  la  langue  basque  ?  Que 
5-nous  du  système  véritable  de  la  langue  ibérique  ? 
effet,  il  est  à  souhaiter,  à  l'époque  où  nous  sommes,  en 

floraison  des  études  linguistiques,  que,  dans  les  recherches 
troversées  et  si  délicates  sur  le  basque  et  l'ibère,  on  reste 
e  domaine  des  faits,  sans  se  noyer  dans  le  vague,  sans  se 
î  en  vains  efforts  pour  en  retrouver  la  source  véritable  et 
e,  sans  prétendre  trouver  du  coup  la  solution  des  pro- 
s  abstrus,  auxquels  la  science  n'arrivera  que  par  de  longs 
rs  et  à  l'aide  de  données  positives  qui  nous  manquent 
lement.  Convenons  que  l'absence  d'anciens  documents 
ires  antérieurs  au  xvi*  siècle  offre  aux  érudits  des  difficul- 
surmontables.  Qu'on  est  loin,  malgré  cela,  de  l'instinct 
]u\  guidait  Humboldt  dans  ses  recherches,  que  de  tâtonne- 

encore,  que  d'opinions  contradictoires,  combien  de  rêves 
chimères  entassés  à  propos  du  basque,  sorte  de  sphinx  qui 
ite  des  faces  nouvelles  à  tout  homme  qui  le  contemple  ! 

culture  intellectuelle  du  peuple  basque,  sur  la  pureté  plus 
)ins  grande  de  son  langage,  on  se  dispute  encore  sans  nul 
.  Naguère  encore  les  euskaristes  à  outrance  prétendaient 
e  basque  avait  obstinément  et  vaillamment  résisté  aux 
s  du  temps,  que  les  immigrations  des  peuples,  les  change- 
1  de  la  culture,  les  événements  politiques  étaient  restés 
ffetsur  le  territoire  basque.  M.  Vinson,  dans  ses  Notes  sur  la 
tison  basqtu^  commença  à  exprimer  des  doutes  fort  sérieux 
îtte  prétendue  pureté  du  basque;  d'autres,  comme  M.  Una- 


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GUILLAUME  DE  HUMBOLDT  ET  l'eSPAGNE  187 

-  ■  ■  n 

muno,  croient  que  la  civilisation  latine  a  laissé  des  traces  pro- 
fondes dans  la  civilisation  et  la  langue  basques,  que  le  peuple 
basque  est  un  peuple  presque  sans  histoire,  qu'il  ne  reste  aucun 
vestige  de  la  culture  de  l'ancienne  Ibérie,  que  la  culture  basque 
est  toute  d'emprunt,  qu'elle  est  tout  à  fait  latine  \  M.  Schuchardt, 
avec  sa  sagacité  habituelle  et  sa  méthode  admirable,  a  étudié 
l'élément  latin  et  roman  dans  une  partie  limitée  de  la  langue 
basque  *. 

Humboldt  s'étonnait  de  la  simplicité  laconique  du  basque, 
langue  remarquable  et  fort  originale  par  sa  puissance  d'agglu- 
tination. Dans  son  grand  ouvrage  sur  la  langue  du  Kavi,  il 
range  le  basque  parmi  les  langues  de  la  formation  la  plus  par- 
Éiite;  il  y  trouvait  une  vigueur  surprenante  amenée  par  la 
structure  des  mots  et  par  la  brièveté  et  la  hardiesse  d'expres- 
sion ^  Max  MûUer  reconnaît  dans  le  basque  le  type  véri- 
table et  la  perfection  d'une  langue  touranienne  ^.  Chaho, 
grand     rêveur    et    enthousiaste    naïf,    enchérit   encore     sur 


1.  Dd  ekmento  alienigetta  en  d  idioma  basco^  dans  la  Zeiiscbr,  /.  roman. 
Phihl.y  XVII,  137  s.,  reproductioa  d'une  étude  publiée  dans  la  Revista  de 
Viicaya  (1885). 

2.  Romano-baskischeSf  dans  Zeitschr,/,  roman.  Philol.y  XI,  474  s. 

3.  Ueber  die  Kavi-Sprache  au/  der  Insel  Java^  Berlin,  1836,  I.  EinUitung. 
Charàkter  der  Sprachen^  p.  ccvi.  Dans  cette  introduction  grandiose,  savamment 
illustrée  par  Steinthal,  au  chapitre  Poésie,  Prosa  und  die  SchriftÇp.  5 32 de  Tédit. 
de  Steinthal),  Humboldt  rappelle  encore  les  Basques  en  parlant  de  la  trans- 
mission orale.  Parmi  les  Basques,  dit-il,  circulent  encore  des  contés  non  écrits 
qui  conservent  intacte  leur  forme  extérieure.  Les  Basques  du  pays  assurent 
qu'en  les  traduisant  en  espagnol,  ils  perdent  leur  saveur.  Le  peuple  les  aime 
passionnément.  J'entendis  moi-même  un  conte  semblable  à  la  légende  du 
«  Rattenfanger  von  Hamel  »  ;  d'autres  sont  des  variations  des  mythes 
d'Hercule;  un  tout  k  fait  local  de  la  petite  fie  d'Izaro,  dans  le  golfe  de 
Bormeo,  n'est  que  l'histoire  de  Héro  et  Léandre,  appliquée  à  un  moine  et  à  sa 
bien-aimée.  » 

4.  «  the  very  type  and  perfection  of  a  Turanian  langaage  ».  Lasi  Results  ôf 
the  Turanian  Researcbes,  p.  289. 


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l88  ARTURO   FARINELLI 


Cette  perfection  de  la  langue  basque,  dont  la  vocalisation  vierge 
est  divine,  la  nomenclature,  originale  et  sans  mélange,  l'architec- 
ture, merveilleusement  régulière  et  simple  ;  son  système  gramma- 
tical achève  d'en  faire  le  dialecte  le  plus  philosophique,  le  plus 
complet  du  verbe  humain  ^  Steinthal,  le  savant  illustrateur  des 
études  de  Humboldt  sur  la  philosophie  du  langage,  donne  dans 
l'autre  extrême  ;  il  appelle  les  Basques  un  peuple  sans  conscience 
historique,  plus  sauvage  que  barbare,  qui  n'a  joué  de  rôle 
dans  l'histoire  qu'après  son  mélange  avec  le  sang  et  l'esprit  ger- 
maniques *.  M.  Vinson,  bien  loin  d'attribuer  aux  Basques  une 
originalité  quelconque,  ne  réussit  guère  à  voir  en  eux  les  débris 
d'une  race  antique,  puissante  et  civilisatrice;  il  appelle  leur 
langue  «  un  idiome  des  plus  pauvres  du  monde,  et  certainement 
de  civilisation  très  rudimen taire  K  »  Il  n'y  a  pas  longtemps  que, 
sur  la  foi  des  mesures  craniologiques  de  Broca,  on  séparait 
nettement  les  Basques  espagnols  des  Basques  français,  en 
rangeant  les  premiers  parmi  les  dolichocéphales,  ou  mieux  subdo- 
lichocéphales, et  les  seconds  parmi  les  brachycéphales.  Cette 
opinion,  qui  s'imposait  presque  comme  un  dogme,  est  maintenant 
fort  ébranlée  par  d'autres  observations.  M.  Webster  et  M.  Schu- 
chardt  n'ont  pas  manqué  de  l'attaquer  et  elle  va  disparaître, 
sans  doute  avec  d'autres  hypothèses  qui  n'ont  fait  qu'augmen- 
ter le  fouillis  inextricable  des  études  basques. 

Les  recherches  sur  l'analogie,  la  filiation  ou  la  parenté  qui 
paraît  exister  entre  le  basque  et  d'autres  idiomes,  recherches 

1.  Èiiides  grammaticales  sur  la  langue  euskarienne^  par  A.  F.  d'Abbadic  et 
J,  Augustin  Chaho,  Paris,  i8}6,  p.  3. 

2.  Dans  les  Bàtràge  ^ur  verglekhenden  Sprachkunde,  de  Kuhn  et  Schleicher, 
I,  390.  Steinthal  n'est  pas  le  seul  à  exagérer  l'influence  de  l'élément  germa- 
nique chez  les  Basques.  Voir  C.  Uhlenbeck,  Die  germaniscl)efi  Wôrler  im 
Baskischen,  dans  les  Beitràge  ^ur  GeschidHedtr  deutschen  Sprache  und  Ut  ter.  (1893), 
XVIII,  397  ss. 

3.  Voir  l'Avant -Propos  de  son  Hvre,  Le  Folklore  du  Pays  Basque,  Paris, 
1884,  p.  XIII,  et  Revue  de  UvguisL,  XVII,  383. 


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GUILLAUME   DE  HUMBOLDT   ET   l'eSPAGNE  189 

qtie  Humboldt,  par  prudence,  n'a  faitxju'effleurer,  nous  àmène- 
ront-eUes  à  des  conclusions  plus  heureuses  et  plus  fructueuses, 
nous  donneront-elles  enfin  des  lumières  sur  la  langue  des 
anciens  Ibères  et  sur  leur  patrie  primitive?  Tout  récemment 
on  s'est  épris  de  ce  genre  d'études,  sans  réussir  cependant  à 
trouver  la  clef  de  l'énigme,  sans  établir  de  système  reposant 
sur  des  bases  plus  solides  que  celui  de  Humboldt.  On  s'est  plu 
à  relever  avec  soin  les  traits  parallèles  des  analogies  dans  la 
structure  grammaticale  du  basque  avec  les  langues  américaines, 
les  langues  asiatiques  et  africaines;  on  a  signalé  des  analogies 
frappantes  de  l'euskare  tantôt  avec  l'étrusque,  tantôt  avec  les 
langues  finnoises,  avec  les  idiomes  altaïques,  les  langues  de 
rOaral,  le  magyar,  les  langues  sémitiques,  l'égyptien  surtout  ', 
pour  conclure  triomphalement  à  une  souche  commune  de  ces 
idiomes  et  du  basque.  On  a  apporté  dans  ce  genre  d'études 
presque  autant  d'erreurs  que  de  lumières.  Humboldt  avait  fort 
bien  prévu  les  dangers  d'une  semblable  méthode.  Il  avait 
signalé  lui-même  quelques  aflSnités  du  basque  avec  certaines 
langues  américaines,  mais  il  ne  manqua  pas  d'ajouter  que  ces 


I.  Ellis,  Sources  oJEtruscan  and  Basqtte  langiiageSy  London,  1886;  Bonaparte, 
Langue^basqiu  et  langues  finnoises  y  Londres,  1862;  Charency,  La  îangtte  basque 
et  les  idiomes  de  VOUral,  Paris,  1862-66  ;  D^s  affinités  de  la  langue  basque 
avec  divers  idiomes  des  deux  continents  (^Association  française  pour  l'avance^ 
ment  des  sciences,  II,  573)  ;  J.  Rhys,  Lectures  on  fVelsh  Philology,  Londres, 
1882;  Bonnel,  FAnige  Zeugnisse  fur  die  Verwandtsclxift  der  âltesten  BevôU 
herung  Vorderasiens  mit  den  Iberern  Spaniens,  den  Vorfahren  der  Basken 
(Verhandh  des  Wiener  Orientalistencongresses ,  1886)  ;  Giacomino,  Delh 
rek^ioni  ira  il  basco  eVantico  egi:(io  (Réndic.  del  R.  Istituto  Lombarde,  1892,  et 
Suppl,  period.  ail*  Arcb,  glottol.,  1895);  Gèze,  De  quelques  rapports  entre  les 
tangues  berbères  et  le  basque,  Tolilouse,  1885;  v.  d.  Gabelentz,  Baskisch  und 
Berbej:ischj(Sil3^ungsber^der.pKeiiss.  AMad,.  der  fVissenscb.,  iS^^),  et  le  compte 
rendu  de  Schuchardt-,  dans  le  Literaturbl.  f.  germ.  und  roman.  Philol.,  1893  (9). 
Hûbner,  dans  les  Mohùmentà,  trouve  des  concordances  fort  plausibles  entre  les 
noms  ibériques  et  ses  noms  mauritaniens  et  numidiques. 


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ARTURO   FARINELLI 


tces  étaient^  i  son  avis,  sans  aucune  portée,  et  ser- 
tôt  à  indiquer  le  degré  de  développement  des  divers 
je  leur  parenté.  On  est  décidément  trop  disposé  à 
'après  des  prémisses  mal  assurées.  Les  ressources  dont 
3sons  nous  rendent  trop  audacieux,  trop  téméraires, 
ious  résignons  pas  à  douter,  à  hésiter  ;  nous  n'atten-^ 
3ujours  des  preuves  positives,  nous  préférons  affirmer, 
nd  nos  prétendues  vérités  sont  si  frêles  qu'au  moindre 
vent  elles  s'écroulent  et  disparaissent.  La  science  nous 
ort  mauvais  tours  lorsqu'elle  se  nourrit  d'hypothèses 
se  point  sur  des  fondements  inébranlables.  C'est  ainsi 
imp  labouré  par  Humboldt,  sondé,  retourné,  boule- 
)utes  parts  a  donné  fort  peu  de  fruits  ;  tout  un  siècle 
hes  n'a  servi  qu'à  montrer  que  la  théorie  ibérique  est 
problème  insoluble. 

dt  avait  tort  de  douter  du  succès  de  son  livre.  Les 
es  mauvais  présages  qu'il  exposait  à  Wolf  n'étaient 
;.  I^  livre  fit  fortune.  En  Allemagne  et  en  France,  il 
ces  prodigieux  :  «  Je  vous  remercie  du  jugement  favo- 
vous  avez  émis  sur  mon  livre,  »  écrit  Humboldt  à 
î  6  novembre  1821 ,  et  quelques  jours  après,  à  Gœthe 
libre)  :  «  Vous  avez  accuelli,  ce  printemps,  avec  bien- 
non  ouvrage  sur  l'Espagne.  »  Son  frère  Alexandre  le 
24  août  1821,  de  lui  envoyer  quelques  exemplaires 
rches  «  que  tout  le  monde  me  demande  '.  »  Le 
e  de  la  même  année  il  le  remercie  de  son  envoi  : 
emerciements...  pour  le  nouveau  cadeau  de  ton 
Fout  le  monde  ici  en  est  ravi.  C'est  un  modèle  de 
l'=*s  notes  renferment  beaucoup  de  choses  curieuses.  » 
lettre  postérieure  du  23  septembre  1822,  Alexandre 


ilexander's  t^on  Humboldt  an  seirun  Brader  IVilhelm,  Stuttgart,  1880, 
lettre  est  inexactement  datée  de  1825. 


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GUILLAUME   DE    HUMBOLDT   ET   L  E 

avertissait  Guillaume. que  M.  Charpentier  al 
grammaire  manuscrite  du  dialecte  labourdar 
Pareillement,  le  26  juillet  1823,  Alexandre 
«  Un  fou  publie  ici  une  grammaire  basque 
aussitôt  qu'elle  paraîtra.  »  Ce  fou  était  év 
Lécluse,  Parisien,  professeur  de  littérature  gr 
hébraïque  à  la  faculté  des  lettres  de  Toulouse, 
la  science.  Sa  Grammaire  basque,  dédiée  j 
annoncée  aux  basquisants  français ,  ses  com] 
un  «phénomène»,  ne  parut  qu'en  1826  à  Baye 
Cette  même  lettre  montre  qu'Alexandre 
en  temps  des  demandes  de  son  frère  de  lui  pr 
des  notes  sur  le  basque  :  «  Je  ne  perds  pas  d( 
basque,  mais  hélas  !  voilà  trois  mois  que  je  le 
Déjà  en  1821  il  était  question  d'une  tradi 
l'ouvrage  sur  les  Basques.  C'est  encore  Alexai 
(Lettre  du  24  août  1821)  :  «  Un  M.  de  Féri 
môme  en  Espagne  des  recherches  sans  doute 
traduire  ton  ouvrage  :  mais  il  trouve  des 
libraire  et  d'autres  (je  pense)  dans  sa  légèreté  ' 


1.  Je  ne  connais  pas  cette  grammaire  basque  que  Ch 
jamais  publiée. 

2.  Il  paraîtra  assez  étonnant  de  ne  rencontrer  nulle 
maire,  qui  contient  pourtant  un  vocabulaire  basqu( 
français-basque,  et  des  soi-disant  recherches  étymologiq 
de  Guillaume  de  Humboldt,  dont  les  Recherches  x 
auparavant.  Mais  cela  s'explique  fort  bien,  car  le  bon 
pas  un  mot  d'allemand.  Il  n'épargne  cependant  pas  les  r 
aux  bévues  et  aux  quiproquos  de  Larramendi  et  de  J 
p.  175  s.  —  L'abbé  Darrigol,  qui  recevait  les  homm; 
une  année  plus  tard  sa  Dissertation  critique  et  apologétiqt 
Bayonne,  1827. 

3.  Ce  Férussac  est  sans  doute  Tautcur  assez  vanté  du 
loitsie  {Extrait  du  journal  de  mes  campagnes  en  Espagne,  co\ 


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192  ARTURO   FARINELLI 


que  ces  difficultés  étaient  insurmontables^  car  Férussac  n'a  rien 
publié  de  sa  traduction.  Ce  ne  fut  qu'en  1866  que  M.  Marrast, 
procureur  impérial  à  Oloron,  se  chargea  sérieusement  de  la  tra- 
duction française  des  Recherches  de  Humboldt.  Il  renrichit 
de  notes  intéressantes,  sans  éviter  cependant  de  tomber  dans 
maintes  erreurs  \  Une  traduction  espagnole,  feite  en  bonne 
partie  d'après  la  traduction  française  de  Marrast,  ne  parut  qu'en 

1879  ^ 

Les  études  linguistiques  et  ethnologiques  sur  les  Basques 
marquent  une  date  des  plus  importantes  dans  la  vie  de  Guil- 
laume de  Humboldt.  Elles  sont  le  point  de  départ  d'où  sortirent  les 
recherches,  plus  étendues  et  plus  profondes,  sur  la  linguistique 
comparée  et  sur  la  philosophie  du  langage.  De  ce  point,  de  ce 
centre,  l'activité  de  Humboldt  rayonna  ensuite  dans  toutes  les 
directions,  et  éclaira  les  profondeurs  les  plus  cachées  du  savoir 
humain.  Des  aperçus  nouveaux  étaient  ouverts;  une  science, 
tout  à  fait  délaissée  jusqu'alors,  était  devenue  une  abondante  et 
féconde  source  d'idées.  Il  s'agissait  de  développer,  de  compléter 
des  lignes  à  peine  tracées  ;  il  s'agissait  d'étendre  ces  recherches  à 
d'autres  populations  primitives,  d'appliquer  la  même  méthode 
aux  langues  d'autres  nations.  De  l'étude  minutieuse  des  détails, 
Humboldt  s'élevait  graduellement  h  des  vues  d'ensemble.  La 


VAnd.,  um  dissertation  sur  Cadi{  et  soit  iîe,  une  Relation  historique  du  siège  de 
Saragossc),  Paris,  181 3.  Il  fonda  en  1813  le  Bulletin  universel  des  sciences  et  de 
r  industrie. 

1.  Recherches  sur  les  habitants  primitifs  de  V Espagne  à  Vaide  de  la  laitue  basque^ 
par  Guillaume  de  Humboldt,  traduit  de  V allemand,  Paris,  1866. 

2.  Los  primitivos  habitantes  de  Esparia.  Investigaciones  con  el  auxilio  de  la 
lengua  vasca  por  G.  de  Humboldt,  traduccion  de  D.  Ramon  Ortega  y  Prias, 
Madrid,  Libreria  de  José  Anllo,  1879.  Je  possède  cette  traduction  extrême- 
ment rare,  faite  sur  la  traduction  française,  sans  conserver  les  notes  de  Marrast 
(à  l'exception  d*une  note,  p.  15).  L'appendice,  Caràcter  y  civili^acion  de  los 
Iberosy  p.  217  s.,  n'est  qu*un  extrait  du  3«  volume  de  l'histoire  romaine  de 
Mommsen. 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  I93 

patiente  et  l'aride  dissection  anatomique  des  formes  réelles  et 
concrètes  du  langage,  indispensable  à  tout  savant  qui  ne  veut 
point  donner  dans  les  chimères,  amenait  Humboldt  à  la  consi- 
dération des  problèmes  les  plus  ardus  de  Thumanité.  Déjà  en 
1796  il  avait  écrit  à  Wolf  que  son  habileté  consistait  à  décou- 
vrir dans  la  multitude  et  dans  la  variété  des  phénomènes  qu'il 
étudiait,  Tunité  de  leur  ensemble. 

Le  tumulte  des  affaires  avait  cessé  après  la  publication  de  son 
livre  sur  les  Basques.  Il  jouit  maintenant  du  repos;  il  est  plus 
disposé  à  la  concentration  ;  il  ne  voltige  plus  d'une  recherche  à 
l'autre,  il  fait  trêve  à  ses  projets  disparates  ;  ses  études  ont  désor- 
mais une  seule  direction,  elles  ne  varient  plus.  A  mesure  que 
Humboldt  avance  en  âge,  ses  idées  s'élargissent  et  s'approfon- 
dissent, sa  méthode  devient  plus  sûre.  De  l'étude  sur  le  basque, 
une  ascension  progressive  aboutit  à  l'étude  des  langues  océa- 
niennes, aux  recherches  sur  la  langue  antique,  religieuse,  savante 
et  poétique  du  Kavi.  La  science  du  langage  et  l'histoire  philoso- 
phique de  l'humanité  marchent  au  même  but.  La  combinaison 
des  recherches  empiriques  concrètes  et  des  recherches  abstraites 
philosophiques  est  le  domaine  de  Humboldt.  Ce  qu'il  cherche 
obstinément  à  démêler  dans  le  vaste  ensemble  de  ses  explora- 
tions, c'est  la  caractéristique  intérieure  de  l'homme.  L*étude  de 
la  langue  n'est,  au  fond,  que  l'étude  de  l'homme.  Guillaume  de 
Humboldt  avait  les  mêmes  tendances  universelles  que  son 
frère  Alexandre  ;  à  sa  mort  il  se  trouve  qu'il  avait  écrit  lui  aussi 
son  CosmoSy  qu'il  avait  donné  le  résumé  de  ses  vues  et  de  ses 
idées  dans  l'admirable  introduction  à  l'étude  sur  le  Kavi.  Ces 
vues,  ces  idées  reviennent  sans  cesse,  sous  mille  formes  diffé- 
rentes, dans  toutes  ses  études  sur  la  philosophie  du  langage  et 
sur  la  linguistique  en  général  :  dans  son  Ankiïndigung  des 
Basques;  dans  l'étude  sur  le  Dualis;  dans  son  premier  travail 
académique,  Ueber  das  vcrgleichende  Sprachstudium  ;  dans  le 
suivant,  Ueber  das  Entstehen  der  grammatischen  Fortnen  und  ihren 
Einfluss  auf  die  Ideenentwicklung,  et  surtout  dans  l'étude  fonda- 

Rnme  hispanique  1 5 


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194  ARTURO   FARINELLI 


mentale,  Ueber  die  Verschiedenheit  des  nienschlichen  Sprachbaues 
und  ihren  Einfluss  aiifdie  geistigeEniuncklung  desMenschengtschlechts. 
Dans  l'abondance  des  faits,  la  pensée  de  Humboldt,  loin  de  se  gas- 
piller ou  de  se  distraire,  s'enrichit,  grandit  et  se  complète  ;  elle 
reçoit  de  toutes  parts  sa  lumière,  elle  devient  plastique  et  saisis- 
sable.  Les  idées  fondamentales  reviennent  sans  cesse,  éclairées 
d'une  lumière  plus  vive,  fécondées  par  le  travail  de  toute  une  vie. 
C'est  toujours  le  même  grand  fleuve  qui  ne  quitte  jamais  son 
lit,  qui  coule  en  roulant  paisiblement  et  majestueusement  ses 
eaux  abondantes,  en  s'enflant  continuellement  de  l'afflux  de  mille 
petites  rivières.  En  fouillant  dans  le  labyrinthe  de  l'âme  humaine, 
en  sondant  l'origine,  les  sources,  l'essence  mystérieuse  du  lan- 
gage, en  faisant  triompher  partout  la  liberté  individuelle,  en 
exigeant  que  l'individu  pousse  son  avancement  moral  et  intel- 
lectuel aussi  loin  que  possible,  en  déterminant  le  point  de 
contact  entre  la  philosophie  du  langage  et  la  philosophie  de 
l'histoire,  Humboldt  s'est  rapproché  de  Kant;  Il  s'est  inspiré 
comme  Schiller  de  l'esprit  du  grand  philosophe  de  Kônigsberg 
tout  en  restant  un  penseur  indépendant;  il  a  manifesté  les 
mêmes  opinions,  les  mêmes  principes  que  le  philosophe  qui 
savait,  comme  dit  Humboldt,  «  promener  la  philosophie  dans  les 
profondeurs  de  l'âme  humaine  *.  » 

X   —   SOUVENIRS  DE    l'eSPAGNE    APRÈS   LE   VOYAGE   AU   PAYS 
BASaUE.    CONCLUSION 

Les  Recherches  y  qui  parurent  en  1821,  sont  le  véritable  héritage 
que  Humboldt  a  légué  à  la  nation  espagnole.  Il  nous  reste  main- 
tenant, pour  terminer  notre  tâche,  à  recueillir  les  souvenirs  épars 


I .  Sur  les  rapports  entre  G.  de  Humboldt  et  Kant,  voir  l'admirable  cha- 
pitre :  Die  philosophischen  Vorausset:(tingen  und  Grundlagen  de  la  biographie  de 
Haym,  IV.  von  Humboldt,   p.  446  s.  ;    Humboîdls  Verhàltniss  ^u  Kant,  dans 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT  ET   L  ESPAGNE  I95 

de  Humboldt  sur  l'Espagne,  après  son  second  voyage,  indépen- 
damment de  ses  études  linguistiques.  Ce  n'est  que  rarement,  et 
à  de  longs  intervalles,  que  le  grand  penseur  tourne  encore  ses 
regards  vers  TEspagne.  Il  n'éprouve  plus  le  désir  d'y  retourner, 
d'y  renouveler  ses  impressions.  Cependant,  dans  une  lettre  de 
recommandation  qu'il  écrivit  le  24  décembre  1801  à  son  ami 
Vincke,  qui  était  en  route  pour  l'Espagne,  il  rappelle  son  séjour 
heureux  dans  le  beau  pays  du  Midi  :  «  Souvenez-vous  de  moi 
lorsque  vous  visiterez  ces  contrées  que  j'ai  parcourues  avec  tant 
de  plaisir  et  auxquelles  je  pense  encore  avec  une  vive  émotion  \  » 
L'Italie  va  bientôt  remplacer  l'Espagne,  l'Italie  remplit  bientôt 
son  âme.  Rome  surtout  est  pour  lui  une  source  intarissable  de 
jouissances.  Il  reçoit  néanmoins  de  temps  en  temps  des  nouvelles 
de  l'Espagne  par  ses  amis;  à  Madrid  et  ailleurs  il  avait  noué 
des  relations  étroites  qu'il  se  proposait  de  cultiver  à  l'avenir  ^. 

Touvrage  de  Steinthal,  DU  spracJjphihsophischen  fVerke  W,  von  Humboldis, 
Berlin,  1883,  p.  230  s.  ;  Leitzmann,  Briefe  an  Jacobi,  p.  loi  ;  Haym,  Jugend- 
brirfe  HumboUls  an  seinen  Freund  Béer  {Atihang  aux  Briefe  an  Nicolovius), 
p.  109  s. 

1.  Cette  lettre  adressée  à  Bôhl  de  Faber,  à  Cadix,  a  été  faussement  attribuée 
à  Alexandre  de  Humboldt  par  Bodelschwingh,  Leben  des  Ober-Pràsidenten 
Freih.  v,  Vincke ,  Berlin,  1853,  p.  194.  La  faute  a  été  déjà  relevée  par 
R.  Haym,  Briefe  an  NicoloviuSt  p.  60. 

2.  J'ignore  le  nom  de  l'Espagnol  qui  a  exprimé  à  Humboldt  ses  vifs  regrets 
au  sujet  de  la  mort  de  son  fils  Guillaume,  cet  enfant  prodige  qu'il  avait  connu 
et  admiré  en  Espagne.  Voir  Gabriele  v.  Bûlow,  p.  26  :  «  Als  er  (Guillaume) 
lângst  schon  in  rômischer  Erde  schlief,  klang  ihm  aus  Spanien  die  ergreifendc 
Klage  eines  einfachen  Mannes  nach,  der  das  strahlende  Bild  dièses  deutschen 
Kindesim  Hcrzen  bewahrt  hatte  und  nun  vondîescm  Reisenden,  der  in  den 
abgelegenen  Winkel  seines  Landes  verschlagen  ward,  seinen  Tod  erfuhr  ;  er 
konnte  sich  nicht  trôsten,  dass  auch  dièses  Kind  der  Sonne  hatte  in  den  Tod 
sinken  mûssen.  »  —  M™*  Consunze  von  Heinz,  née  von  Bûlow,  nièce  de  Guil- 
laume de  Humboldt,  dont  je  rappelle  ici  la  bienveillance  vraiment  touchante 
envers  tous  ceux  qui  cultivent  les  souvenirs  du  solitaire  de  Tegel,  m'écrit  que 
cet  Espagnol  était  l'alcalde  d'un  village  insignifiant  d'Espagne,  auquel  Hum- 
boldt s'était  adressé  une  fois  pour  acheter  une  table  et  qui  garda  dans  la  suite 
des  sentiments  de  tendre  amitié  pour  la  famille  de  l'illustre  voyageur. 


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1 96  ARTURO^FARINELLI 


Rentré  en  Allemagne  après  son  séjour  à  Paris,  établi  pour 
quelque  temps  à  Berlin,  il  visite  tous  les  soirs,  écrit-il  à 
Schlabrendorf,  l'ambassadeur  d'Espagne,  homme  intéressant  et 
de  beaucoup  d'esprit  *.  Le  voyage  en  Italie  réalisait  enfin  ses 
vœux  les  plus  ardents.  C'était  un  autre  pays,  un  autre  ciel  que 
l'Espagne.  Les  désagréments  du  voyage  étaient  bien  moindres  en 
Italie  qu'en  Espagne.  La  femme  de  Humboldt  ne  tarda  pas  à  s'en 


I .  Le  général  O-Farril  était  alors  ambassadeur  d'Espagne  à  Berlin,  et  Casa 
Valencia,  qui  joua  un  rôle  assez  considérable  dans  la  sodété  berlinoise  du 
temps,  surtout  dans  le  cercle  de  Rahel,  était  conseiller  de  légation.  On  faisait 
grand  cas  en  Allemagne  de  la  Mentor ia  de  D.  Miguel  de  A^an^a  y  D.  Gon\aîo  O- 
Farril  sohreîos  hechos  qiujusUjican  suconductUy  qui  est  reproduite,  d'après  une  tra- 
duction française,  dans  le  Geist  der  Zeit,  Ein  Journal  fur  GeschichUy  Politik,  Geo- 
giaphity Staatm und  Kriegskunde^Selhstvertheidigung des  spanischen Ministers,  etc.), 
Wien,  1816,  I,  48  s.  ;  IV,  328  s.  Voir  A.  Muriel,  Notice  sur  D.  Gonxfdo 
C  Farrilf  Paris,  183 1.  Le  comte  de  Casa  Valencia  était  avec  La  Romana  parmi 
les  Espagnols  très  rares  qui  avaient  du  goût  pour  la  littérature  allemande.  On 
l'aimait  beaucoup  à  Berlin.  Varnhagen  von  Ense,  qui  le  connaissait  fort  bien, 
le  loue  dans  les  Denhvûrdigkeiteny  Leipzig,  1871,  I,  270  :  «  Dergute  Professor 
Nolte,  der  dem  Grafen  Casa  Valencia  Stunden  im  Deutschen  gab,  ùbertrug 
mit  dessen  Zustimmung  mir  diesen  Unterricht,  der  sich  bald  in  Gesprâche 
ùber^Poesie,  und  Unterricht  den  ich  im  Spanischen  erhielt,  auflôste.  Casa 
Valencia  war  selbst  ein  glùcklicher  Dichter,  und  oft  schrieb  er  in  meiner 
Gegenwart  improvisirend  Verse  hin,  oder  ûbersetzte  die  eben  gelesenen  deut- 
schen ins  Spanische  ;  die  Spinnerin  von  Goethe  und  ein  Lied  von  mir  waren  ihni 
in  Assonanzen,  die  ich  noch  bewahre  wohlgelungen.  Zwei  Bàndchen  seiner 
handschriftlichen  Gedichte,  die  er  als  Offizier  im  Felde  mitfùhrte,  hatte  er 
durch  einen  Ueberfall  in  den  Pyrenàen  eingebùsst,  aber  da  die  Quelle  seiner 
Lieder  ihm  nach  Wunsch  immer  strômte,  so  bekùmmerte  jener  Verlust  ihn 
wenig.  Die  spanische  Litteratur  kannte  er  gut,  und  als  grûndlicher  Sprachkenner, 
wurde  er  dem  Professor  Ideler  bei  seiner  in  Berlin  erscheinenden  vortreffli- 
chen  Ausgabe  des  Don  QjLiijote  sehr  behùlflich.  »...  Grâce  à  O-Farril,  à 
Casa  Valencia,  à  Pardo  de  Figueroa  et  à  d'autres  ambassadeurs  et  conseillers 
espagnols  éclairés,  le  goût  pour  la  langue  et  les  choses  d'Espagne  se  repandit 
à  Berlin.  Rahel  écrivait  en  1810  à  R.  de  Urquijo,  non  sans  quelque  exagéra- 
tion (^Aus  RaMs  Hetiensîeben,  p.  224)  :  «  Vous  savez  que  l'étude  de  la  langue 
espagnole  est  devenue  l'occupation  des  gens  à  la  mode  à  Berlin.  » 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT   ET  L  ESPAGNE  I97 

apercevoir,  car  elle  écrit  à  Gœthe,  dès  Florence,  le  1 1  novembre 
1802  :  «  Le  voyage  d'Espagne  nous  a  rendus,  sous  tous  les  rap- 
ports, moins  exigeants.  Il  y  a  sans  doute  de  grandes  ressemblances 
entre  les  deux  pays,  mais  à  celui  qui  voudrait  les  parcourir  tous 
deux,  je  donnerais  le  conseil  de  commencer  par  TEspagne  :  il 
aurait  ainsi  le  double  avantage  de  goûter  plus  vivement  les 
bizarreries  du  pays  et  de  ne  point  garder  le  plus  difEcile  pour  la 
fin.  »  Elle  ajoute  que  Gropius  lui  avait  rendu  visite  au  retour  d'un 
voyage  en  Sicile,  étrange  pays  qui  offre  de  grandes  ressemblances 
avec  l'Espagne.  Guillaume,  mieux  qu'elle,  aurait  renseigné  le  poète 
sur  l'analogie  des  deux  pays.  Deux  ans  plus  tard,  le  23  août  1804, 
Guillaume  écrit  à  Gœthe  qu'il  avait  souvent  observé  que  les 
contrées  de  l'Espagne  produisaient  le  même  effet  que  les  contrées 
de  l'Allemagne.  Lorsqu'il  établit  une  différence  fort  remarquable 
entre  les  paysages  d'Italie  et  ceux  d'Allemagne,  n'a-t-il  pas 
aussi  l'Espagne  en  vue  ?  «  La  plus  grande  différence  entre  nos 
paysages  et  ceux  de  l'Italie  consiste  en  ceci  :  les  premiers, 
lorsqu'ils  ne  nous  transportent  pas  en  dehors  de  nous-mêmes, 
dans  l'impétuosité  du  désir,  nous  refoulent  dans  notre  âme,  nous 
replongent  dans  nos  sombres  affaires  et  nous  rendent  inquiets, 
mélancoliques  et  sentimentaux.  Ici  en  Italie,  au  contraire,  tout 
respire  le  repos  et  la  gaieté  :  on  reste  toujours  bien  disposé,  on 
est  toujours  clair,  toujours  calme,  toujours  objectif.  » 

Humboldt  eut  soin  d'oublier  bien  vite,  en  Italie,  son  beau 
projet  d'un  ouvrage  sur  l'Espagne  ;  il  avait  laissé  d'ailleurs  tous 
ses  livres  espagnols  chez  Burgsdorf,  à  Ziebingen,  prèsde  Francfort, 
et  c'est  à  Burgsdorf  qu'il  adressait  tous  ceux  qui  lui  demandaient 
des  renseignements  sur  l'Espagne.  Il  se  berçait  mollement  dans 
le  lit  de  fleurs  que  l'Italie  lui  avait  préparé.  Il  vivait  à  Rome 
infiniment  heureux,  en  véritable  épicurien,  cherchant  à  façonner 
son  âme  et  son  esprit  à  l'antique,  jouissant  de  l'antique,  de  ses 
études  chéries,  de  l'art,  de  tout  ce  qui  l'environnait,  accoutumé 
à  tous  les  enchevêtrements  de  la  pensée,  portant  avec  une  légèreté 
et  une  souplesse  étonnantes  le  faix  de  ses  négociations,  se  souciant 


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198  ARTURO   FARINELLI 


fort  peu  de  produire,  car,  disait-il,  on  n'arrive  pas  à  se  convaincre 
qu'il  vaille  la  peine  de  produire;  il  ne  redoutait  que  la  fugacité 
du  temps  qui  lui  ravissait  toujours  une  partie  de  son  grand 
bonheur.  «  On  ne  jouit  vraiment  de  la  vie  qu'ici  à  Rome,  » 
écrivait-il  le  2  septembre  1804  à  Wolf.  Et  à  Gœthe,  trois  ans 
plus  tard  (16  décembre  1807)  :  «  Qui  possède  le  bonheur  craint 
toujours  qu'il  n'échappe,  et  y  a-t-il  d'autre  bonheur  au  monde,  dans 
ces  temps  fâcheux,  que  de  vivre  en  Italie  ?»  Il  aimait  les  Italiens, 
race  intelligente  et  précoce  qui,  dans  l'ensemble  du  caractère,  se 
rapprochait  des  anciens  Grecs,  quoique  absolument  incapable  de 
rivaliser  avec  eux  dans  leurs  qualités  prises  à  part  :  «  Les  Espagnols 
n'approchent  guère  des  Grecs  par  leur  exaltation  et  leur  exclusi- 
visme, les  Anglais  nioins  encore  par  leur  morne  sentimen- 
talisme '.  » 

Artistes,  hommes  de  lettres,  savants  et  simples  mortels  : 
Thorwaldsen,  Canova,  Tieck,  Jagemann,  Dupaty,  Visconti, 
tous  ceux  qui  jouissaient  de  l'amitié  de  Humboldt  trouvaient 
en  lui  un  véritable  Mécène  '.  Une  fois,  Humboldt  éprouva  une 
de  ses  rares  exaltations  poétiques  et  il  écrivit  son  élégie  sur 
Rome  ^  C'était  le  spectacle  de  ce  grand  entassement  de  ruines 
et  de  décombres  sur  la  terre  silencieuse  et  plaintive  de  Rome, 
ce  témoignage  frappant  du  changement  perpétuel  et  de  la  des- 
truction perpétuelle  de  toutes  les  choses  d'ici-bas,  ces  vagues  de  la 
civilisation  qui  roulent  sombres  et  sans  relâche,  semblables  à  la 
destinée   intérieure  de   l'homme,  l'humiliation   que  le  temps 


1.  Latium  und  Hellas  {iZoS)^  p.  144. 

2.  Voir  sur  le  cercle  de  Humboldt  à  Rome,  le  dernier  chapitre,  trop  con- 
densé peut-être,  Die  Id^ie  Période  klassischer  Kunstûhung  unter  dem  Einfluss 
Wilhelmvon  Humboldts  du  livre  de  O.  Hamack,  Deutsches  Kunstlehen  in  Romim 
Zeitalter  der  Klas^iky  Weimar,  1896,  p.  IS9  s. 

3.  On  est  presque  surpris  de  voir  figurer  cette  élégie  dans  le  livre  de 
G.  Naumann,  Rom  im  Liede  (Kennst  du  dos  Land),  Leipzig,  1896,  qui  passe 
sous  silence  les  odes  sur  Rome  d'autres  Allemands,  tels  que  G.  Schlegel, 
Z.  Werner,  Grillparzer,  etc. 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  I99 

inexorable  infligeait  à  tout  ce  qui  était  grand,  qui  avaient  pro- 
fondément ému  l'âme  de  Humbqldt.  Il  résuma  dans  sa  Rome 
l'histoire  de  tous  les  âges  et,  comme  ill'écrit à Schweighaeuser, 
il  donna  là  positivement  son  maximum  poétique  :  (.<  Je  craindrais 
de  rester  au-dessous  du  présent  essai,  si  je  venais  à  renouveler 
une  pareille  tentative.  »  Sa  femme,  ses  enfants  n'étaient  pas  moins 
enchantés  de  l'Italie  que  lui.  On  parlait  l'italien  en  famille,  on  le 
parla  encore  longtemps  après  le  retour  en  Allemagne  '.  Les  deux 
petites  filles,  Adélaïde  et  Gabrielle,  oublièrent  bientôt  l'allemand. 
Caroline  disait  d'elles,  au  printemps  de  1808,  qu'elles  étaient 
alletnandes  par  l'éducation,  mais  italiennes  par  le  langage,  la 
physionomie  et  les  manières. 

Gemment,  au  milieu  de  ces  jouissances,  sous  le  ciel  enchanteur 
de  l'Italie,  l'Espagne  aurait-elle  pu  captiver  encore  l'âme  du  grand 
penseur  païen  ?  Tandis  que  Humboldt  goûtait  paisiblement  sa 
belle  vie,  à  Rome,  les  Allemands  du  Nord,  les  romantiques 
surtout^  épris  de  la  vie  et  des  mœurs  chevaleresques  du  moyen 
âge,  étudiaient  et  admiraient  l'Espagne,  une  des  grandes  îles 
inconnues  qu'ils  se  figuraient  avoir  découverte  ;  ils  avaient  leurs 
poètes  préférés,  sortes  de  dieux  auxquels  ils  dressaient  des  autels 
et  des  statues,  et  devant  lesquels  ils  restaient  en  adoration. 
Calderon  était  un  de  ces  grands  dieux.  Ce  qu'on  brûla,  en 
Allemagne,  d'encens  en  son  honneur  est  incroyable.  Humboldt 
savait  bien  quelque  chose  de  cette  mode  nouvelle  qui  se  répandait 
parmi  ses  concitoyens  et  qui,  pour  quelque  temps,  avait  gagné 
Goethe  lui-même.  A  son  avis,  l'Espagne  véritable  n'était  pas 
celle  que  les  romantiques  décrivaient.  En  1806,  il  n'avait  pas 
encore  lu  le  Cid  de  Herder  et  il  écrit  là-dessus  à  Caroline  de 
Wolzogen  (23  juillet  1806)  :  «  Le  Cid  a  toujours  été  mon  livre 


I.  Humboldt  à  Wolf  (Burgôraer,  3  juillet  1812).  — Œiivr«,  V,295  :  «Auch 
die  Kleinen  sprechen  nunmehr  gelâufig  Deutsch,  obgleich  das  lulienische 
meist  noch  die  Haussprache  unter  uns  blcibt.  » 


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200  ARTURO   FARINELLI 


favori.  Schl^el  et  Tieck  n'ont  souvent  pris  de  l'Espagne  que  le 
côté  frivole  et  religieux  ;  ils  ne  réussiront  jamais  à  exprimer  la 
nationalité  comme  Herder  qui  disposait,  à  cet  effet,  de  qualités 
vraiment  extraordinaires  '.  » 

A  Rome,  Humboldt  eut  souvent  l'occasion  d'aborder  quelques 
ex-jésuites  espagnols,  qui  étaient  sans  doute  les  hommes  les  plus 
actifs,  les  têtes  les  mieux  douées  de  leur  nation.  Nous  venons  de 
mentionner  un  jugement  peu  favorable  de  Humboldt  sur  Hervas 
y  Panduro.  Humboldt  avait  néanmoins  puisé  à  pleines  mains 
dans  les  collections  immenses  du  philologue  espagnol.  Hervas 
était,  surtout  pour  l'étude  des  langues  américaines,  une  autorité 
incontestable;  il  avait  fourni  de  copieux  matériaux  à  Vater  pour  la 
continuation  du  Mithridates  de  Adelung;  il  en  fournissait  encore, 
et  en  abondance,  à  Humboldt.  Celui-ci  rappelle  dans  son  étude 
Ueber  den  Dualisy  une  grammaire  manuscrite  de  la  langue  moco- 
bique,  que  l'abbé  Hervas  lui  avait  communiquée  *.  Il  fait 
l'éloge  de  Hervasdansune  lettre  à  Welcker,du  6  novembre  1821. 
C'est  ce  savant  ex-jésuite  qui  a  beaucoup  sauvé  des  trésors  des 
langues  américaines  par  la  tradition  orale  :  «  Je  possède,  avoue 
Humboldt,  par  des  copies  que  j'en  fis  faire  à  Rome,  presque 


I  *  Literar,  Nachlass  der  Frau  Caroline  von  Woli^ogetty  II,  1 3 .  Caroline  de  W0I20- 
gen  elle-même  n*était  pas  tout  à  fait  étrangère  aux  études  espagnoles.  Le 
comte  Gessler  lui  écrivait  le  12  décembre  181 3  (Nachlass^  II,  350)  :  «  Kônnen 
Sie  glauben,  dass  irgend  etwas,  das  Sie  betrifft,  mich  nicht  freut  oder  betrûbt, 
sprechen  Sie  mit  mir,  als  wenn  wir  noch  zusammen  sàssen  und  spanisch 
lâsen.  »  —  Le  12  mai  1806.  Achim  von  Arnim  recommandait  à  Clemens 
Brentano  la  lecture  du  Cid  de  Herder  :  «  ...  hin  und  wieder  hat  ihm  Herder 
wohl  Mantel  und  Kragen  umgehangen,...  die  liebste Romanze  ist  mir  wie  ersich 
zur  Hochzeit  ausputzt,  und  dann  wie  er  die  Kisten  mit  Sand  zum  Juden 
schickt,  femer  wie  er  todt  gegen  den  Feind  reitet;  die  Spanier  haben 
ein  eigen  Talent,  jedes  Ding  mit  seinem  eigenthûmlichen  Geruche  zu  bewah- 
ren  und  einzumachen.  »  Voir  R.  Steig,  Achim  von  Arnim  ûber  Herders  Cid, 
dans  la  Vierteîjahrsch.  f.  LiUrat.  (Weimar),  V,  148. 

2.  Œuvres,  VI,  582. 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT  ET   L  ESPAGNE  201 

toutes  ses  collections,  ses  papiers  originaux  ayant  été  dispersés 
après  sa  mort  '.  »  C'est  encore  dans  une  de  ses  lettres  érudites  à 
Wolf  (15  avril  1803)  que  Humboldt  nomme  Tex-jésuite  Arteaga, 
qui  vivait  avec  Azara,  le  grand  ami  de  Raphaël  Mengs  :  «  J'ai 
connu  fort  bien  cet  Arteaga,  dit  Humboldt,  il  avait  bonne  tête  et 
beaucoup  de  connaissances.  Il  a  publié  plusieurs  ouvrages,  un 
entre  autres  en  langue  italienne,  sur  la  musique  des  anciens;  un 
autre  en  espagnol,  sur  la  beauté  idéale  '.  On  l'admirait  à  Rome 
comme  l'étranger  qui  savait  le  mieux  écrire  en  italien.  »  Humboldt 
rappelle  encore,  parmi  les  ex-jésuites  espagnols,  Eximeno  ',  un 
mathématicien  dont  il  ne  dit  pas  le  nom  *,  et  Masdeu,  auteur 
d'une  Historia  crltica  de  Espaha,  fort  peu  critique  K 


1.  W,  vonHumboldts  Briefean  F.  G,  IVelcker,  hrg.  v.  R.  Haym,  Berlin,  1859, 
p.  53. — M.  Menéndez  y  Pelayo,  dans  le  3*  volumedesa  Ciencia  espanola, Madrid j 
1889,  p.  308,  rappelle  les  Gramdticas  ahreviadas  de  las  die^y  ocho  lenguas  prittci" 
pales  de  America,  dont  le  manuscrit  a  été  donné  par  Hervas  à  Humboldt.  On 
sait  que  Hervas,  dans  les  trois  derniers  volumes  imprimés  de  son  grand  ouvrage 
Catdlogo  de  las  lenguas  de  las  naciones  conocidas,  avait  étudié,  de  même  que  Hum- 
boldt, mais  avec  une  méthode  et  une  préparation  bien  différentes,  les  langues 
primitives  de  l'Espagne.  —  On  sait  par  le  Fiaje  de  Nicolas  de  La  Cruz, 
(Madrid,  1807,  IV,  296),  que  Angelica  Kaufmann  avait  fait  à  Rome  le  portrait 
de  Hervas  :  «  Intenté  sacar  mi  retrato,  écrit  La  Cruz,  pero  yo  la  supliqué  de 
sacar  el  de  mi  amigo  Don  Lorenzo  Hervas,  que  iba  en  mi  compaôia,  el  quai 
honra  nu  coleccion  de  pinturas.  » 

2.  Le  Ri%HAu\ioni  del  Teatro  Musicale  italiafw  (1783).  —  Investigaciones  filosà- 
ficas  sobre  la  helle^a  idéal  (1789). 

3.  Antonio  Eximeno,  Testhéticien  bien  connu,  et  nonXimenez,  comme  on 
lit  par  erreur  dans  les  Œuvres,  V,  258. 

4.  Qjii  était  ce  mathématicien  ex-jésuite?  Mon  ami  M.  Menéndez  y  Pelayo 
suppose  dans  une  lettre  quMl  m'adresse  que  c'était  le  Valencien  Antonio 
Ludefla.  Mais  Ludena  n'a  pas  séjourné  à  Rome.  11  fut  professeur  à  Camerino,  à 
Padoue  et  à  Crémone,  où  il  mourut  en  1820.  Peut-être  Humboldt  pensait-il  à 
l'architecte  D.  Pedro  Marquez,  le  traducteur  de  Vitruve  et  de  Pline. 

5.  Sur  l'action  littéraire  de  ces  ex- jésuites,  voir  (outre  les  biographies  dans  : 
De  Backer-Sommervogel,  BihL    hisior.  de  la  Compag,  de  Jésus)  Menéndez  y 


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202  ARTURO  FARINELLI 


Comme  toutes  choses,  le  séjour  à  Rome  eut  sa  fin  :  Humboldt 
adressa  un  adieu  douloureux  à  l'Italie^  à  la  ville  éternelle  où  six 
des  plus  belles  années  de  sa  vie  s'étaient  écoulées.  Son  cœur 
saignait  en  s'en  allant  :  'x  Chaque  jour  de  mon  voyage  augmente 
ma  douleur,  écrit-il  à  Welcker,  de  Ferrare,  le  20  octobre  1808* 
Je  compte  sûrement  revenir  en  Italie  au  mois  d'avril  ou  de 
mai.  »  Il  n'y  revint  pas,  il  n'y  revint  jamais.  Mais  Humboldt 
conserva  toujours  son  affection  pour  l'Italie;  il  désira  toujours 
la  revoir,  y  passer  le  reste  de  sa  vie;  il  le  désira  à  Vienne, 
lorsque,  arrivé  comme  ambassadeur,  il  se  réjouissait  d'être 
aux  portes  de  l'Italie,  sur  la  route  de  Rome  ;  il  le  désirait 
encore  en  1832,  lorsque,  écrivant  à  son  amie  intime 
(7  janvier),  il  rappelle  les  charmes  de  l'Italie,  la  beauté  de  ses 
paysages,  de  son  ciel,  de  ce  ciel  d'un  azur  si  foncé  pendant  le 
jour,  si  noir  pendant  la  nuit  et  sur  lequel  les  étoiles  se  détachaient 
avec  une  splendeur  infinie. 

Mais  comme  le  bonheur  et  le  succès  ont  souri  sans  relâche  à 
Humboldt,  ce  fut  encore  sa  fortune  qui  l'arracha  aux  jouissances 
de  l'Italie.  Laissons-lui  ses  regrets  ;  tous  les  grands  Allemands,^ 
admirateurs  du  beau  pays,  les  ont  d'ailleurs  partagés.  C'est  pour 
accroître  encore  l'éclat  de  sa  situation  qu'on  le  rappela  de  Rome. 
C'est  pour  être  placé  bientôt  à  la  tête  des  affaires  les  plus  impor- 
tantes de  sa  patrie  que  Humboldt  quitte  le  Midi.  Le  voyageur 
cosmopolite,  qui  se  plaignait  de  l'oubli  dans  lequel  l'Allemagne 
le  laissait,  revêt  bientôt  l'habit  national.  L'esprit  national  avait 
toujours  couvé  dans  son  âme.  Son  merveilleux  don  d'adaptation, 
sa  flexibilité  d'esprit,  sa  science  unique  de  se  métamorphoser 
instantanément  à  l'occasion,  l'aidèrent  à  comprendre  d'emblée 
toute  l'importance  de  sa  situation  nouvelle.  Il  occupa  bientôt  les 
plus  hautes   charges  de  l'État.  Ministre,  chef  de  l'instruction 


Pelayo,  Historia  de  los  heterodoxos  espanoUs,  III,  2,  p.  99  s.  ;  V.  Clan»  Vimmi' 
gra:(ione  dei  Gesuiti  spagnuoîi  îdterati  in  lialia  (Mem,  ddV  Au.  reakddle  Science), 
Torino,  1896,  et  GiormU  stor.  d.  lelUral.  ital.y  XXX,  279  s. 


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GUILLAUME  DE   HUMBOLDT  ET  L  ESPAGNE  203 

publique,  plénipotentiaire,  ambassadeur,  négociateur,  il  fut 
toujours  à  la  hauteur  de  sa  mission.  Il  songea  à  la  réforme  admi- 
nistrative en  Prusse  ;  il  rédigea  ces  admirables  mémoires  qu'un 
patriote  de  génie  pouvait  seul  rédiger,  et  dont  un,  Ueber  die  innere 
und  àussere  Organisation  der  hôheren  wissenschaftlichen  Anstalten  in 
Berlin,  vient  d*être  retrouvé  par  A.  Gebhardt  ;  il  fut  en  tout,  il 
resta  toujours  plus  homme  de  pensée  qu'homme  d'action. 

Au  milieu  des  alarmes,  de  la  consternation  que  les  victoires  de 
Napoléon  répandaient  en  Europe,  au  milieu  des  ravages  que  la 
puissance  despotique  du  terrible  conquérant  faisait  partout  où 
elle  frappait,  dans  l'angoisse  de  dangers  encore  plus  menaçants, 
la  résistance  opiniâtre  des  Espagnols,  leur  insurrection  téméraire, 
la  valeur,  l'enthousiasme  qu'ils  déployèrent  dans  la  défense  de 
leur  cause,  étonnèrent,  secouèrent,  enflammèrent  l'Allemagne. 
L'Espagne,  ce  pays  perdu,  oublié  au  delà  des  Pyrénées,  donnait 
le  premier  un  exemple  solennel  de  dignité  virile  et  de  patrio- 
tisme. Sa  révolte,  la  défense  héroïque  de  Saragosse,  qui  en  est 
sans  doute  la  page  la  plus  glorieuse,  éveillèrent  les  patriotes 
allemands  de  leur  sommeil  léthargique.  Ils  avaient  les  mêmes 
droits  à  défendre,  le  même  ennemi  redoutable  à  combattre. 
Jamais  l'Espagne  n'alla  au  cœur  des  Allemands  comme  dans  les 
temps  calamiteux  de  ses  guerres  d'indépendance.  On  était  avide 
de  nouvelles,  on  les  lisait  avec  anxiété,  on  les  commentait, 
comme  s'il  s'agissait  du  sort  et  de  la  destinée  de  son  propre  pays. 
Si,  une  année  auparavant,  les  Espagnols,  refoulés  au  Nord  de 
l'Allemagne,  sous  les  ordres  du  général  La  Romana,  avaient  gagné 
la  sympathie  de  leurs  hôtes  ',  maintenant,  après  la  révolte,  la 


I.  Les  mémoires  du  temps  en  sont  remplis.  J*en  ai  dit  quelque  chose  dans 
la  Rev'uta  critkay  I  ',  137.  Voir  Varnhagen  von  Ense,  Denhwûrdig\eiten^  II, 
69  :  «  Mit  hohem  Antheil  sahen  wir  dièse  edlen  sûdlichen  Naturen,  von  denen 
firùher  nur  vereinzelte  Beispiele  uns  genûgen  mussten,  jetzt  in  solcher  Viel- 
heit  und  Masse,  als  eiue  wandelnde  Poésie  vor  unsem  Augen,  mit  Entzûcken 
horchten  wir  den  Klàngen  der  herrlichen  Sprache  ...  Der  romantische  Zauber 


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ARTURO   FARINELLI 


pour  l'Espagne  se  change  en  admiration,  en  enthou- 
us  les  cœurs  battent  pour  l'Espagne.  Guillaume  de 
partagea-t-il  les  sentiments  de  ses  compatriotes  pour 
Se  souvenait-il  encore  de  ce  qu'il  avait  écrit  sur  la 
la  fermeté  du  caractère  espagnol,  dans  sa  description 
rrat  ?  Schlesier  est  d'avis  que  Humboldt  a  été  peut-être 
îmiers  hommes  d'État  en  Allemagne  qui  ait  appelé 
sur  l'importance  de  l'insurrection  espagnole  '.  On 
langes  que  Moritz  Arndt  prodiguait  à  l'Espagne,  la 
1  vraiment  noble  et  chevaleresque  ;  on  connaît  l'ode  de 
[leist  à  Palafox,  où  le  héros  de  Saragosse,  succombant 
lutte  de  géants,  est  placé  à  côté  de  Léonidas  et 
;  ^  ;  on  connaît  les  Lettres  sur  V hisurrection  espagnole  de 
dans  le  ton  des  fameux  Discours  à  la  nation  allemande 
on  sait  ce  que  d'autres  poètes  et  patriotes  ont  écrit 
iMï  des  Espagnols,  qu'on  appelait  les  descendants 
îs  héros  de  Numance  et  de  Sagonte  ;  les  chansons  popu- 
aiaient  l'Espagne  et  la  citaient  comme  modèle;  même 
Kotzebue  paya  franchement  son  tribut  d'admiration  à 


hen  Lebens  wirktc  nicht  auf  uns  allein,  auch  die  Franzosen  etn- 
jnd  wiechen  gleichsam  staunend  und  betroffen  vor  ihm  zurùck.  » 
ungen,  II,  49. 

vril  1815,  Ferdinand  Raimund  jouait  au  «  Josefstàdtertheater  »  de 
î  de  Feldkûmmel  dans  la  pièce  de  Kotzebue,  Bclagerung  von  Sara- 
Oman  interminable  de  Salvandy,  Don  Alonso  ou  VEspagne  (Voir 
►pendice,  Gcethe  et  VEspagne)^  trop  aimé  des  Allemands,  donna 
'imagination.  On  fit  sur  ce  moule  d'autres  romans  historiques 
:  Die  Hddin  von  Saragossa  ans  SpanUns  neuester  Geschichte.  Nach 
Don  Alonso  bearbeilet  de  Wilhelmine  von  Gersdorff  (1824);  tel 
Eroherung  von  Saragossa,  oder  Inès  und  Etienne,  ein  historisches 
ien  Zeiten  des  spaniscJjen  Erhfolge  Krieges,  de  K.  F.  H.  Strauss 
,  Leipzig,  1828.  —  Voir  aussi  les  nombreuses  relations  sur  le 
igosse  {Die  Verteidigung  von  Saragossa),  dans  les  deux  premières 
-18 16)  du  journal  Der  Geisi  der  Zeii. 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  205 

l'Espagne  '.  On  est  bien  surpris  de  n'entendre  point  la  voix 
autorisée  de  Humboldt  mêlée  au  chœur  des  patriotes  allemands. 
Humboldt  connaissait  TEspagne  mieux  que  personne  peut-être 
dans  son  pays;  il  prévoyait  l'effet  que  cette  flamme  soudaine,  une 
fois  éteinte,  produirait  dans  une  nation  si  désunie,  si  peu  pré- 
parée à  une  guerre  à  outrance  contre  un  ennemi  disposant  de 
forces  bien  supérieures  aux  siennes  propres.  Il  attendait  les  évé- 
nements avec  le  même  calme  olympien  que  Goethe. 

Ambassadeur  à  Vienne  en  1810,  Humboldt  dut  bien  des  fois 
jeter  les  yeux  sur  les  conditions  politiques  de  l'Espagne.  D 
pensait  alors  que  l'Europe  ne  pouvait  être  sauvée  que  par  la  plus 
grande  conformité  de  vues  entre  les  puissances  médiatrices. 
Qu'allait-elle  devenir,  cette  nation  bouleversée  par  des  luttes 
continuelles,  divisée  à  l'intérieur,  sans  gouvernement  fixe,  pré- 
parant, rédigeant  avec  un  frêle  appui  sa  nouvelle  constitution  ? 
Humboldt  suivait  les  tâtonnements  des  Cortes  avec  une  attention 
particulière.  Il  faisait  des  extraits  des  articles  de  journaux  espa- 
gnols. Au  vif  intérêt  qu'il  prend  au  sort  de  l'Espagne,  on  voit 
bien  que  les  souvenirs  de  ses  voyages  dans  la  péninsule  et  des 
amitiés  qu'il  y  avait  nouées  se  rallumaient  dans  son  cœur.  On 
vient  de  publier  des  notes  de  Humboldt  sur  les  Cortes  espa- 
gnoles^ (18 ri),  des  réflexions  où  le  penseur  éminent  touchait 
du  doigt  les  défauts  des  rouages  administratifs  de  l'Espagne. 
Humboldt  se  demande  si  l'Espagne  pourrait  jamais  arriver  à  un 
état  de  bonheur  et  de  tranquillité  en  se  débarrassant  de  la  guerre 
avec  la  France  et  en  songeant  à  son  organisation  intérieure. 
Napoléon,  d'autre  part,  n'atteindrait-il  pas  mieux  son  but  en 


1 .  La  guerre  d'Espagne  contre  Napoléon,  d'après  la  poésie  et  la  critique  alle- 
mandes, formera  un  chapitre  de  la  continuation  de  mon  Allemagne  et  Espagne, 
M.  Geoffroy  de  Grand  maison  prépare  un  ouvrage  sur  L*  Espagne  et  Napoléon, 
Voir  Polybiblion,  janvier  1897,  et  Revue  de  Paris ,  février  1897. 

2.  B.  Gebhardt,  JV,  von  Humboldt  ûber  die  spanischen  Cortes,  dans  la  Histo^ 
rische  Zeitschnftde  Sybel,  N.  F.,  XXXVII,  475  s. 


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206  ARTURO   FARINELLI 


abandonnant  l'Espagne  à  sa  propre  destinée  ?  La  solidité  des  liens 
qui  unissent  l'Amérique  à  l'Europe  dépend  en  grande  partie 
du  gouvernement  qui  va  s'établir  en  Espagne.  Mais  quel  gou- 
vernement que  le  gouvernement  actuel  de  l'Espagne  !  Un  roi 
éloigné  peut-être  à  jamais  de  son  royaume,  la  nation  impuis- 
sante à  se  gouverner  elle-même  !  Il  se  forme,  dans  les  diffé- 
rentes provinces,  des  juntes,  puis  une  junte  centrale,  jusqu'à 
ce  que  les  G)rtes  se  rassemblent.  La  situation  est  tout  autre 
qu'en  France,  où  tout  a  toujours  convergé  vers  Paris  ;  il  existe 
en  Espagne  une  différence  notable  entre  les  droits,  les  moeurs, 
les  habitudes,  le  caractère  des  habitants  des  différentes  provinces, 
et  cette  différence  est  actuellement  une  source  de  calamités.  C'est 
dans  les  provinces  que  le  gouvernement  commence  à  s'organiser, 
et  l'organisation  provinciale  a  résisté  au  changement  du  pouvoir 
central.  Les  juntes  provinciales  et  les  G)rtes  agissent  d'après  des 
principes  souvent  opposés.  Les  premières  concentrent  toute  leur 
attention  sur  la  guerre,  à  laquelle  elles  doivent  leur  origine  ;  elles 
ne  désirent  autre  chose  que  s'affranchir  du  joug  des  Français 
et  rétablir  l'ancienne  dynastie.  Les  Cortes  visent  à  un  autre 
but,  elles  veulent  tout  réformer  ;  ce  qu'il  faut  à  l'Espagne  c'est 
une  monarchie  constitutionnelle  ou  un  gouvernement  républicain . 
De  là  des  scissions  inévitables,  des  luttes  continuelles  dans  le 
sein  même  de  l'assemblée.  Les  républicains  ne  discutent  que  des 
projets  de  réforme,  des  constitutions  nouvelles,  des  lois  au 
niveau  des  lumières  modernes  ;  le  parti  contraire  plaide  en  faveur 
d'une  nouvelle  constitution,  et  exige  que  les  Cortes  ne  s'occupent 
que  de  la  guerre  et  des  finances.  Le  désaccord  entre  la  Régence 
et  les  Cortes  est  encore  plus  sensible.  Point  de  limites  fixes  à 
leur  pouvoir  ;  les  deux  corps  éparpillent,  affaiblissent  leurs  forces 
au  lieu  de  les  concentrer  et  de  les  diriger  vers  un  même  but.  Il 
est  évident  qu'un  état  de  choses  pareil  ne  peut  guère  durer 
longtemps.  La  machine  gouvernementale,  faute  des  engrenages 
nécessaires,  s'écroulera  tôt  ou  tard  ;  les  Cortes  une  fois  établies 
ailleurs,  sur  une  scène  plus  vaste,  attireront  davantage  l'attention 


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GUILLAUME    DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE 

sur  elles;  on  les  verra  composées  de  membres  non  légitir 
les  forcera  à  se  dissoudre  ou  à  projeter  d'autres  ré 
Humboldt  ne  voyait  d'autre  salut  pour  l'Espagne  que 
retour  à  la  monarchie  constitutionnelle  légitime,  dans  1 
intérieur  des  partis,  dans  Tordre  complet  et  parfait  de  leurs 
L'esprit  démocratique,  loin  d'être  un  bonheur  pour  l'E 
était  sa  ruine.  La  nation  espagnole,  dit-il,  est  fort  dévoué 
vieilles  institutions;  elle  a  trop  de  tranquillité  et  de  bc 
naturels  pour  se  laisser  emporter  à  la  légère  par  une  efferv 
démocratique  qui  lui  conviendrait  d'autant  moins  que  la 
elle-même,  son  ennemie  jurée,  a  donné  à  ce  sujet  ui 
exemple. 

Pendant  son  ambassade  à  Vienne,  Humboldt  a  d'ailleurs  i 
les  intérêts  de  sa  patrie  en  diplomate  adroit,  sans  trop  d 
pules  pour  l'avenir  de  l'Espagne,  qui  l'intéressait  surtout  < 
moyen  d'équilibre  pour  les  grandes  puissances  europée 
Puis  les  années  s'écoulèrent;  l'Espagne,  après  s'être  doi 
célèbre  constitution  du  i8  mars  1812,  passa  par  de  tristes 
situdes.  Humboldt,  qui  avait  prévu  ses  défaites,  ne  s'occu 
de  son  avenir  :  «  Les  affaires  d'Espagne  commencent  à  s'em 
1er,  lui  écrivait  son  frère  Alexandre  le  26  juillet  1823,  larés 
devient  plus  opiniâtre.  »  Désastres  sur  désastres  survinrei 
nation,  qui  était  autrefois  pour  les  autres  un  modèle  d'ei 
siasme  et  de  bravoure,  se  couvrait  maintenant  de  honte 
traînait  dans  la  poussière.  Elle  était  gâtée,  pourrie  à  l'intér 


1.  VoirB.  Gebhardt,  IV.  von  Huinboldt  aïs  GesanJier  in  tVien,  iSio-i 
la  Deutsche  Zeilschr,  /.  Geschichisw.j  XII,  76  s.,  et  dans  son  livre 
Humboldt  aïs   Staatsmann,   Stuttgart,    1896,    I,   355,   369,    383,   42 
462. 

2.  Même  chez  les  poètes  et  les  idéalistes  allemands  la  désapprobation  1 
Nous  verrons  ce  que  Goethe  pensait  de  TEspagne  à  cette  époque  (App< 
Oelsner  écrivait  à  Rahel,  le  17  septembre  1823  (Galerie  von  Bildnis 
RiheV s    Umgang  und  Briefwdchsely  Leipzig,    1836,  II,  136)  :  «Wem  j 


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2o8  ARTURO   FARINELLI 


On  la  peignait  presque  partout  triste,  décrépite,  avilie,  corrompue. 
Dans  les  écrits,  dans  les  lettres  de  Humboldt,  à  partir  de  cette 
époque,  l'Espagne  ne  revient  presque  plus.  Cest  Alexandre  de 
Humboldt  qui,  même  après  avoir  une  fois  écrit  à  son  frère,  lorsqu'il 
séjournait  à  Milan  '  :  «  J'ai  sacrifié  l'espagnol  ;  c'en  est  Élit  et  je 
veux  cette  fois-ci  apprendre  à  parler  couramment  l'italien  »,  c'est 
lui  qui  s'intéresse  vivement  encore  aux  choses  d'Espagne.  Ses 
lettres  à  Varnhagen  sont  parfois  parsemées  de  phrases  espagnoles, 
empruntées  de  préférence  aux  Cartas  de  Antonio  Ferez.  On  sait 
l'influence  que  Tieck,  le  véritable  chef  des  romantiques,  exerça 
sur  lui.  Tieck,  qui  aux  yeux  d'Alexandre  de  Humboldt  était  le 
connaisseur  le  plus  profond  de  la  littérature  dramatique  de  tous 
les  peuples,  entraîna  le  savant  dans  ses  goûts,  lui  imposa  pour 
ainsi  dire  ses  idoles.  Ce  qui  est  dit  des  «  créations  sublimes  »  de 
Calderon  dans  le  fameux  chapitre  :  Dichterische  Naturbeschreibung 
du  Cosmos  est  emprunté  littéralement,  de  même  que  la  partie 
dédiée  aux  drames  de  Shakespeare,  à  une  lettre  inédite  de  Tieck  \ 
Dans  son  chef-d'œuvre,  Alexandre  de  Humboldt  avait  rendu  jus- 
tice au  sentiment  de  la  nature  des  poètes  espagnols  et  portugais  ; 
il  avait  rappelé  les  brillantes  descriptions  des  Lusiades  deCamoens, 
les  peintures  naïves  de  Ercilla  dans  VAraucana,  poème  intermi- 
nable et  parfois  ennuyeux,  mais  supérieur  en  mérite  aux  dix-neuf 
chants  de  VArauco  domado  de  Pedro  de  Ona  ;  il  avait  trouvé  un 
enthousiasme  vif  et  profond    pour  la  nature   dans   quelques 


geahndet,  dass  in  Spanien  ailes,  ailes  kâuHich  sei!  Eigensinn  bloss,  und 
Dûnkel  und  Grossprahlerei  scheint  sich  die  heroische  Nation  der  Don 
Quixoten  vorzubehalten.  Sogar  die  Glaubensritter  rûhmen  sich  ihres  Helden- 
thums.  »  Cela  n'empêchait  pas  W.  Mùller  de  célébrer  la  mort  de  Riego 
(7  novembre  1823)  dans  un  Hymne auf  dm  Tod  Rafaël  Riegos. 

1.  Briefe  AL  v.  Humboldt  an  seinen  Brader  Wilhelm,  Stuttgart,  1B80, 
p.  92. 

2.  Al.  de  Humboldt  Tavoue  lui-même.  Voir  Kosmos,  Stuttgart,  Tûbingen, 
1847,  II,  I4V  Voir  aussi  une  lettre  sans  date  de  A.  de  Humboldt  à  Tieck, 
dans  Holtei,  Briefe  an  Tieck,  II,  27. 


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GUILLAUME   D£  HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  209 

atrophesi  du  Rom.incerorcabaHensco,  publie  par  D.uran,  dans  la 
poésie  religieuse  de  Fray  Luis.dc  Léon,  de  Fray  Luis  de  Granada,' 
Sainte  Thérèse  de  Jésus,  Malon  deChaide,  quoique  les  images  de 
la  nature,  données  par  ces  poètes  mystiques,  ne  soient  que  l'enve- 
loppe sous  laquelle  la  contemplation  religieuse  est  symbolisée  *. 
Souvenons-nous  encore  des  faveurs  qu'Alexandre  de  Humboldt 
avait  prodiguées  au  tendre  poète  Enrique  Gil  y  Carrasco,  qui  lui 
avait  été  recommandé,  en  1844,  parFranciscoMartinezdela  Rosa, 
alors  ministre.  Il  aimait  ce  jeune  homme  si  attaché  à  son  pays 
natal,  aux  charmantes  vallées  du  Bierzo  qu'il  avait  décrites  dans 
son  roman  El  Senor  de  BembibrCy  et  lorsque,  le  22  février  1846, 
la  mort  l'enleva  à  Berlin,  dans  la  fleur  de  l'âge,  Alexandre  de 
Humboldt  est  consterné  ;  il  écrit  à  Tieck,  le  cœur  navré  de  dour 
leur,  qu'il  vivait  avec  les  morts,  qu'il  allait  préparer  lui-môme 
les  funérailles  de  son  pauvre  ami  espagnol  '. 


1.  Le  Kosmos  n'a  été  traduit  en  espagnol  (et  encore  très  imparfaitemem) 
qu'en  1851-52,  par  Francisco  Diaz  Quintero.  «Espana,  dit  ValUn  dans  son 
essai  :  CuUura  cientifica  en  Espana  m  el  sigîo  XVI,  dans  la  Revisia  de  Espaha 
(janvier  1896)1  debiera  haberse  mostrado  màs  agradecida  al  sabio  ilustre 
Alejandro  de  Humboldt.  Fuimos  sin  embargo,  entre  todas  las  nacîones,  la 
ûitima  que  tradujo  el  Cosmos.  »  Il  existe  une  douzaine  de  traduaions  espa- 
gnoles de  quelques  études  de  A.  de  Humboldt,  dont  on  pourra  lire  les  titres 
dans  K.  Bruhns,  A.  von  Humboldt,  II,  490,  493,  49$  s.,  512,  517,  529,  555. 
Les  AnsichUn  der  Natur  ne  furent  traduites  qu'en  1876  par  Bemardç  Giner 
(Cuadros  de  la  naturaleia,  Madrid,  1876).  Guillaume  de  Humboldt  est  sans 
doute  moins  connu  en  Espagne  que  son  frère.  Un  article  sur  Alexandre  de 
Hurobokit,  écrit  du.  vivant  de  l'auteur,  dans  le  Semanario  pintoresco  espahol, 
1836,  p.  276  s.  (avec  portrait),  conclut  après  les  louanges  de  rigueur  :  «  Su 
gloria  po  solo  pertenece  à  su  patria  sino  tambièn  al  orbe  entero.  » 

2.  «  Ich  binmorgèn  mit  seinem  Begrâbniss  beschâftigt  9  (A.  de  Humboldt 
ï  Tieck  Holtei,  Briefe,  II,  30).  On  voit  encore  dans  le  cimetière  des  catholiques 
^Berlin  l'èpitaphe  de  Gil  au  A  Don  Enrique  Gil  y  Carrasco  |  FaIlecido.en 
Berlin  fl  2a  de  Febrerd  de  1846,  su  amigaJosédeUrbistondo».  On  a  recueilli 
ses  écrits  dans  deux  volumes  précédés  d'une  étude  emphatique  sur  la  vie  et  les 
œuvres  du  poète  :   Obras  de  D,  Enrique  Gil  y  Carrasco,  coleccionadas  par 

Rnve  hisp^niqmt.  14 


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810  ARTURO  FARINELLI 


Plus  Guillaume  de  Humboldt  avance  en  âge,  plus  il  éprouve  le 
>esoin  de  se  retirer  des  affaires  et  du  monde,  plus  il  se  ferme  au 
nonde  extérieur.  Il  s'isole  dans  son  âme.  Il  assiste  en  spectateur  à 
oute  sorte  d'événements,  mais  il  n'y  prend  plus  part.  Il  voit  les 
lommes  et  les  choses  comme  d'une  hauteur  isolée.  C'est  dans  l'éloi- 
[nement  de  la  société,  dans  la  paix  et  dans  le  repos  qu'il  cherche 
;t  qu'il  trouve  son  bonheur.  Qii'il  est  beau  de  repasser  ses  sou- 
venirs dans  le  recueillement,  sans  avoir  nul  reproche  à  se  faire, 
atisfait  du  passé,  résigné  à  l'avenir  ;  qu'il  est  beau  de  revivre  en 
èveur  tranquille  et  solitaire  ce  que  l'on  a  vécu  loin  des  tempêtes; 
|ue  la  certitude  d'une  vie  bien  remplie,  débordante  de  pensées  et 
l'émotions,  donne  de  bien  au  cœur  et  le  dispose  à  se  replier 
ternellement  sur  lui-même  !  Nous  savons  bien  peu  de  ce  que 
lumboldt  pensait  de  l'Espagne,  dans  sa  retraite  à  Tegel.  Ses 
3intains  souvenirs  de  l'Espagne  devaient  se  rallumer  parfois 
omme  une  flamme  faible  et  languissante,  qui,  avant  de  s'éteindre, 
létille  encore  par  instants.  Il  n'était  pas  si  étroitement  cloîtré, 
[u'il  ne  désirât  encore,  dans  sur  vieux  jours,  sortir  de  l'Alle- 
aagne.  Il  conseillait  les  voyages  à  ses  amis.  C'est  le  seul  moyen 
['élargir  l'horizon  de  ses  idées,  d'expérimenter,  de  vivre  vraiment 
i  vie.  La  vogue  était  alors  au  Midi  :  «  On  se  dirige  plus  volon- 
iers  vers  le  Sud,  écrit  Humboldt  à  Schweighaeuser  le  27  octobre 
823,  et  je  trouverais  très  naturel  que  vous  profitiez  de  la  première 
►ccasion  pour  aller  en  Espagne  et  en  Italie.  »  Lui-même  ne 
ongeait  plus  à  un  voyage  en  Espagne,  mais  il  ne  désespérait  pas, 
1  le  dit,  de  revoir  la  France  ou  l'Italie,  les  deux  peut-être. 


>.  Joaquin  del  Pino  y  D,  Fernando  de  la  Vera  élsla,  precedidas  de  un  pràlogoy  delà 
'i^afia  del  autor,  Madrid,  1883.  En  1839,  Gil  avait  publié  en  2  vol.  la  traduc- 
on  des  Contes  de  Hoffmann  :  Cuenlos  de  E.  T,  A.  Hoffmann,  vertidos  al 
isteUano  par  Don  Cayelano  Cortes.  Les  souvenirs  du  voyage  en  Allemagne  de 
ril  (août  1844),  bien  plus  intéressants  que  ceux  de  Leandro  Femandez  de 
[oratin  (JDbras  pôsttimas),  se  trouvent  dans  le  Diario  de  viaje  (Œuvres,  II, 
23  s.). 


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GUILLAUME  DE   HUMBOLDT  ET   L  ESPAGNE  211 

Quand  on  est  enraciné  dans  le  sol,  il  en  coûte  de  s'en  arracher. 
Humboldt  ne  s'en  arracha  plus.  Une  fois,  Charlotte  Diede  lui 
rappelle  les  tremblements  de  terre  qui  avaient  dévasté  les  pro- 
vinces du  Midi  de  TEspagne.  Là-dessus  Humboldt  fait  ses 
réflexions  (2  juin  1829),  sans  trahir  ni  douleur  ni  regret  :  «  Cer- 
taines contrées  et,  par  conséquent,  certaines  classes  d'hommes 
sont  exposées  invariablement  au  retour  des  calamités.  Des  événe- 
ments pareik  sont  des  signes  de  Dieu  que  Thomme  ne  doit  pas 
prendre  des  racines  trop  profondes  sur  la  terre.  »  Une  autre  fois 
(novembre  1833),  c'est  Humboldt  qui  décrit  à  son  amie,  intime, 
d'après  ses  souvenirs,  les  charmes  mystérieux  et  la  bizarrerie  du 
Montserrat.  Impossible  d'éprouver  toute  la  jouissance  que  donne 
à  l'âme  une  solitude  bienheureuse  sans  se  rappeler  la  montagne 
sacrée  de  la  Catalogne.  Nous  connaissons  ces  souvenirs  qui  se 
rattachent  à  son  excursion  fameuse. 

C'est  que  Humboldt,  sans  nul  effort,  sans  détours,  sans  avoir 
gravi  d'escarpements,  avait  atteint  son  Montserrat  dans  la  vie.  Il 
y  restait  dans  sa  cellule  à  lui,  replongé  dans  ses  méditations, 
jouissant  de  son  calme,  de  son  repos,  ermite  volontaire  qui  n'avait 
ni  fautes,  ni  péchés  à  expier  et  dont  l'âme  tranquille  n'avait  point 
à  craindre  le  choc  des  souvenirs  douloureux.  Car  il  a  su  apaiser 
les  orages  ;  il  a  su  éloigner  de  lui  les  luttes  tragiques  qui  rongent 
le  cœur  et  minent  l'esprit  ;  les  flots  du  malheur  venaient  douce- 
ment s'arrêter  à  la  plage  de  sa  conscience  ;  il  a  bien  eu  des  accès 
de  tristesse  ;  nul  homme  n'y  a  échappé,  mais  la  tristesse,  éprouvée 
sans  aigreur,  revêtait  même  des  charmes  tout  particuliers  pour 
lui.  Qui  saura  encore,  de  nos  jours,  au  milieu  de  nos  tâtonne- 
ments perpétuels,  dans  la  recherche  fiévreuse  du  bonheur,  alors 
que  nous  sommes  tourmentés,  bouleversés,  déchirés  par  des  pro- 
blèmes insondables,  vivre  aussi  olympiennement  heureux  que 
Humboldt  ?  Quel  est  le  moraliste  qui  travaille  incessamment  au 
perfectionnement  de  son  être  et,  loin  de  voir  la  vie  en  noir,  sait 
profiter  même  du  mal,  même  des  revers  de  la  destiaée,  pour 
aplanir  le  chemin  qui  l'amène  à  son  but,  pour  accroître  sa  con- 


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212  ARTURO   FARINELLI 


fiance  et  raffermir  son  repos  ?  Quel  est  le  sage  qui,  sans  perdre 
une  goutte  de  son  sang,  retrouvera  encore,  après  Humboldt,  la 
pierre  philosophale  de  la  vie  ? 

Humboldt  aimait  bien  sa  solitude,  il  l'aimait  passionnément  ; 
ce  fut,  avec  le  besoin  d'enfanter  et  d'élaborer  des  idées,  la  seule 
passion  de  sa  vie  ^  Rien  n'était  plus  cher  à  son  cœur  que  la 
certitude  de  se  sentir  bien  emmuré  et  barricadé  contre  les  assauts 
du  monde  extérieur.  Au  fond,  dit-il  dans  une  lettre  à  Mptherby 
(7  mars  18 10),  tout  homme  est  un  monde  à  lui,  séparé  des 
autres.  Il  réussit  si  bien  à  isoler  son  monde  qu'il  put  se  croire 
lui-même  une  île  au  milieu  de  l'océan.  Gœthe,  dans  sa  vieillesse, 
souhaitait  aussi  une  vie  solitaire  ;  ce  n'est  que  dans  les  cœurs  soli- 
taires que  naissent  les  pensées  hautes  et  profondes  ;  mais  Gœthe 
n'appréciait  pas  l'isolement  de  Humboldt,  il  voulait  un  Mont- 
serrat  peuplé  non  seulement  d'ermites,  mais  aussi  de  savants,  de 
poètes  et  d'artistes,  un  Montserrat  qui  renfermât  l'élite  de  l'huma- 
nité. Les  lettres,  les  sonnets  de  Humboldt,  sont  autant  d'aveux 
intimes  *.  Rassurez-vous,  écrit  le  philosophe  à  Charlotte,  une  vie 
retirée,  tranquille  et  satisfaite  est  le  bonheur  suprême  auquel 
l'homme  puisse  aspirer.  Ce  n'est  que  dans  le  recueillement  que 
la  vie  intérieure  acquiert  toute  sa  puissance.  Un  sonnet  a  pour 
titre  :  Société  d'élite  (Œuvres,  II,  377).  Cette  société,  sachez-le 
bien,  c'est  Guillaume  de  Humboldt  lui-même.  Il  voulait  se  suf- 
fire à  lui-môme  et  il  savait  le  faire  :  «  Mon  bonheur  ne  fleurit 
que  dans  mon  âme.  Loin  de  moi  les  intrigues,  les  affaires,  les 
ennuis  de  ce  monde.  Semblable  au  disque  de  la  lune,  voilé  pen- 


î.  Sur  ce  besoin  de  solitude,  voir  T.  Distel,  Aus  fV.  von  Humboldts  leliten 
Lebensjahren,  Leipzig,  1883,  p,  35. 

2.  Alexandre  de  Humboldt  avait  bien  reconnu  quelle  lumière  profonde  les 
sonnets  de  son  frère,  souvent  si  décousus,  choquants  dans  la  foï'mc,  donnaient 
sur  sa  vie  intime  et  sa  pensée.  Voir  L.  von  Trost,  Bnefe  Al.  voti  Huinbolât  an 
Kônig  Maximiliany  II,  dans  la  }^eue  Freie  Presse,  1894,  n©*  X0795-96. 


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GUILLAUME   DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  21 3 

dant  la  nuit,  je  veux  moi  aussi  me  soustraire  aux  regards  curieux 
des  hommes.  » 

Sa  solitude  explique  sa  force.  En  effet,  détachez-vous,  détour- 
nez-vous du  monde,  faites  que  son  bruit  assourdissant,  ses  pas- 
sions, ses  amertumes,  ses  haines  ne  parviennent  pas  jusqu'à  vous, 
et  vous  sentirez  doubler  vos  forces  ;  toute  ressource  viendra  de 
votre  âme,  les  désirs  inassouvissables  s'émousseront  ;  vous  ne 
puiserez  plus  en  dehors  de  vous-même,  mais  vous  puiserez  à  la 
source  du  bonheur  véritable.  Ce  bonheur  en  dehors  de  nous, 
n'est-il  pas  un  fantôme?  Mille  fois  Humboldt  vous  le  répète.  La 
grandeur  de  l'homme  est  toute  dans  son  intérieur.  Les  seules 
joies  sont  celles  qui  jaillissent  de  l'intérieur.  Peu  importe  que 
l'homme  ait  telle  ou  telle  destinée  en  partage  ;  ce  qui  importe, 
c'est  d'accorder  sa  condition,  due  au  hasard,  avec  sa  vie  intérieure. 
La  destinée,  s'écrie  Humboldt  dans  ses  strophes  écrites  à  Albano 
et  adressées  à  son  frère,  la  destinée  ne  nous  a  point  dressé  un  lit 
de  roses  ;  c'est  au  fond  de  notre  âme,  c'est  dans  notre  résignation 
tenace,  dans  l'action  décidée  que  notre  bonheur  prend  sa  source. 
Le  malheur  même  n'est  pas  une  douleur,  le  bonheur  n'est  pas 
toujours  de  la  joie  ;  celui  qui  remplit  sa  mission  dans  la  vie  voit 
sourire  les  deux  '  :  «  En  me  soumettant  docilement  à  mon  sort. 


1.  A  force  d'appuyer  sur  les  moyens  infaillibles  pour  atteindre  lé  vrai 
bonheur  dans  la  vie,  Humboldt  avait  réussi  à  convenir  son  amie  intime  :  «  J'ai 
reconnu,  écrit  Charlotte  Diede  en  octobre  1832,  que  le  bonheur  n*est  que 
dans  le  désir.  Cest  sur  notre  fortune  que  nous  pouvons  fonder,  en  tout  temps, 
notre  véritable  bonheur.  «Voir  A.  Piderit  undO.  Hartwig,  Charlotte  Diede  ^  dit 
F reuitdiniHmW.v.  Humboldt.  Lebensbeschreibuttgund  Bneje^  Halle  y  1884,  p.  366. 
—  «  Ueberhaupt  kommen  mir  die  gewôhnlichen  Phrasen  im  Leben,  die  von 
Gluck  und  Unglûck,  am  aller  komischesten  und  unwahrsten  vor.  Ich  kenne 
das  Unglûck  nicht,  dem  nicht  eine  eigne  Sûssigkeit  beigemischt  wâre,  und  das 
Glùck  nicht,  das  mit  der  ganzen  Gestalt  hinùbergebeugt  in  die  unsicheré 
Zukunftoder  die  unerreichbare  Ideenwelt  mehrals  die  àusserstcFussspiize  auf 
die  Wirklichkeit  des  Moments  aufeetze.  Die  Wahrheit  ist,  dass  das  Leben  mit 
gleicher  Gôlterkunst  durch  Lust  und  Schmcrz  fùhrt,  und  der  Mensch  der  seine 


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214  ARTURO   FARINELLI 


dit-il  encore  dans  un  sonnet  \  je  Êds  de  ma  vie  mon  berceau^ 
mon  âme  ne  voit  point  s'élever  d'orages,  je  n'ai  point  le  désir 
de  l'inaccessible,  je  ne  souhaite  pas  autre  chose  que  ce  que  j'ai 
par  moi-même.  »  C'est  ainsi  qu'on  s'arme  contre  toute  sorte  de 
désappointements.  Si  la  douleur  vous  surprend,  accueillez-la  avec 
bienveillance  dans  votre  cœur.  Elle  vient  à  vous  sans  gronder  : 
«  Même  la  douleur,  écrit  Humboldt  à  Caroline  de  Wolzogen 
(1829),  et  surtout  la  douleur,  a  une  force  grande  et  purifiante, 
une  douceur  inexprimable,  lorsqu'elle  grimpe  comme  le  lierre 
autour  du  cœur.  »  Dire  que  Humboldt  ait  recherché  la  douleur 
comme  moyen  particulier  de  contentement,  ce  serait  aller  trop 
loin.  La  douleur  se  dissolvait  pour  lui  en  une  douce  mélancolie, 
n  aimait,  il  caressait,  il  retenait  vivement  chez  lui  celte  mélan- 
colie, préférable  parfois  au  bonheur  lui-même.  Dans  une  lettre  à 
Motherby  (7  mars  18 10)  il  appelait  cet  état  de  l'âme  d'un  mot 
intraduisible  :  «  Ruhe  der  Wehemuth.  » 

Ainsi  s'écoula  une  vie  toujours  jeune  et  des  mieux  remplies. 
Ni  Tâge,  ni  le  malheur  ne  ternirent  ce  cristal  de  diamant.  La 
mort  survint.  Elle  aussi  fut  douce.  Humboldt  tenait  à  la  vie,  sans 
craindre  la  fin.  Lorsqu'on  parvient  au  bord  étroit  de  la  vie,  disait- 
il  encore  à  la  fleur  de  l'âge  dans  une  chanson  à  Schiller  *,  et  que 
notre  regard  erre  dans  l'au-delà  incertain,  lorsque  la  mort  plane 
autour  de  nos  lèvres  pâlies,  que  toutes  les  charmantes  figures  du 
pas^é  lointain  puissent  alors  tendrement  et  doucement  persister 
un  instant  encore  ;  revenez,  douces  joies  de  l'enfonce,  reviens,  pre- 
mier baiser  d'amour,  exaltation  d'une  jeunesse  vite  passée,  flot- 
tez, voltigez  encore,  tendres  images,  reproduisez  une  dernière  fois 


Geheimnisse  versteht,  aus  beiden  mit  gleicher  Dankbarkeit  und  gleicheni 
Erfolge  schôpft  »  (Lettre  à  Thérèse  Huber,  Rome,  20  novembre  1805,  Neue 
Freie  Presse^  1897,  n«>  11777). 

1.  SUUe  Ergebun^y  Œuvres,  VI,  602. 

2.  Voir  A.  Leitzmann,  Zu  W.  von  Humboldi.  Zum  Briefwechsel  mit  Schiller, 
dans  le  Enphorion,  III,  73. 


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GUILLAUME  DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  21 5 

aux  sens  presque  éteints  du  mourant  la  vie  dans  la  pléni- 
tude de  ses  jouissances.  Il  n'y  a  que  la  force  active  d'une  vie  dans 
sa  plénitude  qui  puisse  engendrer  une  vie  nouvelle.  —  Dans  le 
ravage  inexorable  du  temps,  qu'y  a-t-il  de  sauvé  poux  T homme? 
Rome  vous  montrera  la  poussière  des  siècles  qui  s'entasse. 
Tout  ce  que  la  terre  a  vu  de  grand  tombe  sous  les  grands  coups 
de  hache  de  la  destinée.  Tout  est  entraîné  dans  le  gouffre  du 
temps.  L'esprit  seul,  l'esprit  caché  dans  les  profondeurs  n'est 
point  détruit,  il  défie  les  âges  qui  s'envolent.  La  religion  de 
Humboldt  n'était  ni  dans  les  dogmes  de  l'Église,  ni  dans  le  culte 
d'une  divinité  quelconque  ;  l'au-delà,  l'infini  exerçait  sur  son 
âme  un  attrait  mystérieux  ;  sans  être  religieux  il  pouvait  compter 
parmi  les  dévots,  comme  il  l'écrit  une  fois  (avril  i8i  3)  à  Motherby. 
Il  a  vécu  au  fond  éternellement  dans  une  idée.  Sa  religion 
est  toute  esthétique.  Le  symbole  de  la  divinité  est  le  beau. 

Comment  Schiller  a-t-il  pu  se  tromper  si  grossièrement  à 
l'égard  de  son  ami  en  1790  ?  (Lettre  à  Caroline  v.  Beulwitz).  Il 
le  connaissait  fort  peu  alors.  Il  lui  attribuait  beaucoup  de  sur- 
face, mais  peu  de  profondeur,  un  esprit  riche  en  connaissances, 
noble  et  actif,  mais  point  calme;  le  calme  de  l'âme  surtout,  qui 
permet  de  s'attacher  à  une  chose  avec  amour  et  de  l'envisager 
sous  toutes  ses  faces,  aurait  fait  défaut  à  Humboldt.  Il  n'a  pas 
ÉiUu  beaucoup  de  temps  et  une  vive  amitié  pour  modifier  ce 
jugement.  Il  n'est  pas  possible  aujourd'hui  de  songer  à  Schiller 
et  à  Gœthe  sans  voir  Guillaume  de  Humboldt  placé  au  milieu 
d'eux  :  «  Plus  je  connais  Humboldt,  disait  Gœthe  à  Eckermann 
en  1826  (11  décembre),  plus  je  l'admire,  plus  il  m'étonne.  En 
savoir,  en  variété  de  connaissances,  il  est  sans  pareil.  Frappez  où 
vous  voudrez  chez  lui,  et  vous  serez  accablé  des  trésors  de  son 
esprit.  C'est  une  fontaine  à  plusieurs  robinets  :  nous  n'avons  qu'à 
placer  des  vases  dessous,  aussitôt  la  liqueur  coulera  abondante, 
rafraîchissante.  »  Alexandre  de  Humboldt,  qu'une  vie  plus 
longue,  des  œuvres  plus  vastes  et  plus  vantées,  et  sur- 
tout un  long  séjour  en  France   ont    rendu  plus  célèbre    que 


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2l6  ARTURO   FARIKELLI 


Guillaume,  voyait  en  son  frère  le  reflet  dé  la  fleur  de  l'huma- 
nité antique  parvenu  jusqu'à  nous  à  travers  les  siècles.  Oui, 
il  avait  Tâme,  l'esprit,  la  largeur  des  idées,  le  calme,  l'harmonie, 
le  bonheur  des  anciens.  A  l'époque  où  il  vécut,  de  nos  jours 
surtout,  il  peut  paraître  une  anomalie.  Il  avait  un  pied  dans  le 
siècle  de  Périclès  et  l'autre  dans  le  nôtre.  Il  a  été  peut-être 
l'homme  de  son  temps  qui  a  eu  le  plus  d'idées.  Certainement  il 
les  a  eues  plus  nettes  et  plus  claires  que  tous  ses  contemporains. 
Si  l'on  peut  parler  de  lutte  chez  lui,  qui  n'eut  jamais,  à  vrai  dire, 
aucun  combat  à  soutenir,  c'est  qu'il  lutta  toujours  pour  le  besoin 
de  clarté.  Ses  lumières  ont  vivifié  la  science.  La  science,  non 
pas  sans  doute  telle  qu'elle  est  comprise  et  pratiquée  par  quelques 
travailleurs  de  nos  jours,  cantonnés  dans  un  coin  imperceptible 
du  savoir  humain,  n'est-elle  pas  une  sorte  de  poésie  grandiose, 
la  seule  consolation  réelle  pour  cette  pauvre  race  humaine  si 
tourmentée  et  si  bouleversée  ? 

L'Espagne,  car  c'est  bien  pour  l'Espagne  que  j'écris  cette  étude, 
trop  empressée  à  reconnaître  et  à  exalter  les  mérites  des  étrangers 
qui  ont  travaillé  pour  elle,  doit,  à  bien  des  égards,  une  grati- 
tude profonde  et  durable  à  la  mémoire  de  Guillaume  de  Hum- 
boldt.  Loin  de  tomber  dans  les  exagérations  puériles  des  roman- 
ciers et  des  poètes,  qui  ont  plaisamment  étalé,  dans  des  ouvrages 
de  pure  fantaisie,  leur  suprême  ignorance  sur  tout  ce  qui  con- 
cerne l'histoire  et  les  mœurs,  le  passé  et  le  présent  de  l'Espagne, 
loin  d'admirer  aveuglément  ses  poètes  et  ses  artistes,  comme  le 
faisaient,  par  caprice  et  par  mode,  les  romantiques  allemands, 
rêveurs  idéalistes  de  jardins  tropicaux  imaginaires  que  l'Espagne  n'a 
jamais  possédés  ',  loin  de  nous  accabler  de  mémoires,  de  souve- 
nirs  et  de  descriptions  banales,  répétées  avec  une  prodigalité 


Éin  Zaubergarteitliegt  im  Meeresgrunde; 
Kein  Garten,  nein,  aus'kùnstltchen  Ktystallen 
Ein  Wunderschloss,  wo  blitzend  von  Metallen 


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'^^m^m^^^t, 


GUILLAUME    DE   HUMBOLDT   ET   L  ESPAGNE  217 

effrayante  par  les  voyageurs  impressionnistes  dans  leurs  volumes 
inutiles,  Humboldt,  qui  a  consacré  une  partie  bien  minitoe 
de  sa  vie  à  Tétude  de  l'Espagne,  a  laissé  sur  ce  pays  des  notes 
dignes  en  tout  de  considération  et  d'étude.  D  a  vu  juste  et  loin 
en  beaucoup  de  choses,  sans  prétendre  en  éclaircir  d'autres 
qu'il  n'avait  ni  examinées,  ni  étudiées  ;  il  a  senti  comme 
peu  d'Allemands  le  charme  de  la  nature  de  l'Espagne,  là 
où  elle  est  vraiment  admirable  ;  il  a  reconnu  (hélas  !  comment 
ne  point  le  reconnaître)  la  décadence  inévitable  à  laquelle 
l'Espagne  était  en  proie,  mais  il  n'a  pas  ri  des  déchus,  il  n'a 
pas  jeté  de  pierres  à  ceux  qui  étaient  tombés,  comme  ont  coutume 
de  le  faire  aujourd'hui  certains  hispanisants  pessimistes.  Une 
nation  ne  peut  être  toujours  dans  une  voie  ascensionnelle.  Par- 
fois sa  marche  est  rétrograde.  Mais,  aussi  longtemps  qu'elle  dis- 
pose de  forces  vitales,  ne  désespérons  point.  Conseillons-lui  de 
penser,  d'agir,  de  secouer  la  paresse,  de  profiter  des  dons  naturels, 
de  cultiver  les  esprits.  Enfin  Humboldt,  avec  son  livre  sur  les 
Basques,  a  jeté  des  lumières  nouvelles  sur  les  âges  préhistoriques 
de  l'Espagne.  Après  tant  de  détours  on  en  est  encore  aux  idées, 
aux  conclusions  de  Humboldt.  Que  l'Espagne  grave  son  nom  à 


Die  Bâumchen  sprossen  aus  dem  lichten  Grunde. 


F.  Schlegel,  sonnet  à  Calderon. 

Orangen,  Tuberosen,  Volkamerien, 
Umdufteten  des  Sùdens  offne  Porte. 
Scheu  trat  ich  ein,  doch  weit  zum  Wunderorte, 
Lockt  Goldfrucht  hin,  als  in  ein  neu  Hesperien  ; 
«  Gegrûsst  »  schien  mirs  zu  tônen,  «  in  Iberien  ! 
O  komm,  hier  ruh*n  in  Blùthen  noch  die  Horte 
Lieb',  Ehre',  Treu*,  etc.,  etc. 

Zum  ^eilen  Theil  meims  Calderon, 

Ernst  Friedrich  Georg  Otto  von  der  Malsburg,  Poetischer  Nachîass  und  Umrisse  aus 
seinem  innern  Leben,  von  P.  C.  Cassel,  1825,  p.  65. 


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ARTURO   FARINELLI 


de  ceux  des  grands  hommes  qui  l'ont  étudiée  et  aimée  sans 
gés  et  sans  flatterie.  Qu'elle  garde  son  souvenir,  et  surtout, 
ue  les  études  allemandes  auront  fait  là-bas  quelques  progrès, 
le  tâche  de  lire  et  de  méditer  sérieusement  ses  ouvrages. 


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APPENDICE 


GOETHE     ET     L'ESPAGNE 

ESaUISSE 

Sans  s'exposer  aux  désagréments  infinis  d'un  voyage  au  pa 
du  chevalier  de  la  Manche,  sans  même  bouger  de  sa  chambi 
Gœthe,  lui  aussi,  a  fait  son  voyage  en  Espagne;  il  l'a  fait  me 
talement,  à  travers,  les  livres  d'autres  voyageurs  et  les  lettres 
Guillaume  de  Humboldt.  «  Tout  ce  que  l'on  apprend  d'un  an 
qui  a  les  mêmes  penchants  et  les  mêmes  goûts,  disait  le  gra 
poète,  équivaut  à  faire  soi-même  les  expériences  qu'il  a  faites. 
Laissons  donc  rouler  la  voiture  sur  les  méchants  pavés  des  villi 
dans  les  rues  des  vilbges  abandonnés,  au  milieu  des  plair 
monotones  et  des  déserts  de  l'Espagne,  laissons  les  chevaux 
les  mules  gravir  pentes  et  ravins  :  les  amis  ainsi  transportés 
province  en  province,  secoués,  cahotés,  épuisés  de  fatigue, 
tireront  d'affaire  comme  ils  pourront;  à  quoi  serviraient  do 
les  souvenirs,  les  récits  et  les  descriptions,  si  ce  n'était  à  s'il 
truire  et  à  se  délecter  sans  nullement  troubler  ses  aises  et  s 
repos  ?  » 


Dans  ses  drames  de  jeunesse,  Gœthe  avait  péché  plus  d'une  fi 
envers  l'Espagne.  De  même  que  les  dramaturges  et  les  roma 
ciers  allemands  de  son  temps,  le  grand  poète  ne  s'était  gui 
soucié  de  donner  une  peinture  fidèle  des  mœurs  étrangères, 
couleur  locale  était  tout  à  fait  secondaire  dans  le  drame  ;  l'esse 
tiel  c'était  la  vie  intérieure,  le  développement  des  caractères, 


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220  ARTURO   FARINELU 


vérité  psychologique.  L'homme  avec  ses  passions  et  ses  rêves, 
n'était-il  pas  le  même  en  Allemagne  que  partout  ailleurs?  Mais 
la  mode  voulait  qu'on  allât  chercher  ses  personnages  en  pays 
étranger.  Il  allait  de  l'illusion  au  public,  des  noms  étranges  et 
sonores,  des  aventures  romanesques  et  tragiques,  qui  devaient 
se  passer  dans  un  pays  plus  romanesque  et  plus  tragique  que 
l'AUemagne.  Qu'importait  si,  en  grattant  légèrement  la  surface 
de  ces  Grecs,  de  ces  Italiens,  de  ces  Espagnols,  de  ces  Maures 
qu'on  introduisait  sur  la  scène,  on  rencontrait  bien  vite  des  per- 
sonnages pensant  et  agissant  tout  à  fait  à  l'allemande  ? 

Le  public  n'aimait  pas  à  se  contempler  lui-même  sans  masque, 
et  en  flattant  ses  goûts,  on  était  sûr  de  ne  pas  manquer  son 
effet.  C'est  ce  que  Voltaire  savait  fort  bien  en  faisant  grand 
étalage  de  peuples  étrangers  sur  la  scène  française.  La  mode 
tyrannisait  les  esprits  de  telle  sorte  que  Schubart,  le  poète 
patriote  bien  connu,  dans  un  article  du  Schwàbischer  Magai^in  de 
1775,  se  sentit  autorisé  à  défendre  au  «  génie  »  allemand  de 
transporter  la  scène  de  l'Allemagne  en  Espagne  ou  en  Grèce. 

Il  y  avait  donc  de  l'Espagne,  et  en  abondance,  dans  les  récits 
et  dans  les  drames  allemands  du  temps  du  jeune  Gœthe,  une 
Espagne  toute  d'imagination,  aux  couleurs  noires  et  sombres, 
une  Espagne  aux  tragédies  poignantes,  l'Espagne  intolérante 
et  fanatique,  l'Espagne  de  l'exécrable  Inquisition.  QjLie  de 
ressources  dramatiques  pouvait  fournir  cette  Espagne  aux 
bouillants  et  orageux  «  Stùrmer  und  Drânger  »  !  Ceux-là  pré- 
féraient la  brosse  au  pinceau  pour  peindre  leurs  tableaux  ;  ils  tra- 
vaillaient avec  une  fougue  et  une  impétuosité  tout  à  fait  sha- 
kespeariennes, avec  une  imagination  qui  ne  savait  pas  se  conte- 
nir. Les  Espagnols  étaient  d'excellents  sujets  pour  peupler  leurs 
pièces;  ils  convenaient  à  merveille  pour  lancer  au  public  de 
grandes  tirades  patriotiques  et  humanitaires.  On  trouve  des 
Espagnols  et  des  tableaux  de  la  vie  espagnole  chez  Lenz,  chez 
Klinger,  chez  Leisewitz,  chez  d'autres  encore.  On  a  toiue  une  col- 
lection de  types  espagnols  chez  Klinger,  depuis  la  pièce  Der 


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GŒTHE  ET   L  ESPAGNE  221 

Gûnsf litig, \t  ÙLUt^LStiquc  Simsone  GrisaldOy  jusqu'au  xom^in  Rafaël 
vonAqutllas  '.  Ces  types  sont  tous  sortis  de  rimagination  du  poète, 
comme  les  Espagnols  des  drames  de  Kotzebue  :  La  mort  de  Rollay 
PixarrOy  etc.  A  force  d'être  répétés,  ces  noms  romanesques  et 
retentissants  finissaient  par  s'imposer.  Schroeder,  dans  son  rema- 
niement du  Marchand  de  Venise  de  Shakespeare,  transformait  le 
prince  du  Maroc  en  un  Don  Rodrigue  de  Grenade.  Cette  légère 
couche  d'hispanisme,  qui  ne  touchait  point  à  la  peinture  des 
mœurs  nationales,  mettait  souvent  les  dramaturges  à  l'abri  des 
attaques.  Je  ne  crois  pas  qu'Henri  de  Kleist  ait  eu  beaucoup  à 
faire,  lorsque,  sur  l'avis  de  Wieland,  il  changea  en  1802  la  scène 
de  sa  tragédie  Die  Familie  Schroffenstein  en  substituant  l'Alle- 
magne à  l'Espagne.  Espagnols  ou  Allemands,  ils  se  valaient  évi- 
demment les  uns  les  autres,  ce  n'était  qu'une  affaire  de  noms  et 
souvent  une  simple  affaire  de  rythme.  Alvarez,  Alviero,  Alonso, 
Elvira,  Isabella,  Don  Diego,  Don  Pedro,  Don  Prado  (chez  Lenz), 
que  de  noms  charmants  pour  Toreille,  mais  combien  de  fois 
fallait-il  les  estropier  pour  satisfaire  à  l'impérieuse  nécessité  de  la 
rime!  Il  ne  faut  donc  pas  en  vouloir  au  Roderico  de  Klinger, 
puisque  la  mesure  du  vers  exigeait  ce  nom  cent  fois  à  la  place 
de  Rodrigo  ^. 

L'engouement  pour  l'Espagne  amena  avec  lui  l'inévitable  pro- 
duction des  petits  littérateurs,  spéculant  sur  le  goût  du  jour,  et 
fabriquant  à  qui  mieux  mieux  des  romans,  des  nouvelles,  des 


1.  Cest  au  Rafaël  von  Aquillas,  de  Klinger,  que  Schack  doit  son  premier 
intérêt  pour  la  civilisation  des  Arabes  en  Espagne.  Il  Tavoue  lui-même  dans  ses 
Mémoires.  Ce  roman  «  hat  mcinen  Gedaiiken  wohl  die  erste  Richtung  auf  das 
arabische  Spaniengegeben-und  mich,  da  ich  bei  den  europaîschen  Schriftstel» 
lern  nur  so  mangelhafte  und  unzuverlàssige  Nachrichten  darûber  fand, 
veranlasàt,  das  Arabische  zu  lemen  ».  Ein  halbes  JaJTrhuttdfrt,  Stuttgart,  1888, 
III,  114.  —  Aquillas,  oder  Tugend  gegen  VerhàngnisSy  est  le  titre  d^une  tragédie 
en  4  actes,  de  Karl  Theodor  Beil  (Mannheim,  18 19). 

2.  Voir  M.  Rieger,  F.  M.  Klinger,  sein  Leben  und  seine  IVerke,  Darmstadt, 
1896,  II,  150. 


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211  ARTURO   FARINELLI 


drames  tout  pleins  de  détails  de  la  vie  espagnole,  et  que  la  pos- 
térité ne  tarda  pas  à  juger  à  leur  juste  valeur  en  les  ensevelissant 
dans  un  étemel  oubli. 

L'honneur,  Tamour,  la  jalousie,  la  haine,  la  vengeance  des 
Espagnols,  voilà  de  grands  ressorts  dramatiques  pour  un  poète 
tel  que  Goethe,  qui  venait  d'écrire  Werther  et  Gœt:^, 

Son  Clavigo  nous  amène  en  Espagne  et  déroule  à  nos  yeux 
une  émouvante  tragédie  d'amour.  Mais  les  caractères,  les  situa- 
tions de  ce  drame,  ne  pourrait-on  pas  les  retrouver  aussi  bien 
partout  ailleurs  qu'en  Espagne  ?  N'exigeons  pas  de  Gœthe  une 
peinture  tant  soit  peu  fidèle  des  mœurs  de  l'Espagne.  Il  n'en 
voulait  point  donner  lui-même;  il  n'a  nul  souci  de  la  couleur 
locale,  il  écrit  avec  fougue,  avec  la  fougue  d'un  Lope  de  Vega, 
le  cœur  à  la  main  ;  il  mêle  ses  idées  et  ses  passions  aux  idées  et 
aux  passions  des  protagonistes  de  la  pièce  ;  il  néglige  les  acces- 
soires inutiles  qui  formaient  l'essentiel  dans  les  «  comédies  » 
espagnoles  :  les  voyages,  les  intrigues  de  cour,  les  petites 
querelles,  etc.  En  puisant  aux  sources  profondes  de  l'âme 
humaine,  il  a  su  créer  un  drame  vivant  et  humain. 

Les  Mémoires  de  Beaumarchais  firent  fortune  en  Allemagne. 
On  les  lisait  partout  avec  le  même  intérêt,  à  Vienne  comme  à 
Francfort.  Jacobi  les  traduisit  en  partie  en  1774  P^^^  ^^  journal 
de  Wieland  *.  C'est  à  ces  Mémoires  qu'est  dû  le  Clavigo  de 
Gœthe.  Ceux  qui  croient  encore  que  le  texte  de  Beaumarchais 
est  entré  en  bonne  partie,  et  souvent  littéralement,  dans  le 
drame  de  Gœthe,  n'ont  qu'à  lire  le  récit  français  à  côté  de  la 
pièce  allemande,  pour  juger  de  l'étendue  et  de  la  valeur  des 
emprunts  *.  Huit  jours  ont  suffi  pour  transformer  ces  Mémoires 


I.  Fragment  einer  Reise  nach  Spanien.  W.  S.  J.  Teutscher  Merkur^  août  1774, 
pp.  153-213. 

'  2.  La  comparaison  du  drame  avec  sa  source  a  été  faite,  après  Risch,  par 
Wasserzieher,  Gœlhi  s  Clavigo  und  seine  Qiuîley  dans  les  Berichte  desfreUn  deut- 
schen  Hochstifts.  Frankf.  a.  M.,  N.  F.,  IV,  329  ss. 


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GŒTHE   ET   L  ESPAGNE  223 


d'Espagne  en  un  drame  des  plus  poignants  du  répertoire  alle- 
mand. Mais  les  personnages  que  Goethe  met  en  scène  n^ont  rien 
de  l'Espagne  traditionnelle.  Marie,  la  véritable  héroïne  de  la 
pièce,  n'a  point  été  espagnolisée  du  tout  dans  la  terre  ensoleillée 
de  son  amant  infidèle  ;  on  ne  la  croit  guère  lorsqu'elle  s'écrie  : 
«  Je  pourrais  haïr  Clavigo,  lorsque  l'esprit  espagnol  m'envahit  », 
tant  elle  est  loin  de  la  véritable  haine,  tant  elle  persiste  dans 
son  amour,  dans  ses  sentiments  délicats  et  profonds,  tant  elle 
est  résignée  à  son  rôle  de  victime  ;  on  lui  en  voudrait  plus  d'une 
fois  de  ménager  si  généreusement  Clavigo  ;  on  lui  souhaiterait 
même  le  poignard  vengeur  que  la  femme  espagnole  des  poètes 
romantiques  français  savait  si  bien  manier  à  l'occasion.  Buenco 
pourrait  se  flatter  de  représenter  dignement  la  classe  bourgeoise 
de  Madrid.  C'est  un  brave  homme  aux  principes  inébranlables, 
qui  se  méfie  avec  raison  de  ses  semblables.  Il  a  l'air  mélanco- 
lique ;  la  vie  ne  lui  cause  que  des  désappointements  et  des  mal- 
heurs. Mais  Clavigo  (ce  nom  devait  plaire  davantage  aux  Alle- 
mands que  Clavijo),  quel  Espagnol  à  montrer  sur  la  scène  !  On 
oublie  bien  vite  ce  que  Carlos  assurait  de  lui  :  que  l'Espagne 
n'avait  guère  d'auteur  d'imagination  plus  puissante;  on 
oublie  l'écrivain  £icile  et  brillant  pour  ne  songer  qu'à  son  carac- 
tère, ou  plutôt  à  son  manque  de  caractère,  au  jeu  impitoyable 
qu'il  prenait  de  l'amour  de  sa  pauvre  Marie.  Sa  fin  tragique,  si 
différente  de  la  fin  du  Clavijo  véritable  *  le  rehausse  à  nos  yeux, 
ce  qui  n'empêcha  pas  cependant  les  autorités  allemandes  de  Ham- 
bourg de  défendre  une  fois,  en  janvier  1803,  la  représentation  de 
la  pièce,  par  égard  pour  les  Espagnols  qui  séjournaient  alors 
dans  la  ville.  Beaumarchais,  qui  a  fait  époque  dans  l'histoire  du 


I .  Clavijo  a  souvent  entendu  parler  à  Madrid  de  la  mort  tragique  qu'on  lui 
infligeait  sur  la  ecène  des  ^éâtre^  allemand».  Le  récit- d'une  visite  de  Rist  à 
Clavijo,  alors  octogénaire,  a  été  reproduit  par  E.  Schmidt  dans  son  article  : 
Clavijo,  BeauinarciniSy  Goethe ,  dAus  Vont  Fels  ^um  Meer,  189},  p.  311.  Voir 
Revista  critica^  II,  8. 


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224  ARTURO   FARIKELU 


théâtre  Crançais,  a  méconnu,  par  caprice  ou  par  ignorance^  la 
valeur  du  drame  de  Goethe.  Il  préférait  la  pièce  analogue  et  insipide 
de  Marsollier  de  Vivetières,  et  il  assurait  que  «  Tallemand  avait 
gâté  l'anecdote  de  mon  mémoire  en  la  surchargeant  d'un  com- 
bat et  d'un  enterrement,  additions  qui  montraient  plus  de  vide 
de  tête  que  de  talent.  » 

L'Espagne  de  VEgmont  est  bien  différente  de  l'Espagne  de 
Clavigo,  Nous  passons  avec  Egmoni  à  l'Espagne  sombre,  fana- 
tique, sanguinaire,  l'Espagne  du  duc  d'Albe  et  du  roi  taciturne. 
Le  contraste  entre  Hollandais  et  Espagnols,  entre  le  peuple  des 
Pays-Bas  qui  jouit  paisiblement  de  la  vie,  et  la  soldatesque  et 
les  fonctionnaires  espagnols,  graves  et  mornes,  qui  obéissent 
aveuglément  aux  ordres  du  tribunal  suprême,  le  contraste  entre 
Egmont  et  son  tyran  despotique,  le  duc  d'Albe,  donne  au  fond 
du  tableau  un  relief  marqué  et  frappant.  C'était  à  dessein  que 
Gœthe  peignait  ici  l'Espagne  en  noir.  La  pièce  était  achevée  dans 
ses  grandes  lignes  en  1775,  une  année  après  Clavigo.  Les  modi- 
fications que  Gœthe  y  apporta  en  1787  n'ont  touché  ni  au  fond 
de  l'action,  ni  aux  scènes  populaires  ;  elles  n'ont  fait  que  compléter 
et  approfondir  la  caractéristique  des  personnages,  surtout  celle 
d*Egmont.  Les  grandes  et  petites  entorses  que  Gœthe  donne 
à  l'histoire  ne  rabaissent  nullement  le  mérite  de  son  drame. 
Gœthe  puisait  à  peu  près  aux  mêmes  sources  historiques  que 
Schiller  lorsqu'il  écrivit  sa  Geschichte  des  Abfalls  der  vereinigten 
Niederlande  \  Ces  sources,  sauf  Strada,  prenaient  parti  pour  les 
Pays-Bas  contre  l'Espagne.  Le  drame  s'en  ressent  :  on  n'achè- 
vera, pas  sa  lecture,  on  ne  le  verra  pas  représenter  jusqu'au  bout 
sans  maudire  le  joug  abominable  des  Espagnols  dans  les  Pays- 
Bas.  Schiller  aurait  voulu  un  Egmont  plus„fidèleà  l'histoire,  un 
Egmont  père  de  famille,  comme  il  l'a  été  réellement.  Goethe,  en 


I.  Voir  E.  Guglia,DïV  historischen  Qtullenvon  Gc^ths  Egmmt^  dans  b  Zeit- 
fchrift  ftir  aUgemeine  GeschichUy  i%S6,  pp.  ^^4  ss. 


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GŒTHE  ET   L  ESPAGNE  225 


idéalisant  son  héros,  en  a  fait  en  même  temps  l'incarnation, 
plus  vive  et  plus  frappante,  de  son  peuple.  Il  est  Hollandais  jus- 
qu'au bout  des  ongles;  il  aime  la  vie,  il  tient  à  la  vie  avec 
autant  de  ténacité  que  le  prince  de  Homburg  de  Kleist;  le 
peuple,  qui  l'aime  éperdument,  le  juge  en  disant  :  «  Il  n'a  rien 
d'espagnol,  il  est  tout  à  fait  Néerlandais.  »  Les  Espagnols,  eux, 
armés  jusqu'aux  dents,  à  l'allure  grave  et  imposante  :  Carlos, 
Gomez,  «  der  gerade  Alonso  »,  «  der  feurige  Freneda  »,  «  der 
feste  Las  Vargas  *  »,  instruments  malheureux  de  la  violence  et 
de  la  tyrannie  du  duc  d'Albe,  infestent  le  pays.  A  Bruxelles,  où 
jadis  la  vie  et  les  mœurs  étaient  si  faciles,  tout  le  monde  porte 
du  plomb  autour  du  cou  ;  la  liberté  de  conscience  est  un  crime 
qu'on  expie  bien  vite,  on  n'est  en  sûreté  nulle  part,  il  faut  mesurer 
ses  paroles,  retenir  son  haleine.  Fernando,  l'ami  de  Egmom, 
est  le  seul  Espagnol  sympathique  de  la  pièce.  On  a  peine  à 
croire  qu'il  soit  le  fils  du  duc  d'Albe.  Celui-ci  est  «  un  vrai 
monstre  »,  «  un  dompteur  d'animaux  »,  au  dire  du  peuple.  Son 
avidité  et  sa  cruauté  sont  sans  bornes.  Egmont  seul  peut  lui  tenir 
tête  sans  trembler,  encore  paye-i-il  de  sa  vie  son  audace.  Jamais 
un  sentiment  de  pitié  n'a  pénétré  son  cœur.  C'est  «  une  tour  de 
bronze  sans  porte  ».  On  le  reconnaît  à  l'instant  à  son  visage 
jaunâtre  (gallenschwarz)  ;  son  ombre  est  partout.  Derrière 
ce  spectre,  on  voit  au  loin  un  autre  spectre  non  moins  terrible  : 
l'Espagne  tout  entière,  son  monarque  et  ses  inexorables  décrets. 
On  ne  sait  pas  trop  ce  que  Gœthe  lui-même  pensait  au  juste  de 
la  puissance  et  de  l'administration  du  roi  Philippe  IL  Egmont 
défend  une  fois  le  roi  contre  des  accusations  injustes  :  «  Par  Dieu, 
dit-il,  on  lui  feit  tort.  Je  ne  souffre  guère  qu'on  pense  mal  de 
lui.  »  Évidemment,  Gœthe  rappelait  ici  un  passage  de  V Histoire  de 
Belgique  de  Burgundius. 


1.  «  Die  spanischeaSoldaten  dûrften  die  stramme  Haltung  und  das  imposante 
Marschiren  in  Potsdam  gelernt  haben.  »  R.  M.  Meyer,  Gœthe^  Berlin,  1895,  I, 
192. 

Revue  hifpauijtu.  t  > 


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ARTURO  FARINELLI 


môme  que  le  Don  Carlos  de  Schiller,  VEgmont  de  Gœthe 
à  assombrir  le  tableau  que  les  Allemands  se  faisaient  de 
gne.  Qu'on  se  rappelle  encore  la  raide  et  froide  figure  de 
0  qui  paraissait  assez  fréquemment  sur  la  scène  allemande  : 

l'opposé  de  l'Espagne  facétieuse  et  humoristique  que 
entures  du  chevalier  de  la  Manche  et  de  son  écuyer  rappe- 
à  la  fantaisie  des  admirateurs  de  Cervantes.  Au  seul  nom 
îspagne,  on  sentait  comme  un  souffle  de  l'air  glacial  de 
rial,  et  il  a  fallu  bien  du  temps,  il  a  fallu  la  résistance  et 
olte  héroïques  des  Espagnols  contre  le  joug  de  Napoléon, 
qu'un  échange  d'idées  plus  actif,  plus  fréquent  et  plus 
î  entre  Allemands  et   Espagnols  pour  effacer  les  teintes 

de  ce  sombre  tableau. 

sque  en  même  temps  que  la  première  rédaction  de  VEg- 
en   1775,  Gœthe  achevait  aussi  Claudine  von  Villabellay 

qu'il  transforma  plus  tard  en  une  «  fette  Oper  »,  comme 
rit  le  14  mars  1788  à  Philipp  Seidl.  Sans  nul  eflfort 
jination  on  dirait  de  Claudine  que  c'est  une  nouvelle  pica- 
\  espagnole  dramatisée.  En  effet,  les  intrigues,  les  scènes 
ur,  les  duels,  les  travestissements  rappellent  à  chaque  in- 
les  mœurs  espagnoles,  telles  que  les  romanciers  et  les 
:s  desft  comedias  de  capay  espada  »  nous  les  ont  dépeintes  à 
i.  Gœthe  a  voulu  plus  tard  transporter  la  scène  en  Sicile, 
ile  et  l'Espagne  se  valent.  Les  noms  primitifs  :  Don  Sebas- 
Don  Crugantino,  Don  Pedro,  Don  Gonzalo  sont  bien 
lois;  le  paysage,  quoique  très  vague  et  indéterminé,  les 
nommées  dans  la  pièce,  Madrid  tout  d'abord,  Sarosa  (Sara- 
9,  Salanka  (Salamanca  ?)  rappellent  de  même  l'Espagne, 
jabondage  de  Crugantino  et  de  sa  troupe,  les.  actions  irré- 
is,  précipitées,  montrent  bien  qu'on  est  dans  un  pays  du 
où  la  vie  déborde  et  le  sang  bouillonne.  Le  poète  mêlera  à 
n  des  souvenirs  de  sa  vie,  il  donnera  à  ses  personnages,  à 
ntino  surtout,  ce  «  junger,  tôlier  Kopf  »,  un  peu  parent  de 

qui  trouve  insupportable  la  vie  monotone  et  insipide  de 


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GOETHE   ET   L  ESPAGNE  227 

la  société  bourgeoise,  quelques  gouttes  de  son  sang  et  quelques- 
unes  de  ses  idées. 

L'origine  primitive  de  cette  pièce  n'est  d'ailleurs  démentie 
nulle  part.  Crugantino  a  la  main  aussi  prompte  pour  tirer  Son 
épée  que  pour  jouer  de  son  instrument  favori.  La  guitare  est 
son  compagnon  inséparable,  son  plus  fidèle  ami.  Y  a-t-il  une  plus 
grande  joie  au  monde  que  de  pouvoir  chanter  et  jouer  à  loisir? 
Au  premier  dard  de  l'amour  qui  frappe  son  cœur,  en  plein  jour, 
sous  ce  soleil  si  beau  et  si  pur,  ou,  mieux  encore,  au  clair  de  la 
lune,  il  n'a  qu'à  toucher  les  cordes  de  son  instrument  pour  que 
l'inspiration  poétique  l'entraîne.  Les  galants  des  comédies  espa- 
gnoles, soupirant  et  chantant  à  la  «  reja  »  de  leur  bien -aimée, 
n'agissaient  pas  autrement  que  Crugantino.  D'autres  détails  :  le 
duel  des  deux  frères  qui  tardent  trop  à  se  reconnaître,  l'extase 
de  Claudine  aux  grilles  du  jardin,  les  fuites  et  les  poursuites 
sont  autant  de  preuves  du  coloris  espagnol  de  la  pièce.  Le  traves- 
tissement de  Claudine,  au  surplus,  sa  fuite  nocturne,  les  consola- 
tions qu'elle  porte  à  Don  Pedro  dans  sa  prison,  son  amour  à 
toute  épreuve  nous  font  souvenir  des  héroïnes  déguisées  et  vail- 
lamment résolues  de  beaucoup  de  nouvelles  espagnoles,  des 
drames  de  Lope  et  de  Tirso.  Même  le  langage,  plus  surchargé 
d'images  qu'à  l'ordinaire,  même  quelques  inconséquences 
psychologiques,  et  parfois  le  manque  de  causes,  doiit  les 
poètes  espagnols  ne  se  faisaient  point  scrupule,  montrent  qu'il 
feut  chercher  ailleurs  qu'en  Allemagne  la  source  de  Claudine. 

Quelle  est  donc  cette  source?  Je  regrette  infiniment  de  ne 
pouvoir  le  dire  avec  certitude.  Nombre  de  «  comedias  »  et  de 
nouvelles,  que  je  viens  de  lire,  présentent  quelques  traies  ana- 
logues, aucune  ne  présente  réunis  tous  les  épisodes  de  Claudine. 
Je  ne  crois  pas  que  l'imagination  de  Gœthe  ait  modifié  sensible- 
ment sa  source  primitive.  Goethe  a  suivi  de  près  sa  source,  qui 
aura  été  très  probablement  un  récit  français,  dérivé  d'une  nou- 
velle espagnole,  récit  qui  malheureusement  nous  échappe.  La 
France  a  souvent  servi  d'intermédiaire  entre  la  littérature  espa- 


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ARTURO   FARINELLI 


rature  allemande.  Tout  le  monde  sait  mainte- 
sources  Herder  a  puisé  son  Cid.  Wilmanns, 
Grimni,  Kippenberget  d'autres  savants  encore  ont 
ces  de  Claudine  y  la  prétendue  imitation  de  Cer- 
lit  songer  plutôt  aux  Novelas  exemplares  qu'au 
nais  Goethe  n'a  point  connu  les  Novelas  avant 
l'imitation  directe  ou  indirecte  du  libretto  de 
liment  du  Dissoluto  puniio  de  Goldoni,  ne  nous 
éterminer  la  source  véritable  de  la  petite  pièce 
ce  que  l'on  trouvera  tôt  ou  tard  dans  un  des 
elles  souvent  consultés  aux  temps  de  Gœthe  et 


aume  de  Humboldt  entreprit  son  voyage  en 
î  avait  la  tête  pleine  d'un  grand  projet  :  il 
ïc  Meyef  une  histoire  de  l'art  de  son  siècle  dans 
à  cet  effet  il  lui  fallait  des  matériaux.  Dans  ses 
et  à  Humboldt,  il  appelle  très  modestement  ce 
re  du  dilettantisme  dans  l'art  ^  Il  n'avait  alors 


5,  Ueher  Gœthes  Claudine  iK>n  Villa  Bella.  Im  Netten  Reich, 
Biedermann,  Gœthe- Forschungen,  1879,  pp.  29  ss.  ; 
ren  liber  Gathe,  1877,  pp.  2595.  ;R.  Kippenberg,  Ueber 
^illa  Bellay  Bremen,  1890.  Wilmanns  aurait  eu  beaucoup  de 
le  ((  Singspiel  »  de  Gœthe  de  la  légende  de  Don  Juan, 
de  le  faire  dans  son  étude  (p.  499)  :  «  Wie  Gœthe  dièse 
;onen  er  sonst  in  seinem  Schauspiel  darstellte,  davon  ein 

e  1799,  Gœthe  écrivait  encore  à  Knebel  {Briefe,  XIV, 
habe  ich  jetzt  mit  Meyer  die  Kunstgeschichte  des  gegen- 
ts  vor.  Erst  bis  auf  Mengs  und  Winckelmann,  dann  die 
en,  und  welche  Wendung  nach  ihnen  die  Sachen  genom- 


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GŒTHE  ET   L  ESPAGNE  22^ 


aucune  idée  de  l'art  en  Espagne.  Le  départ  de  Humboldt  pour 
ce  pays  venait  fort  à  propos  pour  remplir  de  grandes  lacunes 
dans  ses  connaissances.  Il  ne  manque  pas  d'en  tirer  profit.  Il  prie 
son  ami  de  prendre  note  de  tout  ce  qu'il  aurait  pu  lire  sur  l'art 
ancien  et  moderne,  voulant  savoir  au  juste  ce  qu'était  le 
«  Kunstkôrper  »  en  Espagne.  En  même  temps  il  s'occupe  d'his- 
toire naturelle,  il  voudrait  que  Humboldt  lui  rapporte  coûte  que 
coûte  une  espèce  d'émeraude  qui  ne  se  rencontre  qu'en  Espagne.' 
Nous  savons  comment  Guillaume  de  Humboldt  a  satisfeit  arf 
premier  de  ces  désirs.  Quant  au  second,  il  n'y  avait  d'autre 
émeraude  que  celle  du  musée  de  Herrgen  à  Madrid. 

Une  fois  l'intérêt  de  Goethe  pour  l'Espagne  éveillé,  il  y  rêve 
à  loisir.  Plus  qu'il  ne  rêve  il  s'efforce  de  connaître  et  de  com- 
prendre ce  pays  si  éloigné  et  si  étrange  :  «  J'ai  fouillé,  non  sans 
intérêt,  dans  plusieurs  descriptions  de  voyage,  »  écrit-il  à  son 
ami.  Quelles  étaient  ces  descriptions?  Il  n'est  pas  aisé  de 
l'établir  avec  certitude.  Il  aura  probablement  préféré  les  récits 
allemands  originaux  aux  traductions  qui  inondaient  déjà  alors 
l'Allemagne.  Il  aura  lu  les  deux  volumes  de  Kaufhold  et  sans 
doute  aussi  le  Voyage  de  C.  A.  Fischer,  que  Guillaume  de  Hum- 
boldt, dans  son  article  sur  le  Montserrat,  trouvait  fort  recom- 
mandable  par  ses  descriptions  fidèles  et  ravissantes  de  la  nature. 
Pourvenirenaideà  son  imagination,  Gœthe  place  une  carte  de 
l'Espagne  sur  la  porte  de  sa  chambre  :  «  C'est  ainsi  que  je  vous 
accompagne  dans  ma  pensée,  »  écrit-il  à  Humboldt,  «  j'espère 
avancer  peu  à  peu  avec  votre  guide.  »  Il  agit  de  même  sept  ans 
plus  tard,  lorsqu'il  reçoit  d'Alexandre  de  Humboldt  ses  premiers 
volumes  du  Voyage  équinoxial  ;  faute  de  cartes  et  de  dessins,  il 


men  haben.  Bey  der  beynah  fast  ganz  falschen  Richtung  unserer  Zeit  sind  viel- 
leicht  hîstOFÎsche  Darstellungen,  in--wekheit  man  den  Geist  und  die  Tricbe 
der  Nationen  in  den  verschiednen  Epochen  ùbersieht,  das  Nùtzlichsie.  »  Il 
n'est  pas  question  de  ce  vaste  projet  dans  l'étude  très  recomimndablc  de 
T.  Volbehr,  G(rtJ)e  und  die  bildeiuie  Kunst^  Leipzig,   1895. 


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230  ARTURO  FARINELLI 


trace  lui-même  un  croquis  fantastique  qui  aurait  dû  représenter 
les  montagnes  de  l'Europe  et  de  l'Amérique,  avec  les  limites  des 
neiges  étemelles  et  les  hauteurs  de  la  végétation  *.  Chez  ce  génie 
éminemment  clair,  le  plus  clair  et  le  plus  plastique  que  les  nations 
modernes  aient  jamais  possédé,  il  fallait  que  la  fantaisie  fût 
stimulée  au  moyen  de  gravures,  de  tableaux,  de  sculptures  de 
n'importe  quel  mérite.  Fort  souvent,  chez  lui,  le  mot  d'ordre 
vient  de  l'art,  la  poésie  ne  fait  que  le  suivre  et  l'interpréter.  Qui 
dira  la  foule  de  sentiments  et  d'émotions  puisés  aux  dessins 
souvent  grotesques  ou  insignifiants  que  Goethe  r^ardait  et 
rassemblait  avec  amour  et  passion  ? 

Le  9  août  1782,  Gœthe  écrit  à  M"*  de  Stein  :  «  Depuis  que  tu 
as  vu  la  cour  des  lions,  l'Alhambra  m'est  plus  cher,  car  je  peux 
m^y  promener  à  loisir  avec  toi.  »  Le  fameux  siège  de  Saragosse 
(1808- 1809),  qui  remplit  l'Europe  d'admiration  pour  les  Espa- 
gnols, laissa  aussi  sa  trace  dans  l'âme  de  Gœthe.  Les  journaux 
et  les  livres  ne  l'orientant  pas  assez,  il  va  à  la  bibliothèque  «  voir 
Grimaldi  et  les  plans  de  Saragosse,  »  comme  il  l'écrit  dans  ses 
Tagebùcher,  le  20  mars  1809  ^ 

Gœthe  lisait  les  récits  de  voyage  avec  moins  d'entraînement 
et  de  fougue  sans  doute  que  Schiller,  et  l'on  sait  fort  bien  que 
lorsque  Schiller  lui  communiqua  une  fois  (février  1798)  son 
projet  de  tirer  profit  des  nombreuses  descriptions  de  voyage  pour 
la  poésie  et  l'art  dramatique,  il  chercha  à  en  dissuader  son  ami  ; 
il  lui  écrivit  que  les  voyages  pouvaient  évidemment  offrir  quelques 
beaux  motifs  épiques,  mais  que  jamais  ils  ne  pourraient  servir  à 
la  poésie,  qui  exige  l'observation  directe,  immédiate,  l'identification 
sensuelle  avec  l'objet  que  l'on  décrit.  Cette  réserve  faite,  Gœthe 
trouva  aussi,  toute  sa  vie,  de  l'agrément  à  la  lecture  de  ces  descrip- 
tions qui  lui  montraient  le  monde  et  la  vie  des  diflférents  peuples 


1.  Voir  dans  GœtJje'Sy  Briefe,  XIX,  297,  la  leurc  du  3  avril  1807. 

2.  Gœthc's  IVerke,  III  Abt.,  vol.  IV,  p.  17. 


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GŒTHE   ET   L  ESPAGNE  23  I 


en  raccourci.  Il  y  voyait  im  miroir  de  la  civilisation  humaine  et 
de  sa  destinée  avec  ses  flux  et  reflux,  et  son  perpétuel  changer 
ment  selon  les  vicissitudes  de  la  fortune.  Il  a  beau  écrire  avec 
découragement,  le  4  mai  1802  :  «  Toutes  les  descriptions  de 
voyages  me  font  le  même  effet  que  si  je  regardais  dans  le  creux 
de  ma  main  »,  il  retourne  pourtant  à  ces  descriptions,  il  les  croit 
indispensables  à  ses  études  et  à  ses  considérations  ;  même  dans 
sa  vieillesse,  il  lui  en  coûte  de  s'en  séparer;  il  note  en  1820,  dans 
ses  Tag'  und  JahreS'HeftCy  que  les  événements  des  peuples  lointains 
l'intéressent  vivement,  que,  grâce  au  livre  de  Ehimont,  il  avait 
pu  se  transporter  au  milieu  des  troupes  marocaines  en  Afrique, 
que  le  Voyage  pittoresque  et  historique  de  P Espagne  de  Laborde,  dont 
la  première  panie  venait  alors  de  paraître,  l'avait  instruit  sur  les 
conditions  de  la  culture  ancienne  et  moderne,  qui  tantôt  s'élève 
et  tantôt  s'abaisse  \  Loin  de  détourner  Humboldt  de  décrire  à 
fond  sa  belle  promenade  en  Espagne,  il  approuve  son  projet,  il 
lui  écrit  en  novembre  1800  qu'il  avait  souvent  parlé  avec  Schiller 
à  ce  sujet,  et  que  Schiller  lui  aussi  avait  donné  son  approbation. 
Quelques  mois  auparavant,  Gœthe  écrivait  à  Schiller  que,  pour 
donner  une  base  empirique  à  ses  observations,  il  avait  com- 
mencé à  étudier  les  diflférentes  nations  de  l'Europe  :  «  Après  le 
voyage  de  Link,  j'ai  lu  encore  d'autres  livres  sur  le  Portugal,  et 
je  voudrais  maintenant  passer  à  TEspagne  ^.  » 

Il  y  passa  en  effet  à  l'aide  d'autres  livres,  et  surtout  à  Taide 
des  informations  de  Guillaume  de  Humboldt,  qui  excusait  la 
pauvreté  de  ses  lettres  par  l'obligation  où  il  était  d'écrire  à  la 


1.  tVerke,  Abt.  1,  vol.  XXXVI,  p.  176.  —  L.  Knebel,  l'ami  et  le  confident 
de  Gœthe,  était  aussi  grand  amateur  de  livres  de  voyages.  Voif  une  lettre  de 
Herder  à  lui  adressée,  dans  L.  Knebel,  Liter.  Nachîass,  II,  248. 

2.  Lettre  du  8  mars  1800.  —  J'ai  déjà  fait  remarquer  ailleurs  que  Gœthe 
nomme  ici  le  voyage  de  Link,  Bemerkungen  auf  einer  Reise  durch  Frankreichy 
Spanien  und  vor\ùglich  Portugal^  dont  les  deux  premiers  volumes  ne  parurent 
qu'en  1801,  à  Kiel.  Gœthe  a  peut-être  lu  l'ouvrage  en  manuscrit. 


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232  ARTURO  FARINELLI 


hâte,  au  milieu  des  désagréments  sans  nombre  du  voyage  :  «  Je 
ferai  de  mon  mieux,  écrit  Humboldt  à  Goethe;  votre  carte  de 
TEspagne  ne  doit  pas  rester  pendue  en  vain.  »  L'article  sur  le 
«  Montserrat  »  frappa  vivement  l'imagination  de  Goethe.  Dans 
une  lettre  du  15  septembre  1800,  qui  nous  est  parvenue  mutilée, 
et  dans  laquelle  le  poète  remerciait  son  ami  de  son  excellente 
étude,  il  assure  qu'il  avait  lu  le  chapitre  sur  le  Montserrat,  dans 
un  Voyage  en  Espagne^  sans  y  trouver  le  moindre  détail  intéres- 
sant ;  l'auteur  ne  doit  pas  avoir  visité  la  montagne  qu'il  décrit  \ 
Humboldt  ayant  prié  son  ami,  en  octobre  de  la  même  année,  de 
comparer  sa  description  du  Montserrat  avec  celle  de  l'Anglais 
Thicknesse,  ce  qu'il  n'avait  pu  faire  lui-même,  le  poète  s'em- 
presse de  consulter  ou  l'original  anglais  du  voyage  de  Thicknesse, 
ou  la  traduction  allemande,  et  il  écrit  le  19  novembre  à  Hum- 
boldt :  «  Vous  devez  absolument  lire  les  pages  que  Thicknesse 
a  consacrées  au  Montserrat  et  comparer  vous-même  sa  descrip- 
tion avec  la  vôtre  *.  »  Goethe  aima  longtemps  encore  ce  genre  de 
livres  sur  l'Espagne  et  le  Ponugal.  Le  25  mars  1801  il  envoie  à 
Schiller  le  Voyage  de  Link  :  «  Je  vous  envoie  une  description 


1.  Briefe^  XV,  104.  Goethe  ne  donne  pas  le  titre  de  ce  voyage.  Les 
Foyc^es  en  Espagne,  de  Swinbume,  de  Dillon  (traduit  en  allemand  par  Engel- 
brecht,  Leipzig,  1783),  de  Peyron  (traduit  en  allemand  en  1788),  ne  parlent 
que  très  sommairement  du  Montserrat. 

2.  La  faute  commise  par  Bratraneck  dans  l'impression  de  la  lettre  de  Hum- 
boldt (III,  170),  Thicknor  au  lieu  de  Thicknesse,  a  été  corrigée  dans  Tédit.  de 
Weimar  des  lettres  de  Gœthe  (XV,  332),  sans  que  les  correcteurs  se  soient 
donné  la  peine  de  consulter  le  voyage  en  question.  Le  Tour  de  France  (Loo- 
don,  1786)  qu'ils  nomment  n'a  rien  à  faire  ici;  il  fallait  dter  les  cfeux 
volumes  :  A  year^s  Journey  through  France  and  a  part  of  Spain,  London,  1777, 
dont  la  troisième  édition  avait  paru  en  1789,  et  une  traduction  allemande, 
en  1778  :  Philipp  Thicknesse,  Reisen  durch  Frankreich  und  einen  Theil  von 
Catalonien.  Ans  dem  Engîischen,  Haraburg,  Leipzig,  1778.  Les  lettres  20-28 
(pp.  98-136)  de  la  traduction  allemande  contiennent  cette  longue  description 
du  Montserrat  que  Goethe  avait  lue  avant  Humboldt, 


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GŒTHE  ET   L  ESPAGNE  233 


amusante  et  instructive  du  Portugal,  mais  qui  éveillera  difficile- 
ment en  vous  le  désir  de  visiter  cette  contrée.  »  Peu  de  jours 
après,  le  4  avril,  il  note  dans  ses  Tagebûcher  qu'il  a  lu  le  Tableau 
de  Lisbonne  de  Girrère.  Nous  savons  par  la  même  source  qu'il  a 
eu,  le  29  juillet  1803,  un  entretien  avec  un  voyageur  espagnol 
nommé  Escardini,dont  j'ignore  les  mérites  *  ;  qu'il  avait  lu,  dans 
l'été  de  1807,  les  rapports  sur  les  événements  de  Gibraltar  *  ;  qu'il 
s'intéressait,  en  1809,  à  la  révolution  d'Espagne,  au  siège  de 
Saragosse,  et  qu'à  la  même  époque  il  avait  repris  la  lecture  inter- 
rompue des  voyages  en  Espagne;  qu'il  lisait  Twiss  et  d'autres 
auteurs  qu'il  ne  nomme  point ';  que  Calderon,  dont  il  admira 
le  génie  peu  après  Guillaume  Schlegel,  lui  inspira  plus  d'une 
fois  le  désir  de  connaître  plus  à  fond  les  mœurs  étranges  de 
l'étrange  pays  d'Espagne;  qu'il  lut,  en  mai  18 12,  je  ne  sais 
trop  quelle  Histoire  du  Portugal  et  de  P Espagne  ^  ;  que,  vers  la 


1.  Tagebûcher,  fVerke,  III,  ^,  75.  D'une  lettre  à  F.  A.  Wolf,  du  5  sep- 
tembre 1805  (Brie/e,  XIX,  59),  il  résulte  que  Goethe  avait  lu  la  traduction 
allemande  de  Lemprieren,  Reise  von  Gibraltar  uber  Tanger  nach  Tarudant  und 
Marokko  (deutsch  von  Zimmemiaim),  Berlin,  1793  :  «  bin  Lemprieren  gem 
im  Geiste  nach  Marocco  gefoigt.  » 

2.  16  avril  1807  (III,  i,  259)  :  «  Franzoscn  und  Spanier  im  Garnison  (à 
Gibraltar)  zusammen  ertragen  sich  gut.  Die  Spanier  sprechen  in  ihrer  Sprache 
untereinander  von  Hùten.  Ein  Franzose,  dcr  es  nicht  versteht  und  dem  es  ver- 
dolmetscht  wird  :  t  Mais  qu'est-ce  que  ça  leur  coûterait  de  dire  chapeaux?»  — 
Le  ler  juin  1808,  Gœthe  parle  avec  Riemer  de  la  guerre  d'Espagne  :  «  Ueber 
Tische  von  Politicîs  —  dass  Napoléon  mit  Spanien  fertig  sei.  »  Biedermann, 
Gœthe* s  Gespràche,  II,  211. 

5.  Tagebûcher,  III,  4,  30.  Le  20  mai  1809,  Gœthe  enregistre  :  Reisebe- 
schreibitng  von  Spanien  von  Tunss,  probablement  la  traduction  des  Traveîs 
through  Portugal  and  Spain  :  Reisen  durch  Portugal  und  Spanien,  1776.  —  Le 
21  mai,  il  note  :  «  Abends  die  spanischen  Reisebeschreibungen  »  ;  le  25  : 
«  Einige  spanische  Sonette  »  ;  le  26  novembre  :  «  Spanische  Reisen.  » 

4.  Gœthe  n'en  donne  point  le  titre  exact.  Il  écrit  simplement  (III,  4,  285)  : 
Gescbicbte  von  Portugal  und  Spanien  .  Ce  sont  probablement  les  Annales  d'Es- 
pagne et  de  Portttgal,  de  Juan  Alvarez  de  Colmenar,  éd.  d'Amsterdam,  1741, 


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234  ARTURO   FARINELLI 


moitié  du  mois  de  mars  1812,  il  examina,  avec  le  général  Sebas- 
tiani  et  ses  aides  de  camp,  des  gravures  anciennes  et  modernes 
représentant  Grenade  et  TAlhambra. 

Dans  les  Tc^-  und  Jahres-HefUy  où,  comme  on  vient  de  le 
dire,  Goethe  avait  parlé  en  1820  du  Foyage  de  Laborde,  il 
loue  Tannée  suivante  l'ouvrage  fort  connu  et  répandu  de  Hûgel, 
Spanien  und  die  Révolution^  un  des  plus  importants,  dit-il,  parmi 
les  livres  nouveaux  sur  l'Espagne  '.  Le  3  février  1823,  il  parle 
longtemps  avec  Mùller  de  la  guerre  d'Espagne  :  «  Il  fallait, 
pensait-il,  venir  au  secours  de  la  France  et  contraindre  l'Espagne 


richement  ilustrées.  Goethe  les  avait  empruntées  à  la  bibliothèque  quelques  jours 
auparavant.  Voir  la  note  de  la  p.  414. 

I.  IVethe,  I,  ^6,  p.  193  (1821)  :  «  Von  spanischen  Erzeugnissen  nenne  ich 
zuvôrderst  ein  bedeutendes  Werk  :  Spanien  und  die  Révolution.  —  Ein 
Gereif  ter,  mit  den  Sitten  der  Halbinsel,  den  Staats-Hof-  und  Finanz  verhàlt- 
nissen  gar  wohl  bdcannt,  erôfïhet  uns  methodisch  und  zuverlâssig  wie  es  in 
den  Jahren,  wo  er  selbst  Zeuge  gewesen,  mit  den  inneren  Verhâltnissen  aus- 
gesehen  und  gibt  uns  einen  Begriff  von  dem  was  in  einem  solchen  L^de 
durch  Umwâlzungen  bewirkt  wird.  Seine  Art  zu  schauen  und  zu  denken  sagt 
dem  Zeitgeist  nicht  zu  ;  daher  secretirt  denn  das  Buch  durch  dessen  unverbrû- 
chliche  Schweigen,  in  welcher  Art  Inquisitionscensur  es  die  Deutschen  weit 
gebracht  haben.  »  Quiconque  lira  ce  livre^  paru  en  1821  à  Leipzig,  et  réim- 
primé à  Vienne  en  1848,  remarquera  aisément  que  les  idées  politiques  exprimées 
par  cet  Autrichien  conservateur,  ami  de  Mettemich,  s'accordaient  souvent  avec 
les  idées  politiques  de  Goethe.  —  Toute  révolution  a  dû  engendrer,  en 
Espagne  comme  partout  ailleurs,  des  maux  incomparables.  —  Proclamer  la 
souveraineté  du  peuple  équivaut  à  réduire  la  nation  à  Tétat  de  cadavre 
(p.  129)  :  «  Wehe  dem  Regenten  eines  Volkes,  dessen  Rechte  verletzt  sind, 
wehe  dem  Volke  eines  Regenten,  dessen  Rechte  verletzt  sind  ;  in  beiden  Fàl- 
len  leidet  dcr  Staatskôrper,  und  um  so  heftiger  je  grôsser  die  Verletzung  ist.» 
—  a  Jeder  Staat  muss  seine  Lehre,  seine  Verfassung  und  Verwaltung  haben, 
denn  Unglaube,  Gesetzlosigkeit  und  Unordnung  kônnen  nur  kurze  Zeit  dauern 
und  sind  der  Weg  zu  sicheren  Revolutionen.  »  Ce  baron  Hûgen  avait  séjourné 
plusieurs  années  en  Espagne;  il  y  était  allé  une  première  fois,  en  1815,  comme 
secrétaire  d'ambassade,  et  une  seconde  fois,  en  18 18,  après  un  voyage  au 
Brésil. 


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GŒTHE   ET   L  ESPAGNE  235 


à  Tobéissance  coûte  que  coûte,  par  des  mesures  bien  plus  sérieuses 
que  celles  employées  auparavant  ».  »  Il  est  des  premiers  en  Alle- 
magne à  lire  l'interminable  roman  de  Salvandy,  Alonso  ou 
r Espagne 'y  il  le  trouve  charmant,  il  y  reconnaît  une  peinture 
vraie  et  frappante  des  mœurs  de  l'Espagne,  il  en  est  ému,  il  en 
recommence  la  lecture  dès  qu'il  a  fini  le  4*  volume,  il  écrit  un 
prologue  enthousiaste  à  la  traduction  allemande,  et  son  ravisse- 
ment, presque  incompréhensible  aujourd'hui,  se  communique  à 
ses  amis,  à  tout  un  cercle  de  poètes  et  d'écrivains.  Il  y  eut,  en 
Allemagne,  grâce  à  la  propagande  de  Goethe,  un  culte  véritable 
pour  cette  Espagne  factice  que  la  Émtaisie  romanesque  de  Sal- 
vandy venait  de  décrire  avec  une  surabondance  de  couleurs*. 

Évidemment,  Goethe  voyait  d'un  mauvais  œil  la  révolution 
en  Espagne.  Il  voulait  la  réintégration  des  Bourbons  dans  leurs 
droits  et  le  rétablissement  du  roi  Ferdinand  sur  son  trône.  Toute 
révolte  lui  semblait  une  violation  condamnable  des  lois  d  une 
nation.  C'est  ainsi  qu'il  approuve,  en  février  1824,  les  succès 
du   duc   d'Angoulème,    c'est    ainsi   qu'il   souhaite  à  l'armée 


1.  Biedermann,  Gespr.y  IV,  208. 

2.  Voir  Gœthe*s  Werke^  éd.  Hempel,  XXIX,  714  ss.  Don  Alonso  oder  Spanien. 
Eine  Gtschichte  aus  der  gegenwàrtigen  Zeit  von  N,  A.  von  Salvandy.  Aus  dem 
Franiôsischen,  Nebsi  der  Vorrede  des  Verf assers  und  einem  tinleitenden  Vorwort 
von],  W,  von  Goethe,  Breslau,  1825-26  (5  vol.).  —  Le  9  janvier  1824,  Goethe 
parie  de  ce  roman  avec  Mùller  :  «  Viel  erzàhhe  er  (Goethe)  dann  von  «  Alonso 
et  la  révolution  d'Espagne  »,  historischer  Roman  in  vier  Banden  à  la  Walter 
Scott,  woraus  er  nun  seit  vierzehn  Tagen  viel  Aufklàrung  ùber  die  inneren 
Zustânde  Spaniens  geschôpft.  Er  lobte  die  Darstellungsweise  hôchlich  ;  mir 
rieth  er  ab,  meine  Zeit  daran  zu  wenden  und  erweckte  doch  immer  die  Lust 
dazu  von  Neuem.  »  Biedermann,  Gespr.,  V,  16.  —  Sur  le  succès  de  cet  Alonso 
en  Allemagne,  voir  Rev,  critica,  II,  9.  Le  Don  Alonso  a  eu  récemment  son  suc- 
cesseur dans  le  Don  Rafaël  d'Ernest  Daudet  {Aventures  espagnoles,  iSoy-iSoS)^ 
Paris,  1895.  Le  ubleau  qu'on  y  présente  de  l'Espagne  et  de  sa  révolution,  l'his- 
toire des  amours  de  Godoy  et  les  autres  épisodes  valent  le  tableau  et  les 
épisodes  romanesques  de  Salvandy. 


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236  ARTURO   FARINELLI 


lise  une  victoire  complète  et  définitive  en  Espagne'.  Une 
c'était  à  la  fin  de  janvier  1824,  il  a  un  long  entretien  avec 
iret  Riemer  au  sujet  des  affaires  d'Espagne.  Il  commence  par 
er  lui-même  dans  ses  grandes  lignes  un  abrégé  de  l'histoire 
nne  de  la  péninsule,  il  décrit  la  lutte  acharnée  contre  les 
es,  et  l'isolement,  l'opposition  et  les  luttes  des  différentes 
nces  qui  en  dérivèrent.  Il  parle  ensuite  des  conditions 
rnes  du  pays  et  loue  beaucoup  le  livre  de  Hûgel  sur 
igne  et  la  Révolution.  L'individu  doit  mesurer  ses  forces,  se 
1er  à  son  rôle,  ne  point  sortir  des  limites  d'action  prescrites 
la  nature.  Dès  qu'il  se  hasarde  à  toucher  aux  rouages 
les  des  événements  humains  et  qu'il  s'avise  d'être  une  partie 
lUt  dans  ce  monde,  aussitôt  qu'il  commence  à  agir  d'après 
ées,  il  marche  inévitablement  à  sa  ruine*. 
I  ne  conçoit  pas  cet  intérêt  assidu  pour  l'Espagne  et  sa 
lée  sans  reconnaître  chez  Gœthe,  indépendamment  de  ses 
politiques,  un  sentiment  de  sympathie  et  d'amour  pour 
nation  si  méconnue,  si  déchue  de  sa  grandeur  primitive  et 
tenant  si  bouleversée  et  si  tristement  gouvernée.  Mais  le 
,  qui,  à  plusieurs  époques  de  sa  vie,  brûla  du  désir  de  voir 
e,  n'éprouva  jamais  aucune  attraction  sérieuse  vers  l'Espagne, 
s  lettres  de  Humboldt,  ni  l'ouvrage  de  Caroline  sur  les 


Jiedermann,  Gesp,,  V,  29.  Platen  a  lui  aussi  exprimé  sa  «  Sehnsuchti» 
'Espagne  dans  tes  vers  qu'il  composa  en  181 7  :  «  Lockt  es  auch  dich  ins 
,  etc.  » 

Jiedermann,  Gesp.,  V,  96  :  «  ...  Man  muss  nursich  auf  sich  selbst  zurùck- 
,  das  Rechte  still  in  angewiesenen  Kreisen  thun.  »  Si  je  ne  me  trompe, 
:  se  souvenait  ici  de  la  conclusion  du  Ehn  Alonso  :  «  Je  crois  qu'en  effet 
nier  devoir  de  ce  monde  est  de  mesurer  la  carrière  que  le  hasard  nous  a 
dV  borner  nos  voeux,  de  chercher  la  plus  grande,  la  plus  sûre  des  jouis- 
dans  le  charme  des  difficultés  vaincues  et  des  chagrins  domptés  :  peut- 
i  dignité,  le  succès,  le  bonheur  intime  lui-même  ne  sont-ils  qu*à  ce 
Vlais  pour  arriver  à  cette  résignation  vertueuse  il  faut  de  la  force,  une 
nimensc.  » 


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GŒTHE   ET   L  ESPAGNE  237 


tableaux  en  Espagne,  ni  les  descriptions  de  voyages  et  d'autres 
livres  n'ont  pu  éveiller  dans  Tâme  de  Goethe  la  «  Sehnsucht  » 
pour  l'Espagne  que  Tieck,  les  deux  Schlegel,  Clemens  Brentano 
et  d'autres  poètes  romantiques  ont  éprouvée.  Déjà  au  printemps 
de  1800,  Goethe  était  presque  décidé  à  ne  jamais  mettre  le  pied 
en  Espagne.  Il  écrit  en  avril  à  G.  Schlegel  qu'il  aime  à  s'instruire, 
d'après  ses  conseils,  sur  la  littérature  espagnole  :  «  Un  pays 
qu'on  ne  visitera  jamais  soi-même,  intéresse  vivement  lorsqu'on 
lit  les  descriptions  de  voyageurs  sagaces.  »  Et  à  G.  de  Humboldt, 
ce  voyageur  sagace,  le  poète  avait  écrit,  trois  mois  auparavant, 
qu'il  venait  d'aborder  de  nouveau  les  écrivains  de  l'Espagne,  qu'il 
achevait  de  lire  avec  grand  plaisir  la  Numancia  de  Cervantes  *. 


I.  Briefe,  XV,  10  :  «  Sogar  habe  ich  raich  den  spanischen  Schriftstellern 
wieder  genâhert,  und  neulich  das  Trauerspiel  Numancia  von  Cervantes  mit 
vielem  Vergnûgen  gelesen.  »  Cette  tragédie,  qui  ne  fut  publiée,  comme  on 
sait,  qu'en  1784,  lui  avait  été  recommandée  par  G.  Schlegel,  quiTavait  lue  lui- 
même  dans  un  exemplaire  de  la  bibliothèque  de  Gôttingue  (Briffe,  XV,  308). 
Le  30  novembre  1799,  Goethe  note  dans  son  Noiiibnch  :  «  Numancia  von  Cer- 
vantes ausgelesen  »  (Œuvres,  III,  2,  272).  —  En  1800,  F.  Schlegel  appelait  déjà 
le  drame  de  Cervantes  :  «  die  gôttliche  Numancia  »  (Gesprâche  ûher  die  Poésie, 
éd.  Minor,  II,  350).  Une  année  auparavant,  dans  le  brillant  plaidoyer  de  VAtlje^ 
neum  en  faveur  de  Cervantes,  c*étaient  les  Novelas  qui  étaient  «  gôttlich  »  aux 
yeux  du  même  critique.  A  la  fin  d'une  lettre  à  Fouqué,  en  1809,  Rahel  promet 
de  parler  de  Gœthe  et  de  la  Numancia,  ce  qu'elle  oublia  de  faire  dans  la  suite. 
«  Kûnftig  von  Numancia  und  Gœthe  »  (RaM,  Ein  Buch  des  Andenkens,  etc., 
I,  453).  —  Gœthe  a  dû  perdre  son  goût  pour  la  Numancia,  à  en  juger  par  un 
aveu  de  Riemerdu  i*»"  février  1808  (Biedermann,  Gesp.,  II,  197)  :  «  Mittag 

allein  mit  Gœthe.  Ucber  das  Trauerspiel  Numancia  \m  Spanischen scheint 

ihn  aber  spàter  zu  missbilligen.  »  Rappelons  ici  ce  que  Platen  écrivait  de  la 
Numancia  dans  une  lettre  à  Fugger  du  12  avril  1820  :  «  Die  Numancia  habe 
ich  geendigt.  Es  ist  eine  herrliche  kràftige  Sprache  darin  und  viele  Schônheiten, 
doch  ist  mir  die  ganze  Zusammenstellung  des  Trauerspiels  nicht  recht  drama 
tisch  vorgekommen.  »  —  En  1803,  G.  Schlegel  ajoutait  à  sa  traduction  de 
trois  drames  de  Calderon  un  fragment  de  la  traduction  de  la  Numancia,  le 
discours  bien  connu  de  Scipion  {Spanisches  Theater  —  Scfjauspieîe  des  Don  Pedro 
Calderon  de  la  Barca,  2  éd.,  par  E.  Bôcking,  Leipzig,  1845,  pp.  xxvii  ss.).  La 


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238  ARTURO    FARINELLI 


Gardons-nous  de  donner  à  cet  aveu  une  valeur  qu'il  ne  saurait 
avoir.  En  fait  de  littérature  étrangère,  Gœthe  aimait  à  voltiger 
comme  un  papillon  de  fleur  en  fleur.  Presque  en  même  temps  que 
les  auteurs  espagnols  il  venait  de  lire  les  auteurs  anglais,  comme 
il  l'écrit  à  Schiller  le  6  décembre  1799  ;  il  lut  une  dissertation  de 


traduction  entière  de  la  Numancia  de  Fouqué  n*ayant  paru  qu'en  1809  (dans 
le  Taschenhuch  fur  Freunde  der  Poésie  des  Sùden,  I,  Berlin,  1809,  bei  Julius 
E.  Hitzig;  elle  fut  imprimée  aussi  à  part  à  Berlin  en  181 1),  Gœthe  était  forcé 
d'interpréter  tant  bien  que  mal  l'original  espagnol.  M.  Schuchardt,  dans  son  étude 
Gœthe  und  Calderon  (Romanisches  tind  KelHsches^  Berlin,  1886,  p.  428),  et 
Herford  dans  son  article  On  Gœthe  and  Calderon  {Publications  of  the  English 
Gœthe  Society,  London,  1886,  VI,  58)  se  sont  demandé  si  Gœthe  savait  lire 
l'espagnol.  Herford  dit  fort  bien  que  Gœthe  «  had  at  least  the  uncritical  facî- 
lity  in  reading  Spanish  which  is  often  little  more  than  the  corollary  of  a 
Sound  knowledge  of  Italian.  »  Outre  l'aveu  de  Gœthe  à  Riemer  (août  1807)  que 
M.  Schuchardt  rappelle,  d'autres  encore  nous  amènent  à  conclure  que  Gœthe 
se  donnait  quelquefois  la  peine  de  lire  l'espagnol  et  même  le  portugais.  Humboldt 
envoie  au  poète,  en  novembre  1801,  un  traité  portugais  sur  les  couleurs,  de 
Diego  de  OaLXVÛho  t^m^2iyo(pissertaçào  sobre  as  côres  primitivas,  1788)  ;  ne  dou- 
tant guère  qu'il  réussirait  à  le  comprendre  :  «  Ich  gebe  Gentz  ein  kleines  portu- 
giesisches  Buch  ùber  die  Farben.  Es  enthàh  eine  Théorie,  die  mit  der  Jhrigen  sehr 
âhnlich  scheint  und  ist  von  demehemaligen  portugiesischen  Gesandten  in  Madrid, 
der  es  mir  geschenkt  hat. . .  Ich  zweiHe  nicht,  dass  sie  des  Portugiesischen  mâchtig 
genug  sind,  diesc  Kleinigkeit  zu  verstehen,  und  im  Fall  Sie  es  intéressant  fîn- 
den,  ZM  ûbersetzen.  Macht  es  Jhnen  indess  nur  einige  Mùhe,  so  schickenSie 
mir  das  Bûchelchen.  »  Gœthe  répond  à  Humboldt  le  29  novembre  1801  : 
«  Fur  die  portugiesische  Schrift  danke  ich  recht  vielmals,  ich  kann  damit  so 
ziemlich  zurechtkommen.  »  Dans  une  lettre  à  Knebel,  sans  date,  probablement 
du  commencement  de  1803  {Gœthe Jahrh.,Vll\,  ijS  ;  Briefe,  XVIII,  7),  Gœthe 
demande  un  dictionnaire  espagnol  pour  juger  de  la  traduction  allemande  d'un 
drame  de  Calderon.  Il  s'agit  évidemment  de  la  traduction  de  Schlegel.  Une 
fois  même,  Gœthe  pensa  augmenter  le  petit  capital  de  mots  espagnols  qu'il 
possédait.  Voss,  qui  vivait  dans  l'intimité  du  poète,  raconte  une  fois  (automne 
1805)  à  Welcker,  l'ami  de  Humboldt,  que  Gœthe  prenait  note  de  plusieurs 
mots  des  livres  espagnols  qu'il  recevait  de  la  bibliothèque  de  Gôttingen  (Bie- 
dermann,  Gespr,,  VIII,  294).  Le  25  mai  1809,  Gœthe  note  dans  ses  Tc^ehû» 
cher  (III,  4,  51)  :  «  Einige  spanische  Sonette.  »  En  1821,  Gœthe  ayant  reçu  de 


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GŒTHE   ET   L  ESPAGNE  239 


Malone  sur  la  chronologie  des  drames  de  Shakespeare,  une  tra- 
gédie et  une  comédie  de  Ben  Jonson,  deux  pièces  apocryphes  de 
Shakespeare,  etc.  Il  n'y  eut  que  deux  poètes  espagnols  que  Gœthe 
connut  et  étudia  vraiment  :  Cervantes  et  Calderon.  Tous  les 
autres,  même  Quevedo  dont  il  lut  des  fragments  du  Gran  Tacaho 
dans  le  Maga:(in  de  Bertuch  ' ,  même  Lope  de  Vega  dont 
j'ignore  s'il  goûta  quelques  comédies  médiocrement  traduites, 
que  Malsburg  lui  avait  dédiées  *,  même  Guillen  de  Castro  dont 

Perthes  la  première  partie  de  la  FJoresta  de  Rimas  antiguas  castellanaSyde  Bôhl  de 
Faber,  il  note  dans  les  Tag-  und  Jahres-HefteQ.,  s^,  194)  :  «  Bine  spanische 
Blumenlese  durch  Gefàlligkeit  des  Herm  Perthes  erhalten,  war  mir  hôchst 
crfreulich;  ich  eignete  mir  daraus  zu  was  ich  vermochte,  obgleich  meine 
geringe  Sprachkenntniss  mich  dabei  manche  Hinderung  erfahren  liess.  »  Plus 
tard,  Gœthe  avouait  à  ses  amis  que,  puisque  les  Allemands  avaient  de  nature 
le  talent  de  bien  traduire,  et  qu^on  avait  en  fait  d'excellentes  traductions,  il 
ne  valait  pas  la  peine  de  perdre  son  temps  à  Tétude  du  grec,  de  Titalien  et  de 
Tespagnol  (Biedermann,  Gespr.y  V,  124).  —  Bûrger  possédait  l'espagnol  bien 
mieux  que  Gœthe.  On  assure  qu'il  l'apprit  avec  zèle  à  Gôttingen  avec  ses 
amis  Boie,  le  baron  de  Kielmannsegg  et  Sprengel,  et  qu'il  composa  même  une 
Nouvelle  en  espagnol.  «  Boie,  écrit  L.  Ch.  Althof  (Einige  Nachrichten  von  den 
vornehmslen  Lehensumsiàuden  GoU.  Aug,  Bûrger^  s  y  vol.  V  des  Œtnrres  de 
Bûrger,  Gôttingen,  1829,  p.  194),  verwahrt  noch  einc  Novelle,  welche  Bûr- 
ger damais,  durch  eine  Wette  veranlasst,  in  spanischer  Sprache  schrieb.  » 

1.  Voir  sa  lettre  à  M«e  de  Stein  du  3  mai  ijSo^Briefe,  VU,  219)  :  «Mittags 
war  ich  beym  Misel,  dann  stellte  ich  einen  Ritter  fast  im  Gusto  von  Takanno 
vor.  »  Le  21  juin  1809,  Chr.  Vulpius  écrivait  à  August  von  Gœthe  {Gcethe^ 
Jahrb.y  X,  37)  :  «Ei,Philanderist  ein  herrlicher  Kerl  !  Erkômmt  dem  Quevedo 
oft  nahe,  und  hat  auch  viel  aus  dessen  Tràumen  gewonnen.  »  C'est  ce  que 
Moscherosch  lui-môme  avouait  dans  l'introduction  du  Philander.  On  trouva  en 
Allemagne  l'aventurier  de  Quevedo  assez  intéressant  pour  le  rneitre  en  scène, 
comme  jadis  Don  Quichotte  et  Sancho  Panza,  et  lui  faire  chanter  des  airs  et 
des  duos.  Gœthe  a  évidemment  connu  l'opéra  en  deux  actes  de  Koreff,  Don 
Tacagno,  qu'on  joua  à  Berlin  pour  la  première  fois  le  12  avril  181 2.  Voir  Schàffer, 
Hartmann,  Die  kôniglichen  Theaier  in  Berlin,  Berlin,  1886,  II,  117,  et  Mend- 
hQim,  Die  Lyriker  und  Epiker  der  kîassischen  Période,  Stuttgart,  1895  (Deutsche 
Nat.Litt.,  no  135). 

2.  Voir  l'introduction  à  mon  livre  Griîlpar:(er  und  Lope  de  Vega,  Berlin, 
1894,  p.  26. 


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240  ARTURO   FARINELLI 


il  semble  avoir  comîu  le  Cid\  même  Moreto  dont  il  admirait 
sans  doute  la  Doha  Diana^  souvent  jouée  en  Allemagne, 
n'étaient  que  lettre  morte  pour  lui.  Cervantes  et  Calderon  repré- 
sentaient pour  Gœthe,  comme  pour  la  plupart  des  poètes  alle- 
mands de  son  temps,  toute  la  littérature  espagnole.  Gœthe 
aimait  passionnément  Cervantes,  il  s'inclinait  respectueusement 
devant  Calderon.  Dès  sa  jeunesse  il  s'était  pénétré  des  idées  et  de 
l'esprit  du  roman  immortel  de  Cervantes  ;  il  ne  connut  les  drames 
de  Calderon  qu'à  un  âge  avancé,  lorsque,  après  le  tumulte  et 
Teffervescence  des  passions,  le  calme  s'était  fait  dans  son  cœur. 
L'admiration  pour  le  génie  de  Calderon  eut  son  flux  et  son 
reflux.  Gœthe  versa  des  larmes  à  la  lecture  du  Principe  perfecto  ; 
mais  au  déclin  de  la  vie,  l'enthousiasme  se  refroidit  sensible- 
ment :  Gœthe  s'était  bien  aperçu  que  l'imitation  de  Calderon 
avait  été  funeste  à  l'Allemagne;  à  Cervantes,  au  contraire, 
Gœthe  était  attaché  par  des  liens  indissolubles,  Cervantes  lui 
était  congénial,  il  l'aima  toute  sa  vie.  Ce  que  Gœthe 
emprunta  à  Calderon  se  réduit  à  un  fragment  de  drame,  à 
quelques  détails  de  forme  et  à  quelques  idées  qui  regardent 
plus  la  technique  du  drame  que  son  essence  véritable;  mais  ce 
qu'il  doit  à  Cervantes  est  bien  plus  considérable;  l'œuvre  du 
grand  humoriste  espagnol  est  entrée  par  de  petits  canaux,  que  le 
temps  n'a  jamais  obstrués,  dans  le  grand  fleuve  de  la  création 
épique  de  Gœthe. 

L'histoire  du  culte  inconstant  que  Gœthe  voua  à  Calderon 
fera  partie  d'un  volume  de  prochaine  publication  sur  Calderon 
et    le  Calderonisme*.  L'histoire  des  rapports  entre    Gœthe  et 

î.  Il  faut  le  supposer,  du  moins,  d'après  ce  que  Malsburg  en  dit  dans  la  pré- 
face de  sa  traduction  :  SUrn^  Scepter  und  Blume,  Dresdcn,  1824,  p.  xxxvin. 

2.  Je  tiens  à  en  avertir  ici  le  lecteur.  Il  pourrait  paraître  sans  cela  bien 
étrange  de  passer  sous  silence  les  nombreux  rapports  entie  Gœthe  et  Calderon 
dans  une  étude  qui,  pour  rapide  et  légèrement  esquissée  qu'elle  soit,  a  pour 
titre  Gœthe  et  r Espagne.  C'est  dans  ce  livre  sur  le  Calderonisme  que  l'étude  de 
la  versification  de  Goethe  dans  ses  rapports  avec  l'Espagne  aura  sa  place. 


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GŒTHE   ET   L  ESPAGNE  24 1 

Cervantes,  l'étude  des  sources  cervantines  dans  les  romans  et  les 
nouvelles,  et  même  dans  quelques  pièces  dramatiques  de  Gœthe, 
fournira  matière  à  un  livre  des  plus  curieux  et  des  plus  instruc- 
tifs, qu'un  autre  critique,  plus  érudit  et  plus  profond  que  moi,  ne 
manquera  pas  d'écrire  tôt  ou  tard. 

Il  n'est  pas  aisé  d'établir  à  quelle  époque  Goethe  eut  la 
première  connaissance  du  chef-d'œuvre  de  Cervantes.  Nul  douté 
qu'il  n'ait  lu  le  Don  Quichotte  avant  1777,  avant  la  traduction 
de  Bertuch  qui  a  eu  beaucoup  de  succès  en  Allemagne.  En  1780, 
Gœthe  écrit  à  M™*^  de  Stein  qu'il  rivalisait  dans  ses  similitudes 
(Gleichnisse)  avec  les  proverbes  de  Sancho  '.  Au  plus  fort  des 
affaires,  dans  l'été  de  1782,  c'est  Cervantes  qui  console  le  poète  : 
«  Cervantes,  écrit-il  à  M"**  de  Stein,  me  tient  maintenant 
au-dessus  des  actes,  comme  une  ceinture  de  liège  soutient  le 
nageur  *.  »  L'année  suivante,  il  prie  M""*  de  Stein  de  lui  envoyer 
les  dessins  dont  Chodowiecki  avait  illustré  la  traduction  du  Dofi 
Quichotte  de  Bçrtuch  K  II  goûtait  même,  ce  qui  lui  fait  quelque 
peu  tort,  la  fade  traduction  de  Florian,  que  Guillaume  Schlegel 
devait  lui  procurer  en  1800,  volume  par  volume^;  il  connut 


1.  BrUfe,  IV,  292  la  in  Gleichnissen  lauff  ich  mit  Sanchos  Sprùchwôrtern 
um  die  Wette.  » 

2.  G(et1)es  Briefe  an  Frau  von  Stein,  II,  68,  et  Briefe^  VI,  35  (9  août  1782)  : 
«  Cervantes  hàlt  mich  jezo  ùber  den  Ackten  wie  ein  Korckwamms  den 
Schwimmenden.  »  Gœthe  emploie  la  même  comparaison  dans  une  lettre  à 
Knebel,  antérieure  de  quelques  mois  à  la  précédente  (3  février  1785,  Eriefe, 
V,  257)  :  «  Die  Stein  hàlt  mich  wie  ein  Korckwamms  ùber  dem  Wasser,  dass 
ich  mich  auch  mit  Willcn  nicht  ersaufen  kônnte.  »  M™«  de  Stein  et  Cervantes, 
voilà,  presque  à  une  même  époque,  les  deux  grands  ressorts  de  Gœthe. 

3.  Lettre  du  21  juillet  1783  (Briefe,  Wl,  178).  Les  trente  dessins  de  Chodo- 
wiecki ont  été  gravés  par  Berger  (Leipzig,  1781).  Voir  la  belle  monogra- 
phie de  Œttingen,  Daniel  Chodowiecki.  Ein  Berliner  Kùnstlerkben  im  18.  Jahr- 
hundert,  Berlin,  1895,  p.  127  s.;  270. 

4.  Lettredu  12  juin  1800.  Britfe,  XV,  84.  Le  17  mai  1799,  Gœthe  écrit  dans 
son  Noti^buch  (III,  2,  249):«  Auftrag  wegen  Don  Quixote  »  ;  le  23  septembre 
il  nomme  encore  le  Don  Quixote  avec  d'autres  livres. 

Rau<  hispaniquf.  16 


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ARTURO    FARINELLl 


ui  était  inévitable,  la  traduction  de  Tieck  qui  avait 
I  bruit  à  son  apparition  '  ;  il  envoya  le  Dan  Quichotte 
Stein  le  26  avril  1800.  Enfin  il  ne  manquait  pas  de 
aux  sources  claires  et  rafraîchissantes  de  Cervantes 
fois  que  l'occasion  se  présentait,  surtout  lorsqu'il 
ses  petits  contes  et  ses  grands  romans,  le  Wilhelm 
îs  Wahlvervmndtschaften^. 


si  Goethe  connaissait  la  traduction  du  Don  Quichotte  de  Soltau 
formé  que  Fr.  A.  Eschen,  Tami  intime  du  musicien  Reichardt, 
nême  temps  que  Tieck  (après  1797)  une  traduction  du  célèbre 

et  ses  collègues,  les  deux  Schlegel  surtout,  ont  fort  bien  su  faire 
m  de  leur  rival.  Voir  A.  Eschen,  Frieiirich  August  Eschen.  Einver- 
hier  aus  der  Zeitunserer  Classiker.  Arch.  f.  Literat,,  XI,  562  ss.  ; 
\riefe  an  seinen  Brader  fVilheîm,  hrg.  v.  O.  Walzel,  Berlin,  1890, 
jctobre  1797).  Trouvera-t-on  quelque  part  les  papiers  inédits  de 
u  connu,  qui  mourut  si  jeune,  en  Suisse,  à  Taube  des  plus  chères 
-  Goethe  parle  une  fois  dans  un  entretien  avec  MùUer  (février  1819 
n,  Gespr.,  IV,  i)  d'une  troisième  et  d'une  quatrième  partie  du 
,  écrites  par  le  rival  de  Cervantes  :  «  Der  dritte  und  vierte 
Don  Quixote  ist  zuerst  von  einem  Andern  und  dann  erst 
îrvantes  selbst  geschrieben.  Er  hatte  den  guten  Tact  gebabt  mit 
heilen  enden  zu  wollen,  denn  die  v^ahrcn  Motive  sind  damit 

lange  sich  der  Held  lUusionen  macht,  ist  er  romantisch,  sobald 
)pt  und  mystificirt  wird,  hôrt  das  wahre  Interesse  auf.  »  Évi- 
xthe  préférait  de  beaucoup  la  première  à  la  seconde  partie  du 

u  15  juin  1780,  dans /iC.  L.  von  KneheU  Liteiarischer  Nachiass  und 

116  :  «  An  Bertuch  ist  aus  Anspach  die  Uebsrsetzung  der  Cervan- 

len  gesendet   worden.  Sie  interessiren  mich  sehr.  Der  Ton  ist 

Schreibart  und  Diction  ausserordenilich   schôn.  Es    dàucht  mich 

er  hie  und  da  das  hohe  Alter  des  Verfassers  durch,  denn  hie 

schônsten  Wàrme  kommt  unertràgliche  Kàlie  ;  es  hat  mich  in 

seltsame  Gleichheit    mit    Wieland'schen    Unvollkommenheiten 

>  La  traduction   des  Nouvelles  avait  paru   à   Leipzig  en   1779. 

vellen  des  Miguel  de  Cervantes  Saavedra  Verfasser  des  Don  Quixotte. 

f  aus  dem  Originale  ûberset^t.  Soden,  le  traducteur,  avouait  dans 

c'était  sur  le  conseil  de  Beriuch  qu'il  avait  entrepris  ce  travail 


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GŒTHE   ET    L  ESPAGNE  243 

Goethe  a  connu  très  probablement  en  1780  les  Novelas  de 
Cervantes,  en  même  temps  que  le  duc  Auguste  de  Saxe.  C'est 
cette  année-là  que  le  duc  écrivit  à  Knebel  qu'il  avait  lu  la  tra- 
duction allemande  des  Nouvelles^  et  qu'il  les  trouvait  fort  intéres- 
santes et  d'un  fort  beau  style;  les  défauts  qu'elles  offraient 
pouvaient  se  comparer  aux  imperfections  des  Nouvelles  de 
Wieland.  Ce  n'est  cependant  qu'une  quinzaine  d'années  plus 
tard,  lorsque  Gœthe  compose  son  Wilhelm  Meister,  que  le  poète 
les  nomme  dans  ses  lettres.  Ce  n'est  qu'en  décembre  1795  qu'il 
en  parle  à  Schiller;  ce  n'est  qu'alors  qu'il  les  proclame  un  véri- 
table chef-d'œuvre,  qu'il  les  trouve  complètement  de  son  goût  : 
«  J'ai  trouvé  dans  les  Nouvelles  de  Cervantes  un  trésor  véritable 
qui  m'amuse  et  m'instruit  à  la  fois.  Combien  on  doit  se  réjouir 
lorsqu'on  trouve  soi-même   bon  ce  qui  a  été  reconnu  comme 


fort  pénible.  Ces  Nouvelles,  quoique  défectueuses  dans  la  traduction  des 
poésies  nombreuses  qu'elles  renfermaient,  firent  fortune  et  se  répandirent  bien- 
tôt dans  le  public.  Wieland  les  recommanda  en  1800  dans  son  Teutscher  Mer- 
kur  (^Bilan:^^,  p.  254)  :  «  Die  Novellen  des  Cervantes  hatten  wir  bisher  nur  in 
einer  schlechten  und  au  s  dem  Franzôsischen  gezognen  Uebersetzung  (c'est  la 
traduction  vraiment  perfide  de  Conradi,  parue  en  1753,  et  faite  sur  celle  en 
français  de  Tabbé  de  Chassonville)  ;  jetzo  sînd  auch  sie  aus  dem  Originale  und 
im  Geiste  ihres  unsterblichen  Verfassers  ùbersetzt  worden.  »  Einsiedel,  l'ami 
bien  connu  de  Gœthe,  préférait  cette  traduction  à  celle  postérieure  de  Soltau. 
Il  voulait  traduire  laGitanillaen  181 1,  dix  ans  avant  que  Wolfine  composât  sa 
Preciosa,  et  il  écrit  à  ce  sujet  à  Knebel  (i«r  mars  181 1,  Liter.  Nachlass,  I, 
248)  ;  «  Du  hast  mir  Lieber,  durch  die  ùberschickte  Uebersetzung  der  Novel- 
len des  Cervantes  eine  sehr  grosse  Frcude  gemacht Sehr  gut  war  es,  dass 

Du  mir  die  altère  Uebersetzung  —  von  der  içh  nichts  wusste  —  empfohlen 

hast;  sie  geht  der  spàteren  unendlich  vor  ; Es  ist   mein  Vorsatz,  das 

Zigeunermâdchen  in  Wilhelmsthal  zu  ùbersetzen.  Grossmùthig  und  sehr  hilf- 
reich  wàre  es,  wenn  Du  die  Romanzen,  die  darin  vorkommen,  zu  ùbersetzen 
îibcmehmen  wolltest  :  ich  wùrde  Dir  das  Spanische  ausschreiben.  »  Einsiedel 
renonça  bientôt  à  son  projet.  D'autres  Allemands  traduisirent  les  Novelas  : 
Soltau,  Siebmann,  Fôrster,  Mûller,  Keller,  et,  mieux  que  personne,  Baum- 
stark  (Regensburg,  1868). 


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244  ARTURO   FARINELLI 


tel  par  d'autres,  et  comme  il  est  plus  aisé  de  suivre  son  chemin 
lorsqu'on  voit  des  ouvrages  conçus  d'après  les  principes  que 
nous  suivons  (Gœthe  et  Schiller)  dans  notre  mesure  et  dans 
notre  cercle  (nach  unserem  Masse  und  unserem  Kreis)  !  » 

A  trois  siècles  de  distance,  Cervantes  trouvait  en  Allemagne 
des  amis,  des  frères  qui,  bien  qu'ils  fussent  fils  d'une  tout  autre 
culture,  psychologues  d'une  tout  autre  classe  d'artistes  psycho- 
logues, pensaient  et  écrivaient  comme  lui.  Henri  Voss  nous 
apprend  que  Gœthe  lisait  encore  en  1804  les  Nouvelles  de 
Cervantes,  lues  et  admirées  aussi  plus  tard  par  Henri  de  Kleist  ' . 

Celui-là  ne  saura  jamais  apprécier  à  sa  juste  valeur  l'in- 
fluence exercée  par  Cervantes  sur  Gœthe  qui,  entraîné  par  un 
certain  courant  de  la  critique  moderne,  recherchera  péniblement 
les  menus  détails,  les  motifs,  les  images  que  l'Allemand  a  pu 
emprunter  à  l'Espagnol.  Que  ces  emprunts  soient  réels  ou  ima- 
ginaires, l'action  véritable  exercée  par  Cervantes  doit  être 
recherchée  dans  les  souvenirs  inconscients  que  Gœthe  mêlait  et 
assimilait  à  ses  ouvrages,  dans  la  transformation,  j'oserais  dire 
dans  la  transsubstantiation  que  les  idées  du  grand  humoriste 
espagnol  ont  subie  en  devenant  le  patrimoine  de  Gœthe,  dans  les 
enchevêtrements  des  réminiscences  à  différentes  époques  de  sa 
vie,  dans  quelques  secrets  de  forme  et  de  style,  dans  quelques 
légères  pointes  d'ironie,  dans  la  peinture  des  personnages.  En 
recherchant  ainsi  ce  qui  a  librement  coulé  de  la  veine  cervan- 
tine  dans  celle  de  Gœthe,  on  aura  des  lumières  nouvelles  sur 
les  ouvrages  du  poète  allemand,  sur  les  petits  contes  *,  sur  les 


1.  Voir  la  lettre  de  H.  Voss  à  K.  Solger,  de  Weimàr,  24  février  1804  : 
a  Nun  lisst  Gœthe  die  Cervantischen  Novellen  die  ihm  Frcude  machen  » 
(Arch.  fiir  LUieraturg.y  XI,  119). 

2.  Je  crois  à  une  influence,  légère  sans  doute,  de  Tépisode  de  Girdenio 
dans  le  récit  de  Gœthe,  DU  giUen  IVeiber,  qui  contient  en  germe  Tidée  des 
WahlvenvandlschajUn,  contrairement  à  ce  qu'en  dit  B.  SeufFert  dans  le  Gœthe 
JaJjrh.^  XV,  126  s.  Les  Unierhaltungen  deutscher  Attsgewanderten  montrent 
aussi,  à  mon  avis,  la  trace  de  la  lecture  assidue  de  Cervantes. 


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GŒTHE  ET  L  ESPAGNE  24  S 


deux  parties  du  fVilhelm  Mcisiery  sur  cette  ravissante  figure  de 
Mignon  surtout,  qu'on  a  rapprochée  de  la  fameuse  Gitanilla  ', 
sur  les  Wahlveiwandtschaften  *  et  d'autres  ouvrages  qui  résisteront 
à  la  poussière  des  siècles  et  au  changement  perpétuel  de  nos 
goûts,  de  nos  idées  et  de  nos  aspirations. 

Une  chose  avait  frappé  les  contemporains  de  Goethe  :  c'était 
la  ressemblance  indéfinissable  entre  le  grand  roman  de  Goethe  et 
le  Don  Quichotte  de  Cervantes.  F.  Schlegel  avait  beau  répéter 
que  toute  comparaison  des  deux  chefs-d'œuvre  n'amenait  aucun 
résultat,  que  les  ressemblances  prétendues  n'étaient  qu'imagi- 
naires, qu'au  fond,  les  deux  romans  appartenaient  à  deux  genres 


1 .  Ce  rapprochement  vient  d'être  fait  dans  une  note  superficielle  et  insigni- 
fiante de  la  Deutsche  Rundschau,  1897  (mars),  p.  473.  Je  ne  doute  guère  que 
Goethe  ait  préféré  lire  les  Nouvelles  de  Cervantes  dans  la  traduction  allemande, , 
mais  fallait-il  en  conclure  :  «  denn  dafûr,  dass  Goethe  spanisch  vers^anden,  feh- 
len  die  Beweise  »  ?  Sur  le  type  de  Mignon,  voir  Boite,  Mignon  Urhildj  confé- 
rence faite  à  la  «  Gesellschaft  ftir  deutsche  Litteratur  »,  le  21  octobre  1896,  ainsi 
que  la  note  Mignon  Urhildj  dans  la  Chronik  des  Wiener  Gatlx-VereinSyWy  i, 
2,  et  Euphoriouylly  5  58.  —  La  délicieuse  figure  de  Valeria,  dans  le  drame  peu  lu 
aujourd'hui  de  Clemcns  Brentano  Ponce  de  Léon  y  rappelle,  à  mon  avis,  bien  plus 
que  Mignon,  la  Gitanilla  de  Cervantes. 

2,  Une  ressemblance  purement  extérieure  entre  les  Novelas  de  Cervantes  et 
les  fVahlverwandtschaJten  de  Goethe  a  été  remarquée  par  Gervinus  dans  sa  Gesch. 
der  deutsch.  Nationallit.  (4«  éd.),  V,  790.  Platen  est  peut-être  le  seul  qui  ait 
rapproché  les  Wanderjahren  du  Persiles  de  Cervantes.  Il  écrit  le  4  octobre  1821 
à  Fugger  :  «  In  der  Idée  des  Ganzen,  gar  nicht  im  Einzelnen,  hat  das  Buch 
(Persiles)  eine  auflallende  Aehnlichkeit  mit  den  «  Wanderjahren  »  nur  dass 
hier  die  beiden  Entsagenden  umherirren,  bald  sich  wieder  finden,  bald  wieder 
durch  ein  neidisches  Geschick  getrennt  werden,  und  endlich  in  Rom  auf 
immer  vereinigt.  Allenthalben  treflfen  sie  andere  Liebespaare,  die  durch  die 
abenteuerlichsten  und  mannigfaltigsten  Begegnisse  befôrdert  oder  gehindert, 
ihre  gegenseitigen  Schicksale  mittheilen  ».  Je  crois  que  Goethe  n*aura  pas 
manqué  de  lire  le  roman  de  Cervantes  dans  la  traduction  de  Soden,  parue 
à  Atîspach  en  1782,  en  3  volumes  :  Ahentheuer  des  Persiles  und  der  Sigismunde 
eine  nordische  Geschichte,  ou  dans  celle  de  Theremin,  parue  en  1809.  (Un  frag- 
ment de  la  traduction  de  Theremin  avait  paru  dans  la  Zeitung  fur  die  élégante 
/Fé»//,  décembre  1806.) 


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246  ARTURO    FARINELLI 


de  poésie  tout  à  fait  différents  *,  on  ne  se  lassait  point  des 
comparaisons;  Schelling  en  faisait  dans  ses  célèbres  Vorlesungen 
ùber  Philosophie  der  Kunst;  les  femmes,  surtout  les  plus  spirituelles, 
s'y  plaisaient,  telle  Dorothea  Schlegel,  telle  Rahel  \ 

En  dehors  de  Cervantes  et  de  Calderon,  ces  deux  grands  oracles 
de  la  poésie  espagnole  pour  les  Allemands,  Goethe,  nous  venons  de 
le  dire,  n'avait  qu'une  idée  bien  vague  de  la  littérature  espagnole. 
Ni  Guillaume  de  Humboldt,  ni  les  deux  Schlegel,  ni  Tieck,  ni 
d'autres  critiques  n'ont  pu  lui  fournir  des  lumières  considérables 
à  ce  sujet.  Le  29  mai  1802,  Goethe  dirigea  la  représentation  de 
VAlarcos  de  F.   Schlegel  ;  il  osa   défendre  ce  drame  détestable 


1 .  Voir  la  longue  critique  de  F.  Schlegel  des  Œuvres  de  Goethe,  dans  les 
Heidelberger  Jahrbùcfjer,  !«  année,  !«  partie  (1808),  p.  176  ss. 

2.  Rahel  surtout,  qui  avait  surpris  Goethe  lisant  Cervantes,  aimait  à  rappro- 
cher les  deux  maîtres.  Voir  Rahel,  Ein  Buch  des  Andenkens  (Berlin,  29  janv. 
1822),  III,  59  :  «  Ich  habo  jetzt  Wilhelm  Meisters  Lehrjahre  wieder  gelesen. 
Wie  ist  es  môglich  einen  Zwciten  Don  Quixote  zu  fassen,  zu  erfinden  und  dar- 
zustellen  !  Kùsst  euch,  Cervantes  und  Gœthe  !  etc.  Adam  Mùller  (Vorlesungen 
ûher  deuische  Wissenschaft  und  Lilteratury  1806,  p.  50  s.)  pensait  que  «  fur  den 
Gœthe*schen  Roman  in  der  ganzen  Geschichte  der  Litteratur  nur  im  Don 
Quixote  einen  einzigen  weltumfassenden  Pendant  gebe.  »  Heine,  lui  aussi,  ne 
manqua  pas  de  rapprocher  Goethe  de  Cervantes  dans  sa  belle  introduction  au 
SinnreicJjer  Junker  Don  Quixote.  Aus  dem  SpaniscJjen  ûherset\t^  Stuttgart,  1837. 
«  Wie  an  Shakespeare,  erinnert  Gœthe  bestàndig  an  Cervantes,  und  diesen 
àhnelt  er  bis  in  die  Einzelheiten  des  Stils,  in  jener  behaglichen  Prosa,  die  von 
der  sûssesten  und  harmlosesten  Ironie  gefarbt  ist.  Cervantes  und  Goethe 
gleichen  sich  sogar  in  ihren  Untugenden,  in  der  Weitschweifigkeit  der 
Rede.  »  Même  Grillparzer  a  comparé  le  Meister  au  Don  QuicJjotte  (3  décembre 
1843,  A.  Foglar,  Grill  parier' s  Ansichlen  ùber  Litteratur,  Bûhfte  und  Leben, 
Stuttgart,  1891  ',  p.  23)  :  «Den  Wilhelm  Meister  nenne  ich  immer  den  deuts- 
chen  Don  Quixote,  nicht  um  damit  eine  Nachahmung  zu  bezeichnen,  sondem 
in  dem  Sinne,  dass  Gœthe  den  Nationalfehler  der  Deuischen,  das  Schwanken  und 
Tappen  in  der  Kunst,  so  wie  Cervantes  den  spanischen  ûberspannten  Herois- 
mus,  schilderte.  j)  Dans  le  dialogue  Friedrich  der  Grosse  und  Lessing  de  Grill- 
parzer (Œuvres  *f  XI,  201),  le  roi  dit  du  romaa  de  Gœthe  :  «  Es  ist  der 
deutsche  Don  Quixote  und  steht  an  Werth  dem  spanischen  nicht  nach.  » 


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GŒTHE  ET   L  ESPAGNE  247 

contre  les  attaques  souvent  rudes  du  public,  sans  se  soucier 
nullement  de  Tétrange  coloris  espagnol  que  Schlegel  avait  mis 
presque  à  son  insu  dans  la  pièce  ^  Il  lut  en  octobre  1803  les 
Bhmtttstràusse  que  Guillaume  Schlegel  lui  envoya  le  27  sep- 
tembre de  cette  même  année,  et  qui  contenaient  aussi  quelques 
petites  fleurs  de  poésie  espagnole  et  portugaise;  il  écrit  au  tra- 
ducteur qu'elles  lui  avaient  donné  Tidée  d'un  monde  nouveau  '. 
En  1808,  il  trouva  instructive  et  fort  spirituelle,  mais  aussi  fort 
étrange,  une  leçon  de  Adam  MûUer  sur  le  drame  espagnol,  que 
Henri  de  Kleist  lut  également,  mais  heureusement  sans  en  pro- 
fiter ^  Il  s'empressa  de  lire  Tannée  suivante  les  leçons  fameuses 
de  Guillaume  Schlegel  sur  la  poésie  dramatique  et  les  beaux 
dithyrambes  sur  la  poésie  romantique  et  chevaleresque  de 
l'Espagne  ^,  Il  goûta  pareillement,  en  1809,  quelques  fragments 
des  Lusiades  dans  la  traduction  de  Seckendorff'5. 

Peu   de  livres  cependant  ont    été  plus    goûtés    par   Goethe 
que  le   petit  recueil    de    romances  espagnols,  traduits  en  1823 


1.  Voir  sur  ce  drame,  que  je  n'ai  jamais  goûté,  Tétude  de  E.  Gorra,  Un 
dramma  di  Federico  Schlegel  y  dans  hNuova  Anlole^ia^  i*»"  octobre  et  16  décembre 
1896. 

2.  Lettre  du  2  octobre  1803.  —  Voir  aussi  la  lettre  à  G.  Schlegel,  du 
26  février  1804  (Briefe,  XVII,  80). 

3.  Voir  ce  que  Gœthe  écrit  dans  les  Tag-  utid  Jahres-Hefle  (I,  36,  388)  : 
«  Amphytrion  von  KUist  erschien  aïs  ein  bedeutendes  aber  unerfreuliches 
Meteor  eines  neucn  Literatur-Himmels,  an  welches  sich  Adam  Mûller*s  Vor- 
lesung  ûber  spanisches  Dramâ,  wohl  geistreîch  und  belehrend  anschloss  aber 
auch  naçh  gewissen  Seiten  hin  eine  besorgliche  Appréhension  aufregte.  Une 
partie  des  Vorlesutigen  ûber  dramatisch  Poésie  utid  Ktinst,  de  A.  Mûller,  avait 
paru  dans  le  journal  Phobits  (VII  St.,  juillet  1808,  p.  3  s.)  :  Vom  Clxirakter 
der  spanischen  Poésie, 

4.  TagebùcUr,  31  août  1809,  2  et  6  septembre  1809  (III,  4,  57,  251). 

5.  Tag'Utid JahreS'Hefte^  I,  i^,  4i-  —  Vers  1827,  Goethe  lut  aussi  les 
charmantes  petites  pièces  du  Théâtre  de  Clara  Gaïul,  de  Mérimée,  qui  don- 
naient une  peinture  frappante,  quoique  peu  exacte,  des  mœurs  de  l'Espagne. 


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ARTURO    FARINELLI 


iges  (Beauregard  Pandin)  '.  Ces  romances  ne  donnaient- 
i  dans  leur  simplicité  naturelle,  de  même  que  le  Don 
te  de  Cervantes,  une  image  vive  et  frappante  de  la 
ilité  espagnole  ?  Les  côtés  saillants  du  caractère  espagnol 
lévoilaient-ils  pas  ici  mieux  que  dans  tout  autre  genre  de 

que  le  Wunderhorn  de  Arnim  et  de  Brentano  parut, 
,  qui  trouvait  le  recueil  précieux  et  charmant,  ne  manqua 
conseiller  aux  deux  poètes  de  donner  bientôt  une  suite  à 
avail,  de  ne  point  négliger  dans  une  seconde  partie  la 
populaire  des  nations  étrangères,  telles  que  l'Angleterre, 
[îce,  l'Espagne  et  l'Italie  ^  Les  recueils  de  romances 
3ls  de  Grimm,  de  Depping,  de  Dîez,  de  Huber,  de  F. 
le  tardèrent  pas  à  paraître.  Jamais  l'Allemagne  n'avait 
;  un  enthousiasme  pareil  pour  cette  mine  intarissable  de 
populaire.  Le  numéro  de  novembre  1822  du  Gesellschaf- 
tenait  les  premiers  romances  espagnols,  traduits  par 
.  Gœthe  les  lut  et  les  trouva  admirables  K  La  collection 
parut  bientôt  à  Berlin;  Gœthe  en  donne  un  compte 


inische  Rofnanien,  ùberset^i  von  Beauregard  Patiditi,  Berlin,  1823.  Voir 
les    romances  Amor    un  der  Tod  auf  Reisen  (n©    73),    Graf  Alarcos 

42). 

uvreSy  édit.  Hempel,  XXIX,  398  ;  Biedermann,  Gespr.,  X,  44. 
ns  ses  Bruchstûcke  einer  Reise  durch  dos  sûdliche  Frankreich,  Spaniett  und 
,  Leipzig,  18 10,  p.  63.  En  parlant  de  la  Numancia  de  Cervantes, 
ittaquait  vivement  la  croyance  des  traducteurs  qui  exagéraient  la  per- 
^t  la  souplesse  de  la  langue  allemande  :  a  Hiernach  môchte  sich  die  in 
Tagen  so  hoch  gepriesene  universelle  Nachahmungsfàhigkeit  unserer 
bey  scharfer  Prùfung,  grôsstentheils  in  einen  schmeichlerischen 
uflôsen.  »  Gœthe,  nous  le  savons,  était  d'un  autre  avis.  Jariges  a  bien 
ie  TEspagne  par  ses  traductions  et  par  ses  critiques  très  sensées  du 
spagnol,  traductions  et  critiques  qu'on  oublie  trop  facilement  aujour- 
e  pauvre  écrivain  n'a  pas  même  eu  l'honneur  d'être  admis  dans  la  AU- 
kiUsch  Biographie, 


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GŒTHE   ET   L  ESPAGNE  249 


rendu  très  favorable  et  la  recommande  au  public  '.  C'était  au 
fond  la  même  couche  qui  avait  produit  le  chef-d'œuvre  de 
Cervantes,  la  quintessence  de  l'esprit  espagnol.  Lorsqu'on  lit 
ces  romances,  on  se  sent  entraîné  par  des  sentiments  opposés. 
On  est  tantôt  porté  au  sublime,  tantôt  rabaissé  au  vulgaire. 
Jamais  ils  ne  nous  blessent  et  ne  nous  brisent  le  cœur^  jamais 
ils  ne  déroulent  à  nos  yeux  des  tragédies  poignantes.  Tout 
se  termine  bien,  et  nous  nous  souhaitons  une  humeur  pareille 
pour  chanter  ou  entendre  chanter  ainsi.  U  y  a  de  la  grandeur  au 
fond  de  ces  romances,  un  sérieux  véritable,  une  conception  de  la 
vie  pas  commune  du  tout,  et  aucune  sentimentalité.  L'ironie 
perce  çà  et  là  ;  le  ridicule  va  jusqu'à  l'absurde,  mais  sans  jamais 
se  dégrader,  sans  tomber  dans  le  trivial.  On  reconnaît  aisément 
une  nation  qui  a  eu  son  ère  de  puissance  et  dont  la  vie  a  été  et 
est  actuellement  encore  très  tournée  vers  les  choses  de  l'esprit. 
Nous  terminerons,  par  ce  jugement  assez  flatteur  pour  l'Espagne, 
cette  légère  et  rapide  esquisse  des  relations  que  le  plus  grand  poète 
de  l'Allemagne  a  eues  avec  la  plus  méconnue  et  la  plus  malheureuse 
peut-être  des  nations  de  l'Europe.  Dans  sa  vieillesse  bienheureuse 
et  olympienne,  Gœthe  n'a  goûté  que  très  rarement  les  produits 
de  la  littérature  espagnole.  Il  désirait  pourtant,  comme  il  l'écrit  à 
la  mort  de  Fernow  (1808),  que  tout  ce  que  les  peuples  étrangers 
avaient  produit  en  fait  de  littérature  pénétrât  facilement  en 
Allemagne  et  qu'on  pût  en  profiter  sans  effort  et  en  tout  temps. 
Il  avouait,  cinq  ans  avant  sa  mort  %  qu'il  éprouvait  un  plaisir 
véritable  à  étudier  les  nations  étrangères  et  qu'il  conseillait  à 
tout  le  monde  de  les  étudier.  A  l'âge  où  nous  sommes,  ajoute- 
t-il,  une  littérature  nationale  signifie  peu  de  chose.  Tâchons  de 
parvenir  bientôt  à  cette  littérature  universelle  tant  souhaitée. 
Goethe  était  bien  l'âme  des  poètes,  l'âme  des  traducteurs,  le 


1 .  ŒuvreSy  éd.  Hempcl,  XXIX,  606  ss. 

2.  31  janvier  1827.  —  Biederraann,  Gespr,y  VI,  46. 


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250  ARTURO   FARINELU 


grand  patriarche  de  la  littérature  dans  son  pays,  le  grand  cosnoto- 
polite  littéraire  après  Rousseau,  et  bien  mieux  que  Rousseau. 

Il  a  voué  une  partie  presque  imperceptible  de  sa  vie  à  l'étude 
de  l'Espagne,  de  ses  mœurs,  de  son  histoire,  de  ses  institutions, 
de  son  art  et  de  sa  littérature.  L'Italie  a  exercé  toujours  sur  son 
âme  un  attrait  bien  plus  puissant  que  l'Espagne.  Lorsque  Gœthe 
s'est  intéressé  aux  événements  politiques  de  la  péninsule,  il  l'a 
fait  en  dilettante  curieux,  sans  laisser  autre  chose  qu'un  pâle 
reflet  de  ses  lectures,  sans  développer  aucune  idée  originale  ni 
profonde.  Il  a  été  pour  une  bonne  part  dans  l'apothéose  que 
les  Allemands  ont  préparée  au  dieu  Qlderon  ;  à  une  certaine 
époque  même,  le  génie  de  Calderon  l'a  aveuglé,  mais  il  a  su 
modérer  à  temps  son  admiration,  refroidir  son  culte  et  dissuader 
par  ses  sages  conseils  quelques-uns  de  ses  compatriotes  d'une 
imitation  dangereuse  et  funeste.  S'il  a  négligé  de  lire  et  d'étudier 
Lope  de  Vega,  ce  qui  aurait  été  presque  aussi  profitable  pour  ses 
drames  que  l'étude  de  Shakespeare,  s'il  n'a  connu  qu'une  partie 
bien  minime  de  la  littérature  espagnole,  il  a  connu  et  bien  com- 
pris Cervantes  :  les  liens  qui  l'attachaient  à  ce  grand  et  adorable 
génie  de  l'Espagne  résistèrent  à  toutes  les  vicissitudes  du  temps, 
à  tous  les  courants  littéraires  et  i  toutes  les  transformations  du 
goût.  Cette  constante  fidélité  ne  manqua  jamais  de  porter 
d'heureux  fruits. 


Arturo  Farinelli. 


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UN    ROMANCE    RETROUVÉ 


M.  Ramôn  Menéndez  Pidal  consacre  un  chapitre'  de  sa  très 
remarquable  étude  sur  La  leyenda  de  los  Infantes  de  Lara  (Madrid, 
1896)  aux  romances  qui  content  la  légende  fameuse,  particu- 
lièrement aux  plus  intéressants,  les  vieux  romances  et  les 
romances  populaires.  Le  dernier  de  ceux  qu'il  analyse  *  est  le 
romance  si  connu  A  cai^ar  va  don  Rodrigo  dont  s'inspirèrent 
Lope  de  Vega  et  Cubillo  et  qu'imita  Victor  Hugo  dans  une  Orien- 
//ï/^  célèbre  ^  Une  «  refundiciôn  »  de  ce  romance  ne  nous  serait  pas 
parvenue  et  quelques  débris  en  subsisteraient  seuls  dans  certaines 
pièces  de  théâtre  : 

For  ûltimo,  existiô  una  refundiciôn  del  romance  que  nos  ocupa,  en  la  que  se 
anadfan  algunos  rasgos  caprichosos.  Esta  segunda  version,  en  nuestros  siglos  de 
oro  mis  conocida  que  la  primera,  tan  solo  lo  es  para  nosotros  en  las  imitacio- 
nés  que  de  ella  se  hicieron  en  el  teatro.  Una  comedia  aoônima  de  1583  y  otras 
hechas  por  Lope  de  Vega  y  Cubillo  en  el  sigio  siguiente,  contienen,  en  la 
escena  de  la  muerte  de  Ruy  Velizquez,  restos  de  esa  refundiciôn.  Tenfan  el 
mismo  asonante  à-a  que  su  original  ;  ambos  contaban  cômo  Don  Rodrigo, 
yendo  de  caza,  se  habfa  recostado  ila  sombra  de  una  baya;  pero  en  la  version 
refundida,  el  traidor  no  maldccfa  solo  de  Mudarrillo,  sino  que  ademis,  acosado 
quizà  por  los  remordimientos,  apostrofaba  i  los  siete  Infantes  recordando  el 
agravio  de  DonaLambra  ;  en  esto  se  espantaba  su  caballo,  anunciando  lallegada 


1.  Primera  parte,  III,  pp.  81-117. 

2.  pp.  102-108. 

3.  Sur  Timitation  de  Victor  Hugo,  voir  :  UEspagne  dans  Im  Orientales  de 
Victor  Wu^o  (Revue  Hispanique,  1897,  pp.  83-92). 


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R.    FOULCHÈ-DELBOSC 


igador  ;  el  diilogo  de  Mudarra  con  Don  Rodrigo  era  muy  semejante, 
g;ual,  al  del  romance  conocîdo,  y,  en  fin,  Ruy  Veldzquez  pedfa  umbién 
i  y  el  moro  se  las  negaba. 

S  prenant  les  vers  qui,  dans  deux  comédies  de  Lope  et  de 
lo,  lui  semblent  avoir  été  directement  inspirés  par  ce 
ice  perdu,  M.  Menéndez  Pidal  présente  la  reconstitution 
ite: 

en  un  monte  junto  a  Burgos  (?)    al  pie  devna  verde  haya 
hechado  esta  Rui  Velazquez  (?)    cansado  de  andar  a  caza 

desque  Espana  es  Espàna... 

Sobrinos  los  rais  sobrinos    los  siete  Infantes  de  Lara 

caro  os  costô  mi  disgusto    mal  os  fue  en  esta  batalla 

si  no  tratarades  mal    a  mi  muger  dona  Alambra 

no  murierades  asi    en  campos  de  Arabiana 

ni  os  quitara  las  cabezas    AH  Bajd  Aliara  (??) 

Y  agora  un  medio  morillo    que  vuestro  hermano  se  Uama 

diçe  que  me  ha  de  matar    y  toraar  de  mi  venganza 

que  mi  caballo  se  espanta... 

Yo  me  Uamo  don  Rodrigo    o  Ruy  Velazquez  de  Lara 

Por  sobrinos  siete  infantes 

no  huyas,  villano,  aguardt 

Mientes,  infâme  morillo    hijo  de  la  renegada 
que  por  cuatro  como  tu     no  volviera  las  espaldas, 

romance,  dont  on  vient  de  lire  le  très  curieux  essai  de 
stitution,  était  en  effet  perdu,  ainsi  que  le  dit  M.  Menén- 
*idal.  J'en  ai  retrouvé  une  copie  dans  un  manuscrit  pro- 
t  de  la  bibliothèque  de  Salva  '  : 

En  un  monte  junto  a  Burgos    a  las  sombras  de  una  haya 
echado  esta  Rui  Velazquez  »    cansado  de  andar  a  caza, 
la  verde  hiedra  por  lecho    y  el  brazo  por  almohada, 
y  el  cavallo  atado  a  un  roble,    del  arzon  cuelga  el  adarga, 


oesfas  de  varios  autores  del  siglo  xvi,  recogidas  y  copiadas  por  D.  Gre- 
Vlayans.  4°.  Manuscrito  autôgrafo  de  45  hojas.  (Caiàlogo  de  la  Bibliotfca 
a,  no  325). 
Is.  :  estava  echado  Rui  Velazquez. 


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UN   ROMANCE   RETROUVÉ  253 

la  lanza  hincada  en  tierra,    la  mano  sobre  la  espada  ; 

y  entre  si  esti  pensando    de  la  mas  cruel  hazafia 

qui  hizo  jamas  christiano    desque  Espana  fuc  Espana  '. 

—  Sobrinos,  los  mis  sobrinos  %    los  siete  infantes  de  Lara, 
si  me  tratarades  bien    a  mi  muger  dona  Alambra, 

no  murierades,  sobrinos,    en  campos  de  Âraviana, 

ni  os  quitaran  las  cabezas     .' ). 

y  agora  un  medio  morillo  ♦    que  vuestro  hermano  se  llama 
dice  que  me  ha  de  matar    y  de  mi  tomar  venganza  : 
nunca  lobo  a  mi  ganado    que  mayor  dano  me  haga.  — 
Y  estando  en  estas  razones    un  cavallero  asomara  : 
tocado  va  a  la  morisma    aunque  es  la  senal  christiana, 
y  en  medio  del  pendon  trae    una  gran  cruz  colorada. 
Rui  Velazquez  que  le  vio    bien  pensô  que  era  Mudarra, 
mas  desque  le  conociô    quisole  volver  la  cara. 
Dijo  :  cavallero  espéra.    Dicele  :  espéra,  aguarda, 
que  segun  las  senas  traigo    tu  ères  quien  yo  buscava, 
el  que  matô  a  traicion    los  siete  infantes  de  Lara. 

—  Mientes,  mientes,  vil  bastardo,    hijo  de  una  renegada  ; 
yo  no  maté  a  mis  sobrinos    nin  en  ellos  non  pensa  va  $ 
nin  a  un  par  como  tu  *    non  les  negaré  la  cara.  — 
Jugando  van  los  cavallos,    blandeando  van  las  lanzas  ; 
vase  el  uno  para  el  otro,    recios  encuentros  se  davan, 

y  a  los  primeros  encuentros    Rui  Velazque  en  tierra  dava  ? 
Esto  que  vio  Gonzalvillo  *    del  cavallo  se  apeara, 


1.  Ms.  :  despues  que  Espaâa  fue  Espaûa. 

2.  Ms.  :  sobrinos  scr  mis  sobrinos. 

3.  al  infante  ni  a  Liarda,  dit  le  ms.  M.  Menéndez  Pidal,  on  l'a  vu,  a  conjec- 
turé :  Al(  Baii  Aliara.  En  réalité,  on  doit  retrouver  les  noms  de  deux  Maures 
dans  les  huit  syllabes  défigurées  dans  le  manuscrit.  Viara  et  Galve  sont  les 
deux  noms  donnés  par  la  Chronique  générale  d'Alphonse  X  ;  la  Chronique 
générale  de  1344  donne  «  Alicante  »  que  Ton  retrouve  aisément  sous  al  infante 
du  manuscrit. 

4.  Ms.  :  y  agora  un  medio  marido. 

5.  Ms.  :  nin  en  ellos  yo  non  pensava. 

6.  Ms.  :  nin  aun  par  siento  (sic)  como  ti. 

7.  Ms.  :  Rui  Velazque  que  es  en  tierra  dava. 

8.  Ms.  :  Esto  que  vio  un  salvillo. 


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R.    FOULCHÈ-DELBOSC 


icara  la  lanza  en  tierra,    la  cabeza  le  quitara, 
n  la  punta  de  su  lanza    el  la  poniera  hincada. 
erase  para  Almudevar,     para  Almudevar  la  llana  ; 
r  las  calles  de  Almudevar    a  grandes  voces  llamava  : 
Salid,  damas  e  doncellas,    las  del  linage  de  Lara, 
-edes  aqui  un  traidor    en  la  punta  de  mi  lanza, 
)ue  matô  a  traicior.    los  siete  infantes  de  Lara. 

onstitution  de  M.  Menéndez  Pidal  était,  comme  on 

rendre  compte  en  la  comparant  au  texte  que  je  viens 
r,  faite  d*une  manière  très  intelligente  et  très  heureuse  ; 

points  seulement,  le  romance  retrouvé  ne  répond  pas 
ent  à  ses  conjectures.  Le  cheval  de  Ruy  Velazquez  ne 
5  peur  à  l'arrivée  de  Mudarra,  et  le  dialogue  des  deux 
ges  diffère  assez  sensiblement  dans  le  romance  A  ca:^ar 
i  romance  En  un  monte. 

du  second  romance  (à  partir  de  Esto  que  vio  Gùn:^alvillo) 
l'équivalent  dans  le  premier.  Faut-il  voir  dans  Almu- 
manuscrit  Almodovar  del  Rio  et  l'épithète  la  llana  lui 
e  été  donnée,  à  tort  ou  à  raison,  par  analogie  avec 

la  ville  voisine?  ^ 

heureux  d'avoir  retrouvé  un  texte  qui  s'ajoutera  désor- 
i  collection  des  vieux  romances,  et  qui  me  permet  en 
mps  de  rendre  hommage  à  une  œuvre  dont  j'apprécie 
it  les  mérites. 

R.  Foulchê-Delbosc. 


'ôrdoha  la  llana  voir,  dans  le  livre  de  M.  Menéndez  Pidal ,  la  note  i  de 


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LAS   COPLAS    DEL   PROVINCIAL 


M.  Menéndez  y  Pelayo  a  récemment  étudié,  dans  le  tome  VI 
de  son  Antologia  de  pœtas  liricos  castellanos  (Madrid,  1896)  et 
antérieurement  dans  La  Espaha  moderna  (août  1895),  un  texte 
castillan  de  la  seconde  moitié  du  quinzième  siècle  ',  encore  aux 
trois  quarts  inédit  malgré  l'incontestable  intérêt  qu'il  offre  sous 
plusieurs  rapports.  Ce  texte  a  pour  titre  Las  copias  del  Provin- 
cial. 

El  artificio  con  que  estin  engarzadas  (las  copias)  no  puede  ser  mds  tosco  :  cl 
maldiciente  autor  transforma  la  corte  en  convento,  y  hace  coniparecer  ante  el 
Provincial  i  los  caballeros  y  damas  de  ella  para  recibir,  no  una  corecciôn  fra- 
terna,  sîno  una  série  de  botonazos  de  fuego 

Las  copias  son  149,  y  en  cada  una  hay,  por  lo  menos,  un  nombre  propio, 
sobre  el  cual  recae  con  odiosa  monotonfa  el  sambenito  de  sodomita,  comudo, 
judfo,  incestuoso,  y  tratândose  de  mujeres,  el  de  adultéra  6  el  de  ramera.  Los 
apellidos  mis  ilustres  de  Castilla  estdn  infamados  allf  con  taies  estigmas,  que 
los  descendientes  de  los  que  los  llevaban  trabajaron  con  ahinco,  aunque  sin 
fruto,  en  el  siglo  xvi,  para  aniquilar  las  famosas  copias,  valiéndose  hasta  del 
auxilio  de  la  Inquisiciôn  para  destruir  los  numerosos  traslados  que  de  ellas 
corrfan  en  alas  del  escdndalo  por  todos  los  imbîtos  de  Espana.  Pero  lodo  fué 
iniitil  :  la  prohibiciôn  acrecentô  el  valor  de  la  fruta  vcdada,  y  fuétanimposible 


I .  «  De  su  mismo  contexto  se  infiere  que  hubo  de  ser  escrita  después  de  1465 
y  antes  de  1474,  puesto  que  se  désigna  ya  en  ella  con  el  tftulo  de  Duque  de 
Alburquerque  à  D.  Beltrân  de  la  Cueva,  que  no  obtuvo  tal  merced  hasta  el 
primero  de  los  dos  aiios  citados,  y  se  dénigra  ademàs  como  persona  viva  al 
condestable  Miguel  Lucas  de  Iranzo,  que  fué  asesinado  en  la  iglesia  mayor  de 
Jaénel  22  de  Marzo  de  1473.  »  {Antologia,  pp.  vii-viii.) 


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256  LAS   COPLAS   DEL   PROVINCIAL 

destruir  las  afrentosas  Copias  cotno  el  Libro  Verde  de  Aragon  6  el  famoso  Ti^àn 
de  Espana.  No  hubo  colecciôn  de  papeies  genealôgicos  en  que  no  se  copiasen, 
y  Uegaron  hasta  à  ser  invocadas,  como  testimonîosdignos  de  crédito,  en  pleitos 
y  memoriales  ajustados.  En  cada  copia  se  extremaban  las  incorreccîones  y  los 
errores,y  también  soHan  adicionarse  ô  suprimirse  nombres  y  versos,  conforme 
lo  dictaban  partîculares  afectos  de  simpatfa  6  de  odio  respecto  de  las  Csimilias. 
El  texto,  por  todas  estas  razones,  ha  Uegado  d  nosotros  estragadfsimo,  y  solo  el 
hallazgo  de  un  manuscrito  del  siglo  xv  podrfa  fijar  la  verdadera  lec- 
ciôn... 

M.  Menéndez  y  Pelayo  n'a  publié  que  trente-sept  des 
149  Copias^  d'après  une  copie  faite  par  Gallardo^  La  Biblio- 
thèque de  Salvd  possédait,  dans  un  volume  de  Miscelànea 
genealôgica  (n°  3577),  une  copie  sensiblement  plus  ancienne  de 
ce  texte,  puisqu'elle  est  du  dix-septième  siècle.  C'est  d'après  ce 
manuscrit  que  je  publie  intégralement  Las  Copias  del  Provincial  *. 
Dans  une  prochaine  étude  je  m'occuperai  de  l'attribution. 

R.  Foulchè-Delbosc. 


1 .  V  Sigo  la  copia  màs  esmerada  que  he  visto,  la  que  posée  el  Marqués  de 
Jerez  de  los  Caballeros,  sacada  por  Gallardo  de  un  manuscrito  de  D.  Vicente 
Noguera...  el  cual  à  su  vez  la  habfa  trasladado  de  otra  copia  de  la  biblioteca  del 
Marqués  de  la  Romana.  »  (La  Espana  moderna,  août  1895,  p.  24,  note  i.) 

2.  Quelques  variantes  m*ont  été  fournies  par  les  fragments  publiés  par 
M.  Menéndez  y  Pelayo,  quelques  autres  par  une  copie  moderne  de  l'Académie 
de  THlstoire,  à  Madrid,  faite  elle  aussi  sur  le  manuscrit  du  marquis  de  la 
Romana.  Ces  deux  copies  (M.  y  P.  et  Acad.)  ont  donc,  indirectement  ou  non, 
la  même  origine. 


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LAS    COPLAS  DEL   PROVINCIAL 


1.  El  Provincial  es  Uegado 
a  aquesta  corte  real, 

de  nuevos  motes  cargado 
ganoso  de  dezir  mal. 

2.  Y  en  estos  dichos  se  atreve 
sino  que  culpen  a  el  ' 

si  de  diez  vcces  las  nueve 
no  diere'  en  mitad  det  fiel. 
5.  A  fray  capellan  mayor 
Don  Henriquede  Castilla, 
a  como  vale  el  ardor 
que  traeis  en  vuestra  silla  ? 

4.  A  fray  Henrique  Caôete 
y  Gonzalo  de  Luzon 

a  fi'ay  duque  de  Alburquerque 
que  es  el  mayor  garanon. 

5 .  A  fray  conde  sin  condado 
condestable  sin  provecho  » 
a  como  vale  el  derecho 
de  ser  villano  provado  ? 

6.  A  oder  y  a  ser  odido 


y  poder  bien  fornicar 
y  aunque  me  sea  savido 
no  me  pucden  castigar. 

7.  A  ti  frayle  mal  christiano 
que  dexaste  el  monasterio 
porque  hazes  adulterio 

con  la  muger  de  tu  hermano. 

8.  Por  aver  generacion 

que  no  se  pierdu  el  linaje 
ni  se  acave  ni  se  abaje^ 
por  falta  de  algun  varon. 

9.  A  ti  conde  Cazcorbillo  $ 
renegador  en  quaresma 
que  te  dieran  a  Ledesma 
por  labrar  en  Baldonquillo^. 

10.  Y  es  publica  voz  y  fama 
que  odisie  personas  très 
a  tu  amo  y  a  tu  ama 

y  a  la  hija  del  marques. 

1 1 .  Odes  al  Rey  y  a  la  Reyna 
odes  las  très  Badajozes  7 


1.  Acad.  y  sino,  culpenle  a  el 

2.  Acad.  no  diera 

5.  Acad.  Miguel  Lucas  sin  provecho 

4.  M.  y  P.  ni  se  acabe  ni  se  baje 

5.  Acad.  Cazcorrillo 

6.  Acad.  por  labrar  el  nul  hondido. 

7.  Ce  vers  a  dû  être  défiguré,  probablement  k  dessein,  par  quelqu'un  qui  ne  s'est  pas 
préoccupé  de  la  rime.  La  copia  elle-même  n'est  pas  actuellement  disposée  comme  les 
autres  (soixante-treiie  sont  à  rimes  ahab  et  soixante-quinze  à  rimes  abba)^ 

Rnif  hispaniqut.  17 


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porel  escote  * 
resena 

ner  por  mote 
duena  7. 
>lina 
destrozâ 
Médina 
Mendoza  *. 
y'ie  cucarro 
lo  sin  brio  » 
le  barro 


ozco 

lOSCO 

e  Pharon. 
^ue  me  asombra 
îl  înfierno 
:rano  sombra 
hyrabierno. 
:  valer 
>or  malo 
1  el  saver 
Gonzalo  '*». 
gozo 
lonzel 

»  para  pozo 
en  el. 
que  es  del 
e  viento, 


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LAS  COPLAS   DEL   PROVINCIAL 


259 


que  dexo  nuestro  convento 
por  ser  frayle  del  burdd. 

27.  No  os  podeis  ya  defender 
desnudo  desazendado 
y  cornudo  amojonado 
de  parte  de  su  muger . 

28.Tente,  frayle  càrbonero, 
que  contigo  eiste  ministro 
viene  a  ver  »  pôr  el  registro 
quien  te  sàco  de  pcchero. 

29.  Y  manda  el  buen  provincial 
que  no  traigas  mas  leon 

ni  aguilas  ni  cabron 
que  es  tu  sangre  natural. 

30.  Juan  de  Zuniga  es  venido, 
aqueste  frayle  perverso 
jugador  y  del  partido 

que  no  quiere  ser  converso. 

3 1.  Pues  mereze  ser  degrados 
(frayles),  dadle  la  corona 

que  es  grande  musico  de  dados, 
gran  ladron  por  su  persona. 

32.  A  ti  frayle  adelantado 

que  desciendes  de  una  negra 

porque  hazes  tal  pecado 

con  la  hermana  de  tu  suegra?  * 

33.  No  se  haga  de  eso  estima 
pues  el  prior  de  Leon 
sin  tener  dispensacion 
haze  bodas  con  su  prima. 

34.  A  ti  digo  mi  compadre 
don  Alonso  de  Aguilar 
como  te  puedes  echar 

con  la  hermana  de  tu  padt'e  ? 

35.  —  Muy  bien,  padre,  aunque  es 

[mi  da 


porqiie  nuestro  parentesco 
aunque  nuevo  es  muy  fresco 
por  via  es  de  basurdia. 

36.  Pues  asi  la  tosâ  va    . 
llamar  quiero  al  dormitorio 
y  sera  a  todos  notorio 
a  frayles  quien  esta  alla  ? 

37.Sodoma  con  Abiron 
y  toda  la  sodomiâ 
a  fray  don  Pedro  Giron 
don  Beltran  con  su  valia. 

38;  Veamos  en  este  conclave 
a  fray  Christoval  Platero 
con  tenazas,  sello  y  llave 
de  todo  falso  minero. 

39.  Y  diciendo  el  Provincial 

si  quereis  »  saver  sus  mana^ 
a  Dios  en  cruz  de  métal 
el  le  rayo  las  entranas. 

40.  Vengamos  a  poner  cobro 
don  Al  bar  Ferez  de  Castro 

que  el  ministro  alla  '  por  el  rastro 
que  da  de  continuo  a  logro. 

41.  Pues  tras  un  su  paramento 
le  fue  hallada  cierta  quenta 
que  Uevava,  (y  mal  contento) 
por  ciento,  ciento  y  cinquenta. 

42.  A  ti  fray  Diego  Arias  puto 
que  ères  y  fuiste  judio 
contigo  no  me  disputo 
que  tienes  gran  senorio. 

43.  Aguila,  castillo  y  cruz 
dime  de  donde  te  viene 
pues  que  tu  pila  capuz 
nunca  le  tuvo,  ni  tiene  ? 

44.  El  aguila  es  de  San  Juan 


1.  Acad.  viene  a  ser 

2.  Acad.  si  quieren 


Acad.  halle 


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-^r  v; 


260 


LAS  COPLAS   DEL   PROVINCIAL 


y  el  castillo  de  Emaus  ' 

y  en  la  cruz  puse  a  Jésus  ' 

siendo  yo  alli  capiun. 
45. Garcia,  esta  aca  tu  padre  ? 

a  quien  preguntasteis  por  el  ? 

a  ti  que  dice  tu  madré  ? 

que  ères  hijo  de  Rusel. 
46. Y  aun  jura  fray  Juan  de  Lerma 

que  estando  de  ti  prenada 

te  bautizo  con  su  esperma 

el  prior  de  Mejorada. 

47.  Que  hazeis,  don  fray  Mantilla, 
que  de  averso  es  vuestro  nombre 
que  os  tienen  en  esta  villa 

por  mandil  y  no  por  hombre  ? 

48.  Trobador  era  don  Duelo 
de  la  parte  de  su  abuela 

y  don  Habraan  su  abuelo 
hizo  copias  en  cazuela. 
49.  A  fray  Alonso  de  Torres 
comendador  de  los  ayres 
a  como  valen  los  donayres 
que  decis  a  los  senores  ? 

50.  A  fray  corner  y  beber 
que  me  dan  por  los  dezir 
y  tal  senor  puede  scr 
que  a  fray  algo  de  vestir. 

5 1 .  Un  monje  me  a  dado  quenta 

de  que  es  mal  firayle  Gjntreras 
a  dormido  »  muy  de  veras 
con  dona  Ana  su  parienta. 

52.  Y  aunque  otra  cosa  e  savido 
que  no  se  como  la  escriva 
que  haze  bodas  escondido 


con  su  hermana  putativa. 

53 .  A  ti  fray  rico  de  lanas 

del  convento  buen  hermano 
quexate  de  las  rufianas 
que  tomaste  de  Arellano. 

54.  Una  nueva  me  a  venîdo 
y  no  mas  lexos  que  ayer 
que  te  ode  de  continuo 
cl  que  ode  a  tu  muger. 

55.  A  ti  frayle  perro  *  moro 
de  la  casa  de  Guzman 
porque  cantas  en  el  coro 
las  leyes  del  Alcoran  ? 

56.  Dicenme  que  siendo  viva  ^ 
tu  muger  dona  Francisca 
te  casaste  a  la  morisca 
con  dona  Isavel  de  Oliva. 

57.  Provincial,  quexas  nos  dan 
de  un  hecho  tan  desabrido 
que  dexaste  por  olvido 

el  buen  prior  de  San  Juan. 

58.  Villano  no  e  de  olvidar 
tu  nefanda  artilleria 
maestro  muy  singular 
en  la  santa  sodomia. 

59.  A  ti  fray  Cuco  Mosquete 
de  cuernos  comendador 
que  es  tu  ganancia  mayor 
ser  comudo  o  alcaguete  ? 

60.  Asi  me  perdone  Dios 
y  no  lo  digo  por  salva 

que  de  entrambas  cpsas  dos 
he  servido  al  conde  de  Alva. 

61.  A  ti  fray  Diego  de  Ayala 


1.  Acad.  M.  y  P.  y  el  castillo  el  de  Eiiaus 

2.  Acad.  M.  y  P.  y  en  cruz  pasiste  a  Jésus 
5.  Acad.  y  a  dormido 

4.  Acad.  M.  y  P.  Pero  Moro 

5.  Acad.  M.  y  P.  siendo  aun  viva 


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LAS   COPLAS   DEL    PROVINCIAL 


261 


marido  de  dona  Aldonza 

a  como  vale  la  onzà 

del  cuerno  asi  Dios  te  vala. 

62.  A  ti  fray  Juan  *  de  Mendoza 
y  al  senor  comendador 
que  me  dan  con  grande  honor 
miel,  borra,  pluma  y  coroza. 

63.011  Gonzalez  Bobadilla 
aquî  quedareis  '  confuso 
que  andareis  )  en  esta  villa 
con  una  rueca  y  un  uso. 

64.  Porque  a  jurado  G)ntreras 
a  la  muy  santa  cruzada 

que  nunca  en  hurlas  ni  en  veras 
pusiste  *  mano  a  la  espada. 

65.  Fray  Alonso  de  un  gran  mal 
os  librad  por  cortesia 
porque  dice  el  Provincial 
que  dos  copias  os  hazia 

66.  La  una  de  vuestro  padre 
que  quemaron  en  Toledo 
la  otra  de  vuestra  madré 

que  es  pu  ta  de  las  de  Olmedo. 

67.  A  frayle  doclor  fiscal 
ahora  que  viene  el  rey 

a  mandado  el  Provincial 
que  vos  $  salgais  con  la  Icy. 

68.  Y  aun'asi  me  aiude  Dios 
que  debeis  salir  aora 

que  no  aveis  menester  hora 
pues  ella  misma  sois  vos. 

69.  Juan  de  Ulloa,  y  Valdivieso 
hombres  covardes  y  tristes 


de  la  batalla  que  huisteis 
résulta  muy  ruin  proceso. 

70.  Por  el  mundo  va  y  se  suena 
ser  aquesta  y  no  se  calla 
por  quien  dixo  Juan  de  Mena 
lamas  que  civil  batalla. 

71.  En  un  hospillal  vi  estar 
al  rincon  de  una  cozina 

a  Hemando  el  de  Tovar 
con  su  capa  gavardina  ^. 

72.  Es  muy  pobre,  mas  por  eso 
muy  ufano  de  hidalguia 

y  el  Provincial  le  decia 
que  su  padre  era  confeso. 
73. Fray  Pedro  Mendez  hermano 
privado  de  Geremias 
dime  tu  quanto  darias 
por  un  quarto  de  christiano  ? 

74.  Respondio  de  llano  en  llano 
asi  goze  de  mis  dias 

pues  es  cornudo  y  muy  villano 
quien  hizo  las  copias  mias. 

75.  A  ti  fray  Diego  de  Llanos 
puto  mal  quisto  de  gente 
de  linage  de  villanos 

de  sangre  lluvia  doliente. 

76.  Di  a  tu  hermano  por  mi  amor 
que  castigue  su  trasero 

de  tantoputo  palmero 
como  trae  al  rededor. 

77.  A  frayle  que  bien  contrasta 
Pcro  Alvarez  de  Palencia 

a  como  das  la  scntencia 


1.  M.  y  P.  A  fray  don  Juan 

2.  M.  y  P*  quedarâs 

5.  Acad.  M.  y  V.  andaris 

4.  Acad.  pusisteis 

5.  Acad.  que  110  os 

6.  Acid.  con  su  capa  y  gavardina. 


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262 


LAS   COPLAS   DEL    PROVINCIAL 


del  conde  de  Sanu  Maru. 
yS.Aprecio  que  siempre  queda 
la  condesa  por  abrigo 
de  embiarnie  pano  y  seda 
y  muchas  cargas  de  trigo. 

79.  A  li  fray  Juan  Bahari 
gran  pontifice  mundano 
rezador  deJ  Genesi 
mexorque  del  calendario. 

80.  Asi  yo  de  ti  vea  gozo 
obispo  talle  de  cuero 

que  te  vi  siendo  mas  mozo 
ofîcial  de  un  cuchillero. 

81 .  A  frayle  doçtor  de  Castro 
el  ministre  a  dicho  aqui 
que  os  eligen  por  rabi 

y  lo  a  sacado  por  rastro. 
82.Descended  de  Abacu 
hebreo  de  masa  d'uva 
que  hallaste  rota  la  cuba 
y  por  tapon  una  pu. 

83.  Segun  hedeisajudio 
aueis  menester  mandil 
y  rogalle  al  alguazil 

por  vuestro  hijo  y  el  mio. 

84.  Fray  Pedro  de  Bobadilla 

no  os  hagais  sordo  ni  mudo 
que  os  tienen  en  esta  villa 
por  muy  famoso  comudo. 

8$.  Bien  lo  save  el  Provincial 

porque  desde  aqueste  hymbiemo 
yo  y  el  nuestro  mayoral 
andamos  a  toma  el  cuemo. 

86.  Fray  Pedro  Mendez  christiano 
mintiô  quien  tal  dezia 
que  el  un  quarto  es  de  marrano 


y  los  très  de  sodomia. 

87.  Un  frayle  me  dixo  anoche 
(el  nombre  del  quai  te  niego) 
que  en  el  meson  de  Pcdroche 
fuiste  novio  de  don  Diego. 

88.  En  el  convento  mayor 
y  en  la  mesa  maestral 
Francisco  comendador 
a  causado  mucho  mal. 

89.  Pues  '  de  cuemos  no  podeis 
levantaros  cou  gran  mengua 
y  al  dar  la  mano  decis  ' 
valedme  senora  Menga. 

90.  A  ti  frayle  apanador 
canciller,  quien  fue  tu  madré  ? 
pues  sayemos  que  tu  padre 
fue  un  honrado  labrador.    ■ 

91 .  Puedes  de  su  condicion 
loarte  bien  con  derecho  : 
pues  las  monedas  y  pecho 
las  pagava  sin  pasion. 

92.  Pues  les  dio  a  los  de  Toledo 
padres  ?  habladles  comeja) 
ce  Deo  gratias  hable  quedo 
y  direselo  a  la  oreja. 

93.  A  Heman  Dalvarez  «  primero 
deben  que  se  lo  dio  el  Rey 
que  fue  rabino  en  su  ley 

y  creyo  en  Dios  verdadero. 

94.  A  senor  pesquisidor 
el  Provincial  os  avisa 

que  os  dexeis  desta  pesquisa 
porque  sera  vuestro  honor. 

95.  Que  por  vida  de  la  novia 
hermosa  en  el  presumir 
que  son  idos  a  Segovia 


1.  Acad.  Que 

2.  F.iut-il  corriger  pudisteis  et  dijisteis? 
5.  Acad.  padres  ?  a  V.ildecorneja 

4.  Acad.  A  Heman  Alvarez 


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A 


LAS   COPLAS   DEL    PROVINCIAL 


263 


por  cosas  para  os  decir. 

96.  Los  de  Segovia  an  llegado 
con  las  cosas  que  alli  hallaron 
y  al  Provincial  admiraron 
luego  que  las  han  contado. 

97.  Proveio  en  una  sola 
hasta  mexor  ordenar 

que  os  castiguen  en  la  cola 
por  vuestro  mal  ravear. 

MUGERES. 

98.  A  ti,  diosa  del  deleite 
gran  senora  de  vasallos 
dicenme  que  tienes  callos 
en  el  rostro  del  afeite. 

99.  Y  que  vuestra  senoria 
tiene  très  dientes  postizos 
que  save  mucho  de  echizos 
y  estudia  nigromancia. 

100.  Decid,  senora  marquesa, 
como  os  va  con  el  marques? 
mas  a  ya,  padre,  de  un  mes 
que  no  como  yo  *  a  su  mesa. 

ICI. No  tengais  pena  ninguna 
que  si  el  apetito  inflama 
ay  esta  don  Juan  de  Luna 
que  nunca  os  falta  en  la  cama. 

102.  Dona  Elvira  de  Pisano  » 
la  del  rabo  y  ojo  puto 
porque  os  quitasteis  el  luto 
antes  de  cumplir  el  ano  ? 

103.  Por  casar  con  mi  criado 
el  mi  paje  un  querido 
que  en  vida  de  mi  marido 
le  tuve  yo  por  velado. 


104.  Decid,  la  dama  sin  nombre, 
por  no  ofender  al  marques 
a  como  vale  el  valdres 

por  falta  de  cuerpo  de  hombre  ? 

105.  A  très  veces  en  el  ano 
(Provincial,  digo  de  honor) 
arvidas  )  con  gran  sudor 

o  por  fuerza  o  por  cngano. 

106.  Senora  dona  Maria 

no  esteis  mas  en  mi  pasada 
que  hedeis  mucho  a  judia 
aunque  vengais  perfumada. 
107. Mas  que  dicen  que  teneis 
unos  humillos  de  puta 
que  os  hazen  disoluta 
quando  a  vistas  os  poneis. 

108.  Vos  dona  Isabel  de  Estrada 
declaradme  sih  contienda, 
pues  teneis  avierta  tienda, 
a  como  pagan  de  entrada  ? 

109.  Vaya  Vuestra  Reverencia 
a  dona  Inès  G)ronel 

que  se  a  visto  en  el  burdel  ; 
de  la  ciudad  de  Valencia. 

1 10.  A  patrona  de  gran  fama 
pues  paso  vuestro  déporte 
ydos  ya  de  aquesia  corte 
que  sois  vieja  para  dama. 
Por  cierto,  padre,  si  hiciera 
pues  no  cortan  mis  tijeras 
pero  sirvo  de  tercera 
a  hijas  y  companeras. 
Dicenme,  dona  Maria 
que  por  hazer  buena  masa 
se  a  pasado  a  vuestra  casa 
toda  la  chancilleria. 


III 


112 


1.  Acad.  que  110  hc  comido 

2.  Acad.  Pizano 

3.  Acad.  aidas 


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264 


LAS   COPLAS   DEL  PROVINCIAL 


113.  Castilla  no  lo  consienie 
aunqùe  disimula  el  rey 
pues  hàzeis  quebrar  la  ley 
a  su  nuncio  présidente. 

1 14.  Y  vos  »  dona  Ynes  Mexia 
mas  fria  que  los  hymbîernos. 
a  como  valen  los  cuernos 
que  poneis  a  don  Garcia  ? 

1 1 5.  A  precio  '  de  los  de  Hurtado 
que  le  pone  su  muger 
dona  Sancha  de  Alcozer 
con  un  frayle  consagrado. 

ii6.Decidme,  dona  Leonor, 
que  dofta  Ana  vuestra  hija, 
a  corrido  la  sortija 
con  el  nuestro  superior? 

1 17.  Que  don  Sancho  de  Quinones 
a  picâdo  en  su  razi.no 

y  don  Alvaro  su  primo 
le  rebusca  las  razones.  » 

1 18.  A  frayla  dona  Mencia 
como  pareceis  al  padre? 
Bendita  sea  la  madré 
que  taies  hijos  paria. 

119.  Pues  desde  una  hasta  ciento 
nunca  el  cuerpo  denegô 
por  igualar  con  el  quenio 
que  de  su  madré  heredô. 

120.  Que  buscais,  dezid,  dona  Ana, 
en  aquesta  real  audiencia? 

—  Vengo  a  oir  la  sentencia 
del  pleito  de  dona  Juana. 

121.  Y  entre  tanto  que  se  da 
andome  por  esta  corte 
por  mi  plazer  y  déporte 


122 


123. 


y  ver  si  alguien  me  querra. 
Dona  Maria  Sarabia 
muger  de  Franco  Garcia 
a  como  vaHe  la  ravia 
que  teneis  por  hidalguia? 
A  très  libras  de  albaialde 
asentadas  en  la  tez 
que  pone  la  del  alcaldc 
Pero  Albarez  el  juez. 

124.  A  ti  firay  dona  Maria 
muger  que  fiiiste  de  aquel 
que  por  la  tinta  y  papel 

le  Uamaron  Senoria. 

125.  Pues  fueron  taies  estrechos  ♦ 
que  nunca  volviste  espaldas 
alzando  siempre  las  faldas 

y  adargando  con  los  pecfaos. 

126.  Dona  Maria  Manrique 
respondeme  a  la  que  os  digo 
si  teneis  a  don  Fadrique 
por  esposo  o  por  marido  ? 

i27.Hablando,  padre,  verdad 
yo  le  tengo  por  sayon 
y  digolo  en  confesîon 
a  Vuestra  Patemidad. 

128.  Decid  dama  cortesana 

que  estais  triste  y  querellosa 
que  vida  es  ser  religiosa 
para  la  que  fue  profana  ? 

129.  Preguntaldo  al  Provincial 
a  dona  Isabel  Giron 
que  dexa  la  religion 

por  seguir  la  corte  real. 
1 50.  Dona  Mayor  de  la  Cueba 
dio  mano  de  casamiento 


I.  Acad.M.  y  P.  A  vos 

3.  Acad.  Al  precio 

5.  Acad.  los  granzones. 

4.  AcaJ.  Qmc  fcciste  talcs  hechos 


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LAS  COPLAS  DEL   PROVINCIAL 


265 


a  don  Alvaro  Sanniento 
la  qiial  aora  ella  niega. 

1 3 1 .  Y  aunque  esta  depositada 
por  mandado  de  la  Reyna 
don  Henrique  la  despiema 
en  su  celda  consagrada. 

132.  Decidme,  dona  Violante 
perseguida  de  parientes 
como  os  va  con  los  présentes 
que  os  embia  cl  Almirante  ? 

133. —  Muy  bien,  padre  guardîan, 
pues  con  ello  hago  salva 
a  toda  la  casa  de  Alva 
y  al  buen  prior  don  Beltrau. 

1 34.  Por  la  cortc  va  y  resuena  » 

que  es  muy  grande  ^  intercesora 
del  obispo  de  Zamora 
dona  Constanza  de  Mena. 

135.  Muy  mal  ofîcio  tomais 
para  ser  dama  tan  moza 
desurdid  lo  que  tramasteis  ' 
y  guardaos  de  una  coroza. 

136.  Decidme,  dona  Lucrecia 

en  el  nombre  y  no  en  la  fama 
a  como  vale  el  ser  necia 
y  fîngir  mucho  de  dama? 

137.  A  madama  mi  Leonor 
que  hazeis  tanto  en  palacio 
quando  esta  sola  y  despacio 
en  el  paje  y  el  senor. 

1 38  De  vos,  dona  Gitalina 
quiero  dar  una  querella 
porque  andais  como  donzella 


siendo  ya  viexa  mohina? 

1 39.  —  No  teneb,  padre,  razon 
pues  anda  dona  Theresa 
que  esta  mas  para  la  huesa 
muy  puesta  de  perfecdon. 

140.  Pues  es  la  dama  afectada 
a  vos  digo  fray  Montero 
la  de  nuestro  tesorero 
quedô  *  en  vida  cmbalsamada. 

141.  Valasme  la  Trinidad 
que  yo  no  caigo  s  en  ella 
esa  es  la  que  desuella 

a  Vucstra  Patemidad. 

142.  Una  nueva  me  a  venido 
que  dona  Isabel  Urtado 
encomuda  a  su  marido 
con  don  Pedro  su  cunado. 

143.  Y  a  tener  las  bodas  fue 
en  casa  de  la  sargenta 
no  dire  lo  que  mas  se 
porque  es  mucho  si  se  quenta. 

144.  Es  ya  comun  opinion 
que  dona  Ana  de  Guevara 
haze  doblegar  la  vara 

al  alcalde  Mondragon. 

145.  Y  que  tiene  su  déporte 
con  don  Alvaro  Pacheco 
y  en  decirlo  yo  no  peco 
pues  es  publico  en  la  corte. 

146.  Dicese  entre  cortesanos 
por  muy  publico  y  notorio 
que  dona  Francisca  Osorio 
se  acuesta  con  dos  hermanos. 


1.  M.  y  P.  y  se  suena.  Cf.  U  copia  70. 

2.  M.  y  P.  que  es  muy  gran 

3.  La  correction  s'impose  ;  tomais  et  tramais,  ou  tomastcis  et  tramasteis. 

4.  Acad.  que  anda 

5  Acad.  que  yo  110  caia 


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LAS   COPLAS   DEL   PROVINCIAL 


âs  culpar  —  Con  esta,  son,  podre,  très 

por  entero  '  y  nunca  me  hîze  prenada. 

il  te  heredero  149.  De  eso  no  me  maravillo 
Aguilar.  porque  entrando  bien  en  quenta 

iza  de  Valdes  pasais  ya  de  los  cinquenta 

:s  soys  casada  ?  y  mudais  mucho  el  caldtlto. 


haze  segun  inBero 


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COMPTES   RENDUS 


Relaciôn  de  un  viaje  por  Europa  con  la  peregrinaciôn  i  Santiago  de  Galicia  verificado 
i  fines  del  siglo  xv  por  Màrtir,  obispo  de  Arzendjan  ;  traducido  del  armenio  por 
M.  J.  Saint-Martin  y  del  francés  por  E.  G.  de  R.  Madrid^  establen'miento  iipogràfico  de 
Fartanei,  1898,  in-8j  20  pp. 

Madame  E.  Gayangos  de  Riano  a  eu  Texcellente  idée  de  traduire  en  espa- 
gnol la  Relation  d*un  voyage  fait  en  Europe  et  dans  VOce'an  Atlantique^  à  la  fin  du 
XFe  siècle,  sous  le  règne  de  Charles  VIII,  par  Martyr,  évéque  (P Arzendjan,  dont 
J.  Saint-Martin  avait  publié  le  texte  arménien  accompagné  d'une  traduction 
française  dans  une  brochure  (Paris,  1827)  à  peu  près  introuvable  aujour- 
d'hui. Le  voyageur  consacre  la  seconde  moitié  de  son  récit  à  conter  sa  pérégri- 
nation en  Espagne  ;  les  villes  qu'il  mentionne  sont  les  suivantes  :  Fontarabie(?), 
Saint'Sébastien,  Portugalete,  Santander,  Santillana,  San  Vicente  de  la  Bar- 
quera,  Ovîedo,  Betanzos,  Saint -Jacques  de  Compostelle,  Illano  (?),  Bilbao, 
Guetaria,  Sainte-Marie  de  Finisterre  (?),  Cadix,  Sainte-Marie  de  Guada- 
lupe,  Séville,  Salobrena,  Grenade,  Jaén,  Baeza,  Ubeda  (?),  San  Esteban 
dd  Puerto,  Bogarra  (?),  Chinchilla,  Almanza,  Vallada  (?),  Montesa  (?),  Jitiva, 
Alcira,  Valence,  Barcelone,  Perpignan.  L'évêque  arménien  est,  malheureuse- 
ment pour  nous,  extrêmement  concis;  il  donne  quelques  détails  (quelques-uns 
inexacts,  peut-être  par  suite  du  mauvais  état  du  texte  original)  sur  Compos- 
telle, parle  de  bêtes  sauvages  (M™*  G.  de  R.  suppose  qu'il  s'agit  de  lynx)  qu'il 
aperçut  en  grand  nombre  peu  de  temps  après  son  départ  du  sanctuaire  célèbre 
et  auxquelles  les  gens  du  pays  le  félicitèrent  d'avoir  échappé,  et  se  borne  à 
nous  dire  qu'il  s'embarqua  à  Guetaria  sur  un  bateau  avec  lequel  «  il  parcourut 
le  monde  »  pendant  soixante-huit  jours.  Sur  ce  voyage  maritime,  commencé 
le  8  avril  1494,  J.  Saint-Martin  a  longuement  discouru.  Cadix  est  petite,  mais 
pleine  de  magnificences  ;  Grenade  est  grande  et  riche  ;  Jaén  possède  un  suaire 
du  Christ;  Jdtiva  a  25.000  maisons.  Valence  70.000,  Barcelone  90.000.  Malgré 
une  telle  concision,  peu  surprenante,  d'ailleurs,  chez  un  voyageur  de  cette 
époque,  la  plaquette  que  nous  venons  de  signaler  est  d'un  réel  intérêt  et  l'on 
ne  peut  que  savoir  gré  à  M"»*  G.  de  R.  d'avoir  attiré  l'attention  sur  ce  récit,  si 
peu  connu  jusqu'ici. 

R.   F0UtCHÊ-DEL30SC. 


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268  COMPTES   RENDUS 


Le*  Capitales  du  Monde,  Paris  :  Hachette  et  C",  in-4,  592  pp. 

Édité  avec  luxe  et  orné  cl*un  grand  nombre  de  gravures  sur  bois,  ce 
volume  contient  25  monographies,  dont  chacune  est  duc  à  un  écrivain  diffé- 
rent. Deux  seulement  nous  intéressent  :  Lisbonne  (pp.  219-242),  par  Armand 
Dayot,  Madrid  (pp.  559-582),  par  Emilio  Castelar. 

M.  Dayot  nous  avoue  avoir  écrit  sa  notice  avec  a  un  regret  cuisant  d'un 
passé  déjà  lointain  »,  alors  qu'il  avait  «  aux  lèvres  la  libre  chanson  de  la  ving- 
tième année  w.  C'est  à  1878,  en  effet,  que  remonte  Texcursion  en  Portugal  qui 
nous  valut  un  peu  plus  tard  le  volume  obligatoire  (Croquis  de  voyage,  Paris, 
1887).  M.  D.,  nous  le  craignons,  n'a  du  portugais  et  du  Portugal  qu'une  con- 
naissance des  plus  approximatives;  c'est  mal  débuter  que  de  citer  (p.  221) 
quelques  lignes  de  l'œuvre  de  M"»©  Rattazzi  sur  ce  pays  et  de  se  livrer  au  plaisir 
quelque  peu  enfantin  de  nous  narrer  que  «  les  noms  delà  vieille  cité  lusitanienne, 
tout  en  se  modifiant  très  fréquemment  à  travers  les  siècles,  pour  des  causes 
assez  inexpliquées,  semblent  toujours  dériver  de  celui  de  l'héroïque  voyageur 
que  l'opinion  du  peuple  lui  donne  comme  fondateur,  car,  avant  de  s'appeler 
Lisbôa,  elle  a  porté  tour  à  tour  les  noms  d'Elisea,  d'Ulisea,  d'Ulisipolis,  d'UIi- 
sipo,  d'Olisipo,  d'Olisipona,  d'Olisipoa,  d'UIixiponna  et  d'Exupona...  ».  C'est 
par  un  procédé  analogue  que  certains  étymologistes  facétieux  prouvent 
que  Babet  dérive  de  Clovis.  Si  l'on  tenait  à  nous  remémorer  la  légende 
d'Ulysse,  il  eût  mieux  valu  citer  les  Lusiades  : 

£  tu,  nobre  Lisboa,  que  no  mundo 
Facilmente  das  outras  es  princesa, 
Que  ediiîcada  foste  do  facundo, 
For  cujo  engano  foi  Dardania  accesa. 

En  outre,  n'en  déplaise  à  M.  D.,  Lisbonne  ne  s'appelle  pas  Lisbôa,  mais 
bien  Lisboa,  ou,  si  l'on  tient  à  indiquer  la  prononciation  de  la  voyelle  tonique, 
Lisbôa.  Et  pourquoi  écrire  Algès,  Cascaès,  Collarès? 

Nous  devons  constater  que  pour  des  causes  probablement  tout  aussi  «  inex- 
pliquées »,  l'auteur  a  pris  avec  la  géographie  des  libertés  au  moins  inattendues  : 
c'est  ainsi  qu'à  Lisbonne  M.  D.  traversa  le  Tage  pour  se  rendre  «  à  Evora 
située  sur  l'autre  rive  »  (p.  223);  c'est  vraisemblablement  d'Almada  qu'il 
s'agit.  Nous  avons  mieux  :  «  Les  Lisbonnais,  nous  dit-on  à  la  p.  224,  désignent 
communément  sous  le  nom  de  gallegos  les  portefaix,  les  commissionnaires, 
les  porteurs  d'eau.  Les  individus  qui  remplissent  ces  fonctions,  auxquelles  le 
plus  misérable  des  Portugais  dédaigne  de  se  livrer,  sont  presque  tous  origi- 
naires de  laGalicie  ».  Qui  se  serait  douté  qu'il  y  eût  à  Lisbonne  tant  de  sujets 
de  l'empereur    d'Autriche?   Et  n'est-ce  pas  plutôt  de  la  Galice  que  M.  D. 


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COMPTES   RENDUS  269 


avait  rintention  de  parler  ?  Dédommageons-nous  de  ces  petites  bévues  en 
apprenant  le  résultat  des  recherches  artistiques  de  notre  voyageur  :  «  J*ai  donc 
voulu  faire  sérieusement  connaissance  avec  Tartiste  national,  et...  je  me  suis 
rendu  à  Viseu,  le  pays  natal  de  Vasco  Fernandez  (surnommé  Gran  Vasco)... 
J*ai  eu  aussi  Theureuse  fortune  d'apprendre,  en  fouillant  dans  les  archives 
poussiéreuses  de  Téglise  de  Viseu,  que  Vasco  Fernandez  naquit  en  1552,  et 
qu'il  était  fils  du  peintre  François  Fernandez...,  mais  je  n*ai  pu  savoir  la  date 
et  le  lieu  de  sa  mort»  (p.  229).  C'est  donc  —  n'en  doutons  pas  —  aux 
recherches  personnelles  de  M.  D.  a  dans  les  archives  poussiéreuses  de  l'église 
de  Viseu  »  que  Ton  doit  de  savoir  quand  naquit  «  l'artiste  national  ».  A  côté 
de  tout  cela,  des  banalités  ressassées  par  tous  les  «  Guides  du  voyageur  »  et 
même  une  inutile  digression  (pp.  229-231)  sur  les  «  agenouillements  exta- 
tiques sous  les  longues  mantilles  noires,  à  l'ombre  des  lourds  piliers 
humides  »  des  femmes  espagnoles,  à  propos  d'un  acte  de  ferveur  dont  M.  D. 
dit  avoir  été,  un  jour,  le  témoin  «  dans  une  des  églises  les  plus  curieuses  et 
cependant  les  moins  connues  de  Cordoue,  à  Nostra  Senora  de  la  Ft4entesanta». 
Que  n'a-t-on  fait  appel,  pour  une  publication  de  ce  genre,  à  quelqu'un  ayant 
des  souvenirs  un  peu  moins  lointains  et  connaissant  un  peu  mieux  Lis- 
bonne ? 

M.  Castelar  a,  sur  le  précédent  écrivain,  l'avantage  de  connaître  ce  dont  il 
parle  ;  il  a  composé  sur  Madrid  une  notice  dont  le  seul  défaut  est  d'être  écrite 
en  français,  langue  qui  s'accommode  parfois  assez  mal  des  outrances  et  des 
déformations  où  se  complaît  l'espagnol  d'aujourd'hui.  Le  tableau  qu'il  nous 
trace  de  la  vie  madrilène  ne  manque  ni  de  grandeur,  ni  de  pittoresque  ;  peut- 
être  semblera-t-il  par  trop  optimiste  à  certains,  mais  comment  pourrait-on 
reprocher  sérieusement  à  l'auteur  de  voir  sous  de  riantes  couleurs  le  peuple 
dont  il  fut  si  longtemps  l'enfant  gâté  ?  Comment  s'étonnerait-on  de  trouver 
sous  sa  plume  une  déclaration  comme  celle-ci  :  w  Quand  vous  voyez  le  peuple 
de  Madrid  écoutant  avec  ravissement  un  de  ses  grands  orateurs...  vous  ne  pou- 
vez vous  défendre  de  le  reconnaître  et  de  le  proclamer  civilisé  entre  les  civi- 
lisés...» Allons,  l'ingratitude  n'est  évidemment  pas  le  fait  de  M.  Gistelar. 
Une  seule  ombre  à  son  tableau  :  «  Je  ne  vois  que  trois  choses  qui  font  tache  : 
les  taureaux,  la  loterie,  la  mendicité.  »  Laissons  de  côté  les  taureaux;  la  loterie 
n'a  guère  de  défenseurs  chez  tout  être  intelligent,  et  la  mendicité  est  une  plaie 
hideuse  sur  laquelle  nul  n'a  encore  osé,  hélas,  appliquer  le  fer  rouge  ;  mais  n'y 
a-t-il  pas  un  fléau  plus  terrible  que  la  loterie  et  la  mendicité,  et  ce  fléau  n'est- 
il  pas  l'abus,  dans  tout  discours  et  dans  tout  écrit,  de  l'exagération,  de  l'hyper- 
bole, de  l'emphase,  l'habitude  invétérée  de  déformer  systématiquement  le 
moindre  fait  par  une  amplification  ridicule  à  force  d'être  excessive  ?  Telle  est,  A 
notre  humble  avis,  la  chose  qui  obscurcit  tout  le  reste,  mais  nous  ne  songeons 
pas  à  nous  étonner  que  M.  Castelar  n'en  parle  pas,  car  il  est  un  de  ceux  qui 


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270  COMPTES   RENDUS 


contribuèrent  le  plus,  lune  époque  Ton  aurait  pu  peut-être  y  porter  remède,  à 
développer  le  goût  de  ses  compatriotes  pour  les  formules  sonores  cachant  le 
vide  de  la  pensée. 

Ad.  Gra\dier. 

Paul  Groussac.  Del  Plata  al  Niigara.  Buenos  Aires  :  Adminisiraciôn  de  La  Biblioteca, 
1897,  *'*"^»  31x111-487  pp. 

L'Amérique  espagnole  nous  est  encore,  malgré  les  quelques  relations  de 
voyage  publiées  dans  ces  dernières  années,  assez  mal  connue  :  le  volume  de 
M.  Paul  Groussac  redressera  plus  d'une  opinion  erronée  sur  ces  pays  intéres- 
sants à  tant  d'égards.  Il  a,  d'ailleurs,  sur  les  touristes  européens,  un  avantage 
sérieux,  celui  que  donne  une  résidence  de  nombreuses  années  dans  l'Argentine 
où  il  occupe  de  hautes  fonctions.  Quelques-uns  des  chapitres  de  son  livre  ont 
paru  tout  d'abord  dans  La  Nacién  et  dans  La  Biblioleca  de  Buenos  Aires  ;  les 
autres  sont  inédits  :  tous  nous  retracent  le  voyage  de  l'auteur  aux  États-Unis 
au  moment  de  l'exposition  universelle  de  Chicago.  Nous  n'avons  à  nous  occu- 
per ici  que  des  deux  cents  premières  pages  consacrées  au  Chili,  et  aux  diffé- 
rents trajets  Valparafso-Lima,  Lima-Colôn,  Colôn-Veracruz  et  Veracruz- 
Mexico.  De  l'Argentine  elle-même,  M.  G...  ne  nous  dit  rien  dans  le  corps  de 
l'ouvrage,  et  il  nous  en  donne  la  raison  dans  sa  préface  :  «  En  este  ripido 
bosquejo  del  continente  americano,  se  echari  de  menos  al  pafs  mismo  de  donde 
arranca  el  viajero  :  falta  aqu{  la  Repûblica  Argentins,  como  falta  en  un  cuadro 
el  punto  de  vista.  No  se  puede  estar  i  un  tiempo  en  la  sala  y  en  el  escenario. 
A  este  pafs,  y  solo  â  él  converge  la  perspectiva  :  mis  observaciones  mis  exte- 
riores  tomarian  otro  giro  si  las  redactase  para  europeos.  »  Un  des  chapitres  de 
l'appendice,  écrit  en  français,  comble  en  partie  cette  lacune.  Le  mieux  est  d'en 
extraire  quelques  passages. 

Si  c'est  en  voyageant  dans  l'Uruguay,  au  Brésil,  en  Bolivie,  qu'on  apprécie  la  supériorité 
réelle  de  la  République  Argentine  sur  ces  contrées  limitrophes  du  versant  oriental,  il  faut 
séjourner  au  Chili  pour  se  rendre  un  compte  exact  de  l'œuvre  européenne  dans  la 
Plata.  Je  veux  dire  que  c'est  ici,  et  par  comparaison,  qu'on  peut  mesurer  et  peser,  mieux 
que  partout  ailleurs,  ce  qu'a  représenté  pour  l'Argentine,  durant  an  demi-siècle,  l'allu- 
vion  incessante  et  l'apport  continu  de  l'étranger...  L'on  est  très  vite  convaincu  que  ce 
qui  manque  Â  la  vie  chilienne  d'aisance  et  de  confortable  urbains,  de  finesse  et  de  véri- 
table élégance  dans  son  train  journalier,  —  aussi  bien  que  d'indépendance  intellectuelle 
et  de  largeur  critique  dans  les  idées,  —  c'est  nous,  décidément,  qui  l'avons  là-bas 
importé  et  imposé. 

...C'est  ici  avant  tout  un  continent  d'assimilation  européenne,  fait  évident  qu'aucune* 
des  nations  qui  s'y  développent  ne  cherche  à  dissimuler.  Du  Mexique  au  détroit  de 
Magellan,  ce  qu'on  appelle  progrès,  civilisation  nationale,  c'est  l'absorption  et  la  diges- 
tion plus  ou  moins  parfaite  de  la  civilisation  et  des  progrès  européens...  Le  nombre 
absolu  des  Européens  établis  dans  la  contrée  vous  sera  une  excellente  appréciation. 


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COMPTES   RENDUS 


...La  présence  d*une  forte  colonie  européenne  dans  une  région  américaine,  n'est  pas 
seulement  un  gage  de  prospérité  et  une  cause  de  dé>'eIoppement  social  :  c'est  aussi,  et 
tout  d'abord,  un  indice  très  sûr  de  richesse  actuelle..  L'émigration  s'est  écoulée  un  peu 
partout  en  Amérique  :  elle  ne  s'est  établie  solidement  et  à  demeure  que  dans  les  con- 
trées où  elle  pouvait  prospérer. 

La  conclusion  se  devine  aisément.  A  citer  aussi,  ces  considérations  sur  les 
Chiliens  : 

Tout  ce  que  j'ai  vu,  tout  ce  que  je  devine  me  prouve  que  le  Chilien  cultivé  est  au 
moins  l'égal  de  l'Argentin  tout  pur,  —  par  exemple  du  provincial  élevé  à  Buenos  Aires 
et  qui,  ses  grades  pris,  va  exercer  une  profession  libérale  dans  sa  ville  de  l'intérieur.  On 
pourrait  même  avancer  que,  dans  un  groupe  cis-andin,  la  moyenne  d'acquis  scientifique 
ou  littéraire,  de  travail  intellectuel,  consciencieux  et  solide,  doit  être  sensiblement  plus 
forte  que  dans  le  groupe  correspondant  de  Buenos  Aires.  Ils  doivent  faire,  en  général, 
de  meilleurs  professeurs,  ingénieurs,  naturalistes.  Je  n'ai  ni  temps,  ni  qualité  pour 
apprécier  d'original  leurs  médecins  ou  leurs  jurisconsultes  ;  —  et  je  dois  dire  que  ceux 
que  j'ai  pu  connaître  m'ont  inspiré  beaucoup  d'estime,  sans  m'éblouir,  —  mais  j'ai 
suivi  leurs  polémiques  dans  la  presse,  parcouru  leurs  débats  parlementaires.  L'ensemble 
laisse  une  très  favorable  impression  d'élèves  studieux,  appliqués,  ayant  fouillé  la  matière 
dont  ils  parlent,  sachant  à  merveille  tous  leurs  auteurs.  Un  jeune  député,  positiviste  k 
tous  crins,  me  citait  en  détail  Auguste  Comte,  Spencer,  Littré,  tout  le  cénacle  ;  je  suis 
presque  certain  qu'il  les  a  lus  et  même  compris  ;  mais  ce  dont  je  suis  encore  plus  sûr, 
c'est  qu'il  vieillira  sans  les  avoir  jugés.  Ils  font  d'admirables  disciples,  zélés,  soumis, 
jamais  émancipés...  J'ai  entendu  et  même  applaudi  la  harangue  d'un  de  leurs  meilleurs 
orateurs,  —  gradué  de  Gœttingue!  —  c'était  parfait  de  ton,  de  prestance,  de  correction 
grammaticale  :  il  n'y  avait  pas  une  pensée  originale,  pas  un  mot  souligné.  Leurs  romans 
et  leurs  poèmes  sont  les  chefs-d'œuvre  de  gens  qui  ne  sont  ni  poètes,  ni  romanciers.  En 
musique,  après  auditions  subies,  je  les  soupçonne  d'être  un  peu  primitifs.  —  Mais  on  ne 
saurait,  sans  injustice,  parler  avec  mépris  de  leurs  eflorts  sérieux  et  prolongés  en  pein- 
ture et  en  sculpture  :  sans  discussion  possible,  leurs  «  artistes  »  sont  de  meilleurs  élèves 
de  nos  maîtres  français  que  nos  pensionnaires  argentins.  Du  reste,  auteurs  et  amateurs, 
je  crois  que  c'est  le  goût  qui  leur  manque,  encore  plus  que  le  ulent.  La  réelle  supério- 
rité de  l'Argentin,  c'est  qu'il  se  méfie!  Je  parle,  naturellement,  du  groupe  intelligent  et 
initié.  A  Buenos  Aires,  on  a  pu  être  très  large  sur  les  pensions  et  souscriptions  artis- 
tiques; on  s'est  toujours  montré  moins  enthousiaste  des  productions  «  nationales».  Les 
Chiliens  ne  doutent  de  rien  ;  ils  croient  à  leur  «  école  »,  à  leur  «  Salon  »,  et  couvrent  d'or 
les  plus  médiocres  tableaux  de  leurs  exposants  :  leur  goût  est  soumis  à  leur  patrio- 
tisme. 

Ahl  pour  patriotes,  il  faut  leur  rendre  la  justice  qu'ils  le  sont  solidement!  Ils  l'étaient  par* 
tout,  sans  peur  et  sans  reproche,  cette  étoile  chilienne  qui  est  le  symbole  de  la  patrie.  On  la 
rencontre  sur  chaque  mur,  sur  chaque  balcon,  sur  chaque  grille  de  fenêtre  :  rien  qu'à 
Santiago,  il  y  en  a  de  quoi  peupler  un  firmament.  Et  ils  se  sauvent  du  ridicule  à  force 
de  passion  sincère.  —  En  somme,  ils  ont  raison  de  le  faire  sonner  haut,  ce  patriotisme 
intransigeant  et  excessif  :  c'est  par  U  qu'ils  valent,  entre  toutes  les  nations  améri- 
caines. 


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272  COMPTES   RENDUS 


L'impression  que  M.  G.  a  rapportée  du  Pérou  est  moins  bonne  : 

Si  después  de  daros  cueuu  de  lo  que  es  U  acttvidad  externa  y  social,  queréis  penetrar 
en  la  intelectual  os  encontiiis  con  la  estagnaciôn  6  el  retroceso.  La  prensa  esti  desar- 
mada,  mis  que  por  la  mordaza  administrativa,  por  su  propia  insignificancia  à  pusilanimi- 
dad.  Hay  hasta  dos  diarios  que  no  carecen  de  cultura  y  buena  intenciôn  :  lo  que  se  busca 
vanamente  en  sus  columnas  castizas,  es  el  acento  convencido,  la  protesta  dolorosa  é 
indignada  del  patriotismo.  Por  lo  demis,  pocos  los  leen  y  nadie  los  escucha.  Actual- 
mente  tiene  descolgada  la  popularidad  uno  de  esos  pasquines  vtrulentos  y  groseros  que, 
para  nosotros,  parecerian  contemporineos  del  padre  Castaiieda.  Ha  hecho  brotar  una 
familia  de  «  satiricos  »,  cuya  necedad  solo  esti  superada  por  su  pedanteria.  La  cuarteta  es 
la  forma  habituai  de  la  discusiôn,  siendo  su  fondo  el  retruécano  sobre  el  apellido,  las 
alusiones  indécentes  i  los  actos  privados,  i  la  mujer,  i  la  familia  del  queseataca  hoy  — 
y  es  el  mismo  d  quien  se  abrazaba  ayer  y  se  adulari  manana.  En  todas  partes  los  versos 
pululan,  de  toda  laya  y  complexion.  Hombres  mis  que  maduros,  que  han  aspirado  i 
estadistas,  consumen  los  seis  dias  de  la  semana  en  este  oflcio  de  remendôn.  Habiendo 
cnvejecido  sin  sospechar  nada  de  la  evoluciôn  moderna  se  sorprenden  cuando,  improvi- 
sados  diplomiticos  de  sonsonete  pasan  por  nuestras  traviesas  ciudades  del  Plau,  dejando 
un  reguero  de  ridiculo. 

Je  regrette  de  ne  pouvoir  faire  de  plus  longs  extraits  :  je  liens  pourtant  à 
signaler  un  très  intéressant  chapitre  (pp.  116-132)  sur  l'isthme  de  Panama  et 
l'aspect  désolé  qu'offrent  les  débris  de  l'entreprise  avortée,  et  quelques 
réflexions  fort  sensées  sur  le  Mexique,  un  Mexique  qui  subit  l'influence  de  plus 
en  plus  grandissante  de  son  puissant  voisin  du  Nord. 


R.  Foulché-Delbosc. 


Le  Gérant,  Aug.  Picard, 

•    Arcbiviste-PaUograpbe, 


MACON,   PROTAT  FRÈRES,   IMPRIMEURS. 


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? 


REVUE 
HISPANIQUE 

Recueil  consacré  à  Véitide  des  langueSy  des  UUératures  et  de  Thistoin 
des  pays  castillans^  catalans  et  portugais 

PUBLIÉ  PAR 

R.    Poulché-Delbosc 


CINQUIÈME    ANNÉE 
Numéro  i^. —  Troisiéfne  trimestre  j8^8 

SOMMAIRE 

PAttlS. 

R.  J.  CuERVO.  —  Disquisîciones  sobre  antigua  ortograffa  y  pro- 

nunciacîôn  castellanas.  II 273 

Léon  Médina.  —  Dos  sonetos  atribuidos  à  Lupercio  Leonardo  de 

Argensola 314 

Boris  de  Tannenberg.  —  Écrivains  castillans  contemporains. 

J.-M.  de  Pcrcda 530 

Diego  HuRTADO  de  Mendoça.  —  Mechanica  de  Aristotiles. ...  365 

Comptes  rendus 406 

CuRONiauE 414 


PARIS 

ALPHONSE  PICARD  ET  FILS,  ÉDITEURS 

Libraires  des  Archives  nationales  et  de  la  Société  de  TËcole    des  Chartes 

82,  Rue  Bonaparte,  82 

1898 


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BIBLIOGRAPHIE 


l._  .  _ 

Natura.  Poésies  per  J.  Massô  Torrents.  BarccJona  :  Tip,  «  VAvenç  »,  1898, 

in- 16,  70  pp.  —  I  pta. 

G.  Desdevîses  du  Dezert.  La  marine  espagnole  pendant  la  campagne  de 
Trafalgar.  (Extrait  de  la  Reviie  des  Pyrénées ^  tome  X).  Toulouse  :  Edouard  Pri- 
vât, 1898,  in-8,  58  pp. 

Estado  social  y  cultura  de  los  mozarabes  y  mudejares  espanoles.  Memoria 
lefda  en  los  dîas  13  de  Enero  y  10  de  Febrero  de  1898  en  el  Ateneoy  sociedad 
de  excursiones  de  Sevilla  por  José  Pedregal  y  Fantini...  Seviîla  :  Estàh.  tip.  de 
la  Revista  de  Tributmles,  1898,  in-8,  59  pp.       . 

El  archivo  histôrico  nacional.  Discursos  lefdos  an  te  la  Real  Academia  de  la 
Historia  en  la  recepciôn  pûblica  del  senor  D.  Vicente  Vignau  y  Ballester  el  dfa 
19  de  Junio  de  1898.  Necrologia  del  Excjno.  Sr.  D.  Antonio  Cinovas  del 
Castillo.  Contestaciôn  del  senor  D.  Antonio  Rodrfguez  Villa.  Madrid  :  Est,  tip. 
de  la  viuda  éhijos  de  Telle,  1898,  gr.  in-8,  99  pp. 

Catàlogo  de  la  Real  Biblioteca.  Manuscritos.  Crônicas  générales  de  Espana 
descritas  por  Ramôn  Menéndez  Pidal,  con  Idminas  hechas  sobre  fotograflas  del 
cbnde  de  Bernar.  Madrid,  1898,  in-8,  xii-165  pp.  —  15  pes.  (Tirada  :  256 
éjemplares). 

Boris  de  Tannenberg.  Un  dramaturge  espagnol.  M.  Tamayo  y  Baus.  Paris  : 
Perrinet  C«e,  1898,  in-8,  xm-éy  pp. 

Ôrdenes  militares.  Discursos  leidos  ante  la  Real  Academia  de  la  Historia  en 
la  recepciôn  pûbliça  del  Excmo.  Senor  D.  Francisco  R.  de  tJhagôn,  el  dfa  25 
de  Marzo  de  1898.  Necrologia  del  Excmo.  Sr.  D.  Feliciano  Ramfrez  de  Are- 
llano,  marqués  de  la  Fuensanta  del  Valle.  Contestaciôn  del  Excmo.  Sr. 
D.  Manuel  Danvila.  Madrid  :  Est.  tip.  de  la  viuda  é  hijos  de  Tello,  1898,  gr. 
in-8,  144  PP-    • 

J.  Massô  Torrents.  En  Marian  Aguilô  i  Fuster.  Lectura  fêta  en  el  Centre 
Excursionista  de  Catalunya  el  dia  26  de  Novembre  de  1897.  Barcelona  :  Tip. 
«  UAvenç  »,  1898,  in-8,  27  pp. 

Emilio  Cotarelo  y  Mon.  El  supuesto  libro  de  Las  querellas  del  rey  don 
Alfonso  el  Sabio.  Madrid  :  Itnprenla  de  los  hijos  M.  G.  Hermndei,  1898,  in-8, 
30  pp. 

L*anthropologie  et  la  préhistoire  en  Espagne  et  en  Portugal  en  1897,  par 
Luis  de  Hoyos  Sainz.  Extrait  de  L Anthropologie,  t.  IX.  Paris  :  Masson  et  0«, 
1898,  in-8,  16  pp. 

Anuarios  de  bibliografia  antropolôgiça  de  Espana  y  Portugal  1896  y  1897 
por  Luis  de  Hoyos  Siinz...  Compleraento  de  «  L'Anthropologie  et  la  Préhis- 
toire en  Espagne  et  en  Portugal  en  1897  ».  Madrid  :  Imprenta  del  asilo  de  huér- 


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DISQUISICIONES 

SOBRE  ANTIGUA  ORTOGRAFÎA  Y  PRONUNCIAQÔN 
CASTELLANAS 


n 


Me  propongo  especialmente  tratar  aqui  de  la  lucha  que  desde 
tiempos  remotos  han  sostenido  la  lengua  popular  y  la  lengua 
literaria  con  respecte  d  la  pronunciaciôn  y  ortografia  de  voces 
que  ofrecen  ciertas  combinaciones  de  consonantes  y  que  se  toma- 
ron  del  latin  cuando  ya  habian  dejado  de  obrar  las  leyes  foné- 
ticas  que  trasformaron  taies  combinaciones  en  el  caudal  primi- 
tive del  castellano. 

Notoria  es  la  aversion  que  han  tenido  en  gênerai  las  lenguas 
romances  d  los  grupos  c/,  Uy  es  (a:),  ^w,  mw,  ns\  las  mds  de  ellas 
los  han  eliminado  de  varies  modes,  particularmente  per  asimila- 
ciôn  ô  per  vecalizaciôn  de  une  de  les  des  clémentes.  En  latin 
vulgar  prevalecla  la  asimilaciôn,  ceme  le  dejan  ver  estes  ejemples 
que  sace  de  Schuchardt  y  Seelmann  :  autor^  autoritaSy  otobriSy 
vitoria,  santuSy  defuntus;  inditione;  suscripsiy  suscriptione,  sustan- 
4ia;  otimOy  scrituSy  scultor;  tnostraty  CosiantinuSy  costitutioy  iras- 
latuSy  trasmarinus  ;  bissity  AlesandcTy  Felis.  Scscmtiy  Sestius  son  del 
latin  cldsico. 

El  fonde  primitive  del  castellano  ne  simplificô  aquelles  gru- 
pos de  un  misme  mode  :  asi,  per  asimilaciôn  pasaron  pt  i  t 
(atafy  cataty  nietOy  seto,  sieie),  ns  i  s  Qras,  costary  costumbrty  mos- 
trafy  tntustrà)y  x  i.  s  en  la  particula  eSy  des  (escandecer,  escocéry 
^cogefy  estirary  estorbaryy  per  vecalizaciôn  y  subsiguiente  palata- 

Rftme  hlspamiqn*,  t8 


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274  R'   J-    CUERVO 


lizaciôn  pasaron  x  i  is,  s  (seisy  Alesandro,  desar^  ensambré),  gn  d 
n  (JehOy  senay  dehar)^  et  i  ch  (c)  (lèche,  pecho,  cochd);  nôtese  sin 
embargo  que  hay  unas  cuantas  voces,  pertenecientes  sin  duda  al 
caudal  originario,  en  que  por  causas  oscuras  et  se  convirtiô  en  t  : 
matar,  hito,  ahitOy  eujuto. 

Natural  es  pensar  que  el  que  emplea  una  voz  en  el  concejnCo  de 
que  es  extranjera,  trate  de  escribirla  y  pronunciarla  como  en  la 
lengua  à  que  perteneèe,  y  que  una  vez  que  esa  palabra  va  entrando 
en  el  habla  usual,  se  desgaste  y  acomode  d  las  analogias  de  esta  ; 
asî,  es  probable  que  el  que  redactô  la  ley  xi  del  titulo  vi  de  la 
Partida  primera,  escribiese  lectory  con  httk  mismas  letras  que  en 
latin,  al  enumerar  las  ôrdenes  menores  :  «  Otro  grado  bi  ha  a 
que  llaman  lectory  que  quiere  tanto  decir  como  leedor.  »  Pero 
también  debe  admitirse  que  el  instinto  vivaz  de  la  lengua  materna 
nos  hace  adaptar  inmediatamente  al  genio  de  ella  las  voces  nue- 
vas,  y  que  los  primeros  que  emplearon,  y  sobre  todo  los  prime- 
ros  que  leyeron  6  repitîeron,  las  voces  dignOy  doctor  pudieron 
muy  bien  pronunciarlas  dinOy  dotor  d  pesar  de  la  ortografia,  por 
no  existir  en  otras  castellanas  las  mismas  combinaciones  de  con- 
sonantes;  estocs  loque  sucede  hoy  con  sonidos  ajenosde  nues- 
tra  lengua  :  bijouterie  se  vuelve  bisuteria,  petit  chou,  petisù,  La 
concurrencia  pues  de  ambas  formas,  latina  y  vulgar,  puede  indi- 
car  la  acciôn  simultdnea  de  las  dos  causas  expresadas,  en  varios 
escritores  y  aun  en  uno  mismo,  y  el  predominio  de  una  de  ellas 
puede  provenir  de  las  circunstancias  del  autor  ô  escribiente  6  de 
las  tendencias  eruditas  ô  populares  de  cada  época.  Pero  como  la 
escritura  se  ajusta  con  frecuencia  d  tipos  tradicionales  ô  sistemd- 
ticos,  oculta  d  veces  la  pronunciaciôn  real,  no  dejdndola  aparecer 
en  algunos  casos  sino  como  por  efecto  de  un  descuid^  y  al  fin 
su  acciôn  dilatada  en  el  tiempo  y  en  el  espacio  logra  «*  "Mficarla 
mds  ô  menos. 

Con  las  salvedades  que  conviene  hacer  cuando  se  citan  edi- 
ciones  que  no  pueden  llamarse  estrictamente  paleogrdficas,  adu- 
ciré  las  formas  que  presentan  algunas  voces  en  nuestros  escri- 


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ANTIGUA   ORTOGRAfIa  Y   PRONUNCIACIÔN   CASTELLANAS      275 

tores  ânteriores  al  siglo  xvi,  como  prueba  de  la  antigûedad  de 
este  conflicto. 

et  :  c.  Actor  :  Cane,  de  Gôme^  Manfique,!!,  p.  324.  —  ConfiUo  :  Ib,y  I,  p.  148  ; 
rimado  con  grito  :  II,  p.  60.  —  Defeto,  rimado  con  rt(c)to,  perfeto  :  Ib,^  I, 
p.  123.  —  Dictado  :  Berceo,  S.  Dom,  533;  S,  Mill,  362;  Mil  165,  836; 
S.  Oria,  2,  5  ;  AppoL  224;  diiado,  Alex,  307;  Arc.  de  Hita,  toi 8;  deyiado  : 
Rim,  Paî.  711;  Cane,  de  Baena,  p.  93.  —  Doctor  :  Alex.  44;  Sem  Tob,  87; 
Cane,  de  Baena,  p.  357;  doior  :  Cflnr.  </^  (7.  Manr,,  I,  p.  95.  —  Doctrina  :  Ber- 
ceo, 5.  M///.  1 3  ;  dotrina  :  Appol,  496  ;  Cûw.  </«  Baena,  p.  6.  —  Doctrinar  : 
-^/<;jc.  2242;  Berceo,  5.  Aii7/.  144;  dotrinar  :  ^/>/>o/.  22;  Cane,  de  Baena,  p.  136; 
Cfl/«:.  ^tf  G.  Manr.f  I,  p.  4.  —  Eleelo  :  Cane,  de  G,  Manr.,  I,  p.  307  ;  rimado 
con  perfecto  :  Ib.,  I,  p.  307.  —  Pnieluoso  :  /&.,II,  p.  234.  —  Hético  :  Ib.,  I, 
p.  261.  —  Yndoto  :  Ib.,  I,  pp.  95,  195;  II,  p,  65.  — Jntata,  rimado  con 
creata  :  Ib.y  II,  279.  —  Letura  :  Arc.  de  Hita,  500  ;  Cane,  de  Baena,  p.  477.  — 
Nolurnàl,  noturno  :  Cane,  de  G,  Manr,,\,  p.  65  ;  II,  p.  23.  —  Oclavo:  Alex, 
295  ;  Fuerojuigo,  p.  190*»;  oehavo  :  Espéeulo,  4.9.5  ;  Lôpez  de  Ayala,  Ca^a,  9. 
—  Oetubre  :  Fiiero  Ju:^o,  p.  13b;  ochubre  :  /^. ;  Fitero  real,  1.7.2;  2.5.1. — 
Respeetar  (respetar)  :  Cane,  de  G,  Manr.,  Il,  p.  301.  —  Respecte  (relaciôn)  :  Ib,,\, 
p.  221.  —  Retraiable  (retract.)  :  /^.,II,  p.  41.  —  Seeta  :  Espéeulo,  5.8.35  ;  sseia, 
Caball,  Cifar,  p.  227.  —  Traelado  :  Cane,  de  G,  Manr,,  II,  p.  234. 

ce  :  c.  Acesorio  :  Cane,  de  Baena,  p.  141.  —  AceidenU  :  Rim,  Pal,  455  ;  aei^ 
dente:  Arc.  de  Hita,  130;  Rim.  Pal,  191;  Caball.  Ci/ar,  p.  193;  Cane,  de 
Baena,  pp.  64,  148.  —  Acidental  :  Cane,  de  Baena,  pp.  96,  158.  —  Correcion  : 
Cane,  de  G,  Manr,,  I,  p.  326.  —  Dieion  :  Cane,  de  Baena,  p.  363.  —  Faction  : 
Cane,  de  Estûniga,  pp.  12,  244  ;  facion  :  Partida  I,  6.25  ;  Lôpez  de  Ayala,  Cfl:çfl, 
8, 47  ;  Cane,  de  Baena,  pp.  80,  207  ;  Ferez  de  Guzmân,  Clar,  var,  43  ;  Cane,  de 
G.  Manr.,  I,  p.  i^G-,  fayciones  :  Partida  II,  13.1;  23.20;  24.7.  —  Fiction  : 
Cane,  de  Estûniga,  p.  398;  ficcion  :  Pérez  de  Guzmdn,  Clar.  var,  230;  fieion  : 
Cafte,  de  Baena,  p.  363.  —  Introdueion,  Pérez  de  Guzmân,  Clar,  var.  14;  Cane, 
de  G,  Manr.,\l,  p.  234.  —  Leetiones  (del  oficio  divino)  :  Berceo,  S,  Dom,  28, 
538;  Mil,  807;  lecçion  :  Arc.  de  Hita  (Riv.,  LVII,  p.  226'»);  kcion  :  Caball, 
Cifar,  pp.  259,  261;  licion  ;  Alex,  17;  Partida  I,  6.ii;  II,  31,  5;  kycioft: 
Berceo,  Sacr.  37.  —  Occidente  :  Berceo,  S.  Mill.  387;  Alex,  256;  oeidente  :  Boe. 
deor^  'Knust,  p.  251);  Cane,  de  Baena,  pp.  292,  372,  546.  —  Perfection  :  Cane, 
de  Mga,  p.  398;  perfeccion  :  Pérez  de  Guzmân,  Prov,  98;  perfecioni  Cane, 
de  ij^.iia,  p.  291.  —  Subieceion  :  Cane,  de  G.  Manr.,  I,  p.  192.  — Satisjaeion  : 
Berceo,  Loor,  73;  Arc.  de  Hita,  11 10;  Cane,  de  Baena,  p.  555  ;  Cane,  de  G, 
Manr.,  II,  p.  58. 

pt  :  t  :  auptar  :  Cane,  de  Baena,  pp.  145,  503.  —  Adotivo  :  Cane,  de  G, 
Manr.,  Il,  p.  9.  —  Conupto  (rim.  secreto)  :  Cane,  de  Estûniga,  p.  393.  —  Cor- 


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276  R.  J.    CUERVO 


rupUJaiCanc.  de  G.  Mahr,,  II,  p.  237.  — Exeplo  :  Espéculoy  5,  14,  ii.;  ecepio  : 
Pérez  de  Guzmin,  Clar.  var,  357.  —  Précepte  :  Alfonso  X/,  283  ;  preceto  :  Cane, 
de  Baena,  p.  ^jS.—Recepior :  Leyesdel estilo,  188 ;  Pérez  de  Guzmin,  C/ar.  var, 
^96.  —  Recetar:  Cane,  de  G.  Manr,y  I,  p.  332,  — Surreticio  :  /J.,  I,  p.  266. 

mn  :  n.  Caïunioso  :  Cane,  de  Baena,  p.  624.  —  Columna  :  Berceo,  S,  Oria, 
38  î  AppoL  97;  eôlumpna:  Berceo,  S.  Oria,  43;  coluna  :  Berceo,  Ib,  38;  Fuero 
real,  4.18.3;  Partida  III,  31.2;  Cane,  de  Baena,  p.  267.  —  Omnipotente  :  Ber- 
ceo, Loores,  31.  —  Solepnemente  :  Rim,  de  Pal. y  198,  315.  —  Solemnidat  :  Ber- 
ceo, 5.  Z>ow.  671  ;  soîepnidad  :  Partida  I,  9,  7;  Cortes  de  Alcald,  ano  1348; 
(Colecciôn  de  la  Academia  de  la  Historia,  I,  pp.  500,  508);  Cane,  de  Baena, 
p.  600;  soîenidad  :  Leyes  del  EstiJo,  181  ;  Cane,  de  Baena,  p.  173. 

X  :  exaltar  :  Berceo,  5.  Mill,  344;  Sacr,  247,  249;  Mi*/.  628;  Fuero  Ju^go, 
p.  I76*;  enxaltar  (cp.  enxemph,  enxambre)  :  Fm^to  Juigo,  pp.  98*,  i8i*.  — 
Enxàltamiento  :  Alex,  26%,  —  Examen  :  /?ïw.  Po/.  222;  esamen  :  Ib.  1367;  -^r/^ 
eis,y  pp.  88,  114;  Cane,  de  Boena,  p.  216;  Pérez  de  Guzmàn,  Prov.  i.  — 
Examinar  :  Fuero  Juigo,  p.  ioo*>;  Espéculo,  5.14.23;  Partida  I,  $.10;  II, 
51.11;  Arc.  de  Hita,  341,  469;  Rim,  Pal,  288,  $95  ;  Cam,  de  Boena^  p.  98; 
esaminar  :  Rim,  Pal.  io$6,  1558;  Cane,  de  Baena  (Leipzig),  I,  p.  91  ;  II,  p.  202  ; 
Pérez  de  Guzmdn,  Prov,  5  ;  Cane,  de  G.  Manr.,  I,  p.  212.  —  Executar  :  Cane, 
de  G.  Manr.,  II,  p.  270;  exeeueion  :  Ib.,  II,  p.  274;  exécuter  :  Ib,,  II,  p.  271  ; 
seeutar  :  Ib.,  II,  p.  i8i  ;  seeueion  :  Ib.,  II,  p.  181;  secutor  :  Ib.,  II,  p.  271. 
(Cp.  Bibl.  Riv.,  LI,  p.  I32*>;  Garcilaso,  Ègl,,  II;  Cetina,  Obras,  I,  p.  112). — 
Exemir  :  Santillana,  Obras,  pp.  15 5,  212  ;  esemir  :  Cane,  de  G,  Manr.,  Il,  pp.  6i, 
83.  —  Esenlo  :  Cane,  de  Baena,  p.  394;  Cane,  de  G.  Manr.,  I,  pp.  43,  303.  — 
Exorlar (Sinchez),  exhortar(Rios),  Santillana,  cartaal  Condestable  de  Portugal; 
Pérez  de  Guzmdn,  Clar.  var,  19.  —  Exor\ismo  :  Berceo,  5.  Dom.  691  :  esor^ismo  : 
Cafic,  de  Baena,  p.  433.  —  Exorcisla  :  Berceo,  S.  Dom,  697;  Partida  I,  6, 
preàmb.  y  11.  —  Exordiar:  Arleeis,  7;  Pérez  de  Guzmdn,  Clar.  var,  94.  — 
Exeeder  :  Cane,  de  Estûhiga,  p.  241  ;  Pérez  de  Guzmdn,  Clar,  var,  104;  Cane, 
de  G,  Manr.,  II,  p.  234.  —  Exeelleneia  :  Cane,  de  Estûhiga,  pp.  93,  383;  exce- 
leneia  :  Cane,  de  Baena,  p.  246;  eselencia  :  Ib.,  p.  212.  — Excellente  :  Cane,  de 
Estùh.y  p.  169;  excelente  :  Rim,  Pal.  820;  Pérez  de  Guzmdn,  Clar,  var,  53  ;  esu- 
lente  :  Cane,  de  Baena,  p.  292;  ecelente  :  Ib.,  p.  144,  282.  —  Exupeion  :  Leyes 
del  eslilo,  178;  exebeion  :  Espéailo,  5  2.3;  Dan^a  de  la  muertè  (Riv.,  LVII,  p. 
385*);  esepeiones  :  Cortes  de  Alcald,  ano  1348  (colecciôn  de  la  Acad.  de  la 
Hist.,  I,  p.  513);  essebçiones  :  Cortes  de  Zamora,  ano  1301  (I,  p.  157).  — 
Exepto  :  Espéeulo,  >,  14,  11;  eeepto  :  Pérez  de  Guzmdn,  Clar.  var.  357.  — 
Eeeptar  :  Id.,  Ib.,  204  ;  eçebtar  :  Cane,  de  G,  Manr,,  II,  p.  212.  — Exeesivo  :  Pérez 
de  Guzmdn,  Clar,  var,  72,  327.  —  Exçesso  :  Santillana,  Obr,,  p.  477  ;  eseeso  : 
Cane,  de  Baena,  p.  S^ï.'—Esçitar  :  Arte  eis,  15.  —  Eseavar  :  Cane,  de  Baena,  p. 
274.  —  Esclamaeion  :  Cane,  de  G.  Manr.,  II,  pp.  25,^51,  —  Excludas  (excluyas)  : 


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J 


ANTIGUA   ORTOGRAFfA    Y   PRONUNCIACIÔN   CASTELLANAS      277 

Santillana,  Obr.y  p.  33  (item,  Prov.  Sevilla,  1530,  f.  9).  —  Esclusivamente  : 
Cane,  de  G.  Manr.,  II,  p.  283.  —  Escomuniotty  escomungar  :  Fuero  Jui^o, 
pp.  XF,  81*.  —  Escusa  :  Berceo,5.  Dom.  169;  Partida  II,  12.16;  Arc.  deHita, 
339.  —  Escusacion  :  Fuero  Ju:( go,  pp.  17^»,  28ï>,  161»;  Espàulo,  $.14^7;  Partida 

I,  6,  31  ;  Ltyesdd  estilo,  19;  Rim,  Pal,  146,  1268;  Cane,  de  Baena,  pp.  147, 
^$S.  —  Escusar  :  BerceOy  Dueîoy  129;  Alex,  1367,  1543;  Espéculo,  i.i.ii; 
3.5.12;  4.8.14;  Cortes  de  Jerez,  ano  1268  (I,  p.  81);  de  Valladolid,  aiio  1293 
(I,  p.  125);  Sem  Tob,  579;  Trat.  de  la  doctrina  (Riv.,LVII,  p.  374*;  /?i>/i.  PaU 
1225;  Cane,  de  Baena,  p.  633.  —  Espediente  :  Arte  eis.,  p.  105.  —  Espedir  : 
Fuero  Ju^go,  p.  200;  Berceo,  S.  Dom.  315,  321 .  —  Espender,  Cid^  8,  3219; 
Berceo,  5.  Dom.  174,  389,  421  ;  Fern.  Goniàhi,  352;  EspécuJo,  4.12.8;  Arc.  de 
Hita,  115,  947;  Rim.  Pal.  443,  939;  Pérez  de  Guzmdn,  Clar.  var,  336.  — 
Espensa  :  Berceo,  Mil.  630;  Boc.  de  oro  (Knust),  p.  17$;  Pérez  de  Guzmdn, 
Clar.  var,  298.  — Esperieticia,  Lôpczde  Ayala,  Ca\a,  i  ;  Rim.  Pal.  124$  ;  Cane, 
de  G.  Manr.y  II,  p.  259;  espireneia  :  Lôpez  de  Ayala,  Ca^a^  pràl.\  Arte  eis., 
p.  109;  Caue.  de  Boena,  pp.  55,  142.  —  Esperimenlar  :  Cane,  de  Baena, 
p.  199;  Pérez  de  Guzmàn,  Clar.  var.  292;  Cane,  de  G.  Manr.^  I, 
p.  6.  —  Esperimento  :  Cane,  de  G.  Manr.,  II,  p.  253.  —  Experto  :  Ib.,  II, 
p.  256.  —  Esplanar  :  Fuero  Ju^go,  pp.  7*»,  44a,  188^».  —  Explieadamente: 
Cane,  de  G.  Manr,^  II,  p.  265.  —  Explicar  :  Pérez  de  Guzmdn,  Clar.  var, 
351  ;  esplicar  :  Santillana,  Obr.,  p.  241.  —  ExplicitamenU  :  Cane,  de  G.  Manr,, 

II,  p.  265.  —  Esponer  :  Berceo,  Mil.  16;  Cane,  de  B^ena,  p.  89.  —  Espresa- 
mente  :  Cortes  de  Alcald,  ano  1 348  (I,  p.  5 1 1).  —  Expresar  :  Pérez  de  Guzmdn, 
Clar.  var.  73  ;  Cane,  de  Estûil.fp.  241  ;  espresar  :  Cane,  de  G.  Manr.y  I,  p.  320. 

—  Espremir  :  Mont,  de  Alf.  À7,  2.2;  2.19;  Cane,  de  Baena,  pp.  524,  562; 
Pérez  de  Guzmdn,  Clar.  var.  105.  —  Espulsivo  :  Arte  eis.,  p.  16.  -^Extender  : 
Cane,  de  Est  un.,  p.  382;  estender  :  Fuero  Ju^o,  p.  165*»;  Berceo,  M/7.  442; 
S.  Maria  Egipe.  (Riv.,  LVII,  p.  317'');  José,  158  (con  ^^);  Cane,  de Baem, 
p.  294.  —  Extenso  :  Pérez  de  Guzmdn,  Clar.  var,  142  ;  estenso  :  Ib.  105  ; 
ystenso  :  Cane,  de  G.  Manr.,  I,  pp.  m,  185,  224.  —  Esterior  :  Pérez  de  Guz- 
mdn, Clar.  var.  364.  —  Estirpar  :  Ib,  296.  — Estra  :  Cane,  de  G,  Manr. y  II,  p. 
61.  — Estraeion  :  Arte  cw.,  p.  83.  — Extrangero  :  Cane,  de  Estt'm.,  p.  292  ;  esiran- 
gero  :  José  y  158  (con  ^^).  —  Estrafiar  ;  Cortes  de  Valladolid,  ano  1293  (I,  pp. 
107,  118);  Leyes  del  estilo,  176;  Arc.  de  Hita,  362;  Cortes  de  Alcald,  ano  1348 
(I,  p.  S 3 3);  ^ont.  de  Al/onso  XI,  1.33;  Sem  Tob,  578;  Arteeis,^  p.  92;  Cane, 
de  Baena,  p.  102,  —  Estraiio  :  Cid,  176,  587;  Berceo,  Mil.  568;  Alex,  769, 
929,  2362;  S.  Maria  Egipe.  (Riv.,  LVII,  p.  313*»);  Fuero  Ju^go,  pp.  vii<«,  3*», 
i88b;  EspêeulOy  3.8.2;  4.3.9;  P^deidas  (Knust),  p.  143;  Boc,  de  oro  (Knust), 
pp.  96,  142;  Cane,  de  Estûit.,  p.  10;  Pérez  de  Guzmdn,  Clar,  var,  367;  en 
aljamfa  con  ^J^  (Simonet,  Glosario). —  Estremadamientre  :  Fuero  pi7;gOip.  j'j^, 

—  Eslremar  :  Concilio  de  Ledn  de  1228  (Esp.  Sagr.,  XXXVI,  p.  222);  instrur 


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278  R.    J.    CUERVO 


raento  de  1250  {Ib,,  XXII,  p.  295);  Espéculo,  3.7.7;  5.8.16;  Mont,  de 
Alfonso  XI y  1 .  17,  26 ;  Poema  de  Alfonso  XI,  382  ;  Buenos proverhios (Knust),  p.  39  ; 
Canc.de  Baena,  p.  226.  —  Estremidad  :  Pérez  de  G uzmdn,  C/ar.  var.  18; 
Cane,  de  G.  Manr.,  I,  p.  123.  —  Extremo  :  Cane,  de  Estùh.,  p.  291  ;  estremo  : 
Cortes  de  Valladolid,  ano  1258  (I,  p.  60);  instrumento  de  T293  en  las  Mem. 
de  la  Acad.  Hist.,  VIII,  p.  65;  Cortes  de  Palencia,  ano  131 3  (I,  p.  243);  de 
Burgos,  1315  (I,  p.  285);  de  Valladolid,  1322  (I,  p.  357);  de  Madrid,  1339 
(I,  p.  472);  Cane,  de  Baena,  p.  80;  Ferez  de  Guzmàn,  Prov.  16;  Cane,  de  G. 
Manr.,  I,  p.  146.  —  Sexto  :  Alex.  295;  sesto  :  Buenos  prov.  (Knust),  p.  14; 
Arc.  de  Hita,  1029;  Artecis.,  p.  16;  Cane,  de  G.  Manr.,  II,  p.  282. 

gn  :  n.  Asignar  :  Arte  eis.,p.SS.  —  Benignaniente  :  Rim.  Pal.  1474  ;  heninamente  : 
Santillana,  Ohr.,  p.  88.  —  Benignidad:  Alex.  1447;  Berceo,  S.  Dom.  14;  S. 
Laur.  91;  beninidad  :  Rim.  Pal.  13 13;  Santillana,  Obr.,  p.  314;  Cam.  de 
Baena,  p.  249.  —  Benigno  :  Cane,  de  Estûn.,  p.  74  (rim.  con  destina);  Ferez  de 
Guzmàn,  Clar.  var.  263;  benino  :  Santillana,  Obr.,  pp.  314,  274  (rim.  con 
divino  y  malino).  —  Digno  :  Arc.  de  Hita,  115  3  (rim  con  digno,  indigno,  lino); 
Cane,  de  G.  Manr,,  II,  p.  7;  dino  :  Santillana,  Obr.,  p.  274  (rim.  con  diviro, 
indino);  dino  :  Cid,  2363.  —  Ynoranle  :  Cane,  de  G.  Manr.,  I,  p  78.  —  Ynoto  : 
/^.,  pp.  II,  129.  —  Indignar  :  Ferez  de  Guzmdn,  Clar.  var.  115;  indinar  : 
Santillana,  Obr.,  p.  361.  — Indigno  :  Arc.  de  Hita,  1153;  Cane,  de  Estûn,  p. 
3^89  (rim.  con  dotrina);  indino  :  Santillana,  Obr.,  p.  274.  —  Insigne  :  Ferez  de 
Guzmdn,  Clar.  var.  46;  insine  :  Santillana,  Obr.,  pp.  241,  436.  —  Insignia  ' 
Ferez  de  Guzmdn,  Clar.  var.  203.  —  Magnijico  :  Cane,  de  G.  Manr.,  II> 
p.  234.  —  Magno  :  Ib.,  I,  p.  334.  —  Malino  :  Arc.  de  Hita,  1067  (rim.  con 
çeçina,  couina,  aina);  Santillana,  Obr.,  p.  274  (rim.  con  divino,  benino,  ferrino). 

—  Pugnar  :  Caball.  Cifar,  p.  ly,  pnnar  :  Ib.,  pp.  21,  52,  226  :  punnar  :  Fuero 
]uxgo,p.  44*.  — Repunar  :  Cane,  de  G.  Manr.,  II,  p.  199  (rim.  con  for tuna). 

—  Significança  :  Berceo,  S.  Dom.  29;  Sacr.  18,  41,  70,  213  ;  sinifieança  :  Gon- 
zdlez  de  Clavijo,  p.  57  (Sancha).  —  Significacion  :  Berceo,  Sacr.  60.  —  Signi- 
fiear  :  Ib.  17,  76,  78;  sinifiear  :  Id.,5.  Dom.  534.  —  Signar  :  Id.,  ib.  244,  342; 
Sacr.  39,  189;  Cortes  de  Valladolid,  ano  1293  (I,p.  121);  ano  1312(1,  p. 203); 
de  Madrid,  afîo  1339  (I,  p.  476);  Leyes  del  estilo,  189;  sinar  :  Cid,  411  ;  Alex. 
168;  Espéculo,  4.2.6;  Cortes  de  Valladolid,  ano  1322  (I,  p.  364).  —  Signo  : 
Arc.  de  Hita,  113,  115 3  (rim.  con  digno,  indigno,  lino);  Leyes  del  estilo,  189; 
Buenos  proverbios  (Knust),  p.  29;  Cane,  de  Estûn.  5;  syno  :  Cab.  Cifar,  p.  35; 
Cane,  de  Baena,  p.  115. 

ns  :  s.  Constaneia  :  Cane,  de  Estûn.,  p.  368;  Ferez  de  Guzmdn,  Clar.  var. 
386.  —  Constante  :  Cane,  de  Estûn.,  p.  368;  costante  :  Cane,  de  G.  Manr.,  I, 
p.  3 1  ;  II,  p.  1 38.  —  Costantinopla  :  ms.  del  siglo  xv  en  Menéndez  Fidal,  Crènieas 
générales  de  Espaha,  p.  86.  —  Costelacion  :  Arc.  de  Hita,  114;  Cane,  de  Baena, 
PP-  3'>  59;  Santillana,  0^., pp.  140,  453.  —  Co«;/î7mck?»:  Berceo,  5.  Mill.  20}  ; 


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ANTIGUA   ORTOGRAfIa   Y  PRONUNCIAClÔN   CASTELLANAS      279 

cosUtucwn  :  Fuero  Ju^gOy  pp.  xi*,  xii*;  Arc.  de  Hita,  359,  1665.  —  Instancia  : 
Cane,  de  G.  Manr,,  I,  p.  10;  II,  p.  9.  —  Trasformar  :  /^.,  I,  pp.  51,  502. 

Desde  las  primeras  gramdticas  y  diccionarios  empezamos  d 
enconirar  noticias  sobre  la  pronunciaciôn  de  estas  combinaciones, 
y  por  ellas  vamos  viendo  cômo  paso  d  paso  va  ganando  terreno  la 
pronunciaciôn  erudita,  hasta  vincularse  en  la  mayor  parte  de  los 
casos  en  el  habla  culta  y  literaria.  Empecemos  por  las  gramdticis 
y  otros  testimonios  semejantes. 

Nebrija  en  la  Gramdtica  castellana  (1492)  y  en  la  Ortografia 
(15 17)  condena  b  escritura  signOy  dignidady  benigno,  y  dice  que 
«  pronunciamos  sino,  manifico,  mananitno  »  ;  doctrina  que  en  1533 
repite  Fr.  Francisco  de  Robles  (Viiiaza,  col.  1105).  Por  los  anos 
de  1532  elDr.  Busto,  después  de  senalarla  diferente  pronuncia- 
ciôn de  la  X  latina  (=  es)  y  la  castellana  (=  i),  advierte  que  en 
algunas  palabras  se  Uega  al  sonido  de  j,  como  eximir,  exemplo, 
execucian,  executar^  exceptOy  exprimentado,  y  otras  derivadas  del 
latin  (Vinaza,  col.  830).  Valdés,  un  poquito  después,  decia  de 
la  g  que  la  quitaba,  y  escribia  sinificar  y  no  signtficar,  manlficoyno 
magnificOy  dinoy  no  digno;  y  anadia  :  «  y  digo  que  la  quito,  porque 
no  la  pronuncio,  porque  la  lengua  castellana  no  conoce  de  nin- 
guna  manera  aquella  pronunciaciôn  de  la  g  con  la  n.  »  (Boehmer, 
p.  371);  después  de  haber  convenido  en  duplicar  la /en  affetto 
(p.  370),  conviene  en  duplicar  la  /,  como  en  esa  voz  y  en  doitOy 
perfetiOy  respetto,  aunque  le  pareciaun  poco  mds  durillo  (p.  375); 
déclara  igualmente  que  nunca  pone  x  en  voces  como  excelenciay 
experienciay  porque  nunca  la  pronuncia,  y  pone  en  su  lugar  j,que 
es  muy  anexa  d  la  lengua  castellana.  La  Gramdtica  de  la  lengua 
vulgar  de  Espana  (1559)  condena  la  ortografia  magnificOy  magnà- 
nimo.  D.  Antonio  Agustln  escribia  en  5  de  Diciembre  de  1578  d 
Zurita  :  «  En  las  ortografias  y  puntos  V.  M.  hard  lo  que  man- 
dare;  d  mi  mal  me  parece  que  se  escriba  de  una  manera  y  se 
hable  de  otra,  como  en  la  lengua  francesa;  y  pues  ninguno  dice 
scriptOy  ni  doctOy  ni  scienciay  ni  presumpciorty  no  hay  para  que  cscri- 
billo  »,  (Ant.  Agustin,  ObraSy  VU,  p.  219).  En  1586  nos  dice 


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280  R.   J.    CUERVO 


Juan  Sdnchez  :  «  En  semejantes  vozes  de  romance  en  quienla 
lengua  espanola  no  hiere  ni  suena  la  Cy  no  se  ha  de  poner, 
aunque  segun  la  deducion  de  las  taies  voces  parezca  requerirse, 
y  assi  escriviremos,  como  pronunciamos  santidad,  v.  g.,  y  no 
sanctidad;  perfecion  y  no  perfection;  vitoria  y  no  Victoria;  dotrina 
y  no  doctrina;  fruio  y  no  fructo;  punto  y  no  puncto,  etc.  En  las 
vozes  en  que  la  lengua  espanola  pronunciasse  la  tal  c  (como  parece 
que  se  va  introduziendo  en  estas  vpces  docto,  afecto),  hase  de  estar 
al  uso.  En  esta  cuenta  entran  estas  voces  ô  terminos  gramatica- 
les,  voz  activa,  preterito  perfecto,  etc.  »  Y  mis  adelante  hablandô 
de  la  X  :  «  No  se  ha  de  poner  esta  letra  en  las  voces  espaiiolas  que 
no  permiten  el  sonido  que  el  espanol  le  da,  aunque  conforme  à 
la  derivacion  délias  la  requieran  :  y  assi  diremos,  v.  g.  esterukr, 
escusar,  espirar^  espUcacion^  esaltcuiotiy  con  s\  aunque  se  escriveen 
latin  extendo,  excusOy  expiro,  explicatio,  exaltaiio  con  x.  Item 
dezimos  eceder^  uessOy  ecessivo,  etc.,  aunque  en  latin  se 
escrive  excedo,  excessus,  etc.  »  (Vinaza,  col.  1161-6).  Mateo 
Alemàn  en  su  Ortografia  (Mexico,  1609)  :  «  Bueno  séria  por 
cierto  que  dijesemos  escriviendo  affeminadoy  MattheOy  philosopho  i 
offrescimientOy  porque  asi  lo  escriven  los  latinos;  i  sin  duda  no. 
acertaria  el  que  dijese  transpasar,  exempto,  septimo,  escriptura^ 
cogttoscOy  i  pronunciase  cacephaton  à  lo  que  itûmos gaçafaton y  que 
no  lo  séria  pequeno,  i  mui  mayor  tratar  de  seguir  semejantes 
absurdos...  Séria  tan  barvaro  quien  dijese  carrastollendas  i  las 
carnestolendas,  como  el  que  pronunciase  ihesorOy  praeceptOTy  doctor 
i  abbades  »  (fol.  12).  Jiménez  Patôn  (1614),  censura  i  los  que  en 
la  ortografia  pecan  de  sobra  de  cuidado  y  curiosidad  viciosa,  y 
continua  :  «  Pronuncian  y  escriben  doctor  y  doctrina;  debiendo 
pronunciar  y  escrebir  dotor  y  dotrinay  aunque  si  se  â  de  pro- 
ouncîar  y  escrchir  docto  y  no  dotOy  afecto  y  no  afetOy  afectado  y 
no  afetado  ;  mas  escrebiremos  efeto  y  no  efecto^  dote  y  no  docte  y 
santo  y  no  sanctOy  precetor  y  no  preceptory  conceto  y  no  conceptOy  sini- 
ficar  y  no  significary  codicia  y  no  cudiciay  envidia  y  no  imbidia, 
solenidad  y  no  sQÏemnidady  y  otra  infinidad  dellos  que  se  podrin 


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ANTIGUA   ORTOGRAfIa   Y   PRONUNCIAClÔN   CASTELLANAS      28 1 

advertir,  cômo  el  que  escribe  spiritu  debiendo  escrebir  espiritu, 
dice  statuto  por  estatuto.  Debe  considérât  el  que  habla  y  el  que 
escribe  en  que  lengua  habla  6  escribe  y  en  la  tal  hablar  y  escrebir. 
Pues  hablamos  y  escrebimos  castellano  y  no  latin,  sea  la  pro- 
nunciacion  y  escritura  castellana  y  no  latina.  »  Mas  adelante 
déclara  que  no  dird  escriptor  sino  escriior^  tractado  sino  tratadOy 
digno  sino  dinOy  insigne  sino  insine,  y  anade  que  las  letras  que 
ordinariamente  constituyen  estas  anadiduras  afectadas  y  super- 
fluas  son  f ,  g,  />,  5,  a:,  y  /  por  r,  como  en  perfecto,  discrectOy  venigno^ 
inagnificOy  œncepio,  précepte^  nascer^  rescibir,  extremoy  excusadoy  bene- 
dictioneSy  oractiones,  (JEpitome  de  la  ortograjia,  ff.  74,  77). 
Pasemos  â  los  diccionarios. 

et  :  t.  Nebrija  (i  5 16)  y  Alcali  (  1 505)  :  dUado,  dotor^  dotrina^  Utor^  otubre,  retra- 
tar,  -uciorty  vfc/orw, -050  (Nebr.  ;  viL  Aie).  —  Casas  (i  570)  :  ditamo,  dotor,  -rim, 
'inar,  efecto,  -uar,  jat-arse^  -ancia,  -ancioso^  lelor,  oluhre,  retificar,  vitoria.  —  Covar- 
rubias  (161 1)  :  affct-o,  ar,  ^acion,  condiicta^  doct-or^  -rina,  -inar,  ditado,  ditatno, 
efeci-o,  'Uar,  fator,  kctor,  UturOy  octavo,  oct-  y  ot-uhre,  seta^  vitoria,  —  Oudin 
(1607)  :  afectar,  -acion,  -ado^  afetOy  cottducta  y  -uta,  doct-  y  dot-o,  -or,  -riwfl,  -rinar, 
dici'  y  dii-OTy  -ado,  -aditra,  ditamOy  efect-  y  efet-o,  -uar,  fact-  y  faior,  Uct-  y  let- 
or,  oct'  y  ot-uhrCy  octavOy  retract-  y  relrat-ar,  vict-  y  vit-hna,  -oria.  —  Franciosini 
(1638)  :  ftem,  y  ademds  afecto  y  afeto,  coletor,  —  Sobrino  (1705)  da  como 
formas  ùnicas  afecto,  efuto  y  sus  derivados,  conductay  factor,  y  distingue  como 
hoy  retractar  y  retratar,  pero  admite  las  demàs  formas  dobles. 

ce  :  c.  Nebrija  y  Alcali  :  acidentey  -al,  diciotty  -ario,  introduciouy  lecion,  oci- 
dente,  satisfacion.  —  Casas  :  acciotty  acideniey  -al y  introducioriy  satisfacion.  — 
Covarrubias  :  acciouy  acidente,  -aly  introducciotiy  leccion,  ocidente,  —  Ôudîn  : 
acciotty  acidefite,  -al,  constntuion  y  construciott,  diccion  y  diciorty  dicionariOy  faccion 
y  faciony  ficcion  y  ficiotty  introducion,  leciorty  ocidente,  satisfacion.  —  Franciosini  : 
ftem.  —  Sobrino  :  accion  y  acioHy  acidente,  -aly  construciony  facion  y  faccion, 
ficion,  îeciotty  liciony  ocidente  y  satisfacion. 

pt  :  t  :  Nebrija  y  Alcali  :  aceptar,  —  Casas  :  acept-ar,  -ahUy  -0,  concepto, 
eceptOy  reapt-ar,  -or.  —  Covarrubias  :  aceptar  y  acetary  aceptOy  concepto,  ecept-Oy 
rtiary  estitico.  —  Oudin  :  acept-ar,  -abley  -aciotiy  -0,  concepto  y  conuto,  eupt-Oy 
'uar  y  ecet-Oy  -uar,  precepto  y  preceto,  preceptor,  reupta  y  recela,  —  Franciosini  : 
ftem,  y  preceptor,  precetor,  —  Sobrino  :  aceptar  y  concepto,  ecepto,  -uar,  precept-o, 
-or,  receta  y  recepta  pero  solo  recetar. 

mn  :  n  ;  Nebrija,  Alcali  y  Casas  :  caluni-a,  ar,  -ador,  colutta,  solene,  -idad.  — 


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282  R.    J.    CUERVO 


Covamibias  :  caJunmtû,  -adôTy  columna  c  ô  cotno  vulgarmente  dezimos  colum  », 
solenin-e,  -idad,  -i^ar,  —  Oudin  :  calunia^  «  et  plus  proprement  càlumnia  »,  calum- 
tti-ar,  -ador,  colunUy  solen-Cy  -idad^  soleni\ar  y  soUmniiar,  —  Franciosini  :  caJum- 
ni-a,  -flr,  -ador,  -cso^  coluna  y  columna,  soîene  y  sokmne,  solenixar  y  sokmni^ar. 

—  Sobrino  :  cahmia  (en  el  francés  también  càlumnia),  calumni-ar,  -ador,  -ow, 
solen-e,  -idad,  soleni^ar  y  solemniiar, 

X  :  s  :  Nebrija  y  Alcali  :  esamen,  esaminar,  escusa,  escusar,  esecutar,  essecucion 
essento,  essequias,  espremir,  espan^irse,  espedir,  espender,  esperUncia,  esperimentar, 
esquisifOy  esiender,  estranar,  esiraho,  esirangero,  eslremado,  sesto.  —  Casas  :  esca- 
uar,  escluir,  escusar,  essecutar,  essecucion,  esstncion,  esento,  esperiencia,  espcrimen» 
tar,  esprimir,  esiender,  eslrangero,  estraHar,  estrano,  eslremado,  estremo,  examen^ 
exortar,  sexo.  —  Covarrubias  :  escluir,  escusar,  esecutar,  esento,  esettcion,  espandir, 
esprimir,  estender,  eslrangero,  estrano,  estremo,  exagerar,  examen,  excomunion, 
exequias,  eximio,  existencia,  èxodo,  exortar,  exorbitante,  expôsito,  exprimir,  exqui- 
silo,  êxtasi,  extinguir,  —  Oudin  :  eceder  y  exe,  ecesso  y  exe.,  ecelente  y  exe,, 
ecepto  y  exe,  esalar  y  ex.,  esaltar  y  ex,,  escauar,  esclamar  y  exclamar,  escluir  y 
exe,,  esclusion,  escusa,  escusar  y  exe.,  esecutar,  esentar,  esento,  esencion  y  exempcion, 
esequias  y  exequias,  espaniirse,  espedir,  espeJer  y  exp,,  experieneia,  etc.,  y  exp., 
esplanar,  esplayar,  esplicar,  etc.  y  expL,  esplorar,  etc.  y  expL,  esponer  y  exp,, 
espressar,  etc.  y  expr,,  esprimir,  espugnar  y  exp,,  espulsar  y  exp,,  esquisito  y  exq., 
estender  y  ext.,  esterior  y  ext.,  eslrangero,  estrano,  estranar,  estremar,  estremo  y 
extr.,  exacto,  examen,  etc.,  exasperar,  excitar,  excomunion,  exerenunto,  exeerar, 
exheredar,  exhortar,  exigir,  eximio,  eximir,  existir,  exorbitante,  exorcista,  exordio, 
expectacion,  éxtasi,  extenuar,  extermitwr,  externo,  extinguir,  extorcion,  extraordi- 
nario,  extravagante,  extrinseco,  exulcerar,  exultar,  sexo,  sexto,  —  Franciosini  : 
lo  mismo  con  corta  diferencia  :  ecept-o,  'Uar  (solo),  esprimir  6  exp,,  exigir  6  es, 

—  Sobrino  :  lo  mismo,  mâs  ô  menos  :  escusar  (solo),  esento  y  exempto,  esprimir 
y  exprimir,  estender  pero  extension,  y  anade  exotierar,  expiar, 

gn  :  n  :  domina  la  ortograffa  etimolôgica  :  en  Alcalâ  se  hallan  dinidad  y 
dino  pero  en  cl  lugar  alfabético  que  les  da  Nebrija  escribiéndolos  con  g  ;  Casas 
da  malino,  -idad  ;  Covarrubias  malino,  y  en  indigtmrse  advierte  :  «  Perdemos  de 
ordinario  la  g  porque  la  pronunciacion  no  sea  afectada  ;  »  Oudin  dino,  -idad  y 
digno,  'idad,  indino  é  itidigno,  malino  y  maligno,  insine  é  insigne,  signo  y  sino  ; 
lo  mismo  Franciosini  y  Sobrino. 

ns  :  s  :  los  diccionarios  esldn  conformes  en  la  ortografîa  etimolôgica. 

Aunque  las  ediciones  del  siglo  xvi  también  se  arriman  d  la  etî- 
iîiologia  en  las  combinaciones  de  que  vamos  tratando,  todavia 
de  cuando  en  cuando  aparccen  en  ellas  las  formas  populares.  En 
los  Comentarios  de  César  iraducidos  por  Diego  Lôpez  dç  Toledo 


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ANTIGUA   ORTOGRAfIa  Y  PRONUNCIACIÔN   CASTELLANAS      283 

(Alcali,  1529)  se  lee  vitoria  (f.  4  v°),  jurtsdicton  (f.  8),  sdimo 
(f.  3  v^),  escusar  y  escusacion  (ff.  6  v**,  65),  esienderse  (f.  2),  sesto 
(f.  66).  En  el  Marco  Aurelio  de  Guevara  (Sevilla,  1531)  dotrina 
(prôl.),  seta  (ib.),  perfeto  (ib.),  escritura  (ib.),  a>/w»a  (ib.),  dy/>e- 
nenc/a  (ib.),  esperinuntar  (ib.),  estrangero  (ib.),  estrano  (ib.), 
esentar  (ib.).  En  la  traducciôn  del  Cortesano  por  Boscdn  (Barce- 
lona,  1534)  :  /)^r/i?/(7  (f.  29),  /ra/^r  (f.  31),  afetacion  (f.  32),  />fr- 
fetamente  (f.  33  v°),  rej/>f/o  (f.  35  v<»),  ç/ir/a  (f.  31  v^),  doto  (f. 
36  V**)  ;  e/^/on  (f.  3 1)  ;  preceto  (f.  3 1  v°),  or^/ar  (f.  36)  ;  mananimi- 
dad  (f.  30),  malinidad  (f.  31  v®),  inorantes  (f.  33  v*»),  sinificacion 
(f.  35);  circustancia  (f.  32J;  complision  (f.  29),  escusadoÇS.  31, 
35),  estrenios ({.  31),  estrahamente  (f.  33  v°),  esperiencia  (f.  36  v^), 
ecelente  (f.  31  v**).  En  el  Reportorio  de  Hugo  Celso  (Valladolid, 
1538)  destrucion  (f.  61),  jurisdicion  (f.  274  v^),  ftf//f(?  (f.  61), 
escusar  ({.  62).  En  el  y/mjti/j  dir  Ga«/a  (Sevilla,  1539),  satisfacion 
(f.  81  v°),  ^^aowej  (f.  86);  rû/iVfl  (f.  84  v^)  ;  i/w  (f.  81),  />wmïr 
(f.  82  yo)  ;  Costantinopla  (f.  81),  «/r^wo  (f.  81),  estrano  (f.  81  v°). 
En  la  5//i/fl  (/e  varia  lecion  de  Pero  Mejia  (Sevilla,  1542)  letor 
(ff.  21,  22),  efeto  (f.  23  v°),perfetamente  (f.  24  v°)  ;  /rnon  (f.  20), 
elecion  (f.  22  v°),  ocidental  (f.  23),  ocidente  (ff.  23  v**,  24),  ^«j- 
«ocm/  (f.  24),  direcion  (f.  24  v°),  j/m?^  (f.  23  v°)  ;  co/wfw  (f.  137); 
Costantino  y  Costantinopla  (f.  22  v®);  estrano  y  estrane:(a  (f.  2j). 
En  las  Diferencias  de  libros  de  Venegas  (Toledo,  1545)  licion 
(f.  89  v°),  acidente({.  146);  estrano  ({.  90  v*>),  estender  (f.  53  v°), 
j^iim?  (f.  70).  En  la  traducciôn  del  Momo  por  Almazin  (Alcali, 
1553)  prdtico  y  pràtica  (ff.  40,  41),  perfeto  (f.  42  v*»);  satis- 
facion  (ff.  40,  46  v°);  estrano  y  estrahamente  (ff.  44,  39), 
esperiencia  (f.  42  v*»).  En  la  Crônica  de  Ambrosio  de  Morales 
(Alcald,  1574),  ^ff^tuar  (f.  322),  frutificar  (f.  323  v*»),  o/w^r^ 
(f.  328);  deducion  (f.  193  v**),  ete/on  (f.  142  v°),  /^rùw 
(f.  193);  cativo  y  cativar  (ff.  62  v°,  328);  solene{î.  65),  a?/ttfw 
(ff.  323  V*,  327  V*»)  ;  estender  y  estendidamente  (ff.  422,  325),  ^jrw- 
jjr  (f.  325  v°),  ^^/ram?  (f.  322),  estremadamente  (f.  326  v*»). 
Hechos  parecidps  hallamos  en  las  ediciones  del  siglo  xvii.  En 


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284  R.    J-    CUERVO 


la  Angélica  de  Lope  (Madrid,  1602)  efeto  (f,  7),  viioria  (ff.  8, 
331),  noturno  (f.  9);  elecion  (J.  2),  satisfacion  (f.  245);  œnceto 
(p.  245);  inorante  (f.  248);  coluna  (ff.  3,  199  v°);  costante 
(f.  256);  estraho  (f.  2),  estender  (f.  105),  estremo  (f.  106),  ^5^1- 
^flr  (f.  25 1),  espôsito  (f.  252).  En  las  Obras  de  Rivadeneira(Madrid< 
160^)  perjeto  y  perfetissimo  (II,  p.  S44),  dotrina  (p.  545),  z^//ar/a 
(/t.);  setentrional  (p.  548);  inorancia  (p.  546);  estranoÇp,  5^7)> 
estremado  (p.  545).  En  los  Didlogos  de  apacible  entretenimiento  àt 
Hidalgo  (Barcelona,  1609)  afetado  (f.  81),  rf<j/^/c?  (f.  40  v°),  ^^or 
(ff.  73  V*»,  93  v°),  dotrina  (f.  5),  <r/^/o  (f.  94  v°),  espetàculo  (f. 
69),  /r/or  (f.  68),  otavo  (f.  40),  /)er/è/o  (f.  37)  ;  iniroducion 
(f.  32  v°),  imperfecion  (f.  100),  juridicion  (f.  95),  perfecion 
(f.  100);  tfxré!/o  (f.  2);  ^/m)  (f.  35  v^),  inorancia  (f.  81  v°),  /)^r- 
sinarse({.  63  ;  item,  Lope,  R.  XXXIV,  222^),  sinijicar  (f.  41); 
^o/wmï  (f.  6),  solene  (f.  40  v^)  ;  escusar  (f.  9).  En  la  traducciôn 
de  los  libros  de  heneficiis  de  Seneca  por  Ferndndez  de  Navarrete 
(Madrid,  1629),  efeto  (ff.  148,  i^^w"),  jatarse  (f.  68  v°).  En  el 
Dekitar  aprovechando  de  Tirso  (Madrid,  1635),  dotor  (f.  143  v°), 
dotrina  (f.  i^i),  dotrinar  (f.  143),  f/^/u  (f.  162),  expeiàculo  (f. 
302  v°),  z;/7or/fl  (f.  160  v''),  vitorioso  (f.  58  v*>),  vitorear  (f.  59); 
jurisdicion  (p.  161),  resurrecion  (f.  60),  satisfacion  (ff.  58  v'', 
143  v°);  escusar  (f.  141),  estender  (f.  144),  estrahar  (f.  141  v°), 
estraho  (f.  163),  estrangero  (f.  59  v°),  estretno  (f.  59).  En  el  Marco 
Bruto  de  Quevedo  (Madrid,  ,1644)  dotrina  (f.  3),  (ff^/o  (f.  23  v<>), 
to(?r  (f.  I  v°),  vitoria  (dedic),  vitorioso  (f.  21);  traducion 
(aprob.),  satisfacion  (f.  2  v°)  ;  escusar  (f.  7  v°),  ^jr/«/r  (f.  27  v**). 
En  las  Obras  de  Lôpez  de  Zarate  (Alcali,  165 1)  conflito(p,  180), 
dotrina  (p.  167),  perfeto  (p.  33),  vitoria  (p.  32);  coluna  (p.  205); 
tnostruo  (p.  299  ;  mostruosamente  en  Saavedra,  Empresas,  p.  7  : 
Amsterdam,  1659;  p.  6  :  Amberes,  1659);  esento  (p.  31),  essen- 
cion  (p.  302),  escusar  (p.  206),  esterior  (p.  204),  estremo 
(p.  302).  En  la  traducciôn  de  Owen  por  F.  de  la  Torre  (Madrid, 
1674)  dotor  (f.  21),  /^/(?r  (f.  i  v°),  j^/a  (f.  21),  vitoria  (prôL); 
traducion  (prel.)  ;  essencion  (f.  4),  estender  (f.  10),  estremo  (f.  48). 


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ANTIGUA   ORTOGRAFtA   Y   PRONUNCIACIÔN   CASTELLANAS      285 

En  la  Cçmquista  de  Méjico  de  SoHs  (Madrid,  1684)  vitoria  (pp. 
335,  338);  instrucion  (p.  509),  introducion  (prôL,  p.  2^0),  juris- 
dicton  (p.  288),  satisfacion  (pp.  228,  407,  509);  coluna  (p.  239); 
escusar(p.  344),  estender  (p.  85),  estrangero  (pp.  90,  230),  estra- 
har  (p.  345),  estraiioÇp.  342).  — Felis  (6  Feli^  era  la  forrfia  popu- 
lar  y  corriente  del  nombre  que  hoy  se  escribe  Félix,  comô  puede 
verse  en  el  libro  II  de  la  Diana  de  Montemayor  segiin  las  edi- 
ciones  primitivas  y  en  la  dedicatoria  de  los  DiscursoSy  epistolas  y 
epigramas  de  Artemidoro  por  Rey  de  Artieda  (Zaragoza,  1605); 
y  aunque  la  dedicatoria  de  las  Ritnas  de  Burguillos  (Madrid, 
1634)  estd  firmada  por  Frey  Lope  Félix  de  Vega  Carpio,  entre 
las  poesias  laudatorias  de  la  Angilica  (1602)  se  hallan  dos  redon- 
dillas  de  don  Felis  Arias  Girôn. 

Como  es  de  suponerse,  los  escritores  en  su  uso  particular  se 
acomodaban  mis  6  menos  d  la  ortografîa  etimolôgica,  segùn  su 
gusto  6  estudios  ;  si  bien  en  muchos  puntos  no  dejaban  de  aco- 
modarse  d  las  modificaciones  de  la  pronunciaciôn  culta,  conforme 
nos  la  van  indicando  los  diccionarios  y  las  ediciones.  Santa 
Teresa  sigue  la  ortografia  fonética  :  ativo  {Vida,  p.  149),  dotrina 
(PP-  iS7>  170),  efetoijp.  140),  perfeia  (p.  279),  vitoria  (p.  294), 
retor  (p.  313);  satisfacion  (p.  149),  imper fecion  (p.  280),  contra- 
dicioîi  (p.  306),  aflicion  (p.  310);  preceto  (p.  321),  cativerio 
(p.  146);  dinidad  (p.  152),  indinlsima  (p.  162),  inorancia  (jp. 
161),  inorante  (pp.  70,  157),  manifico  (p.  154),  mananimidad 
(p.  154);  coluna  (p.  168);  ecelente  (p.  170),  ecesivo  (p.  162), 
esclamacion  (p.  317),  esperimentar  (p.  157),  esterior  (p.  153), 
estremo  (p.  142).  Lope  se  inclina  d  veces  d  la  etimologia  en  El 
bastardo  Mudarra  :  vitoria  (I,  f.  11);  satisfacion  (I,  ff.  12,  15  v**), 
escusar  (fF.  2  v°,  15  v°),  estender  (f.  6),  Estremadura  (f.  i  v°), 
estraho  (f.  r  r),  estremo  (f.  14  v*>)  ;  dignOy  ya  dentro  del  verso,  ya 
rimando  en  ino  (fF.  i,  13  v°),  excesso  (f.  13  v**).  Lo  mismo  Qjae- 
vedo  :  efetOy  solenes;  asumpto,  esempto  (Riv.,  XLVIII,  p.  166). 
Calderôn  en  la  primera  jornada  del  Mdgico  prodigioso  (éd.  de 
Morel-Fatio)  escribe  efeto,  vitoria,  y  afecto,  docto,  dictandoy  concepto\ 


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286  R.   J.    CUERVO 


satisfacion,  juridicion,  y  accidente,  ekccion;  calumnia,  dignidad, 
indigna,  ignorante,  ignorancia,  repugnancia. 

De  su  peso  se  cae  que  los  poetas  empleasen  como  conso- 
nantes  voces  que  en  la  pronunciacî6n  corriente  lo  eran,  por  mis 
que  en  la  ortografia  se  diferencîasen  i  menudo.  G)menzando,  en 
obsequio  de  la  brevedad,  desde  la  segunda  mitad  del  siglo  xv, 
hallamos  en  Gômez  Manrîque  rimados  deftto  y  discreto  (jCanc.,  \, 
p.  80),  perfetas  éyndiscretas  (p.  82),  imperjetos  y  discrètes  (p.  1 14)  ; 
concebto  y  secreto  (p.  79-80);  dina,  divina  y  meh^ina  (p.  62), 
repuna  y  camuna  (p.  85).  En  Juan  del  Encina  perfetos  y  discrètes 
ÇTeatro,  p.  161),  aflito,  bendito  é  infinito  (p.  37);  dino  y  divine 
(P-  So)>  tf^lifio  y  continu  (p.  102).  En  Lucas  Fernàndez  benigno 
y  camino  (p.  248),  repuna  y  una  (p.  103).  En  Qstillejo  perfeto 
y  secreto  (R.,  XXXË,  pp.  iro%  156*);  dino,  vino  y  latino 
(p.  112**).  En  GdLTcÀhso  aspetoy  respeto{K.,  XXXII,  p.  17*),  efetos, 
discretos  y  secretos  (p.  24*),  perfeto,  quieto  y  secreto  (p.  8*),  aflito, 
grito  é  infinito  (ib.),  perfeta  y  aprieta  (p.  i9*)>  coluna,  alguna, 
una  (p.  24*).  En  Diego  de  Mendoza  imperfeto,  sujeto  y  secreto 
(Knapp,  p.  ioé-7),  perfeta  y  cruceta  (p.  131);  indino,  peregrino  y 
contino(jp.  139-40);  colunas  y  lagunas  (p.  142).  En  Ercilla  efectos 
y  objetos  (^Arauc,  XXIII),  perfeto,  peto  y  prometo  (VIII),  conceto, 
sujeto  y  aprieto  (I)  ;  indina,  Palestina  y  ruina  (XXVII),  malino, 
vino  y  camino  (XXXI).  En  Cervantes  perfeto,  efeto  y  secreto  (Gai., 
II),  perfeto,  objeto  é  inteleto  (ib.),  perfeto  y  sujeto  (ib,,  Uï),  imper- 
fêta,  poeta  y  discreta  (Viaje,  II);  dina  y  encamina  (GaL,  I),  dinos, 
sietemesinos  y  caminos  (Viaje,  I).  En  Lope  perfeto,  decreto  y  secreto 
(AngéL,  III),  efeto,  secreto  y  aprieto  (ib.,  XVIII),  perfeta,  imper- 
fêta,  décréta,  mta,  sécréta  y  respeta  (ib.,  V,  X,  XVI);  Egipto, 
delito  y  permito  (ib.,  XIV);  dino,  sobrino  y  vino  (ib.,  VI),  indina, 
divina,  inclina  y  cortina  (ib.,  V,  XVI).  ^nTïxso efeto,  sugeto,  nieto, 
discreto,  comprometo  y  quieto  (Cigarrales,  ff.  83,  142  V*,  193  v°, 
204,  205),  perfeta  y  discreta  (ff.  45,  119,  209);  concepto,  discreto 
y  respeto  (ff.  52  v°,  184  v<»),  digno  y  sobrino  (f.  185  v®),  solene  y 
tiene  (D.  Gil  de  las  Cal:(as  verdes,  II,  13).  En  duevedo  perfeta, 


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ANTIGUA   ORTOGRAfIa  Y   PRCWCfNCIAaÔN   CASTELLANAS      287 

aprieta  y  castanela  (Parti,  esp,,  p.  334  :  Madrid,  1650);  canceto  y 
secreto  (th.,  p.  86),  EgitOy  escritOy  delito,  contrito  (p.  285),  aceta, 
treta  y  respeta  (p.  498).  En  Calderôn  tfeto^  secreto^  aprieto,  preceto 
y  prometo  (R.,  VII,  pp.  17*»%  23^;  XII,  p.  29^),  perfetOy  conceto, 
prometo  y  secreto  (R.,  VII,  pp.  43%  50»),  perfeta^  plamta  y  aprieta 
{ib.y  pp.  9%  27*);  conuto  y  sujeto  (XII,  p.  8'')  ;  coluna,fortuna  y 
luna  (VU,  pp.  26^,  407**).  En  Qncer  y  Velasco  perfeta  y  trompeta 
(f.  88  :  Madrid,  165 1),  efecto  y  aprieto  ({.  64),  seta  y  bayeta 
(f.  3  v°)  ;  conuto  y  respeto  é  inquieto  (f.  4  v**)  ;  tnalina,  esquina  y 
espina  (ff.  77,  88  v*»).  En  Solis  efecto,  indiscreto  y  discreto  (jCom.y 
pp.  140,  275  :  Madrid,  1681),  imperfecta  y  jeta  (p.  213),  recta  y 
Mendieta  (p.  276)'. 

Todavla  en  1726  decia  la  Academia  en  el  discurso  proemial 
del  Diccionario  de  Autoridades  :  «  Aun  entre  los  mds  preciados 
de  verdaderos  y  légitimes  castellanos  tampoco  hay  igualdad  en 
el  modo  de  pronunciar,  porque  lo  que  unos  profieren  con  toda 
expresiôn,  diciendo  acepto,  leccion,  lector,  doctrinay  propriedad, 
satisfacciotiy  doctor,  otros  pronuncian  con  blandura,  y  dicen  aceto, 
lecion,  letor,  dotrituiy  propiedady  satisfacioriy  dotor;  unos  especifican 
con  toda  claridad  la  letra  x  en  los  vocablos  que  là  tienen  por  su 
origen,  y  dicen  expresiôn,  excesOy  explicaciony  exactOy  excelencia, 
extravaganciay  extremo,  y  otros  en  unas  palabras  la  mudan  en  r, 
y  en  otras  en  s,  diciendo  eccesOy  eccelenciay  espresion,  esplicaciony 
esactOy  estravagancia,  estremo;  unos  expresan  las  consonantes 
duplicadas  en  varias  voces,  diciendo  accentOy  accidente,  annatay 
innocenciay  commociony  cotnmutacion,  y  por  el  contrario  otros  no 
las  usan,  y  dicen  acentOy  acidente,  anatay  inocenciay  comociony  cornu- 
tacion;  de  suerte  que  es  innegable  la  variacion  y  diversidad  en  la 
pronunciacion.  »  Por  manera  que  cuando  hallamos  impresas  en 

I.  Lo  que  va  demostrado  hasta  aquf  hace  ver  la  sinrazôn  con  que  preceptis- 
tas  modemos  toman  en  nuesiros  autores  de  los  siglos  xvi  y  xvii  por  licencias 
poéticas  lo  que  era  su  manera  natural  de  pronunciar.  En  gênerai  puede  afir- 
marse  que  la  doctrina  de  las  licencias  poéticas  se  basa  en  hechos  mal  explica- 
dos,  por  ignorancia  de  la  historia  de  cada  lengua. 


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?88  R.    J.    CUERVO 


obras  de  Mayins  (1697-1781)  varias  de  estas  palabras  conforme 
i  la  pronunciaciôn  popular  y  rimadas  del  mismo  modo  en  los 
versos  de  Gerardo  Lobo  (1679-1750),  no  es  aventurado  pensar 
que  todavia  las  usaba  asi  parte  de  la  gente  culta. 

No  estd  por  demds  recordar  que  de  estos  conflictos  han  que- 
dado  curjosas  reliquîas  en  ditologîas  como  respecta  y  respeto,  retra- 
tar  y  retractar,  pràctica  y  plâtica,  signo  y  sinOy  acto  y  auto. 

La  exposiciôn  que  précède  nos  déjà  seguir  los  pasos  con  que 
ha  ido  introduciéndose  laescrituray  pronunciaciôn  etimolôgicas. 
A  lo  que  puedo  entender,  no  habrd  hoy,  como  las  habia  en  la 
primera  mitad  del  siglo  pasado,  persona  de  mediana  cultura  lite- 
raria  que  diga  dotor^  satisfaciôn,  acetar,  pronunciaciones  relegadas 
ya  al  vulgo.  La  introducciôn  de  la  x  ha  encontrado  mis  tropiezos. 
La  Academia  misma  que  sistematizô  su  empleo  conforme  al 
origen,  se  vio  obligada  i  reconocer  en  181 5  (8*  ediciôn  de  la 
Ortografia)  que  «  extraho^  extrangero  no  podian  pronunciarse 
sin  alguna  aspereza  y  afectaci6n  »  y  en  régla  especial  dio  por 
Hcîta  la  sustituciôn  de  x  por  s  antes  de  consonante.  Prosodistas 
modernos  han  trocado  los  frenos,  y  suponiendo  que  la  pronun- 
ciaciôn etimolôgica  es  la  castiza  y  propia  del  castellano,  nos 
dicen  que  al  pronunciar  con  s  taies  vocablos  se  empobrece  de 
sonidos  la  lengua  (Sicilia),  que  este  es  un  abuso  modernamente 
introducido  (Bello),  y  la  Academia  condena  ahora  «  este  abuso, 
con  el  cual  sin  necesidad  ni  utilidad,  se  infringe  la  ley  etimolô- 
gica, se  priva  d  la  lengua  de  armonioso  y  grato  sonido,  desvir- 
tudndola  y  afemindndola...  »  Para  mi  es  patente  que  en  todo 
esto  hay  un  esfuerzo  notorio  para  acomodar  la  lengua  d  un  tipo 
prosôdico  extrano,  latino  en  los  siglos  xvi  y  xvu,  francés  del 
xvni  en  adelante. 

Cuando  empezaron  d  cultivarse  con  esmero  las  humanidades 
en  Espana,  fue  para  muchos  punto  de  honor,  en  emulaciôn  con 
el  italiano,  mostrar  la  excelencia  de  la  lengua  castellana  por  «  la 
gran  similitud  que  tiene  con  la  latina,  tan  estimada  y  celebrada 
por  muy  excelente  entre  todos  los  lenguajes  del  mundo  ;  »  como 


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ANTIGUA   ORTOGRAFfA   Y   PRONUNCIAClÔN   CASTELLANAS      289 

decia  Ambrosio  de  Morales,  hablando  del  ensayo  que  hizo  el 
maestro  Pérez  de  Oliva  de  escribir  un  diilogo  que  lo  mismo 
podia  leerse  en  castellano  que  en  larin  (uno  y  otro  abominables, 
por  cierto).  De  aqui  el  que  desentendiéndose  de  la  pronunciaciôn 
escribieran  algunos  subjectOy  delictOy  auctor,  auctoridad,  districto, 
fructOy  luctOy  suptrOy  distincto,  puncto,  satisfaction,  perfection^  etc. 
Semejante  ortografia  pedantesca,  contraria  d  la  tradiciôn  fonética 
y  d  la  tendencia  natural  de  la  lengua,  provocô  una  reacciôn  pare- 
cida  d  las  que  se  han   dejado  ver  en  tiempos  posteriores;  y  si 
consideramos  que  aquélla  era  la  predilecta  de  los  impresores 
salmantinos,  como  aparece,  por  ejemplo  en  las  obras  de  los  dos 
Luises,  de  Léon  y  de  Granada,  y  que  los  principales  contradic- 
tores  fueron  andaluces,  no  serd  mucho  que  veamos  ahi  otra 
prueba  de  la  rivalidad  entre  los  literatos  de  esos  centros  literarios. 
due  los  inconvenientes  de  la  desconformidad  entre  la  escritura  y 
los  sonidos  saltasen  antes  d  los  ojos  de  un  poeta  que  d  los  de  un 
prosista,  nos  lo  explican  muy  bien  las  recomendaciones  que  hacia 
el  madrileno  Eugenio  de  Salazar  d  sus  hijos  para  cuando  impri- 
miesen  sus  versos  :  «  Que  en  lo  que  toca  (les  deda)  d  los 
vocablos  terminantes,  que  son  los  vocablos  postreros  de  cada 
verso,  los  ponga  el  impresor  como  van,  sin  quitar  ni  anadir  letra, 
aunque  le  parezca  que  no  va  buena  la  ortografia;   porque  si 
algunos  terminantes  van  con  menos  letras  escritos  de  las  que  d 
él  le  parecerd  que  han  de  Uevar,  aquello  se  hace  y  permite  y  es 
necesario  por  causa  del  consonante,  que  no  séria  bueno,  si  fuesen 
los  taies  vocablos  escritos  con  todas  sus  letras.  Ejemplos  desto. 
Para  dar  consonante  d  tanto  decimos  santo  sin  c;  porque  si  dijé- 
semos  sancto  con  c,  no  séria  consonante.  Para  dar  consonante  d 
vino  decimos  dino  sin  g;  porque  si  dijésemos  digno  con  g  no 
séria  consonante.  Para  dar  consonante  d  piloto  decimos  doto  sin 
c;  porque  si  dijésemos  docto  con  tr,  no  séria  consonante....  Y 
desta  manera  habrd  otros  muchos  terminantes  en  esta  obra  que 
parecerdn  mal  escritos,  y  no  lo  estdn,  sino  bien,  conforme  d  las 
leyes  de  poesia;  y  si  de  otra  manera  se  escrib^esen,  estarian  mal. 

Rgvme  bitpaniqtu,  19 


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290  R.    J.    CUERVO 


Por  lo  cual  el  impresor  y  el  que  le  ayudare  d  corregir,  miren 
mucho  en  esto,  no  lo  yerren,  pensando  que  aciertan;  sîno  sigan 
puntualmente  el  registro,  que  estd  muy  corregido,  y  acertardn,  y 
no  echaran  d  perder  la  obra.  »  (Gallardo,  Ensayo,  IV,  col.  328.) 
Semejante  expediente  apenas  resolvia  la  cuestiôn  d  médias. 
Fernando  de  Herrera,  de  quien  era  apasionado  Salazar,  no  se 
anduvo  por  las  ramas  é  intenté  una  reforma  fondamental  que 
cortaba  de  raiz  el  mal;  hizolo  en  su  ediciôn  y  comentario  de  las 
obras  de  Garcilaso  (1580).  En  algunas  cosas  se  redujo  d  poner  en 
vigor  las  ensenanzas  de  Nebrija;  v.  gr.  al  escribir  cual^  cuantOy 
cuatro  en  lugar  de  quai,  quanta,  quatre;  al  distinguir  completa- 
mente  los  oficios  de  la  «  y  la  v,  usando  la  primera  solo  como 
vocal  y  la  segunda  solo  como  consonante  :  una,  nuevamente, 
provar.  En  cuanto  d  los  oficios  de  la  /  y  la  y  siguiô  y  rectificô  la 
doctrina  del  mismo,  que  al  paso  que  escribia  Reina  i  senora,  ai, 
mut,  EgiptOy  empleaba  la  i  también  en  io,  tnaior;  Herrera,  practi- 
cando  lo  primero,  enmendô  lo  segundo  escribiendo  yo,  mayor. 
Siguiôle  igualmente  en  el  uso  de  la  h,  no  poniéndola  sino  cuando 
era  aspirada  :  hi:(p,  hablar,  hasta,  y  omitiéndola  en  los  demds 
casos  :  abilidad,  aver,  ombre,  umilde,  Caldea,  fantâstico,  retôrica. 
De  él  tomô  también  el  empleo  del  acento  para  distinguir  las 
voces  que  escribiéndose  con  unas  mismas  letras  pueden  Uevarlo 
en  diferentes  silabas  :  hàllo,  sàco,  llâmo;  mas  traxo,  sin  acento, 
porque  no  cabe  confusion.  Pero  lo  mds  importante  de  la  reforma 
consiste  en  la  luz  que  nos  da  sobre  la  pronunciaciôn  corriente  d 
fines  del  siglo  xvi,  como  que  Herrera  se  propuso  conformar  d 
ella  la  escritura;  decldralo  en  estos  términos  en  su  prôlogo  el 
Maestro  Francisco  de  Médina  :  «  A  reduzido  [Herrera]  a  con- 
cordia  las  vozes  de  nuestra  pronunciacion  con  las  figuras  de  las 
letras,  que  hasta  aora  andavan  desacordadas,  inventando  una 
manera  deescrevir  mas  facil  i  cierta  que  las  usadas  »  (p.  10);  ' 

I.  En  contrario  de  lo  que  pudiera  suponerse,  el  Mtro.  Médina  no  aceptô 
de  todas  las  reformas  de  Herrera  sino  el  escribir  cual,  cuando,  (Robles,  El  culto 
seviJlattOf  p.  324). 


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ANTIGUA  ORTOGRAFiA   Y   PRONUNCIACIÔN   CASTELLANAS      29 1 

y  el  mismo  Herrera  lo  encarece  diciendo  en  la  dedicatoria  : 
«  Escogi  este  argumento,  con  tanta  novedad  i  estraneza  casi 
peregrina  al  lenguage  comun,  assi  en  tratar  las  cosas,  como  en 
escrevir  las  palabras.  »  La  originalidad  del  empeno  consistia  en 
reducir  d  sisiema  la  ortografia  fonética  con  mis  rigor  que 
Nebrija,  exponiéndose  al  hacerlo  d  ser  «  aborrecido  de  todos  y 
vituperado  como  ombre  arrogante,  que  dexado  el  camino  real 
que  hollaron  nuestros  padres,  sigue  nuevas  sendas  Uenas  de  aspe- 
reza  i  peligros  »,  como  temia  el  Maestro  Médina.  No  puede 
negarse  que  ya  por  ese  tiempo  algunas  de  las  voces  que  escribia 
Herrera  d  la  popular  corrian  entre  los  literatos  con  la  pronuncia- 
ciôn  etimolôgica;  pero  su  obra  es  documento  inapreciable  para 
comprobaciôn  del  uso  comùn. 

Herrera  distingue  cuidadosamente,  conforme  a  la  ortografia 
tradicional,  lo  mismo  en  la  escritura  que  en  las  rimas,  la  :(  y  la 
ç  Qa^er,  parecer^  mudança,  estram^iûy  cabeçd)y  la  ^  y  la  ss  (beso, 
tesorOy  impressOy  assi,  riquissimo),  la  a:  y  la  gy  j  (dexary  hijUy  acogety 
gemido).  En  cuanto  ib  y  Vy  sigue  también  con  fidelidad  la  tradi- 
ci6n,.si  funddndose  6  no  en  una  diferencia  correspondiente  de 
pronunciaciôn,  es  cosa  que  no  se  decidir  (valoTy  mover;  deve^ 
aprovaty  escrevir  y  adornavay  etnbevecer;  bieriy  aborrecer;  cabery  reci- 
bierd).  No  escribe  h  sino  cuando  debia  aspirarse  conforme  d  la 
etimologia,  y  la  estructura  de  sus  versos  prueba  el  cuidado  que 
en  esto  ponia  (ha:^ery  hallar,  hermosurUy  hollar,  hundir;  avery 
ermanOy  ombre  y  umano). 

Ejcmplos  de  las  asimilaciones  de  que  especialmente  tratamos 
aqui,  tomados  del  Comentario  d  Garcilaso  : 

et  :  t  :  afelacion,  affto,  afetuoso,  de/eto,  defetuoso,  dotOy  dotissinto^  dolrina^ 
efetOf  inafetado,  klores,  perfetOy  vitoria^  vitorioso, 

ce  :  c  :  acioneSf  dicton ,  eleciorty  per/edon. 

pt  :  t  ;  conceto. 

mn  :  n  :  caîunia. 

X  :  s  :  esdtaciony  eseticion,  eceder,  ecdencidy  ecekntty  eceîentissinu),  escîamaciotty 
escusadoy  esUnder,  estrangero,  estremo. 


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292  R.   J.    CUERVO 


gn  :  n  :  dino,  dinidad,  indinadOy  inorancia,  inoranU,  insiru,  sinificacion^  sini- 
ficanU,  sinificar. 

ns  :  s  :  mo5/ra5o  (pero  itistruido,  p.  lo). 
se  :  c  :  dicipHna,aci€nde,  dtcicnde  '. 

Entre  los  primeros  seguidores  de  Herrera  de  que  tengo  noticia 
figura  el  valenciano  Cristôbal  de  rVirués,  en  su  MonserraU 
(Madrid,  1587-8),  en  cuyo  prôlogo  leemos  :  «  I  porque  algunos 
amigos  q'  an  visto  la  ortografia  q'  uso  en  mi  escritura,  me  obli- 
gan  a  dar  alguna  razon  délia,  digo,  que  por  parecerme  la  mas 
propia,  mas  facil,  i  de  mas  dulce  pronunciacion  que  ser  puede  a 
la  lengua  en  q'  escrivo,  la  uso  assi  siguiendo  a  los  doctos  i 
curiosos  modernos  que  Tan  inventado,  con  maravillosa  conside- 
racion  i  pulicia  a  mi  parecer,  d  cual  en  esto  i  en  todo  lo  demis 
sugeto  i  rindo  al  mas  acertado.  »  En  la  carta  que  cuando  se 
publicô  por  primera  vez  el  poema  dirigiô  Baltasar  de  Escobar  al 
autor,  y  que  va  al  principio  de  las  ediciones  siguientes,  le  deda  : 
«  Querria  hablar  aqui  tambien  un  poco  de  la  ortografia,  loando 
el  parecer  de  V.  M.  en  avella  seguido,  pero  escluyome  por 
andaluz  i  apasionado  délia,  d  En  la  tercera  ediciôn,  que  Virués 
hizo  en  Madrid,  1609,  se  lee  esta  advertencia  :   «  La  ortografia 


I .  Sobre  otras  particularidades  de  la  ortografia  de  Herrera  véase  Gallardo, 
Ensayo,  IV,  col.  1309,  y  Morel-Fatio,  U Hymne  sur  ÛpanU,  pp.  16-9.  Indig- 
nado  Sicilia  de  la  licencia  que  habk  dado  la  Academia  de  pronunciar  s  en  vez 
de  X  antes  de  consonante,  entre  otras  cosas,  clama  asf  :  «  ^  Se  desea  convertir 
la  lengua  castellana  de  dulce  en  dulzona,  de  Hrica  en  prosaica,  de  heroica  en 
romancera,  de  senora,  y  de  gran  senora,  en  plebeya  ?  |  G5mo  no  alzan  la  voz 
en  su  defensa  los  buenos  poetas  que  aun  nos  quedan,  cuando  ven  que  se  les 
va  adulterando  poco  i  poco  aquel  métal  exquisito  con  el  cual  trabajaron  los 
HerreraSf  los  Mendozas,  los  Argensolas,  los  Vegas,  los  Leones,  y  tantoslotros, 
i  quienes  se  nos  hace  cada  d(a  mis  dificil  de  imitar  y  reproducir  !  i  Q.ué  res- 
pondéra  la  Academia  d  la  posteridad  acerca  de  este  depôsito  sagrado  sobre  el 
cual  permite  y  aprueba  que  entren  los  profanos,  y  que  manos  impuras  lo  des- 
luzcan  y  despilfarren  ?  »  (I,  XXIV).  Permùascme  anadir  otra  pregunta  :  ^no 
es  esta  elocucncia  para  de5tçmillarse  de  risa? 


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ANTIGUA   ORTOGRAFIa   Y   PRONUNCIACIÔN   CASTELLANAS      293 

que  Ueua  este  libro  se  puso  a  persuasion  del  autor  del,  y  no  como 
en  la  imprenta  se  usa.  » 

Como  lo  déjà  ver  Escobar,  fue  entre  los  andaluces  donde 
tuvo  mis  apasionados  la  ortograHa  fonética.  Observôla  con 
bastante  exactitud  Juan  de  la  Cueva,  segùn  se  ve  en  la  C(W- 
quista  de  la  Bética  (Sevilla^  1603)^  y  particularmente  en  las 
poesias  que  de  él  ha  sacado  i  luz  WulflF  (Lund,  1887),  Y  lo 
mismo  hizo  Jiuregui  en  el  Aminta  (Roma,  1607);  Mateo  Ale- 
min,  que  al  imprimir  su  San  Antonio  de  Padua  (Sevilla,  1605), 
se  inclinô  i  seguirla  en  algunos  puntos,  v.  g.>  en  la  distinciôn 
de  la  t;  y  la  a  y  en  el  empleo  de  c  por  q  en  voces  como  cual, 
cuantOy  la  extremô  hasta  el  ùltimo  punto  en  su  Ortografla  (Mexico, 
1609),  canonizando  varias  de  las  alteraciones  que  por  esos  tiempos 
padeciô  la  pronunciaciôn  castellana.  «  Lo  que  pretendo  introduzir 
(decia),  solo  es  que  i  la  lengua  imite  la  pluma,  i  que  si 
dijeremos  Eneiday  martir  à  tirano,  que  no  estemos  obligados  à 
escrivirlo  con  y  Pitagorica,  ni  pongamos  A  à  la  citara,  que  le 
dana  las  cuerdas^  i  suena  mal  con  ella,  ni  aumentar  con  gy 
despues  de  la  «,  ni  onor  con  h  al  principio,  disension  con  dos  eses, 
salmo  i  salterio  con  />,  que  séria  dar  motivo  à  que  si  algunos 
tuviesen  à  quien  lo  escriviese  por  discrepto,  no  faltarian  otros 
que  lo  infamasen  de  nepcio,  i  donde  ai  contrarios  pareceres,  lo 
seguro  es  lo  mas  llano.  Digase  cada  cosa  como  suena,  pan  el  pan, 
i  carne  la  carne,  como  esu  dicho,  estampemos  con  letras  las 
mismas  que  pronunciamos,  no  anadiendo  ni  quitando  pues  no 
es  necesario  »  (f.  18  v°).  «  Lo  que  cerca  de  nuestra  ortografia 
toca  (dice  en  otra  parte)  vemos  oi  començado  à  correjir,  i  refor- 
mar  algunas  cosas  por  los  modernos,  à  quien  la  razon  à  obligado 
à  considerar  cuan  adelante  ivan  pasando  semé  jantes  barva- 
rismos,  multiplicandose  à  gran  prisa.  Sea  Dios  loado  que  ya  en 
Castilla  i  en  mi  patria  (si  dijera  mejor  madrasta  \sic\)  Sevilla,  se 
an  levantado  injenios  nacidos  i  cultivados  en  ella,  que  van 
poniendo  los  ombros  en  sus  escritos,  contra  la  tropa  de  las 
impropriedades  que  se  nos  ivan  introduziendo  »  (f.  49).  Como 


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294  R'   J-    CUERVO 


estuviese  ya  consumada  la  confusion  de  h  xy  la  /,  gy  opta  por 
/  para  las  combinaciones  que  antes  se  representaban  ja,  ge,  giy  joy 
jUyXûy  xCyXiyXOy  xu'y  admlticndo  esta  letrasolo  al  fin  de  palabra. 
La  exclusion  de  la  doble  s  arguye  también  que  la  diferencia  entre 
ella  y  la  sencilla  habia  desaparecido.  Es  singular  que  mantenga 
todavia  la  distinciôn  entre  (^  y  :{,  y  que  funde  en  la  pronunciaciôn 
la  de  la  i  y  la  Vy  diferenciindolas  como  antes.  Por  lo  que  hace 
d  la  asiniilaciôn  de  los  grupos  de  consonantes,  signe  d  Herrera  : 
caratery  dicioriy  impercetibley  inoranciay  caluniadcry  ecepciotty  esplicar. 
Advierte,  no  obstante,  con  respecto  a  la  ;c  que  «  tambien  la 
ponemos  en  las  diciones  compuestas  con  exirûy  i  otras  derivadas 
de  la  lengua  latina,  diziendo  exemploy  exlraordinariOy  exaltacion; 
que  aunque  sea  verdad  que  no  diria  mal,  cuanto  à  nuestro  vulgar 
el  que  dijese  anejOy  esaltaciorty  ejemploy  esiraordinariOy  uno  i  otro 
se  permite,  pero  no  en  conexOy  que  con  ;  diria  coneJOy  i  ai  mucho 
de  malvas  à  malvas  »  (f.  74). 

De  todas  las  reformas  propuestas  por  Alemdn  pocas  alcanzaron 
aceptaciôn  entre  los  partidarios  de  un  sistema  ortogrdfico  mejor. 
Jduregui  en  sus  Rimas  (Sevilla,  16 18)  solo  admitiô  el  erapleo 
de  n  en  lugar  de  m  antes  de  by  p  {pnbrCy  conpone) ;  lo  mismo 
hizo  el  P.  Martin  de  Roa  en  sus  vidas  de  Dona  Sancha  Carrillo  y 
la  Condesa  de  Feria  (Sevilla,  161 5);  aunque  este  abandonô  d 
sus  antecesores  en  el  uso  de  c  por  g  (qualy  quando),  Villegas,  que 
al  fin  de  sus  Erôticas  (Ndxera,  16 17)  hizo  poner  :  «  A  costa  del 
Autor,  i  por  el  corregida  la  ortographia  »,  apenas  siguiô  la  distin- 
ciôn de  M  y  i;  de  /  y  )',  y  echô  ademds  por  otros  rumbos,  como 
escribiendo  çh  en  vez  de  ch  (jnuçhaçhd)y  y  dando  la  preferencia  d  la 
ç  sobre  la  ;(  intervocal  {yaccTy  deciry  Jmcery  raçones),  lo  cual  parece 
representar  el  hecho  efectivo  de  la  desapariciôn  del  segundo  sonido. 
Divergencias  semejantes  comprometen  siempre  las  reformas  naci- 
das  de  impulso  individual,  sin  contar  con  la  resistencia  que  opo- 
nen  la  tradiciôn  y  la  rutina. 

Pero  acaso  fue  el  Mtro.  Correas  quien  por  esos  tiempos  (1627- 
1630)  dio  el  golpe  de  gracia  d  la  ortografia  fonética  :  que  suele 


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ANTIGUA   ORTOGRAfIa   Y  PRONUNCIACIÔN   CASTÊLLANAS      295 

contribuir  no  menos  à  desacreditar  las  reformas  la  falta  de  con- 
cierto  entre  sus  defensores  que  el  empeno  de  Uevarlas  rigorosa- 
mente  d  sus  ùltimas  consecuencias.  £1  Catedrdtico  de  Salamanca 
dio  i  la  lengua  escrita  aspecto  tan  extrano  empedrandola  de  kk, 
XX,  rrrr  (v.  gr.  konxugaiion,  Xa:(into,  rregla,  onrrd),  que  se  rie- 
ron  de  él  y  de  su  intento.  No  obstante,  para  la  historia  de  la 
lengua  son  sus  obras  tan  importantes  como  el  Comentario  sobre 
Garcilaso,  pues  comprueban  los  cambios  que  en  cincuenta  anos 
se  habian  cumplido.  Para  él  ;(  y  f ,  s  y  sSy  x  y  j  à  g  no  tenian 
diferencia  alguna  en  el  sonido,  al  paso  que  la  h  conservaba  su 
antigua  aspiraciôn;  y  por  lo  que  hace  à  nuestros  grupos  de  con- 
sonantes,  los  simplificô  sin  piedad  :  karatefy  korreto,  doiOy  rreto, 
korruiOy  inkorrutOy  di^ioriy  eleiiorty  mperf^ioUy  esameriy  esentOy  espe- 
rimentafy  korru:(ion,  ditongOy  inovary  dinOy  kostar  (constar),  ostanlCy 
oxe^ioriy  etc.  (Vinaza,  nûms.  134,  566).  Lo  mas  singular  del 
caso  es  que  de  Sevilla,  donde  habia  comenzado  el  impulso,  vino 
uno  de  los  primeros  contradictores,  que  fue  Juan  de  Robles. 
Hizo  en  1629  la  censura  de  la  ortografia  que  Correas  habia  ex- 
puesto  en  su  Trilingue^  y  en  el  CuUo  sevillano  (163 1)  defendiô  la 
ortografia  etimolôgica,  rechazando  los  calificativos  de  necios  y 
bârbaros  con  que  Alemdn  habia  regalado  d  sus  seguidores.  No 
obstante,  en  la  prdctica  fue  menos  rigoroso  que  en  los  principios, 
y  aceptô  la  distinciôn  entre  la  /  y  la  y,  entre  la  v  y  la  w,  y  escri- 
biô  cualj  cuandoy  filosofiay  catedrUy  metodo.  Mostrôse  si  intransi- 
gente  con  las  reformas  materiales  del  abecedario  y  con  la  intro- 
ducciôn  de  signos  extrangeros  como  la  ^  y  el  apôstrofo,  y  cuanto 
d  los  grupos  de  consonantes  de  que  hemos  estado  tratando, 
defiende  la  prdctica  que  después  ha  prevalecido.  «  En  los  demds 
vocablos  (dice)  que  tienen  aquellas  letras  ordinarias  de  c,  py  gy 
que  parecen  redundantes,  las  pongo  generalmente  como  los  anti- 
guos,  especialmente  si  son  de  dos  silabas,  como  doctOy  pacto,  Sola- 
mente  la  quito  en  frutOy  por  estar  ya  recibido,  y  en  santOy  porque 
le  queda  con  la  n  bastante  cuerpo  para  sonar.  Y  lo  mismo  hago 
en  los  que  tuvieren  la  misma  razôn,  como  en  aumentOy  redentoTy 


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296  R.    J.    CUERVO 


que  sin  hg  ylz  p  quedan  suficientemente  sonorosos.  »  En  suma 
Robles  usaba  casi  en  un  todo  la  ortografia  que  hoy  usamos. 
(El  culio  sevillanoy  pp.  294-333  :  Sevilla,  1883.)  No  cumple 
i  mi  propôsito  examinar  otras  tentativas  de  reforma  ortogrifica 
hechas  posteriormente. 

Por  algunos  datos  copiados  arriba  aparece  que  en  tiempo  de 
Herrera  era  varia  la  pronunciaciôn  en  voces  como  docto^  afectOy 
de  modo  que  él  quiso  introducir  la  uniformidad  reduciéndolas 
todas  al  tipo  antiguo  ;  de  que  se  colige  que  su  reforma  fue  siste- 
mitica^  como  lo  demuestra  ademis  la  idea  que  puso  en  planta  de 
suprimir  el  punto  de  la  1  y  de  la  /.  Virués  parece  que  se  atô 
mds  d  la  pronunciaciôn,  y  en  algunas  cosas  hubo  de  poner  par- 
ticular  cuidado,  como  la  distinciôn  entre  s  y  ss,  tanto  que 
empleaba  la  ùltima  al  principio  del  segundo  componente  (vinsse^ 
prosseguia^  ressonante,  sobressaltd)  ;  lo  mismo  hemos  de  pensar  de 
la  h  aspirada,  pues  que  indicô  la  sinalefa  omitiéndola  en  ftvillas 
(f.  103  :  Milan;  88  v*»  :  Madrid,  1609);  y  ^si  hemos  de  créer 
que  si  escribia  havero  (li.)  era  porque  pronunciaba  esta  voz  como 
hoy  la  pronuncia  el  vulgo  en  Cuba  y  Venezuela.  Jduregui  y 
Alemdn,  que  vinieron  después,  descubren  la  rapidez  con  que  la 
h  se  habia  ido  enmudeciendo  y  las  confundiéndose  con  la  ss,  El 
primero  cae  en  la  coritradicciôn  de  escribir  s'hallasse,  VhallamoSy 
(Thijo,  y  de  conservar  la  h  en  muchos  otros  casos  en  que  cometia 
sinalefa  :  naturalexalriiOy  enganosa  herida,  rostro  hermoso.  Virués, 
constante  en  simplificar  las  combinaciones  pt  (concetoSy  batismo), 
X  (esalar^  esagerar,eceder,  ecesso^ecelente,  estremo,  espertd)yScQacivOy 
diciemd),  hs  (assoluto,  assolver,  assolucimty  ostinaciotty  inosservanté)^ 
hace  excepciôn  entre  los  que  tienen  et  {afeto^  invito^  noiurnOy  con- 
fiito)  de  doctatnentCy  entre  los  que  tienen  ce  de  aceiofiy  entre  los  que 
tienen  mn  (eoluna,  onipolente,  -eneid)  de  imnoy  entre  los  que 
tienen  gn  (inoray  inoranciay  indinadOy  disinio)  de  benigmdady  digne, 
indigna,  repugnaneia  ;  entre  los  que  tienen  ns,  fuera  de  las  voces 
antiguas  como  eostar,  mostrar,  demostrar,  no  hallo  otra  en  que 
omita  la  s  que  trasportacion  ^instante,  instrumenta,  transparente. 


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ANTIGUA   ORTOGRAFfA  Y   PRONUNQACIÔN   CASTELLANAS      297 

transfortnar).  En  Jiuregui  y  en  Roa  se  nota  que  ha  adelantado  la 
tendencia  etimolôgica  :  en  el  primero  se  leen  afecto,  perfecto, 
efecto  (sin  c  en  la  frase  en  efetd),  aspecto,  plectro,  Victoria;  digno, 
venigno,  magnanime,  ignora  (pero  inorante);  acciones;  lascivo, 
obstinado;  en  el  segundo  afecto,  excelmie,  bapii:^ar,  haptismo, 
insigncy  dignOy  significar.  Excusado  parece  advertir  que  estas 
inconstancias  pueden  provenir  del  impresor,  no  acostumbrado  à 
la  ortografia  reformada  ;  pero  por  otra  parte  estdn  conformes  con 
los  datos  de  los  diccionaristas.  De  manera,  que,  para  su  tiempo, 
fue  Correas  el  mis  sistemitico  en  la  doctrina  y  la  pràctica. 

Otro  punto  curioso  que  nos  ofrece  la  ortografia  fonética  es  el 
uso  del  apôstrofo,  en  cuanto  nos  conduce  i  conocer  la  cabida 
que  por  esos  tiempos  ténia  la  elisiôn  en  el  lenguaje  culto,  y  sobre 
todo  en  verso. 

Ante  todo  citaré  la  doctrina  de  Nebrija  sobre  el  particular  : 

Acontece  muchas  vezes  :  que  cuando  alguna  palabra  acaba  en  vocal  e  si 
se  sigue  otra  que  comiença  esso  mesmo  en  vocal  :  echamos  fuera  la  primera 
délias  como  luan  de  Mena  en  el  labirintho. 

Hasta  que  al  tiempo  de  agora  vengamos.  Despucs  àt  que  t  de  siguiesse 
[sfguese].  a  \  echamos  la  .e.  pronunciando  en  esta  manera. 

Hasta  quai  tiempo  dagora  vengamos.  A  esta  figura  los  griegos  llaman 
sinalepha.  los  latinos  compression,  nosotros  podemosla  Uamar  ahogamiento  de 
vocales.  Los  griegos  ni  escriven  ni  pronuncian  la  vocal  que  echan  fuera  assi  en 
verso  como  en  prosa.  Nuestra  lengua  esso  mesmo  con  la  griega  assi  en  verso 
como  en  prosa  a  las  vezes  escrive  e  pronuncia  aquella  vocal  :  aunque  se  siga 
otra  vocal,  como  luan  de  mena. 

Al  gran  rei  de  espana  al  césar  novelo.  Despues  de  .a.  siguese  otra  .a.  pero 
no  tenemos  necessidad  de  echar  fuera  la  primera  délias.  E  si  en  prosa  dixesses  : 
tu  ères  mi  amigo  :  ni  echamos  fuera  la  .u.  ni  la  .i.  aunque  se  siguieron  .e.  a. 
vocales.  A  las  vezes  ni  escrivimos  ni  pronunciamos  aquella  vocal  como  luan  de 
mena. 

Despues  quel  pintor  del  mundo.  por  dezir. 

Despues  que  el  pintor  de  el  mundo.  A  las  vezes  escrivimos  la  :  e  no  la  pro- 
nunciamos como  el  mesmo  autor  en  el  verso  siguiente. 

Paro  nuestra  vida  ufana. 

Callamos  la  .a.  e  dczimos. 

Paro  nuestra  vidufana. 


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298  R.    J.    CUERVO 


£  esto  no  solamente  en  la  necessidad  del  verso  :  mas  aun  en  la  oracion 
suelta.  Como  si  escriviesscs.  nuestro  amigo  esta  aqui.  puedeslo  pronunciar 
como  se  escrive.  e  por  esta  figura  puedeslo  pronunciar  en  esta  manera  nuestra- 
raigostaqui.  »  (firam.  cast.y  II,  7.) 

Los  manuscrites  y  ediciones  de  aquellos  tiempos  représentai! 
asi  la  sinalefa  como  la  elisiôn  de  que  habla  Nebrija,  dando  las 
palabras  separadas  con  todas  sus  letras,  6  conglutinindolas  en  una 
sola  con  una  vocal  linica,  sin  poner  apostrofo  6  signo  alguno. 
Elidiendounadedos  vocales idénticas,  se  cscvihia  qî4el,qtus,questâ^ 
destar,  sestd,  nuestrama,  andacây  llàmalacây  quieroSy  yos  digOy  nos 
lodigOy  comora;  elidiendo  la  primera  de  dos  diferentes,  dacây  sa 
mamoradoy  macturdOy  doma  (dôme  d)  la  Virgen^  cay  (que  hay),  no 
te  as  dir,  en  ligreja,  tirte  di  (de  i,  ahi)  solvida^  cos  diga  (que  os) 
moyere,  dun^  nuestramo.  En  beneficio  de  la  claridad  se  suprime  a 
veces  la  segunda  :  yascurece,  misposa  (Lucas  Fernindez,  p.  33). 

De  semejantes  aglutinaciones  ortogrdficas,  cuyos  ejemplos  son 
en  su  mayor  parte  sacados  denuestros  dramdticos  primitivos,  no 
se  conservaron  en  la  lengua  literaria  corriente  sino  las  de 
la  preposiciôn  de  con  el  articulo,  con  el  pronombre  de  tercera 
persona  y  los  demostrativos  ese,  este,  y  la  de  4  con  el  articulo 
masculino  singular  (del,  dellos,  deslaSy  aï),  La  aglutinaciôn  foné- 
tica  debiô  de  continuar  por  mucho  tiempo  en  las  mismas  condi- 
ciones  que  exponia  Nebrija,  segùn  nos  lo  indica  Valdés  en  los 
pasajes  siguientes  : 

«  Pero  ensenadnos  aqui  como  hareis  quando  quereis  huir  de  que  vengan  en 
lo  que  scrivis  muchas  vocales  juntas,  porque  tengo  este  por  gran  primor  en  el 
cscrivir.  —  Essa  es  cosa  que  no  se  puede  ensenar  sino  leniendo  un  libro  caste- 
Uano  en  la  mano. ,;  Teneis  aqui  alguno  ?  —  Pienso  que  no.  —  Pues  acordàos, 
quando  lo  tengais,  que  yo  os  lo  mostraré.  Agora  solamente  os  quiero  dezirque, 
huyendo  yo,  quanto  me  es  possible,  de  la  conjuncion  de  muchas  vocales, 
quando  la  necessidad  forçosamente  las  trac,  procura  cnsolverlas,  y  assi  escrivo 
d*esta  manera  :  En  achaqtie  de  trama  stàca  nues  trama  y  donde  poniendo  todas  las 
vocales  avia  descrivir^j/a  aca  y  nuestraama,  y  de  la  mesma  manera  :  Nitiguno  no 
diga  :  déstàgua  no  beveré  por  de  esta  agua.  —  Esso  aveis  vos  tomado  del  griego 
y  aun  del  italiano.  —  La  pronunciaçion  ni  la  he  tomado  del  uno  ni  del  otro, 


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ANTIGUA   ORTOGRAFIA   Y   PRONUNCIACIÔN   CASTELLANAS      299 

la  escritura  sf,  pero  {  no  os  parece  i  vos  que  es  prudencia  saberse  hombre  apro- 
vechar  de  lo  que  oye,  vee  y  estudia,  siendo  aquel  el  verdadero  fruto  del  tra- 
bajo?  —No  solamente  tengo  esso  por  prudencia,  pero  ternia  el  contrario  por 
inorancia  (p.  368  :  Bôhmcr). 

«  Y  unosrasguillos  que  vos  poneis  sobre  algunos  vocablos  ^sirven  de  lo  mesmo 
que  los  que  se  ponen  en  griego  y  en  toscano?  —  De  lo  mesmo,  porque 
muestran  al  letor  que  falta  de  alli  una  vocal,  la  quai  se  quitô  por  el  ayunta- 
miento  de  otra  que  seguia  o  precedia.  —  i  Porque  no  ponen  todos  essos  ras- 
guillos? —  Porque  no  todos  ponen  en  el  escrivir  corretamente  el  cuidado  que 
séria  razon.  —  Y  los  que  no  los  ponen  {  dexan  de  scrivir  las  letras  que  vos 
dexais?  —  Ni  las  dexan  todos  ni  las  dexan  todas.  —  Y  los  que  las  dexan 
^senalan  con  aquel  rasguillo  las  que  dexan  ?  —  No  todos.  —  Porque?  —  Pienso 
que  porque  no  mlran  en  ello,  como  hazia  yo  antes  que  tuviesse  familiarîdad 
con  la  lengua  griega  y  la  îtaliana  (p.  379).  » 

Segùn  aparece  de  las  disquisiciones  de  Bôhmer,  en  la  prictica 
Valdés  raras  veces  empleaba  el  apôstrofo  ô  la  elisiôn  cuando 
las  vocales  eran  diferentes  Çd'alli,  Vuno).  Lo  que  de  aqui  résulta 
cierto  es  que  el  uso  del  apôstrofo  fue  imitado  del  italiano  ;  su 
empleo  por  otros  es  todavia  interesante  para  conocer  en  que 
casos  se  omitian  algunas  vocales.  En  ediciones  italianas,  como  las 
que  el  ano  de  1553  hizo  en  Venecia  Alonso  de  UUoa  de  la  Celes- 
tina,  de  Boscdn  y  Garcilaso,  de  la  Ulixea  de  Gonzalo  Pérez,  se 
halla  empleado  el  apôstrofo  en  casos  como  d^estOy  d^elhy  marre- 
pintiere  (Boscin,  f.  66),  (Tun  golpe  (Jb.y  f.  (>6  \^),  rey  d' armas 
(JJlixeayl.  71  v'*),mouîme a' cabarla  (Celest.,  f.  6\d*ent/ellas(ib.y 
f.  1 5 1),  no*s  lanct(Jb,y{.  6  v**).  Jorge  de  Monteraayor  al  reimprimir 
la  Diana  en  Milin  por  los  aiios  de  1560  se  sirviô  del  apôstrofo 
para  indicar  las  sinalefas,  que,  segùn  esto,  eran  para  él  verda- 
deras  elisiones;  asi,  este  verso  del  libro  H,  que  en  la  ediciôn 
anterior  de  Valencia,  se  leia  : 

Ginsado  esta  de  oyrme  el  claro  rio 
estd  trasformado  en  : 

Cansado  'sta  d'oirm  'el  claro  rio. 
Véase  la  primera  octava  del  Canto  de  Orfeo  en  el  libro  IV  : 

Escucha,  o  Felismena  '1  dulce  canto 

d*Orpheo,  cuyo  amor  tan  alto  a  sido  : 


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300  R.    J.    CUERVO 


suspende  tu  dolor  Selvagia,  en  tanto 
que  cant'  un  amador  d'amor  vencido  : 
Oluida  ya  Belisa  *1  triste  llanto, 
oyd  a  vn  triste  o  Nimphas,  qu'a  perdido 
sus  ojos  por  mirar,  y  vos  pastores 
dexad  un  poco  'star  el  mal  d'amores. 

Aqui  se  ve  el  cuidado  con  que  se  procura  conservât  la  forma 
de  las  palabras  prominentes  y  evitar  confusiones  :  alto  a  no  podria 
convertirse  ni  en  alla  ni  en  alto  sin  perjuicio  de  la  claridad^  ni 
canta  un  en  cantan. 

Herrera  y  sus  discipulos  fueron  mis  mirados  que  Montemayor 
en  las  elisiones;  generalmente  la  limitan  d  las  vocales  idénticas^ 
perteneciente  una  à  voz  itona,  y  i  la  ^  de  los  pronombres,  articu- 
los  y  particulas  monosilabas.  Herrera  no  emplea  el  apôstrofo  en 
el  primer  soneto  de  Garcilaso  sino  en  m'a  traido^  qua  mayor  maly 
si  que  m'acaboy  m'entregue;  en  el  segundo  :  qu'é  de  fnorir,  qu'aun 
aliviar,  mesya  defendidoy  no  se  'w  que  s'  à  sostenido^  cuanto  corta  un* 
espada,  i  Vaspere^fiy  tios  vengueis;  en  el  cuarto  :  Saverse^  libre  7 
lugar^  £xr  a  vêros^  o  ôbre  'n  carne  i  uesso.  Cueva  pone  apôstrofo  en 
Canf  el  Griego  furor  (Bética,  I,  oct.  i*),  pued'  el  inmortaly  Qu'en 
tan  dîficil  passo  no  se  assombre  (oct.  2*),  onor  SEspaha  (3*)> 
mobligueSy  m'acabes  (H,  2).  Jàureguien  el  Aminta  (1607)  qu'en 
esta^  d*ella,  porquella,  disfraçarnC  assi^  iambicion^  qu'a  miy  d'amor ^ 
d'ordinarioy  r  (le)  àpuesto,  lancarile  7  dardo^  etc. 

Semejantes  elisiones  se  conservan  hoy  dondequiera  en  el 
habla  corriente,  popular  y  famîliar.  Segiin  Araujo,  la  frase  «  Te 
pego  una  patada  que  te  destripo  »  se  pronuncia  en  Espana  : 
Tepégunapatà  que  testripo  {Foniticay  p.  129).  De  los  Cantos  popu- 
lares  espanoles  saco  estos  ejemplos  :  «  Aqui  m'acuesto  i  morir, 
I  Qu*es  mds  cierto  que  vivir  »  (I,  p.  439);  «  i  Quién  te  Tha 
dicho  ?  »  (I,  p.  61);  «  No  me  pegu'  usté,  maestro  »  (I,  p.  52); 
«  Compr'  usté  poca  capa  parda  »  (I,  p.  84);  «  Detrds  d'una 
esquina  «  (I,  p.  297);  «  Aqui  *stâ  'r  pae  fray  Andrés  »  (I, 
p.  47);  «  Las  vistiô  de  colorao  |  Y  las  puso'n  er  tejao  »  (ib.)\ 


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ANTIGUA   ORTOGRAfIa  Y   PRONUNQACIÔN   CASTELLANAS      3OI 

a  La  picara  vieja  |  Qu'esti  *n  el  rincôn  »  (I,  p.  49);  «  Que  mi 
padre  *std  'n  la  cueva  |  Y  mi  madré  'n  la  cocina  »  (I,  p.  57); 
«  i  Qu'has  jecho  tô  '1  ano  ?  »  (I,  p.  62).  En  Colombia  son  comu- 
nes  pronunciaciones  como  «  Le  di  '  ûna  patada  (dio)  »,  «  Ech* 
usté  otra  copa  »,  «  Compr'  otra  cosa  »,  «  Aqui  *st*  el  padre  fray 
Andrés  »,  «  No  'stâ'  qui  »;  pero  no  recuerdo  haber  oido  «  Las 
puso  *n  el  tejao  »  sino pus*  ertf  ni  «  Estd'n  el  rincôn  »  sino  esi*én. 
De  modo  pues  que  existen  diferencias  de  comarca  à  comarca  con 
respecto  d  la  vocal  elidida.  Por  otra  parte,  en  la  elocuciôn  esme- 
rada,  sea  en  prosa,  sea  en  verso,  no  es  hoy  admisible  la  elisiôn 
sino  cuando  las  vocales  son  idénticas. 

Volvamos  al  asunto  principal  de  este  escrito.  En  todas  partes 
répugna  hoy  el  lenguaje  popular  las  mencionadas  combinaciûnes 
de  consonantes  y  otras  parecidas;  si  bien  se  observan  algunas 
diferencias  en  la  manera  de  tratarlas.  A  lo  que  parece,  es  el  pue- 
blo  de  Madrid  el  mis  fiel  d  las  formas  antiguas,  segûn  va  d  verse  : 

et  del  lenguaje  erudito  6  culto  es  en  Castilla  /,  v.  gr.  '  arquiteto^, 
artefatOy  alituj^^y  ativar^  ativo,  carâter^y  conduta^  condutor,  conflito^, 
corretOy  correior,  defeio,  dttrator^  diretor,  ditador,  ditadura,  ditamen  **, 
ditar,  dotor,  dotoraly  dotriruiy  editOy  efeiivamente^y  ^fito^,  ^i- 
reta^y  épata,  esatitu:(^y  esato^y  espetâculo'\  espetador,  espetativa,  espe- 
torar,espetro^y  tstrutura,fatory  fatorla,  fatura,  fratura,  imperfeto, 
inlrodutor,  invilOy  ispetor  y  espetor^,  Utoral,  otava,  otubre,  pato\ 
perfetamcntc^y  preftturay  prenotar  (pemoctar),  prospeto,  proyetaty 
redatar,  redatoTy  refratarioy  retificary  retitu:(^y  reto  (rectoy,  retoty 
retratar  (retractar)°,  tradutor,  vitima^,  vitoriay  Vitoriano'^. 

Dicho  se  estd  que  estas  y  otras  formas  semejantes  se  usan  mds 
6  menos  en  otras  partes  :  respettve  (con  respecto  d)  es  de  Madrid 
como  de  Santander*",  latecinios*  de  Andalucia,  en  Colombia  lati- 
cinios.  » 


I .  Los  comprobantes  de  cada  forma  van  indicados  en  seguida,  correspondiendo 
cada  letra  à  la  que  como  llamada  va  à  la  derecha  de  una  palabra  en  el  texte. 
Lo  mismo  se  entiçnde  de  las  notas  que  vicnen  dwSpués.  —  a.  Torrijos,  El  artc 


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302  R.    J.    CUERVO 


A  lo  que  puedo  entender,  la  asimilaciôn  es  gênerai  después  de  i, 
Oy  u  :  ditador,  vitima;  dolor,  otava,  otubre;  acueduto,  conduta,  pro- 
duto.  Precediendo  a,  Cy  unas  veces  se  asimila  la  c,  otras  se  voca- 
liza  :  después  de  la  primera  vocal  en  i,  a;  carâiter  à  carâuter; 
después  de  la  segunJa  generalmente  en  u  :  afeutOy  efeuto;  en 
Espaiia  aparecen  de  cuando  en  cuando  simultdneamente  las  varias 
formas;  en  Colombia  dice  el  vulgo  mis  bien  efeuto  que  efeto. 

ce  es  vulgarmente  c  en  Castilla*  :  aceder^,  aciôn^,  acionar% 
afliciôn,  conduciôn^y  conviciôny  direciôn'^y  disiraciôn^y  estraciôny 
facionts^y  introduciôn^y  ispeciôriy  isiruciôn'\  lecion\  perdileciôn 
(pred.),  prefeciôn  (perf.),  prefecionarse y  proteciôn^y  recoleciôn\ 
satisfaci6n"'y  sustraciôn. 

Después  de  j,  e  se  vocaliza  d  menudo  la  primera  c  :  aicioriy 
faiciony  direicion, 

pt  es  ahi  mismo/*  :  acetabUy  acetar^y  adatahUy  adataty  adotar. 


de  biett  hahîar,  Madrid,  1865;  del  mismo  son  tomadas  las  demis  palabras  que 
en  esta  y  en  las  listas  sîguientes  no  llevan  îndicaciôn  alguna.  —  b.  Lôpez 
Silva,  MigajaSy  p.  56.  —  c.  id.  Los  Madriles,  p.  193.  —  d.  Breton,  D.  Frutosen 
BeîchiU,  I,  16. —  e.  Frontaura,  Tiendas,  p.  10.  — f.  Id.,  t^.,  p.  94.  —  g.  Bre- 
ton, Dios  los  cria,  II,  ij  ;  D.  Frutosen  Belchile,  III,  3.  —  h.  L5pez  Silva,  Mig., 
■p.  131.  —  i.  L6pez  Silva,  Barrios  bajos,  p.  148.  —  j.  Frontaura,  Tiendas,  P*  45» 

—  k.  Lôpez  Silva,  Mî^.,  p.  102;  B.  5.,  p.  80 —  l.  Cruz,  SaituleSy  II,  p.  $15  ; 
Frontaura,  Tiendas,  p.  119.  —  m.  Id.,  i^.,  p.  10.  —  n.  Lôpez  Silva,  Mig.^ 
p.  ICI.  —  o.  «  Si  lo  dices  con  segunda,  |  RetrdUite,  porque  estis  |  Deni- 
grando  la  memoria  |  De  una  mujer  mis  honri  |  Que  la  Venus.  »  (Lôpez  Silva, 
L.  M.,  p.  2$.)  —  p.  Frontaura,  Tiendas,  p.  277;  Lôpez  Silva,  Mig.,  p.  131. 

—  q.  Id.,  ib.f  p.  107.  —  r.  Id.,  B.  B.,  p.  118;  Pereda,  Sotileia,  pp.  70,  80, 
413.  —  s.  D.  Qiiij.  de  la  ManchuélOy  p.  267. 

1.  a.  Lôpez  Silva,  Aff^.,p.  114;  B.  B.,  pp.  89,  93.  —  b.  Id.,  B.  B.,  pp.  55,  71, 
183;!.  Af.,  p.  87.  —  c.  Id.,  B.  B.,  p.  218.  —  d.  Id.,  L.M,,  p.  48.  —  e.  Id., 
Ib.,  p.  128.  — f.  Id.,  Ib.,  p.  204.  —  g.  Id.,  B.  B.,  p.  48.—  h.  Id.,  Ib,,  p.  206. 

—  i.  Id.,  ïb.y  p.  228.  —  j.  Id.  Mig.y  p.  153;  B.  B.,  pp.  93,  120;  L,  Af., 
p.  202.  — k.  Id.,  Mig.,  pp.  103,  141.  — l.  Id.,  L.  Af.,  p.  67.  —  m.  Id.,  B,  B., 
pp.  69,  219. 

2.  a.  Cruz,  I,  p.  285;  Taboada,  Titirimundi ,  p.  232;  Lôpez  Silva,  Mig,, 
pp.  84,  144;  B.  B.,  pp.  48,  160,  234;  L,  Af.,  pp.  177,  179.  —  b.  Id.,  L.  Af., 


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ANTIGUA   ORTOGRAfIa    Y    PRONUNCIACIÔN    CASTELLANAS      303 

adotivOy  (ititu:(^y  caturar,  conceto^,  corrutOTy  Egito'^y  escéticOy  escetOy 
intercelar  •*,  otary  precetOy  recetàculoy  reutofy  relil. 

En  Espana  y  en  America  se  vocaliza  a  veces  la  p  :  conuuto. 

mn  es  n  en  todas  partes  *  :  calunidy  caluniadoTy  caluniar^y  colundy 
colunaria^y  ginasia^y  indenij^aciôny  indenii^ar  ^ y  ônibus"^,  onipolenciay 
onipotentCy  solenCy  soleniiar. 

gn  es  dondequiera  n  ^  :  asinatura,  beninidady  consituiy  consinar^y 
consinatario,  dinidày  espunabky  Inacia^y  InaciOy  incônitOy  indinar  se, 
indinidây  indino  y  cndino^y  inominidy  inorancidy  inoranie^y  inorar^y 
insinCy  insinias^y  insinificanciay  ensinijicancia^y  malinidâ,  malino^, 
manetistnOy  inanijicencia\  manifico'\  nuinilu:^y  persinarsCy  repunan- 
ciûy  repunantCy  repunary  resinarse^y  sinificar  y  senificarK 

Vocalizase  la  g  en  la  pronunciaciôn  que  alguna  vez  se  oye 
entre  el  vulgo  colombiano  maunlficOy  la  Maunlfica  {cl  Magnificat). 
Por  asimilaciôn  dicen  en  Andalucia  irnoro  en  lugar  de  ignoro^, 

nj  es  j  3  :  circuspe:(to^y  circustancia  ^  y  cercustancia y  circustante^y 


p.  19.  —  c.  Breton,  D.  Frutos  en  Bekbite,  I,   i.  —  d.  Lôpez  Silva,  £.  M., 
p;  198. 

1.  a.  Lôpez  Silva,  L.  Af.,  p.  70;  Af//.,  p.  SS-  —  b.  Id.,  B.  B.,  p.  79.  —  c.  Id., 
Mig,y  p.  9$;  B.  B.y  p.  32.  —  d.  Id.,  Mig.,  p.  95.  —  e.  Frontaura,  Tien^ 
das,  p.  176. 

2.  a.  Lôpez  Silva,  B.  B.,  p.  196.  — b.  Id.,  /^.,  p.  193;  Mig.y  p.  137; 
Frontaura,  Tiendas,  p.  94.  —  c.  Las  dos  formas  son  comunfsimas  dondequiera 
que  se  habla  castellano,  lo  mismo  que  la  acepciôn  de  travieso,  mal  intencio' 
nado,  perverso  :  «  Luego  diràn  que  somos  gente  itiditta^  \  Porque  siempre 
renimos  en  la  calle  »  (Cruz,  II,  p.  200);  «  Y  no  lo  estraiîo  de  ti  |  Q.ue  al  fin 
ères  un  ratero  |  Eiidino;  de  quien  lo  estrano  |  Es  de  esa  scnora  »  (Id.,  Ib., 
p.  258);  0  No  callo,  no  callo.  |  jPfcaro!  |Traidorl...  \Endino\  »  (Breton, 
D.  Fruios  en  Bfîchite,  III,  3;  Item,  Dios  los  cria,  III,  18);  Cani.  pop.  esp.,  III, 
p.  239.  —  d.  Lôpez  Silva,  Mig.,  p.  55.  —  e.  Cani.  pop.  esp,^  II,  p.  121.  — 
f.  Lôpez  Silva,  L.  Af.,  p.  200.  —-  g.  Id.,  //>.,  p.  11$.  —  h.  Id.,  Mig.^  p.  153. 
—  i.  Id.,  L.  Af.,  p.  107.  —  j.  Id.,  Af/V.,  p.  8s.  —  k.  Id.,  5.  5.,  p.  120.  — 

I.  Id.,  L.  Af.,  p.  205  ;  Breton,  Un  novio  â  pedir  de  hoca,  II,  i  ;  Dios  los  cria, 

II,  6. 

3.  a.  Lôpez  Silva,  L.  Af.,  p.  20.  —  b.  Id.,  /?».,  p.  so  ;  B.  B.,  p.  87.  —  c.  Id., 


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304  R.  J.    CUERVO 


cospirar  **,  costancia,  costantCy  costar  (constar)  *,  costipar  y  costipado, 
costiluciofiy  ispuiôn^  ispecionar,  ispetor,  ispirar,  istancia,  istante, 
istigar,  istinto^,  istituto^,  istrucion^,  islruido  y  estruido,  istrumenlo^. 

Por  lo  que  hace  à  la  particula  compositiva  iras  6  tranSy  en  el 
lenguaje  culto  corriente  se  dice  generalmente  tras;  la  forma 
latina,  en  mi  concepto,  no  es  admisible  sino  en  los  compuestos 
que  existian  ya  en  latin,  y  que  de  ahi  hcmos  toraado  directa- 
mente.  Nada  hay  que  objetar  à  que  se  diga  transcribify  transcurrir^ 
transfigurât  y  transformar,  trânsfuga,  iransverberaciôn  ;  séria  por  el 
contrario  ridiculo  emplear  la  misma  forma  de  la  particula  en 
formaciones  netamente  castellanas,  como  trasabuelo,  trasalcoba, 
trasanteayer^  trascantôn,  trascocina,  trasconejarse^  traspalar,  traspa- 
pelarsCy  traspasary  trasplantar.  Segùn  lo  cual  no  son  analôgicas  las 
pronunciaciones  transbordary  transfloreary  transfregar,  transmudar. 

X  es  siempre  s  para  el  vulgo;  en  el  lenguaje  culto  no  se  pro- 
nuncia  generalmente  la  jc  d  la  latina  sino  antes  de  vocal  :  examen^ 
existiry  exhortar;  antes  de  consonante  tiene  todavia  este  modo  de 
pronunciar  algùn  resabio  de  afectaciôn ,  por  mds  que  digan  los 
gramdticos  y  prosodistas.  Ejemplos  de  s  por  x  antes  de  vocal  en 
el  habla  popular*  :  aprosimar*,  esagerar^y  esato^,  ^sigir^y  esigencia^y 
tsistir^y  màsitne^yprôsimamente^y  reflesionar\  seso  {sexoy, 

El  lenguaje  popular  aligera  todavia  otras  combinaciones  propias 
del  erudito*  :  bd  :  d  :  Odulio^y  siidito^;  —  bj  :  ;  :  ajurary  ojetar^, 


B.  B.y  p.  103.  —d.  Id.,  M^.,  p.  182.  —  e.  Id.,  Ih.y  p.  89;  B.  B,,  p.  183; 
L,  Af,,  pp.  10 1,  191.  —  f.  Araujo,  Fonética,  p.  66  —  g.  Lôpez  Silva,  Mig.y 
p.  145;  L.  M. y  p.  144. 

1.  a.  Lôpez  Silva,  B.  B.,  pp.  46,  126.  —  b.  Id.,  Ib,y  p.  57.  —  c.  Id.,  Mig,y 
p.  131.  —  d.  Id.,  Ib.,  p.  ici;  B.  B,  pp.  20,  102.  —  e.  Id.,  B.  B.,  p.  107. — 
f.  Id.,  I.  M.,  pp.  27,  59,  79.  —  g.  Id.,  B.  B.,  p.  56  ;  Mig.,  pp.  140,  161.  — 
h.  Id.,  L.  Af.,  p.  40.  —  i.  Id.,  B.  B.,  pp.  69,  89.  —  j.  Id.,  Ib.,  pp.  13,  67; 
L.  M.,  p.  59. 

2.  a.  Lôpez  Silva,  L.  Af.,  p.  169.  — b.  Asf  en  Nebrija  ;  al  fin  de  muchas  cartas 
de  Santa  Teresa  se  lee  :  «  Indina  sierva  y  sûdita  de  V.  S.  »  —  c.  Lôpez  Silva, 
P,  B.,  pp.  33,  184.  —  d.  Id.,  B.  B.,  p.  108.  —  e.  Id.,  Ib  ,  pp.  192,  213;  en 


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ANTIGUA   ORTOGRAfIa   Y  PRONUNaAClÔN   CASTELLANAS      305 

ajeto^;  —  bc,  bs  :  c^  s  :  asolutatnmte^y  asoluto^,  astraciôn,  ocecarse^^ 
osequiar^,  osequio'\  oservar'\  estante  y  estante^,  ostàculo,  ostinarse\ 
oslruir,  suHstir^y  susistencia;  —  bt  :  t  :  sutiniente;  —  dj  :  /  :  aju' 
dicar;  —  tint  :  m  :  comociân'';  — pc  :  c  :  nucial,  ociôn;  —  rs  :  r  : 
perpicas^y  superticiôriy  superticioso. 

Algunas  de  estas  combinaciones  se  evitan  d  veces  por  vocaliza- 
ciôn,  como  en  oujetOy  ousequioy  ausoluto;  otras  por  metitesis,  v. 
gr.  prespectiva  (CoL)°,  prepica:^  (Esp.),  prespica^,  (Col.),  supresti- 
ciôrty  supresiicioso  (Co1.)p;  otras  por  acomodaciôn  analôgica,  como 
en  nuncias^y  nuncial^  por  nupcias^  nupcialy  d  semejanza  de  nuncio, 
Concenciôn*  por  Concepciôn  d  semejanza  de  Ascension^  Asunciôn. 

El  pueblo  castellano  '  cuando  présume  de  hablar  bien*,  acude 
ademds,  para  evitar  las  agrupaciones  cuestionadas,  al  singular 
recurso  de  convertir  la  primera  consonanté  en  ;(,  prueba  de  que 
esta  es  su  articulaciôn  favorita.  Véanse  ejemplos  sacados  de  Lôpez 
Silva  :  et  :  afe^tar^y  a^to"^,  aT^lualmente^y  carâ:^er^y  cole:^tivamente\ 

Nebrija  se  halla  solo  assolver,  —  f.  Taboada,  7ï/.,  p.  236.  —  g.  Lôpez  Silva, 
B,  B.,  p.  120;  L.M.y  pp.  57,  117,  176.  —  h.  Id.,  Afi^.,p.  107;!.  Af.,p.  105. 

—  i.  Id.,  Afî*f.,  p.  83  ;  B,  5.,  pp.  7,  8.  —  j.  Breton,  Un  novio  à pedir  de  hoca^ 
II,  I  ;  Lôpez  Silva,  M/^.,  p.  53  ;  5.  5.,  pp.  4s,  69  ;  Pereda,  Esho^os,  p.  332.  — 
k.  Lôpez  Silva,  B,  B.,  p.  85  ;  L.  M.,  p.  106;  «  No  estante  su  compromiso,  |  Yo 
cref  que  esa  traidora  |  Operria  à  Balbino  ahora  |  Como  algûn  d{a  le  quiso  » 
(Breton,  Dios  îos  cria^  III,  6).  —  1.  Asf  en  Nebrija.  —  m.  Lôpez  Silva,  L,  Af;, 
p.  191.  —  n.  Esta  forma  era  comiîn  entre  la  gente  culta  à  principios  del  siglo 
pasado  ;  véase  atràs,  p.  287.  La  asimilaciôn  comigo  por  conmigo,  usual  en  Astu- 
rias  (Munthe,  p.  39),  ocurre  d  cada  paso  en  las  ediciones  del  siglo  xvi  :  Encina, 
Teatroy  pp.  19,  45  ;  Torres  Naharro,  I,  p.  25  ;  cl  traductor*ànônimo  de  Plauto, 
ff.  12,  44  vo,  48  vo;  Villalobos,  Anfitrion,  f.  8  vo;  Morales,  Cran,,  I,  f.  321  v». 

—  o.  Asi  en  Nebrija.  —  p.  Asf  escribfa  Santa  Teresa;  Vida,  p.  47.  — 
q.  Breton,  Un  novio  d  pedir  de  hoca,  1,  i.  —  r.  Lôpez  Silva,  L.  M.,  p.  26.  — 
s.  Id.,  B,  B.,  p.  130. 

I.  a.  <c  El  pueblo  bajo  suprimc  las  k  del  segundo  grupo,  todas  de  origen  eru- 
dito,  o  las  cambia  en  u  :  efeto  0  efeuto  por  efecto  ;  aspeto  o  aspeuto  por  aspecto; 
Ios  del  pueblo  que  presumen  ablar  bien  dizen  e/e^to,  aspe;^to  »  (Araujo,  Fonética, 
p.  59).  —  b.  B.  B.,  p.  61.  —  c.  Ib.,  pp.  34,  55.  —  à,  Ib.,  p.  151.  —  e.  Ib., 
pp.  66y  175.  —  f.  Ib.,  p.  34.  —  g.  Ib,,  p.  33.  —  h.  L,  Af.,  p.  î2U  —  i.  B.  B., 

Rfvtie  hiipanique.  ao 


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3o6  R.    J.    CUERVO 


colej^tividad^y  confli:(to^,  condu^ta^  dire7^tor'\  do:(to\  inscs^tos^ 
intûT^tW^y  lasitar''^  etc.  —pt.  :  corru^tor'';  —  mn  :  hiino^,  sak^ne"^; 
—  gn  :  diino'y  indiino*,  indiinaciôn\  i7;norar%  mainate'' y  repui- 
nante"^,  repu^nar'';  —  W,  bj  :  a;i;dommy,  su:(jefe^. 

Dicho  se  esti  que  semejante  coexistencia  de  formas  populares 
y  eruditas  ocasiona  confusiones  y  restauraciones  falsas  '.  Asi, 
correspondiendo  la  n  popular  i  gn  y  mn^  los  ignorantes  suelen 
dcciT  alugno^y  calugnia^,  solegm""  poT  alumnOy  calumnia,  solemnCy 
introduciendo  la  ^  que  pertenece  d  repunUy  répugna;  y  aun  hacen 
lo  mismo    con   impuncy  impunenunte,  pronunciando   impugnCy 


pp.  63,  86.  -—  j.  Ib,,  p.  215.  —  k.  Ib.,  p.  1Ô2.  —  1.  1.  M.,  p.  198.  — 
m.  B.  B.,  p.  123.  —  n.  Ib,y  p.  217.  —  o.  Ib.,  p.  108.  —  p.  L.  M.,  p.  68.  — 
q.  B.  B.,  p.  31.  — r.  Ib.,  p.  31.  -s.  /^.,  pp.  II,  153.  — t.  Mi^.,  p.  194.— 
u.  B.  B.y  pp.  6,  22,  86.  —  V.  L.  M.,  p.  194.  — w.  B,  B.,  p.  129.  —  x.  /^., 
p.  197.  — y.  /^.,  pp.  103,  208.  —  z.  /^.,  p.  215. 

I.  a.  Lôpez  Silva,  B.  B.,  p.  227.  —  b.  Id.  Ib.y  p.  92.  —  c.  Breton,  D.  Frutos 
en  BelchiU,  I,  i.  —  d.  Lôpez  Silva,  B.  B.,  p.  174.  —  e.  En  latin  décadente  se 
halla  ya  perenmis  por  perennis  —  f.  Lôpez  Silva,  L.  M.,  pp.  46,  89.  — g.  Se 
halla  en  la  Disertaciôn  que  précède  al  Discurso  de  las  enfermedades  de  la  Com- 
pania  par  el  P.  Juan  de  Mariana,  p.  51  :  Madrid,  1768.  Es  comùn  en  varias 
partes  de  America.  —  h.  Con  este  error  se  tropieza  en  ediciones  espanolas 
antiguas  y  mcxiemas  ;  v.  g.  Obras  de  Don  Ltiys  Carrillo  y  Solomayor,  f.  27  : 
Madrid,  161 1  ;  Saavedra,  Corona  gothica,  p.  475  :  Munster,  1646;  La  invenciàn 
de  la  Crui,  de  Lôpez  de  Zàrate,  f.  10  v©  :  Madrid,  1648;  Obras  varias  del 
mismo,  p.  57  :  Alcald,  165 1,  etc.  ;  llega  d  tanto  el  abuso  que  en  una  ediciôn 
laiina  de  Quinto  Curcio  hecha  en  Madrid,  1787,  por  un  Don  Pablo  Antonio 
Gonzalez  y  Fabro  (dos  renglones  de  tftulos),  esta  constantemente  escrito 
Occeanus.  He  ofdo  pronuncîar  asf  à  personas  décentes  en  mi  patria,  y  no  serfa 
imposible  que  hayan  hecho  y  hagan  lo  mismo  escritores  de  mis  ô  menos 
fama;  pero  acliacar  esta  barbaridad  û  otras  de  la  misma  estofa  4  Lope  de 
Vcga,  à  Baralt  y  i  Hermosilla,  porque  asf  se  halle  en  alguna  ediciôn  de  sus 
obras,  ô  de  alguna  obra  suya,  me  parece  temerario,  mientras  no  se  pruebe  que 
asf  lo  escribieron  ellos  ;  porque  no  se  repetirà  lo  bastante  que  los  impresores  i 
cada  paso  componen,  no  lo  que  el  autor  puso,  sino  lo  que  ellos  de  ordinario 
hablan.  —  i.  Matute  y  Gaviria,  Bosquejo  de  Itdlica,  p.  132.  —  j.  Robles,  El 
culto  sevillano,pp,  29,  322  (Sevilla,  1883).  —  k.  Amador  de  los  Rios^Hist.  crit., 
V,  p.  110.  —  1.  Lôpez  Silva,  B.  B.,  p.  63.  —  m.  Id.  Ib.,  p.  132. 


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ANTIGUA   ORTOGRAfIa   Y  PRONUNCIACIÔN   CASTELLANAS      307 

-mente^f  d  pcsar  de  que  estas  voces  no  tienen  ni  ^  ni  m  (lat. 
impuniSy  compuesto  de  potnd)  ;  à  semejanza  de  solemne  dicen 
también  maiamente  peremtie  y  peregne  por  perenne  6  perene  •.  De 
igual  manera,  adoctar,  concecto,  prececto  por  adoptar,  concepto^  pre^ 
ceptOy  y  à  la  inversa  ejeptOy  direpto,  repio  por  efectOy  directOy  recto,  se 
originan  de  que  formas  populares  con  t  sola  tienen  en  el  habla  eru- 
ditaô  culta  unas  veces  et  y  otras  pt.  Concecciôn,  ocàôn^y  rececciôn 
por  concepciôn,  opciôn,  recepciôn  se  han  ajustado  al  modelo  de  con-- 
duciôn  :  conducciôn.  La  coexistencia  de  acidente  y  accidente,  ocidente 
y  occîdente,  afliciân  y  aflicciôn  ha  dado  àccido  «  por  àcido,  occéano  *» 
poTOcéano,  aficciôttyContricciôriy  edicciôn  '\  erudicdôn'^ ,  tradicciôn  ^,  por 
aficiôtty  contricîôn,  ediciôn,  erudidôn,  tradiciôn;  la  de  escepto  y  excepta, 
esento  y  exento,  esistir  y  existir,  reflesiôn  y  réflexion,  i  eccena  por 
escena,  occeno  por  obscène,  acceso  por  absceso,  acsoluto,  acsoluta- 
mente  ^  por  absoluto,  -amente,  ocsequio  "  por  obsequio,  ocservar  por 
observar,  adhexiôn  por  adhésion,  confexiôn  por  confesiôn.  De  las  pro- 
nunciaciones  y  gtaûas  esponer  y  exponer,  esteriory  exterior  nace  que 
muchos  escriban  explendor  (lat.  splendor),  expléndido  (lat.  splendi- 
dus),expontâneo(ht.  spontaneus).  Exôfago  pov esdfago(gv.  otaoçaY^ç), 
nombre  técnîco  de!  tragadero,  es  disparate  comunisimo  entre  los 
cuasi-ignorantes,  y  aun  se  halla  en  un  diccionario  castellano. 

R.  J.   CUERVO. 

NOTA 

Por  ser,  à  lo  que  se  me  alcanza,  poco  conocida  la  ediciôn  de  la 
Diana  de  Montemayor  que  cito  en  la  pdg.  299,  espero  disculpa- 
rdn  los  lectores  que  dé  aqui  algunos  pormenores  sacados  del 
ejemplar  que  de  ella  poseo.  De  ahi  se  colegird  su  importancia 
para  la  biografia  del  Autor  y  la  bibliografia  de  la  obra,  supuesto 
que  hubo  de  ser  hecha  por  el  mismo  Montemayor  en  el  tiempo 
que  estuvo  en  Italia  antes  de  su  muerte,  ocurrida  en  febrero 
de  1561. 


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308  R.    J.   CUERVO 


.  En  él  numéro  Î915  del  Gitâlogo  de  Salvi  se  lee  :  «  Ames  de 
salir  de  las  impresiones  del  siglo  xvi.  haré  mencîôn  de  una  sin 
fecha  que  he  visto,  la  cual  no  solo  pertenece  i  él,  sino  que  es 
sin  duda  de  las  mis  antiguas  de  esta  célèbre  novela  :  Diatia  los 
siete  libtos  de  ta  Diana  de  Jorge  de  Monte  Mayor.  Alaylustre  Senora 
Barbara  Fiesca  Cavallera  Vi:^conde.  Milano,  Andréa  de  Ferrari^ 
s.  a.  8*  let.  curs.  4  hojas  prels.  y  188  foliadas.  »  G.  Schônherr 
en  su  estudio  sobre  Montemayor  (Halle,  1886)  la  menciona 
refiriéndose  i  Salvi,  y  le  da  en  la  bibliografia  la  misma  coloca- 
ciôn  que  este,  al  fin  de  las  ediciones  del  siglo  xvi  ;  de  donde 
saco  que  no  la  ha  visto  ni  hallado  otra  noticia  sobre  ella. 
La  portada  es  asi  : 

Diana  |  Los  sîete  |  libros  delà  |  Diana  de  |  Jorge  de  Monte  j  Mayor.  |  Ala 
ylustre  Senora  Barbara  Fiesca  |  Cavallera  Vizconde.  |  (un  trébol).  Con  preui- 
legip  que  na  die  lo  pueda  |  vender,  nj  inprimir  eneste  estado  |  de  Milan  sin 
licencia  |  de  su  Autor.  |  So  la  pena  contcnida  enel  original. 

Al  fin  :  In  Milano  per  Andréa  de  Ferrari,  |  nel  corso  di  porta  Tosa. 

Como  dice  Salvd,  es  un  volumen  en  8°  en  letra  cursiva  de  188 
pdginas  dobles,  con  cuatro  hojas  de  principios  sin  pagînaciôn  ; 
las  signaturas  corren  de  B  a  BB  ;  A  corresponde  d  las  cuatro 
hojas  de  principios  y  BB  al  medio  pliego  final.  A  la  vuelta  del 
tltulo  escudo  de  armas  de  Espana. 

En  lugar  de  la  dedicatoria  d  D.  loan  Qstella  de  Vilanova  que 
Ueva  la  ediciôn  de  Valencia,  reputada  como  la  primera*,  y  de  la 
cual  se  halla  ahora  en  la  Biblioteca  Nacional  de  Paris  el  ejemplar 
que.  perteneciô  d  Salvd  ^,  tiene  la  siguiente  : 

A  la  Ylustre  |  Senora  Barbara  Fiesca  cauallera  |  Vizconde  lorge  de  |  Monte 
mayor. 

1 .  Véase  Schônherr  (Georg)  :  Jorge  de  Montemayor,  Sein  Leben  und  sein 
Schàferroman  die  «  Siete  libros  de  la  Diana  »,  nehst  einer  Uehersicht  der  Ausgaben 
dieser  Dickung  und  hibliographischen  Anmerkungen  herausgegebtn  von  G.  S., 
Halle,  1886,  Niemeyer,  pp.  8osgs.  —  Revue  Hispanique,  t.  II,  pp.  304  sgs. 

2.  Ri'seive  Y'  230. 


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ANTIGUA   ORTOGRAfIa   Y   PRONUNCIACIÔN  CASTELLANAS      309 

Que  sin  el  fauor  de  V.  S.  no  pueda  Diana  entrar  en  Italia  no  ai  porque 
espantarme,  pues  solo  el  basta  para  que  (aunquesea  como  es  pastora)  pueda 
hablar  en  presencia  de  todos  les  principes  délia.  Y  sila  del  ciela  toma  el  res- 
plandor  de  Apolo  para  comunicallë  al  roundo,  bien  es  que  esta  lo  tome  de 
V.  S.  en  quien  le  ai  tan  gratide  ques  fuera  de  toda  humana  côsideracion,  ella 
salio  a  luz  en  Espana  (a  ruego  de  algunas  Danias,  y  Cavalleros,  queyodeseava 
con  plazer)  debaxo  de  protecion  ajena  ya  hora  viene  ae^ta  proVitlcia  felicissima 
debaxo  del  anparo  de  V.  S.  que  no  sera  menos  onrra  para  el  libro  que  gloria 
para  mi  pues  acerte  a:hazer  tan  buena  eleçion.  Suplico  a  V.  S.  ponga  los  ojos 
(prime  mero^que  eneste  pequeno  seruiçio)  en  la  voluntad  y  aniroo  cô  que  lo 
hago.  y  pues  a  dado  V.  S.  tanta  onrra  ala  naçyon  Espanola  y  tanta  autoridad  a 
su  lengua  vulgar,  no  se  le  niege  ala  hermosa  Diana  por  auer  sido  pastora  de 
tanto  valor  y  hermosura  que  por  sola  ella  merece  su  Libro  ser  estimado  y  favo- 
recido  de  V.  S.  Vale. 

Naturalmente  falta  la  octava  que  en  là  edîciôn  de  Valencia  va 
dirigida  al  mismo  senor  d  quien  ésa  fue  dedîcada;  falta  también 
el  soneto  de  Gaspar  de  Romani  al  autor;  ocupan  su  lugar  los  dos 
siguientes,  que  preceden  al  de  Hierônimo  Sampere. 

Luca  Contile 
à  Giorgio  Monte  maggiore. 
Sonetto. 
O  sacro  cigno  del  famoso  Tago, 

Dunque  puoi  tanto  fra  Thumane  genti, 

Si  che  col  canto  sai  mirabilmente 

Di  Diana  produr  nouella  imago? 
Dunque  tu  nel  cantar  sonoro  e  mago 

Hai  la  triforme  Dea  visibilmente 

A  gli  occhi  nostri  comparir  présente, 

Onde  il  mondo  diuien  tranquillo  e  vago? 
Dunque  dal  chiaro  ciel,  dal  centro  oscuro 

Hai  piu  che  Orpheo  saputo  con  la  cetra, 

Parla  Dea,  d'ogni  notte  chiara  duce? 
Deh,  perch'io  di  veder  suoi  lumi  euro 

Piu  ch'  altro  ben,  da  lei  sol  gratia  impetra 

Ch*  io  tenebroso  Luca,  de  sua  luce. 

De  Don  Geronimo  de  Tcxeda  al  Autor. 
Soneto. 
Si  al  celebrado  Tajo  ympetuoso 

Sircno  con  tu  musa  enriqueciste, 


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R.   J.    CUERVO 


Y  tanto  al  daro  Ezla  engrandeciste 

Como  el  toscano,  al  Sorga  deleitoso; 
No  me  nos  al  ynsubre  Ilano  hunbroso 

(A  cuyos  canpos  por  subien  venîste) 

De  nueua  yerva,  y  flores  lo  vcstiste 

Con  onrra  del  Tesin,  y  el  Poo  famoso. 
Ado  con  dulçe  canto  nos  mostraste 

La  hermosura  y  gracia  sobre  humana 

D'aquella  de  qu*  1  mundo  dcxas  Ucno  : 
Y  tanto  a  ti,  ya  ella,  sublimaste  • 

Que  noay  a  quien  mirar  sino  a  Diana 

Ny  a  vn  ay  aquien  oyr  sino  a  Sireno. 

exto  lo  mis  importante  que  he  notado  es  la  adiciôn  de 
tavas  en  el  canto  de  Orfeo  (libro  IV),  después  de  la  i8*, 
1  dicen  asi  : 

A  Plania  lampunana  mas  hcrmosa 

que  Thermosura  misma,  y  mas  perfecta 

mirad  pastores,  yuereis  la  cosa 

que  mas  animas  rrinde  ylas  subjeta 

mirad  por  una  parte  quan  graciosa  : 

por  otra  ved  quangrave,  y  quan  discreta  : 

y  vereis  destas  partes  hecho  untodo, 

que  a  todas  las  del  mûdo  excède  el  modo. 
Aquella  clara  luz  que  rresplandece 

de  modo  quel  sol,  huye  y  selesconde 

dona  artemisa  es  sola,  qu'engrandece 

la  ynsigne  yalta  casa  devizconde. 

la  flor  d*Italia  es  ella  y  quiemerece 

estar  a  dondestà  :  que  bien  rresponde 

linaje  a*  hermosura,  y  jentileza 

ya  quanto  pudo  dar  naturaleza. 
Mirad  Barbara  estanga,  aquien  s'inclina 

no  solo  Amor,  sino  Minerva,  y  Marte 

dond'  ai  tanta  beldad  que  s'imagina 

que  solo  alli  parô  natura,  y  arte  : 

su  discrecion,  suplatica  diuina 

para  escreuilla  yo  soi  poca  parte  : 

ni  bastan  las  cien  lenguas  delà  fama 

para  saber  loar  tan  alta  dama. 


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ANTIGUA   ORTOGRAfIa   Y   PRONUNCIACIÔN   CASTELLANAS      3 II 

Quien  es  aquella  fenis  da  [do  ha]  tnostrado 
su  fuerça  y  su  poder  naturaleza? 
quien  es  la  que  oi  al  mundo  a  despojado 
de  gran  valor,  virtud,  bondad  grandeza? 
quien  es  esta  dezi  dô  s'ansuniado 
la  hermosura,  gracia  y  jentileza  ? 
dona  Luisa  de  lugo  y  de  mendoça 
aquien  la  poca  edad  no  haze  moça. 

Tampoco  es  idéntico  el  orden  de  las  très  ûltimas  estrofas  del 
misnio  canto;  designdndolas  con  sus  primeras  palabras,  en  la 
ediciôn  de  Valencia  se  siguen  asf  :  Doha  Ysabel  —  La  que  espar- 
T^îdos  —  Aquella  que  alU  veis;  en  la  de  Milan  asi  :  La  quespar^idos 
—  Aquella  qualli  veis  —  Doha  Ysabel, 

Çotejados  otros  pasajes,  résulta  que,  fuera  de  esto,  las  dos  edi- 
clones,  salva  alguna  que  otra  variante  ortogrdfica,  son  idénti- 
cas  \  Por  de  contado  que  en  una  y  otra  el  libro  cuarto  termina 
con  estas  palabras  :  «  Y  acabando  de  cenar,  y  tomando  licencia 
de  la  sabia  Felicia,  se  fuè  cada  uno  al  aposento  que  aparejado  le 
estaua  ;  »  que  es  donde  posteriormente  se  pegô  la  historia  del 
Abencerraje  y  la  mora  Jarifa,  modificando  el  texto  asi  :  «  Y  aca- 
bando de  cenar,  la  sabia  Felicia  rogo  a  Felismena  que  contasse 
alguna  cosa,  ora  fuesse  historia,  o  algun  acaescimiento  que  en  la 
prouincia  de  Vandalia  uuiesse  succedido,  lo  quai  Felismena  hizo, 
y  con  muy  gentil  gracia  començo  a  contar  lo  présente...  » 

La  senora  i  quien  va  dedicada  la  obra  parece  ser  la  que  Litta 
en  la  familia  de  los  Viscontis  {Fatniglie  celebri  italiane,  tav.  XIII) 
désigna  asi  :  Barbara  di  Pietro  Luca  Fieschi,  conte  di  Crevacuore, 
segunda  mujer  de  Gian  Luigi  Visconti,  uno  de  los  embajadores 


I .  El  texto  en  la  milanesa  se  halla  con  mejor  ortograHa  que  las  pfcaras 
rauestras  que  van  copiadas,  y  muchas  veces  corrige  i  la  valenciana  (apauniauan 
por  apasuntaitatty  enredandose  por  enrreâandose^  ocasion  por  occasion^  etc.)  La 
variante  mds  sustancial  que  halIé,  fuera  de  las  que  maniesté  arriba,  es  al  fin 
del  argumenta  :  Valencia  :  «  Debaxo  de  nombres  y  estilo  pastoril  ;  »  Mildn  : 
in  Pebaxo  de  nombres  pastorales.  » 


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R.    J.    CUERVO 


îados  i  Trente  en  1341  i  recibir  d  Carlos  V.  La  Artemisa  de 
i*  octava  anadida  al  Canto  de  Orfeo  debe  de  ser  la  que  el 
mo  Litta  (ib.)  pone  en  seguida  entre  la  misma  familia,  ddn- 
1  comomujerde  Alessandro  Botta  di  Pavia;  y  Plania  Lampu- 
a  debe  de  ser  de  la  familia  Lampugnani,  muy  relacionada  con 
Viscontis  (Ib.,  tav.  XII). 

,uca  Contile,  el  autor  del  primer  soneto  copiado,  fue  literato 
y  nombrado  en  aquellos  tiempos  y  tuvo  muchos  dares  y  toma- 
con  los  espaiioles,  como  que  por  largos  anossirviô  d  Fernando 
Avalos  y  al  marqués  del  Vasto,  y  cabalmente  en  marzo  de 
!o  pasô  d  Mildn  Uaraado  por  el  marqués  de  Pescara,  d  cuya 
liaciôn  debiô  sin  duda  el  empleo  de  comisario  en  Pavia,  que 
pezô  d  desempenar  en  julio  de  1562.  Muriô  en  esta  ciudad 
liio  de  1574  (Tiraboschi,  Storia  délia  letteratura  italiana,  XII, 
o  sgs.,  Milano,  1824). 

>i  existiese  realmente  en  ediciôn  de  1387  La  Diana  de  Mante- 
m,  nuevamente  comptiesta  por  Hieronymo  de  Texeda,  castellano 
rprete  de  lenguaSy  résidente  en  la  villa  de  Paris,  cabria  sospechar 
)  eran  uno  mismo  el  autor  del  segundo  soneto  y  el  continua- 
de  la  novela,  pues  entre  el  uno  y  la  otra  no  mediarian  sino 
)s  veintisiete  aiios;  pero  tal  fecha  es  sin  duda  error  de  los  tra- 
tores  espanoles  de  Ticknor,in,  p.  537,  dedonde  otros  lo  han 
lado.  El  ejemplar  de  que  habla  Ebert,  existente  en  la  Biblio- 
i  Nacional  de  Paris,  donde  lo  he  visto,  y  el  que  poseyô 
:knor  (Ticknor-Julius,  Suppl.  157)  son  ambos  de  1627,  y  en 
bos  se  dice  que  la  obra  fue  impresa  d  costa  del  autor,  sin  nin- 
la  alusiôn  d  otra  ediciôn  anterior,  6  d  que  el  autor  hubiera  cono- 
0  d  Montemayor,  cosa  de  que  dificilmente  hubiera  dejado  de 
>lar.  Lo  cîerto  es  que  los  traductores  espanoles  tomaron 
primera  noticia  de  Brunet  y  erraron  el  ano  ;  este  dice  :  «  Cette 
isième  partie,  qui  fait  suite  aux  deux  précédentes,  est  peu 
mue,  et  n'a  pas  été  réimprimée  »  ;  aquellos  :  «  No  se  reim- 
miô,  y  fue  siempre  poco  conocida  en  Es  pana,  pues  ni  Nicolds 
tonio  ni  Cerda  tuvieron  conocimiento  de  ella  »  ;  lo  de  no 


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ANTIGUA   ORTOGRAfIa   Y   PRONUNCIACIÔN   CASTELLANAS      313 

haberse  reimpreso  es  muy  cierto  en  Brunet,  que  da  la  fecha  de 
1627;  y  no  lo  séria  en  los  otros,  que  dan  1587,  pues  la  de 
1627  séria  reproducciôn  de  esta  ùltima.  Por  manera  que 
mediando  unos  sesenta  y  siete  anos  entre  este  en  que  Texeda 
publicô  d  su  Costa  la  continuaciôn  siendo  interprète  de  lenguas 
en  Paris,  y  la  época  en  que  saliô  el  soneto,  es  de  créer  que  soneto 
y  continuaciôn  son  obras  de  dos  tocayos  y  no  de  una  misma  per- 
sona. 

Para  decir  la  suerte  que  corrieron  las  cuatro  estrofas  anadidas 
al  canto  de  Orfeo,  séria  menester  consultar  mds  ediciones  de  las 
que  ahora  tengo  d  la  mano.  Baste  saber  que  algunas,  sin  duda  las 
que  siguieron  la  original  de  Valencia,  ni  rastro  ofrecen  de  ellas 
(v.  gr.  Barcelona,  16 14);  y  que  tal  elogio  de  damas  italianas 
sugiriô  dalguno  la  idea  de  alabar  d  las  Damas  de  Aragon  y  Cata- 
lanas,  y  algunas  Castellanas^  adictôn  que  por  primera  vez  seanun- 
cia,  segùn  el  catdlogo  de  Schônherr,  en  la  ediciôn  de  Zaragoza 
por  Miguel  de  Guesa,  1562.  En  la  de  Venecia,  iS74>  P^^  I^- 
Comenzini,  cuya  portada  promete  en  iguales  términos  la  adiciôn, 
ocupan  el  lugar  de  aquellas  cuatro  otras  sesenta  y  seis,  si  bien  se 
conservan  idénticos  los  dos  versos  finales  de  la  cuarta  referentes  d 
Dona  Luisa  de  Lugo  y  Mendoza.  Ignoro  si  alguna  vez  fue  exac- 
tamente  reimpresa  la  ediciôn  que  ha  dado  margen  d  estas  lineas. 


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DOS   SONETOS 

ATRIBUIDOS   A 

LUPERCIO   LEONARDO  DE  ARGENSOLA 

I 

uestra  época  que  ha  consagrado  la  propiedad  literaria 
yes,  estàn  d  la  orden  del  dia  las  restituciones  de  obras  d 
aderos  autores.  Rioja  el  cantor  de  todas  las  flores,  con 
)Uscos  y  criticas  se  ha  quedado  sin  la  Canciôn  d  Itdlica  y 
Mstola  moral  dPabio;  Don  Diego  Hurtado  de  Mendoza 
élebres  sonetos,  Dentro  de  un  santo  iemplo^  y  Pedis,  Reiruiy 
a;  y  séria  cuento  de  nunca  acabar,  el  referir  todas  las 
nuestro  siglo  de  oro  que  han  canibiado  de  dueno  en  el 
.  Lupercio  Leonardo  de  Argensola,  que  segùn  su  herma- 
Jomé, 

abrasô  sus  poéticos  escritos 

y  defraudô  el  deseo 

universal  de  ingénies  exquisitos, 

ente  no  pudo  sospechar  nunca  que  en  nuestros  tiempos 
:  ponerse  en  duda  su  buena  fe  literaria,  él,  que  tan  poco 
->  de  sus  obras  poéticas. 

le  sus  admiradores,  el  duque  de  Villahermosa,  en  su  dis- 
e  entrada  en  la  Real  Academia  espanola,  asegura  que 
los  mejores  sonetos  de  Lupercio  deberia  contarse,  y  aun 
T  modelo  en  el  género  descriptivo  aquel  que  comienza 

Llevô  tras  sf  los  pdmpanos  Octubre 
encontrâramos  en  las  actas  de  la  Academia  de  los  Noc- 


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DOS  SONETOS  ATRIBUIDOS   A   LUPERCIO   L.    DE   ARGENSOLA       3 1 5 

turnos  de  Valencia  d  nombre  del  canônigo  Francisco  de  Tdrrega, 
grande  amigo  de  Lope  de  Vega  ». 

El  hecho  es  cierto;  pero  pareceri  extrano  que  quien  en  tanto 
aprecio  tenia  al  Secretario  del  Conde  de  Lemos,  lo  apuntara  sin 
tomarse  la  molestia  de  inquirir  las  razones  que  militaban  en  pro 
ô  en  contra  de  nuestro  Lupercio  en  asunto  que  tan  directamente 
atane  d  su  probidad  literaria. 

Hasta  que  Salvd  en  su  Catdlogo,  pdgina  62  del  tomo  I,  diô  d 
conocer  entre  oiras  composiciones  leldas  en  la  Academia  de  los 
Nocturnos  (cuyas  actas  originales  poseia)  el  soneto  en  cuestiôn, 
pasô  este  como  del  mayor  de  las  Argensolas  y  durante  su  vida 
y  hasta  nuestros  dias  se  le  ha  atribuido  siempre  que  se  ha  reim- 
preso. 

El  caso,  sino  ùnico  en  la  historia  literaria,  no  es  de  los  mds 
frecuentes,  porque  los  hechos  son  de  tal  naturaleza,  que  como  se 
verd,  el  dilema  es  évidente  :  6  Tdrrega  hurtô  el  soneto  d  Argen- 
sola  6  el  poeta  aragonés  lo  copi6  desfigurdndolo  del  valenciano. 
Estos  hurtos  eran  sin  duda  frecuentes  en  aquella  época,  pues 
Lope  de  Vega  en  su  Laurel  de  Apolo,  Silva  3*,  aludiendo  d  casos  de 
esta  indole,  decia  : 

No  habiéndose  quejado,  como  es  claro 

Siendo  parte  y  aûn  todo  Sannazaro, 

Disfrazdbase  el  hurto,  y  ya  es  de  modo 

Que  al  propio  dueno  se  lo  venden  todo. 

Escalan  libros,  manuscritostientan; 

Unos  trasladan  mal,  otros  inventan  ; 

Que  no  hay,  sea  pùblico  ô  secreto, 

Seguro  verso,  frase  ni  conceto  ; 

Y  aciertan  bien,  porque  de  aqui  à  veinte  anos 

Ni  los  propios  sabrdn  ni  los  estranos. 

Si  fué,  cuando  el  concepto  à  verso  espante, 

Primero  el  inventor  que  el  trasladante. 

Nuestra  acusacîôn  que  al  pronto  podria  considerarse  irrespe- 
tuosa,  abônala  como  se  ve  el  Fénix  de  los  ingenios,  que  por  su 
elevada  posiciôn   literaria,  pudo  conocer  y   juzgar  mejor  que 


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3l6  LEON   MEDINA 


nadie  la  buena  fe  y  probidad  literaria  de   nuestros  autores  del 
siglo  de  oro. 

El  Présidente  de  la  Academia  de  los  Nocturnes  encargô  en 
efecto  al  canônigo  Tarrega  en  la  sesiôn  anterior  d  la  del  dia 
21  de  Marzo  de  1594  la  composiciôn  de  un  soneto  con  este 
titulo  «  A  un  pensamiento  »  y  Uegado  el  dia  21  de  Marzo, 
«  acudiendo  todos  d  la  hora  que  ordenan  las  instituciones  »  (for- 
mula de  las  actas)  el  académico  Miédo,  es  decir  Tdrrega,  leyô  el 
siguiente  soneto  : 

A   UN   PENSAMIENTO 

Llevô  tris  si  los  pdmpanos  Octubre, 

Y  con  las  muchas  lluvias  insolente 
No  sufre  Turîa  mdrgenes  ni  puente, 
Mas  antes  los  vecinos  campos  cubre. 

La  sierra  como  suele  ya  descubre 
Coronada  de  nieve  Talta  frente, 

Y  apenas  el  sol  vemos  al  Oriente 
Quando  la  dura  tierra  nos  lo  encubre. 

Sienten  el  mar  y  selvas  ya  la  sana 
Del  aquilon,  y  encierra  su  bramido  - 
Gente  en  el  puerto  y  génie  en  la  cabana  ; 

Y  Fabio  en  el  umbral  de  Thais  tendido 
Con  vergonzosas  Idgrimas  lo  bana 
Debiéndolas  al  tiempo  que  ha  perdido. 

Tal  es  el  texto  de  este  célèbre  soneto  segùn  puede  verse  en  la 
pdgina  193  del  tomo  III  de  las  actas  originales  de  la  Academia 
de  los  Nocturnos,  existentes  hoy  en  la  Biblioteca  nacional  de 
Madrid. 

La  primera  vez  que  aparece  en  letras  de  molde  el  soneto,  es  d 
nombre  de  Lupercio  Leonardo  de  Argensola  en  1605  y  en  las 
Flores  de  pœtas  ilustres  del  antequerano  Pedro  Espinosa,  impre- 
sas  en  Valladolid,  si  bien  la  licencia  para  publicar  tan  preciada 
antologia  Ueva  la  fecha  de  1603.  La  tercera  composiciôn  inserta 
es  precisamente  el  soneto  en  cuestiôn. 


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DOS  SONtTOS   ATRIBUIDOS  A  LUPERQO   L.    DE  ARGENSOLA        317 


LUPERCIO  LEONARDO  DE  ARGENSOLA 

Lleva  '  trds  si  los  pàmpanos  Otubre, 

Y  con  las  grandes  lluvias  insolente, 
No  sufre  Ibero  mirgenes  ni  puente, 
Mas  antes  los  vecinos  campos  cubre . 

Moncayo  como  suele  ya  descubre 
Coronada  de  nieve  la  alta  Trente, 

Y  el  sol  apenas  vemos  en  Oriente, 
Cuando  la  dura  tierra  nos  lo  encubre. 

Sienten  el  mar  y  selvas  ya  la  sana 
Del  aquilon,  y  encierra  su  bramido 
Gente  en  el  puerto  y  gente  en  la  cabana. 

Y  Fabio,  en  el  umbral  de  Tays  tendido, 
Con  vergonzosas  làgrimas  lo  bana, 
Debiéndolas  al  tiempo  que  ha  perdido. 

El  plagio,  mejor  dicho  el  hurto,  no  puede  ser  mis  évidente, 
pues  ambos  sonetos  son  idénticos,  no  habiéndose  hecho  mis 
mudanza  que  la  necesaria  para  dar  caricter  local  d  la  composîciôn 
segùn  la  distinta  patria  de  ambos  autores  :  en  el  del  poeta  ara- 
gonésse  habla  del  Ebro  y  del  Moncayo;  en  el  del  valenciano, 
delTuria  y  delà  sierra.  Podriacreerse  que  Espinosa  habia  obrado 
por  su  cuenta  y  que  él  era  quien  habia  incurrido  en  error,  atri*- 
buyendo  por  equivocaciôn  6  d  sabiendas,  la  composiciôn  a 
Argensola,  sin  que  este  tuviera  arte  ni  parte  en  todo  ello. 

Pero  no  es  asi  :  en  el  mismo  ano  de  1603  publicô  Micer 
Andrés  Rey  de  Artieda  los  Discursos,  epistolas  y  epigramas  de 
Artemidaro  en  casa  de  Angelo  Tavanno,  incluyendo  en  su  cele- 
brada  obra  dos  sonetos  de  Lupercio  Leonardo  :  el  que  es  objeto 
de  nuestro  estudio  y  aquel  otro  que  comienza  Dentro  quiero  vivir 
de  mi  fortuna  calificado  el  ûltimo  por  Lope  de  Vega  como  obra 


I.  En  las  ediciones  de  las  Rimas  de  las  Argensolas  (Zaragoza,  1634)  se  lee 
JLÎevô,  No  hemos  visto  con  tf tulo  este  soneto  mis  que  en  un  manuscrito  de  la 
Biblioteca  nacional  de  Madrid,  M  2.  pagina  160,  donde  se  le  intitula  «  A  un 
enamorado  ». 


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3l8  LEON   MEDINA 


rfecta  en  su  Relacion  de  las  fiestas  que  hi^p  Madrid  en  la  cano- 
[ocion  de  San  Isidro  y  elogiado  el  primero  en  la  Inlroduccion  à 
justapoitica  de  San  Isidro  por  el  mismo  ingehîo  como  «  modelo 
la  nueva  poesia  »  y  mds  tarde  en  la  Silva  2'  de  su  Laurel  de 
H)lo.  En  Castilla  y  en  Aragon  pues,  dos  poetas  y  famosos,  Espi- 
sa  y  Artieda  en  vida  de  Lupercio  y  de  Tdrrega  publicaron  el 
smo  ano  de  1605  ^^  soneto,  siguiendo  idéntico  texto  y  airi- 
yéndolo  ambos  d  Argensola,  sin  que  haya  Uegado  hasta  noso- 
>s  ni  el  rumor  de  la  mds  levé  contradicciôn.  An  tes  al  contra- 
I  lo  que  hay  si,  es,  aparté  de  los  testimonios  de  Lope  de  Vega 
in  amigo  de  Tdrrega,  una  aquiescencia  directa  y  expresa  de 
percio  Leonardo,  pues  una  de  las  composiciones  laudatorias 
l  libro  de  Artieda,  que  van  al  frente  de  los  Discursos  de  Arlc- 
doro  es  precisamente  otro  soneto  de  Lupercio  y  no  indigno  de 
nombradia  literaria.  Dice  as!  : 

El  vulgo  vano  (siervo  de  la  fama 
Que  de  estatuas  y  tftulos  se  admira) 
A  la  ganancia  vil  atento  aspira 

Y  d  todo  lo  demds  vanidad  Uama. 

El  sabio  la  virtud  sin  prendas  ama, 
Por  los  tftulos  vanos  no  suspira, 
De  la  ganancia  infâme  se  retira 

Y  solo  d  si  se  alumbra  con  su  llama. 
Desto  nos  dejas  admirable  ejemplo, 

Oh  Diogenes  nuevo,  no  rendido 
Al  favor  de  Alejandros  ô  Mecenas. 

En  ti  dos  grandes  Scévolas  contemplo, 
Uno  del  justo  Marte  favorido 
Otro  de  la  que  diô  su  nombre  i  Atenas. 

Ante  semejantes  hechos  la  duda  que  pudiera  existir  acerca  de 
la  atribuciôn  del  soneto  d  Argensola  habia  de  pesar  sobre  los 
itores  y  no  sobre  Lupercio,  desaparece  :  puesto  que  Lupercio 
ismo  elogia  d  Artieda  en  un  libro  donde  con  su  consentimiento 
1  duda,  hubo  este  de  insertar  el  soneto.  Si  Artieda  hubiera 
cho  imprimir  sus  Discursos  de  Artemidoro  en  cualquiera  otra 
blaciôn  que  no  fuera  Zaragoza,  cabria  suponer  que  Argensola  sin 


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DOS  SONETOS   ATRIBUIDOS  A   LUPERCIO   L.    DE  ARGENSOLA        319 

conocer  el  libro  habla  hecho  el  soneto  :  pero  esto  no  pudo  ocurrir 
porque  en  1605  seguramente  se  encontraban  en  Zaragoza  ambos 
ingénies  y  en  aquella  comunicaciôn  y  aquei  trato  que  la  clase 
de  elogios  de  Ârgensola  prueban  sin  duda  alguna.  La  estancia  de 
Artieda  en  la  capital  del  reino  de  Aragon  por  aquel  tiempo,  todos 
sus  biôgrafos  la  consignan  mds  6  menos  abiertamente  y  el 
mismo  Lope  de  Vega  es  testigo  en  este  punto,  como  résulta  de 
las  frases  que  le  dedica  en  el  Laurel  de  Apolo,  silva  segunda.  Es 
ademds  muy  probable  opinion,  pues  Artieda  imprimiô  en  Zara- 
goza su  libro  y  las  otras  obras  que  de  él  se  conocen  fueron  impre- 
sas  precisamente  donde  consta  que  residia  al  darlas  i  la 
imprenta  :  su  situaciôn  por  otra  parte,  no  era  muy  desahogada 
como  se  desprende  del  soneto  de  Lupercio  que  dejamos  trascrito 
y  de  las  frases  que  le  dedicô  Cervantes  en  su  Fiaje  del  Parnaso 
donde  nos  lo  présenta 

Mas  rico  de  valor  que  de  moneda  : 

circunstancias  todas  que  hacen  en  extremo  probable  que  fuera 
i  vivir  d  Zaragoza  consu  hijo  mayor  Andrés  que  estaba  alservicio 
del  duque  de  Alburquerque,  virey  de  Aragon.  La  estancia  de 
Argensola  en  Zaragoza  desde  el  mes  de  Agosto  de  1603,  después 
de  la  muerte  de  la  Emperatriz  Doiia  Maria  de  Austria,  de  la  que 
fué  secretario,  hasta  que  partiô  para  Ndpoles  en  16 10,  con  el 
mismo  empleo  cerca  del  célèbre  conde  de  Lemos,  es  un  hecho 
notorio  en  cuya  comprobaciôn  pueden  verse  las  cartas  suyas  que 
se  conservan,  la  biografla  de  Latasa  y  la  nota  de  la  pagina  21  del 
tomo  primero  de  las  Obras  sueltas  de  los  hermanos  Argensolas 
coleccionadas  recientemente  por  el  conde  de  la  Vinaza. 

Pero  todavia  sube  de  punto  la  extraiieza  que  ciertas  coinci- 
dencias  producen,  considerando  que  Artieda  era  académico  de  la  de 
los  Nocturnes  con  el  nombre  de  Centinela,  y  que  si  bien  no 
asistiô  d  la  sesiôn  en  que  Tdrrega  leyô  el  soneto,  estaba  enton- 
ces  en  Valencia  en  continua  comunicaciôn  con 

la  junta  famosa 
De  los  que  Turîa  en  sus  riberas  cria, 


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LEON  MEDINA 


la  frase  de  Cervantes  en  el  capitulo  DI  de  su  Viaje  del 
^(7;  y  en  1 60 1,  contribuyô  con  todos  los  demis  poetas  de 
tafamosa,  con  Guillen  de  Gistro,  con  Gaspar  de  Aguilar, 
îr6nimo  Mercader,  con  Carlos  Boyl,  con  el  mismo  Tarrega 
aar  El  Prado  de  Valencia  que  Gaspar  Mercader  publicô  en 
a  ciudad  en  casa  de  Patricio  Mey.  De  suerte  que  parece 
ble  que  Artieda  tuviera  conocimiento  de  que  Tdrrega  habta 
como  suyo  el  soneto  en  la  Academia  de  los  Nocturnos  :  no 
ite  lo  cual  y  por  constarle  su  legitimo  autor,  decidiôse  d 
arlo  en  sus  Diseur sos  de  Artemidoro  como  de  Argensola.  Es 
leramente  digno  de  notarse  y  no  parece  que  pueda  atri- 
!  à  pura  casualidad  que  teniendo  Lupercio  tantas  obras  poé- 
iscritas,  escogiera  Artieda  precisamente  el  soneto  discutido, 
1  ni  por  su  asunto  ni  por  el  del  libro  donde  habia  de  inser- 
podia  ni  debia  ser  escogîdo  de  preferencia  :  Artieda  como 
de  Vega,  como  otros  literatos,  admiraba  sin  duda  tanto  el 
mpieza  Dentro  quiero  vivir  de  mi  fortuna,  como  el  que  nos 

y  por  eso  recayô  en  ambos  la  elecciôn,  por  ser  dos  com- 
Dnes  universalmente  conocidas  de  Lupercio  y  undnime- 
I  estimadas. 

hubiéramos  de  créer  d  Sedano  que  tenia  pretensiones  de 
er  d  los  autores  de  las  obras  por  el  estilo  de  estas,  la  cuestion 
ria  resuelta  desde  luego  d  favor  de  Lupercio,  pues  en  el 
primero  de  su  Parnaso  espaholy  pdgina  ix,  dice  refiriéndose 
eto  y  al  vate  aragonés  :  «  Parece  que  ha  querido  atribuirse  d 
Francisco  de  Quevedo  y  como  tal  se  halla  estampado  en 
is  ediciones  de  este  gran  poeta;  pero  el  cardcter  de  la 
caciôn  sin  otras  pruebas  manifiesta  su  legitimo  autor  » 
Sedano  como  otros  muchos  que  por  solo  el  estilo  de  la 
)siciôn  han  resuelto  sin  otras  pruebas  las  cuestiones  sobre 
;dad  literaria,  ha  incurrido  en  taies  errores  que  no  nos 
n  ganas  de  seguirle  por  ese  camino.  Sin  salir  de  los 
solas,  tenemos  para  huir  de  ese  criterio  el  ejemplo  de  la 
ïa  moral  à  Fabio  que  por  el  cardcter  de  la  versificaciôn  se  la 


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DOS  SONETOS   ATRIBUIDOS  A   LUPERCIO  L.    DE  ARGENSOLA        3  21 

adjudicô  Sedano  d  Bartolomé  Leonardo;  Estala  después  i  Rioja  ; 
y  ahora  résulta  segiin  las  investigaciones  de  Don  Adolfo  de  Gistro 
que  Femàndez  de  Andrada  fué  su  autor. 

No  hay  términos  hdbiles  para  consîderar  el  caso  como 
mera  coincidencia  :  pues  no  se  trata  de  un  mismo  pensamîento 
desarroUado  en  versos  diferentes  por  dos  autores,  sino  del 
mismo  soneto  con  ligeras  variantes  :  forzosamente  uno  de  los  dos 
hubo  de  desfigurar  el  texto  primitivo.  Es  verdad  que  Tdrrega  lo 
leyô  como  suyo  en  la  Academia  de  los  Nocturnos,  pero  no  es 
menos  cierto  que  once  aiios  después,  en  vida  de  Tdrrega,  se 
publicô  d  la  vez  en  dos  libros  diferentes  impresos  en  distintas 
poblaciones  d  nombre  del  mayor  de  los  Argensolas.  Lupercio  no 
protestando  de  que  como  suyo  se  insertara  en  los  Discursos  de 
Arteniidoro  que  d  su  vista  se  imprimieron,  vino  expresamente  d 
declararse  en  pùblico  autor  de  la  composiciôn.  Artieda  insertdn- 
dolo  en  un  libro  suyo  que  habfa  de  ser  leldo  en  Valencia  por  la 
junta  famosa  con  la  que  tan  Intimas  relaciones  debia  conservar, 
gran  seguridad  demostraba  de  que  Argensola  era  el  autor. 
Ocurre  ademds  que  es  preciso  suponer  en  este  una  dosis  mayor 
de  desahogo  para  atribuirse  en  pùblico  el  soneto  no  siendo  suyo, 
que  en  Tdrrega  que  lo  leyô  como  de  su  propia  invenciôn  en  una 
réunion  d  la  que  asistieron  solo  siete  Académicos  y  de  los  menos 
conocidos,  pues  ni  Virués,  ni  Aguilar,  ni  Guillen  de  Castro,  ni 
Boyl,  ni  el  mismo  Artieda  acudieron  d  la  sesiôn. 

^  Qpién  de  los  dos  pudo  tener  interés  en  apropiarse  la  obra 
del  otro  ?  En  Argensola  que  abrasô  sus  poéticos  escritos,  no  cabe 
suponer  que  d  costa  de  una  supercheria  pretendiera  aumentar 
el  catdlogo  de  sus  composiciones  literarias  :  seguramente  que  si 
porcualquier  causa,  se  hubiera  apropiado  en  alguna  ocasiôn  el 
soneto,  al  saber  que  Artieda  lo  escogla  para  dar  al  pùblico  una 
muestra  de  su  ingenio,  por  corto  que  sea  el  amor  propio  que  se 
le  concéda,  es  de  suponer  que  se  hubiera  apresurado  d  pedirle 
que  lo  sustituyera  con  otro  de  su  propia  cosecha.  Tdrrega  en 
cambio,  habia  sido  uno  de  los  colaboradores  mds  asiduos  de  la 

Revue  hispanique  ai 


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322  LEON   MEDINA 


Academia  de  los  Nocturnes  que  en  21  de  Marzo  de  1594,  dia  en 
que  leyô  el  soneto,  estaba  i  punto  de  cerrarse.  Sucede  general- 
mente  en  esta  clase  de  Academias  que  el  fuego  y  entusiasmo  de 
las  primeras  sesiones  va  poco  d  poco  apagindose  y  el  cansancio 
se  apodera  hasta  de  los  mis  interesados  en  su  duraciôn.  Tdrrega 
sin  duda  aquel  dia  ô  no  tuvo  la  inspiraciôn  fdcil  ô  le  faltô  en 
absoluto  el  tiempo  para  cumplir  el  encargo  del  Présidente  y  echô 
mano  del  soneto,  objeto  de  nuestro  estudio,  cambiando  aque- 
lias  indicaciones  topogrifîcas  que  en  una  Academia  valenciana 
hubieran  podido  causar  extraneza  :  el  Ebro  se  convirtiô  en  Turia 
y  no  teniendo  un  Moncayo  valenciano  que  oponer  al  aragonés, 
se  contenté  con  invocar  una  sierra  sin  duda  imaginaria,  pues 
ni  en  Valencia  ni  en  sus  alrededores  hay  sierras  que  tengan  la 
costumbre  de  coronar  de  nieve  sus  frentes  cuando  se  lleva  tràs 
si  los  pdmpanos  Octubre.  Hasta  el  desarrollo  del  soneto  se  com- 
pagina  mal  con  el  titulo  que  diô  el  Présidente  d  Tdrrega  ;  pues 
aunque  la  vaguedad  del  titulo,  dejaba  ancho  campo  al  poeta 
para  tratar  todos  los  asuntos  divinos  y  humanos,  exigia  no 
obstante  que  Tdrrega  hubiera  expresado  algùn  pensamiento  y  el 
soneto  esmds  bien  una  descripciôn  delmomento  en  que  Fabio  se 
encuentra  tendido  en  el  umbral  de  Tays  que  baiia  con  vergon- 
zosas  Idgrimas,  debiéndolas  al  tiempo  que  ha  perdido.  Poeta 
como  Tdrrega  si  hubiera  compuesto  él  mismo  el  soneto,  ajus- 
tdndose  al  titulo  que  se  le  diô,  seguramente  que  en  él  hubiera 
desarroUado  alguna  mdxima  ô  moralidad  que  esto  es  lo  que  en 
suma  debia  significar  el  titulo  «  A  un  pensamiento  » ,  segûn 
la  intenciôn  del  Présidente  :  pues  d  no  haber  querido  este 
concretar  la  suya  en  aquel  sentido,  se  hubiera  limitado 
d  encargarle   un  soneto  «  d  cualquier  asunto  ». 

Casos  como  el  en  que  suponemos  d  Tdrrega  no  son  por  lo 
demds  raros  en  las  Academias  literarias,  y  podriamos  citar  varios 
andlogos.  Sirva  de  ejemplo  como  enteramente  igual  al  que  nos 
ocupa  "el  de  Don  Blas  Nasarre,  el  Amuso  de  la  Academia  Madri- 
lena  del  Buen  Gusto  en  el  siglo  pasado,  que  leyô  como  suya  no 


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DOS  SONETOS  ATRIBUIDOS   A   LUPERCIO   L.    DE  ARGENSOLA        323 

una  composiciôn  corta  como  Tàrrega^  sîno  la  Fabula  de  Genil 
de  Pedro  Espinosa,  obteniendo  de  tan  fino  literato  como  Porcel, 
que  creyô  en  la  originalidad  de  la  obra,  elogios  como  éstos  : 

Tan  dulcemente  el  Amuso 
Cantô  del  Genil  las  aguas 
Que  lo  pensé  Garcilaso 
Viendo  que  en  su  vega  canta. 

No  se  me  oculta  que  es  dificil  el  caso  que  pretendemos  dilu- 
cidar,  y  que  mis  bien  hay  pruebas  indiciales,  que  directas  y  pie- 
nas  :  pero  son  tan  véhémentes  los  indicios  y  se  fundan  en  hechos 
tan  comprobados  que  no  creemos  infundada,  ni  mucho  menos, 
nuestra  opinion,  en  este  interesante  punto  de  nuestra  historia 
literaria,  que  nadie  hasta  ahora  habia  pretendido  poner  en  claro. 
Si  sirven  estos  renglones  para  que  otros  mds  versados  en  la  histo- 
ria literaria  apuren  el  asunto,  no  habrd  sido  tiempo  enteramente 
perdido  el  empleado  en  escribirlos. 


n 

El  otro  soneto  atribuido  d  Lupercio  que  forma  el  objeto  del 
présente  articulo  es  todavla  mds  célèbre  que  el  de  Llevô  iras  si  los 
pàmpanos  como  que  sus  liltimos  versos  han  quedado  en  prover- 
bio.  Me  refiero  al  que  entre  los  literatos  se  conoce  por  el  soneto 
de  Don  Juan  primero.  Impreso  por  primera  ve^  en  la  segunda 
ediciôn  de  la  Poéticade  Luzan  (Madrid  1789,  tomo  1%  pag.  296) 
si  hemos  de  créer  al  editor  de  esta  nueva  ediciôn  quien  asegura 
que  andaba  manuscrito  entonces,  Quintana  lo  trascribiô  con  varian- 
tes en  sus  Poesias  selectas  castellanas  publicadas  en  1807  y  de  él  lo 
tomaron  sin  duda  Maury  para  su  Espagne  poétique^  Martinez  de  la 
Rosa  para  las  Anotaciones  d  su  Poitica  y  cuantas  antologias  lo 
han  publicado  posteriormente.  El  texto  de  Quintana,  idéntico  al 
de  la  Poética  de  Luzan,  d  excepciôn  de  la  variante  del  quinto 
verso  que  mds  adelante  senalamos,  dice  as!  : 


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LEON   MEDINA 


Yo  os  quiero  confesar,  Don  Juan,  primero 
Que  aquel  bliftco  y  carmin  de  Dona  Elvira 
No  tiene  de  ella  mas,  si  bien  se  mira. 
Que  el  haberle  costado  su  dinero. 

Pero  tamhien  que  me  canfieses  quiero 
Qpe  es  Unta  la  beldad  de  su  mentira, 
Qpe  en  vano  d  competir  con  ella  aspira 
Belleza  igual  de  rostro  verdadero. 

l  Mis  que  mucho  que  yo  perdido  ande 
Por  un  engano  tal,  pues  que  sabemos 
Que  nos  engana  asi  naturaleza? 

Porque  ese  cielo  azul  que  todos  vemos 
Ni  es  cielo  ni  es  azul  :  (  Idstima  grande 
Qpe  no  sea  verdad  tanta  belleza  I 

îseando  reunir  materiales  para  un  libro  que,  Dios  mediante, 
i  pronto  d  luz,  acerca  de  las  frases  castellanas  de  orîgen  lire- 
que  han  logrado  popularidad,  tropezamos  como  era  de  pre- 
con  laque  termina  el  soneto  :  «  j  Làstima  grande  que  no  sea 
id  tanta  belleza!  »  Desde  la  segunda  ediciôn  de  la  Poética 
uzan  hasta  el  présente,  la  encontramos  siempre,  como  final 
oneto  trascrito  atribuido  al  mayor  de  las  Argensolas.  No  nos 
ron  naturalmente  autoridades  tan  recientes  para  dar  por 
guado  el  caso,  y  sospechando  que  acaso  se  habria  publicado 
I  siglo  XVII  d  pesas  de  la  aseveraciôn  de  Luzan,  acudimos  en 
er  término  d  verificar  la  cita  en  las  ediciones  mds  complétas 
s  obras  de  las  hermanos  Argensolas.  Nuestra  diligencia  fué 
pues  no  encontramos  el  soneto  ni  en  las  dos  ediciones  de  las 
is  de  Zaragoza  de  1634,  ni  en  la  nueva  ediciôn  que  Don 
on  Fernandez  (el  escolapio  Estala)  hizo  de  ellas  en  1786  ;  ni 
ùltimo  en  el  tomo  segundo  de  los  Poetas  Hricos  de  los 
s  XVI  y  XVII  de  la  Biblioteca  de  Autores  espanoles  de  Riva- 
yra.  Registramos  después  las  ediciones  mds  reputadas  del 
poética  de  Rengifo,  de  las  Tablas  poéticas  de  Cascales,  del 
\egisto  de  Jimenez  Paton,  de  la  Agude:(a  y  arte  de  ingénia  de 
ian,  de  las  colecciones  de  Poesias  varias  publicadas  por  José 
r  en  el  siglo  xvii  asi  como  las  Flores  de  Espinosa,  primera  y 


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DOS   SONETOS  ATRIBUIDOS   A   LUPERCIO   L.    DE  ARGENSOLA      325 

segunda  parte,  y  por  ùltimo,  la  Retôrica  de  Mayans,  el  Parnaso 
espanol  de  Sedano,  y  el  Ensayo  sobre  traductores  de  Pellicer;  y  en 
ninguna  de  estas  obras  minuciosamente  hojeadas,  hallamos 
tampoco  el  soneto.  El  G>nde  de  la  Vinaza  que  ha  dedicado  dos 
estudios  à  las  Ârgensolas,  reproduciendo  muchas  obras  inéditas  de 
los  mismos,  no  lo  incluye  en  ninguno  de  ellos  :  y  si  bien  lo  cita 
como  de  los  Argensolas,  no  détermina  i  quien  de  los  dos  debe 
atribuirse.  El  Duque  de  Villahermosa  que  en  su  discurso  de 
entrada  en  la  Âcademia  espanola,  inserta  los  mds  &mosos  ô  los 
cita,  ninguna  menciôn  hace  tampoco  del  que  es  objeto  de  nuestro 
estudio.  No  obstante  el  soneto  debia  ser  conocidisimo  en  el 
siglo  xvn,  pues  Calderon  en  su  comedia  Saber  del  mal  y  del  bien, 
acto  3°,  escena  6*,  emplea  la  misma  comparaciôn  del  cielo  y 
acaba  diciendo  también  :  «  pues  no  es  cielo  ni  es  azul  »  ;  pero 
confesamos  que  nuestra  poca  lectura  6  nuestra  faita  de  perspica- 
cia,  han  sido  causa  de  no  averiguar  donde  fué  impreso  por  pri- 
mera vez  en  el  siglo  xvii,  si  es  que  llegô  a  imprimirse  entonces. 
Después  de  los  impresos  recorrimos  la  mayor  y  mis  importante 
parte  de  los  manuscritos  conservados  en  la  Biblioteca  nacional  de 
Madrid,  que  contienen  obras  de  los  Argensolas  y  nuestra  solicitud 
no  obtuvo  mejor  resultado. 

Desesperabamos  ya  de  encontrar  alguna  prueba  auténtica  de 
que  el  soneto  era  de  uno  de  los  Argensolas,  cuando  la  buena 
Ventura  nos  deparô  la  amistad  del  conocido  hispanôfilo  y  lite- 
rato  M.  Foulché-Delbosc,  y  comunicdndole  nuestros  infructuo- 
sos  trabajos,  nos  puso  delante  un  manuscrito  de  letra  del 
siglo  xvn  dedicado  exclusivamente  d  los  Argensolas,  y  hacia 
la  mitad  del  mismo  se  encontraba  el  soneto  entre  las  obras  de 
Bartolomé  con  las  variantes  que  en  letra  cursiva  senalamos  : 

A  UNA  MUJER  QUE  SB  AFErTABA  Y  ESTABA  HERMOSA 

Yo  OS  quiero  confesar,  Don  Juan,  primero, 
Qpe  aquel  blanco  y  color  de  Dona  Elvira 


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LEON  MEDINA 


No  tiene  de  ella  mis  si  bien  se  mira 
Qpe  el  haberle  costado  su  dinero. 

Pero  trds  eso  confesaros  quiero 
Qpe  es  tanta  la  beldad  de  su  mentira 
Qpe  en  vano  competir  con  ella  aspira 
Belleza  igual  de  rostro  verdadero. 

Mas  que  mucho  que  yo  perdido  ande 
Par  un  engano  tal,  pues  que  sabemos 
Que  nos  engana  asi  naturaleza; 

Porque  ese  cielo  azul  que  todos  vemos 
Ni  es  cielo  ni  es  azul  :  j  Ustima  grande 
due  no  sea  verdad  tanta  belleza  ! 

scrito  que  con  tanta  evidencia  demostraba  que  en  el 
i  atribuia  el  soneto  i  uno  de  los  Argensolas,  ha  estado 
i  manos  de  conocidos  bibliôfilos  como  Don  Bernardo 
/d,  el  G>nde  de  Benahavis  y  por  ùltimo  M.  Foulché- 
1  la  venta  de  la  Biblioteca  del  Conde  de  Benahavis  se 
3n  el  numéro  1938  y  la  indicaciôn  bibliogrdfîca  del 
egura  que  es  el  mismo  que  en  el  de  la  Biblioteca  de 
el  numéro  728.  La  descripciôn  de  este  manuscrito  en 
)  catdlogo  merece  ser  trascrita,  pues  da  sobre  su  impor- 
s  muy  interesantes. 

la  antigùedad  de  este  manuscrito,  dice  Salvd,  sin 
Ds  primeros  anos  del  siglo  xvii  ;  al  observar  en  la 
e  de  las  poesias,  variantes  de  las  impresas,  siendo  en 
;os  de  tal  importancia,  que  pueden  considerarse  como 
nés  distintas;  al  encontrar  ademds  infinitas  correc- 
rlineadas,  y  borradas  las  palabras  6  versos  que  debian 

y  al  descubrir  por  fin  no  estar  en  las  ediciones  de 
i  en  la  reimpresion  de  Fernandez,  quince  sonetos  y 
las  de  Bartolomé,  y  un  soneto,  un  distico,  un  Proemio 
1  del  Smmo  Sacramento,  unas  estanzas  y  treinta  ter- 
erta  carta  principiada  de  Lupercio  para  su  hermano, 
0  que  este  côdice  era  autôgrafo;  pero  una  nota  puesta 
Je  la  cancion  de  San  Lorenzo  que  dice  :  esta  entrun- 


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DOS   SONETOS   ATRIBUIDOS  A  LUPERCIO  L.  DE  ARGENSOLA       327 

dada  esta  caneton  conforme  al  original  del  autor  del  cual  se  sacô  esta 
quinta  estan:(ay  no  hixp  mâsy  demuestra  que  este  manuscrito  debiô 
confron tarse  con  el  original  autôgrafo.  » 

Si  hemos  pues  de  dar  entero  crédito  d  este  manuscrito,  que 
segùn  Salvd  hay  motivos  véhémentes  para  considerarlo  cuasi- 
autôgrafo,  el  soneto  en  cuestiôn  debe  atribuirse  al  Rector  de 
Villahermosa,  ya  que  las  impresiones  que  del  mismo  se  han 
hecho  hasta  ahora  no  vienen  acompaiiadas  de  prueba  alguna 
que  autorice  su  atribuciôn  d  Lupercio.  Mds  conforme  el  asunto 
con  el  cardcter  seglar  de  este  que  con  el  sacerdotal  de 
Bartolomé,  habrd  quizds  sido  esta  la  razôn  para  que  se  haya 
impreso  siempre  d  nombre  del  secretario  del  Conde  de 
Lemos. 

Hay  otro  soneto  de  este  ùltimo  que  empîeza  Ojalâ  suyo  asi 
llamar  pudiera,  impreso  en  la  ediciôn  zaragozana  de  las  Rimasy 
que  por  el  asunto,  por  el  tono,  por  la  construcciôn  de  los  versos 
tiene  con  el  que  nos  ocupa  gran  semejanza  y  podria  atribuirse  d 
la  misma  pluma  que  escribiô  aquél  si  no  supiéramos  eran  tan 
gemelas  las  de  los  hermanos  Argensolas  que  estas  confusiones  de 
estilo  pueden  en  casi  todas  sus  obras  producirse.  Quizds  también 
el  asunto  fué  causa  de  que  su  sobrino  Don  Gabriel  Leonardo  de 
Albion,  con  nimia  severidad  en  este  caso,'lo  excluyera  de  las 
Rimas;  hipôtesis  que  viene  d  confirmar  en  cierto  modo  que  debe 
atribuirsele  y  no  d  su  hermano  Lupercio  en  el  que  no  militaba 
razôn  alguna  para  tan  excesiva  réserva.  La  version  que  publicamos 
conforme  al  manuscrito  que  perteneciô  d  Salvd  es,  por  lo  demds, 
mds  correcta  que  la  contenida  en  las  Poesias  selectas  de  Quintana, 
hoy  la  mds  conocida,  donde  el  primer  verso  del  segundo  cuarteto 
estd  sin  duda  viciado,  pues  habiendo  dicho  al  principio  a  Yo  os 
quiero  confesar.  Don  Juan,  primero  »  la  lôgica  pedia  una  segunda 
confesiôn  en  el  autor,  y  en  su  lugar  este  la  exije  de  Don  Juan  d 
quien  va  dirijido  el  soneto.  La  lecciôn  del  manuscrito  restablece 
d  nuestro  entender  la  pureza  del  texto  al  decir  : 

Pero  tras  eso  confesaros  quiero 


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LEON   MEDINA 


en  la  Poitica  de  Luzan  aparece  en  mi  sentir  viciado,  pues 

Pero  tras  esto  que  confieses  qui  ero. 

Itima  frase  del  soneto  que  ha  quedado  en  proverbio, 
ma  grande  que  no  sea  verdad  tanta  beileza!  »  no  ha  sido 
ido  de  los  criticos  modernos,  que  han  pretendido  ver  en 
i  contradicciôn  con  el  resto  del  soneto  ;  considerdndolo 
stamente  opuesta  al  fin  que  se  propusoel  poeta.  «  Si  este 
ba  probar,  dice  Martinez  de  la  Rosa  en  sus  Anotacionesà 
'4i,  que  la  apariencia  que  agrada  vale  tanto  como  la  verdad 
,  valiéndose  de  la  inimitable  comparacion  del  cielo^  no 
n  destruir  su  misma  obra,  lamentarse  luego  de  que  no 
erdad  una  cosa  tan  bella.  Lejos  de  acabar  con  esa  inopor- 
îflexion  debiera  (si  es  que  yo  no  me  engano)  concluir 
pensamiento  absolutamente  contrario  como  este  ù  otro 
ite  : 

Porque  ese  cielo  azul  que  todos  vemos 

Ni  es  cielo  ni  es  azul  :  £  y  es  menos  grande 

Por  no  ser  realidad  tanta  beileza  ?  » 

mt  sua  fata  libelli  y  i  pesar  de  las  criticas  y  correcciones 
aenos  fundadas  de  Martinez  delà  Rosa  y  de  Quintana,  que 
1  le  signe  en  este  punto  como  poco  devoto  de  los  Argen- 
)recisamente  los  versos  que  censuran  son  los  que  todo  el 

conoce  y  cita,  aunque  la  mayor  parte  desconociendo  su 
'  obra  donde  se  encuentran.  Verdad  es,  y  es  justo  consi- 

que  los  encargados  de  instruir  i  la  juventud  espanola 
ipordnea,  parece  que  lo  estàn  también  de  presen  tarie  los 
literarios  con  incorrecciones  taies,  que  si  el  sistema  conti- 
cntro  de  pocos  aiios  no  habrd  quien  al  salir  de  nuestros 
^os  de   segunda   enseiianza  sepa  una  sola  composiciôn 

segùn  la  escribiô  su  autor.  Don  Narciso  Campillo,  cate- 

en  uno  de  aquéllos,  publicô  en  1893  una  nueva  ediciôn 
[etâricay  no  se  si  corregida  y  enmendada  aunque  no  es  de  su- 


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DOS  SONETOS   ATRIBUIDOS  A   LUPERCIO  L.  DE   ARGENSOLA   329 

poner  por  lo  que  vamos  à  decir.  Propone  en  ella  el  soneto  como 
ejemplo  de  la  figura  concesiôn,  atribuyéndolo  d  Lupercîo  ;  pero 
lo  trascribe  con  variantes  que  no  recordamos  haber  leido  en 
parte  alguna  :  y  escoge  como  texto  del  liltimo  terceto,  no  el  de 
Argensola,  como  d  cualquiera  que  fuese  algo  mds  catedrdtico  se 
le  hubiera  ocurrido,  sino  aquel  otro  que  como  correcciôn  de 
critico  inventé  Martinez  de  la  Rosa  en  mala  hora,  con  las  nove- 
dades  de  la  particular  invenciôn  del  Senor  Qmpillo  que  en  letra 
cursiva  senalamos  : 

Porque  ese  cielo  azul  que  todos  vemos 
Ni  es  cielo  ni  es  azul  :  i  Es  ménos  grande 
Aun  no  siendo  verdad  tanta  belleza  ? 

Desde  que  Quîntana  publîcô  el  soneto  y  Martinez  de  la  Rosa 
puso  todo  su  empeno  en  mejorarlo,  la  mala  sombra  lo  ha  perse- 
guido  constantemente  y  no  ha  habido  editor  6  traductor  que  no 
haya  puesto  en  él  sus  manos  pecadoras  é  irreverentes.  El  mismo 
Maury  que  en  su  Espagne  poétique  publicô  algunas  traducciones 
apreciables  de  obras  espanolas  célèbres,  al  tocarle  su  turno  d 
nuestro  soneto,  lo  traduce  hasta  las  palabras  ni  es  cielo  ni  es  a^uly  y 
se  déjà  en  el  tintero  la  frase  final 

I  Listima  grande 
Qpe  no  sea  verdad  tanta  belleza! 

contra  la  cual,  por  lo  visto,  debe  existir  entre  ciertos  literatos  una 
como  sécréta  conspiraciôn  del  silencio. 

Léon  Médina. 


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:rivains  castillans  contemporains 


J.  M.  DE  PEREDA' 

Depuis  une  trentaine  d'années,  le  roman  occupe  la  première 
ice  dans  la  production  littéraire  de  l'Espagne,  au  point  même 
éclipser  les  autres  genres.  Le  romantisme  avait  produit  ses 
Livres  les  plus  intéressantes  dans  la  poésie  lyrique  et  au  théâtre  : 


I .  Bibliographie.  Les  œuvres  de  Pereda  ont  paru  en  deux  éditions,  la  seconde 
mant  la  collection  de  ses  œuvres  complètes.  En  voici  la  liste  avec  la  date  de 
première  édition  :  Escenas  montahesas  (1864);  —  Tipos  y  paisajes,  segunda 
te  de  Escenas  montanesas  (1871);  —  Bocetos  al  temple^  contenant  Los  hom- 
s  de  prôy  longue  nouvelle  publiée  à  part  dans  la  collection  des  Œuvres 
tpîètes,  dont  elle  forme  le  premier  volume  (1876);  —  Tipos  trashumantes 
{77);  —  El  huey  suelto  (1877);  —  Don  Gon^alo  Gon^dle^  de  la  Gondolera 
I78);  —  Detal  palo  tal  astilla  (1879);  — -  Esbo^os  y  rasguhos  (1881);  —  El 
or  de  la  /ïVrrwi»  (1882),  publié  à  Barcelone  dans  la  Biblioteca  «  Arte  y  Letras  », 
îc  jolies  illustrations  de  Mestres;  Téglise  de  village  reproduite  sur  la  couver- 
e  est  Téglise  de  Polanco  ;  —  Pedro  Sànchei  (1883)  ;  —  Sotilexp,  (1884);  — 

Afon/a/t/q;(i888);  —  La  Puclma  (1889);  —  Nvibes  de  estio  (1891);  —  Al 
nter  vueb  (iS^i)y  publié  à  Barcelone  par  Henrichet  O*,  en  2  vol.  illustrés; 

Penas  arriba  (1895);  —  Pedro  Sdnc))e^  (1896);  —  PacUn  Gon^àle^  (1896); 

enfin  son  discours  de  réception  à  l'Académie  Espagnole  est  publié  dans 

petit  volume  :  Menénde^  y  Pelayo,  Pereda,  Pére^  Galdôs,  Discursos  leidos  anie 
Real  Academia  Espahola  (1897). 

A.  cette  liste,  il  convient  d'ajouter  :  Ensayos  dramdticos  de  José  Maria  de  Pereda 
mtander,  1869).  Ce  volume,  tiré  à  vingt-cinq  exemplaires  contient  les  cinq 
;ccs  suivantes  :  Tanto  iienes,  tantovales{iS6i);  \Palos  en  seco\  (1861);  Mar- 
\r  con  el  siglo  (186});  Mundo,  amor  y  vanidad  (1863);  Terrones  y  pergami- 
f(i866). 


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ÉCRIVAINS  CASTILLANS  CONTEMPORAINS  331 

en  fait  de  romans,  il  n'avait  inspiré  que  quelques  fastidieuses 
imitations  de  Walter  Scott  '.  On  était  alors  tout  entier  au  moyen 
âge  et  à  la  chevalerie.  L'étude  de  la  vie  contemporaine  attirait 
cependant  déjà  quelques  écrivains,  mais  dont  les  essais  ne  dépas- 
sèrent pas  les  bornes  de  la  chronique  ou  du  tableau  de  mœurs  : 
MesoneroRomanos,avec  sesEscenas  matritenses,  documents  si  pré- 
cieux sur  la  société  espagnole  de  1836  à  1842,  et  Estébanez 
Qlderon,  avec  ses  Escenas  andaluias  (1847),  peuvent  passer  au 
moins  pour  les  précurseurs  des  romanciers  réalistes  contempo- 
rains. Cest  à  la  femme  de  talent,  qui  rendit  illustre  le  pseudo- 
nyme de  Fernan  dballero  (1796-1877),  que  revient  l'honneur 
d'avoir  créé  le  roman  de  mœurs  en  Espagne.  Elle  sut  observer 
et  dépeindre  avec  amour  les  coutumes  populaires  de  l'Anda- 
lousie; et  par  la  vérité  de  la  couleur,  le  naturel  du  dialogue, 
certaines  de  ses  œuvres  seraient  presque  des  modèles  du  genre, 
si  elles  n'étaient  gâtées  trop  souvent  par  une  sensiblerie  toute 
germanique,  où  se  révèle  l'origine  étrangère  de  l'auteur*,  et 
surtout  par  l'abus  de  dissertations  morales  puériles  et  insipides. 
Le  nom  de  Fernan  Caballero  reste  indissolublement  associé  à 
l'idée  de  littérature  édifiante,  et  la  gloire  de  l'écrivain  y  a  perdu. 
Le  mouvement  littéraire,  qui  suivit  la  révolution  de  1868,  fut 
caractérisé  par  Téclosion  de  toute  une  école  de  romanciers.  Le 
roman  idéaliste  est  représenté  par  Alarcôn,  un  brillant  conteur, 
(mort  en  1 891)  et  par  M.  Juan  Valera,  humoriste  ingénieux  et 
subtil  psychologue,  nourri  de  la  moelle  des  grands  mystiques  et 
se  plaisant  à  résoudre —  ou  à  embrouiller  —  les  cas  de  conscience 
les  plus  délicats..  Le  roman  réaliste,  plus  d'accord  sans  doute 
avec  le  génie  espagnol,  compte  toute  une  pléiade  d'écrivains, 
parmi  lesquels    deux  maîtres,  Pereda  et  Galdôs.  Les  réalistes 


1 .  La  meilleure  est  peut-être  le  roman  de  Enrique  Gil,  El  Sehor  de  Bembihre, 
V.  Ohrasen  prosa  de  D,  Enriqtie  Gil  y  Carrasco,  Madrid,  1883,  1. 1. 

2.  On  sait  que  la  célèbre  romancière  était  fille   du  philologue  allemand 
Bôhl  de  Faber,  établi  à  Séville. 


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332  BORIS  DE  TAKNENBERG 

espagnols  ont  la  prétention  de  se  rattacher  directement,  par  leur 
filiation  littéraire,  aux  vieux  conteurs  picaresques  du  xvii*  siècle, 
dont  ils  ont  hérité  le  goût  de  la  vérité  sincère  et  brutale,  de  la 
notation  exacte  et  pittoresque  des  mœurs  populaires.  Notre  réa- 
lisme, disent-ils  volontiers,  n'est  pas  d'importation  étrangère, 
mais  continue  la  tradition  de  Cervantes,  de  Quevedo  et  de 
Mateo  Aleman.  Et  ils  ont  raison  sans  doute  dans  une  certaine 
mesure  ;  mais  il  n'en  reste  pas  moins  vrai  qu'il  y  a  une  diffé- 
rence essentielle  entre  le  La:^arillo  de  Tormes,  par  exemple,  et 
une  œuvre  de  Galdôs  ou  de  Pereda.  Le  roman  espagnol,  tout  en 
conservant  sa  saveur  de  terroir,  son  caractère  genuinamente  natio- 
nal, a  subi  l'influence  du  roman  étranger,  de  Walter  Scott,  non 
seulement  comme  romancier  historique,  mais  comme  peintre  de 
mœurs,  de  Balzac,  de  Dickens,  puis  de  Zola  et  même  de  Tolstoï. 
L'auteur  de  F  Assommoir  notamment  trouva  en  Espagne  quelques- 
uns  de  ses  plus  enthousiastes  disciples.  Pendant  quelque  temps 
on  ne  parla  que  de  naturalisme,  et  ce  fut  une  femme  très  intel- 
ligente, M"*  Pardo  Bazdn,  catholique  militante  cependant 
et  enragée  carliste,  qui  fut  l'apôtre  inattendu  de  la  nouvelle 
doctrine  littéraire.  Aujourd'hui,  en  Espagne  comme  en  France, 
le  naturalisme  est  passé  de  mode,  et  la  tendance  nouvelle  est 
plutôt  mystique  et  tolstoïenne.  Il  n'y  a  rien  là  que  de  fort  natu- 
rel :  à  notre  époque  de  relations  intellectuelles  si  faciles  et  si 
rapides  entre  les  diverses  nations,  chaque  littérature  subit  plus 
ou  moins  l'influence  de  toutes  les  autres  :  nous  ne  devons  plus 
nous  attendre  aujourd'hui,  en  franchissant  les  frontières  de  notre 
pays,  à  trouver  du  tout  à  fait  nouveau.  Les  idées  dont  vivent 
aujourd'hui  en  Europe  les  hommes  qui  pensent  sont  sensible- 
ment les  mêmes  dans  tous  les  pays  :  les  mêmes  tendances  artis- 
tiques ou  littéraires  se  font  sentir  à  peu  près  partout  en  même 
temps.  Pour  qu'une  littérature  soit  digne  d'être  étudiée,  il  sufiit 
sans  doute  qu'elle  exprime,  avec  un  accent  personnel,  quelques- 
unes  des  idées  qui  flottent  dans  l'atmosphère  intellectuelle 
d'aujourd'hui.  Le  roman  espagnol,  malgré  les  emprunts  qu'il  a 


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ÉCRIVAINS  CASTILLANS  CONTEMPORAINS  333 

faits  au  roman  français  et  anglais,  réserve  encore  assez  de  surprises 
à  un  public  étranger  :  il  ressemble  moins  assurément  à  tout  ce 
que  nous  connaissons  que  le  roman  allemand  ou  italien ,  et  il  y 
a  plus  d'originalité  réelle,  à  mon  avis,  chez  Galdôs  et  Pereda 
que  chez  Sudermann  et  même  Annunzio. 

De  tous  les  écrivains  contemporains  de  son  pays,  J,  M.  de 
Pereda  est  peut-être  celui  qui  a  le  mieux  consente  le  pur  type 
espagnol.  J'ai  même  parfois  quelque  peine  à  voir  en  lui  un 
homme  de  notre  temps,  et  je  le  prendrais  volontiers  pour  un 
contemporain  attardé  de  Philippe  H.  Par  sts  idées  et  ses  senti- 
ments, en  religion  comme  en  politique,  par  l'idéal  qu'il  se  fait 
du  caractère  espagnol,  il  appartient  presque  à  l'Espagne  héroïque 
du  XVI*  siècle;  et  il  en  continue  aussi  plus  que  personne  la  vraie 
tradition  littéraire.  Nul  ne  s'est  formé  moins  que  lui  à  l'étude 
des  littératures  étrangères,  qu'il  connaît  mal  et  goûte  peu  :  il 
n'en  a  subi  l'influence  que  d'une  manière  indirecte.  Ses  maîtres 
ont  été  les  grands  auteurs  picaresques,  dont  il  a  retrouvé  le  vigou- 
reux réalisme  avec  le  secret  de  leur  langue  si  nerveuse  et  si  colorée. 
Né  à  Santander,  il  n'a  presque  jamais  quitté  sa  ville  natale  ou 
les  montagnes  de  sa  province,  dont  il  s'est  fait  avec  amour  le 
peintre  ;  et  c'est  dans  le  calme  de  la  vie  provinciale,  devant  les 
spectacles  que  lui  offrait  cette  âpre  côte  cantabrique,  battue  par 
les  flots  d'une  mer  inclémente  et  longée  par  l'énorme  barrière 
pyrénéenne,  que  s'est  développé  en  toute  indépendance,  en 
dehors  de  toute  école,  son  talent  viril  et  sincère,  où  l'on  respire 
à  la  fois  l'acre  senteur  des  brises  marines,  les  arômes  des  vallées 
fleuries  et  l'air  vivifiant  des  hauts  sommets. 

Durant  un  de  mes  voyages  d'enquête  littéraire  en  Espagne,  j'eus 
l'honneur  de  recevoir  pendant  quelques  jours  l'hospitalité  de 
Pereda  dans  sa  propriété  de  Polanco,  d'où  sont  datés  presque 
tous  ses  romans.  Le  paysage  d'alentour  est  admirable  :  de  vertes 
prairies  ondulées,  des  champs  de  maïs  aux  tiges  hautes  et  fières  ; 
au  delà,  de  tous  côtés,  un  horizon  de  montagnes,  et  très  loin,  très 
loin,  vers  l'ouest,  les  cimes  parfois  entrevues  des  Pics  d'Europe.., 


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334  ®ORIS   DE   TANNENBERG 

Etj'ai  pu  relire  là  les  œuvres  du  grand  romancier,  pour  les  mieux 
comprendre,  au  milieu  de  leur  décor  vrai. 

Pereda  est  un  homme  d'une  soixantaine  d'années,  grand  et 
maigre,  portant  dans  toute  sa  personne  un  cachet  de  haute 
distinction.  La  tête,  d'un  beau  caractère,  fait  songer  à  quelque 
portrait.de  Velazquez  :  on  voudrait  le  voir  avec  la  fraise  et  le 
feutre  à  plumes.  Sa  courtoisie  est  exquise,  véritable  courtoisie 
d'hidalgo,  à  la  fois  noble  et  femilière.  Les  Espagnols  sont  sou- 
vent de  merveilleux  causeurs  :  ils  ont  la  verve  et  la  feconde,  la 
période  oratoire,  avec  en  même  temps  Thumour,  la  phrase  nette 
et  courte,  l'expression  pittoresque,  le  trait  qui  porte.  Pereda, 
comme  dstelar,  est  un  causeur  incomparable.  Il  m'a  conté  en 
détail  sa  vie,  l'histoire  de  ses  livres.  Et  j'essayerai  parfois,  dans 
le  cours  de  cette  étude,  pour  tracer  ici  de  l'homme  une  silhouette 
ressemblante,  de  reproduire,  d'après  mes  notes,  le  tour  original 
de  sa  causerie. 


I 


La  famille  de  Pereda  voulait  faire  de  lui  un  artilleur.  On 
l'envoya,  ses  classes  terminées,  étudier  à  Madrid.  Il  y  resta  trois 
ans,  dont  il  profita  surtout  pour  observer  un  peu  le  monde.  Au 
bout  de  trois  années  il  s'aperçut  qu'il  ne  pouvait  mordre  aux 
mathématiques  et  s'en  retourna  à  Santander.  Sa  situation  de  for- 
tune lui  permettait  une  oisive  indépendance.  Ne  sachant  trop 
que  faire,  il  s'avisa,  pour  se  désennuyer,  d'écrivailler  un  peu. 
Il  publia  dans  les  divers  journaux  de  sa  province,  notamment 
dans  la  Abeja  Mantahesa  ',  de  petits  croquis  de  mœurs  locales, 
qui  furent  immédiatement  appréciés.  Il  collabora  avec  assiduité  à 
un  petit  journal  hebdomadaire,  le  Tio  Cayetan(Lc  PèreCayetan). 
Le  tio  Cayetan  était  alors  un  mendiant  très  populaire  à  Santan- 

1.  Son  premier  article,  intitulé  Las  Visitas,  parut  en  1859. 


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RKVUt  HiSPANlQUK  Cliché  Huerta» 


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RivuB  Hispanique  Cliché  Huertas 


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ÉCRIVAINS  CASTILLANS  CONTEMPORAINS  335 

der,  une  sorte  de  philosophe  cynique,  dont  on  s'amusait  beau- 
coup. La  petite  feuille,  qui  prit  son  nom,  ne  dura  d'abord  qu'un 
hiver,  mais  elle  reparut  quelques  années  plus  tard  lorsqu'arriva 
la  révolution  de  septembre,  la  Glorieuse^  comme  disent  les 
Espagnols.  Elle  combattit  alors  avec  violence  la  cause  révolution- 
naire et  fut  lue  dans  toute  l'Espagne.  C'était  Pereda  qui  la  rédi- 
geait presque  en  entier  avec  un  vrai  talent  de  pamphlétaire. 

En  1864,  ^^  ^v^i^  collectionné  en  un  volume,  sous  le  titre  de 
Escenas  Montahesas,  divers  articles  de  mœurs  —  courts  récits  ou 
simples  tableaux  —  publiés  par  lui  çà  et  là.  Ce  livre  marque  en 
Espagne  une  date  littéraire  importante,  et  fait  de  Pereda  le  vrai 
fondateur  de  la  nouvelle  école  réaliste  chez  nos  voisins.  A  cette 
époque,  le  roman  idéaliste  âorissait  encore  sans  partage  au  delà 
des  Pyrénées  avec  les  histoires  édifiantes  de  Fernan  Caballero  et 
les  récits  d'aventures  de  Ferndndez  y  Gonzalez,  cet  Alexandre 
Dumas  andalou.  Pereda,  guidé  par  son  instinct  artistique,  eut 
l'audace  de  commencer  la  réaction.  Son  réalisme,  qui  n'emprun- 
tait rien  au  réalisme  français,  était  un  retour  à  la  manière  des 
vieux  conteurs.  Pour  se  Êiire  présenter  au  public  par  un  de  ses 
écrivains  Êivoris,  il  avait  demandé  une  préface  à  Antonio  de 
Trueba,  le  conteur  alors  populaire  des  provinces  basques,  écri- 
vain à  l'eau  de  rose,  puéril  imitateur  de  Fernan  Caballero, 
bien  justement  oublié  aujourd'hui.  Trueba,  tout  en  louant  le 
talent  de  Pereda,  lui  reprocha  de  calomnier  la  Montagne,  de  la 
peindre  avec  une  crudité  trop  brutale.  Voilà  qui  prouve  bien 
que  le  livre  de  Pereda  apportait  quelque  chose  de  neuf,  un 
souci  de  l'observation  sincère,  fait  pour  surprendre  et  effarou- 
cher maint  lecteur. 

Ces  Escenas  montanesaSy  recueil  auquel  conser\'ent  une  ten- 
dresse particulière  les  premiers  admirateurs  de  Pereda,  permettent 
d'étudier,  dans  leur  éclosion  spontanée,  les  qualités  caracté- 
ristiques qui,  mises  plus  tard  au  service  d'une  conception  d'art 
plus  large,  feront  un  jour  de  l'auteur  un  grand  romancier.  C'est 
d'abord  la  faculté  essentielle  à  l'écrivain   naturaliste  de  savoir 


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BORIS  DE  TANNENBERG 


rver  avec  une  curiosité  sans  cesse  éveillée  ce  que  la  plupart 
:re  nous  voient  tous  les  jours  sans  y  prêter  attention; 
le  don  de  reproduire  cette  réalité  observée  dans  une  langue 
ireuse,  trivialement  pittoresque.  Joignez  à  cela  une  vive 
)athie  pour  les  mœurs  populaires,  reproduites  sans  opti- 
le  de  convention  dans  leur  brutalité  extérieure,  mais  avec 
intiment  profond  de  leur  poésie  intime.  H  y  a  dans  Pereda 
peintures  violentes  et  audacieuses,  jusqu'à  des  scènes  d'aï- 
sme  ;  mais  il  nous  intéresse  à  ses  personnages  en  nous  &isant 
nvrir,  sous  l'enveloppe  rude  et  grossière,  le  fond  perma- 

d'humanité;  et  il  nous  montre  toujours,  chez  les  plus 
idés,  quelque  sentiment  généreux  qui  survit,  quelque  noble 
ict  qui  se  réveille  à  l'occasion.  Qjmbien  ce  réalisme, 
iumine  toujours  un  rayon  d'idéal  et  qui  respecte  l'homme 
e  peignant  même  dans  ses  laideurs  et  ses  vices,  est  plus 
:ique  et  au  fond  plus  vrai  que  le  réalisme  français,  d'une  vul- 
é  souvent  si  écœurante  et  d'un  pessimisme  si  navrant  ! 
reda  a  étudié  de  près  les  paysans  de  la  Montagne,  avec  leurs 
elles,  leur  manie  des  procès,  et  les  marins  de  Santander, 

il  aime  à  nous  retracer  la  dure  existence  et  les  héroïques 
is.  Il  excelle  surtout  à  faire  parler  ses  humbles  personnages, 
ses  premiers  essais,  il  se  révéla  comme  un  maître  du  dia- 
î.  Voici  ce  que  dit  à  ce  sujet  Galdôs  dans  une  courte  étude 
Pereda  :  <c  Une  des  plus  grandes  difficultés  auxquelles  se 
te  le  roman  en  Espagne  consiste  en  ce  que  la  langue  litté- 
est  encore  très  peu  faite  et  très  peu  travaillée  pour  s'assi- 
r  les  nuances  de  la  conversation  courante.  Les  orateurs  et 
oètes  la  maintiennent  dans  ses  anciens  moules  académiques, 
fendant  contre  les  efforts  que  fait  la  conversation  pour  s'en 
irer.  D'autre  part,  la  presse,  à  de  rares  exceptions,  ne 
»lique  pas  à  donner  au  langage  courant  l'accent  littéraire,  et 
îs  antipathies  invétérées  entre  la  rhétorique  et  la  conversa- 
entre  l'Académie  et  le  journal,  résultent  des  différences  entre 
lanière  d'écrire  et  la  manière  de    parler,   différences  qui 


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ÉCRIVAINS   CASTILLANS   CONTEMPORAINS  337 

sont  le  désespoir  et  l'écueil  du  romancier.  Pour  surmonter  ces 
obstacles,  personne  n'a  autant  fait  que  Pereda  :  il  a  obtenu  d'im- 
menses résultats  et  nous  a  offert  des  modèles  qui  font  de  lui  un 
maître  dans  cette  entreprise  ardue.  Il  fait  parler  les  marins  et  les 
campagnards  sans  cesser  un  moment  d'être  littéraire,  noble, 
élégant,  et  il  a  des  finesses  et  des  nuances  de  style  incompa- 
rables. » 

Une  difficulté  que  ne  signale  pas  ici  Galdôs,  se  présentait  à 
Pereda  lorsqu'il  entreprit  de  faire  parler  les  gens  du  peuple.  Le 
langage  populaire,  en  Espagne  je  crois  plus  que  partout  ailleurs, 
est  émalUé  de  jurons  et  d'expressions  ordurières.  Les  supprimer, 
c'est  enlever  à  la  phrase  son  harmonie  caractéristique;  les  repro- 
duire, c'est  manquer  au  respect  dû  au  lecteur.  Les  romanciers  fran- 
çais n'ont  pas  eu  toujours  ces  scrupules;  c'est  un  Espagnol  qui 
leurdonne  ici  une  leçon  de  bon  goût.  Pereda  s'avisa  d'un  procédé 
ingénieux,  qui  a  été  couramment  imité  depuis.  Aux  interjections 
ignobles  il  substitue  des  termes  inoffensifs,  mais  dont  la  sono- 
rité est  analogue,  et  il  obtient  ainsi  tout  l'effet  artistique  cherché. 

Il  y  a  dans  les  premiers  volumes  de  Pereda  des  pages  qui 
peuvent  compter  parmi  les  plus  fortes  qu'il  ait  écrites.  Je  ne 
crois  pas  qu'on  puisse  trouver  dans  ses  romans  rien  qui  soit 
supérieur  à  cette  admirable  scène  de  La  leva  (la  levée  maritime), 
où  il  nous  dépeint  avec  une  simplicité  si  poignante  le  départ  des 
marins  pour  le  service,  leur  émotion  muette,  le  désespoir 
bruyant  des  femmes  et  des  enfants  qui  les  ont  accompagnés  jus- 
qu'au port,  et,  lorsque  le  navire  est  parti,  Tremontorio,  le 
vieux  loup  de  mer,  qui  console  et  rassure,  dans  son  rude  lan- 
gage, ceux  qui  restent.  Le  sujet  ne  semble  rien  par  lui-même; 
mais  l'exécution  est  d'une  sobriété  vigoureuse,  sans  finesses  ni 
roueries  de  métier,  qui  tient  vraiment  du  grand  art.  Et  je  citerai 
aussi,  dans  El  fin  de  una  ra^a^  la  mort  si  belle  et  si  chrétienne 
de  ce  même  Tremontorio,  le  modeste  héros  cher  à  Pereda. 

Les  types  qu'il  étudie  n'existent  plus  aujourd'hui.  «  Vous  les 
chercheriez  en  vain  autour  de  vous,  m'a-t-il  dit  lui-même;  je 

R.vuthhpantque.  il 


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33^  BORIS   DE  TANNENBERG 

n'écris  plus  que  d'après  mes  souvenirs.  »  La  couleur  locale,  à 
l'heure  actuelle,  est  peu  à  peu  chassée  de  partout,  au  grand  détri- 
ment de  l'art.  Nul  ne  le  déplore  autant  que  Pereda.  Aussi 
veut-il  au  moins  la  faire  revivre  dans  ses  peintures.  C'est  par  lui 
que  la  génération  nouvelle  apprend  ce  que  fut  Santander  il  y  a 
cinquante  ans,  le  vieux  Santander,  sans  casino  ni  villas,  où  il  a 
joué  gamin  et  dont  il  retrouve  dans  ses  souvenirs  chaque  ruelle 
et  chaque  maison.  Les  mœurs  campagnardes  ont  aussi  perdu  de 
leur  caractère;  l'originalité  des  costumes  a  disparu.  Pereda 
regrette  ce  passé  évanoui,  il  le  décrit  avec  amour.  Il  lui  semble 
que  tout  était  plus  poétique,  plus  pittoresque  jadis,  et  aussi 
qu'on  était  plus  heureux.  Depuis  un  demi-siècle,  les  mœurs  espa- 
gnoles se  sont  complètement  transformées  :  la  facilité  des  com- 
munications avec  la  France  a  introduit  brusquement  en  Espagne 
l'amour  du  luxe,  des  besoins  nouveaux,  et  chassé  l'ancienne 
parcimonie  patriarcale.  Qu'y  a-t-on  gagné?  La  vie  d'autrefois 
était  plus  simple,  moins  dissipée  ;  on  jouissait  mieux  de  chaque 
chose,  parce  qu'on  était  moins  blasé  sur  tout.  Notre  existence 
nouvelle  ressemble  au  contraire  à  un  voyage  en  chemin  de  fer 
où  l'on  parcourt  beaucoup  de  pays  sans  que  rien  se  grave 
dans  l'esprit  ni  dans  le  cœur.  «  Tenez,  me  disait  un  jour  Pereda 
en  me  montrant  ses  jeunes  fils  qui  gambadaient  dans  le  jardin  ; 
regardez  ces  enfants.  Je  ne  puis  comparer  leur  enfance  à  la 
mienne;  on  satisfait  à  tous  leurs  désirs;  ils  sont  comblés  de 
jouets.  Eh  bien,  tout  cela  glisse  sur  eux  et  ne  leur  laissera  pas 
de  ces  impressions  profondes,  de  ces  souvenirs  ineôaçables 
comme  ceux  que  j'ai  conservés.  Nous  autres,  nous  faisions  col- 
lection de  boutons  de  culotte  ou  de  morceaux  d'élastique,  et  nos 
joies  étaient  plus  vives.  S'agissait-il  de  nous  habiller,  on  ne  cher- 
chait pas  pour  nous  l'élégance  ;  notre  mère  nous  faisait  confec- 
tionner à  la  maison  un  bon  vêtement,  en  étoffe  bien  laide  et 
bien  solide,  qui  devait  nous  durer  deux  ans,  une  année  pour  les 
dimanches,  une  année  pour  tous  les  jours.  Eh  bien,  vous  pou- 
vez m'en  croire,  mon  émotion  était  si  grande  chaque  fois  à  l'idée 


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ÉCRIVAINS  CASTILLANS  CONTEMPORAINS  339 

d'étrenner  un  nouveau  costume,  que  la  veille  au  soir  je  ne  pou- 
vais m'endormir,  et  maintenant  encore  cela  me  fait  quelque 
chose  d'y  penser!...  » 


n 

En  1871,  les  électeurs  de  Cabômiga,  en  reconnaissance  sans 
doute  de  Tardeur  avec  laquelle  il  avait  lutté  par  la  plume  contre 
la  Révolution,  l'envoyèrent  aux  Cortes  comme  député  carliste. 
Sa  réputation  d'écrivain  n'avait  guère  franchi  encore  les  bornes 
de  sa  province,  et  il  se  croyait  absolument  inconnu  à  Madrid. 
Ce  fut  pour  lui  une  agréable  surprise  que  de  se  voir  accoster  dans 
les  couloirs  de  la  Chambre  par  Nùiiez  de  Arce,  qui  lui  exprima 
chaleureusement  son  admiration.  Rien  de  plus  flatteur  pour  un 
débutant  que  la  sympathie  spontanée  du  poète  déjà  célèbre,  dont 
l'Espagne  entière  apprenait  alors  par  cœur  les  vigoureux  Griios 
del  combate.  Le  séjour  de  Percda  à  Madrid  eut  l'avantage  de 
lui  permettre  d'entrer  en  relations  avec  toutes  les  personnalités 
éminentes  du  monde  littéraire  et  d'attirer  l'attention  sur  ses 
ouvrages.  De  cette  époque  date  son  amitié  avec  Pérez  Galdôs, 
amitié  qui  n'a  fait  que  se  fortifier  depuis,  malgré  les  divergences 
d'opinions  entre  les  deux  écrivains. 

Pereda  m'a  donné  de  fort  curieux  détails  sur  son  court 
passage  dans  la  politique ,  mais  ce  n'est  pas  ici  le  lieu  d'insister 
sur  ce  point.  Aux  Cortes  il  fut  un  adversaire  déclaré  de  la  liberté 
des  cultes.  Il  appartenait  d'ailleurs  à  la  fraction  la  plus  modérée 
du  parti  carliste.  «  Par  opposition  aux  attaques  contre  la  foi,  me 
disait-il  un  jour,  est  devenue  de  mode  parmi  nous  une  sorte  de 
mysticisme  exalté,  une  exagération  religieuse,  qui  fait,  à  mon 
avis,  le  plus  grand  tort  à  la  religion.  Lors  de  la  première  guerre 
carliste,  en  183  5,  il  y  avait  un  parti  qu'on  nommait  les  apostôlicoSy 
des  exaltés  qui  auraient  presque  voulu  le  rétablissement  de 
l'Inquisition.  Aujourd'hui  on  les  appelle  les  intigres ^  les  purs^ 


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40  BORIS   DE   TANNENBERG 

ar  rapport  aux  plus  modérés,  les  mesti^^os.  Tenez,  moi,  je  suis 
on  catholique,  mais  je  ne  crois  pas  qu'il  soit  nécessaire  de  se 
lire  une  religion  de  sacristain...  Pas  plus  qu'en  politique  je  ne 
oudrais  le  retour  pur  et  simple  à  Philippe  H...  Philippe  II  lui- 
lême,  s'il  revenait,  transigerait  avec  le  siècle...  D  ne  suppri- 
lerait  pas  les  chemins  de  fer  et  le  télégraphe,  bien  sûr...  Ce  qu'il 
)olirait,  par  exemple,  c'est  la  liberté  de  la  presse,  le  parlemen- 
irisme...  Voilà  ce  qui  nous  tue...  Oh!  ne  défendez  pas  le 
béralisme;  le  libéralisme  est  le  contraire  même  du  caractère 
;pagnol.  Et  puis,  tenez,  ne  parlons  plus  de  politique...  La 
Dlitique,  je  n'en  fais  plus;  le  peu  que  j'en  ai  vu  m'a  dégoûté, 
:  jeuré...  Je  suis  passionné  pour  les  idées,  mais  j'ai  perdu  la  foi 
ms  les  hommes...  Suis-je  carliste  aujourd'hui?  Je  ne  puis  dire; 

suis  catholique,  voilà  tout...  J'ai  vu  le  parti  carliste  à  l'œuvre  : 
y  a  eu,  lors  de  la  guerre,  une  sorte  de  gouvernement,  avec  des 
dnistres...  eh  bien!  c'est  fâcheux  à  dire,  mais  c'était  les  mêmes 
valités ,  les  mêmes  ambitions  mesquines,  les  mêmes  divisions 
itérieures  que  chez  nos  adversaires...  Voilà  la  vérité  bien 
iste...  Les  hommes  se  ressemblent  toujours...  Autrefois  il  en 
:ait  sans  doute  de  même,  mais  les  gouvernements  étaient  plus 
evés  au-dessus  de  la  foule,  on  le  savait  moins,  et  le  prestige 
ait  sauvé...  Mettez  d'ailleurs  au  pouvoir  dans  ce  pays  un 
omme  bon,  vertueux,  austère  ;  au  bout  d'un  an,  il  tombera  ou 
en  ira,  dégoûté...  Nous  sommes  ingouvernables...  A  quoi  tout 
îla  aboutira-t-il  ?  Je  l'ignore...  Je  suis  très  pessimiste...  Je  vou- 
rais  pouvoir  croire  à  l'avenir  de  mon  pays,  que  j'adore  de  toute 
ion  âme;  mais  plus  j'y  songe,  moins  je  le  trouve  apte  à  la 
ilture  européenne,  au  nouvel  idéal  de  la  vie  moderne.  Il  a  été 

première  puissance  du  monde  par  un  système  politique  qui  est 
^finitivement  condamné;  il  aurait  dû  finir  avec  la  maison  d'Au- 
iche...  Ce  peuple,  qui  est  né  pour  jouer  de  la  guitare  et  courir 
s  aventures,  n'est  plus  bon  à  rien  aujourd'hui...  Nous  avons 
îrdu  toute  vie  propre,  toute  originalité,  condamnés  que  nous 
)mmes  à  l'imitation  servilc  des  autres  peuples.  Nous  ne  comptons 


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ÉCRIVAINS   CASTILLANS  CONTEMPORAINS  34 1 

plus  dans  le  concert  européen,  et  nous  ne  serions  plus  là  un  beau 
matin  qu'on  ne  s'en  apercevrait  même  pas...  » 


m 

La  session  des  Cortes  terminée,  Pereda  retourna  à  Santander. 
C'est  alors  qu'il  s'occupa  de  faire  construire  sa  villa  de  Polanco 
d'où  sont  datées  la  plupart  de  ses  œuvres.  Il  se  remit  à  écrire  et 
publia  un  recueil  de  trois  nouvelles ,  Bocetos  al  temple  (croquis 
à  la  détrempe),  dont  l'une  surtout,  fort  curieuse,  où  il  mit  à 
profit  les  souvenirs  de  sa  campagne  électorale.  Quelque  temps 
après,  un  volume  de  Balzac  lui  tomba  entre  les  mains  :  Les  petites 
misères  de  la  vie  conjugale  ^  avec  les  illustrations  de  Bertall.  Il 
trouva  le  livre  plaisant,  mais  injuste.  Balzac,  se  dit-il,  a  peint  la 
vie  conjugale  des  imbéciles.  Et  le  voilà  qui  se  met  en  tête 
d'écrire  la  contre-partie,  les  petites  misères  de  la  vie  de  célibat 
(£*/  buey  sueltd).  Ce  livre,  qui  n'a  pas  moins  de  quatre  cents 
pages,  est  la  première  œuvre  de  longue  haleine  de  Pereda;  mais 
ce  n'est  qu'une  suite  de  scènes  humoristiques.  Don  Gonialo 
Gon:^àlez,  de  la  Gon:(alera  (admirez  ce  litre!)  fut  le  vrai  début  de 
Pereda  dans  le  roman.  Il  y  a  tracé  de  main  de  maître  le  type  de  ce 
qu'on  appelle  à  Santander  YindianOy  le  montagnard  qui  est  allé  faire 
fortune  en  Amérique  et  revient  au  pays  avec  la  morgue  des  écus 
amassés.  Ce  personnage  ridicule  veut  jouer  un  rôle  politique 
dans  son  village  pendant  la  période  révolutionnaire.  Pereda 
profite  de  l'occasion  pour  faire  de  la  Révolution  de  septembre  une 
impitoyable  caricature  et  montrer  le  mal  que  peut  causer  dans 
les  campagnes  la  brusque  invasion  des  fameuses  idées  libérales, 
exploitées  par  des  intrigants  sans  scrupules. 

Durant  la  période  de  dix  années  qui  suivit  la  Révolution  de 
1868,  la  littérature  espagnole  fut  surtout  une  littérature  de 
combat  entre  catholiques  et  libres  penseurs.  Cette  Révolution 
avait  profondément  remué  le  pays;  les  passions  politiques  et 


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342  BORIS    DE  TANNENBERG 

surtout  religieuses  étaient  surexcitées  au  plus  haut  point.  Personne 
n'aurait  pu  se  désintéresser  des  questions  brûlantes  qui  agitaient 
alors  l'opinion.  Le  roman,  le  théâtre,  la  poésie  même  apparais- 
saient comme  des  moyens  de  propagande  réactionnaire  ou 
libérale.  Galdôs  venait  de  commencer,  en  1876,  avec  Dona 
Perfecia,  une  campagne  énergique  contre  le  fanatisme  et  l'into- 
lérance, qu'il  rendait  responsables  des  maux  dont  venait  de 
souffrir  sa  patrie  durant  la  guerre  carliste.  Avec  Gloria^  salué 
par  la  presse  libérale  comme  un  chef-d'œuvre ,  —  et  c'est  bien 
un  chef-d'œuvre  par  l'intensité  dramatique  des  situations  et  la 
chaleur  de  l'éloquence,  —  il  avait  fait  un  plaidoyer  en  faveur  de 
la  tolérance  religieuse.  Toute  l'Espagne  avait  versé  des  larmes 
sur  son  héroïne,  une  catholique  séduite  par  un  juif  et  victime  de 
croyances  religieuses  irréconciliables,  qui  l'empêchent  d'épouser 
son  séducteur.  Pereda,  dans  De  tal  palo  tal  astilla  (de  tel  bois 
telle  écharde),  opposa  à  Galdôs  la  réponse  d'un  catholique  :  son 
héroïne  renonce  par  devoir  à  épouser  un  incrédule.  C'est  la  thèse 
de  Sibylle  y  mais  traitée  avec  plus  de  vigueur,  sans  rien  du 
christianisme  sentimental  et  mondain  d'Octave  Feuillet.  On 
reprocha  vivement  à  Pereda  d'avoir  écrit  un  livre  à  thèse,  et  non 
une  étude  impartiale  de  la  réalité;  ceux  qui  formulaient  ce 
reproche  étaient  les  mêmes  d'ailleurs  qui  s'étaient  signalés  par 
leur  enthousiasme  pour  la  Gloria  de  Galdôs,  œuvre  de  passion, 
s'il  en  fût;  et  je  ne  songe  guère  à  donner  cela  comme  une  cri- 
tique, car  l'impassibilité  imposée  au  romancier  est  un  des  dogmes 
naturalistes  auxquels  nous  ne  croyons  plus  guère.  Les  plus 
grandes  œuvres  peut-être  du  roman  en  ce  siècle  (et  je  ne  citerai 
que  les  Misérables)  ont  été  des  œuvres  de  passion  et  de  propa- 
gande. 

El  sabor  de  la  iierruca  (la  saveur  du  terroir),  qui  parut  en  1882, 
n'est  plus  une  œuvre  de  polémique ,  mais  une  gracieuse  idylle, 
tout  embaumée  des  senteurs  de  la  montagne.  Le  livre  fut  très 
goûté,  et  de  bon  juges  proclamèrent  Pereda  un  maître  paysagiste, 
un  peintre  incomparable  des  mœurs  rustiques  de  sa  province. 


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ÉCRIVAINS  CASTILLANS   CONTEMPORAINS  343 

Les  éloges  qu'on  lui  accordait  n'allaient  pas  d'ailleurs  sans 
quelques  réserves.  Le  romancier  en  lui  semblait  inférieur  au 
peintre.  Si  son  talent  était  de  ceux  qui  s'imposent,  il  manquait 
pourtant  un  peu  d'ampleur.  Son  domaine  littéraire  était  bien  à 
lui,  mais  il  y  était  confiné,  et  un  peu  à  l'étroit.  Une  phrase  de 
M™*  Pardo  Bazin  fit  fortune  :  elle  parlait  en  termes  exquis  «  du 
verger  de  Pereda,  bien  arrosé,  bien  cultivé,  où  les  brises  cham- 
pêtres apportent  leurs  parfums;  huerio  hermoso^  bien  regado,  bien 
cultivadoy  oreado  por  aromàticas  y  salubres  auras  catnpestres  »  ;  mais 
elle  le  condamnait  à  ne  jamais  en  sortir. 

Faut-il  croire  que  Pereda  se  sentit  piqué  au  vif  par  cette  cri- 
tique? Toujours  est-il  qu'il  releva  le  défi.  L'ambition  lui  vint 
de  laisser  de  côté  pour  une  fois  la  montagne  et  ses  paysans,  et  de 
montrer  qu'il  était  capable  d'écrire  un  roman  d'un  intérêt  plus 
général,  voire  même  un  roman  de  mœurs  madrilènes.  Il  fouilla 
dans  ses  souvenirs  personnels,  et  s'avisa  que  pendant  ses  années 
d'étudiant  à  Madrid  il  avait  assisté  à  la  Révolution  de  1854, 
première  victoire  du  parti  progressiste.  Il  revoyait  très  bien 
toute  cette  époque  et  saurait  la  faire  revivre.  Il  se  mit  donc  à 
l'œuvre.  Le  roman  terminé,  il  se  sentit  très  inquiet  et  le  lut  à  son 
ami  M.  Menéndez  y  Pelayo,  le  critique  déjà  célèbre  alors,  natif 
comme  lui  de  Santander.  M.  Menéndez  y  Pelayo,  à  qui  l'impar- 
tialité était  difficile,  n'osa  passe  prononcer.  Il  craignait  un  peu 
que  l'auteur,  en  renonçant  à  dessein  à  ses  avantages  indiscutables  : 
le  paysage,  le  dialogue  populaire,  le  provincialisme,  ne  se  fût 
privé  de  ses  meilleures  chances  de  succès.  Pedro  Sànchex^  parut 
enfin  en  librairie,  et  Pereda,  dont  la  nervosité  est  extrême, 
attendit  avec  angoisse  le  résultat ,  qui  devait  dépasser  ses  espé- 
rances. De  toutes  parts  lui  vinrent  en  foule  des  témoignages 
d'admiration,  qui  saluaient  son  nouveau  volume  comme  un 
.  chef-d'œuvre.  Ainsi  qu'il  arrive  toujours,  le  succès  du  livre 
rejaillit  sur  ses  aînés,  qu'il  fallut  rééditer  :  Pereda  venait  enfin  d^ 
conquérir  le  grand  public. 

Le  roman  est  écrit  sous  forme  d'autobiographie.  Pedro  Sincb^^ 


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344  ^ORIS   DE  TANNENBERG 

est  un  montagnard  qui,  à  vingt  ans,  va  naïvement  chercher  for- 
tune à  Madrid,  sur  la  promesse  vague  d'un  homme  politique 
influent,  par  qui  il  se  voit  bientôt  éconduit.  Déçu  dans  ses  espé- 
rances et  grisé  par  Tair  de  la  capitale,  il  devient  journaliste, 
pamphlétaire,  orateur  de  club,  émeutîer.  La  Révolution  triom- 
phante lui  donne  un  poste  de  gouverneur  de  province  et  il 
épouse  la  fille  du  personnage  qui  l'avait  naguère  repoussé. 
Dégoûté  de  la  politique  par  la  perte  de  sa  place,  et  de  la  vie  de 
Madrid  par  ses  disgrâces  conjugales,  il  quitte  TEspagne  pour 
aller  chercher  fortune,  et  retourne  enfin,  vieilli  et  désabusé,  dans 
son  village  natal,  où  nul  ne  le  connaît  plus.  L'œuvre  est  très 
vivante,  pleine  d'intérêt  dramatique  et  de  passion.  Pereda  n'est 
pas  tendre  pour  la  Révolution  dont  il  voit  surtout  le  côté  odieux 
et  grotesque  ;  mais  il  a  su  peindre  aussi  cette  folie  d'enthou- 
siasme qui  donne  quelque  chose  d'héroïque  aux  scènes  révolu- 
tionnaires. Il  se  dégage  du  livre  une  philosophie  de  la  vie,  dont 
je  ne  sais  s'il  faut  dire  qu'elle  est  trop  pessimiste  :  méfiez-vous 
des  braillards  du  libéralisme;  ne  croyez  pas  au  désintéresse- 
ment des  politiciens;  la  politique  n'est  qu'une  lutte  d'intérêts 
mesquins,  de  passions  égoïstes.  Gardez-vous  du  fonctionna- 
risme et  n'allez  pas  chercher  le  bonheur  bien  loin  du  clo- 
cher de  votre  village,  alors  qu'il  est  pour  vous  dans  les 
lieux  qui  vous  ont  vu  naître,  au  milieu  de  tous  les  êtres  qui 
vous  sont  chers.  Les  dernières  pages  du  roman,  où  Pedro 
Sinchez  comprend  qu'il  a  manqué  sa  vie,  sont  voilées  d'une 
mélancolie  navrante,  qui  n'est  adoucie  que  par  les  espérances 
indéfectibles  du  chrétien. 

Au  point  de  vue  de  la  composition  et  de  la  facture,  comme 
aussi  de  la  profondeur  psychologique,  Pedro  Sànchei  commence 
une  période  nouvelle  dans  l'évolution  du  talent  de  Pereda.  Il  s'y 
montre,  pour  la  première  fois,  maître  de  tous  les  procédés  de 
roman  moderne,  dont  il  usera  toujours  à  l'avenir  et  saura  tirer 
un  excellent  parti.  Pedro  Sànchei  marque  le  moment  précis  où 
Pereda  s'est  senti  en  pleine  possession  de  toutes  les  ressources 


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ÉCRIVAINS  CASTILLANS   CONTEMPORAINS  345 

de  son  art  :  par  la  puissante  unité  de  l'action,  la  gradation  de 
l'intérêt,  l'intensité  dramatique  des  scènes  principales,  la  vigueur 
des  caractères,  il  reste  comme  une  des  œuvres  les  plus  achevées 
du  roman  espagnol  contemporain. 

Après  cette  excursion  heureuse  en  dehors  de  son  terrain  habi- 
tuel, Pereda  avait  hâte  cependant  de  revenir  à  ses  sujets  de  prédi- 
lection, à  ses  personnages  familiers.  Depuis  longtemps  il  avait 
l'idée  de  consacrer  un  roman  à  la  vie  des  pêcheurs  de  Santander, 
esquissée  déjà  par  lui  dans  quelques-unes  de  ses  Escenas  tnontahe- 
sas.  Le  succès  de  Sotileia  dépassa  encore  celui  de  Pedro  Sânche:^. 
Dans  sa  reconnaissance  pour  le  romancier  qui  illustrait  sa  ville 
natale,  le  Conseil  municipal  de  Santander  donna  à  un  boulevard 
le  nom  de  Sotile:^a,  Pereda  avait  dédié  son  livre  à  ses  concitoyens, 
en  déclarant  qu'il  ne  s'adressait  qu'à  eux  et  ne  pouvait  avoir 
d'intérêt  pour  des  lecteurs  chez  qui  il  n'évoquerait  aucun  souve- 
nir personnel.  L'Espagne  entière  lut  le  roman  et  prouva  à  l'écri- 
vain qu'il  s'était  trompé.  Sotile:^a  est  sans  doute,  si  l'on  veut, 
une  œuvre  d'archéologie  locale,  destinée  à  conserver  dans  la 
mémoire  des  habitants  de  Santander  l'image  de  leur  ville,  telle 
qu'elle  était  il  y  a  quarante  ans;  tout  ce  côté-là  du  roman  nous 
échappe;  mais  c'est  en  même  temps  l'épopée  héroïque  d'une 
race  de  pêcheurs,  dont  le  vrai  sujet  est  la  lutte  éternelle  de 
l'homme  contre  la  mer  mauvaise  —  quelque  chose  comme 
Pêcheur  d'Islande,  —  et  c'est  encore  un  drame  poignant  de  pas- 
sion humaine.  Le  romancier  ne  s'en  tient  pas  à  la  surface,  à  l'ori- 
ginalité extérieure  des  mœurs  et  du  langage,  il  pénètre  dans 
l'âme  de  ses  personnages  jusqu'à  ce  fond  commun  d'humanité, 
qui  se  retrouve  partout.  Et  c'est  pourquoi  son  œuvre,  tout  en 
conservant  un  caractère  local  bien  marqué,  prend  une  portée 
plus  haute  et  plus  générale,  et  peut  être  comprise  et  goûtée  même 
par  des  lecteurs  étrangers. 

Transportons-nous  dans  le  vieux  Santander,  à  la  fois  port  de 
pêcheurs  et  petite  ville  commerçante.  Une  jeune  orpheline, 
Silda,  dont  le  père  est  mort  dans  un  naufrage,  a  été  recueillie 


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34^  BORIS   DE  TANNENBERG 

par  une  famille  de  pêcheurs,  les  Mocejôn,  où  elle  est  maltraitée 
par  une  mégère,  la  tia  Siguesa,  et  sa  fille  Qrpia.  Un  beau  jour 
elle  n'y  tient  plus  et  s'échappe.  Elle  rencontre  justement  dans 
la  rue  quelques  gamins,  enfants  de  marins  comme  elle,  qui 
viennent  de  prendre  leur  leçon  de  catéchisme  avec  lé  père 
Apollinaire,  un  brave  homme  de  prêtre,  très  original,  un  type 
de  bourru  bienfaisant,  qui  est  le  directeur  spirituel  de  toutes 
les  femilles  de  pêcheurs.  Avec  eux  se  trouve  un  petit  garçon,  un 
sehorilOy  nommé  Andrés,  qui  est  élevé  dans  la  pleine  liberté  des 
petites  villes.  Son  père  est  un  capitaine  de  navire  marchand. 
Andrés  prend  Silda  par  la  main  et  la  conduit  chez  le  père 
Apollinaire  pour  la  mettre  sous  sa  protection.  Le  père  les  reçoit 
mal,  les  bouscule,  mais  toujours  charitable  dans  le  fond,  il 
songe  à  confier  la  petite  à  un  vieux  ménage  de  braves  gens,  sans 
enfants,  qui  vît  justement  dans  la  même  maison  que  les 
Mocejôn,  au  rez-de-chaussée.  U  la  leur  conduit  séance  tenante, 
et  l'orpheline  est  reçue  à  bras  ouverts  par  le  tio  et  la  tia 
Mechelin. 

Chez  ces  braves  gens  Silda  va  se  trouver  aussi  heureuse  que 
possible  et  deviendra  une  bonne  ménagère,  qui  reste  à  coudre  à  la 
maison  et  ne  court  plus  au  hasard  dans  les  rues.  Andrés  cepen- 
dant est  placé  dans  les  bureaux  d'un  armateur,  car  sa  mère  ne 
veut  pas  pour  lui  de  la  profession  de  marin,  pour  laquelle  il 
montre  tant  de  goût.  Mais  il  consacre  à  la  pêche  tous  ses 
moments  de  liberté,  avec  ses  amis  d'autrefois,  entre  autres  un  être 
hideux  et  misérable,  tout  contrefait,  revêtu  des  pires  haillons, 
nommé  Muergo.  Il  fréquente  chez  les  Mechelin,  où  l'on  aime 
beaucoup  ce  sehorito  qui  n'est  pas  fier,  et  il  se  prend  de  plus  en 
plus  d'amitié  pour  Silda.  Cependant  les  années  se  passent  et  les 
chrysalides  du  premier  chapitre  éclosent  papillons.  Andrés  devient 
un  jeune  homme,  et  sa  mère  se  désole  de  la  passion  qu'elle  lui 
voit  toujours  pour  les  choses  de  la  mer;  Muergo  n'a  fait  que 
croître  en  laideur  et  en  difformité.  Silda  est  une  belle  fille,  au 
caractère  farouche,  énergique,  volontaire;  elle  a  reçu  le  nom  dç 


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ÉCRIVAINS  CASTILLANS  CONTEMPORAINS  347 

Sotile:^a^y  à  cause  de  sa  taille  élancée  et  de  la  gracieuse  finesse  de 
toute  sa  personne.  Andrés,  sans  qu'il  s'en  rende  compte  lui- 
même,  commence  à  ressentir  pour  elle  une  inclination  plus  vive 
que  l'amitié;  et  Muergo,  le  Quasimodo  de  cette  Esmeralda,  s'est 
attaché  de  toutes  les  fecultés  aimantes  de  son  être  à  cette  créature 
si  belle,  si  différente  de  lui-même  et  qui  l'a  toujours  traité  avec 
bonté  et  compassion.  D'autre  part,  lefils  Mocejôn,  Cleto,  un 
brave  garçon,  le  seul  de  la  famille  qui  vaille  quelque  chose,  jette 
souvent,  en  rentrant  chez  lui,  un  regard  d'envie  sur  le  logis  si 
propre,  si  bien  tenu  des  Mechelin,  qu'il  compare  avec  celui  qui 
l'attend  là-haut;  il  voudrait  bien  quitter  la  maison  paternelle, 
devenue  un  enfer,  avoir  une  femme  pour  le  soigner,  pour  repri- 
ser son  linge  et  coudre  ses  boutons;  et  où  en  trouver  une  plus 
entendue  que  cette  laborieuse  Sotileza,  qu'il  voit  toujours  à  la 
tâche  ?  Il  songe  donc  à  l'épouser  si  elle  veut  de  lui,  et  va  confier 
ses  intentions  au  père  Apollinaire  en  le  priant  d'intervenir  en  sa 
faveur.  Cependant  les  deux  horribles  créatures,  qui  ont  martyrisé 
l'enfance  de  Sotileza,  sont  furieuses  de  voir  les  sentiments  qu'elle 
a  inspirés  à  Cleto.  Elles  feignent  de  s'étonner  qu'il  soit  assez  naïf 
pour  ne  pas  voir  ce  qui  crève  les  yeux,  et  lui  insinuent  qu'il  y  a 
entre  Andrés  et  Sotileza  des  relations  coupables.  Cleto  refuse  de 
le  croire,  mais  il  est  inquiet;  il  prend  enfin  le  parti  de  demander 
franchement  une  explication  à  Andrés.  Celui-ci,  stupéfeit,  proteste 
avec  la  dernière  énergie  contre  l'imputation  calomnieuse  faite  à 
l'honneur  de  Sotileza.  Mais  sa  conversation  avec  Cleto  lui  a  révélé 
à  lui-même  ses  propres  sentiments;  il  ne  pense  plus  qu'à  Sotileza, 
à  ses  attraits  physiques;  son  imagination  s'exalte  et  son  tem- 
pérament prend  feu.  Sotileza  va  se  trouver  ainsi  placée  entre 
la  passion  des  trois  jeunes  hommes,  Andrés,  Cleto  et  Muergo, 
qui  l'aiment  de  feçon  si  différente;  et  elle  gardera  une  attitude 


I .  Sotileza  =  Sulileia  :  la  parte  màsfina  del  aparejo  depescar,  dondeva  et  aniuelo. 
Por  extension,  todo  cordel  muy  fino.  Cette  définition  est  donnée  par  Pereda  dans 
le  petit  vocabulaire  d'expressions  locales  placé  à  la  fin  de  son  roman. 


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BORIS   DE  TANNENBERG 


matique  que  l'auteur  lui  a  laissée  à  dessein,  mais  qui 
:oncerté  maint  lecteur.  Pereda  m'a  conté  qu'après  la  publi- 
in  de  son  roman  il  reçut  une  foule  de  lettres,  lui  demandant 
cret  du  cœur  de  Sotileza  :  on  voulait  à  toutes  forces  savoir 
îUe  aimait.  En  réalité,  Sotileza  est  une  nature  farouche,  dont 
Eur  jusqu'ici  semble  peu  sensible  à  l'amour;  elle  est  restée 
)nd  la  gamine  sauvage,  qui,  sans  parents,  a  grandi  dans  la 
té  vagabonde  de  la  rue.  Andrés  lui  inspire  de  la  reconnais- 
e  et  de  la  sympathie;  sans  doute  même  au  fond  se  sent-elle 
e  et  flattée  de  la  passion  ardente  et  romanesque  qui  jettera 
une  homme  à  ses  pieds  et  l'entraînera  jusqu'à  lui  offrir  de 
)user,  s'il  l'a  compromise;  mais  elle  est  trop  fière  pour  le 
trer,  et  son  bon  sens  lui  fait  comprendre  quelle  distance  les 
re  tous  deux.  Elle  repousse  d'autre  part  la  déclaration  si  res- 
lieuse  de  Cleto,  pour  qui  elle  ne  sent  que  de  l'amitié.  Quant 
iiergo,  elle  éprouve  pour  lui  un  peu  des  sentiments  du  domp- 
pour  le  fauve  qu'il  a  maîtrisé;  et  peut-être,  par  une  aber- 
)n  étrange  de  ses  sens,  mais  qui  est  bien  dans  la  nature  et 
Pereda  n'a  fait  qu'indiquer  avec  discrétion,  se  trouve-t-elle 
îiquement  attirée  par  la  laideur  et  la  grossièreté  de  ce 
istre.  Dans  un  épisode  du  roman,  à  une  partie  de  pêche, 
Tgo  la  prend  dans  ses  bras  pour  la  porter  à  terre,  et  tout 
-eux  de  son  précieux  fardeau,  il  continue  longtemps  à  courir, 
me  s'il  voulait  l'emporter  bien  loin  :  et  Sotileza  se  débat 
iant,  tire  de  ses  deux  mains  les  cheveux  crépus  de  son  ravis- 
,  mais  ce  n'est  pas  sans  un  certain  plaisir  qu'elle  se  sent  dans 
bras.  A  un  autre  moment,  comme  Andrés  lui  dit,  en  mon- 
t  Muergo  :  «  Est-il  laid,  cet  être-là  ?  »  Elle  répond  :  «  Il 
drôle  à  regarder.  »  D'ailleurs  elle  se  défendra,  avec  toute 
îrgie  de  son  sens  moral  révolté,  et  en  s'armant  du  tisonnier, 
re  le  désir  aveugle  et  l'agression  brutale  du  misérable.  — 
nère  et  la  sœur  de  Cleto  ont  juré  de  perdre  Sotileza  :  elles 
ent,  et  un  jour  qu' Andrés  Ta  trouvée  seule  au  logis,  elles  les 
rment  tous  deux  à  clef  et  provoquent  un  esclandre  dans  la 


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ÉCRIVAINS  CASTILLANS   CONTEMPORAINS  349 

maison  et  dans  la  rue.  La  scène  où  Sotileza,  hors  d'elle-même, 
tient  tête  à  la  calomnie  et  va  cracher  au  visage  de  Carpia,  égale 
par  la  vigueur  du  réalisme,  mais  avec  moins  de  crudité  d'expres- 
sions, les  meilleures  pages  de  VAssonituoir.  La  nouvelle  du  scan- 
dale se  répand  dans  toute  la  ville  et  arrive  aux  oreilles  des 
parents  d'Andrés.  lia  une  explication  des  plus  violentes  avec  son 
père,  qui  s'imagine  tout  d'abord  qu'un  guet-apens  a  été  préparé 
pour  forcer  son  fils  à  épouser  Sotileza.  Andrés  sort  de  chez  lui, 
mécontent  de  lui-même  et  des  autres;  pour  s'étourdir,  il  va  pas- 
ser la  nuit  à  la  taverne  avec  des  pêcheurs,  et  à  l'aube  il  part  avec 
eux  pour  une  grande  pêche  en  pleine  mer.  Ils  sont  brusquement 
surpris  par  un  coup  de  vent  qui  met  la  barque  en  danger.  C'est 
là  une  des  maîtresses  pages  du  roman.  La  situation  tragique  où 
il  se  trouve,  la  perspective  de  la  mort  prochaine  ouvrent  les  yeux 
d' Andrés  sur  l'importance  véritable  des  événements  de  la  veille. 
Il  a  honte  de  sa  légèreté,  de  son  imprudence,  de  son  ingratitude 
envers  ses  parents,  et  surtout  de  sa  dernière  folie,  que  Dieu 
châtie  en  ce  moment.  Avec  le  courage  du  désespoir  il  aide  à  k 
manœuvre,  encourage  ses  compagnons,  remplace  au  gouvernail 
le  pilote  emporté  par  une  lame,  et  ramène  heureusement  le 
bateau  au  port,  où  il  est  reçu  dans  les  bras  de  ses  parents  affolés. 
Muergo  a  disparu  dans  la  tempête.  Grâce  à  l'intervention  du 
père  Apollinaire,  Sotileza  accepte  de  donner  sa  main  à  Cleto,  qui 
part  pour  le  service  et  l'épousera  à  son  retour.  Quant  à  Andrés, 
on  le  mariera  avec  la  fille  de  son  armateur. 

On  ne  louera  jamais  assez  la  belle  ordonnance  de  ce  roman, 
dont  l'action  se  développe  d'une  façon  si  naturelle,  et  où  rien  ne 
sent  l'artifice  ni  la  convention.  L'écrivain  a  su  imprimer  à  son 
œuvre  un  caractère  singulier  d'énergie  et  de  grandeur.  Il  n'y  met 
en  jeu  que  des  passions  simples  et  naïves  :  on  y  respire,  selon 
rheureuse  expression  d'un  critique,  un  souffle  de  barbarie,  qui 
calme  les  nerfs  et  fouette  le  sang.  Rien  n'élève  l'homme  comme 
de  se  trouver  souvent  face  à  face  avec  la  nature  :  c'est  à  leur  lutte 
constante  avec  la  mer  que  tous   les  personnages  de  Sotileza 


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BORIS   DE   TANNENBERG 


wrine  virilité,  et  b  mer  est  elle-même  le  personnage 
[rame,  toujours  présente  comme  le  chœur  antique, 
ite  et  calme,  tantôt  déchaînée  et  furieuse,  et  com- 
tout  ce  qui  l'approche  quelque  chose  de  sa  majesté, 
est  de  la  langue  je  ne  saurais  mieux  faire  que  de 
res  paroles  du  juge  le  plus  autorisé,  M.  Menéndez 
L'expression,  dit-il,  est  aussi  libre,  aussi  audacieuse 
l'auteur  a  épuisé  toutes  les  ressources  du  vocabu- 
le,  cru,  pittoresque,  effronté,  puant  à  plein  nez  le 
i;  mais  il  l'a  fait  avec  un  art  supérieur  et  avec  une 
admirable  des  conditions  de  la  langue.  A  la  fin  du 
e  un  glossaire  des  termes  nautiques  et  des  expres- 
res  qui  y  sont  employés;  mais  l'auteur  a  su  les 
abileté  dans  tout  le  volume,  sans  le  pédantisme 
)manciers  français  d'écoles  très  modernes,  qui  se 
:onnaissance  toute  superficielle  de  la  technique  d'un 
icience,  la  répandent  sans  mesure  à  toutes  les  pages 
avec  la  sotte  ostentation  de  l'aventurier  arrivé  à 
i  la  richesse  et  aux  honneurs.  Pereda  n'a  pas  eu 
e  une  étude  spéciale  du  langage  des  marins  pour 
;  il  l'avait  appris  depuis  longtemps,  non  par  dilet- 
idit,  mais  parce  qu'il  a  vécu  en  commerce  perpétuel 
i  avec  le  peuple.  » 


IV 


Taî  pas  sur  La  Montdlve:(^  (1888),  une  étude  de 
lènes  qui  excita  pourtant  un  vif  intérêt  de  curiosité 
scandale.  Des  polémiques  s'élevèrent  dans  la  presse 
)  roman,  et  aucune  œuvre  de  Pereda  n'a  fait  noircir 
ier.  On  reprocha  au  romancier  montagnard  d'avoir 
îr  de  ce  qui  ne  le  regardait  pas,  d'avoir  eu  la  pre- 
ndre de  chic  une  société  qu'il  n'avait  pas  observée. 


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ÉCRIVAINS    CASTILLANS   CONTEMPORAINS  35 1 

et  d'avoir  calomnié  l'aristocratie  madrilène,  dont  le  Père  Coloma 
devait  cependant,  quelque  temps  après,  tracer  un  portrait  aussi 
peu  flatteur,  et  qui  fut  pourtant  jugé  très  fidèle.  Un  étranger  ne 
peut  avoir  ici  d'opinion  autorisée.  Il  me  semble  cependant  que 
ce  qui  manque  surtout  dans  ce  roman,  c'est  un  peu  plus  de 
légèreté  de  main  dans  l'exécution  :  le  créateur  de  Sotileza  était 
peu  préparé  à  devenir  le  psychologue  des  marquises.  Il  cite  par 
exemple  quelques  fragments  de  journal  de  son  héroïne  :  mais 
ce  n'est  pas  là  le  babillage  léger  et  décousu  d'une  jeune  fille  ;  on 
y  reconnaît  trop  le  style  même  de  l'auteur,  ce  style  si  nourri,  si 
vigoureux,  avec  ses  longues  périodes.  Les  admirateurs  les  plus 
sincères  de  Pereda  reconnurent  qu'il  s'était  aventuré  sur  un 
terrain  un  peu  glissant,  et  qu'il  avait  une  revanche  à  prendre  : 
cette  revanche,  aussi  éclatante  qu'il  pouvait  la  désirer,  fut  la 
Puchera. 

Ce  titre  —  La  Puchcra  —  est  un  mot  trivialement  expressif, 
qui  désigne  la  manière  de  gagner  le  pucherOy  le  plat  national, 
c'est-'à-dire  en  somme  la  manière  de  gagner  sa  vie  dans  la  Mon- 
tagne, Le  lieu  de  la  scène  est  un  coin  de  la  province  de  Santan- 
der  (le  plus  cher  à  Pereda,  puisqu'il  est  voisin  de  Polanco),  dont 
les  habitants  vivent  à  la  fois  du  labour  et  de  la  pêche;  et  c'est  la 
peinture  de  leur  vie  amphibie,  pour  parler  comme  l'auteur,  qui 
forme  la  partie  plus  originale  du  roman.  Je  laisserai  de  côté  la 
fable  romanesque,  qui  est  d'ailleurs  intéressante  et  bien  dévelop- 
pée. Le  vieil  avare,  qui  martyrise  sa  fille  et  exploite  tout  le 
monde  dans  le  village,  ne  souffre  pas  trop  delà  comparaison  avec 
le  père  Grandet,  dont  il  évoque  forcément  le  souvenir;  et  c'est 
une  curieuse  histoire  que  celle  de  ce  vieux  gredin,  qui  ne  croit  à 
rien,  si  ce  n'est  aux  trésors  cachés.  Hanté  par  cette  idée  qu'il  y  a, 
à  un  certain  endroit  de  la  côte,  un  trésor  enfoui  autrefois  par  un 
pirate,  il  va  faire  son  exploration  tout  seul,  pour  n'avoir  à  parta- 
ger avec  personne,  et  meurt  tragiquement,  victime  de  son  impru- 
dence. Le  caractère  de  sa  fille  Inès,  confiée  dès  son  enfance  à  une 
vile  servante,  abandonnée  à  elle-même,  comme  un  petit  animal. 


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BORIS   DE   TANNENBERG 


les  leçons  d'un  précepteur  malotru,  et  trouvant 
ren  d'en  profiter,  de  s'affiner  peu  à  peu,  malgré  la 
lilieu  où  elle  vit,  son  développement  physique 
sformation  morale,  est  analysé  avec  une  rare  péné- 

note  en  passant  que  la  psychologie  morale  de 
it  pas  de  tenir  compte,  sans  l'exagérer,  et  comme 
une  philosophie  spiritualiste  et  chrétienne,  de 
tempérament  sur  la  formation  du  caractère.  Mais 
Li'il  faut  chercher  les  pages  vraiment  supérieures 
n  ne  surpasse,  selon  moi,  dans  l'œuvre  entière  de 
nés  de  la  vie  rustique  et  maritime,  où  interviennent 
aux  personnages,  un  vieux  pêcheur,  le  LcbraiOy  et 
Juan,  deux  créations  admirables  :  le  LebratOy  avec 
ît  sa  belle  humeur,  et  aussi  sa  noble  sérénité  dans 
Iro  Juan,  un  lourdeau  aux  muscles  d'athlète,  taci- 
e,  sans  courage  pour  se  déclarer  à  son  amoureuse 
les  gronderies  moqueuses  de  son  père.  On  me 

pour  donner  certain  agrément  à  cette  étude, 
)ns  un  peu  longues.  Je  choisis  d'abord  le  chapitre 
modèle  achevé  de  géorgique  moderne.  Voici  un 
1,  Pedro  Juan  chargeant  le  foin  que  Pilara  reçoit 
:harrette  : 

\  aquellas  ocasiones  eran  tan  de  ver  Pedro  Juan  y  Pilara  ; 
refajo  corto  de  bayeta  encarnada;  el  taiie  mal  encerrado  en 
1  azules;  sobre  los  anchos  hombros,  unpanuelo  de  mil  colores, 
dos  bajo  el  robusto  seno,  recogfa  la  jareta  del  delantal  ;  y  d  la 
ro  con  cintas  coloradas,  lacara  frescachona,  espejo  Hdelisimo 
itisfecho  del  envase  que  le  cupo  en  suerte,  entre  todos  los 
n  por  el  mundo  encarnados  en  criaturas  humanas.  Abajo  él, 
tabla  del  abovedado  pecho  y  la  cerviz  hercùlea,  tan  blanca 
sol,  lo  misnio  que  la  cabeza  y  los  brazos  hasta  el  codo,  por- 
ba  no  llevaba  otro  atavfo  que  la  camisa  con  las  mangas  reco- 
abierta  de  par  en  par  ;  de  cintura  abajo  ,  unos  pantalones  de 
negra  para  sujetarlos  sobre  las  caderas.  Ella  recibfa  arriba  las 
la  enviaba  desdc  abajo;  y  al  ver  cônio  Pilara  las  cogfa  casi 
icaldando  en  dos  mencos,  picdbase  Pedro  Juan  y  doblaba  la 


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ÉCRIVAINS   CASTILLANS  CONTEMPORAINS  353 

carga  del  horcôn  ;  pero  ella  la  recibia  lo  mismo  que  las  otras,  sin  que  volara  un 
pelo  de  yerba  por  los  aires  ;  y  por  mucha  prisa  que  se  diera  el  cargador,  siempre 
hallaba  i  la  acaldadora  esperàndole  con  los  brazos  abiertos  y  retozindole  la  risa 
placentera  en  los  alegres  ojos  y  entre  los  menudos  dientes  blanquisimos.  Pedro 
Juan  se  iba  animando  mis  y  niàs...  pordentro  seentiende,  puesnii  sucara  seriona 
ni  à  sus  labios  entreabiertos  asomaba  la  menor  senal  de  sonrisa  ni  de  palabra  ; 
y  alla  va  média  hacina  de  un  golpe  sobre  la  regocijada  moza,  que  apareda  al 
moraento  sobre  la  nube,  escupiendo  yerbas,  sacàndose  otras  del  seno  y  riendo 
à  carcajadas.  Otras  veces  Pedro  Juan  la  aliviaba  el  trabajo  poniéndole  la  hor- 
conada  donde  mis  £alta  la  hacia  ;  y  también  entonces  se  le  pagaba  la  fineza  en 
aquclla  moneda  de  miradas  alegres  y  de  sonrisas  dulces  que  tanto  apetecia  él, 
porque  verdaderamente  le  caian  como  un  cielo  estrellado  en  las  obscuridades 
de  sus  adentros. 

La  fin  du  chapitre,  où  Pedro  Juan  trouve  moyen  de  surmon- 
ter sa  timidité  et  de  faire  à  Pilara  l'aveu  de  son  amour,  est  de 
tous  points  admirable  :  ce  sont  là  des  pages  comme  il  y  en  a 
peu  dans  la  littérature  espagnole. 

£1  Josco  arreô  un  palo  â  cada  buey  sobre  la  espalda  para  que  alzaran  màs  la 
cabeza,  y  de  ese  modo  hiciera  Pilara  con  mayor  £acilidad  su  bajada  de  cos- 
tumbre,  cuando  oy6  que  la  moza  le  Uamaba  : 

—  I Pedro  Juan  1 

—  iQué  quieres?  —  respondiô  el  mozo. 

—  Ponte  por  este  lao,  —  le  dijo  Pilara. 

Pedro  Juan  se  puso  donde  Pilara  querfa  :  junto  à  la  rueda  derecha  del  carro. 
Alli  arriba,  enfrente  de  él,  estaba  Pilara  recogiéndose  las  faldas  contra  los 
tobillos  y  mirindole  con  los  ojos  llenos  de  travesuras  inoccntonas. 

—  iQaé  vas  i  hacer  ?  —  la  preguntô  Pedro  Juan. 

—  Voy  d  bajar  por  aquf,  —  respondiô  Pilara  acurrucàndose  junto  al  borde  de 
aquella  montana  de  yerba. 

—  ^Por  que  no  abajas  por  la  rabera,  como  siempre? 

—  Porque  me  da  la  gana  de  abajar  por  aquf  hoy... 

—  Gûeno.  £  Y  que  quieres  que  hago  yo  ? 

—  Que  me  aguantes...  si  ères  quién  pa  ello. 

—  jEso  si,  coles!  —  exclamô  Pedro  Juan  largando  d  escape  la  ahijada. 
Temblaba  por  adeniro  de  puro  gusio  y  de  sorpresa  el  hijo  del  Lebrato. 

Jamàs  hablan  tocado  sus  manos  ni  el  pelo  de  la  ropa  de  Pilara,  y  ahora  se  le 
iba  à  ir  encima  Pilara  en  carne  y  hueso,  entera  y  verdadera.  «  jColes  que  barba- 
ridâ  de  suerte  !  » 
No  se  parô  à  considcrar  si  séria  ô  no  capaz  de  resistir  en  el  aire  aquella  mole. 

Revne  hispanique.  a) 


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BORIS   DE  TANNENBERG 


fuerzas  para  raucho  mis...  Se  afirmô  bien  sobre  los  pies,  escu- 
Qos,  ievantô  los  brazos  y  los  ojos  hacia  Pilara,  y  la  dijo,  pdlido  de 

î  sin  miedo,  recoles  I 

efa  como  una  boba,  y  no  sabfa  de  que  modo  lauzarse  por  aquel 
ijo. 

ue  peso  mucho,  Pedro  Juan  I  —  le  decfa. 

pesaras  mis  de  otro  tanto,  Pilara!...  G)n  tal  de  ser  tû  lo  que  me 
,  aquf  hay  aguante  pa  ello...  Échate  de  cualisquier  modo,  (pero 
es! 

à  voyl 

;  lanzô...  no  se  cômo;  pero  se  que  cayô  en  brazos  de  Pedro  Juan, 
razos  se  doblaran,  ni  los  pies  se  movieran  del  sitio  en  que  parecfan 
e  un  moflete  de  Pilara  resbalô  por  un  carillo  del  aileta  ;  que  este 
5  como  si  en  aquel  instante  relampagueara  ;  que  el  roce  y  el  calor- 
►r  de  la  moza  le  emborracharon,  y  que  en  medio  de  aquella  bor- 
inanie,  en  los  brèves  momentos  en  que  estuvo  su  boca  tan  cerca 
ilara,  introdujo  en  él  estas  palabras,  encanecidas  ya  en  la  punta 

...  (Dende  aquf  à  la  iglesia  d  que  nos  case  el  senor  cura!...£Con- 
llo? 

[ue  se  vino  al  suelo,  pero  d  pie  firme,  en  el  instante  de  recibir  este 
oreja,  contesté  à  Pedro  Juan,  mientras  con  un  dedo  menique 
isquillas  que  le  habfan  hecho  las  palabras  en  el  ofdo  : 
I  hace  ya,  hîjo  de  mi  aima,  que  podfamos  estar  de  gûelta,  à  no  ser 
ères! 

decirme  que  sf,  Pilara  ?  —  se  atreviô  à  preguntar  Pedro  Juan, 
e  gusto. 
dma  y  vida,  bobôn  I  —  le  respondiô  la  moza  mirindole  mimo- 

s  là  une  idylle  exquise,  un  modèle  achevé  de  poésie 

L  encore  une  autre  scène,  d*un  genre  tout  différent, 
er  va  nous  montrer  à  quelles  redoutables  épreuves  est 
3urage  du  pêcheur  dans  l'exercice  de  sa  rude  profes- 
brato  est  parti  la  nuit  avec  son  fils  pour  aller  chercher 
dans  certaines  grottes  creusées  par  la  mer  dans  les 
la  côte  et  qui  ne  sont  abordables  qu'à  marée  basse. 
:endus  de  leur  barque,  et,  entraînés  par  l'espoir  d'une 


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ÉCRIVAINS  CASTILLANS  CONTEMPORAINS  333 

bonne  pêche,  ils  s'éloignent  un  peu  trop  et  sont  brusquement  sur- 
pris par  le  mauvais  temps.  Lorsqu'ils  reviennent  pour  retrouver 
leur  embarcation,  ils  voient  avec  consternation  que  la  mer  l'a 
emportée.  Cependant  les  voilà  menacés  par  la  marée  montante  : 
il  n'y  a  qu'un  moyen  d'échapper,  c'est  d'escalader  la  muraille 
rocheuse  qui  se  dresse  derrière  eux.  Entreprise  presque  impos- 
sible au  milieu  des  ténèbres,  sous  la  pluie  et  le  vent  !  Il  faut  la 
tenter  cependant,  et  le  Lebrato^  qui  connaît  l'endroit,  se  décide 
sans  hésiter  : 

Explicôle  en  seguida  su  proyecto,  con  cuantas  senas  pudo  darlé  del  camino  ; 
oyôle  Pedro  Juan,  que  no  chistaba  ni  se  movla,  como  si  fuera  un  pedazo  mis 
de  aquella  roca;  aprobô  la  idea  con  una  sacudida  del  cuerpo,  que  querfa 
significar  «  ya  estamos  andando;  »  y  volviô  d  decirle  su  padre  : 

—  Asf  me  gustan  los  hombres,  Pedro  Juan  :  en  los  apuros  gordos,  poca 
palabra  y  mucho  corazôn...  Vamos  parriba,  hîjo  mfo,  cuanio  primero...  Yo 
voy  delante  de  tf,  porque  conozco  mejor  la  escalera  :  onde  yo  pise  y  me 
agarre,  pisa  y  agàrrate  tû,  si  es  que  lo  ves  en  noche  tan  oscura.  Por  si 
acaso  no,  vente  bien  cercuca  de  mi.,,  Y  oye  también  :  pa  que  el  camino  te 
resuite  mds  entretenfo,  y  hasta  màs  llano,  vête  rezando  de  corazôn  y  ajus- 
tando  de  memoria  las  cuentas  pendientes  que  puedas  tener  alla  arriba,  que  no 
serdn  grandes,  à  mi  ver;  y  por  si  6  por  no,  y  por  si  nos  quedamos  d  medio 
camino,  pfdele  d  Dios  que  te  eche  este  trabajo  en  el  platillo  de  los  méritos  ;  y 
puede  que  con  ello  solo  te  resuite  lo  bastante  pa  saldar  en  ganancias  al  fini- 
quito...  Pero,  al  mesmo  tiempo,  no  dejesde  agarrarte  bien  dla  pena.  Asf  lo 
pienso  yo  hacer,  y  démonos  un  abrazo  por  lo  quepuedaocurrir... 

Abrazdronse,  y  concluyô  el  animoso  Lebrato  : 

—  Ahora  j  d  ello,  y  que  el  Senor  nos  ampare  I 

Y  empezô  aquella  ascension  tremenda,  inverosfmil,  en  que  cada  paso  de 
avance,  d  tientas,  bajo  la  frfa  cellisca  que  d  la  vez  que  entumecia  los  miem- 
bros  de  los  dos  infelices  hacia  mds  resbaladizo  el  penasco,  les  costaba  minutos 
de  réflexion  y  nuevos  pasos  de  retroceso,  à  hacia  los  lados  para  toroar  nuevo 
rumbo,  rugiendo  el  abismo  d  sus  pies  y  no  viendo  por  delante  otra  cosa  que 
la  negrura  de  la  mole  que  iban  escalando  y  parecfa  no  tener  fin.  La  gran  espe- 
ranza  del  Lebrato  estaba  en  llegar  d  una  ancha  grieta  que  debfa  de  haber  en  el 
ûltimo  tercio  del  peflasco,  mds  tendida  que  las  que  iban  siguiendo  d  gâtas. 
AUf  se  podrfa  tomar  un  respiro,  y  acaso  esperar  d  que  amaneciera  el  nuevo  dfa  ; 
pero  las  fuerzas  iban  faltdndole,  le  sangraban  las  manos  y  los  pies  despelleja- 
dos  por  los  dicntes  de  la  peîia,  y  temfa  d  cada  instante  desalentar  d  su  hijo  con 


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35^  BORIS   DE  TANNENBERG 

el  ejemplo  de  sus  desfallectmientos.  Con  las  fuerzas  de  su  abn^adôn  de  padre, 
mis  que  con  las  de  su  cuerpo  desniayado,  avanzô  otro  poco  ;  pero  con  tan 
mala  suerte,  que  se  le  resbalaron  los  pies;  y  à  no  encontrar  inmediatamente 
apoyo  en  la  cabeza  de  Pedro  Juan,  que  le  seguia  muy  de  cerca,  tras  de  los 
pies  hubiera  ido  el  Lebrato  entero  y  verdadero  sin  parar  hasta  el  abisnio,  que 
seguia  bramando  à  mis  y  mejor. 

Conociô  el  Josco  de  dônde  venia  el  golpe,  y  dijo  al  sentirle,  con  igual  fres- 
cura  que  si  hablara  en  la  socarrena  de  su  casa,  bien  descansado  y  i  subio  : 

—  |Ya  podfa  avisar,  coles! 

—  jNo  te  amilanes  por  eso,  hijo  del  aima  !  —  le  gritô  el  padre.  —  Fué  que 
se  me  desborregaron  los  pies.  Tii  tente  firme,  que  à  mi,  ànimos  y  fuerzas  me 
sobran,  gracias  à  Dios. 

—  Pos  mire  —  replicô  Pedro  Juan,  agarrado  como  una  lapa  y  haciendo  equili- 
brios  con  las  piernas  de  su  padre  sobre  la  cabeza  ;  —  por  si  gûelve  à  suceder, 
mejor  sera  una  cosa  :  si  usté  se  compromcte  à  guiar,  yo  me  compromet©  à 
subile  de  este  modo,  y  mejor  si  me  pone  una  pata  en  ci  hombral. 

—  (Eso  es!  —  dijo  el  de  arriba  comoespantado  de  laocurrencia  deldeabajo. 
—  Pa  que  te  despenes  primero,  y  solo  por  sacarme  avante  à  mi,  —  Y  no  se 
harfa  mds  que  lo  debido...  Pero  no  hay  miedo  de  ello,  padre.  Yo  estoy  lo 
mesmo  que  cuando  escomencé  à  subir,  y  usté  no  pesa  màs  que  una  pluma, 
i Arriba,  padre! 

Y  asi  hubo  que  hacerlo  ;  y  asi  liegaron  los  dos,  en  una  pieza,  hasta  donde 
queria  Uegar  el  Lebrato  por  de  pronto.  Incômodo,  terrible  era  aquello  también, 
pero  aunque  mal,  se  pudo  tomar  allf  un  respiro.  Segûn  la  cuenta  del  Lebrato, 
faltarfan  sobre  cinco  6  seis  varas  para  llegar  à  los  matos  de  arriba. 

—  Eso  no  es  ni  —  dijo  entonces  el  Josco,  —  si  hay  onde  jincar  las  unas  y 
afirmar  un  poco  los  pies. 

—  No  faltà  de  ello  —  respondiô  su  padre.  —  Pero  no  serfa  mejor  aguantase 
aqui,  como  pudiéramos,  hasta  que  amanezca  Dios  ?  Esto  de  ver  por  onde  se 
anda... 

—  Dios  —  dijo  el  Josco,  no  puede  habernos  dejao  llegar  hasta  aquf,  por 
solo  el  gusto  de  que  nos  despenemos  de  tan  alto.  Pudo  haber  acabao  con  noso- 
tros  mucho  antes,  y  no  acabô.  A  mis  i  mas,  yo  no  se  si,  viéndolo  de  dia,  me 
aguantari  la  cabeza  lo  que  debc  de  verse  dende  aqui  hasta  abajo...j  Arriba, 
padre  ! 

Como,  yo  no  lo  se  ni  ellos  lo  supieron  bien  jamis;  pero  ello  fué  que  subie- 
ron  :  rotos,  desollados,  empapados  en  agua  y  ateridos  de  frfo,  eso  si;  pero 
subieron.  Y  para  que  su  buena  fortuna  fuera  compléta,  al  otro  dfa  apareciô  la 
barqula  entre  dos  aguas  y  metida  por  la  marea,  en  laplaya  de  San  Martin. 

Ces  quelques  citations  permettent  de  juger  en  quoi  le  natura- 


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ÉCRIVAINS  CASTILLANS  CONTEMPORAINS  357 

lisme  de  Pereda  diffère  du  naturalisme  français,  et  combien  il 
est  d'une  autre  essence.  Ses  personnages  sont  des  êtres  bien  réels, 
sincèrement  étudiés  dans  la  vulgarité  de  leur  condition,  sans 
atténuations  élégantes  ni  idéalisme  conventionnel;  mais  ils  ont 
cependant  une  âme  ;  ils  vivent  d'une  vie  supérieure  et  propre- 
ment humaine;  ce  ne  sont  pas  des  brutes  grossières  et  aveugles, 
toutes  dominées  par  leurs  instincts.  Imaginez  tel  de  nos  natura- 
listes ayant  eu  à  traiter  l'idylle  de  Pedro  Juan  et  de  Pilara  :  il 
nous  aurait  peint  sans  doute  une  scène  de  possession  brutale, 
parmi  la  senteur  capiteuse  des  foins  coupés.  Et  dans  l'épisode 
héroïque  de  l'ascension,  qu'aurait-il  vu  autre  chose  que  la  lutte 
désespérée  de  la  bête  humaine  affolée,  se  cramponnant  avec  rage 
à  la  vie?  Dans  les  deux  cas,  toute  la  partie  morale  du  sujet  lui 
aurait  échappé;  et  c'est  là  justement  que  Pereda  est  incomparable. 
Je  ne  vois  guère  qu'un  Tolstoï  qui  sache  au  même  degré  péné- 
trer dans  les  profondeurs  de  l'âme  populaire,  jusqu'aux  sources 
vives  des  éternels  sentiments  humains,  de  la  délicatesse  morale, 
de  l'abnégation  et  de  l'héroïsme.  Le  naturalisme  espagnol  a  plus 
d'un  point  commun  avec  le  naturalisme  russe,  et  la  raison  en  est 
bien  simple,  c'est  qu'ils  sont  l'un  et  l'autre  pénétrés  de  christia- 
nisme. La  conception  chrétienne  de  la  nature  humaine  conduit 
à  une  forme  d'art  un  peu  plus  haute  et  plus  vraie  que  le 
matérialisme  déterministe  et  athée  dont  fait  profession  l'auteur 
de  r Assommoir. 


Les  deux  romans  qui  suivirent  la  Puchera  n'ont  pas  la  même 
importance.  Al  primer  vuelo  fut  écrit  par  Pereda  pour  une  maison 
de  Barcelone,  qui  publie  des  éditions  de  luxe  ;  et  il  faut  prendre 
cette  idylle  en  yacht  pour  ce  qu'elle  est,  un  roman  de  jeunes 
filles,  un  joli  cadeau  de  nouvel  an.  Dans  Nttbes  de  estio  (Nuages 
d'été)  Pereda  développe  cette  idée,  qui  lui  est  chère,  que  chacun 


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358  BORIS  DE  TANNENBERG 

est  bien  chez  lui,  que  les  petites  villes  n'ont  pas  à  copier  les 
grandes,  et  que  dans  une  ville  de  province  toute  imitation  de  la 
capitale  est  condamnée  d'avance  au  ridicule.  Et  Pereda  traite  en 
passant  la  question  du  régionalisme  littéraire  dont  il  prend  natu- 
rellement la  défense.  Il  fait  le  procès  de  la  presse  madrilène,  si 
indifférente  à  toutes  les  questions  littéraires,  et  qui  ne  se  donne 
même  pas  la  peine  de  signaler  les  ouvrages  nouveaux,  surtout  si 
l'auteur  est  un  provincial  ;  et  il  prend  à  partie,  avec  une  vivacité 
extrême,  les  petits  journalistes,  los  chicos  de  la  prensa,  comme  il 
les  appelle  d'une  expression  dédaigneuse  qui  est  restée  dans  le 
langage  courant.  Les  plaintes  formulées  ici  par  Pereda  ont  été 
renouvelées  naguère  par  Galdôs  dans  la  préface  d'une  de  ses 
pièces  '.  Tous  les  écrivains  espagnols  sont  unanimes  à  déplorer 
l'insuffisance  de  la  critique  dans  leur  pays.  M.  Menéndez  y  Pelayo 
se  confine  dans  l'histoire  littéraire  et  les  travaux  d'érudition.  Il 
n'y  a  guère  que  Leopoldo  Alas,  si  populaire  sous  son  pseudo- 
nyme de  Clarin,  avec  sa  verve  humoristique,  son  humeur  batail- 
leuse, et  M"*  Pardo  Bazin,  avec  sa  culture  si  vaste,  sa  rare 
faculté  d'assimilation,  sa  large  sympathie  pour  tout  effort  d'art, 
qui  représentent  en  Espagne  la  grande  critique  d'actualité;  mais 
ni  l'un  ni  l'autre  ne  peuvent  être  tout  le  temps  sur  la  brèche. 

Aux  malveillants  qui  avaient  cru  trouver  dans  les  deux  romans 
précédents  quelques  symptômes  de  décadence,  Pereda  répondit 
naguère  par  un  gros  livre  (1894)  ^^^  ^  produit  un  effet  immense 
en  Espagne  et  où  l'on  a  voulu  voir  non  seulement  un  roman, 
mais  une  œuvre  à  tendances  sociales,  résumant  toute  la  philo- 
sophie de  l'auteur,  qui,  instruit  par  les  années  et  l'infortune  (la 
mort  d'un  fik  tendrement  chéri,  la  catastrophe  qui  faillit  anéan- 
tir sous  ses  yeux  sa  ville  natale),  jette  maintenant  sur  les  choses 
humaines  un  regard  plus  indulgent  et  plus  serein.  Le  livre  est 
intitulé  Pehas  arriba,  et  en  même  temps  que  ce  titre  désigne  le 


I.  Los  Ccndenados,  Madrid,  1895. 


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ÉCRIVAINS  CASTILLANS   CONTEMPORAINS  359 

lieu  de  la  scène^  la  plus  haute  partie  habitée  de  la  Montagne,  la 
seule  que  Pereda  n'eût  pas  encore  décrite,  il  a  aussi  un  peu  la 
signification  symbolique  d'un  cri  (ÏExcelsiory  qui  nous  invite  à 
élever  nos  cœurs  au-dessus  de  nos  conventions  sociales,  de  nos 
besoins  fectices,  de  nos  passions  mesquines,  de  tout  ce  qui  a 
déformé  en  nous  l'homme  primitif,  pour  retourner  à  la  vraie 
nature,  aux  sentiments  naïfs,  à  la  vie  patriarcale,  à  la  véritable 
fraternité  humaine. 

Le  sujet  est  d'une  simplicité  extrême.  Dans  un  de  ces  villages, 
juchés  au  cœur  des  Pyrénées  cantabriques,  où  se  conserve  la 
race  la  plus  pure,  le  genre  de  vie  le  plus  simple,  et  jusqu'où  n'a 
jamais  soufHé  le  vent  des  idées  modernes  et  des  révolutions,  se 
trouve  une  antique  ^05^  solary  habitée  par  un  vieillard,  don 
Celso,  le  fnayora:^go  d'une  ancienne  famille,  exerçant  dans  le  pays, 
depuis  des  générations,  une  sorte  de  pouvoir  patriarcal.  C'est  un 
homme  fait  du  même  bois  que  les  humbles  pâtres  qui  l'entourent, 
habitué  à  la  même  rude  existence  et  aux  mêmes  travaux,  et  ne  se 
distinguant  d'eux  que  par  un  peu  plus  d'avoir  et  d'instruction. 
Il  s'est  fait  l'ami  et  le  conseiller  de  tous  ;  c'est  dans  sa  vaste  cui- 
sine, autour  de  la  cheminée  flambante,  que  les  villageois  se 
réunissent  chaque  soir  pour  la  tertulia,  et  il  a  compris  que  sa 
haute  mission  morale  était  de  se  consacrer  à  ces  braves  gens,  de 
les  instruire,  de  les  diriger.  Mais  il  commence  à  se  sentir  bien 
vieux  ;  son  corps  si  robuste  jusqu'ici  a  subi  les  premières  atteintes 
du  mal  qui  l'enlèvera  bientôt.  Il  se  rappelle  alors  qu'il  doit  avoir 
à  Madrid  un  neveu,  qu'il  ne  connaît  pas,  et  il  se  risque  à  lui 
écrire  pour  l'engager  à  venir  près  de  lui,  parce  qu'il  se  voit  bien 
seul  et  qu'il  veut  avoir  quelqu'un  des  siens  à  son  lit  de  mort. 

Ce  neveu  est  un  homme  d'une  trentaine  d'années,  jouissant 
d'une  certaine  fortune,  qui  s'est  amusé  dans  toutes  les  capitales 
d'Europe  et  se  trouve  justement  un  peu  las  de  sa  vie  de  désœu- 
vré et  d'inutile.  Il  hésite  tout  d'abord  à  accepter  la  proposition  de 
son  oncle;  il  n'a  jamais  aimé  la  campagne  et  craint  de  périr 
d'ennui  dans  la  solitude  de  Tablanca.  Mais  Don  Celso  insisie  et 


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360  BORIS   DE  TANNENBERG 

le  supplie  de  céder  aux  désirs  d'un  mourant;  Marcelo  se  décide 
enfin  à  partir,  en  se  disant  qu'il  feit  une  œuvre  de  charité  et 
qu'après  tout  il  ne  va  pas  s'enterrer  là-bas  pour  toujours.  Il 
arrive  après  un  voyage  très  pénible,  au  milieu  des  neiges,  et  sa 
première  impression  d'isolement  et  de  tristesse  est  navrante.  Son 
oncle,  qui  l'a  reçu  avec  des  transports  de  joie,  lui  assure  pourtant 
qu'il  s'acclimatera  bientôt.  Et  la  moitié  du  livre,  c'est  mainte- 
nant la  montagne  vue  sous  tous  les  aspects,  à  toutes  les  heures 
du  jour,  avec  ses  rochers  abrupts,  ses  défilés  tortueux,  ses  pano- 
ramas grandioses  ;  —  les  expéditions  où  deux  gars  intrépides  font 
connaître  à  Marcelo  les  fortes  émotions  de  la  chasse  à  l'ours,  — 
ses  conversations  avec  le  médecin  Neluco,  un  homme  intelligent, 
épris  de  la  vie  montagnarde,  et  qui  essaye  de  combattre  ses  pré- 
jugés de  citadin;  —  ses  ascensions  avec  le  curé  don  Sabas,  un 
saint  homme,  d'ailleurs  très  vulgaire,  mais  qui  a  une  manière  à 
lui  de  comprendre  la  nature,  de  s'en  pénétrer  par  tous  les  sens,  et 
qui  se  transfigure,  devient  enthousiaste  et  lyrique,  toutes  les  fois 
qu'il  gravit  les  hauts  sommets.  Peu  à  peu  le  jeune  madrilène  se 
sent  moins  dépaysé  et  s'habitue  à  son  existence  nouvelle. 

Un  des  chapitres  les  plus  curieux  du  roman  est  le  récit  de  la 
visite  qu'il  fait,  accompagné  du  médecin  Neluco,  à  un  illustre 
hidalgo  du  voisinage,  le  seigneur  de  Provendaiio.  A  la  porte  d'un 
vieux  manoir,  ils  trouvent  un  homme  d'une  cinquantaine  d'an- 
nées, occupé  à  décharger  une  charrette  ;  dès  qu'il  les  aperçoit, 
il  s'avance  vers  eux  et  les  salue  avec  la  plus  exquise  courtoisie. 
—  «  Je  ne  m'excuse  pas,  dit-il  à  Marcelo,  de  l'occupation  où 
vous  me  surprenez,  car  si  je  trouvais  avilissant  de  m'y  em- 
ployer, je  ne  m'y  emploierais  pas  comme  je  le  fais  souvent.  Elle 
ne  me  donne  pas  le  pain  qui  me  nourrit,  mais  elle  m'aide  à  le 
conserver;  d'ailleurs  elle  me  semble  agréable  et  j'estime  qu'elle 
honore  un  homme.  » 

On  introduit  les  visiteurs,  et  le  maître  de  la  maison  reparaît 
bientôt  en  redingote,  dans  la  tenue  la  plus  correcte.  «  Ne  croyez 
pas,  mon  ami,  dit-il  encore  à  Marcelo,  que  je  me  sois  revêtu  de 


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ÉCRIVAINS   CASTILLANS  CONTEMPORAINS  361 

ces  vêtements  à  la  mode  pour  que  vous  voyiez  que  je  les  pos- 
sède :  une  vanité  aussi  ridicule  est  bien  loin  de  moi.  Mais  il  me 
plaît  de  donner  à  chacun  ce  qu'il  mérite,  et  je  n'ai  pas  encore 
assez  de  liberté  avec  vous,  qui  êtes  gentilhomme  et  homme  du 
monde,  pour  vous  recevoir  dans  ma  maison,  la  première  fois,  en 
costume  de  charretier.  C'est  là  un  devoir  de  courtoisie,  dont  je 
m'acquitte  avec  grand  plaisir.  » 

Ce  gentilhomme  laboureur,  dont  Pereda  a  tracé  la  silhouette  si 
originale  d'après  nature,  paraît-il,  et  avec  une  visible  sympathie, 
est  en  même  temps  un  esprit  très  cultivé  ;  il  a  voyagé,  a  occupé 
des  postes  politiques  importants  et  a  composé  une  dizaine  de 
volumes,  pleins  d'érudition,  sur  l'histoire  de  sa  province.  Lui 
aussi,  comme  le  médecin,  encourage  Marcelo  à  se  fixer  dans  le 
pays  et  à  y  poursuivre  l'œuvre  si  utile   et  si  belle  de  son  oncle. 

Cependant  l'état  de  Don  Celso  s'aggrave  de  jour  en  jour,  et 
son  neveu  le  voit  en  proie  à  une  sombre  tristesse.  Le  vieillard 
lui  avoue  enfin  que  ce  qui  le  désespère,  c'est  de  laisser  aban- 
donnés à  eux-mêmes  ces  pauvres  gens,  dont  il  a  été,  pendant 
toute  sa  vie,  le  protecteur  et  le  soutien.  Devant  l'angoisse  du 
vieillard,  Marcelo,  ému,  lui  promet  de  rester  à  Tablanca  et 
d'essayer  de  le  remplacer.  Cette  promesse  adoucit  les  derniers 
moments  du  vieillard,  qui,  sur  son  lit  de  mort,  le  déclare  en 
présence  de  tous  l'héritier  de  ses  biens  et  de  son  œuvre.  La 
scène  de  la  mort  de  Don  Celso,  où  il  est  administré  devant 
presque  tout  le  village,  est  des  plus  émouvantes  :  bien  des  écri- 
vains ont  raconté  la  beauté  d'une  mort  chrétienne;  je  ne  crois  pas 
qu'on  ait  jamais  traité  pareil  sujet  avec  un  art  plus  sobre,  avec  un 
sentiment  religieux  plus  profond.  Après  la  mort  de  son  oncle, 
Marcelo  retourne  à  Madrid  pour  régler  ses  affaires  et  pour 
s'éprouver  un  peu  :  mais  maintenant  la  vie  de  Madrid  lui  est 
insupportable  et  il  revient  avec  joie  dans  sa  montagne,  où  il  se 
marie  bientôt  après  avec  une  jeune  fille  du  pays,  dont  la  grâce 
simple  et  candide  l'a  charmé. 

Une  analyse  ne  peut  donner  qu'une  bien  pauvre  idée  de  ce 


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3^2  BORIS   DR  TANKENBERG 


beau  livre,  où  il  semble  que  Tinspiration  de  l'écrivain  se  soit 
élargie,  épurée,  comme  sous  Tinfluence  d'une  atmosphère  plus 
vivifiante.  Jamais  il  n'a  chanté  à  la  nature  un  hymne  plus  magni- 
fique et  plus  ému  :  on  a  pu  dire  que  ce  roman,  par  le  charme 
austère  de  son  paysage,  si  voisin  du  ciel,  donne  parfois  le  ver- 
tige des  hauteurs.  Jamais  non  plus  l'âme  du  romancier  ne  s'est 
ouverte  à  une  plus  ardente  sympathie  humaine.  Ses  montagnards, 
hôtes  des  cimes  solitaires,  au  tempérament  vigoureux,  à  l'âme 
croyante,  attachée  fermement  aux  anciennes  coutumes,  sont, 
comme  ses  marins,  une  race  chère  à  son  cœur  d'humbles  héros 
et  de  martyrs,  exposés  à  toutes  les  inclémences  du  ciel,  faits  à  la 
vie  rude  de  labeur  et  de  privations.  Et  la  conclusion  qui  ressort 
du  livre  — sans  que  Pereda  ait  voulu  soutenir  une  thèse,  car  il 
est  artiste,  et  non  sociologue  —  c'est  que  l'âme  populaire  ren- 
ferme des  trésors,  qu'en  elle  résident  les  espérances  de  l'avenir. 
Ce  qui  caractérise  notre  époque,  c'est  que  la  vie  spirituelle  est 
paralysée,  que  la  foi  au  surnaturel  et  à  l'idéal  n'existe  plus.  Aux 
hommes  de  bonne  volonté,  comme  Marcelo,  à  se  rapprocher  du 
peuple  et  de  la  nature  pour  se  retremper  à  leur  contact,  et  à  pré- 
parer ainsi  l'œuvre  future  de  la  régénération  sociale. 

La  dernière  publication  de  Pereda  est  une  courte  nouvelle, 
Pachin  G(m:(dle^  (1896),  où  il  trace  un  tableau  saisissant  de  la 
catastrophe  de  Santander,  cette  effroyable  explosion  d'un  navire 
chargé  de  dynamite,  qui  détruisit  une  partie  de  la  ville  et  fit  un 
nombre  incalculable  de  victimes.  Il  appartenait  à  l'art  de  fixer 
dans  une  œuvre  durable  le  souvenir  de  scènes  inoubliables  pour 
ceux  qui  en  furent  témoins,  et  dont  la  tragique  horreur  dépasse 
toute  imagination. 

VI 

Telle  est,  dans  son  ensemble,  l'œuvre  de  Pereda,  œuvre  de 
rare  probité  littéraire  et  de  haute  valeur  morale,  bien  faite  pour 
inspirer  à  la  fois  l'admiration  et  le  respect.  Pereda  occupe  aujour- 


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ÉCRIVAINS   CASTILLANS   CONTEMPORAINS  363 

d'hui  en  Espagne  une  situation  unique  :  il  est  pour  la  jeune  géné- 
ration le  maître  vénéré  entre  tous,  autant  pour  la  noblesse  de 
son  caractère  que  pour  la  mâle  vigueur  de  son  génie.  Il  repré- 
sente la  tradition  nationale  et  religieuse;  et  ceux  même,  qui  ne 
partagent  pas  toutes  ses  idées,  admirent  cette  foi  robuste,  cette 
fidélité  inébranlable  à  tout  ce  que  légua  le  passé  de  plus  beau  et 
de  plus  glorieux.  Cest  dans  les  provinces,  notamment  en  Cata- 
logne, que  Pereda  trouva  tout  d'abord  ses  plus  ardents  admira- 
teurs. On  le  salua  avec  enthousiasme  comme  le  grand  écrivain 
régional  à  opposer  aux  littérateurs  madrilènes;  mais  Madrid  a 
tenu  à  l'adopter  tout  à  fait  à  son  tour.  L'an  dernier,  Pereda,  par 
une  faveur  exceptionnelle,  quoique  ayant  sa  résidence  à  Santan- 
der,  fut  reçu  membre  de  l'Académie  espagnole,  dont  il  n'avait 
été  jusqu'alors  que  correspondant.  Séance  mémorable,  qui  mit 
en  présence  les  deux  écrivains  les  plus  populaires  de  l'Espagne. 
Pérez  Galdôs  était  chargé  de  souhaiter  la  bienvenue  à  son  illustre 
ami.  Il  le  fit  avec  une  bonne  grâce  et  une  modestie  charmantes.  Il 
sut  exprimer  la  séduction  exercée  par  Pereda  sur  tous  ceux  qui  l'ont 
approché.  Il  évoqua  en  des  pages  exquises  les  souvenirs  de  leur 
ancienne  amitié,  que  les  discussions  les  plus  vives  ne  purent  jamais 
troubler.  «  Je  me  souviens,  dit-il,  que  dans  les  premiers  temps 
de  notre  amitié,  il  y  a  de  cela  vingt-cinq  ans,  nos  conversations 
se  terminaient  souvent  en  disputes,  dont  la  vivacité  ne  dépassa 
jamais  d'ailleurs  les  limites  de  la  cordialité.  Souvent,  poussé  par 
mon  naturel  conciliateur,  je  cédais  de  mes  opinions.  Pereda  ne 
céda  jamais.  Il  est  irréductible,  homogène,  et  d'une  consistance 
qui  exclut  toute  désagrégation.  Plus  facilement  conquérait-il  dans 
mon  domaine  des  zones  relativement  vastes,  que  moi  chez  lui 
quelques  pouces  de  terrain.  Mais  ces  zones  étendues,  il  est  juste  de 
le  dire  avec  ingénuité,  il  les  perdait  de  nouveau  quand  nous  nous 
séparions,  et  le  pouce  de  terrain,  si  par  hasard  j'arrivais  à  le  gagner 
au  prix  de  grands  efforts,  était  de  nouveau  repris  par  mon  adver- 
saire, et  à  la  première  nous  nous  retrouvions  comme  avant,  lui 
avec  ses  croyances,  moi  avec  mes  opinions.  Et  c'est  avec  inten- 


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364  BORIS  DE  TANNEKBERG 

tion  que  j'emploie  ces  deux  termes,  pour  indiquer  que  Pereda 
avait  sur  moi  cet  avantage  de  ne  pas  connaître  le  doute.  Voilà 
aussi  la  différence  entre  nos  deux  caractères  considérés  littéraire- 
ment :  Pereda  ne  doute  pas;  moi,  si.  Toujours  j'ai  vu  mes  con- 
victions obscurcies  en  quelque  partie  par  des  ombres  venues  je 
ne  sais  d'où.  Lui  est  un  esprit  serein  ;  moi,  je  suis  un  esprit  trou- 
blé, inquiet.  »  Le  morceau  n'est-il  pas  délicieux  ?  Je  ne  l'ai  cité 
que  pour  inspirer  à  mes  lecteurs  le  désir  de  lire  le  discours  tout 
entier;  c'est  le  plus  bel  hommage  qui  ait  été  rendu  à  l'auteur  de 
Sotile:(a. 

Les  romans  de  Pereda  sont  encore  presque  inconnus  en  dehors 
d'Espagne  :  il  est  à  désirer  que  des  traductions  bien  faites  leur 
assurent  la  place  à  laquelle  ils  ont  droit  dans  la  littérature  euro- 
péenne de  notre  temps.  Je  reconnais  d'ailleurs  que  la  besogne  est 
malaisée;  je  ne  connais  pas  d'auteur  castillan  plus  difficile  à  tra- 
duire. Le  problème  de  trouver  des  équivalents  aux  expressions 
pittoresques  du  langage  populaire  est  à  peu  près  insoluble  :  voilà 
pour  le  dialogue.  Dans  la  narration,  le  style  de  Pereda  est  d'une 
ampleur  périodique  souvent  excessive  :  pour  le  traduire,  il  faut 
se  résoudre  souvent  à  couper,  à  désarticuler  les  phrases'.  Souhai- 
tons qu'un  écrivain  de  race  latine  puisse  gagner,  en  France  et 
ailleurs,  des  lecteurs  et  des  lectrices  par  des  qualités  plus  saines 
que  le  sensualisme  énervant  et  raffiné  d'Annunzio.  Tous  nos  livres 
d'imagination  portent  aujourd'hui  l'empreinte  d'un  vague  senti- 
ment néo-chrétien  :  ne  serait-il  pas  curieux  —  et  instructif  — 
d'opposer  au  mysticisme  suspect  de  nos  dilettantes  la  foi  virile  et 
sincère  du  seul  grand  romancier  catholique  de  notre  temps  ? 

Boris  DE  Tannenberg 

I .  J*estime  cependant  qu'un  traducteur  adroit  pourrait,  au  prix  de  quelques 
sacrifices,  présenter  au  public  français,  sinon  les  Escenas  Montahesas  ou  El  sahor 
de  la  tierruca,  au  moins  La  Pucl)era.  Il  existe  déjà  une  traduction  louable  de 
Pedro  Sdnclje^j  mais  malheureusement  enfouie  dans  la  collection  de  la  Revue 
Britannique,  où  peu  de  curieux  iront  la  chercher,  et  une  traduction  (cruellement 
mutilée)  de  Sotile^a  parait  en  ce  moment  dans  la  Rçvue  des  DeiiXrMondfs, 


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MECHANICA    DE    ARISTOTILES 


Charles  Graux,  dans  son  excellent  Essai  sur  les  angines  du  fonds  grec  de 
VEscurial  *  parle  en  ces  termes  de  Tacadémie  aristotélique  ou  aristotélicienne 
a  fondée  par  les  Pères  du  Concile  pour  occuper  les  loisirs  des  longs  hivers  de 
Trente  »  : 

«  L'ouverture  de  la  session  tardait.  Les  savants  théologiens  qui  se  trouvaient 
envoyés  dans  cette  petite  ville,  morte  en  temps  ordinaire  à  la  vie  intellectuelle, 
s'arrangèrent  pour  passer  le  temps  de  la  façon  la  moins  désagréable  qu'il  fût 
possible.  Chacun  avait  apporté  avec  soi  quelques  livres  pour  se  délasser  quel- 
quefois des  controverses  théologiques.  Diego  de  Mendoza,  qui  devait  assister 
au  concile  comme  représentant  de  l'empereur  Charles-Quint,  fit  venir  de 
Venise  la  riche  collection  de  manuscrits  grecs  et  autres  livres  que,  depuis 
plusieurs  années,  il  s'occupait  d'y  réunir.  On  se  prêta  mutuellement  ses  livres  : 
ceux  qui  avaient  des  manuscrits  permirent  à  leurs  compagnons  d'exil  d'en  prendre 
des  copies.  Plusieurs  firent  le  voyage  de  Venise  pour  y  acheter  les  volumes  dont 
ils  sentaient  le  besoin,  et  fournir  leur  contingent  à  la  communauté.  Le  goût  de 
la  philosophie  et  aussi  du  grec  était  général  parmi  ces  ecclésiastiques,  en 
majeure  partie  italiens.  Les  doctrines  le  plus  en  faveur  au  sein  de  cette  docte 
assemblée  étaient  sans  contredit  celles  d'Aristote  et  de  la  scolastique.  Mendoza 
et  le  petit  groupe  des  Pères  espagnols  partageaient  ces  mêmes  préférences.  De 
la  réunion  de  ces  hommes  éminents  dans  une  petite  cité  et  des  loisirs  dont  ils 
jouissaient  malgré  eux,  sortit  une  académie  aristotélique,  qui  ne  devait  durer  que 
ce  que  dura  la  première  session  du  concile,  mais  qui  entretint  alors  à  Trente 
un  foyer  très  vif  d'érudition,  et,  notamment,  ne  paraît  pas  avoir  été  sans 
influence  sur  le  développement  que  reçut  la  renaissance  des  lettres  en 
Espagne*.  » 

1.  Paris  :  F.  Vieweg,  1880,  in -8,  xxxi-$29  pp.  (Bibliothèque  de  l'École  des 
Hautes  Études,  46^  fascicule.) 

2.  pp.  79.80. 


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366  DIEGO   HURTADO  DE  MENDOÇA 

«  Mendoza...  avait  formé  le  plan  d'expliquer  et  d'éclaircir  d'un  bout  à  Tautre 
les  œuvres  d'Aristote.  Ce  que  sont  devenues  les  notes  qu'il  avait  prises  à  cet 
effet,  c'est  ce  que  personne  n'a  jamais  su  dire.  L'unique  fruit  qui  nous  ait  été 
conservé  de  ses  études  dans  ce  genre  est  une  traduction  en  castillan  de  la 
Mécanique  d'Aristote  ;  elle  se  trouve  encore,  à  l'heure  qu'il  est,  inédite  à  la 
Bibliothèque  de  TEscurial,  où  l'on  en  peut  consulter  deux  copies'.  » 

La  traduction  de  la  Mécanique  d'Aristote  a  été  faite  par  Mendoza,  à  Trente, 
en  1545  >  une  lettre  de  Juan  Paez  de  Castro  à  Zurita,  datée  du  10  août  de  cette 
même  année,  ne  laisse  aucun  doute  à  cet  égard  :  «  Agora  entendemos  en  la 
Mechanica  de  Aristoteles,  demostrando  grandes  cosas,  porque  el  (Mendoza)  la 
tiene  trasladada  en  romance,  y  le  ha  hecho  glossa'».  Les  seuls  manuscrits 
connus  de  cette  traduction  sont  à  la  Bibliothèque  de  TEscurial.  Le  premier 
(f.  iij  15)  est  de  la  main  d'un  secrétaire  ou  d'un  copiste  et  porte  de  très  nom- 
breuses corrections  el  modifications  de  la  main  de  Mendoza  ;  c'est  d'après  ce 
manuscrit  que  je  publie  la  Mechanica,  lia  37  ff.  ch.  (254  X  177  mm.);  au  verso 
du  dernier  des  trois  feuillets  de  garde  on  lit  :  «  Pareze  hauerlas  traduçido  Don 
dio  de  mendoça  por  el  borrador  y  carta  suya  que  se  hallo  entre  sus  papeles.  » 
Au  bas  du  premier  feuillet  de  texte  se  trouve  la  mention  «  D.  Di»  de  M*  ». 

Le  deuxième  manuscrit  (f.  iij  27)  est  une  copie,  fort  défectueuse,  du  précé- 
dent. Il  se  compose  de  24  ff.  ch.  et  est  de  la  même  époque  que  le  premier, 
mais  d'une  écriture  différente. 

Un  troisième  manuscrit  a  échappé  à  Charles  Graux  :  il  est  incomplet  ,1e  copiste, 
rebuté  peut-être  par  l'aridité  du  texte,  n'ayant  même  pas  achevé  le  chapitre 
premier.  Ce  manuscrit  se  trouve  dans  un  recueil  de  Papeles  varioSy  coté  K  iij  8  : 
il  y  occupe  les  ff.  469  à 485.  La  lettre  d'envoi)  qui  sert  d'introduction  à  la 
traduction  de  la  Mechanica  est  précédée,  dans  ce  troisième  manuscrit,  de  la 
suscription  «  Al  Illmo  senor  el  Duque  de  Alua,  Marques  de  Coria,  Capitan 
gênerai  de  Espana  0  qui  ne  figure  pas  dans  les  deux  autres. 

R.  Foulché-Delbosc. 


1.  p.  168. 

2.  Dormer,  Progresoî..,,  pp.  462-464. 

3.  Charles  Graux  a  publié  quarante-deux  lignes  (le  début  et  la  fin)  de  cette 
lettre,  aux  pp.  357-358  de  son  Essai, 


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MECHANICA   DE   ARISTOTILES 


Illustrissimo  Senor 

Despues  que  en  Toledo  parti  de  y*  S*  mi  principal  proposito 
a  sido  ocupar  el  tiempo  que  me  sobraua  de  négocies,  en  ver  y 
reconoçer  las  obras  de  Aristotiles  por  los  interprètes  y  testes 
que  han  venido  a  mis  manos,  y  Uegando  a  las  preguntas  mecha- 
nicas  que  estan  a  la  fin  del  libro  acordeme  quanto  V*  S*  solia  ser 
dado  a  la  sciençia  de  mathematica,  y  como  la  mechanica  sea  la 
platica  de  ella,  y  ella  la  theorica  de  la  mechanica,  y  la  theorica 
sea  casi  un  vano  inutil  studio  sin  la  platica,  vinonae  en  voluntad 
traduzir  en  castellano  esta  obra  y  embiarla  a  V*  S*  porque  vea 
quan  propria  y  holgadamente  se  puede  traduzir  del  griego  en 
nuestra  lengua  sin  passar  por  la  latina,  y  tanbien  porque  se 
conozca  la  utilidad  que  sale  de  las  sciencias  mathematicas,  puestas 
en  obra  para  estas  cosas  que  cada  dia  nos  van  entre  las  manos, 
y  tanto  mayor  voluntad  me  vino  de  hazerlo,  quanto  conozco  el 
grado  y  qualidad  que  se  vee  en  la  persona  de  V*  S*  tener  mas 
neccessidad  de  tal  facultad  para  acompanar  su  profession,  porque 
los  principes  y  capitanes,  o  es  conveniente  ocuparse  en  exerçiçios 
y  empresas  de  guerra,  o  en  edifiçios  grandes  y  suntuoso^.  Para 
lo  uno  y  para  lo  otro  séria  neçessario  o  el  inventar  nuevas 
machinas  y  ingenos,  o  anadir  sobre  los  inventados,  pues  como 
la  fuerça  del  arte  mechanica  consista  en  esta  parte,  no  pienso  que 
dexara  de  ser  agradable  a  ¥•  S*  el  conoçimiento  de  ella,  y  porque 
el  libro  pareceria  mas  diffiçil   de  lo  que  el  es  de  si  quando  se 


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[68  DIEGO   HURTADO   DE   MENDOÇA 

entrasse  desnudamente,  acordare  lo  que  se  me  offreçe  con  obli- 
[arme  a  déclarât  lo  que  entendiere  de  aquello  que  se  dudara  en 
i  particular  de  la  obra,  y  con  dezir  que  fue  ya  traduzida  y 
omentada  por  Nicolo  Leonico  grande  y  docto  hombre  en  letras 
atinas  y  griegas;  mas  como  no  supo  mathematicas  entendio  mal 
a  sçientia,  y  por  esto  las  palabras,  ansi  que  erro  en  el  sentido  y 
n  la  letra. 

El  fin  de  Aristotiles  fue  introducir  al  mathemathico  en  aquella 
>arte  de  la  platica  y  uso,  espeçialmente  de  Geometria  a  que 
lamamos  Mechanica  y  para  hazer  mas  holgadamente  este  effecto 
>uso  exemplos  en  cosas  tractables  y  aun  baxas  como  es  su 
ostumbre  en  otràs  obras,  y  lo  fue  de  Platon,  y  los  que  passaron 
ntes  del  uno  y  del  otro.  El  libro  contiene  prinçipios  o  funda- 
nentos  por  donde  se  consiga  mas  façilmente  este  fin. 

Lo  que  movio  el  author  a  escrevir  fue  la  duda  y  diflScultad  que 
onoçio  en  el  juntar  la  pratica  con  la  theorica  en  las  sçiençias 
nathematicas,  y  el  quitar  a  los  animos  de  la  gente  la  maravilla 
|ue  la  ignorançia  de  la  causa  de  estas  obras  mechanicas  les 
raxo. 

La  utilidad  que  se  puede  haver  del  libro,  es  mover  con  pequena 
uerça  grandes  pesos  mediante  los  ingenios  y  machinas,  y  con 
stos  ayudarnos  de  naiuraleza  o  forçandola  o  aventajandola  para 
mestro  uso.  El  libro  es  de  Aristotiles  aunque  algunos  duden  por 
iertas  preguntas  que  pareçen  en  el  impertinentes  que  no  lo  son, 
'  podrian  ser  anadidas  i  por  hallarse  en  el  prinçipios  différentes, 
.  los  que  en  otras  sus  obras  uso  siendo  el  escritor  tan  conforme 
^  constante  en  todas  sus  opiniones.  El  estilo  del  es  diffiçil  y 
scuro  por  la  brevedad  y  mal  castigada  la  letra;  la  causa  desto 
lize  Estrabon  la  de  aquello  Ammonio  y  otros  autores.  Todo  el 
ibro  se  divide  en  quatro  partes,  aunque  sea  la  manera  del  pro- 
eder  por  via  de  preguntas.  En  la  primera  trata  los  prinçipios  en 
[ue  prueba  como  lo  que  se  haze  por  via  de  ingenios  se  refiere 
►rimero  al  çirculo,  despues  al  peso,  despues  al  pie  de  cabra  o 
►alanca.  En  la  segunda  lo  que  se  refiere  a  la  palanca  o  pie  de 


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MECHANICA   DE   ARISTOTILES  369 

cabra.  En  Ja  terçera  lo  que  al  peso.  En  la  quarta  lo  que  al 
circule  :  mas  mezcla  las  unas  preguntas  con  las  otras  segun  es 
neçessario  ayudarse  para  demostrar  su  proposito. 

Y  porque  todo  Geometra  o  Mathematico  suele  tomar  çiertos 
presupuestos  o  sacados  de  otras  facultades,  las  quales  presupone 
aquella  de  que  el  trata  o  traidos  de  lo  que  natura  comunmente 
imprime  en  los  animos  de  los  hombres,  y  la  mechanica  tiene 
parte  en  Mathematica  en  quanto  al  como  se  hazen  los  effectos,  y 
en  sçiençia  natural  en  quanto  el  de  que  se  hazen  seran  estos 
prinçipios  mezclados  de  la  una  y  la  otra,  los  quales  Aristotil 
dexo  de  dezir  por  haverlo  dicho  en  otras  partes. 

C  Para  que  aya  movimiento  es  neçessario  peso  o  carga  move- 
dor,  lugar  aparejado  en  que  puedamover. 

C  Que  ay  movimiento  segun  natura  y  fuera  de  natura. 

C  Que  el  movimiento  que  en  el  çirculo  es  fuera  de  natura  es 
en  la  linea  segun  natura  y  por  el  contrario. 

C  El  movimiento  circular  y  el  recto  son  simples,  los  otros 
son  compuestos  de  recto  y  circular. 

C  Que  no  ay  movimiento  derechamente  contrario  al  cir- 
cular. 

C  Que  se  dize  una  cosa  moverse  en  diversas  maneras  mas 
quando  se  mueve  a  lugar  se  dize  ser  Uevada  y  el  acto  de  moverse 
Uevamiento;  los  otros  se  dizen  movimientos,  aunque  por  razon 
de  la  lengua  se  usa  comunmente  deste  vocablo  movimiento. 

C  La  cosa  movida  se  dize  en  dos  maneras  o  movida  y  que 
mueve  como  el  instrumente  o  movida  sin  mover  como  la  carga. 

C  El  primer  movedor  siempre  viene  de  fuera  en  las  machinas. 

C  El  lugar  donde  se  haze  el  movimiento  a  de  ser  basiante  a 
sostener  lo  que  es  movido,  ora  sea  instrumento,  ora  sea  carga. 

C  Ninguna  cosa  corporea  mueve  naturalmente  sin  moverse 
quando  mueve. 

C  Aquel  se  dize  medio  en  cantidad  que  se  juntan  en  el  dos 
estremos  de  cantidades  yguales. 

C  Aquel  se  dize  medio  en  peso  que  se  juntan  en  el  dos*  pesos 

Rexmt  hispanique.  34 


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370  DIEGO    HURIADO   DE    MENDOÇA 

yguales  en  peso,  aunque  sean  desiguales  en  cantidad,  y  este  medio 
es  centre. 

C  Que  las  cosas  que  se  mueven  en  circule,  y  tienen  tamano 
van  al  çentro,  y  esto  sirve  para  los  tornos  y  las  vides. 

C  Qpe  las  cosas  que  se  mueven  de  si  por  linea  recta  y  tienen 
tamano  van  al  çentro,  y  esto  sirve  para  los  contrapesos. 

C  Que  el  puncto,  linea,  superficie  tienen  realmente  cuerpo 
material  sensible  demas  del  tamano. 

C  Que  moviendose  toda  una  linea  a  una  parte  se  puede  raover 
un  punto  en  ella  juntamente  a  otra  parte  o  a  la  misma  mas  tarde 
mas  presto  o  en  el  mismo  tiempo,  lo  mismo  en  la  superficie  o 
cuerpo,  porque  las  cosas  mechanicas  van  sobre  cuerpos  movibles 
reaies  materiales. 

C  Puede  en  un  caso  descrivir  primero  un  diametro  de  una 
linea  o  dos  que  se  junten  en  un  mismo  çentro,  y  moviendo 
aquella  linea  sobre  el  çentro  descrivira  un  circulo  si  con  los 
cabos  solos  sera  çirculo,  si  con  toda  sera  superficie  çircular,  esto 
sirve  para  las  ruedas  que  se  mueven  echadas  y  para  los  contra- 
pesos y  pie  de  cabra. 

Puedese  descrivir  un  çirculo  sobre  el  çentro  y  despues  tirar  el 
diametro^que  sirve  para  las  ruedas  de  toda  suerte. 

La  machina  o  es  para  mover  o  para  mover  y  sostener  o  para 
sostener  para  mover  como  los  tiros  y  pertrechos  y  artillerias. 
Desto  se  pone  exemplo  en  la  honda  en  las  cosas  que  son  arrojadas 
en  alto,  baxo,  o  por  derecho. 

Para  mover  y  sostener  como  los  contrapesos  e  ingenios  estos 
mueven  o  tirando  a  si  o  echando  de  si  o  apartando  tirando  :  assi 
son  las  cosas  que  se  hazen  por  vides,  tornillos,  el  exemplo  en  lo 
que  es  traido  en  remolino  por  el  agua,  garruchas,  cabestrantes, 
traviessas  de  telares,  ruedas  de  oUeros,  las  que  mueven  y  sostie- 
nen  echando  de  si  remos,  antenas  y  arbol  y  vêla,  ygualadores  de 
tierras,  las  que  sosteniendo  mueven  y  apartan  son  alçaprimas 
como  palanca,  timon,  en  estos  entran  los  que  debilitan  moviendo 
como  el  gatillo  de  sacar  dientes,  el  instrumente  que  antigua- 


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MECHANICA  DE  ARISTOTILES  37I 

mente  se  usava  de  partir  nuezes,  de  los  que  solamente  sostienen 
son  fundamentos  de  edifiçios,  suelos  de  yngenios,  se  pone 
exemple  en  las  camas  de  cordeles,  en  los  travessanos  con  que 
llevan  carga  los  ganapanes,  en  los  lenos  que  se  parten  con  las 
rodillas  y  las  manos,  en  las  havas  del  mar  que  con  el  movimiento 
se  deshazen  porque  quanto  menos  fuertes  menos  sostîenen. 

Esto  es  lo  que  pareçe  que  se  puede  presuponer  para  clareza  de 
esta  obra,  y  lo  que  en  ella  nos  quiso  Aristotiles  dar  a  entender 
por  baxos  y  tratables  exemplos  sin  entrar  en  mayores  pruevas  y 
Honduras  de  razones;  y  de  la  verdad  de  ello  sera  V*S*  satisfecho 
con  las  razones;  y  demostraçiones  que  ay.  No  sera  menester 
escusar  la  manera  del  estilo  y  vocablos  que  en  nuestra  lengua 
pareçen  estrafios,  porque  la  materia  no  sufre  otro  ornamento  sino 
dezirse  llanamente  y  la  scientia  es  desusada,  ansi  que  lo  seran 
tanbien  los  vocablos  de  los  principios  délia. 

LA  MECHANICA  DE  ARISTOTILES 

Solemonos  maravillar  de  las  cosas  que  aconteçen  segun  natu- 
raleza,  de  las  quales  la  causa  no  se  sabe  y  de  las  que  fuera  de 
naturaleza  que  son  por  arte  para  el  uso  de  los  hombres  fabricadas 
porque  en  muchas  cosas  la  naturaleza  haze  al  contrario  de  lo  que 
a  nosotros  es  util  que  ella  siempre  tiene  una  misma  manera  sin 
composicion  propria,  mas  aquello  que  es  util  de  muchas  maneras 
se  muda,  Ansi  que  quando  conviene  obrar  algo  fuera  de  natura- 
leza, por  la  difficultad  se  nos  représenta  duda  y  ay  necessidad  del 
arte,  por  esto  llamamos  mechanica  a  la  parte  del  arte  que  en 
taies  dudas  socorre,  y  esta  como  dixo  Antipho  poeta  que 

Vençemos  con  el  arte  aquellas  cosas 
En  que  somos  vençidos  de  natura. 

Tal  es  aquello  en  que  lo  menos  puede  soiuzgar  lo  que  es  mas, 
y  lo  que  teniendo  poca  caida  mueven  gran  peso,  i  de  las  pre- 
guntas  quasi  quantas  llamamos  mechanicas  son  estas  entre  ias 


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DIEGO   HURTAÛO   DE   MENDOÇA 


Lirales,  ni  del  todo  naturales  ni  muy  apartadas 
munes  a  las  especubçiones  mathematicas  y  natu- 
^1  como  es  manifiesto,  por  las  mathematicas,  y  el 
naturales,  en  este  genero  de  dudas  se  contienen 
al  pie  de  cabra  o  pabnca  porque  pareçe  estrano 
so  movido  de  pequena  fuerça  y  esto  con  mas  peso 
lo  que  sin  palanca  uno  no  puede  mover,  aquello 
con  mayor  presteza  la  pesadumbre  de  la  palanca 
ismo  peso  de  mas,  el  principio  de  la  causa  en  todo 
1  çirculo  y  con  derecha  razgn,  porque  no  es  nada 
»e  una  cosa  maravillosa  de  otra  mas  admirable, 
la  cosa  es  hazerse  juntas  entre  si  dos  contraricdades 
s  compuesto  de  taies,  porque  en  un  instante  se 
:  esta  quedo  y  se  mueve  la  natura  de  lo  quai  es 
si,  de  donde  a  los  que  esio  consideran  menos  son 
as  contrariedades  que  se  oflFreçen  en  el. 


I 


te  en  la  linea  que  rodea  el  çirculo,  la  quai  en  nin- 
ne  anchura,  se  muestran  en  cierta  manera  dos 
e  si  que  son  lo  concavo  i  lo  corvo,  estos  diffieren 

lo  grande  y  lo  chico,  porque  el  medio  entre  lo 
hico  es  lo  ygual,  y  entre  la  concavo  y  corvo  lo 
jue  trocados  entre  si  es  neçessario  hazerse  las  lineas 

yguales  antes  que  qualquiera  de  los  estremos  o 
)  y  la  linea  hazerse  derecha  quando  de  cor\'a  en 
oncava  torna  otra  vez  en  corva  o  çircular.  En  esto 
i  estraneza  quanto  al  çirculo,  otra  estraneza  demas 
e  se  mueve  en  contrarios  movimientos  el  çirculo 
/e  juntamente  hazia  el  lugar  de  adelante  y  hazia 
e  desta  manera  la  linea  que  descrive  el  çirculo  que 
onde   el    primero  comiença  :   en   aquel  mismo 


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MECHANICA   DE   ARISTOTILES  373 

comiença  otra  vez  el  fin  délia  que  moviendose  esta  continamente 
lo  que  era  en  ella  postrero  viene  a  ser  otra  vez  primero,  ansi  que 
pareçe  claro  haverse  mudado  de  allî  y  por  esto  (como  primero 
se  dixo)  no  es  esirano  ser  el  circulo  de  rodas  estas  maravillas  el 
prinçipio. 

Lo  que  se  haze  pues  en  el  peso  se  refiere  al  çirculo,  y  lo  que 
con  la  palanca  al  peso  y  ansi  todo  lo  otro  que  por  movimientos 
de  ingenios  se  haze  a  la  palanca.  Demas  desto  por  el  ser  una  la 
linea  que  sale  del  centro,  y  ningun  puncto  que  se  de  en  ella  ser 
llevado  con  ygual  presteza  que  el  otro  punto  :  antes  siempre  mas 
presto  aquel  que  mas  lexos  esta  del  çentro  se  offreçen  en  los 
movimientos  de  los  circulos  muchas  cosas  de  maravilla,  de  que 
en  las  questiones  que  se  han  de  tratar  se  hara  manifiesto. 

Y  porque  el  çirculo  se  mueve  juntamente  en  movimientos 
contrarios  que  el  uno  de  los  cabos  de  la  linea  que  passa  por 
medio  a  que  llamamos  diametro  que  es  donde  esta  A  se  mueve 
adelante,  y  el  otro  que  es  donde 
esta  B  atras  conçiertan  algunos 
como  muchos  circulos  contra- 
rios entre  si  se  muevan  junta- 
mente por  un  movimiento, 
como  son  los  que  ponen  en  lugares  sagrados  haziendo  bolas  de 
cobre  y  de  hierro  porque  si  al  çirculo  en  que  esta  AB  fuere 
iuntado  otro  çirculo  en  que  este  CD  movido  hazia  delante  el 
diametro  del  çirculo  AB  moverse  a  hazia  tras  el  de  CD 
moviendose  iuntamente  con  el  diametro  del  çirculo  A  luego 
muevese  al  contrario  el  çirculo  en  que  es  C  D  al  en  que  es  A  B 
y  tanbien  el  mismo  C  D  movera  al  contrario  de  si  al  en  que 
fuere  EF  estando  junto,  por  esta  causa  si  fueren  muchos  haranlo 
de  la  misma  manera  movido  cl  uno  solamente,  Ansi  que  consi- 
derando  ser  esta  naturaleza  en  el  circulo  los  maestros  fabrican 
instrumentes  i  cubren  el  prinçipio  para  que  este  descubierto 
solamente  lo  que  maravilla  del  ingenio  y  la  causa  dello  sécréta. 

Lo  primero  pues  se  duda  en  las  cosas  que  se  oflFreçen  en  el 


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DIEGO   HURTADO   DE  MENDOÇA 


'  que  causa  son  tnas  justos  los  grandes  pesos  que  los 
s,  El  prinçipio  desto  es  porque  en  el  çirculo  la  linea  que 
arga  del  çentro  es  traida  con  mas  presteza  que  la  menor 

mas  çerca,  movidas  entramas  con  una  misma  fuerça,  En 
leras  se  dize  presto,  si  en  menos  tiempo  passa  ygual 
iezimos  ser  presto,  o  si  en  ygual  tiempo  mayor  espaçio, 
nayor  linea  en  ygual  tiempo  descrive  mayor  çirculo, 
o  que  passa  a  fuera  es  mayor  que  lo  que  queda  dentro, 

es  que  la  linea  que  descrive  el  çirculo  es  traida  por  dos 
întos;  pues  quando  lo  que  es  traido  por  dos  movimientos 

alguna  proporçion,  neçessario  es  ser  traido  por  linea 
îsta  hazerse  diametro  de  la  figura  que  hazen  las  lineas 

en  aquella  proporçion. 

L  proporçion  en  que  es  Uevado  lo  que  se  moviere  la  que 
B  a  AC  y  A  sea  Uevado  a  B  y  A  B  por  debaxo  sea 
Uevada  hasta  G  C.  Traigase  tanbien  A 
hasta  D  por  donde  fuere  la  linea  AB 
y  AD  sea  traido  por  abaxo  hasta  E  y 
porque  la  proporçion  del  movimiento 
le  AB  tiene  con  AC  es  neçessario  que  AD  tenga  con 
misma  proporçion.  Luego  sera  el  pequeno  quadrado 
te  en  proporçion  al  mayor  y  ansi  un  mismo  diametro  es 
mos  que  sera  AFG.  Desta  manera  se  podra  demostrar 
quiera  que  se  hallare  este  movimiento,  porque  siempre 
re  diametro,  Luego  esta  claro  que  lo  que  es  Uevado  sobre 
)  por  dos  movimientos  sera  en  proporçion  de  lados, 
>i  en  alguna  otra  no  se  mueve  çerca  del  diametro;  pues 
nguna  proporçion  en  ningun  tiempo  y  por  dos  movi- 
es  Uevado,  impossible  sera  el  movimiento  ser  por  derecho, 
linea  recta,  puesta  esta  por  diametro  y  henchidos  en 
s  lados,  neçessario  es  que  lo  que  es  Uevado  lo  sea  en  pro- 
de  lados  y  esto  se  mostro  primero  ansi  que  no  hara  linea 
}  que  en  ninguna  proporçion  en  ningun  tiempo  fuere 

mas  si  en  alguna  proporçion  o  tiempo  fuere  Uevado, 


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MECHANICA   DE   ARISTOTILES 


37S 


conviene  este  tiempo  ser  movimiento  por  derecho  por  lo  que 

atras  esta  dicho.  Luego  sera  circulât  lo  que  es  Uevado  por  dos 

movimientos  en  ninguna  proporcion  en  ningun  tiempo,  Que  la 

linea  o  diametro  que  descrive  el  çirculo  sea  llevada  por  dos 

movimientos  iuntamente  esta  claro  por  esto,  y  porque  aquello 

que  no  es  Uevado  por  linea  recta  viene  al 

perpendiculo  de   manera  que  se  halla 

otra  vez  perpendicular  despues  del  çentro. 

Sea  el  circulo  ABCD  y  el  cabo  donde 

es  B   sea   Uevado    a   D  algun   tiempo 

vendra  a  C  pues  si  fuesse  Uevado  en  la 

proporcion    que  tienen    BD    con   DC 

serialo   por  el  diametro  donde   es  BC 

mas  aqui,  porque  en  ninguna  proporcion 

es  Uevado  por  la  çircunferencia  seralo 

por  BCD. 

Si  de  dos  cosas  Uevadas  con  una 
misma  fuerça,  una  fuere  rempuxada  mas 
y  otra  menos,  razonable  es  ser  movida  /J^ 
mas  despaçio  la  que  fuere  rempuxada 
mas  que  la  que  lo  fuere  menos,  lo  que 
pareçe  aconteçer  en  la  mayor  y  menor 
linea  que  saliendo  de  un  mismo  çentro 
descriven  los  çirculos  que  por  ser  mas  çerca  de  lo  que  esta  quedo 
(que  es  el  çentro),  el  cabo  de  la  menor  se  mueve  mas  tarde  que 
el  de  la  mayor  como  quien  esta  traido  al  contrario  hazia  el  medio 
que  es  ansi  mismo  el  çentro,  Pues  a  toda  Hnea  que  descrive 
çirculo  aviene  esto  la  que  es  llevada  segun  natura  por  la  çircun- 
ferencia y  la  que  fuera  de  natura  al  traves  y  al  çentro,  mas  la 
menor  es  llevada  por  el  movimiento  fuera  de  natura  mas  porque 
por  el  estar  mas  çerca  del  çentro  que  tira  asi  es  mas  soiuzgada 
Que  fuera  de  natura  se  mueva  mas  la  menor  que  la  mayor  de 
las  que  descrive  el  çirculo  sera  manifiesto  por  esto.  Sea  el  çirculo 
BCDE  y   otro  en  este  meuor   donde  es    NOMP    sobre    un 


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DIEGO    HURTADO    DE   MENDOÇA 


intro  A  y  tirense   diametros  en  el  grande  CDBE  en 

îo  MO  y  NP  y  cumplase  un  quadrado  que  sea  mas 

^  luengo  de  la  una  parte 

DKRC   y  porque    AB 

que  descrive  el  circule 

ha  de  tornar  alli  adonde 

salio;  claro  esta  que  ha 

de  ser  llevada  hazia  si 

misma  AB  por  el  seme- 

jante    AM    vendra    asi 

misma  AM  luego   mas 

tarde    sera  llevada  AM 

que  no  AB  como  dicho 

es,  por  el  hazerse  mas 

desviamiento  y  ser  mas 

retraida  AM  pues  tirese 

del   puncto    L  una   perpendicular  a  la  linea  AB  que 

tî  el  menor  çirculo   despues  dende  el  mismo  puncto 

ma  linea  hasta  el  çirculo  grande  en  frente  de  AB   que 

otra    perpendicular  en   el   mayor  çirculo  a  AB  que 

otra  dende    el  puncto  F  que   sea  FX   las   lineas  ST 

n  yguales  :  luego  BT   sera    menor  que  MQ.  porque 

rectas  yguales  tiradas  sobre  çirculos  desiguales  perpen- 

mte  al  diametro  cortan  menor  parte  del  en  el  mayor 

porque  ST  es  ygual    a  LQ.  en    quanto   tiempo  AL 

ada   por    LM    en  tanto  tiempo   el  cabo   de  BA  sera 

m  movimiento  mayor  que  es  B  S   en  el  mayor  çirculo, 

el  movimiento  que  es  segun  natura  es  ygual,  y  el  que 

natura  menor,  es  a  dezir  menor  es  BT  que  MQ.  mas 

haverse  proporcionalmente  que  como  lo  que  es  segun 

a  a  lo  que  es  segun  natura  :  ansi  lo  que  es  fuera  de 

lo  que  es  fuera  de  natura.  luego  passo  mayor  buelta 

B  pues  de   necessidad  ha  de   haver  passado   en  este 

FB  sera  esto  quando  a  entramos  viniera  lo  que  es 


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MECHANICA   DE  ARISTOTILES  377 

fuera  de  natura  haverse  con  lo  que  es  segun  naiura  proporcio- 
nalmente  si  es  mayor  lo  que  es  segun  natura  en  el  mayor  y  lo 
que  es  fuera  de  natura  tanbien  lo  sea  y  esto  acontecera  sola- 
mente  quando  B  sea  llevado  por  BF  en  tanto  tiempo  como  el 
punto  M  por  ML  y  en  esto  XF  se  haze  çentro  al  punto  B 
porque  va  perpendicularmente  dende  F  y  fuera  de  natura  a  XB 
pues  de  la  manera  que  F  X  sea  con  XB  ansi  LQ.  con  MQ. 
lo  que  es  claro  si  se  juntan  por  BM  con  FL  ni  mas  si  fuere  o 
mayor  o  menor  que  es  FB  aquella  linea  por  donde  es  llevado 
el  punto  B  no  se  havra  en  entramos  de  una  manera,  ni  propor- 
cionalmente  lo  que  es  segun  natura,  con  lo  que  es  fuera  de 
natura.  Luego  por  lo  que  esta  dicho  es  claro  por  que  causa  de 
una  misma  fiierça  sera  llevado  mas  presto  el  punto  que  mas  apar- 
tado  esta  del  çentro  y  descrive  el  mayor  çirculo. 

Por  esto  los  pesos  mayores  son  mas  justos  que  los  menores, 
lo  que  es  claro  por  lo  précédente,  y  porque  el  fiel  que  esta 
quedo  se  haze  çentro  y  la  una  y  oira  parte  del  peso  la  linea  que 
va  fuera  del  çentro,  luego  es  neçessario  moverse  por  una  misma 
fuerça  mas  presto  el  cabo  del  peso  quanto  mas  se  apartare  del 
fiel  y  algo  ser  dudoso  al  sentido  puesta  en  los  pesos  cortos  la 
carga,  y  puesta  en  los  grandes  manifiesto,  porque  nada  estorva 
moverse  una  cantidad  menos  que  lo  que  puede  ser  claro  a  la 
vista;  mas  en  los  grandes  pesos  la  grandeza  haze  sensible  la  misma 
carga  y  algunas  cosas  son  en  ambos  claras  aunque  mucho  mas  en 
los  mayores,  por  el  hazerse  el  tamaiio  de  la  caida  con  una  misma 
carga  muy  mayor  en  los  grandes  :  luego  por  esto  los  que  venden 
la  purpura  procuran  pesar  tranpeando  sin  poner  el  fiel  en  medio 
y  encaxando  plomo  al  un  braço  del  peso  o  haziendo  caer  adonde 
quieren  aquella  parte  del  madero  que  fuere  de  hazia  la  raiz  o  el 
nudo,  si  lo  toviere  por  ser  lo  mas  pesado  del  palo  adonde  cae  la 
raiz  y  el  nudo  ser  raiz. 


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378 


DIEGO  HURTADO  DE  MENDOÇA 


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N 

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V 

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M 


Porque  si  el  fiel  estoviere  arriba  quando  la  carga  que  esta 
abaxo  se  quita,  el  peso  toma  a  subir  en  alto;  y  si  esta  abaxo  no 
sube  sino  quedase  ?  Porque  estando  el  fiel  arriba,  lo  mas  del  peso 
esta  fuera  del  perpendiculo  o  raya  que  va  derecha  de  alto  abaxo 
mas  el  fiel  es  esta  raya  o  perpendiculo, 
luego  es  necessario  venir  hazia  baxo  lô 
mas  hasta  que  la  raya  que  parte  el  peso 
en  dos  partes  yguales  tome  al  mismo 
lugar  perpendicularmente. 

Sea  el  peso  derecho  donde  esta  BC  el 
fiel  AD  alargando  abaxo  este  sera  el 
perpendiculo  o  linea  derecha  que  parte 
el  peso  ADM  pues  si  sobre  B  se  pone  algo  que  cargue  B  sera 
adonde  es  E  y  C  adonde  es  H  de  donde 
la  linea  que  primero  partia  el  peso  que 
era  DM  que  abaxa  va  del  mismo  per- 
pendiculo cargando  el  peso  sera  DG.  y 
por  esto  la  parte  del  peso  donde  es  EH 
que  esta  fuera  de  la  linea  perpendicular 
AM  sera  mayor  que  la  mitad  donde  es 
PQ  pues  si  se  quitare  la  carga  de  E  neces- 
sario es  H  venir  abaxo  por  ser  E  menor,  luego  teniendo  arriba 
el  fiel  la  balança  torna  a  subir  por  esto,  mas  si  estoviere  abaxo 
hara  al  contrario,  porque  la  parte  que  esta  abaxo  viene  a  ser 
mas  que  la  mitad,  aquello  que  parte  el  perpendiculo  o  raya  que 
va  de  alto  abaxo  luego  no  torna  a  arriba,  porque  lo  que  esta  alto 
es  lo  mas  liviano,  Sea  el  pesso  derecho  donde  es  NG  y  el 
perpendiculo  o    raya  que  lo  parte  por  medio  KLM  assi  que 


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MECHANICA  DE  ARISTOTILPS 


379 


NG  se  divide  en  dos  partes,  pues  la  carga  puesta  en  N  sera 


N  adonde  O  y  G  donde  R  y  KL  donde 
LP.  Ansi  que  sera  mayor  KO  que  MR 
lo  que  tiene  mas  PKL  y  por  esto  quitado 
el  peso  es  neçessario  quedarse  porque  se 
pone  ençima  donde  esta  F  como  carga  la 
demasia  que  tiene  KO  que  es  la  mitad 
deMG. 


m 

Porque  pequena  fuerza  mueve  con  la  palanca  o  pie  de  cabra 
grandes  pesos,  como  ya  es  dicho  en  el  prinçipio,  anadiendose 
demas  el  peso  de  la  misma  palanca^  pues  es  mas  facil  de  mover 
la  menor  carga  y  la  carga  es  menor  sin  la  palanca?  Porque  la 
palanca  es  la  causa  que  esta  como  peso  y  tiene  debaxo  el  fiel 
que  la  parte  por  désignai  pues  el  sosten  sirve  de  fiel  y  ambos  fiel 
i  sosten  sirven  por  centro  ansi  que  porque  la  mayor  linea  de 
las  que  salen  del  çentro  es  movida  mas  presto  de  una  misma 
fuerça  y  concurren  en  la  palanca  très  cosas  sosten,  fiel,  y  çentro 
y  dos  pesos  lo  que  es  movido  y  lo  que  mueve  como  se  a  el  peso 
movido  con  el  que  mueve,  assi  al  respecto  por  el  contrario  se  ha 
una  longeza  con  otra,  mas  siempre  el  movedor  movera  luego 

facilmente  quanto  mas  se  apar- 
tare  del  sosten  por  la  causa 
dicha  que  la  linea  quanto  mas 
apartada  del  çentro  mayor  cir- 
culo  descrivira  y  por  esto  mas 
espaçio  passara  con  una  misma 
fuerça  el' movedor  que  mas 
apartado  fuere  del  sosten.  Sea 
la  palanca  donde  AB,  el  peso 
donde  C,  el  movedor  donde  D,  el  sosten  donde  E,  muevase  el 
movedor  a  F  y  lo  que  es  movido,  que  es  el  peso,  a  G, 


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DIEGO    HURTADO   DE   MENDOÇA 


IV 


|ue  bogan  en  medio  mueven  mas  el  navioPPorque 
lalanca  y  el  escaimo  se  haze  sosten  que  esta  firme 
*1  mar  a  quien  el  remo  echa  adelante  y  lo  que 
ica  es  el  remero,  mas  siempre  el  movedor  movera 
to  mas  se  apartare  del  sosten  :  hazese  pues  desta 
la  linea  que  sale  del  çentro  que  el  escaimo  es 
D  y  la  mayor  parte  del  remo  esta  en  medio  de  la 
es  por  alli  mas  ancha.Luego  es  claroque  mas  parte 
a  en  el  uno  y  otro  cabo  de  la  nave  de  entramos 
),  mas  la  nave  se  mueve,  porque  tocando  en  la 
d  cabo  del  remo  que  esta  dentro  va  hazia  delante 
îstar  atada  al  remo  ha  de  seguir  el  cabo  del  remo; 
tnas  mar  apartare  la  pala  del  remo  mas  adelante 
|ue  vaya  la  nave,  pues  mas  mar  apartara  quanto 
;1  remo  fuere  del  escaimo  adentro  de  manera  que 
e  en  medio  mueven  mucho  mas  porque  mucha 
remo    esta  del  escaimo  adentro  en  medio  de  la 


do  el  tiempo  pequeno  y  al  cabo  de  la  nave  tiene 
5  es  mover  el  tamano  tan  grande  de  un  navio  con 
i  solo  hombre,  y  esta  quietamente  puesta,  y  poco 
le  el  timon  es  la  palanca,  y  el  peso  el  mar  y  el 
lonero  ;  pero  el  timon  no  toma  al  mar  con  lo  ancho 
)  porque  no  mueve  hazia  delante  el  navio  sino 
ar  ya  movido  guialo  al  traves  y  porque  el  mar 
al  navio  cargando  al  contrario,  mas  en  el  sosten 


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MECHANICA   DE   ARISTOTILES 


381 


que  es  el  ojo  donde  el  timon  se  pone,  vuelve  al  contrario  del 
mar,  el  niar  adentro,  i  el  afuera,  luego  la  nave  los  signe  como 
atada  a  el,  Ansi  que  el  remo  empuxa  el  mar  que  es  la  carga 
por  el  ancho,  y  siendo  resistido  délia 
Ueva  la  nave  adelante  por  derecho,  mas  dV~ 
el  timon  como  cae  al  traves  haze  al 
traves  su  movimiento  a  una  parte  o  a 
otra,  ponese  en  el  cabo  y  no  en  el 
medio,  porquees  mas  façil  al  que  mueve 
niover  la  cosa  movida  por  el  cabo, 
siendo  la  primera  parte  en  qualquier 
cosa  prestissimo  movida  y  por  esto  como 
en  las  cosas  que  son  arrojadas  el  movi- 
miento falta  en  el  fin,  ansi  el  movimiento  de  las  que  son  enteras 
y  continuas  es  mucho  mas  debil  en  la  ultima  parte  délias,  mas 
lo  que  es  mas  debil  es  mas  façil  de  desviar.  Luego  por  esta 
causa  el  timon  esta  en  la  popa  que  es  la  ultima  parte  del  navio, 
demas  desto  haziendose  en  ella  qualquier  pequeno  movimiento 
se  haze  al  otro  cabo  mucho  mayor  espaçio  de  entrevallo,  porque 
el  angulo  ygual  siempre  mira  hazia  mayor  linea  y  tanto  mas 
quanto  fueren  mayores  las  lineas  que  lo  contienen.  De  aqui  es 
manifiesto  por  que  causa  el  navio  passa  mas  adelante  que  la  pala 
del  remo,  porque  una  misma  grandeza  o  cantidad  movida  de 
una  misma  fuerça  va  mas  en  el  ayre  que  en  el  agua.  Sea  el  remo 

^g  AB,y  Cel  escalmo,y  A  séa  el  prin- 
cipio  del  remo  que  esta  en  el  navio, 
y  B  la  pala  que  va  en  el  mar,  pues 
si  A  se  passare  donde  esta  D,  no 
sera  B  donde  esta  E,  porque  BE  es 
ygual  con  AD  y  séria  ygual  lo  que 
se  passasse;  mas  era  menor  :  sera 
luego  donde  esta  F  assi  que  en  el 
^  punto  G  se  cruzaran  las  lineas  y  no 
en  el  punto  C  como  en  lugar  que  esta  algo  mas  baxo  y  mas 


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382  DIEGO   HURTADO   DE  MENDOÇA 

çerca  de  la  pala  del  remo,  pues  BF  es  meaer  que  AD.  Luego 
tanbien  sera  menor  GF  que  DG,  porque  los  triangulos   son 

de  una  proporcion  semeiante  mas  no 
se  moviendo  sera  el  medio  donde  es 

_^  ^      C  porque  el  cabo  B  que  entra  en  el 

t^T^Z^^^^^^  ^g^^  va  contrario  del  cabo  A  que 

tl^^^P  esta  en  el   navio,  mas  A  se  muda 

^  donde  es  D,  luego  el  navîo  tanbien 

se  mudara  ypassara  aaquellugar  donde  estoviere  el  prinçipiodel 
remo.  Lo  mismo  haze  el  timon  sino  que  (como  atras  esta  dicho) 
no  ayuda  nada  al  navio  a  moverse  para  delante  sino  rempuxa 
solamente  al  traves,  la  popa  o  a  una  parte  o  a  otra  y  desta 
manera  la  proa  se  revuelve  al  contrario,  ansi  que  donde  el  timon 
iuere  puesto,  alli  conviene  entenderse  como  un  medio  de  la  cosa 
movida  al  modo  que  el  escalmo  en  el  remo,  mas  el  medio  da 
lugar  de  la  manera  que  el  timon  se  buelve,  porque  si  va  hazia 
dentro  la  popa  passa  alli,  y  la  proa  vuelve  al  contrario  y  por  ser 
en  el  navio  la  proa  todo  el  se  rebuelve  con  ella. 


VI 

Porque  quanto  mas  altas  van  las  entenas,  tanto  mas  corre  el 
navio  con  una  misma  vêla  y  un  mismo  viento  ?  Porque  el  arbol 
se  haze  palanca,  y  el  sosten  es  la  palomera  o  lugar  donde  el  arbol 
se  pone,  y  el  peso  que  ha  de  ser  movido  es  el  navio,  y  el  movedor 
el  viento  que  hinche  la  vêla;  pues  si  una  misma  fuerça  movera 
mas  ligeramente  el  peso  quanto  mas  lexos  estoviere  el  sosten  del 
cabo  de  la  palanca,  y  las  entenas  tiradas  en  mas  alto  hazen  mas 
lexos  la  vêla  del  lugar  donde  el  arbol  se  pone  que  es  el  sosten, 
luego,  etc. 


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MECHANICA  DE  ARISTOTILES  383 


vn 

Porque  qiiando  quieren  correr  derecho,  si  no  es  el  vîento 
largo  entran  la  parte  de  la  vêla  que  va  hazia  el  timonero,  y 
largan  la  que  esta  a  la  proa  yendo  a  popa  ?  Porque  el  timon 
tuerçe,  i  aunque  no  pueda  hazerlo  siendo  el  viento  mucho, 
siendo  poco  recogenlo,  pues  el  viento  de  suyo  Ueva  adelante  i  el 
timon  torciendo  el  navio  i  moviendo  el  mar  como  palanca  tira 
el  viento  a  popa  y  hazelo  largo,  juntamente  con  esto  los  mari- 
neros  contrastan  al  viento,  porque  se  cargan  a  la  parte  contraria 
del. 


vm 

Porque  de  las  figuras  la  que  es  globosa  y  redonda  se  mueve 
mejor  ?  En  très  maneras  aconteçe  moverse  el  circulo  :  o  sobre  la 
rueda  moviendo  juntamente  el  çentro,  como  se  rebuelven  las 
ruedas  de  los  carros  sobre  las  pinuelas,  o  sobre  el  çentro  sola- 
mente  como  se  rebuelven  las  ruedas  de  las  garruchas  estando  el 
çentro  quedo,  o  sobre  la  haz  estando  el  çentro  quedo,  como  se 
rebuelve  la  rueda  del  oUero.  Son  pues  estas  figuras  mas  ligeras, 
porque  tocan  la  haz  con  poco,  como  el  çirculo  con  un  punto  y 
por  el  nunca  tropeçar,  porque  el  angulo  se  va  siempre  apartando 
de  la  tierra.  Demas  desto  si  topa  en  alguna  cosa  de  cuerpo  tocala 
tanbien  en  una  minima  parte  de  ella  que  si  fuesse  una  figura  qua- 
drada  de  lineas  rectas  tocaria  la  haz  en  mucho  con  la  derechura 
délias,  tanbien  el  movedor  rempuxa  hazia  la  parte  donde  carga 
el  peso,  porque  quando  el  diametro  del  çirculo  que  toca  a  lo 
Uano  estoviere  por  derecho  de  alto  abaxo,  y  el  çirculo  tocare  lo 
llano  solamente  en  un  punto,  ygualmente  reparte  el  diametro 
el  peso  a  una  y  otra  parte  y  mas  quando  se  mueve  carga  un 
instante  mas  hazia  la  parte  donde  se  mueve,  ansi  que  es  mas 


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384  DIEGO   HURTADO   DE   MENDOÇA 

facilmente  movida  de  aquello  que  la  echava  adelante,  como  cosa 
que  de  si  se  inclinava  adelante  porque  todo  se  mueve  bien  hazia 
donde  va  inclinado  como  mal  qn  va  al  contrario  de  su  caida  o 
inclinacion.  Dizen  tanbien  algunos  que  la  linea  que  rodea  la  rueda 
que  es  la  circunferencia  esta  siempre  en  movimiento  como  las 
cosas  que  estan  quedas  lo  estan  por  causa  de  la  contrariedad  que 
mas  haze  a  otras  entre  si  como  acaeçe  a  los  mayores  circules 
con  los  menores,  que  los  mayores  por  igual  fuerça  son  movidos 
y  mueven  mas  ligeramente  el  peso  por  el  tener  el  angulo  del 
mayor  çirculo  sobre  el  menor  una  cierta  caida  y  fuerça  de  incli- 
narlo  y  hauerse  el  maior  circulo  con  el  menor  como  el  diametro 
del  maior  con  el  diametro  del  menor.  Mas  los  circulos  en  la 
rueda  son  infinitos  :  luego  si  los  menores  son  inclinados  de  los 
maiores,  teniendo  el  uno  caida  sobre  el  otro,  facilmente  lo  podra 
mover  de  la  manera  dicha.  Otra  manera  de  caida  y  inclinacion 
dizen  tanbien  algunos  que  tiene  demasdesta  el  circulo  y  las  cosas 
que  en  el  circulo  son  movidas,  que  aunque  ne  toquen  al  suelo 

el  canto  o  buelta  de  la  rueda  sino 
con  la  haz,  liaz  con  haz,  o  como  la 
rueda  de  la  garrucha  sobre  el  fiel 
aviendose  de  esta  manera  mas  facil- 
mente mueven  el  peso,  no  porque 
con  la  menor  parte  de  si  se  junten 
y  topen  con  la  haz,  sino  por  la 
causa  que  primero  fue  dicha,  que  es 
el  çirculo  ser  compuesto  de  dos 
movimientos  :  que  el  uno  dellos  siempre  tiene  caida  o  inclinacion 
de  si  mismo,  de  manera  que  los  que  mueven  quando  lo  hazen 
çircularmente  a  la  redonda  como  quiera  que  lo  hagan  mueven 
este  çirculo  como  cosa  que  siempre  es  llevada  de  si,  porque 
mueven  la  circunferencia  que  se  trae  assi  mesma,  ansi  que  lo  uno 
el  movedor  rempuxa  y  echa  al  çirculo  en  el  movimiento  que  es 
al  traves  y  el  çirculo  mueve  assi  mismo  segun  el  movimiento  de 
diametro. 


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MECHANICA   DE  ARISTOTILES  385 


IX 

Porque  las  cosas  traidas  o  levantadas  por  mayores  circules  se 
mueven  mas  presto  i  facil,  como  en  las  garruchas  mayores  que 
son  mas  abiles  que  las  menores,  y  por  el  semejante  las  ruedas 
que  se  mueven  sin  exe  sobre  fiel  a  que  llaman  scytalas  ?  Es 
porque  quanto  mayor  fuere  la  linea  que  sale  del  çentro  en  ygual 
tiempo  se  movera  mayor  espaçio,  luego  puesta  ygual  carga  hara 
lo  mismo,  como  los  pesos  que  son  mas  justos  los  mayores  que 
los  menores,  por  ser  el  fiel  el  çentro  y  lo  que  esta  de  la  linea  a 
un  cabo  y  a  otro  del  fiel  la  linea  que  sale  del  çentro. 


Porque  se  mueve  mas  facilmente  el  peso  quando  no  tiene  carga 
que  quando  la  tiene,  y  de  la  misma  manera  la  rueda  o  otra  cosa 
semejante,  como  séria  a  dezir  lo  que  es  maior  i  mas  pesado  mas 
pesadamente  que  lo  que  es  menor  y  mas  liviano?  Porque  lo  que 
es  grave  no  solamente  es  trabajoso  de  moverse  al  contrario,  mas 
aun  al  traves,  pues  mover  algo  al  contrario  de  donde  va  su  incli- 
naçion  o  cayda  es  difficultoso,  y  a  la  parte  donde  cae  y  se  inclina 
facil;  pero  quando  va  al  traves  ni  se  inclina  ni  cae.  Pues  si  de  dos 
pesos  el  uno  fuere  de  hierro  y  el  otro  de  palo,  mas  presto  se 
movera  por  ygual  peso  el  de  palo,  porque  las  cosas  pesadas  no  se 
levantan  sin  difficultad,  en  quanto  lo  que  va  muy  alto  no  con- 
çierta  con  lo  pesado,  mas  la  carga  quanto  mayor,  tanto  mas 
difficilmente  se  levanta,  luego  el  peso  que  es  de  hierro  se  movera 
mas  tarde  que  el  de  palo  como  mas  pesado,  porque  la  una  de  las 
balanças  que  esta  sin  carga  es  levantada  difficilmente  y  haze  que 
la  otra  baxe  mas  tarde,  mas  el  de  palo  no  es  des  ta  manera.  Lo 
mismo  tanbien  aconteçe  a  las  ruedas  porque  la  que  es  de  hierro 

Rfviu  HiipaMtqme.  2$ 


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DIEGO   HURTADO   DE   MENDOÇA 


mismo  peso  es  mas  cargada  hazia  baxo  y  se  mueve  difE- 
ite  al  traves,  mas  la  de  palo  da  mas  lugar  al  que  mueve, 
)  como  no  es  tan  pesada  ansi  no  es  cargada  taoto  hazia 


XI 

}ue  las  cargas  son  traidas  mas  &çilmente  en  las  scytalas  o 
las  redondas  sin  exe  que  en  los  carros,  teniendo  ellos 
s  ruedas  y  las  scytalas  pequeiias  ?  Porque  las  scytalas  no 
ningun  tropieço  y  en  los  carros  ay  el  exe  en  que  se  trom- 
jue  el  peso  los  carga  por  ençima  y  por  el  traves,  lo  que  se 
1  scytalas  muevese  solamente  en  estas  dos  cosas  en  el 
)  o  superficie  que  queda  debaxo  y  con  el  peso  que  esta 
ençima,  porque  el  çirculo  se  rebuelve  por  entramos  estos 
y  traido  o  revuelto  es  rempuxado. 


xn 


[ue  lo  que  se  tira  es  echado  mas  lexos  con  la  honda  que 
mano;  pues  el  que  tira  govierna  mejor  el  peso  con  la 
ijue  colgandolo  y  demas  desto  mueve  tirando  dos  pesos,  el 
londa  y  el  de  la  piedra,  o  lo  que  es  tirado  con  la  mano 
solamente  lo  que  es  tirado?  Porque  el  que  tira  arroja  lo 
tirado  despues  de  movido  en  la  honda,  pues  lo  arroja 
dolo  muchas  vezes  en  çirculo,  mas  en  la  mano  el  prinçipio 
ir  es  del  estar  quedo;  y  todas  las  cosas  se  mueven  mejor 
5  de  movidas  que  estando  quedas,  o  es  por  esto  y  porque 
0  se  haze  çentro  de  la  honda  y  la  honda  la  linea  que  parte 
itro;  luego  quanto  fuere  mayor  la  raya  que  parte  del 
se  mueve  mas  rezio  y  presto,  el  tiro  que  se  haze  con  la 
respeto  al  de  la  honda  sera  mas  corto. 


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MECHANICA   DE  ARISTOTILES  387 


xm 

Porque  en  una  misma  argana  se  mueven  mas  façilmente  con 
igual  o  la  misma  fiierça  las  traveseras  o  manuelas  que  son 
mayores  que  las  menores,  y  tanbien  los  cabestrantes  o  cogedores 
de  las  telas  quando  son  mas  delgados  que  quando  son  mas 
gruessos?  Porque  el  argana  y  cabestrante  son  el  çentro,  y  los 
tamaiios  que  se  apartan  fuera  que  son  las  travesseras  o  braços  son 
las  lineas  que  salen  del  çentro;  pues  mas  ligero  y  masse  mueven 
por  una  misma  fuerça  las  lineas  que  descriven  mayores  çirculos 
que  las  que  menores,  porque  con  una  misma  fuerça  mas  passa 
el  cabo  que  mas  lexos  esta  del  çentro,  y  por  esto  hazen  a  las 
arganas  brazôs  o  travessanos  con  que  las  rebuelven  mas  façil- 
mente. Tanbien  en  los  cabestrantes  mas  delgados  viene  a  ser  mas 
lo  que  esta  salido  afuera  del  madero  que  son  las  manuelas  y 
estas  se  hazen  la  linea  que  sale  del  çentro. 


XIV 

Porque  en  dos  lenos  de  un  mismo  tamano  se  quiebra  mas 
façilmente  con  la  rodilla  el  uno  si  alguien  lo  tiene  ygualmente 
apartando  las  manos  al  uno  y  otro  cabo  del  que  juntando  las 
rodillas,  y  si  lo  juntan  a  la  tierra  y  lo  soiuzgan  con  el  pie  rom- 
piendolo  con  la  mano  de  mas  lexos  del  pie  que  de  mas  çerca  ? 
Porque  aqui  es  el  çentro  el  pie  y  alli  la  rodilla,  pues  quanto  mas 
lexos  estoviere  del  çentro  lo  que  se  mueve,  mas  façilmente  se 
mueve  y  lo  que  se  rompe  se  mueve. 

XV 

Porque  las  que  llaman  havas  de  la  mar  en  la  marina  son 
redondas,  haviendo  sido  antes  conchas  prolongadas  ?  Porque  en 


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DIEGO    HURTADO   DE   MENDOÇA 


OS  lo  que  mas  se  aparta  del  medio  es  Uevado  mas 
les  si  el  medio  es  el  çentro  y  lo  de  afuera  la  linea 
siempre  con  ygual  movimiento  lo  que  es  mayor 
çircuio,  lo  que  es  mayor  si  passa  en  ygual  tiempo 
las  presto,  mas  las  cosas  que  son  Uevadas  mas 
nas,  luego  son  heridas  mas,  ansi  que  neçessaiia- 
ebrar  lo  que  mas  se  apartare  del  medio  y  lo  que 
le  neçessidad  tornara  redondo.  Pues  las  ha  vas  por 
del  mar  y  por  el  moverse  ellas  con  el  mar  acon- 
lovimiento  continuo  y  rebolviendose  topar  en  algo 
î  es  neçessario  los  cabos  délias  venir  a  esto. 


XVI 

îto  mas  luengos  fueron  los  maderos,  tanto  mas 
y  lévantados  se  doblan  mas  aunque  de  dosco  dos 
1  otro  de  cien  codos  sea  gruesso,  y  porque  la  lon- 
To  viene  a  ser  en  el  aiçar  sosten,  palanca  y  carga? 
te  del,  por  donde  la  mano  levanta  es  como  sosten 
rga,  ansi  que  quanto  fuere  mas,  luengo  lo  que  va 
1,  tanto  es  neçessario  doblarse  mas,  pues  forçado  se 
r  los  cabos  de  la  palanca,  luego  si  la  palanca  fuere 
de  doblar,  por  fuerça  es  neçessario  doblarse  mas, 
en  los  maderos  luengos,  mas  en  los  cortos  el 
halla  mas  çercano  al  sosten  que  esta  firme  por 


XVII 

a  cuna,  siendo  pequena,  se  hienden  grandes  pesos 
cuerpos  y  se  haze  tan  fuerte  impression?  Porque 
palancas  contrarias  entre  si,  cada  una  por  si  tiene 
jue  aprieta  y  hiende.  Demas  desto  el  movimiento 


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MECHANICA   DE   ARISTOTILES 


389 


del  abertura  haze  grande  el  peso  o  martîllo  que  hiere  y  mueve, 

el  quai  porque  mueve  lo  que  esta  movido  toma  por  la  mayor 

parte  mas  fuerça  con  la  misma  pres- 

teza,    de    manera    que    acompanan 

grandes  fuerças  a  la  cuiia,  puesto  que 

sea   pequena^  y  por  estas  causas  el 

movedor  que  es  mayor  de  lo  conve- 

niente  a  su  tamano  se  encubre.  Sea  la 

cuna  ABC  y  lo  que  ha  de  ser  hen- 

dido  DEFG;    la  palanca  es  AB;  el 

peso  B  hazia  baxo  el  sosten  DG,  la 

palanca  contraria   a    esta  BC,    pues 

siendo    herida    AC    sirvese    de    la 

una  y  otra  palanca  y  hiende  donde 

esB. 


xvm 

Porque  si  alguno  puniendo  dos  garruchas  en  dos  maderos  jun- 
tados  entre  si  al  contrario  rodeare  una  cuerda  a  la  rueda  de  las 
garruchas  que  tenga  el  un  cabo  dado  a  uno  de  los  maderos  y  el 
otro  atado  con  la  garrucha,  y  tirare  del  prinçlpio  de  la  cuerda, 
traera  gran  peso,  puesto  que  el  sea  de  pequenas  fuerças?  Porque 
un  mismo  peso  si  es  movido  con  la  palanca,  aunque  con  poca 
fuerça,  mas  façilmente  se  trae  con  la  mano  :  la  garrucha  haze  lo 
mismo  que  la  palanca,  luego  si  una  tira  mas  façilmente  y  con  un 
tiron  trae  mas  rezio  que  con  la  mano,  dos  garruchas  alçaran  el 
mismo  peso  con  mas  presteza  que  doblada,  pues  que  tirara  menos 
peso  la  una  quando  la  cuerda  estoviere  echada  en  la  otra  que  si 
tirasse  sola  por  si,  porque  aquella  haze  tanbien  menor  el  peso,  y 
por  el  semejante  si  la  cuerda  se  echare  a  muchas  con  pocas  que 
se  crezcan  se  haze  gran  différencia,  ansi  que  tirando  la  primera 
peso  de  quatro  minas  a  quatrocientas  libras,  la  postrera  lo  tirara 


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DIEGO   HURTADO   DE   MENDOÇA 


uiero  dezir  tendra  menos  que  tirar;  y  enel  ane 
lente  mueven  grandes  pesos,  porque  passan  de 
tra  y  délia  a  los  cabestrantes  y  palancas,  que  es 
hiziessen  muchas  garruchas. 


XK 

no  pone  un  gran  destral  sobre  un  leno,  y  sobre 
gran  peso  no  partira  el  leno  (lo  quai  pareçe 

si  alçando  el  destral  hiriesse  lo  partiria,  pues 
e  hiere  mucho  menos  peso,  y  mucho  mas  lo 

que  carga?  Porque  todas  las  cosas  son  obradas 
niento,  pues  lo  que  es  pesado  reçibe  mas  peso 
^ue  estando  sosegado,  mas  lo  que  esta  cargado 
0  se  mueve  segun  el  movimiento  de  lo  que  es 
movido  muevese  con  este  tal  movimiento,  y  con 

hiere  o  mueve,  etc.  Demas  desto  el  destral  se 
do  pequena  la  cuna  parte  grandes  cosas  por  ser 
puestas  entre  si  al  contrario. 

XX 

mana  con  que  se  pesa  la  came  pesa  gran  carga 

pesso  siendo  toda  entera  la  mitad  de  un  peso 

anças,  pues  a  la  parte  donde  se  pone  la  carga 

1    >^    cuelga  la  balança  sola  y  en  lo  demas 

7p- — i    esta   solamente   la   Romana?   Porque 

'        O  aconteçe  ser  la  romana  peso  y  palanca 

todo  junto,  peso  en  quanto  cada  fiel  se 

haze  çentro  de  la  romana,  porque  en  la 

una  parte  tiene  la  balança  y  en  la  otra 


i  la  pesa  que  se  pone  en  el  peso  como  si  uno 
lança,  y  en  el  fin  délia  las  pesas  en  filo,  claro 


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MHCHANICA   DE   ARISTOTILES  39 1 

esta  que  puesta  carga  en  la  otra  parte  alçara  esta  en  alto,  mas 
para  que  un  peso  se  aya  como  muchos  pesos  se  ponen  en  la 
Romana  muchos  fieles  desta  manera,  y  el  que  de  cada  uno  dellos 
esta  en  torno  debaxo  de  la  pesa,  es  la  mitad  de  la  Romana  que 
mudando  los  fieles  vienen  a  estar  por  ygual  y  ansi  se  mide 
quanto  peso  alça  de  donde  quando  estoviere  la  Romana  derecha, 
por  cada  fiel  se  puede  conoçer  quanta  carga  tiene  la  balança, 
como  se  ha  dicho,  Ansi  que  por  comprehendello  todo  sera  este 
peso,  el  que  tiene  una  balança  donde  se  pesa  la  carga  y  otra  en  la 
misma  Romana  donde  estan  las  pesas  y  filo  y  por  esto  la  romana 
al  otro  cabo  es  pesa,  luego  siendo  tal  es  muchos  pesos,  y  tantos 
quantos  son  los  fieles,  mas  siempre  el  fiel  y  pesa  que  esta  mas 
çerca  délia  abaxa  y  haze  pesar  mas  esta  carga  por  el  hazerze  toda 
la  romana  una  palanca  buelta  arriba  y  cada  fiel  un  sosten  que 
esta  hazia  rriba,  y  la  carga  lo  que  esta  en  la  balança,  pues  quanto 
mas  lexos  estoviere  del  sosten  el  tamano  de  la  palanca,  tantomas 
façilmente  ha  de  mover  aquella  parte  y  a  esta  haze  contrapeso  y 
pesa  la  carga  que  se  pone  en  la  balança  al  otro  cabo  de  las 
pesas. 


XXI 


Porque  los  medicos  o  sacamuelas  sacan  mas  façilmente  los 
dientes  anadido  el  peso  del  gatillo  o 
instrumento  de  sacar  dientes  que  con 
sola  la  mano  vazia?  Por  ventura  por 
deslizar  el  diente  mas  de  la  mano  que 
del  gatillo  ?  Antes  el  hierro  desliza  mas 
que  la  mano,  y  no  abarca  el  diente  en 
torno,  porque  siendo  blanda  la  carne 
de  los  dedos  abraçase  y  pégase  mas, 
o  es  porque  el*  gatillo  si  de  dos 
palancas  puestas  al  contrario  una  de 
otra  que  tienen  un  sosten  que  es  la  junta  del  fiel,  ansi  usan  este 


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DIEGO   HURTADO   DE   MENDOÇA 


para  el  sacar  por  mover  mas  feiçilmente.  Sea  el  un 
lUo  A,  el  otro  B  que  saca  el  diente,  lapalanca  donde 
Dtra  palanca  donde  EDB,  el  sosten  DGC  donde  es 
û  diente  el  peso,  pues  tomando  juntamente  con  BF 
îendo  movido  saca  mas  façilmente  con  la  mano  que 
imento. 


XXII 

>  nuezes  se  quiebran  façilmente  sin  golpe  con  los 
;  que  hazen  para  romperlas,  pues  se  quita  mucha 
îrça  con  el  movimiento,  y  demas  desto  mas  ligera- 
îras  hiriendo  con  un  instrumento  duro  y  pesado  que 
blando  y  de  madera  ?  Porque  desta  manera  la  nuez 
)or  dos  palancas,  mas  el  peso  se  parte  mas  façilmente 
ca  y  este  instrumento  es  compuesto  de  dos  palancas 
que  tienen  la  junta  donde  A  por  sosten, 
pues  como  siendo  CD  movidas  en  los  cabos 
apartaran  EF  :  ansise  juntaran  mas  façilmente 
con  pequena  fuerça,  luego  lo  que  el  pesso 
haria  con  golpe  hazen  mejor  las  palancas 
ED  y  FC  que  son  mas  puiantes  que  el, 
porque  abriendolas  quedan  como  levantadas, 
y  apretando  quiebran  donde  es  R,  y  por  esto 
^  quanto  mas  çerca  estoviere  A  mas  presto 

^  sera quebrada  B,  porquequanto  masse  aparta 

îl  sosten,  tanto  mas  façilmente  y  mas  movera  con 
fuerça.  Sea  pues  A  el  sosten  y  la  una  palanca  DAE 
P  :  quanto  mas  çerca  estara  B  del  angulo  A,  tanto  mas 
de  la  junta  A  que  es  el  sosten,  luego  es  neçessario 
s  juntamente  EF  de  una  misma  fuerça  se  alzen  o 
de  donde  porque  el  levantarse  se  haze  en  la  parte 


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MECHANICA   DE   ARISTOTILES 


393 


contraria,  la  nuez  es  forçado  ser  mas  apretada  y  lo  que  es  mas 
apretado  romperse  mas  presto. 


XXUI 

Porque  siendo  entramos  los  dos  postreros  puntos  en  el  Rombo 
llevados  por  dos  movimientos,  no  passa  cada  uno  dellos  ygual 
linea  recta  sino  el  uno  la  que  es  mucho  mayor?  Tanbien  porque 
el  punto  que  es  llevado  con  el  lado  passa  menos  que  el  mismo 
lado,  es  a  dezir  al  punto  menor  diametro  y  la  linea  mayor  lado 
siendo  el  punto  es  llevado  por  dos  movimientos,  y  la  linea  por 
uno.  Sea  llevado  por  el  lado  AB  el  punto 
A  hazia  B,  y  B  sea  llevado  hazia  D  con  la 
misma  presteza,  y  sea  tanbien  llevado  todo 
el  lado  AB  por  el  lado  AC  igual  i  equidi- 
stantemente  hasta  CD  con  la  misma  presteza 
que  los  puntos,  es  neçessario  que  el  punto 
A  sea  llevado  por  el  diametro  AD  y  el 
punto  B  por  el  diametro  BC  y  juntamente 
hayan  passado  entramas  lineas  y  tanbien 
que  el  lado  AB  aya  passado  el  lado  AC 
porque  A  punto  passo  la  linea  AE  y  la 
linea  AB  passo  AF;  tirese  FG  equidistante  de  AB  y  hinchase 
dende  E,  ansi  que  sera  semejante  lo  Ueno  al  todo,  luego  yguales 
son  las  lineas  AF  y  AE  y  el  punto  A  por  AE  en  proporcion  de 
lados,  AB  sera  passada  por  AF,  luego  eslo  por  el  diametro  K  y 
siempre  es  forçado  que  este  punto  sea  llevado  segun  diametro,  y 
tambien  que  juntamente  conio  el  lado  AB  passare  el  lado  AC,  el 
punto  A  passe  el  diametro  AD.  De  la  misma  manera  se  mostrara 
que  B  punto  es  llevado  por  el  diametro  BC,  porque  la  linea  BE 
es  ygual  a  la  linea  BG  :  luego  henchido  dende  B  semejante  sera  lo 
de  dentro  al  todo,  y  B  punto  estara  en  el  diametro  por  junta  de 
lados  y  en  ygual  tiempo  passara  el  lado  A  B  por  el  lado  AC  y  B 


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394  DIEGO   HURTADO  DE  MENDOÇA 

panto  por  el  diametro  B  C,  ansi  que  juntamente  y  en  un  mismo 
tiempo  passa  A  punto  mucbo  mayor  linea  que  AB,  y  juntamente 
el  lado  AB  es  llevado  con  la  misma  presteza  menor  kdo  que  es 
el  diametro  AD,  y  el  lado  que  es  llevado  por  un  movimîento  passa 
mayor  lado  que  passa  el  punto  en  el  diametro  BC,  porque 
quanto  mas  agudo  el  rombo  se  haze  el  diametro  AD  viene  maior 
y  menor  el  diametro  BC;  y  porque,  como  es  dicho,  séria  estrano 
lo  que  es  llevado  por  dos  movimientos  serlo  alguna  vez  mas  tarde 
que  lo  que  por  uno,  y  dados  dos  puntos  de  ygual  presteza  en 
los  angulos,  passar  el  uno  maior  linea,  la  causa  es  que  A  y  el 
punto  que  es  llevado  dende  el  angulo  obtuso  o  romo  entramos 
movimientos  casi  le  son  contrarios  y  el  movimiento  en  que  el 
mismo  se  lleva,  y  el  por  donde  es  llevado  en  el  lado,  mas  el 
punto  que  es  llevado  dende  el  angulo  agudo  aconteçe  ser  llevado 
a  un  mismo  lugar,  porque  el  movimiento  que  va  con  el  lado 
ayuda  al  que  se  haze  por  el  diametro,  y  quanto  hizieres  este 
angulo  mas  agudo  i  aquel  mas  boto,  el  movimiento  del  punto 
del  mas  boto  sera  mas  tardo  y  el  de  mas  agudo  mas  presto,  ansi 
que  estos  movimientos  son  mas  contrarios  porque  el  angulo  es 
boto  o  obtuso  y  aquellos  se  hazen  mas  a  una  parte  o  son  mas  con- 
formes por  el  estrecharse  las  lineas  :  luego  A  quasi  por  entramos 
movimientos  es  Uevada  a  un  mismo  lugar,  porque  cada  una  se 
junta  con  la  otra  y  tanto  mas  quanto  mas  agudo  fiiere  el  angulo; 
pero  B  lo  haze  al  contrario,  que  en  quanto  se  mueve  por  si  va 
hazia  D,  mas  el  lado  la  lleva  forçada  hazia  C  porque,  como  se  a 
dicho,  quanto  mas  boto  fuere  el  angulo,  mas  contrarios  se  haran 
los  movimientos  entre  si,  pues  la  linea  se  haze  mas  derecha,  y  si 
del  todo  se  hiziesse  derecha,  del  todo  serian  contrarios,  pero  el 
lado  no  siendo  estorvado  de  ninguno  es  llevado  por  un  solo  y 
simple  movimiento;  luego  es  razonable  que  passe  mayor  linea  que 
el  diametro. 


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MECHANICA   DE  ARISTOTILES 


395 


XXIV-XXV 


Dudase  porque  quando  dos  circules  son  puestos  en  un  mismo 
çentro,  el  mayor  çirculo  se  rebuelve  en  ygual  linea  con  el  menor, 
y  rebolviendose  cada  uno  por  si  como  sea  el  tamano  del  uno 
con  el  del  otro,  ansi  sean  las  lineas  dellos  entre  si.  Demas 
desto  siendo  uno  y  el  mismo  el  çentro  de  entramos,  tamana  se 
haze  alguna  vez  la  linea  en  que  entramos  se  rebuelven  quamana 
la  en  que  el  menor  çirculo  por  si  apartadamente  se  rebuelve  y 
algunas  vczes  como  la  en  que  el  mayor,  que  el  mayor  de  si  ruede 
mayor  linea  es  manifiesto  porque  pareçe  claro  al  sentido  ser  la 
buelta  de  cada  uno  dé  los  çirculos  al  angulo  que  haze  el  proprio 
diametro,  mas  el  diametro  del  mayor  es  mayor,  luego  la  misma 
proporcion  ternan  entre  si  al  sentido  las  lineas  por  donde  fueren 
rebueltos,  que  se  rebuelvan  por  ygual  linea  quando  fueren  puestos 
en  un  mismo  çentro,  es  manifiesto,  y  hazese  desta  manera 
alguna  vez  la  linea  del  menor  ygual  a  la  linea  en  que  se  rebuelve 
el  çirculo  mayor  y  alguna  vez  la 
del  menor  igual  a  la  en  que  el 
menor.  Sea  el  mayor  çirculo 
donde  DFC,  y  el  menor  donde 
EGB,  y  el  çentro  de  entramos  A, 
y  la  linea  en  que  el  grande  se 
rebuelve  por  si  la  en  que  esta  FL, 
y  la  en  que  el  pequeiio  por  si  la 
en  que  esta  GK  ygual  con  AF  : 
pues  si  moviere  el  menor,  movera 
el  mesmo  çentro  suyo  que  es  A,  mas  el  grande  esta  travado  del, 
luego  etc.  Luego  quando  AB,  estoviere  derecha  sobre  GK,  jun- 
tamente  estara  derecha  AC  sobre  FL,  ansi  que  siempre  se  havran 
passado  yguales  lineas.  Pues  si  la  quarta  parte  se  rebuelve  en 
ygual  linea,  esta  claro  que  todo  el  çirculo  se  rebolvera  en  ygual 


D 
^E  >v 


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396  DIEGO   HURTADO   DE   MENDOÇA 

linea  con  todo  el  circule.  De  manera  que  quando  la  linea  BG 
llegare  a  K,  la  çircunferençia  FC  estara  en  FL  y  ansi  quando  todo 
el  çirculo  fuere  rebuelto.  Desta  misma  manera,  si  yo  moviere  el 
gran  circulo  estando  travado  a  el  el  pequeno,  y  siendo  un  mismo 
çentro,  juntamente  AC  estara  derecha  y  perpendicular  con  AB, 
y  esta  caera  sobre  GM  y  aquella  FI  que  son  iguales.  Ansi  que 
quando  la  una  çircunferençia  oviere  passado  una  linea  ygual  a 
GM  y  la  otra  una  linea  ygual  a  FI  y  se  hizieren  otra  vez  per- 
pendiculares  y  cayeren  derechas  AF  como  al  principio  estava 
derecha  sobre  LK  y  AC  derecha  o  equidistante  tambien  como 
estava  al  principio  AFMI  y  esto  no  se  haziendo  detenençia  del 
mayor  al  menor,  por  algun  tiempo  en  un  mismo  punto,  ni  sal- 
tando  el  menor  algun  puncto,  ni  estorvando  al  mayor  passar 
algun  punto  sino  que  junto  se  muevan  entramos  continuamente 
el  uno  i  el  otro  a  su  manera  siguiendo  el  grande  al  pequeno  y 
por  el  contrario,  digo  que  es  estrano  el  mayor  passar  ygual  linea 
con  el  menor,  y  el  menor  con  el  mayor.  Demas  desto  siendo 
uno  el  movimiento  moviendo  siempre  el  çentro,  es  de  maravillar 
que  agora  se  rebuelva  y  vaya  en  grande  aora  en  pequena  linea 
porque  una  misma  cosa  Uevada  con  una  misma  presteza  es  apa- 
rejada  a  pasar  ygual  linea  y  con  la  misma  presteza  se  puede  mover 
de  entramas  maneras.  Para  dar  la  causa  de  todo  esto,  devemos 
presuponer  un  principio  o  fundamento  y  es  que  una  misma  y 
ygual  fuerça  puede  mover  este  tamano  mas  tarde,  y  aquel  mas 
presto,  ansi  que  si  oviesse  algo  que  de  si  mismo  no  fiiesse  apa- 
rejado  a  mo verse  y  moviesse  a  esto  consigo,  mas  tarde  séria 
movido  esto  que  es  aparejado  de  si  a  moverse,  que  si  ello  mismo 
por  si  se  moviesse,  y  si  fuere  aparejado  a  moverse  no  se 
moviendo  juntamente  no  se  havra  de  la  misma  manera.  Otro 
fundamento  y  es  que  sera  impossible  moverse  mas  que  quien  lo 
mueve,  porque  no  se  mueve  por  su  movimiento  sino  por  el  de 
quien  le  mueve,  luego  si  el  mayor  çirculo  fuere  A  y  el  menor 
donde  B,  siel  menor  rempuxare  al  mayor  no  se  rebolviendoel,  es 
claro  que  el  mayor  passara  tanto  de  una  linea  recta  quanto 


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Goûcle 


MECHANICA   DE  ARISTOTILES  397 

fuere  rempuxado,  mas  fue  empuxado  tanto  quanto  el  menor  se 
movio,  luego  ygual  espaçio  de  una  linea  recta  passaron;  Ansi  que 
es  neçessario  si  el  menor  rebolviendose  rempuxa  al  mayor  rebol- 
verse  tanto  entramos  juntamente  con  el  envion  quanto  el  menor 
se  rebolviere,  si  el  maior  por  su  movimiento  no  se  mueve  nada, 
porque  de  la  manera  y  quanto  movio  el  menor  ansi  es  neçes- 
sario moverse  el  que  es  movido  del  :  mas  el  çirculo  pequeno  movio 
assi  mismo  en  torno  quanto  un  pie  (sea  tanto  lo  que  se  oviere 
movido),  luego  el  grande  se  avra  movido  otroianto  y  de  la  misma 
manera,  si  el  grande  njoviere  al  pequeno  sera  el  pequeno  movido 
como  el  mayor,  ansi  que  en  el  movimiento  por  si  cada  uno  de 
ellos  se  avra  o  tarde  o  presto  segun  su  natura,  mas  si  con  una 
misma  presteza  en  quanta  linea  el  mayor  puede  rebolverse  de  su 
natura,  en  tanta  se  revolvera  el  menor.  Luego  juntamente  se 
rebuelven  que  fue  lo  que  haze  la  duda,  pero  quando  se  travan 
no  hazen  esto  de  una  misma  manera,  digo  quando  el  uno  es 
movido  del  otro  no  por  el  movimiento  suyo  proprio  o  por  el  que 
es  aparejado  de  su  natura,  porque  no  ay  diflferençia  o  en  rodear 
o  en  travar  o  en  juntar  qualquiera  dellos  al  otro  que  por  la 
misma  forma  quando  aquel  mueve  y  este  es  movido  del  quanto 
se  moviere  el  uno  tanto  se  movera  el  otro.  Ansi  que  quando  un 
çirculo  puesto  ençima  o  juntado  moviere  no  siempre  se  rebol- 
vera,  mas  quando  se  ponen  en  un  mismo  çentro  es  neçessario 
el  uno  ser  siempre  rebuelto  del  otro,  pero  no  por  eso  el  uno  se 
movera  en  su  movimiento  proprio,  antes  como  si  ningun  movi- 
miento tuviesse  y  ya  que  lo  tenga  si  no  usa  del  sera  lo  mismo. 
Ansi  que  quando  el  mayor  moviere  al  pequeiîo  travado  asi,  el 
pequeno  es  movido  en  tanu  linea  como  el,  y  quando  el  pequeno 
tanbien  el  grande  en  tanta  como  el  y  apartados  cada  uno  dellos 
mueve  assi  mismo,  mas  fuera  sera  razon  y  cavilosamente  dudaria 
el  que  dixera  que  siendo  en  un  mismo  çentro  y  moviendose  con 
una  misma  presteza,  acontezca  a  estos  circulos  passar  désignai 
linea,  es  verdad  que  entramos  tienen  un  mismo  çentro  mas  acci- 
dentalmente  y  por  acaeçimiento  como  al  musico  ser  blanco, 


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DIEGO   HURTADO   DE   MENDOÇA 


te  ser  centre  de  cada  uno  de  los  circules  no  sirve 
un  mismo  çentro,  luego  quando  el  pequeno  fuere  el 

e,  sera  el  çentro  como  çentro  y  prinçipio  suyo  y  quando 
como  suyo.   De  manera  que  una   misma  cosa  no 

mplemente  y  por  una  via  sino  estara  en  el  como  con- 


XXVI 

hazen  las  camas  en  doblada  proporcion  de  lados,  un 
ys  pies  o  poco  mas  y  otro  de  très,  y  porque  no  las 
►n  las  cuerdas  por  diametro  ?  Por  ventura  hazenlos 
deza  tal  para  que  sean  de  una  medida  con  los  cuerpos 
si  vendran  a  hazerse  en  doblada  proporcion  de  lados. 
a  de  quatro  codos  y  la  anchura  de  dos  y  estiranse  no 
métro  sino  por  el  contrario  del,  porque  los  braços  o 
10  se  desmientan,  y  porque  se  abran  menos  que  las 
estan  desmentidas  ligerissimamente  se  abran   de  su 
y  asi  trabajan  mas  quando  son  juntadas.  Tanbien  es 
jue  las  cuerdas  puedan  sofrir  el  peso;  pues  menos  tra- 
esto  el  peso  sobre  ellas  atravessadas  que  no  en  viaje; 
demas  desto  gastaranse  menos  cuer- 
das  desta   manera.    Sea  el    lecho 
AFGK  y  partase  en  dos  partes  el 
lado  FG  por  B  :  los  agujeros  seran 
yguales  en  PB  que  en  FA  porque  los 
lados  son  yguales,  que  todo  FG  es 
doblado  a   FA;  estiendanse  luego 
figurado  dende  A  hasta  B,  y  de  ay  donde  esta  C,  de 
esta  D,  de  alli  donde  esta  H,  de  alli  a  donde  esta  E, 
;mpre  hasta   que  se  da  la  buelta  al  otro  angulo;   y 
n  dos  angulos  los  que  tienen  atados  los  prinçipios  de 
y  las  cuerdas  con  las  bueltas  son  yguales  la  una  a  la 


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MECHANICA   DE  ARISTOTILES 


399 


otra,  AB  y  BC  con  CD  y  DH,  y  todas  las  otras  son  taies  como 
esta  en  esta  demonstraçion,mas  AB  y  FH  son  yguales  y  equidî- 
stantes  porque  los  lados  de  la  haz  o  superficie  BG  y  MK  son 
yguales  y  equidistantes  :  luego  con  yguales  y  equidistantes  agu- 
jeros  esiaran  divididos,  mas  el  lado  BG  es  ygual  al  lado  MA 
porque  el  angulo  G  es  ygual  al  angulo  B  por  estar  el  uno  de 
dentro  y  el  otro  de  fuera  en  lineas  equidistantes,  y  B  es  la  mitad 
de  un  recto  porque  BF  es  ygual  a  FA,  y  el  angulo  F  recto,  y  el 
angulo  B  es  ygual  al  angulo  donde  esta  G;  el  angulo  G  es  recto 
y  porque  el  quadrado  mas  luengo  de  una  parte  tiene  un  lado  otro 
tanto  mayor  que  el  otro,  y  la  buelta  esta  en  el  medio,  luego  sera 
AD  ygual  a  EG  y  esta  ygual  a  MH;  y  de  la  misma  manera  se 
demostrara  en  las  otras  que  son  yguales  ellas  con  las  bueltas  las 
dosa  las  dos,  de  donde  sera  manifiesto  que  en  el  lecho  entraran 
quatro  cuerdas  taies  como  AB  y  quanto  es  el  numéro  de  los 
agujeros  que  ay  en  el  lado  FG  la  mitad  avra  dende  B  hasta  F 
que  es  la  mitad  del  lado,  ansi  que  tal  sera  la  grandeza  de  las 
cuerdas  que  estovieren  en  la  mitad  del  lecho  como  fuere  AB  y 
tantos  agujeros  en  BF  en  numéro  como  BG;  y  no  ay  différencia 
en  dezir  esto  a  dezir  como  en  AF  y  FB  entramas  juntas  :  mas  si 
las  cuerdas  se  estendiessen  por  el   b  C 

diametro  como  esta  en  el  lecho 
ABCD,  las  meitades  no  seran 
tantas  quantas  fueren  en  entrâ- 
mes lados  FGFA  mayores  AF  y 
FB  siendo  dos  que  AB  sola  ;  luego 
la  cuerda  sera  tanto  mayor  ^ 
quanto  los  dos  lados  fueren  mayores  que  el  diametro. 


xxvn 

Porque  los  lenos  luengos  son  mas  difficiles  de  traer  sobre  el 
hombro  por  el  cabo  que  por  el  medio  siendo  la  carga  ygual  ? 


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400 


DIEGO   HURTADO  DE   MENDOÇA 


Porque  doblandose  el  madero  el  cabo  estorva  al  Uevar  desviando 
el  llevamîento  con  el  doblarse  y  tanbien  puesto  que  ni  se  doble 
ni  sea  de  mucha  longueza,  es  mas  difRçil  de  llevar  por  el  cabo, 
porque  mas  façilmente  se  levanta  por  medio  que  por  el  cabo,  y 
por  esto  es  mas  façil  de  llevar,  la  causa  que  alçado  por  medio 
siempre  los  cabos  se  sostienen  y  ayudan  entre  si.  Ansi  que  la 
una  parte  levanta  la  otra  porque  el  medio  por  donde  tiene  el  que 
levanta  o  Ueva  se  haze  como  çentro,  ansi  que  cada  uno  de  los 
cabos  ayuda  y  levanta  al  otro  cabo  hazia  rriba  cayendo  hazia 
baxo,  mas  lo  que  es  alçado  o  Uevado  por  el  cabo  no  haze  esto, 

antes  todo  el  peso  va  sobre  un 
medio  por  donde  es  levantado 
o  Uevado.  Sea  el  medio  donde 
es  A  yendo  B  hazia  baxo  C 
sera  levantada  hazia  rriba  y 
yendo  C  hazia  baxo  B  sera 
levantada  hazia  rriba;  mas  estos  dos  cabos  alçados  juntamente 
hazen  esto  que  se  sostienen  altos  el  uno  al  otro,  luego,etc. 


XXVIII 

Porque  si  un  mismo  peso  toviere  demasiada  longueza,se  Ueva 
sobre  el  hombro  mas  difBçil mente  que  el  menor  o  mas  corto, 
puesto  que  alguno  los  lleve  por  medio  ?  Poco  ha  que  dixe  no  ser 
la  causa  el  doblegarse,  mas  aqui  es  agora  el  doblarse  la  causa 
porque  quanto  fuere  mas  luengo,  mas  se  doblan  los  cabos,  ansi  al 
que  lo  llevare  el  Uevarlo  sera  mas  diffiçil  :  la  causa  del  doblarse 
mas  es  que  siendo  un  mismo  movimiento  quanto  el  madero 

fuere  mas  luengo,  mas  espaçio  se     

mudaran  los  cabos  del.  Sea  el  ombro 
el  çentro  donde  es  A  y  este  quedo 
el,  y  çean  AB  y  AC  las  lineas  que 
parten  del  çentro,  quanto  mayor  fuere  lo  que  parte  del  çentro 


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MECHANICA   DE   ARISTOTILES  4OI 

que  son  AB  y  AC  mayor  espaçio  y  tamano  se  muda  y  esto  se 
demostro  primero. 

XXK 

Porque  en  los  pozos  hazen  las  ciguenas  o  instrumentos  de  sacar 
agua  desta  manera  que  ponen  un  peso  de  plomo  en  el  madero 
puesto  que  el  mismo  vaso  y  estando  vazio  y  lleno  sea  tan  bien 
peso  ?  Porque  partida  la  obra  en  dos  tiempos  (que  es 
neçessario  çumir  abaxo  y  sacar  en  alto)  la  misma 
vendra  a  baxar  façilmente  el  vaso  vazio  y  sacarlo  difR- 
çilmente  lleno,  Ansi  que  es  conveniente  ser  el  abaxar 
un  poco  mas  pesado  para  alivianar  mucho  la  carga  al 
que  alça,  y  esto  haze  el  plomo  o  piedra  puesta  debaxo 
al  cabo  del  instrumento,  pues  al  que  abaxa  se  haze 
mayor  el  peso  que  si  se  deviesse  abaxar  solamente  el 
vaso  (sin  la  piedra  o  plomo)  vazio,  mas  quando  fuere  lleno,  el 
plomo  o  aquello  que  fuere  puesto  por  peso,  levanta  en  alto  ansi 
que  entramas  cosas  son  mas  faciles  desta  manera  que  de  aquella. 


XXX 

Porque  quando  dos  hombres  llevan  una  carga  por  ygual  sobre 
un  madero  o  otra  cosa  semejante,  si  el  peso  no  fuere  en  medio 
no  seran  cargados  de  una  misma  manera,  antes  mas  quanto  el  que 
de  los  que  lo  llevan  estoviere  mas  çerca  ?  Porque  lo  menos  del 
madero  se  haze  palanca  a  los  que  lo  tienen  ansi,  y  la  carga  sosten, 
y  el  que  de  los  que  la  llevan  esta  mas  çerca  délia  se  haze  la  carga 
que  es  movida  y  el  otro  de  los  que  la  llevan  el  movedor  que 
quanto  mas  se  apartare  del  peso  tanto  mas  façilmente  movera  y 
cargara  mas  al  otro  hazia  baxo  como  resistiendole  y  contrariando 
la  carga  que  esta  puesta  ençima  del  madero  y  hecha  sosten,  pero 

Revue  hispanique,  2^ 


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402  DIEGO    HURTADO    DE    MENDOÇA 

puesto  el  peso  en  medio  nada  haze,  ni  mueve  mas  al  uno  que  al 
otro,antes  de  una  manera  les  esta  el  peso  a  entrâmes. 

XXXI 

Porque  los  que  se  levantan  ponen  la  pierna  por  angulo  agudo 
con  el  muslo  y  el  muslo  con  el  pecho,  y  sino  no  se  podrian 
levantar?  Por  ventura,  porque  aquello  que  es  ygual  es  causa  de 
reposo  en  toda  parte,  mas  el  angulo  recto  es  ygual  ansi  que  el 
que  estoviere  sentado  se  ha  con  la  circunferençia  de  la  tierra  a 
angulos  semejantes  rectos  y  por  esto  estara  en  sosiego  y  cessa- 
miento  no  se  ha  a  angulos  rectos  porque  este  derecho  y  caiga 
perpendicularmente  sobre  la  haz  haziendo  un  angulo  recto  de  un 
cabo  y  otro  de  otro,  sino  porque  esta  en  lineas  igualmente  dis- 
tantes y  se  puede  echar  una  linea  de  la  cabeça  recta  que  hara  dos 
angulos  rectos  de  un  cabo  y  otro,  y  otra  por  la  rodilla  y  los 
pies  que  hara  otros  dos  con  la  haz  de  la  tierra,  y  otra  por  los 
muslos  a  las  rodillas,  y  ansi  atravessadas  quantas  quisieremos, 
ansi  que  hara  asiento  y  detenimiento  y  se  avra  por  semejantes 
angulos  con  la  circunferençia  ;  mas  el  que  esta  en  pie  es  necessario 
estar  perpendicular  y  derecho  a  la  tierra,  lucgo  si  ha  de  estar  por 
derecho,  y  esto  es  tener  la  cabeça  en  derecho  de  los  pies,  hase  de 
hazer  con  el  ponerseenpie;  mas  quando  estaassentado, 
tiene  la  cabeça  y  los  pies  por  lineas  ygualmente  apar- 
tadas  entre  si  y  no  por  una  sola  linea  recta,  luego,  etc. 
Sea  la  cabeça  A,  el  pecho  AB,  el  muslo  BC,  la  pierna 
CD  ;  mas  cl  pecho  que  es  AB  haze  un  angulo  recto  con 
el  muslo  y  el  muslo  con  la  pierna,  ansi  que  el  que 
desta  manera  se  hallare  es  impossible  levantarse,  luego 
es  necessario  inclinar  las  piernas  y  tener  los  pies  debaxo 
de  la  cabeça  :  esto  sera  quando  CD  se  hiziere  adonde  esta  CF,  y 
juntamente  el  que  esta  sentado  aconteçiere  levantarse  y  tener  los 
pies  y  la  cabeça  por  esta  derechura,  mas  la  linea  CF  haze  un 
angulo  agudo  con  la  linea  BC,  etc. 


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MECHANICA   DE   ARISTOTILFS  403 


xxxn 

Porque  se  mueve  mas  feçilmente  lo  que  ya  esta  movido  que  lo 
que  esta  quedo,  como  los  carros  que  mas  façilmente  se  hazen 
correr  despues  de  movidos  que quandocomiençan? Porque  es  muy 
diffiçil  mover  un  peso  que  es  movido  al  contrario,  pues  quita  algo 
de  la  fuerça  del  que  mueve  por  mucho  que  sea  ligero,  que  la 
fuerça  de  yr  adelante  de  aquello  que  es  resistido  es  neçessario  ser 
mas  tardia  y  grave.  Despues  si  cessare  tanbien  résiste  lo  que 
cessa,  mas  lo  que  es  movido  haze  de  si  lo  mismo  que  el  que 
mueve  porque  mueve  o  rempuxa  hazia  un  mismo  lugar,  como  si 
alguno  acreçentasse  la  fuerça  y  presteza  del  que  mueve,  pues  lo 
que  havia  de  passar  y  sufrir  del  movedor,  aquello  mismo  haze  de 
si  movido  en  el  yr  por  el  camino,  luego,  etc. 

xxxm 

Porque  lo  que  es  arrojado  en  alto  çesa  del  movimiento?  Por 
Ventura  quando  cessa  la  fuerça,  o  por  el  resistir  y  desviar,  o  por 
la  caida  quando  la  cosa  fuere  mas  fuerte  que  la  fuerça  que  la 
arroja,  o  es  estrano  dexados  los  prinçipios  dudar  en  esto. 

XXXIV 

Porque  no  siguiendo  ni  rempuxando  el  que  arroja,  es  llevada 
la  cosa  no  por  su  proprio  movimiento?  Porque  claramente  el  pri- 
mero  hizo  esto  tal  por  rempuxar  lo  uno,  y  esto  lo  otro,  mas 
cessa  quando  no  puede  mas  hazer  aquel  primer  enviamiento  o 
fuerça  de  echar  adelante,  para  que  lo  que  es  llevado  rempuxe,  y 
quando  el  peso  de  lo  que  es  llevado  cae  mas  que  la  fuerça  del  que 
rempuxa  hazia  delante,  entonces,  etc. 


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DIEGO   HURTADO   DE   MENDOÇA 


XXXV 

rque  en  las  cosas  demasiado  de  chicas  ni  las  demasiado  de 
les  van  lexos  siendo  arrojadas,  mas  es  menester  que  tengan 
cierta  medida  y  respecte  al  que  las  arroja?  Por  ventura 
le  es  de  neçessidad  lo  que  es  arrojado  contrastât  y  contra- 

a  la  parte  donde  fuere  echado,  mas  lo  que  por  su  grandeza 
î  vençe  ni  da  lugar,  o  por  su  livianeza  no  résiste  no  haze 
tu  o  fuerça  de  arrojar  ni  de  rempuxar,  luego  lo  que  excède 
lo  a  la  fuerça  que  rempuxa  no  se  dexa  vençer,  y  lo  que  es 
10  mas  liviano  no  résiste  ;  o  por  ventura  porque  tanto  es 
lo  lo  que  es  Uevado  quanto  ayre  moviere  hazia  baxo,  mas 
le  no  es  movido  no  mueve  nada,  pues  si  aconteçe  tener 
[uiera  destas  cosas  o  demasiada  grandeza  o  demasiada  peque- 

sera  como  cosa  immovible,  porque  ni  esto  mueve  nada  ni 
llo  es  movido  nada. 


XXXVI 

irque  todas  las  cosas  traidas  en  el  remolino  que  se  haze  en 
ua  son  llevadas  al  medio  en  el  acabar?  Por  ventura  porque 
llo  que  es  traido  tiene  tamano,  y  por  esto  los  cabos  dello  se 
m  en  dos  çirculos,  en  uno  pequenoy  otro  grande,  demanera 
û  mayor  çirculo  por  el  ser  traido  ligeramente  desvia  y  echa 
berça  el  cabo  hazia  el  menor  çirculo;  mas  porque  lo  que  es 
D  tiene  anchura,  el  menor  torna  a  hazer  esto  mismo  y  rem- 
a  otro  menor  que  el  hazia  dentro  hasta  que  viene  al  medio, 
içes  por  el  haverse  en  todos  los  çirculos  de  una  misma 
îra  lo  que  es  traido  con  el  medio,  y  el  çentro  de  cada  çirculo 
Imente  distar  o  estar  apartado  de  la  çircunferençia,  o  porque 
do  el  movimiento  del  remolino  del  agua  no  vençe  por  la 


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MECHANICA   DE    ARISTOTILES  405 

grandeza  de  la  cosa,  antes  ella  excède  con  el  peso  a  la  presteza  del 
remolino,  neçessario  es  esta  cosa  ser  dexada  en  el  circule  que 
haze  el  remolino  y  moverse  mas  pesadamente;  mas  el  çirculo 
menor  es  traido  mas  pesadamente  porque  siendo  entrâmes  en  un 
mismo  medio,el  mayor  se  rebuelve  con  el  menor  de  una  manera 
en  ygual  tiempo,  y  por  esto  es  neçessario  ir  siempre  quedandose 
en  el  menor  çirculo  hasta  que  venga  al  medio;y  quanto  mas 
vençiere  el  movimiento]que  es  dexado,  mas  presto  hara  esto,  pues 
conviene  vençer  con  la  presteza  del  peso,  el  un  çirculo  luego  y 
el  otro  tras  el;  ansi  que  siempre  se  dexara  en  el  çirculo  de  mas 
adentro  toda  cosa  que  fuere  traida  porque  es  neçessario  que  lo  que 
no  es  sojuzgado  se  mueva  a  si  mismo  o  adentro  o  afliera  :  luego 
es  impossible  lo  que  no  es  sojuzgado  ser  traido  en  un  mismo 
çirculo  en  que  esta,  y  mucho  menos  en  el  de  fuera,pues  que  es 
mas  ligero  el  movimiento  :  luego  quedara  que  lo  que  no  puede 
ser  sojuzgado  se  passe  siempre  mas  adentro,  mas  toda  cosa  se 
esfuerça  a  no  ser  soiuzgada,  pues  que  el  venir  al  medio  es  el  fin 
de  no  moverse, y  solo  el  çentro  esta  quedo;  neçessario  es  luego 
recogerse  todas  las  cosas  a  este. 


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COMPTES   RENDUS 


El  P.  Arolas.  Su  vida  y  sus  versos.  Estudio  critico  por  José  R.  Lomba  y  Pedraja. 
Madrid  :  Est.  ttp.  «  Suctsores  de  Rivadeneyra  »,  1898,  in-8,  247  pp. 

«  Todo  el  mundo  conoce  de  ofdas  al  P.  Arolas  ;  muchos  han  lefdo  algûn 
verso  suyo  ;  pocos  han  visto  todas  sus  obras,  y  es  muy  raro  el  que  se  ha 
detenido  i  formar  sobre  él  un  juicio  reposado  é  imparcial.  Para  algunos  no  fué 
sino  un  fraile  libertino  ;  para  olros  fué  una  vfctima  de  la  inicmperancia  reli- 
giosa  de  sus  parientes,  que,  nino  todavfa,  le  encerraron  en  un  claustro  contra 
toda  su  inclinaciôn  ;  para  otros  (y  son  los  mis)  es  una  incôgnita  :  sabcn  apenas 
que  fué  escolapio,  que  fué  poeta  y  que  habitô  las  radrgenes  del  Turia.  »  C'est 
par  ces  réflexions  fort  justes  que  commence  Tétude  de  M.  Lomba. 

Arolas  a  été  jusqu'ici  peu  étudié  :  c'est  à  peine  si  l'on  peut  citer  quatre 
notices  dues,  les  deux  premières  à  deux  de  ses  amis,  Rafaël  de  Carvajal  (1850) 
et  Antonio  Ribot  y  Fontseré  (1857),  et  les  deux  autres  à  deux  escoîaphs,  le 
P.  Carlos  Lasalde  et  le  P.  Hermenegildo  Torres.  Le  livre  de  M.  L.  n'ajoute 
pas  grand'chose  à  ce  que  nous  connaissions  déjà  de  la  biographie  du  poète  ; 
les  éléments  d'information  étaient,  paraît-il,  fort  rares,  et  l'on  regrette  d'autant 
plus  qu'ils  n'aient  pas  été  mis  plus  sérieusement  à  contribution.  Un  grand  ami 
de  l'auteur,  le  P.  Juan  Bautisia  Marqués  vit  encore  à  Alcira  :  «Nos  han  dicho 
que  estd  ciego  y  que  y  a  no  escribe  :  esta  ha  sido  la  causa  de  que  no  le  hayamos 
importunado  desde  Madrid  à  fin  de  que  nos  informara  de  lo  que  muchos 
amantes  de  las  letras  tendrfan  gusto  en  saber.  »  Un  biographe  antérieur,  le 
P.  Hermenegildo  Torres,  ne  répondit  pas  à  la  lettre  que  M.  L.  lui  adressa  : 
«  Es  de  suponer,  por  oira  parte,  que  todo  lo  nuevo  que  él  supiera  acerca  de 
este  asunto  lo  incluirfa  en  su  citado  artkulo.  »  Comme  enquête  auprès  de  ceux 
qui  connurent  le  poète,  c'est  bien  sommaire.  Ce  que  nous  en  savons  se  borne, 
en  somme,  à  peu  de  chose.  Juan  Arolas  naquit  à  Barcelone  en  juin  1805,  de 
commerçants  aisés.  En  18 14,  il  devient  élève  des  EscuelasPfas  à  Valence  et  se 
sent  attiré  vers  le  cloître  par  une  inclination  impétueuse  —  une  vocation,  si 
l'on  préfère  —  à  laquelle  sa  famille  essaya  tout  d'abord  de  s'opposer.  En  1819, 
il  devient  novice  à  Peralta  de  la  Sal  et  c'est  pendant  ce  noviciat  que,  selon 
Rafaël  de  Carvajal,  il  aurait  composé  les  Cartas  amalorias.  Le  23  août  182 1,  à 
seize  ans,  il  prononce  ses  vœux,  va  à  Saragosse  étudier  la  philosophie,  puis  à 


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COMPTES  RENDUS  407 


Valence  la  théologie.  De  182$  à  1842,  il  enseigne  le  latin  au  Colegio  Andre- 
siano  :  c*est  Tépoque  de  sa  grande  production  et  de  sa  célébrité  ;  sur  le  milieu 
littéraire  dans  lequel  il  vécut  alors,  M.  L.  donne  d'intéressants  et  de  pitto- 
resques détails  :  il  fait  revivre  les  cénacles  de  Valence,  qui  était,  avec  Madrid 
et  Barcelone,  un  des  grands  foyers  du  romantisme  espagnol.  Arolas  fut  roman- 
tique à  outrance  et  —  comme  d'ailleurs  nombre  de  ses  compatriotes  —  d'une 
déplorable  fécondité.  //  versifiait,  versifiait,  versifiait  sans  souci  de  la  forme, 
souvent  aussi,  hélas,  sans  souci  de  la  pensée.  «  Tanto  componfa,  que  hacer 
versos  vino  i  ser  para  él  una  labor  automdtica.  Las  frases  hechas,  los  conso- 
nantes  repetidos,  los  ripios,  la  inùtil  palabrerfa,  prodigdbalos  en  aquellas  corn- 
posiciones  escritas  al  volar  de  la  pluma,  para  llenar  huecos  en  los  diarios,  para 
satisfacer  pedidos,  para  ganar,  en  fin,  dinero.  Los  mis  mfseros  plagios  se 
honraron  con  su  nombre  en  las  publicaciones de  la  prensa  local...»  L'anecdote 
suivante  montre  in  la  fois  sa  facilité  à  rimer  et  le  bas  prix  auquel  il  taxait  ses 
vers.  Un  de  ses  collègues,  nommé  Fuster,  que  son  oncle,  curé  de  Vilanesa, 
avait  chargé  de  lui  procurer  quelques  pieuses  poésies  pour  une  solennité  reli- 
gieuse, va  trouver  le  poète  et  lui  dit  :  «  Aquf  traigo  cinco  durosqueme  hadado 
mi  tfo  para  pagarle  sus  versos.  —  i  Cuintosquieres?  le  preguntô  el  poeta  ;  pide, 
porque  los  he  de  hacer  en  un  momento.  »  En  efecto,  sacô  del  bolsillo 
muchos  pliegos  de  papel  de  barba,  que  siempre  llevaba  consigo,  y  se  puso  à 
escribir  aprisa.  En  unos  pocos  minutos  quedaron  llenos  très  pliegos,  y  todos 
eran  versos  relatives  i  la  fiesta  y  à  la  procesiôn  de  Vilanesa.  Fuster  estaba 
atônito.  Le  pareciô  bastante  lo  escrito  y  le  indicé  que  cesara  ;  mas  Arolas,  i 
quien  poco  costaba  componer  otro  tanto,  le  puso  en  un  dilema  :  «  O  faltan  dos 
pliegos  —  le  dijo,  —  6  sobran  dos  duros.  » 

Assailli  par  les  directeurs  de  journaux,  très  goûté  par  les  Valenciens,  Arolas 
en  vint  assez  rapidement  à  négliger  la  pédagogie,  et  à  prendre  en  aversion 
l'habit  qu'il  portait.  Il  plaisantait  les  vœux  de  chasteté  des  religieuses,  traiuit 
de  funestes  les  solitudes  du  cloître,  aimait  à  chanter  le  conflit  de  l'amour  pro- 
fane et  de  la  conscience  religieuse,  en  se  gardant  bien  de  se  ranger  du  côté  de 
cette  dernière.  C'est  à  cette  époque  qu'il  écrivit  La  Silfida  del  Acueducto,  qgi 
fut  publiée  en  1837.  Pourtant  la  fatigue  cérébrale  ne  tarda  pas  à  se  manifester; 
il  lui  devint  de  plus  en  plus  difficile  de  composer  des  vers  :  à  la  prodigieuse 
facilité  de  jadis  avait  succédé  l'impuissance  presque  absolue  d'écrire.  En  1844, 
la  folie  s'empara  de  lui  :  il  n'eut  que  de  très  rares  moments  de  lucidité  et 
mourut  le  23  novembre  1849.  Il  n'avait  que  quarante-quatre  ans. 

La  seconde  partie  du  livre  est  consacrée  à  l'étude  critique  des  œuvres  du 
poète  :  elle  est  divisée  en  cinq  chapitres  :  poesfa  narrativa  —  Ifrica  religiosa  — 
iïrica  amorosa  —  las  Orientales  —  poesfa  festiva.  Cette  seconde  partie  est,  à 
notre  avis,  bien  supérieure  â  la  première.  Si  nous  ne  pouvons  l'analyser  ici  en 
détail,  nous  résumerons  du  moins,  dans  ses  traits  essentiels,  la  conclusion  <ie 


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COMPTES  RENDUS 


retnent  qui  sera  unanimement  ratifié.  Arolas  ne  saurait  être 
s  poètes  de  ce  siècle  ;  Espronceda,  le  duc  de  Rivas,  Zorrilla 
supérieurs  :  il  n'a  ni  leur  variété,  ni  leur  complexité,  ni  leur 
m  poète  romantique  de  second  ordre,  d'une  originalité  qui 
évation,  ni  par  la  vigueur;  il  est  essentiellement  et  avant 
fT  descriptivo,  colorista  brillante  y  apasionado  cantor  de  la 

R.  Foulché-Delbosc. 

Sffori.  Iriarte  y  su  época.  Obrs  premiada  en  pùblico  certamen  por  la 
nola  é  impresa  a  sus  expensas,  Madrid  :  Est.  tip.  «  Sucesores  de 
.  in-8,  vm-588  pp.,  portrait. 

elo  y  Mori  est  un  des  érudits  espagnols  les  plus  passionnés 
istoire  littéraire  de  son  pays  :  la  liste,  déjà  longue,  de  ses 
'e  son  activité,  son  zèle,  une  puissance  de  travail  peu  com- 
ble suite  dans  les  idées.  Depuis  1886,  il  a  successivement 
!  Villamediatn,  étude  biographique  et  critique  accompagnée 
>;  Tir 50  de  Molina  (1893);  Vida  y  obras  de  D.  Enriquede 
s  Estudios  soire  la  historia  del  arte  escéttico  eu  Espaha^  dont 
paru,  consacrés  Tun  (1896)  à  Maria  Lad  venant,  l'autre 
Rosario  Fernàndez,  la  célèbre  Tirana^  tous  deux  intéres- 
it  documentés,  où  Ton  regrettera  peut-être  que  Tintimité  des 
ssée  dans  une  ombre  un  peu  trop  discrète.  Tout  récemment 
;  un  énorme  volume  sur  Iriarie  y  su  época^  couronné  par 
oie  et  imprimé  aux  frais  de  cette  compagnie,  et  il  y  a 
à  peine,  deux  nouvelles  études  sont  venues  s'ajouter  aux 
ipuesio  libro  de  Las  querellas  del  rey  don  Aljonso  el  Sabio  et 
eatro  espanol  de  su  tienipo.  Nous  n'avons  pas  à  parler  des 
tion  qui  témoigneront  —  avec  quelle  abondance  !  —  que 
îs  précités  est  aussi  un  chercheur  adroit,  un  fureteur  émérite 

nous  présente  l'histoire  littéraire  espagnole  de  la  seconde 
ècle,  de  ce  siècle  où  l'on  a  tant  écrit  et  que  chaque  année 
onnaître  plus  exactement  soit  par  la  publication  de  textes 
rédaction  d'études  critiques  ou  biographiques.  L'excellente 
^a  poesia  casteUana  en  el  siglo  XVII I  de  D.  Leopoldo  Augusto 
dès  maintenant  être  notablement  augmentée.  Le  titre  de 
Dtarelo  indique  qu'il  ne  s'est  pas  borné  à  une  simple  biogra- 
des Fabulas  lilerarias  :  il  a  étendu  ses  investigations  à  la 
emporains  du  personnage  principal  devenu  ainsi,  en  quelque 
:entrale,   un  pivot  autour  duquel  évolue  le  monde  littéraire 


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COMPTES  RENDUS  409 


d*alors.  Peut-être  aurait-il  été  plus  conforme  à  la  réalité  des  faits  d*adopter  un 
groupement  quelque  peu  différent  :  les  incursions  de  l'auteur  sur  des  terrains 
contigus  au  sien  propre  lui  ont  fait  faire  d*heureuses  trouvailles',  et  Ton 
regrette  qu'élargissant  son  cadre  il  n'ait  pas  entrepris  une  étude  d'ensemble 
sur  le  monde  littéraire  du  xviiic  siècle.  C'est  là  un  travail  que  nous  souhaite- 
rions vivement  voir  mener  à  bien  par  l'auteur  de  Iriarte  y  su  época  :  les  quali- 
tés dont  ce  livre  fait  preuve,  l'intérêt  qui  se  dégage  de  la  lecture  de  chaque 
chapitre,  la  masse  énorme  de  faits  qu'il  contient  (l'index  alphabétique  placé  à 
la  fin  du  volume  contient  plus  de  quatre  cents  noms)  montrent  clairement  que 
nul  n'est  plus  qualifié  pour  devenir  l'historien  des  lettres  castillanes  au  siècle 
illustré  par  les  Iriarte,  Cadalso,  Samaniego,  Moratin,  Meléndez,  Fomer, 
Ramon  de  la  Cruzet  tant  d'autres  écrivains. 

Le  livre  de  M.  C.  est  congrument  pour\'u  de  notes  et  de  références.  Il  aurait 
eu  le  droit  d'être  cru  sur  parole,  ses  ouvrages  antérieurs  nous  étant  un  sûr 
garant  de  ses  procédés  de  travail  et  de  sa  probité  littéraire  :  il  ne  l'a  pas  voulu 
et  a  sagement  préféré  tantôt  appuyer  et  soutenir  son  texte,  tantôt  l'alléger  par 
des  renvois  au  bas  des  pages  et  par  de  nombreux  appendices  qui  occupent  à 
eux  seuls  près  du  tiers  du  volume.  Ces  appendices  contiennent  des  documents 
relatifs  aux  Iriarte  et  quelques  lettres  de  leurs  correspondants  ;  ils  contiennent 
aussi  une  trentaine  de  poésies,  dont  quelques-unes  ont  déjà  été  publiées  en 
1895  par  la  Revtu  Hispanique,  ainsi  que  l'indique  M.  C.  L'amour  de  l'inédit  a 
probablement  été  moins  fort  que  la  crainte  de  déplaire  à  la  pruderie  des  juges 
àupublico  certamen  et  l'on  ne  j  trouve  pas  parmi  ces  poésies  inédites  Pericoy 
Juana,  composition  mentionnée  dans  une  note  et  dont  quelques  curieux 
conser\'ent  des  copies.  Mais  ce  petit  poème  de  vingt-trois  octavas  ne  constitue 
pas  à  lui  seul  l'œuvre  badine  du  bon  Iriarte  :  M.  C.  ignorerait-il  que  l'on  connaît 
de  son  héros  des  sonnets,  des  séguedilles,  des  Ulrillas  et  quelques  autres 


I.  «  Afortunadu  investigaciones  en  diverses  archives  y  bibliotecas  han  paesto  al 
autor  de  esta  obra  en  el  caso  de  poder  esmaltarla  con  no  pocas  notidas  nacras  y  cnrlosas. 
Asi  aparecen  ahora  por  primera  vez  reveladas  las  causas  de  la  prisiôn  y  destierro  de 
I).  Vicente  Garcia  de  la  Huerta,  el  autor  de  la  Raqtul,  enigma  biognlfico  que  tanto  diô 
que  pensar  i  algunos  crfticos  ;  se  dan  noticias  exacus  y  précisas  del  célèbre  sainetcro 
D.  Ramôn  de  la  Cruz,  el  poeta  mis  popular  del  pasado  siglo,  de  quien  nada  de  positivo 
se  sabia  hasta  ahora,  y  se  anaden  multitud  de  especies  tan  interesantes  como  desconoci- 
das  acerca  de  otros  autores  de  aquel  tiempo  como  Cadalso,  los  Moratines,  Ayala, 
Sedano,  Rios,  Olavide,  Jovellanos,  Foracr,  el  italiano  Conti,  Trigueros,  Meléndez, 
Samaniego,  Comella,  Navarrete,  etc.,  y  de  otros  personajes  famosos.  La  historia  del 
Teatro,  aun  en  su  parte  material  (mis  desconocida  que  la  del  siglo  xvu  por  no  haber 
tenido  cronistas)  recibe  alguna  ilustraciôn  y  se  dan  noticias,  cuando  la  oportunidad  lo 
exige,  de  varios  de  los  mis  norobrados  artistas  »  (pp.  vi-vii). 


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410  COMPTES   RENDUS 


poésies  au  moins  aussi  légères  que  Perico  y  Juana  ?  En  tout  cas  il  n'en  souffle 
mot  :  si  je  mentionne  ici  cette  lacune,  c'est  simplement  pour  constater 
qu'Iriarte  excella  en  ce  genre  où  il  sut  être  moins  grossier  que  tel  ou  tel  de  ses 
contemporains,  Samaniego  pour  n'en  citer  qu'un. 

R.  Foulché-Delbosc. 

Victor  Balaguer.  Las  guerras  de  Granada.  Madrid  :  ïmprenta  de  la  Fiuda  de  M»  Minuesa 
de  los  Rios^  1898,  in-8,  459  pp.  (obras  de  D.  Victor  Balaguer,  tomo  XXXIII  de  la 
colecciôn  y  ùnico  de  esta  obra). 

Ce  volume  est  un  fragment  de  Los  reyes  catôîicos,  œuvre  écrite  par  M.  Bala- 
guer pour  cette  collection  hétérogène  publiée  par  l'Académie  de  l'Histoire  sous 
le  titre  de  Historia  deEspana.  L'auteur  est  avant  tout  un  poète,  et  Ton  pense, 
malgré  soi,  en  le  lisant,  à  la  remarque  célèbre  :  «  El  poeta  puede  contar  ô 
canur  las  cosas,  no  corao  fueron,  sino  como  debian  ser  ;  y  el  historiador  las 
ha  de  escribir,  no  como  debian  ser,  sino  çomo  fueron.  »  M.  B.,  qui  écrivit 
jadis  les  légendes  du  Montserrat,  aurait  été  plus  à  Taise  en  nous  narrant  celles 
de  la  conquête  de  Grenade  qu'en  nous  décrivant  les  événements  qui  amenèrent 
la  chute  de  la  capitale  de  Boabdil.  Il  est  évident  que  la  tradition  le  tente  tou- 
jours infiniment  plus  que  l'histoire  pure,  sans  doute  trop  aride  à  ses  yeux,  et 
il  ne  peut  s'empêcher  (p.  7)  d'exhaler  à  cet  égard  des  regrets,  d'ailleurs  super- 
flus et  peu  à  leur  place  dans  un  livre  de  ce  genre.  Les  étymologies  du  nom  de 
la  ville  de  Grenade  auraient  ravi  un  philologue  du  xvi«  siècle  ;  le  chapitre 
II  est  un  hors-d'œuvre  d'une  parfaite  inutilitéqui  gagnerait  sans  douteà  être  en 
vers.  Que  M.  B.  croie  que  chacune  des  hirondelles  de  l'Alhambra  porte  en  soit 
l'âme  d'un  Gomer,  d'un  Zegri  ou  d'un  Abencerraje,  quel  rapport  cela  peut-il 
avoir  avec  le  sujet  de  son  ouvrage  ?  A  chaque  page,  nous  le  répétons,  il  semble 
que  l'auteur  confonde  ces  deux  choses,  la  poésie  et  l'histoire;  le  style  est 
boursouflé  et  plein  de  redondances  ;  l'abus  des  épithètes  alourdit  la  phrase,  les 
lieux  communs  abondent.  N'était-ce  donc  pas  assez  d'avoir  El  suspiro  del  Moro 
de  M.  Castelar  ?  M.  B.  nous  déclare  (p.  365)  :  «  Todas  aquellas  guerras  y  toda 
aquella  Granada  son  asi  :  una  maravilla,  un  primor  de  tradiciones,  dehistorias, 
de  anécdotas  y  de  cuentos,  de  aventuras  amorosas  y  lances  caballerescos  que 
dan  gozo  oir,  encanto  recordar  y  deleite  referir...  En  mucho  entra  la  (antasfa, 
en  algo  la  pasiôn,  en  todo  la  poesia,  pero  descansan  estos  relatos  sobre  una 
base  cierta  y  positiva.  »  Nous  aurions  mauvaise  grâce  â  n'en  pas  convenir  et  à 
ne  pas  répéter  l'exclamation  finale  de  l'avant-dernier  chapitre  :  «  |  Bendita  sea, 
pues,  y  glorificada  para  siempre  mis,  en  los  siglos  de  los  siglos,  la  ciudad 
ingente  de  Granada  I  »  —  Amen. 

J.  Chastenay. 


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■If 


COMPTES  RENDUS  4U 


Auto  sacramental  nuebo  de  Las  pruebas  del  linaje  umano  y  Encomienda  del  honbre 
(1605)  publicado  por  LéoRouanet.  Paris:  H.  Welter;  Madrid  :  M,  Murillo,  1897,  in-X2, 
XI-9S  pp. 

Le  ms.  publié  par  M.  Rouanet  a  appartenu  à  Salvd  qui  le  décrit  sommaire- 
ment sous  le  no  1364  de  son  Catàîogo.  Medel,  qui  ne  mentionne  d'ordinaire  que 
des  pièces  imprimées,  cite  cet  auto  ;  La  Barrera  semble  n*en  avoir  connu  que 
la  mention  faite  par  Medel  \  ni  Salvi,  ni  aucun  bibliographe  n*en  ont  jamais 
vu  une  copie  imprimée.  Ainsi  que  le  fait  remarquer  l'éditeur,  cette  pièce,  sans 
être  de  premier  ordre,  ne  manque  pas  de  certaines  qualités  littéraires  et  plu- 
sieurs passages  ont  une  valeur  documentaire.  On  n'y  trouve  ni  la  profusion  de 
détails,  ni  la  magnificence  d'images  et  la  pompe  que  l'on  remarquera  plus  tard 
chez  Gilderon  :  l'action  est  simple,  claire,  brièvement  exposée.  Mais  c'est  à 
sa  charpente  rudimentaire  et  à  son  développement  un  tant  soit  peu  monotone 
que  cet  auto  doit  d'échapper  aux  controverses  arides  et  interminables  de  tant 
d'autres.  La  langue  est  ferme  et  concise.  M.  R.  rapproche  avec  beaucoup  de 
raison  son  texte  de  Los  hijos  de  Maria  del  Rosario  de  Lope  et  de  trois  autos  de 
Calderon. 

L'orthographe  du  manuscrit  a  été  un  peu  trop  scrupuleusement  respectée  : 
en  outre,  l'éditeur  a  pris  sur  lui  de  ponctuer  (en  quoi  nous  l'approuvons)  et 
d'ajouter  les  accents  «les  plus  indispensables»;  quelques-uns  sont,  à  notre 
avis,  inutiles.  Cette  légère  critique  est  la  seule  qui  semble  devoir  être  for- 
mulée. 

J.  Chastenay. 

Mosen  Jacinto  Verdaguer.  Canigô,  leyenda  pirenaica  del  tiempo  de  la  reconquista. 
Version  castellana  seguida  de  uotas  y  un  apéndice  por  el  conde  de  Cedillo,  vizconde  de 
Palazuelos.  Dibujos  de  los  Sres.  Santa  Maria  y  Lôpcz  de  Ayala.  Fototipias  de  Hauser  y 
Menet.  Fotograbados  de  Laporta.  Madrid  :  Imprenta  de  Fortanet^  1898,  gr.  in-8, 
xx-jos  pp. 

m  L Atlantide  et  CanigoUy  ces  deux  livres  écrits  en  catalan,  sont  incontesta- 
blement les  œuvres  les  plus  remarquables  que  l'Espagne  ait  produites  depuis 
bien  long»emps.  »  Ce  jugement  est  de  M.  de  Fuymaigre  (1886)  et  il  n'est 
guère  possible  d'être  d'un  avis  opposé.  On  connaît  le  prodigieux  succès  du 
premier  de  ces  deux  poèmes,  tant  dans  la  Péninsule  même  qu'à  l'étranger  ;  le 
second  vient  d'être  traduit  en  castillan  par  M.  de  Cedillo  et  luxueusement 
édité.  «  Sobre  que  el  problema  de  una  buena  traducciôn  es  siempre  arduo,  nous 
dit-il,  el  de  una  traducciôn  del  catalan  de  Verdaguer  quizi  entrana  aûn  mayores 
dificultades.  La  novedad  y  brillantez  de  las  imdgenes,  la  magnificencia  en  las 
descripciones,  el  nervio  y  riqueza  de  la  lengua,  la  concision  y  rapidez  en  cienas 
narraciones,  el  vigor  y  grandeza  de  unos  pasajes,  la  tcmura  y  el  seniimiento 


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412  COMPTES   RENDUS 


de  otros,  marcan  con  sello  tan  peculiar  y  propio  las  creaciones  de  Verdaguer 
como  embarazan  la  acciôn  de  quien  echô  sobre  si  la  tarea  de  trasladarlas  i  dis- 
tinto  idioma.  »  M.  de  C.  a  adopté  un  système  mixte  de  traduction  :  il  a  traduit 
en  vers  quelques  parties  de  Tœuvre  originale,  certaines  autres  en  prose,  ainsi 
que  Tavait  fait  précédemment  M.  Melchor  de  Palau  dans  sa  version  castillane  de 
V Atlantide,  C'est  avec  grand  plaisir  que  nous  signalons  cet  ouvrage  «testimo- 
nio  de  afecto  y  simpatia  de  un  escritor  castellano,  hacia  la  literatura  catalana, 
literarura  gloriosa,  hermana  de  la  nuestra  y  genuinamente  espanola,  de  cuyo 
feliz  renacimiento...  'sôlo  bienandanzas  puede  prometerse  esta  amada  patria 
comûn  que  se  Uama  Espana.  »  De  nombreuses  notes  (pp.  207-247)  et  trois 
appendices  (Una  excursion  al  Canigô  y  i  los  valles  del  Confient  —  Traduc- 
ciones  del  poema  Canigô  —  Bibliografia  rosellonesa)  seront  consultés  avec 
intérêt. 

S.  GUASCU. 

Poesias  ineditas  de  P.  de  Andrade  Caminha,  publicadas  pelo  Dr.  J.  Priebsch.  Halle  a, 
S,  :  Max  Kiemeyer^  1898,  in-8,  XLiu-562  pp. 

La  vie  de  Pero  de  Andrade  Caminha  est  peu  connue  :  il  naquit  probable- 
ment à  Porto,  vers  1520.  On  suppose  qu*il  habita  Lisbonne  jusqu'en  1537,  puis 
CoTmbre.  Les  relations  de  son  père  avec  quelques  dignitaires  et  l'influence  de 
quelques  parents  haut  placés  le  firent  admettre  dans  la  maison  de  D.  Duarte, 
fils  de  l'infant  D.  Duarte,  en  qualité  de  «camareiro  menor  »  :  il  exerça  ces  fonc- 
tions jusqu'à  sa  mort  (Villaviçosa,  9  septembre  1589),  consacrant  ses  heures  de 
loisir  à  la  poésie.  En  possession  de  l'entière  confiance  de  son  maitre,  Caminha 
se  trouva  en  rapports  avec  toute  la  noblesse  du  royaume,  aimé,  apprécié  et 
honoré  par  les  uns  et  les  autres.  Les  jeunes  courtisans  lui  soumenaient  leurs 
premiers  essais  poétiques  ;  les  auteurs  les  plus  distingués  applaudissaient  ses 
compositions,  pleins  d'une  admiration  respectueuse.  Francisco  de  Si  e  Miranda, 
son  prédécesseur  et  ami,  le  couvrit  d'éloges  ;^il  en  fut  de  même  de  Diogo 
Bernardes  et  d'Antonio  Ferreira,  quoique  ce  dernier  blâmât  Caminha  de  sa 
prédilection  pour  la  langue  castillane'. 

Les  poésies  de  Caminha  ne  nous  étaient  connues  jusqu'ici  que  par  l'édition 
publiée  en  1791  par  les  soins  de  l'Académie  de  Lisbonne,  d'après  deux  manu- 
scrits se  complétant  l'un  l'autre  et  appartenant  le  premier  à  la  bibliothèque  du 
couvent  de  Graça,  le  second  à  l'Archivo  du  duc  de  Cadaval.  Cette  édition  con- 
tenait 454  pièces.  M.  J.  Priebsch  publie,  dans  le  volume  tout  récemment 
imprimé  à  Halle,  545  pièces,  dont  452  inédites,  doublant  ainsi  l'œuvre  de 
Caminha.  Elles  lui  ont  été  fournies  par  deux  manuscrits,  l'un  découvert,  à  la 

I.  Sur  les  ^45  pièces  publiées  par  M.  P.,  158  sont  en  langue  castillane. 


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COMPTES   RENDUS  413 


fin  de  1894,  à  la  Bibliotheca  nacional  de  Lisbonne  par  M.  Sousa  Viterbo, 
l'autre  existant  au  British  Muséum.  Il  faut  aussi  mentionner  un  sonnet  (Na 
morU  do  Conde  da  Feirà)  emprunté  au  canciomiro  Annibal  Femandes  Thomaz 
que  publiera  prochainement  l'éminente  hispanisante  M<ne  Caroliua  Michaêlis 
de  Vasconcellos.  Le  ms.  de  Lisbonne  se  compose  de  deux  volumes  que  M.  P. 
suppose  autographes;  le  premier  a  été  reproduit  en  entier;  du  second,  Péditeur 
n'a  conservé  que  les  pièces  ne  figurant  pas  dans  l'édition  de  1 791.  Le  ms.  de 
Londres  provient  de  la  bibliothèque  de  Sir  Thomas  Grenville  :  il  a  été  décrit 
quatre  fois  déjà,  mais  aucun  de  ceux  qui  le  virent  ne  reconnut  qu'il  contenait 
des  poésies  de  Giminha  ;  tous  le  prirent  pour  un  de  ces  cancioneiros  si  nombreux. 
M.  P.  voit  dans  ce  ms.  une  sorte  de  recueil  de  poésies  de  Giminha,  choisies 
par  l'auteur  lui-même  et  copiées  sous  ses  yeux  pour  être  offertes  à  la  célèbre 
D*  Francisca  de  Aragâo,  dont  le  nom  se  retrouve  dans  les  épigrammes  de 
dédicace. 

L'édition  actuelle  est  faite  avec  un  soin  méticuleux  ;  peut-être  regrcttera-t-on 
que  l'orthographe  et  l'accentuation  n'aient  été  parfois  un  peu  rudement  assu- 
jetties à  un  système  dont  certains  points  seraient  discutables. 


R.  Foulché-Delbosc. 


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CHRONIQUE 


rand  auteur  dramatique  Manuel  Taniayo  y  Baus,  secrétaire  perpétuel 
idémtc  Espagnole  et  directeur  de  la  Bibliothèque  Nationale  de  Madrid, 
rt  le  20  juin.  Par  une  triste  coïncidence,  la  nouvelle  de  sa  mort  arriva 
le  soir  même  où  Tacteur  italien  Novelli  faisait  connaître  au  public 
la  plus  célèbre  de  ses  pièces,  Un  drattta  nuevo,  M.  Tamayo  est  un  des 
is  de  TEspagne  contemporaine  dont  les  œuvres  auraient  mérité  de  fran- 
s  tôt  les  Pyrénées.  Il  a  peu  produit  ;  mais  trois  au  moins  de  ses  drames, 
ie  amory  Lanus  de  honor.  Un  drama  nuevo^  sont  d'un  maître  et  ont  leur 
larquée  dans  le  répertoire  européen  de  ce  siècle.  La  critique  espagnole, 
ense  si  volontiers  la  médiocrité  et  Textravagance,  ne  lui  a  pas  toujours 
;mière  justice  (V.  Yxart,  Arte  escénico  en  Espana,  pp.  41  à  47.  Leopoldo 
ans  ses  Solos  de  Clarin^  si  enthousiaste  d'Echegaray,  semble  ne  louer 
0  qu'à  regret).  M.  Tamayo  était  né  en  1829,  de  parents  acteurs.  Il  débuta 
auteur  dramatique  à  Tâge  de  dix  ans  par  une  Genoveva  de  Brahante,  imitée 
içais.  Il  tomba  d*abord  dans  les  excès  du  pire  romantisme,  avec  un 
issez  extravagant,  El  cincode  Agoslo  (1849)  ;  vient  ensuite  Angela,  qui  est 
itation  du  drame  de  Schiller,  Kabbale  und  Liebe.  Sa  première  œuvre 
inte  fut  une  tragédie,  Virginia  (1853),  par  laquelle  il  inaugurait  en 
e  la  réaction  contre  le  romantisme  par  une  tentative  analogue  à  la 
de  Ponsard.  La  Ricahembra  (1854),  en  collaboration  avec  A.  Femindez 
,  est  une  évocation  de  l'Espagne  du  moyen  âge  et  rappelle  plus  qu'au- 
itre  pièce  de  ce  siècle  la  manière  brillante  de  Lope  et  de  Tirso.  Avec 
de  ^ffior  (1855),  le  chef-d'œuvre  du  drame  historique  espagnol  (le 
tage  principal  est  Jeanne  la  Folle),  M.  Tamayo  abandonne  pour  la 
i  forme  traditionnelle  de  la  comedia,  le  vers  lyrique  de  huit  pieds,  qui  se 
lal,  par  sa  concision  extrême,  à  l'expression  de  mille  nuances  de  carac- 
iija  y  Madré  ^1855)  est  ""  drame  bourgeois  dont  il  n'y  a  pas  grand 
dire.  La  Bola  de  Nieve  (1856)  rappelle  la  manière  de  Breton  de  los 
)S  par  la  virtuosité  de  la  facture  poétique.  Ici  se  place  un  inter\'alle  de 
lées  (1856-1862),  qui  divise  en  deux  parties  la  carrière  littéraire  de 
nayo.  Il  fut  élu  en  1858  de  l'Académie  Espagnole. 


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cHRomauE  415 


Les  pièces  de  sa  seconde  période  nous  montrent  sous  un  jour  nouveau 
son  talent  mûri  par  la  réflexion  et  Tétude.  Il  ne  les  signe  plus  de  son  nom, 
mais  de  pseudonymes  divers  (Don  Fulano  de  Tal,  Don  Joaquin  Estébanez).  Le 
dramaturge  est  devenu  un  moraliste,  qui  ne  considère  plus  guère  le  théâtre  que 
comme  un  moyen  de  résistance  contre  les  mauvaises  doctrines.  Au  nom  de 
sa  foi  religieuse,  il  fait  son  procès  à  la  société  moderne.  Une  seule  fois  il  écrira 
un  drame  de  pure  passion,  sans  portée  actuelle,  mais  remarquable  encore  par 
son  élévation  morale  (Un  dranta  nuevo).  Son  art  devient  plus  sobre  ;  la  trame 
de  ses  pièces  est  plus  serrée,  le  nombre  des  personnages  réduit  au  minimum. 
Il  abandonne  définitivement  le  vers  pour  la  prose.  Voici  la  Ibte  des  œuvres  de 
sa  seconde  manière:  Lo  positiva  (1862),  imitation  excellente  du  Duc  Job  de 
Léo  Laya  ;  Lances  de  honor  (1863),  drame  pour  lequel  la  critique  espagnole  a  été 
très  injuste  et  qui  est  une  des  plus  fortes  pièces  à  thèse  de  notre  temps;  Del 
dicho  al  hecho,  proverbio  (1863),  imitation  de  la  Pierre  de  touche  d'Augier  et 
Sandeau  ;  Mds  t'aie  mana  que  fuer^a,  proverbio  (1866),  imité  du  français  ;  Un 
drama  nuevo  (iSéj),  qui  passe  pour  le  chef-d'œuvre  de  Técrivain;  No  hay  mal 
que  por  bien  no  venga  (\Z(i%),  imitation,  tournée  au  mélodrame,  à\i  Feu  au 
Couvent  de  Barrière;  Los  hombres  de  bien  (1870),  éloquente  satire  contre 
rindifférentisme». 

Boris  de  Tannenberg. 


La  célèbre  actrice  M™*  Maria  Guerrero  vient  de  venir  à  Paris  avec  son 
excellente  troupe  du  Théâtre  Espagnol,  et  pendant  la  première  moitié  d'octobra 
a  donné  douze  représentations  au  théâtre  de  la  Renaissance.  En  voici  le 
liste  : 

Mardi  4  :  La  niOa  boba,  —  Pepa  la  frescachona. 

Mercredi  5  :  Mancha  que  limpia,  —  Los  dos  habladores. 

Jeudi  6  :  Tierra  baja,  —  Los  valientes. 

Vendredi  7  :  El  desden  con  el  desden.  —  Los  dos  Ixihladores. 

Samedi  8  :  La  niûa  boba.  —  El  muûuelo. 

Dimanche  9  :  El  desden  con  el  desden.  —  Los  dos  habladores. 

Lundi  10  :  Ullramarinos.  —  La  Dolores. 

Mardi  11  :  £/  estigma.  —  Las  olivas. 

Mercredi  ii  :  Los  dos  habladores.  —  La  Dolores. 


I.  Pour  de  plus  amples  détails,  voir  mon  petit  volume  :  Un  dramaturge  espagnol., 
M.  Tamayo  y  Baus  (Paris  :  Perrin,  1898)  et  la  notice  de  M.  Emilio  Cotarelo  publiée  tout 
récemment  dans  la  Revista  de  ArchivoSy  Bibliotecas  y  Museos, 


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41 6  CHRONIQUE 


Jeudi  1}  :  Don  Juan  Tenorio. 

Vendredi  14  :  Don  Juan  Tenorio. 

Samedi  1 5  :  Lus  dos  haHadores,  —  El  vergon^oso  en  palacio. 

C'est,  on  le  voit,  un  programme  très  mélangé  ;  le  théâtre  classique  y  voisine 
avec  le  género  chico.  Cette  tentative  intéressante  à  tous  égards,  eût  mérité  un 
plus  grand  succès  :  le  nombre  de  Parisiens  comprenant  le  castillan  est  encore 
fort  restreint  et  parmi  ces  derniers  peut-être  en  est-il  qui  ont  hésité  à  payer 
vingt-cinq  francs  un  fauteuil  d*orchestre.  Il  serait  à  souhaiter,  si  ces  représen- 
tations sont  reprises  quelque  jour,  que  des  conférences  précédassent  le  lever  du 
rideau,  et  que  ces  conférences  fussent  faites  par  des  gens  compétents,  les  cri- 
tiques de  la  presse  quotidienne  ayant  montré  une  fois  de  plus  leur  ignorance 
totale  de  la  littérature  d*omre- Pyrénées. 


Lt  Giranty  Aug.  Picard, 

Archiviste-  Paléographe, 


MAÇON,   PROTAT  PlltllIS,   UtrUMSURS. 


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CDIERAL  LIBRARY, 

UNIV.  OP  MICH. 

MAR  22  1899 


REVUE 
HISPANIQUE 

Recueil  consacré  à  V  élude  des  langues  y  des  libéral  ures  et  de  F  histoire 
des  pays  castillans,  catalans  et  portugais 

PUBLIÉ  PAR 

R-      FOULCHÉ-DÉLBOSC 


CINQUIÈME    ANNÉE 
Numéro  i6.  —  Quatrième  trimestre  i8()8 


SOMMAIRE 

fAGES. 

J.  Leite  de  Vasconcellos.  —  Notas  philologicas.  Il 417 

Julio  MoREiRA.  —  Étymologies  portugaises 430 

Rarnôn  Menéndez  Pidal.  —  El  Poema  del  Cid  y  las  Crônicas 

Générales  de  Espana 435 

R.  Foulché-Delbosc.  —  Les  traductions  turques  de  Don  Qui- 

c1)otte 470 

Léo  Rouanet.  —  Angel  Ganivet 483 

Comptes  rendus 496 


PARIS 

ALPHONSE  PICARD  ET  FILS,  ÉDITEURS 

Libraires  des  Archives  nationales  et  de  la  Société  de  TÉcole    des  Chartes 

82,  Rue  Bonaparte,  82 

1898 


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BIBLIOGRAPHIE 


Enskariana,  parte  segunda.  Fantasia  y  realidad,  por  Arturo  Campiôn.  Bilbao  : 
Imprenta  de  la  Biblioteca  Bascongaday  1897,  *""^>  269  pp.  (Bîblioteca  bascongada 
de  Fermfn  Herrdn,  tomo  90).  —  2  pes. 

Estudio  histôrico,  crftico  y  filolôgico  sobre  las  cantigas  del  rey  Don  Alfonso 
el  Sabio  por  el  marqués  de  Valniar.  Lo  publica  la  Real  Academia  Espanola. 
Segunda  edidôn.  Madrid  :  Est.  tip,  «  Sticesores  de  Rivadeneyra  »,  1897,  in-8, 
xxii-400  pp. 

Drames  religieux  de  Calderon.  (Les  cheveux  d'Absalon.  La  vierge  du  Sagra- 
rio.  Le  purgatoire  de  saint  Patrice.)  Traduits  pour  la  première  fois  en  français 
avec  des  notices  et  des  notes,  par  Léo  Rouanet.  Paris  :  A.  Charles,  1898,  in-8, 
vin-405,  pp.  -—  7  fr.  50. 

Boletfn  de  la  comisiôn  provincial  de  monumentos  hist5ricos  y  artisticos 
de  Orense.  Tomo  I,  niimero  4.  Septiembre  1898.  Orense  :  estahl,  tip.  dr 
A.  OUro,  1898,  in-8,  pp.  57-72. 

Gœthe.  Ifigenia  a  Taurida.  Traducciô  de  Joan  Maragall.  Barcelotta  :  Tip. 
«  VAvettç  »,  1898,  in-8,  138  pp.  —  2  pes. 

La  Alhambra,  revista  quincenal  de  artes  y  letras.  Ano  I.  Granada  :  P.  V. 
Sabatel,  1898,  in-8. 

Origenes  del  justicia  de  Aragon  por  el  doctor  C.  Juliàn  Ribera  Tarragô... 
con  un  prôlogo  de  D.  Francisco  Codera...  Zaragoia  :  Tip.  de  Comas  hermams, 
1897,  in- 16  (Colecciôn  de  esludios  drabes,  II).  —  5  pes. 

Erstes  Beiheft  zu  Ueber  Plan  und  Einrichtung  des  romanischen  Jahresbe- 
richtes.  Von  Karl  Vollmôllor.  ErJangeu  :  VerlagvonFr.  Junge,  1897,  in-8, 88  pp. 

Ueber  die  altspanischen  Pràterita  vom  Typus  ove  pude  von  Prof.  Dr.  Frie- 
drich Hanssen.  (Separatabzug  aus  den  Verhandlungen  des  Deutschen  Wissen- 
schaftlichen  Vereins  in  Santiago,  Band  III.)  Valparaiso  :  Imprenta  del  Universo 
de  Guilkrmo  Hel/mann,  1898,  in-8,  68  pp. 

Elisabeth  von  Aragonien,  Gemahlin  Friedrich's  des  Schônen  von  Oestcr- 
reich.  (i  314-13  30)  von  Dr.  Heinrich  Ritter  von  Zeissberg. . .  mit  einem  Anhange 
von  Urkunden  des  Generalarchivs  der  Krone  von  Aragon,  aus  dera  Nachlasse 
Don  Manuel  de  Bofarull  y  Sartorio's  Wien,  1898,  in  Commission  bei  Cari 
Gerold's  Sohn,  in-8,  204  pp.  (Sitzungsberichte  der  kais.  Akademie  der  Wissen- 
schâften  in  Wien,  philosophisch-historische  Classe.  Band  CXXXVII). 

Des  Don  Francbco  de  Rojas  Tragôdie  «  Casarse  '  por  vengarse  »  und  ihre 
Bearbeitungen  in  den  andercn  Litteraturen.  Von  Dr.  Arthur  Peter.  Abhand- 


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NOTAS    PHILOLOGICAS 


II 

8.  -acho. 


Na  minha  Reuista  Lusitanûy  II,  271-272,  mostrei  que  o  suffixo 
português  e  espanhol  -acho  nâo  podia  vir,  como  queria  Diez, 
Gr.  des  /.  rom.y  II,  290 sqq.,  do  lat.  aceus,  e  propus  como  etymo 
o  suffixo  composto -asculus,  i.  é,  -asc'lu-.  Por  a  Revista  Lusi- 
tana  ter  poucos  leitores,  vejo  que  da  minha  explicaçào  nào  toma- 
ram  conhecimento  alguns  romanistas,  que  ultimamente  se  tem 
occupado  d'esté  suffixo.  O  meu  artigo  na  Rev.  Ltisit.  data  de 
1891.  O  Sr.  Meyer-Lûbke,  Gramm.  der.  roman.  Sprachen,  II, 
§  420  (1894),  ^o  tratar  de  -acho,  -ucho;  -ocho,  diz  :  «  Lautlich 
wiirde  -asclu,  ûsclu,  -ûsclu  passen,  aber  man  sieht  sich  ver- 
gebens  nach  einem  lateinischen  Vorbilde  um.  »  E  o  Sr.  Emilio 
Gorra,  Lingua  e  letterat.  spagnuola,  p.  64,  nota  (1898),  fallando 
dos  substantivos  hespanhoes  acabados  em  -achoy  alguns  dos  quaes 
julga  provenientes  de  -aculu,  e  outros  de  origem  estranha, 
accrescenta  tambem  :  «  se  pure  non  fanno  presupporre  basi  con 
-*asclu  che  perô  non  si  documentano.  » 

G)mo,  por  um  lado,  existe  em  português  e  em  hesp.  o  suffixo 
-ascoi  do  ligur  (?)  -ascu-,  por  ex.  :  verdasca  ou  vardasca  (port,  e 
hesp.),  penhasco  (port.),  pehasco  (hesp.),  nevasca  (port,  e  hesp.), 
verdasco  (port.),  verrasco  (port.);  e,  como,  por  outro  lado,  o 
suffixo  lat.  -culus,  i.  é,  -c'iu-,  estd  representado  em  port,  por 
'Ihoy  e  em  hesp.  principalmente  por  -jo  :  que  diivida  pôde  haver 
de  que  um  suffixo  se  agglutinasse  ao  outro,  originando-se  o  suf- 

RtVHi  hispaniqve,  27 


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4l8  J.    LEITE   DE   VASCONCELLOS 

fixo  composte  -asculus,  i.  é,  -asc'lu-  ?  Ora  -asc'lu  explica 
perfeitamente  -achoy  tanto  em  português,  como  em  hespanhol,  o 
que  nâo  vale  a  pena  documentar,  por  ser  sabido.  Igualmente 
escuso  de  justificar  a  existencia  de  suffixos  compostos,  —  tào 
vulgarmente  se  encontram  ! 

Admittindo-se  -asc'lu-  no  latitn  vulgar  iberico,  facilmente 
seadmitte  tambem-escMu-, -isc'lu-,  -osc'lu-,ûsc'lu-,  d'onde 
-echoy  'ichOy  -ocho,  -ucho  :  cfr.  -escOy  4sc0y  -uscOy  a  par  de  -e//w,  -ilho, 
-olhOy  -ulho, 

9.  Almatica. 

Num  ms.  do  sec.  xv,  Visitaçào  do  mosteiro  de  Càrquere, 
existente  na  Universidade  de  Coimbra,  achei  escrito  :  «  duas 
almalicas  cô  seus  capellos  ». 

Deve  almatica  estar  por  dalmatica.  Em  dalmatica  tomou-se  o 
d  inicial  por  d'  =  de  («  d'almatica  »),  e  separou-se  o  pseudo- 
substantivo  almatica. 

Ha  outros  exemplos  de  confusao  da  syllaba  de  com  a  preposi- 
çào  da  mesma  forma  :  assim  explico  Mem  por  Mendo  =  Mem  +  do, 
Fernào  por  Fernando  =  Ferna7n  -^do, 

Passando  d'esté  exemplo  a  outros,  encontramos  ainda  Tiago, 
de  Santiago  (Sanct'  Idcobus)  =S.  Tiago,  etc. 

O  etymo  de  dahnatica  (veste  ecclesiastica,  que  se  usa  em 
certos  actos  religiosos)  é  conhecidamente  o  lat.  dalmatica-. 

10.  Assaz. 

Com  quanto  eu  jd  indicasse  o  etymo  de  a5sa:(^  na  Revista 
Lusitana,  H,  267,  repito-o  aqui,  por  isso  que  aquella  Revista 
nào  é  conhecida  de  todos  os  romanistas,  e  jd  depois  que  escrevi  o 
meu  artigo  tenho  visto  tirar  o  hesp.  e  port,  assagi  de  satis  ou  ad 
satisy  o  que  nào  pôde  ser  phoneticamente. 

Assa:(^vQm  de  a^  satiem.  Qr.  ai^  <  aciem,  Aa;(  <  faciem, 
'e:(  <C  -ïtiem. 


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NOTAS  PHILOLOGICAS  4  I  9 


II.  Rebelde. 

Nâo  pôde  vir  de  rebellisy  porque  fica  sem  explicaçao  o  d,  Tem 
de  se  admittir  o  verbo  *rebellitare  >  *rebeldar,  d'onde  se 
deduziu  rebelde,  Cfr.  igualdança  nos  Imditos  de  HisL  Port.,  IV, 
29,  que  fez  presuppor  igualdar  <  *aequalitare;  humilde,  tirado 
de  humildar  <*humilitare  (D.  Carolina  Michaëlis);  eo  hesp. 
avecindar  <  >  avecinar,  iix^ào^tvecindad  (Gorra,  Ling.ektterat. 
spagn.y  p.  S2,  n.). 

12.  Envés,  Rêvés. 

O  Sr.  Adolpho  Coelho,  no  Dicc.  Etym.,  dedu2  envés  de 
inversus,  e  rêvés  de  reversas;  mas  tacs  deducçôes  sào  phoneiica- 
mente  impossiveis,  pois  -rsus  deu  -sso,  Envés  vem  de  in  vers  e;  e 
rêvés  de  reverse. 

13.  Avos. 

Propriamente  -avos.  O  traductor  dos  Elementos  de  arithmetica 
de  Bezout,  Lisboa,  1842,  §  81,  nota,  explicou  judiciosamente 
avos  por  oit-  avos. 

E'  um  exemplo  de  uni  suffixo  se  tornar  palavra  independente. 
A  escolha  recahiu  em  oiiavo  porque  para  o  ouvido  esta  palavra 
parecia  composta  de  oitÇo)  -avo  :  nào  havia  outra  nas  mesmas  con- 
diçôes.  Em  ierço,  quarto^  quintOy  sexto,  setimo,  nonOy  decimo  a  pala- 
vra fundamental  esti  obscurecida,  excepto  em  sexto  =  seis-to,  e 
sétitno  =  set'imo;  mas  nestas  nào  podia  prestar-se  attençào  nem 
a  'tOy  nem  a  -timo;  por  taes  terminaçôes  serem  atonas,  o  que  nâo 
succède  com  oitavo^=oit'âvo.  —  Cfr.  sobe  o  assunto  F.  Adolpho 
Coelho,  Diccionario  tnanual  etymologico,  s.  v.  avo. 

Phenomeno  que  pôde  comparar-se  com  este  é  o  que  se  observa 
em  quiàltera,  tresquiâlteras  e  seisquidlteras,  lucidamente  estudado 


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420  J.    LEITE  DE  VASCONCELLOS 

pelo  Sr.  Julio  Moreira  in  Rcvista  Lusitana,  IV,  288-289  :  em 
sâsquiàltera  imaginou-se  entrât  na  primeîra  syllaba  o  numéral 
seis,  d'onde  seis-quiâlUras,  e  por  analogia  tres-quiàlteras,  palavras 
de  que  se  separou,  como  palavra  independente,  o  elemento  quiâl* 
fera. 

14.  Berimbaa. 

Diz-me  o  Rev.  Conego  M.  Mirques  de  Barros  que  no  crioulo 
português  da  Guiné  se  usa  o  vocabulo  balimbô,  correspondente  ao 
mandinga  baiimbaùo,  nome  de  certo  instrument©  musîco, 
muito  nuior  que  o  berimbau,  mas  parece  que  semelhante  a  este 
na  forma. 

Na  lingoa  portuguesa  existem  varias  palavras  provenientes  das 
lingoas  de  Africa  :  a  propria  palavra  tnandinga  é  uma  !  Talvez 
pois  berimbau  se  relacione com  balimbaùo.  Or  pôde explicar-se 
ou  por  certa  pronùncia  especial  do  /  originario,  ou  pela  corres- 
pondencia  que  muitas  vezes  se  dd  na  Africa  entre  r  e  /.  O  il 
estard  ainda  representado  no  gallego  birimban,  que  existe  a  par 
de  birimbau. 

G)mo  illustraçâo  do  assunto,  notarei  que  outra  forma  portu- 
guesa de  berimbau  é  birimbau^  igual  d  gallega  jd  mencionada,  e 
quasi  igual  d  hespanhola  birimbao. 

15.  Genteio. 

As  formas  intermedias  entre  o  lat.  centenum  e  o  port, 
modemo  centeio  tsilo  representadas  pelo  hesp.  centeno  e  pelo  port, 
arc.  centèOy  que,  orthographado  çentèOy  se  encontra  ainda  no  seculo 
XIV  nos  Ineditos  da  Academia,  IV,  J94;  centeo  encontra-se  por  ex. 
no  sec.  XVII  no  Fidalgo  Aprendi:^^,  pag.  18,  da  éd.  do  Dr.  Mendes 
dos  Remedios,  Coimbra,  1898;  mas,  como  estd  a  rimar  com 
meioy  dévia  pronunciar-se  jd  centeio, 

Temos  pois  :  centenu->  centeno >  centeo  >  centeo  >  centeio. 


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NOTAS   PHILOLOGICAS  ^21 


Esta  formula  applica-se  a  todas  as  palavras  em  -eio  (-eià),  vin- 
das  de  palavras  latinas  em  -enu-  (-en a-),  como  veio^  veia, 
areia^  etc.  —  De  veio  conserva-se  ainda  a  forma  antiga  vèo  repre- 
sentada  no  Minho  por  um  ditongo,  vèu,  que  tem  como  forma 
parallela  em  varias  regiôes  véue  e  biu, 

i6.  Gossoiro. 

Este  termo  usa-se  pelo  menos  no  Alemtejo  e  Algarve.  Applica-se 
d  rodella  ou  volante  do  fuso,  e  corresponde  ifusaîole  dos  archeo- 
logos  (it.  fusajuola^  lat.  veriicillus).  O  etymo  é  evidentemente  o 
lat.  cursorius>>  cursoriu-  >  cossoiro.  O  r  assimilou-se  ao  j, 
comoem  péssego  <  1.  Persicu-,  pessoa  <  1.  persona-,  avesso 
<L  aversu-;  d  terminaçâo  -oriu-  corresponde  -oiro  (-ôiro-), 
como  em  -^iro  <1.  -toriu-. 

Alguns  diccionarios  trazem  cossoiro  (cassouro)  e  coçoiro 
(coçouro);  a  segunda  forma  é  errada  ;  a  primeira  nunca  a  ouvi. 

17.   Çujo. 

Actualmente  escreve-se  este  vocabulo  com  s,  pois  que  se  adop- 
tou  como  regra  a  substituiçào  do  ç  inicial  por  s;  todavia  a  pro- 
niincia  dialectal  e  a  antiga  orthographia  requerem  ç.  Nos  In  editos 
de  Alcobaça  de  Fr.  Fortunato  de  S.  Boaventura,  lê-se,  por  exemplo, 
I,  150,  «  çuja  »,  e  138  «  çujamente  ».  Madureira  Feijô,  que  era 
trasmontano,  manda  na  sua  Orthographia^  2*  éd.,  p.  41,  escrever 
«  çuja  »,  segundo  a  pronùncia.  Em  mirandês  pronuncia-sefw/(?,-j. 
O  ç  inicial  mostra  que  a  evoluçào  da  palavra  nâo  foi  exacta- 
mente  a  mesma  que  a  da  hesp.  sucioy  com  quanto  o  etymo  de 
ambas  esteja  no  lat.  suc i dus. 

O  Sr.  Schuchardt,  Romanische  Etymologieetty  I,  41,  aproxima 
sujo  de  *sudio,  mas  o  ç-  oppoê-se  a  esta  aproximaçào. 

Creio  que  de  su  ci  dus  se  passou  para  *sucio  =  *suçiOy  e 
por  metathese  para  *çusio,  d'onde  çujo^  com  -sio  >  -;o,  como  em 


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422  J.    LEITE  DE   VASCONCELLOS 

ecclesia>  igrqa.  A  forma  intermedia  *sucio  esta  representada 
pela  hespanhola. 

i8.  ^Flrmis. 

A  par  de  *fïrmus,  que  explica  o  port,  ^rc,  fernWy  o  itzl.  fermo, 
o  catal.  fernty  e  o  fr.  arc.  ferm  e  mod.  fermey  parece  que  existia 
no  lat.  vulg.  da  Iberia  *  fi  rmis,  que  explica  o  port,  e  hesp.  firme. 
A  existencia  de  *  fi  rmis  é  confirmada  pelo  adverbio  classico/r- 
ptiter,  O  adj.  *fîrmis  podia  ter-se  formado  de  firmitaSy  pois  que 
o  suffixo  -tat-  (firmitaUm)  tanto  se  junta  a  th.  cm-o  (firmitaSy 
defirmus'y  aequitaSy  de  aequus)y  como  a  th.  em  -i  (crudelitaSy  de 
crudelis;  similitaSy  de  similis).  Temos  pois  *firmis  :  firmitas  :: 
crudelis  :  crudelitas.  Outra  prova  da  existencia  de  *  fi  rmis  esta 
em  infirmis  ,  archivado  por  H.  Rônsch,  Itala  und  Vulgatay  Mar- 
burg,  1875,  p.  274. 

19.  Finia. 

Nos  Ineditos  de  Alcohaçay  de  Fr.  Fortunato  de  S.  Boaventura, 
I,  155,  lê-se/^w;(fl.  Do  lat.  fiducia.  A  forma /w;^^,  que  provém 
directamente  de  feu^ay  vive  ainda  na  Extremadura,  pelo  menos 
no  concelho  do  Cadaval  e  vizinhos;  mas  sô  a  tenho  ouvido  a 
gente  velha,  d'onde  se  vê  que  estd  a  desapparecer.  Como  appe- 
Uido  conheço  no  Norte  do  reino  tambem  Fin^a, 

A  evoluçâo  phonetica  foi  :  fiducia->*feducia  >  feu:^a> 
fiu\a,  O  I  atono  da  syllaba  inicial  mudou-se  em  ty  como  em 
vertude(zTc,)ymeudo  (arc),  meor  (arc. y  <menore-);  moder- 
namente  o  e  mudou-se  em  1,  por  ser  atono  e  estar  antes  de 
vogal.  Sâo  leis  bem  conhecidas. 

20.  Fôpa. 

Na  BeiraAlia  fiipa  tem  a  mesma  significaçâo  que  na  lingoa 
commum  fonay  «  a  cinza  das  feiscas  que  sobirâo  ao  ar,  e  descem 
apagadas  »  (Moraes). 


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NOTAS   PHILOLOGICAS  423 


O  etymo  esti  no  lat.  faluppa,  palavra  restituida  ao  lexico 
latino  por  Horning,  que  a  encontrou  num  antigo  glossario  com 
a  signifîcaçâo  de  a  quisquilias,  paleas  minutissimas  vel  surculi 
minuti  »,  o  que  convém  com  a  signifîcaçâo  da  palavra  portu- 
guesa.  Faço  acitaçâo,  segundo  a  nota  da  Romania^  XXVI,  582. 

A  evoluçâo  phonetica  foi  :  f a  1  u  p  p  a-  >  *  f a  I  o  p  p  a  >  *faopa  > 
fôpa.  A  syncope  do  /  intervocalico  é  phenomeno  regular  e  vul- 
gar.  O  dissyliabo  ao  condensou-se  em  0  como  em  môr  <C  maoTy 
molho  <  ^tnaàlho.  Incidentemente  notarei  que  maor  se  usa  ainda 
hoje  no  Minho;  nb  Poema  de  Alexandre  ha  tambem  maor  y  vid. 
Gessner,  Das  AltleonesischCy  1867,  p.  16.  Com  molho  <  *  maolho 
<C*  màolhoy  cfr.  mirandes  manolhoy  catal.  manoll. 

21.  MalnU. 

Em  algunas  localidades  da  Beira-Alta  diz-se  maluta  por  luta^ 
ex.  «  jogar  uma  maluta  »  (brinquedo  de  rapazes  que  lutam, 
braço  a  braço,  uns  com  os  outros  para  verem  quai  é  o  mais 
valente). 

Deu-se  aqui  evîdentemente  coalescencia  da  segunda  syllaba 
do  artigo  uma  :  {u)ma  luta. 

Sâo  muito  conhecidos  os  exemplos  d'esta  especie  em  todas 
ou  quasi  todas  as  lingoas  romanicas,  e  os  inversos,  i.  é,  da  con- 
fusâo  de  uma  syllaba  inicial  com  o  artigo,  e  a  suppressâo  conse- 
cuiiva  d*ella. 

Na  Darstellung  der  romagnolischen  Mundarty  Wien,  1871,  cita  o 
Sr.  Mussafia  épis  <C  >  lépiSy  e  inversamente  lardâr  <i  >  ardor 
(fesca),  lirtien  O  in:(en  (uncino),  lôdar  (otre),  nuvla=  luvla 
==rui'ula  (Diez,  11',  364)  :  vid.  §§  168  e  169.  —  O  Sr.  C.  Sal- 
vioni,  Noterelle  di  toponomastica  lombarday  Bellinzona,  1898,  p.  10, 
explica  o  nome  de  lugar  Lurengo  por  ôro  =  or  y  «  poggio,  ciglio 
di  monte  »,  com  o  suffixo  -  éngo  ea  prefixaçâo  do  artigo  /';  cfr. 
ibidemy  p.  11,  o  nome  tambem  geographico  Lugaggia  a  par  de 
Ogaggia. 


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424  J.    LEITE   DE   VASCONCELLOS 

O  fr.  lierre  explica-se  por  Pierrey  pois  que  em  fr.  arc.  ha  ûrre 
<;I.  hedera;  igualmente  fr.  lendemain,  prov.  lendema-s  <,'ûlt 
în  de  mane;  fr.  luette  =*ruette  <C'ïll^  *uvetta;  no  crioulo 
francês  da  Guyana,  a  respeito  do  quai  escrevi  umas  notas  in 
Revista  Scientifica,  do  Porto,  p.  588  sqq.,  ha  :(affairs  («  les 
affaires  »)  e  T^oreiees  (  «  les  oreilles  »);  no  crioulo  da  ilha  Mauri- 
cio  ldca:(e  (a  casa),  dilo  («  de  Teau  »),  dipin  («  du  pain  »), 
divin  («  du  vin  »);  no  da  Trinidad  Tioreis,  :(p:(p  («  les  oiseaux  »)  : 
sobre  estes  dois  ultimos  crioulos  vid.  F.  Adolpho  G>elho, 
Os  dialectos  romanicos  na  Africa^  Asia  e  America,  i**  artigo,  i88r, 
p.  52.  No  dialecto  de  Bagnes  (Suiça)  diz-se  juey  por  oculu-: 
«  le  ;  appartient  proprement  à  l'article,  mais  l'analogie  .l'a 
introduit  au  singulier.  C'est  une^ faute  toute  semblable  à  celle 
sanctionnée  dans  le  dictionnaire  de  l'Académie,  entre  quatre- 
7i-yeux  au  lieu  de  entre  quatre  yeux  »  :  vid.  J.  Cornu,  Phonologie 
du  bagnard,  p.  14  (extr.  da  Romania,  vol.  VI,  1877.) 

Em  nomes  geographicos  da  Catalunha  encontra-se  Sacosta, 
Sapera,  Saroca,  onde  Sa-  représenta  (ip)sa,  que  no  catalâo 
antigo  valia  de  artigo  ;  e  tambem  Despuig,  Desclot,  onde  Des- 
corresponde  a  de(ip)s(e)  :  cfr.  A.  Morel-Fatio,  «  Das  CataU- 
nische  »,  in  Grundriss  der  roman.  Philologie,  I,  682. 

Em  andaluz  temos  er  lombro  <  er  =  el  Thombro,  er  lejio  <  er 
Fejido,  er  landén  <  er  Pandén,  la  Torre  'r  Loro  <  la  Torre  (de)r 
rOro  :  Marin,  Cantospop,  esp.,  I,  179  n.  O  Sr.  R.  J.  Cuervo  nas 
suas waliosas  Apuntaciones  criticas  sobre  el  lenguaje  bogotano^  4*  éd., 
Chartres,  1885,  cita  varios  exs.  nos  §§  485  e  677  :  sopalandas 
<Z  las  hopalandas  ;  e  inversamente  :  'amarros  <  los  :(amarros, 
tendo-se  tomado  o  r  como  parte  do  artigo,  imbo  <  limbo,  ame- 
dor  <Z  lamedor,  andalias<i(\zs)  sandalias,  antejuela  <  lantejuela; 
vid.  um  artigo  do  mesmo  auctor  in  Romania,  XU,  108-109. 
Sobre  o  hesp.,  cfr.  ainda  P.  de  Mugica,  Gramâtica  del  castellano 
antiguo,  I,  Leipzig,  1891,  p.  26.  —  O  hesp.  atril,  de  latril 
<  letril,  deve  explicar-se  por  dissimilaçâo  de  /-/. 

Diez,  como  é  sabido,  tratou  summariamente  d'esté  assunto 


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NOTAS   PHILOLOGICAS  425 


na  Grammaire  des  langues  romanes^  I,  189-160,  e  Meyer-Lûbke  na 
Grammatîk  der  romanischen  Sprachen,  I,  §  429.  Vid.  tambem 
D.  Carolina  Michaëlis  de  Vasconcellos,  «  Studien  zur  hispan. 
Wortdentung  »,  in Miscellanea  di Filologia  Caix-Canello,  Firenze, 
1885,  §§  17,  22  et  45. 

Alera  da  cîtada  forma  portuguesa  malutay  que  constitue  o  pre- 
texto  d'esta  nota,  a  lingoa  popular,  o  onomastico  e  os  dialectos 
offerecem  exemplos  congénères. 

E'  bastante  usual  no  Norte  e  Centro  do  reino  a  palavra  a:((h 
ratadoy  por  «  atordoado  »,  e  até,  se  bem  me  lembro,  o  roman* 
cista  Gimillo  Castello-Branco  a  empréga.  Outra  expressao  fré- 
quente é  c(  a  casa  dos  :(arates  »,  por  «  a  casa  dos  doidos  ».  Zoraies 
esti  por  os  orales  =07iorates  (pois  que  o  s  intervocalico  é  sonoro), 
lendo-se  considerado  o  s  =  r  como  elemento  constitutivo  da 
palavra;  na  Beira,  etc.,  -i  +;j  =  ;(.  Dc:^orates^  supposto  plural 
de  :(pratey  fez-se  o  verbo  a^oratar,  d'onde  o  participio  a:(pratado. 
Este  exemplo  é  muito  semelhante  ao  do  crioulo  fr.,  jd  citado  : 

O  onomastico  offerece-nos  Saes,  nome  d'uma  quinta  e  casa 
em  Resende,  de  cujos  antigos  senhores  eu  descendo;  a  forma 
maisantiga  que  conheço  da  palavra  é  OssaeSy  que  dériva  do  arc. 
osso  <  1.  ùrsus,  ûrsu-  :  quanto  i  formaçâo  cfr.  LobaeSy  de  lobo, 
Raposaly  de  raposa^  Golpilhaly  degolpelha  <1.  vulpecula.  Como 
na  Beira  -i-f-5  =  i,  facilmentese  viu  cm  Ossaes  a  agglutinaçào 
do  artigo  os  com  o  nome  Saes^  i.  é,  os-SaeSy  e  separou-se  aquelle  : 
Saes  jd  se  encontra  num  ms.  do  sec.  xvi.  Ainda  quanto  a  osso\ 
nome  antigo  do  ursOy  que  existiu  outr'ora  em  Portugal,  temos  no 
onomastico  Ossa  e  Ossella  ou  Ossela  (deminutivo);  é  porém 
duvidoso  se  Ossos  é  o  plural  de  o^so  <i  ursus,  se  de  osso 
<  ossum  (os).  Na  Galliza  tambem  ha  Oseira  e  OseirOy  de  osOy 
«  urso  ».  Nouiros  pontos  da  Hespanha  ha  Oseray  Oseja  (demi- 
nut.)  e  El  Oso.  Na  Lombardia  o  Sr.  C.  Salvioni,  op.  cit. y  p.  11, 
lembra  Ossasco  e  Orsera.  —  Cfr.  tambem  0;(mr,  que  encontrei 
num  mappa  antigo,  por  Zeive^  nome  de  uma  aldeia  em  Tras-os- 


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426  J.    LEITE  DE  VASCONCELLOS 

Montes.  Os  estrangeiros  escrevem  frequentemente  Oporto  em  vez 
de  Porto  y  por  isso  que  se  diz  o  Porto  y  com  o  artigo.  Em  Oporto 
houve  agglutinaçao  do  artigo;  e  em  0:(«z;g  tambem,  se  Zeive  é  a 
forma  primitiva. 

Nos  dialectos  crioulos  portugueses  encontra-se,  por  exemple, 
o  seguinte  :  na  Ilha  do  Principe  ubàoûy  ociy  udéduy  ofôgOy  utnan, 
umuéy  upatiy  upanuy  opéy  usait;  na  ilha  de  Anno-Bom  ucéy  omd; 
na  Ilha  de  S.  Thomé  opô,  opi.  Vid.  sobre  isto  H.  Schuchardt, 
«  Beitrâge  zur  Kenntnis  des  kreolischen  Romanisch  »,  IV,  in 
Zs.  fur  rom.  PhilologiCy  XIII,  474;  e  Kreolische  Studieriy  VU,  18. 

Fica  pois  plenamente  justificada  a  explicaçâo  que  dei  de  maluta 
(=  \u\nui  luta). 

22.  Mangnalde. 

Este  nome  geographico  représenta,  como  outros  muitos,  o 
genetivo  de  um  nome  proprio.  Nos  Portugaliae  Monumtnta  Histo- 
ricûy  «  Diplomata  et  chartae  »,  p.  25,  vem  um  documente  do 
sec.  X,  em  latim  barbaro,  em  que  se  lèManualduspresbiter.  Ora, 
de  Manualdi  veiu  Mangualde;  quanto  ao^  intercalado  entre  o 
n  e  a  semi-vogal  u  cfr.  mangual  <  1.  manuale,  minguar  <  1. 
*minuare. 

A  etymologia  de  minguar  é  attestada  por  outros  vocabulos 
romanicos,  como  it.  tnenovare,  catal.  minvary  etc.  :  vid.  Kôrting, 
Lateinisch-romanisches  Wb,y  n**  531 1;  rejeito  pois  como  etymo  o 
phantastico  minuicare  proposto  por  alguns. 

23.  Pari  passa. 

E'  latinismo  introduzido  na  nossa  lingoa,  como  muitos  outros  : 
vid.  uma  lista  d'elles  en  Joâo  Pinheiro  Freire  da  Cunha,  Generos 
portugueses  conhecidos  pela  terminaçàOy  Lisboa,  1798,  «  Appendice 
dos  termos  puramente  latinos  admittidos  pelos  doutos  da  nossa 
linguagem  como  frase  portuguesa  »,  pag.  60  sqq.;  \i  vem  tam- 


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idb^ôogle 


NOTAS   PHILOLOGICAS  427 


bem  pari  passuy  p.  71,  com  a  s^[uinte  traducçâo  :  com  igual 
passo>  igualdade  e  proporçao. 

As  pessoas  que  nâo  sabem  latim,  ou  as  que,  sabendo-o,  nâo 
attentam  no  facto,  confundem  esta  expressâo  com  uma  portu- 
guesa  de  valor  phonetico  igual  :  par  e  passa;  onde  ha  duas  pala- 
vras  latînas,  viram  très  portuguesas  ! 

O  mais  grave  é  que  se  acha  escrito  :  a  par  e  passa,  de  par  e 
passay  —  phrases  que  nâo  fezem  sentido  nenhum,  e  que  sào  intei* 
rameute  absurdas. 

Sâo  casos  de  teratalagia  glatialogicay  para  me  servir  da  feliz 
expressâo  ji  empregada  pelo  Sr.  Julio  Moreira  in  Revista  Lusitana, 
IV,  386,  e  V,  55  sqq.,  a  proposito  do  malfadado  kdinoy  que 
nasceu  do  verso  de  Christovam  Fulcâo 

Cantar  cantou  (Telle  dino 

(éd.  de  Epiphanio  Dias,  Porto,  1893, p.  45),  dado  por  um  antigo 
editor  sob  a  forma  de 

Gintar  canto  de  ledino, 

pois  tomou  d'elle  ou  d*ek  dino  por  de  ledino,  Por  curiosidade, 
notarei  mais  o  seguinte.  Inventou-se  em  consequencia  d'isto 
um  genero  poetico  denominado  canto  de  lina,  genero  cuja  pater- 
nidade  pertence,  parece,aoSr.  Adolpho  Coelho(vid.  Bibli<^raphia 
Critica,  p.  319),  mas  que  foi  adopiado  com  todo  o  fervor  de  ver- 
dadeiro  padrinho  pelo  Sr.  Theophik)  Braga,  como  elle  mesmo 
diz  no  seu  livro  Bernardim  Ribeira,  1897,  p.  413  :  «  a  mim  cabe 
toda  a  responsabilidade  de  ter  entrado  em  circulaçâo  o  nome 
d*este  genero  poetico  ».  Depois  do  que  sobre  a  materia  escre- 
veu  a  Sra.  D.  drolina  Michaëlis,  e  os  Srs.  Epiphanio  Dias  e 
Julio  Moreira,  toma-se  ocioso  discuti-Ia  mais  :  ficou  assente 
que  é  (Telle  dino  e  nâo  de  ledino;  e  s6  alguem,  por  amor  proprio 
offendido,  pretenderd  insistir  no  êrro.  Nâo  é  ao  historiador  da 
litteratura  que  pertence  agora  occupar-se  de  ledino  :  é  ao  glotto- 
logo,    porque  d'esse  exemplo,  do  citado  a  cima,  e  de  outros 


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428  J.    LEITE  DE  VASCONCELLOS 

muîtos,  infère  leis  psychologicas  que  o  habilitam  a  pehetrar  no 
sentido  de  outras  expressôes,  mais  obscuras  e  mais  antigas  que 
estas. 

24.  Um  horà. 

E*  fréquente  ouvir-se  em  varies  pontos  da  Beira-Alta  :  a  éutn 
hora  »,  «  jd  deu  um  hora  »  ;  mas  creio  que  a  expressao  um  hora  s6 
se  usa  quando  se  trata  de  hora  no  sentido  de  Uhr  em  allemao,  e 
nâo  no  sentido  de  Stunde  :  assim  supponho  que  se  diz  «  estive 
Id  uma  hora  »,  e  nâo  «  um  hora  ».  E'  ponto  que  depoîs  averi- 
guarei;  por  agora  desejo  sô  explicar  a  apparente  contradicçâo 
que  existe  na  concordancia  de  hora,  do  genero  feminino,  com 
um,  do  genero  masculino. 

Em  português  archaico,  e  ainda  hoje  em  grande  parte  do  pais, 
dizia-se  ùa  e  nàô  uma.  D'aqui  ûa  hora,  d'onde,  por  syncope  do 
a  de  ûa,  por  estar  antes  de  vogai,  uhora  =  um  hora. 

Por  tanto,  em  um  hora  o  numéral  um  nao  é  masculino,  mas 
ûa  sem  a.  O  melhor  meio  de  representar  esta  expressao  sera  : 
uhora. 

Temos  aqui  um  phenomeno  muito  semelhante  ao  que  succède 
em  hespanhol  com  el  almay  el  agua,  onde  el  nâo  é  o  artîgo 
masculino,  mas  estd  por  ela,  forma  antiga  :  cmelaalmay  ela  agua 
syncopou-se  tambem  o  a,  e  ficou  eValmay  eVagua,  ou,  como  se 
escreve,  el  aima,  el  agua.  Cfr.  sobre  o  assunto  Andrés  Bello, 
Gramàtica  delalengua  castellana,  Paris  1898,  §  271,  na  magni- 
fica  ediçâo  do  Sr.  D.  Rufino  José  Cuervo.  A  boa  doutrina  nâo' 
penetrou  ainda  em  todos  os  espiritos,  pois  ha  em  Hespanha 
grammaticas,  que  o  Sr.  D.  Miguel  de  Unamuno  chama  fiamantes 
(apud  Mugica,  Gram.  del.  cast.  ant.,  I,  26  n.),  que  explicam  el 
pelo  masculino  ! 

A'  mesma  categoria  de  phenomenos  pertence  o  antigo  artîgo 
português  el  em  el-rei^  segundo  mostrei  no  meu  opusculo  As 
«  Liçôes  de  linguagem  »  do  Sr.  Candido  de  Figueiredo  (andlyse 


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NOTAS   PHILOLOGICAS  429 


critica).  2*  éd.,  p.  65-66.  Assim  explico  tambem  :  Belmonte 
<  Bel(pymonte= Belle  Monte;  Castelbranco  (appellido)  <  Cas- 
telÇpybranco  =  CastelloBranco;  a  seu  bel'pra:(er  <  a  seu  belÇo)- 
praier  =  a  seu  bello-praT^er;  Monsanto  <  ^Monf-santo  <  Monte 
Santo;  Monsul  <  *Monï-sul  <  Monte  (do)  Sul;  Fonseca  <  ^Font'- 
sicca  <  Fonte  Stcca. 

Em  todos  estes  casos  as  palavras  uma,  ela,  elo,  bello,  castello, 
monte,  fonte,  perderam  a  independencia  por  se  tomarem  procli- 
ticas;  deixaram  de  se  considerar  como  taes  :  e  experimentaram 
por  isso  modificaçôes  phonecicas  como  quaesquer  syllabas  de  uma 
palavra  unica. 

25.  Xézo. 

Na  Rev.  Lusit.,  IV,  77,  explique!  xixo,  de  sixo  <  seixo,  por 
assimilaçào  do  s  inicial  ao  x  medial,  phenomeno  que  confirmei 
por  Chanches  <  Sanches.  Ultimamente  ouvi  no  Algarve  Xancho, 
i.  é,  Xanxo,  por  Sancho.  O  catalào  offerece-nos  um  exemple 
analogo  em  xeixanta,  forma  citada  a  par  de  seixanta  pelo  Sr. 
Morel-Fatio,  in  Grundriss  der  romanischen  Philologie,  l,  680.  Tam- 
bem no  crioulo  português  de  Cabo-Verde  ttmosxuxo  («  diabo  », 
de  porco  çujo,  como  se  diz  no  continente),  a  par  de  xujo  :  cfr. 
H.  Schuchardt,  in  Literaturblait  fur  german.  und  roman.  Philo- 
logie, 1887,  col.  135. 

J.  Leite  de  Vasconcellos. 


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ÉTYMOLOGIES  PORTUGAISES 


I.  MisUforio. 


Ce  mot  signifie  «  mélange  de  choses  ou  de  personnes  en  con- 
fusion ».  En  général,  on  l'emploie  comme  terme  familier  et  avec 
un  sens  péjoratif.  Les  auteurs  du  Diccionario  Contemporaneo 
écrivent,  en  le  définissant  :  «  Salsada,  confusâo,  mistura  de 
coisas  ou  pessoas  :  Viva  o  nosso  Cimôes  e  o  seu  maravilhoso 
mistiforio  (Garrett).  »  Les  autres  dictionnaires  portugais  le  défi- 
nissent à  peu  près  de  la  même  manière. 

Quant  à  l'étymologie  ils  se  bornent  à  dire  que  le  radical  de  ce 
mot  est  misto  (mixte). 

En  efiet,  si  Ton  considère  la  forme  et  le  sens  de  mistiforio^  il 
n'est  pas  diflScile  d'y  trouver  quelque  rapport  avec  le  portugais 
fnisto  ou  avec  le  latin  mixtus.  Mais  comment  expliquer  le  reste 
du  mot?  De  mislo  à  mistiforio  il  y  a  encore  une  grande  distance. 
Nous  n'avons  pas,  en  portugais,  un  suffixe. -/ont?  ou  chose  sem- 
blable, qui  ait  pu  donner  lieu  à  la  dérivation,  et  les  dictionnaires 
dont  nous  venons  de  parler  ne  nous  disent  rien  à  ce  sujet. 

Voici  mon  explication  : 

Mistiforio  provient  de  la  formule  latine  mixti  foriy  génitif  de 
mîxtum  forum,  qui  devait  être  d'un  usage  fréquent  dans  le 
langage  juridique,  pour  désigner  qu'un  certain  fait  était  à  la  fois 
de  la  juridiction  séculière  et  de  l'ecclésiastique.  C'était  un  géni- 
tif de  qualité,  comme  sui  generis,  par  exemple,  qui,  par  son 
emploi  réitéré,  s'est,  pour  ainsi  dire,  stéréotypé  dans  cette  forme, 
de  telle  manière  que  dans   la  traduction   portugaise,    que  les 


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ÈTYMOLOGIES   PORTUGAISES  43I 

dictionnaires  nous  ont  conservée.  Tordre  des  mots  est  resté  le 
même  qu'en  latin.  Ainsi  Moraes  et  d'autres  nous  oflfrent 
l'expression  casos  de  misto  foroy  en  mettant  l'adjectif  avant  le 
substantif,  au  contraire  de  ce  qu'on  devrait  attendre. 

La  formule  tnixti  fort  nous  a  donné  mistiforiOy  comme  de 
l'expression  liturgique  quod  are  s'est  formé  le  mot  populaire 
côdôriOy  qui  désigne  une  boisson  quelconque,  du  vin,  du 
bouillon,  etc.  A  la  rigueur,  de  tnixtifori  ne  résulterait  que 
mistifarcy  mais  le  développement  de  la  partie  finale  du  mot 
s'explique  comme  le  populaire  clubio  au  lieu  de  clubÇe)^  Isidorio 
au  lieu  de  Isidoro,  et  surtout  par  l'influence  de  l'analogie  avec  le 
suffixe  -orio  formant  des  collectifs  ou  augmentatifs  qui  se 
prennent  presque  toujours  en  mauvaise  part,  comme  mots  péjo- 
ratifs ou  satyriques,  par  exemple  :  escadoriOy  ceboloriOy  fareloriOy 
foguelorioy  latinoriOy  palanfroriOy  typoriOy  vivoriOy  capa:^riOy  finorio, 
paliforiOy  etc.*. 

Dans  le  Portugal  antigo  e  moderno  de  Pinho  Leal,  article 
Arouca,  on  lit  :  «  Quando  o  convento  se  ampliou  en  1220,  foi 
esta  igreja  demolida  e  ficou  sendo  a  igreja  do  convento  tnixti 
foriy  isto  é,  servindo  tambem  de  matriz. 

J'ajouterai  encore  que  l'espagnol  a  l'expression  mistiforiy  que 
les  dictionnaires  expliquent  de  cette  manière  :  «  Locucion  latina 
que  se  usa  en  nuestro  cascellano,  aplicàndola  i  los  delitos  de 
que  pueden  conocer  el  tribunal  eclesiàstico  y  el  seglar.  »  (Novi- 
siMO  DicciONARio  DE  LA  LENGUA  castellana);  «  Locution  latine 
que  l'on  applique  en  Espagne  aux  délits  justifiables  des  tribu- 
naux laïques  et  ecclésiastiques  »  (Salvd). 

Nous  avons  donc  en  mistiforio  un  mot  correspondant  à  un 


I.  Ce  suffixe  n'a  encore  été  étudié  ni  dans  les  grammaires  portugaises,  ni 
dans  les  grammaires  comparées.  Dans  la  Z£itscurift  fur  romanische  Philo- 
logie, XXVI,  p.  72,  M««  C.  Michaelis  de  Vasconcellos  a  remarqué  que-  le 
suffixe  'cca  a  aussi  une  valeur  satyrique  ou  péjorative,  comme  padreca, 
soneca,  etc. 


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432  JULIO   MOREIRA 


génitif  latin,  quoique  immobilisé  et  non  transmis  directement, 
et  Ton  sait  que  les  mots  issus  de  génitifs  latins  sont  en  très 
petit  nombre  en  portugais. 

2.  Roi. 

A  Porto  et  dans  les  environs,  le  peuple  emploie  très  souvent 
les  phrases  suivantes  :  o  roi  da  noite  (la  rosée  de  la  nuit);  —  o 
campoestâ  coberto  de  roi  (le  champ  est  couvert  de  rosée);  —  a  rua 
esta  cheiade  roi  (la  rue  est  pleine  de  rosée),  etc.  Dans  ces  phrases, 
roi  est  le  représentant  du  latin  roreÇm)  [accusatif  de  ros  =  rosée]. 
LV  s'est  changée  en  /  par  dissimilation. 

Nous  trouvons  donc  représenté  en  portugais  le  mot  simple  ros, 
dont  on  ne  connaissait  jusqu'à  présent  que  des  composés  ou 
dérivés,  comme  rosmaninho  <  rosmarinus;  rociar,  couvrir  de 
rosée,  rocio  et  orvalho,  rosée,  <  *roraliu(tn).  Voyez  la  belle  étude 
de  Jules  Cornu,  Die  portugiesische  Sprache,§  144  et  231  '. 
Quant  aux  autres  langues  romanes,  à  ros  correspond  rouâ,  roà  en 
roumain,  rosuy  rose  en  sarde,  et  ros  en  provençal. 

Il  y  a  ici  encore  un  exemple  de  ce  qu'on  a  appelé  formes 
convergentes  *  :  roi  résultant  du  latin  ros  et  signifiant  rosà,  et  roi 
issu  du  latin  rotulus,  et  qui  a  la  signification  de  liste.  (Comp.  le 
français  louer  <  laudare  et  huer  <C  locare.) 

Le  langage  populaire  a  conservé  le  mot  simple,  tandis  que 
celui-ci  a  disparu  de  la  langue  littéraire  pour  être  remplacé  par  le 
dérivé  orvalho.  Il  y  eut  un  temps  où  les  deux  mots  vivaient  à  côté 
l'un  de  l'autre,  mais  orvalho  a  fini  par  l'emporter  sur  roly  peut-être 
par  l'influence  de  l'homonyme  roi  =  liste.  C'est  ce  qui  est 
arrivé  aussi  au  mot  /cjfc?  =lieu,  endroit,  qui  s'employait  à  côté  de 


1.  L'éminent  dialectologue,  M.  Leite  de  Vasconcellos,  m'apprend    qu*i 
Obidos  on  dit  rovalho. 

2.  Sur  ces  formes,  voir  un  article  du  savant  phonéticien  M.  Gonçalve$ 
Vianna,  dans  la  Rbvista  Lusitana,  II,  p.  }i6. 


1 


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èXYMOLOGlES   PORTUGAISES  433 

logar  (du  dérivé  *locariSy  dissimilation  de  localis)  et  qui  s'est  tout 
à  fait  perdu,  logo  n'étant  employé  aujourd'hui  que  comme  adverbe 
pour  signifier  sur  le  champ  (comp.  aussi  l'allemand  aufder  S  tel  le) 
aussitôt  y  bientôt  \ 

3.  CerYam. 

Il  y  a  à  Serra  da  Estrella,  des  pâturages  dont  l'herbe  s'appelle 
arvum.  C'est  un  dérivé  de  ceruus  =  cerf,  formé  avec  le  suffixe 
unusQt  désignant  par  conséquent  des  «  pâturages  pour  les  cerfs  ». 

On  sait  qu'il  y  a  en  portugais  et  en  espagnol  des  mots  formés 
par  le  suffixe  unus  et  dérivés  presque  toujours  de  noms  qui  dési- 
gnaient des  animaux  (comme  déjà  en  latin  aprunus  de  aper). 
Ainsi  le  portugais  a  gado  ovelhum,  cabrum,  vaccum^  etc.,  et  l'espa- 
gnol asnunOy  caballunoy  cewunOy  etc.  Comp.  Meyer-Lûbke, 
GrAMM.  des  LANG.  ROM.,  II,  §455- 

4.  Pervage*. 

Ce  mot  représente  le  latin  propaginem  (nominatif  propago) 
avec  le  même  sens  qu'il  avait  dans  le  langage  de  l'agriculture. 
Virgile,  par  exemple,  dit.  G.,  H,  26  : 

Sîlvarumque  aliae  presses  propaginis  arcus 

Expectant  et  viva  sua  plantaria  terra. 

«.,  ibid.y  63  : 

...truncis  oleae  melius,  propagine  vîtes 
Respondent. 

Le  français  provin  a,  comme  on  le  sait,  la  même  origine.  Pour 

1.  Ce  fait  est  fréquent  dans  la  vie  des  langues.  Ainsi  en  français,  le  latin 
verus  a  donné  Tadjeaif  l'aire,  qui  a  disparu,  voire  n*étant  employé  aujourd'hui 
que  comme  adverbe,  et  qui  a  été  remplacé  par  vrai,  autrefois  v^fli,  du  dérivé 
veracus,  formé  comme  ebriacus  de  ebrius, 

2.  Mot  employé  à  Melgaço,  au  nord  de  la  province  de  Minho,  selon 
M.  A.  S.  Barata,  NorrES  de  Evora,  n»  i. 

Rffue  hiipantqm.  2$ 


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JULIO   MOREIRA 


étique  de  pervagCy  comparez  les  vieilles  formes  portugaises 
et  pervinco^  du  latin  propinquiis, 

5.  Valpedre. 

dre  est  un  nom  de  lieu  près  de  Penafiel.  Son  étymologie 
î  Falle(m)  Petriy  la  vallée  de  Pierre.  11  y  a  plusieurs  noms 
,  en  Portugal,  formés  avec  vallisy  suivi  d'un  substantif  ou 
ijectif.  La  transformation  phonétique  de  Valpedre  est 
lire  pour  qu'il  faille  l'expliquer  :  Pétri  a  donné  -pedre^ 
de  Petru(tn)  est  venu  Pedro. 

omposé  pareil  en  français,  mais  avec  inversion  d'éléments, 
nom  de  lieu  Bréval,  du  larin  Berheri  vallis,  V.  Darmes- 
Traitè  de  la  formation  des  mots  composés  dans  la 

FRANÇAISE,  2*  éd.,  p.  47. 

Julio   MoREIRA. 


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EL  POEMA  DEL  CID 

Y   LAS 

CRÔNICAS  GENERALES  DE  ESPANA' 


Cuantos  se  han  ocupado  en  la  critica  del  texto  del  Poema  del 
Cid  han  comprendido  lo  mucho  que  la  auxiliaba  el  estudio  atento 
de  las  Crônicas  que  tratan  de  ese  héroe  y  por  esta  razôn  las  ci  tan 
d  menudo  en  sus  trabajos  Bello*,  Lidforss^  y  Cornu^.  Pero 
hasta  ahora  no  se  ha  hecho  un  examen  detenido  de  ellas,  para 
fijar  el  numéro  de  sus  variedades  y  declarar  las  relaciones  en  que 
cada  una  esta  respecto  al  famoso  Poema,  de  modo  que  la  critica 
no  ha  podido  ejercerse  con  la  necesaria  seguridad. 

A  salvar  este  defecto  en  la  medida  de  mis  fuerzas  tienden  las 
siguientes  paginas,  en  las  cuales  apunto  también  aquellos  resulta- 
dos  d  mi  modo  de  ver  mds  interesantes,  que  se  desprenden  de  la 
comparaciôn  de  la  prosa  de  dos  diversas  Crônicas  con  los  versos 
del  Poema. 


1 .  El  présente  trabajo  es  solo  una  parte  de  otro  que  tengo  en  prensa,  titu- 
lado  :  Poema  del  Cid  y  texto,  graniâtica  y  vocabulario  ;  por  esto  résulta  d  veces  mds 
conciso  de  lo  que  fuera  de  desear  para  la  fdcil  inteligencia  de  las  correcciones 
que  propongo  al  texto  del  Poema. 

2.  Ob ras  complétas  de  don  Andres  Bello,  edicion  hecha  bajo  la  direccion  del  Con. 
sejo  de  Instruccion  pùblica.  VolumenlI.  Poema  del  Cid,  Santiago  de  Chile,  l88i. 

3.  Los  Cantates  de  myo  Cid.  Lund,  1895. 

4.  Beilràge  ^ur  einer  kûnftigen  Ausgabe  des  Poema  del  Cid  y  en  el  tomo  XXI 
de  la  Zeitschrift  fur  romanische  Philologie.  Véanse  también  las  otras  muchas 
publicaciones  de  este  autor  acerca  del  Poema. 


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•-" 


436  RAMÔN    MEMÈNDEZ    PIDAL 

La  parte  de  nuestras  antiguas  crônicas  referente  al  Cid  fiie 
siempre  la  màs  leida  y  la  que  primero  se  ofreciô  d  los  eruditos 
como  tema  de  estudio.  Asi,  en  el  sigio  pasado,  Sdnchez  pudo  ya 
afirmar  que  la  Crônica  publicada  por  Fray  Juan  de  Velorado 
<c  tuvo  présente  el  Poema  siguiéndole  puntualmente  en  mucha 
parte  de  los  hechos  y  muchas  veces  copiando  las  mismas  expre- 
siones  y  frases  y  aun  guardando  los  mismos  asonantes  ».  Esta 
observaciôn  se  viene  repitiendo  desde  entonces  por  cuantos  tra- 
taron  esta  materia. 

Pero  todos  saben  que,  contrastando  con  la  gênerai  escasez  de 
manuscritos  de  nuestros  monumentos  literarios  de  la  Edad 
Media,  las  copias  de  las  crônicas  son  numerosas;  se  cuentan  por 
centenares.  Y  quien  haya  tenido  que  cotejar  algunas  de  ellas 
habri  repetido  lo  que  decia  Gonzalo  Ferndndez  de  Oviedo  à 
este  propôsito  :  «  en  todas  las  que  andan  por  Espana,  que  Gene- 
ral Historia  se  llaman,  no  hallo  una  que  conforme  con  otra  y  en 
muchas  cosas  son  diferentes.  »  De  modo  que  si  queremos  decir 
de  una  manera  concreta  y  précisa  cual  de  esas  tan  diversas  crô- 
nicas se  inspirô  direciamente  en  el  Poema  del  Cid  y  cuales  lo 
reflejan  mds  de  lejos,  la  cuestiôn  se  complica  de  tal  modo  que 
aun  no  ha  podiJo  resolverse.  Como  interesa  tanto  a  la  critica  del 
texto  del  Poema,  intentaré  dar  aqui  en  las  menos  palabras  posi- 
bles  una  opinion. 

En  otro  estudio'  traté  de  desembroUar  la  enmaranada  genealo- 
gia  de  nuestras  Crônicas,  apartando  en  el  revuelto  montôn  los 
tipos  màs  notables  que  de  ellas  exisiieron  y  exponiendo  sus  carac- 
tères y  algo  de  su  contenido.  Refiriéndome  d  este  trabajo,  puedo 
sentar  que  los  tipos  que  ahora  nos  interesan  proceden  todos 
unos  de  otros  :  La  Primera  Crônica  General  castellana  sea  la  Crô- 
nica General  de  Alfonso  X  fue  ampliamente  refundida  en  la  Crô- 
nica de  IJ44,  y  de  una  abreviaciôn  perdida  del  texto  de  la  Primera 

i .  Crônicas  générales  de  Espaûa  ;  Calàlogo  de  la  Real  Biblioteca,  Manuscritos, 
Madrid,  Rivadeneyra,   1898. 


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EL  POEMA   DEL   CID    Y    LAS   CRÔNICAS   GENERALES  437 

Cr6nîca  à  la  cual  se  mezclaban  varies  elementos  tomados  de  la 
Cr6nica  de  1344,  salieron  otras  très  compilaciones  :  la  de  Feinte 
ReyeSy  la  Tercera  General  y  la  Crônica  de  Castilla;  en  fin,  la  Crô- 
nica  Parlicular  del  Cid  es  s61o  un  trozo  de  esta  ùltima*  aunque  no 
se  si  anterior  6  posterior  d  ella. 

Parece  natural  que  la  mis  antigua  de  todas  estas  compilaciones  ^ 
fuera  la  que  nos  dièse  un  trasunto  mis  fiel  del  Poema  del  Cid,  el 
cual  luego  se  hubiera  ido  desfigurando  en  las  sucesivas.  Rios  * 
afirma,  en  efecto,  que  la  Crônica  de  Alfonso  el  Sabio  copia  casi  a 
la  leira  el  Poema  y  Mild^  aunque  no  ve  tanclara  la  coincidencia  de 
ambas  obras  conviene  en  que  «  d  pesar  de  adiciones  y  variantes  » 
la  General  «  no  apartaba  la  vista  del  Poema,  en  una  redaccion 
sin  duda  algo  ampliada,  y  aun  d  veces  transcribe  fielmente  el 
texto  ».  Yo  creo  que  los  redactores  de  la  Primera  Crônica  Gène-  y/ 
rai  tuvieron  d  la  vista  una  refundiciôn  del  Poema  que  diferia  en 
mucho  de  la  redaccion  actualmente  conservada^ 


1.  Histaria  critica  de  la  lit.,  t.  III,  p.  587. 

2.  Delapoesia  heroico-popular  castellana,  p.  265.  Parece  imposible  que  no  se 
haya  reparado  en  las  grandes  diferencias  que  existen  entre  el  Poema  y  la  Crô  - 
nica  :  Lidforss,  por  ejemplo,  que  tan  excelentes  correcciones  crfticas  ha  hecho 
en  el  texto  dei  Poema,  se  funda  en  la  Crônica  impresa  (que  es  Tercera  Crô- 
nica General)  para  suprimir  el  verso  264$,  porque  en  ella  no  se  menciona  d 
Alharracin  y  no  tiene  en  cuenta,  que  la  Crônica  en  vez  de  ese  verso  trae  una 
larga  parrafada  en  que  se  nombran  8  pueblos  por  donde  pasan  los  Itifantes  ;  el 
itinerario  en  los  dos  textos  es  completamente  distinto  ;  en  cambio,  la  Crônica 
de  veinte  reyes  que,  como  despues  diremos,  es  la  ûnica  que  signe  al  primitivo 
poema  dice  aqui  :  «  los  ynfantes  fueron  por  Santa  Maria  de  Albarrazin  e  por 
Médina.  .  » 

3.  No  cabe  duda  que  la  refundiciôn  representada  por  la  Crônica  era  versi- 
ficada  pues  abundan  los  asonantes.  Por  ejemplo  las  palabras  del  Poema  v. 
1633,  que  la  Refundiciôn  supone  dichas  por  el  Cid  i  sus  vasallos,  se  ven  asi 
en  la  Crônica  :  «  Et  el  quando  esto  sopo  mando  allegar  toda  la  gente  en  el 
alcaçar  (1.  alcaçer)  et  començo  a  dezir  loado  sea  al  padre  espirital,  quanto  bien 
a  en  el  mundo  lodo  lo  tengo  en  Valençia  Pues  doy  mas  non  auemos  que 
dtdfdar,  salgamos  lidiar  con  aqucllos  moros,  ca  Dios  que  me  fizo  merçed  fasta 
aqui  el  nos  ayudara  daqui  en  adelante  (Escur.). 


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438  RAMÔN    MENÈNDEZ    PIDAL 

A  sôlo  comparar  el  comienzo,  hasta  la  conquîsta  de  Valencia 
y  derrota  del  rey  de  Sevilla,  no  se  notaran  estas  diferencias  :|la 
Crônica  coïncide  en  todo  con  el  Poema  hasta  el  verso  1094,  salvo 
muy  ligeras  variantes  '|;  los  versos  que  siguen  hasta  el  1220  faltan 
en  la  Crônica  pues  se  les  sustituye  por  otra  narraciôn  distinta  ;  en 
fin  hasta  el  verso  125 1  no  empieza  la  divergencia  bien  perceptible  ' 
de  ambos  textos.  La  primera  senal  que  la  Crônica  da  de  este  aleja- 
mientoes  el  asociar  el  nombre  de  Pero  Bermudezal  de  Minaya  en 
el  pasage que  corresponde  d  dicho  verso  125 1  :  «etluegootro  dia 
el  Çid  ouo  su  conseio  et  su  acuerdo  con  Aluar  Fanez  Minaya  et 
con  Pero  Bermudez  et  con  aquella  compana  en  que  el  mas  fiaua 
por  acordar  et  por  parar  sus  feziendas  en  guisa  que  la  gente  que  el 
auie  de  los  christianos  que  non  se  les  fuessen  (Escur.  ;  corn  p.  éd. 
Ocampo,  fol.  3  38  i)  ;  luego  en  vez  del  verso  1265  nos  dice  la  Crô- 
nica que  ambos  vasallos  del  Cid  hicieron  el  recuento  de  la  gente 
de  este  :  «  et  fallaron  y  mil!  caualleros  de  linage,  et  de  otros  qui- 
nientos  a  cauallo,  et  quatro  mill  omnes  a  pie  ».  (Escur.);  el 
obispo  don  Jerônimo  llegaa  Valencia  antes  que  el  Cid  piense  en 
enviarpor  su  muger  à  Burgosy  la  Crônica  nos  habla  de  una  visita 
que  hace  el  Cid  al  clérigo  en  su  posada,  de  lo  cual  nada  dice  el 
Poema;  tampoco  es  solo  Minaya  el  que  va  por  las  duenas  que 
estaban  en  Cardena,  sino  que  recibe  también  el  encargo  Martin 
Antolinez,  y  la  razôn  de  esta  novedad  se  descubre  Bien  clara- 
mente  al  ver  cômo  la  Crônica  amplia  los  versos  1285-86  :  «  Desi 
mando  les  dar  mill  marcos  de  plata  que  leuassen  al  monesterio 
de  Sant  Pero  de  Cardena  et  que  los  diesse  al  abbat  don  Sancho,  et 


I .  Para  las  citas  de  la  Primera  Crônica  me  sirvo  segùn  las  circunstancias  de 
dos  côdices  :  B.  R.  es  el  de  la  Bibl.  Real,  signatura  2-E -4,  cuyo  tejuelo  dice 
CRONICA  DE  LOS  REYES  DE  CASTiLLA,  y  EscuR.  quc  es  el  de  la  Bibl.  Escurialense 
X-j-4.  Por  medio  de  la  comparaciôn  de  los  dos  se  puede  ll^ar  d  un  conoci- 
miento  bastante  exacto  del  texto  de  la  Crônica  que  representan,  pues  cada 
uno  de  ellos  pertenece  à  uno  de  los  dos  grupos  principales  en  que  se  dividen 
todos  los  nianuscritos  queconozco. 


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EL  POEMA  DEL  CID  Y  LAS  CRÔNICAS  GENERALES     439 

mandoles  dar  otrossi  treynta  marcos  de  oro  para  su  muger  et  sus 
fijas  con  que  se  guysassen  con  que  las  troxiessen  bien  et  onrrada 
mientre,  et  otrossi  les  mando  dar  seyscientos  marcos,  los  trezientos 
de  oro  et  los  trezientos  de  plata  que  diessenaRachel  et  a  Uidas, 
los  mercadores  de  Burgos,  los  quales  el  auie  tomados  quando  se 
sallio  delà  tierra,  et  dixo  a  Martin  Antolinez  :  esso  bien  lo 
sabedes  uos,  ca  nos  los  ouiestes  sacados  sobre  el  mio  omenaie, 
et  dezit  les  que  me  perdonen  ca  el  engano  delas  arcas  con  cuyta 
lo  fiz.  »  (EscuR.  ;  comp.  Ocampo,  fol.  338  c),  Estos  dos  manda- 
deros  del  Cid  no  hallan  al  Rey  en  Carrion,  como  dice  el  Poema, 
sino  en  Palencia,  donde  no  aparecen  los  Infantes  de  Carrion  y  sus 
parientes  como  aseguran  los  versos  1345, 1372.  Pero  i  dquéseguir 
en  esta  comparaciôn  ?  las  divergencias  de  ambos  textos  que  hasta 
aqui  no  son  muy  considérables,  van  cada  vez  en  aumento,  y  son  ya 
continuas  d  partir  del  episodio  del  leôn.  ^C6mo  no  se  han  de 
advertir  las  que  existen  en  todo  el  episodio  del  rey  Bucar?  Basta- 
ria  atender  à  su  final  :  segùn  el  Poema  el  Cid  hiende  de  un  tajo 
al  moro,  à  orillas  del  mar  (v.  2420),  mientras  en  la  Crônica  no 
logra  alcanzarle  y  solo  puede  arrojarle  su  espada  cuando  le  ve 
refugiarse  en  las  naves.  En  esta  batalla  figura  un  escudero,  sobrino 
del  Cid,  llamado  Ordoiio,  desconocido  al  Poema,c  y  que  rem-  ^ 
plaza  â  Pero  Bermuez  acompanando  al  infante  Fernando  (verso 
2340)  y  en  consecuencia  le  remplaza  también  en  las  cortes  de 
Toledo  (v.  3313),  y  no  contento  con  esto  usurpa  el  papel  de 
Fêlez  Munoz  enel  verso  2618  y  en  el  R^bredo  de  Corpes  (v. 
2276  etc).  En  el.  episodio  de  Corpes^  las  diferencias  son  conti- 
nuas ;  la  Crônica  es  en  todo  mds  prolija  y  recargada  de  inci- 
JenteSj  e.L  Poema  no  conoce  aquellos  cien  caballeros  del  Cid 
que  acompanan  d  los  Infantes;  nijiquel  Pero  Sanchez  que  denuesta 
d  los  traidores,  ni  aquel  Martin  Fernandez  de  Burgos  que  lleva 
d  los  caballeros  d  quejarse  al  Rey  de  la  deshonra  sufrida,  etc., 
etc.  En  las  Cortes  de  Toledo  hay  también  multitud  de  personajes 
advenedizos  y  por  no  citar  sino  un  ejemplo,  recuérBese  aquel 
«  escudero  muy  fidalgo,  mancebiello  »  que  guarda  el  escano  del 


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440  RAMÔN    MENÉNDEZ    PIDAL 

Cid  como  buen  criado  suyo;  la^scena  de  las,  cor  tes  conserva 
solo  un  lejaao  parecido  con  la  del  Poema,  pues  todo  se  vuelve 
alli  desmanes,  alborotos,  voces  y  golpes  entre  los  dos  bandes 
litigantes,  con  grave  desacato  de  la  persona  del  Rey  que  tan 
magestuosamente  préside  la  brève  sesiôn  que  nos  pinta  el  Poema 
viejo. 

Creo  que  basta  la  dicho*  no  solo  para  probar  que  el  Poema  que 
hoy  conocemos  y  el  que  sirviô  de  guia  d  la  Crônica  eran  dos 
^bras  diferentes,  sino  también  que  el  Poema  hoy  conocîdo 
tiene  por  su  mayor  sencillez  y  concision  un  cardcter  bien  mar- 
cado  de  mis  ancianidad,  mientras  el  poema  perdido  es,  i  todas 
luces,  una  amplificaciôn  posterior,  que  ofrece  ya  los  caractères  de 
la  poesia  épica  décadente  ;  todo  en  ella  se  complica  y  enreda  sin 
motivo,  la  narraciôn  comienza  d  tomar  los  giros  de  la  de  un 
libro  de  caballerias  y  va  perdiendo  el  tono  de  un  verdadero 
poema  heroico.  Por  todas  partes  se  ve  en  la  Crônica  la  huella  de 
una  refundiciôn  compléta  y  sistemdtica  del  texto  antiguo  ;  un 
verso  de  este  se  encuentra  remplazado  por  una  larga  frase  *  ;  en 
lugar  de  un  personaje  se  introducen  dos  ô  très;  las  cifras  de 
hombres  6  de  riquezas  se  exageran  J  ;  la  acciôn  camina  mds  lenta- 
mente,  embarazada  por  continuos  pormenores  nuevos. 

1 .  Aun  me  pareciera  que  sobra,  por  tratarse  de  cosa  tan  évidente,  si  no 
hubiera  visto  que  esta  afirmaciôn,  hecha  por  mi  con  otro  itiotivo,  es  contradicha 
por  R.  Béer,  Zur  Ueberlieferung  altspanischer  LiUraturdenktnàler,  Separatah- 
druck  aus  der  «  Zeitschrift  fur  die  ôsterreichischen  Gymnasien  »,  1898  Wien,  p. 
24. 

2.  Ya  apuntamos  ejemplos  en  lospocos  pàrrafos  citados;  pondre  aquiotro, 
aunque  de  los  menos  notables,  por  ser  de  la  parte  en  que  la  divergencia  de  los 
textos  aun  no  ts  muy  grande  :  en  vez  del  verso  1 3 1 3  dice  la  crônica  :  «  e  fa- 
llaron  al  Rey  en  Palençia  e  quando  ellos  y  Uegaron  salya  el  Rey  de  missa  $ 
estaua  eneî  portai  delà  ygUsia.  » 

3 .  Uno  de  los  primeros  ejemplos  de  estas  multiplicaciones  se  refiere  al 
verso  1265  y  1285  que  yahemos  copiado.  En  vez  de  los  cien  caballcros,  de  que 
habla  el  v.  1284  y '3072,  la  Crônica  pone  doscientos  y  novecientos  (edic. 
Ocampo,  fol.  338  c,  y  550  h)y  etc.,  etc. 


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EL   POEMA    DEL   CID   Y   LAS   Cr6nICAS   GENERALES  44 1 

No  creo  que  haya  nadie  que  dude  de  esta  relaciôn  que  he  estable- 
cido  entre  los  dos  textos  ;  pero  si  lo  hubiera,  se  convencerà  de 
fijo  reparando  en  una  curiosidad  muy  significativa  :  el  poema^ 
representado  por  laCrônica  salva  escrupulosamentelos  olvidos  y  I 
descuidos  mis  notables  en  que  incurriô  el  autor  del  Poema  hoy 
conservado,  prueba  de  que  este  es  el  modelo  y  aquél  la  refundi-  / 
ciôn.  Por  ejemplôf^segùn  eTpoema  existente  el  Cid  se  olvida  de 
pagar  à  los  judios  d  quienes  estafô,  y  aunque^en  el  verso  143 1 
cllos  Uoran  por  su  dinero  d  los  pies  de  Alvar  Fanez  y  este  les 
promete  reparaciôn,  luego,  tanto  Alvar,  como  el  Cid,  como  el 
autor,  no  vuelven  dacordarse  del  asunto  ;  esto  noera  ciertamente 
portarse  bien  y  el  refundidor  pensé  en  una  correcciôn  desde  el 
comienzo  de  su  obra  y  anadiô  asi  las  palabras  del  Cid  en  el  verso 
95  :  «  E  bien  sabe  Dios  que  esto  que  lo  fago  amidos,  mas  si  Dios 
me  diere  consejo,  yo  gelo  emtndare  e  pechargelo  he  todo,  »  (B.  R.  ; 
comp.  Ocampo,  fol.  302  d),  luego  cuanda  el  Cid  despacha  para 
Burgos  d  Minaya  manda  con  él  también  d  Martin  Antolinez, 
segùn  arriba  pudo  verse,  para  pagar  d  los  judios  por  mano  del 
mismo  que  les  enganô.|  Citemos  otro  ejemplo  ;  el  primer  autor 
solia  juntar  en  un  solo  verso  los  nombres  de  Alvar  Alvarez  y  ^ 
Alvar  Salvadorez  y  aunque  una  vez  se  le  ocurriô  hacer  d  este 
liltimo  prisionero  (verso  168 1),  luego  se  olvida  y  sigue  habldn-  . 
donos  de  élcada  vez  que  nombra  d  Alvar  Alvarez  (v.  17 19', 
1994,  cî^Oi  ^1  refundidor  para  salvar  esta  distracciôn  escribiô  un 
pequeno  episodio  en  que  cuenta  detenidamente  la  prisiôn  del 
caballero  del  Cid  y  c6mo,  después  de  vencida  la  batalla,  al 
robar  las  tiendas  de  los  moros,  se  le  hallan  aherrojado  dentro 
de  la  de  Yucef. 


I.  El  manuscrito  del  Poema  dice  :  Aîuar  Aluare^  e  Aluar  Saluaâorei  e 
Minaya  Aluarfam^,  pero  con  una  rayita  de  tinta  negra  posterior,  fue  tachado 
e  Alu.  Saîu,  por  uno  que  recordaba  el  v.  1681  ;  por  esto  las  ediciones  no 
incluyeron  el  nombre  borrado.  Yo  lo  he  rcstablecido  en  la  mfa,  impresa  en 
Madrid,  1898,  pero  aun  no  puesta  en  circulaciôn. 


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442  RAMÔN    ME^4ÈNDEZ    PIDAL 

Dando,  pues,  por  seguro  que  el  Poema  prosificado  en  la  Pri- 
mera Crônica  General  no  es  el  que  hoy  se  conoce,  sino  otro 
posterior  perdido,  concluiremos  que  no  nos  sirve  la  Crônica  para 
corregir  el  texto  existente,  fuera  de  muy  contados  casos.  Yo  no 
creo  util  la  comparaciôn  mas  que  hasta  el  verso  iz^p,  y  eso  con 
bastantes  réservas,  ya  que  si  la  Crônica  difiere  del  texto  actual 
no  podremos  adivinar  en  muchos  casos  si  la  diferencîa  es  pro- 
ducto  de  la  refundiciôn,  ô  no.  Jùzguese  de  estas  dificultades  en 
vista  de  los  pasages  de  la  Crônica  que  voy  d  transcribir,  d  mi 
juicio  los  mds  curiosos  para  corregir  el  texto. 

En  la  parte  correspondiente  al  verso  135,  la  Crônica  parece 
que  supone  otro  verso  :  «  e  puso  conellos  quele  diesen  .dc. 
marcos,  los  ,ccc,  de  plata  e  los  xcc,  de  oro,  »  (B.  R.) 

verso  398,  aunque  la  Crônica  abrevia  mucho,  parece  indicar  | 
que  este  verso  no  se  hallaba  aqui,  en  el  texto  que  prosificaba, 
sino  después  del  415  donde  la  Crônica  dice  :  «  et  fue  posar  ala 
sierra  de  Micdes  et  yazel  (yaziele,  B.  R).  de  siniestro  Atiença,  que 
era  estonçes  de   moros.  Et   ante  que  se  pusiesse  el   sol...   » 

(ESCUR.) 

V.  404  y  406,  la  Crônica  aboga  por  las  correcciones  que  habria- 
mos  de  hacer  si  atendiésemos  d  las  asonancias  :  «  et  fue  posar  a  la 
Figueruela,  et  pues  que/we  de  noche  et  se  adormecio,  ueno  a  ell 
en  uision  como  en  figura  de  angel  e  dixol  assi  »  (Escur.); 
«  angel  que  dixo  ansy  »  (B.  R.).  Leeremos,  pues,  en  el  Poema  : 
despues  que  fue  de  noch  y  a  el  vino  en  vision,  Todos  los  crlticos 
corrigen  el  v.  404  leyendo  cenado  fue^  pero  creo  que  el  cenado  del 
manuscrito  no  es  mds  que  una  corrupciôn  paleogrdfica  del 
denoch.  En  el  v.  406  Bello  corrige  en  sueho  le  apareciôy  y  Restori 
el  en  sueho  vio,  ambos  suprimiendo  el  perfecto  vino  asegurado 
por  la  Crônica;  yo  suprimo  sueho,  pues  no  es  mds  que  una 
reminiscencia  del  verso  anterior  :  Fn  suenol  priso  dulce. 

V.  472,  la  Crônica  suprime  el  Quinze  :  «  el  espada  sacada 
enla  mano,  matando  enlos  que  (m.  quantos,  Escur.)  ante  sy 
fallaua,  de  guisa  que  gano  luego  el  castillo  »  (B.  R.). 


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EL   POEMA   DEL   CID    Y    LAS   CRÔNICAS   GENERALES  443 

V.  479,  la  Crônica  parece  que  impide  toda  correcci6n  :  «  Et 
cogieronse  Fenares  a  arriba  por  Guadalfaiara  »  (Escua.). 

V.  520,  i  iba  colocado  en  el  original  de  la  Crônica  después 
del  522?  «  etenuio  mandado  a  los  moros  de  Fita  et  de  Guadal- 
faiara que  gelo  comprassen,  et  ellos  uinieron  et  uieron  la  prea 
et  apreciaron  la  en  très  mill  marcos  de  plata,  et  aun  los  qui  la 
tomassenque  leuassen(tom.  avrian,  B.  R.)  ende  grand  ganancia, 
et  dieron  le  ellos  los  très  mill  marcos  de  plata  por  ella,  et  el 
fue  pagado  de  todo  a  tercer  dia  (Escur.). 

V.  525,  comienza  aqui  el  discurso  directo  :  «  amigos,  eneste 
castillo  non  me  semeja  que  mas  pudiesemos  auer  morada,  que 
maguer  que  le  pudiesemos  (ca  m.  quel  quisiessemos,  Escur.) 
retener  de  otra  guisa  non  avriamos  y  agua,  demas  que  el  rey 
don  Alfon  ha  pazes  con  los  moros  e  se  yo  que  escriptas  son  las 
cartas  delo  (son  y  a  de  los  moros  las  c.  delo  Escur.)  que  nos 
por  aqui  començamos  a  fazer  para  enbiargelas  »  (B.  R.) 

V.  534,  la  Crônica  anade  versos  despues  de  este  :  «  e  quiero 
dexar  çient  moros  e  çient  moras,  ca  paresçeria  mal  de  leuar 
moros  nin  moras  en  nuestro  rastro,  lo  que  nos  non  conbiene 
agora,  mas  andar  lo  mas  aforreches  (-chos  Escur.)  que  pudiere- 
mos,  como  omes  que  andan  en  guerra  e  en  lides  e  an  a  guarir  por 
sus  manos  e  por  sus  armas  ;  e  vos  todos  avedes  agora  asaz  dere- 
chos,  e  non  ay  ninguno  por  pagar.  »  (B.  R.)  Escuso  decir  que 
la  mayoria  de  los  casos  en  que  la  Crônica  es  mis  extensa  que  el 
Poema,  los  creo  debidos  a  amplificaciones  de  la  refundiciôn. 

V.  538,  léase  yo  non  querria  lidiar;  la  Crônica  «  ca  yo  non 
querria  lidiar  con  el  Rey  don  Alffonso  mio  sennor  »   (Escur.). 

V.  549,  el  gerundio  mejora  la  medida  del  verso  :  «  non 
sabiendo  los  moros  ell  ardiment  con  que  ellos  yuan  »  (Escur.) 
«  el  ardimente  con  que  yuan  »  (B.  R.). 

V.  568-69,  en  el  Poema  prosificado  por  la  Crônica  se  explica- 
ban  estos  versos  asi  :  «  e  que  en  la  su  vezindad  non  les  caye  pro 
ninguna,  segund  lo  que  yua  ya  faziendo.  El  Çid  desque  ouo 
fecha  alli  labastida,  caualgo  e  fue  luego  con  su  caualleria  contra 


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444  RAMÔN    MENÈNDEZ   PIDAL 

Alcoçer,  por  béer  si  la  podria  tomar,  e  los  delà  villa,  con  miedo 
que  ouieron  del,  fablaron  le  como  en  razon  de  pechar  le  parias 
e  el  que  les  dexase  beuir  en  paz  ;  mas  el  Çid  non  lo  quisso  fazer, 
e  cogiose  a  su  bastida.  Quando  esto  oyeron  los  de  Calatayud  e 
de  las  otras  villas  en  derredor,  pesoles  mucho...  »  (B.  R.). 

V.  581,  el  segundo  hemistiquio  es  igual  en  la  Crônica  :  «  Fal- 
lido  les  es  el  pan  et  la  ceuada  »  (Escur.). 

V.  584,  coïncide  la  Crônica  :  «  Demos  salto  en  el  e  desbara- 
tarlemos  e  faremos  y  grand  ganancia  »  (EscuR.). 

V.  585,  quizddeba  desdoblarse  este  verso  en  dos,  terminando 
el  primero  con  las  palabras  «  Terrer  [la  casa]  »  :  «  ante  que  le 
prendan  los  de  Tiruel  ;  ca  si  ellos  le  prenden  (ca  si  los  de 
Tixruel  le  p.  Escur.)  non  nos  daran  ende  nada  »  (B.  R.). 

V.  586,  acaso  :  La  paria  quel  nos  apresa;  la  Crônica  :  «  Et 
las  parias  que  de  nos  a  leuadas  dobladas  nos  las  tornara.  » 
(EscuR.) 

V.  615.  La  Crônica  da  otra  version  del  segundo  hemistiquio, 
pero  impide  corregir  el  primero  :  «  ya  meioraremos  las  posadas 
los  duennos  e  los  cauallos  »  (Escur.). 

V.  617,  acaso  Cuedo  que  en  este  castiello;  la  Crônica  :  «  et  de 
como  yo  cuedo,  en  este  castiello  a  grand  auer  »  (Escur.). 

V.  628  :  «  que  uno  a  que  dizien  Mio  Çid  Roy  Diaz  de  Vivar 
quel  ayrara  el  Rey  don  Alffonso  de  Castiella  equel  echara  de 
tierra  »  (Escur.). 

V.  634  :  «  Et  otrossi  las  Riberas  de  Salon  de  amas  partes.  » 
(Escur.) 

V.  652,  el  refundidor  anadiô  aqui  el  pregôn  :  «  enuiaron  sus 
mandaderos  por  toda  essa  tierra  que  se  ayuntassen  luego  todos 
los  que  de  armas  eran  et  que  uiniessen  alli,  pora  yr  con  ellos 
sobre  Alcaçar,  como  mandaua  el  Rey  de  Valençia,  a  prender 
aquellos  christianos,  que  eran  pocos  e  andauan  confondiendo  la 
tierra;  et  ayuntaronse  alli  grandes  gentes  de  moros  con  estos 
dos  Reys.  »   (Escur.). 

V.  668.  La  Crônica  coïncide  con  el  Pcema  :  «  Et  que  nos  que 


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EL   POEMA    DEL   CID    Y    LAS   CRÔXICAS   GENERALES  445 

ramos  yr  de  noche  a  furto  nin  lo  podremos  fazer  nin  nos  lo  con- 
sintrien  ellos  »  (EscuR.) 

V.  670-671.  Invierte  su  orden  la  Crônica  :  «  otrossi  con  ellos 
non  podriemos  lidiar,  ca  son  los  moros  muchos  ademas.  Dixo 
estonçes  Aluar  Hannez  Minnaya  contra  las  conpanas  :  caualle- 
ros,  como  queredes  vos  fazer?  sallidos  somos  de  Castiella,  la 
noble  e  la  loçana.  »  (Escur.) 

V.  673  :  «  Si  con  moros  non  lidiaremos  sabed  que  los  moros 
non  nos  querran  dar  del  pan.  »  (Escur.) 

V.  685  :  «  Et  todos  salgamos  aora  fuera  assi  que  non  finque 
aqui  ninguno.  »  (Escur.);  leyendo  en  el  Poema  :  assi  que  nadi 
non  rastCy  se  mejora  el  métro. 

V.  694,  acaso  encierre  dos  :  «  las  athalayas  et  guardas  de  los 
moros  quando  lo  uieron,  dieron  grandes  uo:^es  e  tornaronse  a  sus 
compannas  a  fazer gelo  saber...  »  (Escur.) 

V.  699,  léase  :  E  los  pendones  me^clados  qui  los  podrie  contar? 
pues  la  Crônica  dice  :  «  et  auie  y  dos  senas  cabdales  daquellos 
dos  Reys  moros,  et  los  otros  pendones  daquellos  pueblos  ayun- 
tados  alli  eran  tantos  que  serien  muchos  de  contar.  Et  mouieron 
sus  azes  paradas  contrai  Çid  »  (Escur.);  «edelos  otros  pendones 
de  aquellas  pueblas  que  ally  eran  ayuntados  eran  tantos  que  non 
auian  cuenta  »  (B.  R.).  Lidforss  leyô  ya  en  el  Poema  Ependones. 

V.  708  :  «  los  que  debdo  auedes  en  bien,  agora  uere  como 
acorredes  ala  senna  (Escur.  B.  R.). 

V.  725,  léase  :  otros  tantos  [muertos]  son;  la  Crônica  dice  :  «  e 
de  la  (a  la  Escur.)  tornada  mataron  altantos  »  (B.  R.). 

V.  732,  apoya  la  leccion  de  su  final  :  «  que  en  poca  de  ora 
mataron  mill  e  trezientos.  » 

V.  737-38,  aunque  la  correcciôn  que  al  v.  737  podria  hacerse 
en  vista  de  las  asonancias  parece  la  mds  sencilla  (so  criado  fue^ 
segiin  Bello,  Restori  y  Lidforss),  quizd  pudiera  leerse  :  Muho 
GustÛK^  so  criado  del  buen  Cid  Campeador  ;  la  Crônica  :  «  Munno 
Gustioz  criado  del  Çid,  Martin  Munnoz  que  touo  Mont 
Mayor  »  (Escur.). 


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446  RAMÔN   MENÉNDEZ    PIDAL 

V.  747,  la  Crônica  anade  después  otro  verso  :  «  et  estando  el 
de  pie  metiô  mano  à  la  espada  et  lidiaua  tan  de  rezio  con  alla  et 
taies  colpes  fezie  en  los  que  alcançaua  que  los  otros  quelo  veyen 
non  se  osauan  acostar  a  ellos.  Quando  el  Çid  uio  »  (Escur.). 

V.  750  :  «  et  diol  tan  grand  colpe  con  la  espada  por  la  cen- 
tura  que  todo  le  taio  de  parte  en  parte.  »  (Escur.) 

V.  753,  la  Crônica  coincide  con  el  Poema  mis  de  lo  que 
fuera  de  desear  para  corregir  este  :  «  caualgat  Minnaya  ca  uos 
sodés  el  mio  diestro  braço  »  (Escur.). 

V.  755,  la  Crônica  anade  un  verso  ô  dos  después  :  «  firmes 
ueo  estar  los  moros,  et  non  nos  dexan  aun  el  campo,  atide  a 
mester  que  los  cometanios  de  caho  ;  et  si  delà  primera  uez  los  firie- 
mos  de  rezio,  desta  otra  si  fuere  aun  mas,  non  sea  menos 
(Escur.);  e  si  delà  primera  ves  los  firiemos  de  resio  non  sea 
menos  desta.  (B.  R.) 

V.  763  :  «  boluio  la  Rienda  al  cauallo  pora  foyr  e  yuasse 
saliendo  del  campo  »  (Escur.). 

V.  767  :  «  et  diol  con  la  espada  por  ell  yelmo,  et  tantol  corto 
del  fierro  que  llego  a  la  carne  »  (Escur.)  Pudiera  leerse  d 
segundo  hemistiquio  fata  que  lego  a  la  carne  ? 

V.  805,  léase  :  caen  çiento  e  dos  cauallos  ;  la  Crônica  :  «  e 
cayeron  a  el  enel  su  quinto  .c.  et.  n.  cauallos  »  (Escur.)  ; 
recuérdese  que  el  total  de  caballos  que  se  quinta  es  de  510, 
segùn  el  verso  796. 

V.  824,  acaso  :  les  f are  set  duenas  ricas.  La  Ci:6nica  :  «  et  que 
si  les  yo  uiuo  que  les  fare  seer  RÎcas  duennas  »  (Escur.). 

V.  834,  à  pesar  del  diverso  orden  en  que  la  Crônica  pone 
los  versos  de  este  discurso  del  Cid,  parece  darnos  pie  para  supo- 
ner  que  después  del  verso  834  debe  colocarse  otro,  que  com- 
plète el  sentido  del  835  :  Aluar  Hanez,  esta  tierra  es  angosta 
e  non  podremos  enella  fincar,  e  nos  por  armas  abemos  a  guarir, 
ecomoyocuydoy  a  yr  nos  abemos  de  aqui;  e  si  por  abentura  non 
(por  uentura  de  uuestro  torno  non,  Escur.)  nos  fallaredes 
aqui,  do  quier  que  supierdes  que  somosyd  vos  para  nos  (B.  R.). 


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EL  POEMA  DEL  CID  Y  LAS  CRÔNICAS  GENERALES     447 

V.  837,  léase  :  \Jinco  alli]  con  su  mesnada  ;  la  Crônica  :  «  et  el 
Çid  fincoalli  conlas  otras  sus  compannas  »  (Escur.  B.  R.). 

V.  850,  coincide  la  Crônica  con  el  Poema  en  el  primer  hemis- 
tiquio  «  Qui  a  buen  sennor  sirue  esse  uiue  en  bien  andança  » 
(EscuR.). 

V.  865  :  «  que  se  non  ternie  alli  el  Çid  deguerraie  ninguna 
parte  »  (Escur.). 

V.  875,  he  aqui  como  la  Crônica  nos  das  razôn  de  los  versos 
que  faltan  en  el  Poema,  pero  téngase  en  cuenta  que  en  este  la 
relaciôn  séria  mis  brève  :  «  Sennor,  mio  Çid  Roy  Diaz  el  Cam- 
peador  ;  et  pues  quel  uos  ayrastes  yl  echastes  de  tierra  gano  el 
de  moros  el  castiello  de  Alcaçar  (/.  Alcoçer),  et  teniendol  ya  el, 
fizieron  lo  los  moros  saber  al  Rcy  de  Valencia,  et  el  Rey  de 
Valencia  enuio  y  sus  poderes  con  dos  Reys  moros  contra  el,  et 
çercaron  le  alli,  et  toHieronle  ell  agua,  assi  quelo  non  pudiemos 
ya  soffrir  ;  estonces  el  Çid  touo  por  bien  de  salir  a  ellos  e  morir 
ante  por  buenos  lidiando,  quepor  malos  yaziendo  encerrados;  et 
salimos  et  lidiamos  con  ellos  en  campo,  et  uenciolos  el  Çid,  et 
fueron  y  mal  feridos  amos  los  Reys  moros  et  de  los  otros 
murieron  y  muchos  et  furon  presos  muchos  et  fue  muy  grand  la 
ganancia.  »  (EscuR.) 

V.  896,  en  la  Crônica  se  descubreotro  verso  :  «  et  mejor  nos 
la  Êiredes  adelantc;  et  con  la  merced  de  Dios  nos  guisaremos 
como  nos  la  fagades  »  (Escur.) 

V.  935,  faltan  versos  antesde  este  :  «  Et  [en]  tod  esto  tomo 
el  Çid  de  sus  compannas  dozientos  caualleros  escoUechos  a  mano 
e  trasnocho  con  ellos  e  fue  correr  tierras  de  Alcanniz»  (Escur.). 

V.  947,  la  Crônica  anade  un  verso  ?  :  «  amigos,  bien  sabedes 
uos  que  todos  los  que  por  armas  an  de  guarir,  como  nos,  que  si  en  un 
lugarquisieren  siempre  morar....  »  (Escur.) 

V.  9bi.  La  Crônica  asegura  la  lecciôn  del  ms.  de  Per  Abbat  : 
«  Grandes  tuertos  me  tiene  el  Çid  de  Viuar  »  (Escur.). 

V.  963  :  «  Firio  me  mio  sobrino  dentro  en  mi  corte  e  nunqua 
despues  me  lo  emendo  »  (Escur.). 


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448  RAMÔN    MENÉNDEZ   PIDAL 

V.  964  :  «  Agora  corre  me  las  tierras  que  yo  ténia  en 
guarda  »  (Escur.). 

V.  965,  léase  amistad;  la  Crônica  dice  bien  :  «  e  yo  nunqual 
por  esto  desafiemn  le  torne  amixtat  »  (Escur.). 

V.  972,  quiza  :  Asi  vienenesforçados  que  a  manos  cuydan  tomarU; 
la  Crônica  :  «  et  alcançaron  le  en  el  Pinar  de  Touar  (en  Teuar  del 
Pinar  B.  R.)  et  assi  uinien  esforçados  que  a  manos  se  le  cuedaron 
tomar  «  (Escur.)  «  que  sele  cuydaron  tomar  a  manos  »  (B.  R.). 

V.  1002,  la  Crônica  mejora  el  métro  :  «  uieron  uenir  la 
cuesta  ayuso  los  poderes  delosfrancos  »  (Escur.), 

V.  10 12,  léase  ^fl  su  tiendal  huaua;  la  Crônica  :  «  e  leuo  al 
Conde  preso  pora  su  tienda  et  mandol  guàrdar  muy  bien.  >» 
(Escur). 

V.  1021,  léase  non  cambre  ende  vn  bocado;  la  Crônica  :  «  que 
por  quanto  avia  en  Espana  que  non  conbria  ende  vn  bocado  » 
(B.  R.). 

V.  1029,  léase  corner  [al]  por  causa  de  la  asonancia;  la  Crônica  : 
<c  ca  yo  non  combre  nin  fare  al  si  non  dexarme  morir.  »  (Escur.) 

V.  1035,  falta  algo  aqul  ;  la  Crônica  puede  sugerir  varias  correc- 
ciones  :  «  Et  si  comieredes  por  que  podades  ueuir,  fa:(er  uos  e  yo 
tanto  :  Daruos  e  dos  caualleros  destos  uuestros  que  aqui  tengo 
presos  et  que  uos  aguarden,  et  quitar  uos  e  los  cuerpos  a  uos  et  a 
ellos,  et  soltar  uos  e  e  dar  uos  e  de  mano  que  uos  uayades.  » 
(Escur.) 

V.  1037,  la  Crônica  asegura  la  lecciôn  del  Poema  para  el  pri- 
mer hemisiiquio  :  «  Qjaando  esto  oyo  el  Cuende  fuesse  ale- 
grando  et  dixo  »  (Escur.). 

V.  1044-45,  la  Crônica  apoya  la  correcciôn  :  «  Huebos  melo  he 
pora  estos  que  comigo  andan  lazrados,  »  suprimiendo  myos  vassal- 
los  :  «  Demas  elo  yo  mester  pora  estos  que  lo  an  lazrado 
comigo.  »  (Escur.) 

V.  1061,  el  primer  hemistiquio  aparece  igual  en  la  Crônica  : 
«  mandad  uos  dar  las  bestias  si  uos  ploguiere  et  yr  nos  emos  » 
(Escur.). 


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EL   POEMA    DEL  OD   Y   LAS   CRÔNICAS   GENERALES  449 

V.  1068,  el  segundo  hemistiquio  es  igual  en  la  Cr6nica  : 
«  ydes  uos  Conde  a  guisa  de  muy  franco  et  gradesco  uos  yo 
mucho  quanto  me  dexades  »  (Escur.). 

V.  1073,  ^es  posible  leer  Om  dexaredes  de  vuestro  ?;  la  Cr6nica 
impide  suprimir  el  dCy  mientras/o  puede  mejor  ser  adiciôn  comiin 
al  ms.  de  Per  Abad  y  d  la  Cr6nica  '  :  «  et  o  me  dexaredes  delo 
uuestro,  o  leuaredes  algo  delo  mio  »  (Escur.). 

V.  1075,  la  Crônica  corrige  as!  «  et  yo  pagado  uos  e  por  tod 
este  anno  »  (Escur.). 

V.  1225^  la  Crônica  da  el  nombre  de  la  huerta  :  «  ovieron 
b  ÊLzienda  çerca  delà  huena  que  dizen  de  Villa  Nueua  e  arran- 
colos  el  Çid  (B.  R.). 

V.  1230,1a  Crônica  coloca  el  v.  i23odespués  del  1226  :  «  et 
vençiolos  el  Çid  et  aquel  Rey  de  Seuilla  escapo  ende  con  très 
colpes  e  duro  el  alcançe  fasta  en  Xatiua  (Escur.)  v.  adelante  la 
nota  al  verso  1229  segùn  la  Qônica  de  Veinte  Reyes. 

A  partir  de  aqui,  los  casos  en  que  la  Crônica  de  Alfonso  X 
puede  servir  para  ilustrar  eltexto  del  Poemase  hacen  mucho  màs 
escasos.  Sin  embargo  la  refundiciôn  del  Cantar  representada  por 
la  Crônica  conservaba  todavia  muchos  versos  de  la  antiguaredac- 
ciôn  hasta  el  2278,  y  aun  parece  que  contenia  algunos  en  la 
misma  forma  estropeada  que  hoy  nos  ofrece  la  copia  de  Per 
Abbat,  segiin  decimosen  la  nota  al  verso  1073. 

He  aqui  los  pocos  casos  en  que,  i  primera  vista,  me  parece 
que  es  util  tener  présente  la  Crônica  del  Rey  Sabio  : 

V.  1342  :  «  si  me  vala  sont  Esidro  mucho  me  plaze  delà  bien 
andança  del  Çid  et  Resçebio  el  su  don  muy  de  grado.  »  (Escur.) 

V.   1352  :    «  Sennor,  el  Çid  uos  pide  merçed  por  su  muger 

I .  Q.uizà  la  refundiciôn  del  Poema  se  hizo  sobre  un  ras.  corrompido  ya,  del 
que  se  sacô  también  la  copia  de  Pcrabat.  De  otra  manera  habrfa  que  explicar 
por  remozamientos  de  lenguaje  vcrificados  independientemenie  en  las  copias 
del  viejo  Poema  y  en  la  refundiciôn  las  rauchas  coincidencias  que  se  observan 
entre  el  ms.  aaual  del  Poema  y  la  Crônica  en  las  cuales  no  queda  i.  salvo  el 
métro,  v.  g.  479, 581,  584,  668,  753,  850,  1352,  1356,  2050,  2053. 

Revu4  hispanique,  29 


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450  RAMÔN    MENÈNDEZ   PIDAL 

Doha  Ximena  et  por  sus  fijas  dona  Eluira  e  dona  Sol.  »  (Escur.) 
Véase  la  nota  à  este  verso  segun  la  Crônica  de  Veinte  Reyes, 
pues  parece  que  viene  d  invalidar  la  coincidencia  que  aqui  pré- 
sentai! la  Crônica  de  Alfonso  X  y  el  Poema. 

V.  1356  :  m  tl  yoles  mandare  dar  conducho  de  mientre  que  por  mi 
tierra  fueren,  »  (Escur.) 

V.  1419.  Per  Abbat  escribio  Lxv  por  Lxx,  léase  :  Setaenta 
caualleros.  La  Crônica  dice  :  «  Et  vinieron  a  Sant  Pero  de  Car- 
denna  bien  setenta  caualleros  (Escur.). 

V.  1695,  la  Crônica  pone  treiientos  :  «  Et  uos  mandat  me  dar 
.ccc.  caualleros  e  yo  saldre  de  Valençia  quando  cantare  el  primer 
gallo  »  (Escur.). 

V.  1938,  el  segundo  hemistiquio  estd  igual  en  la  Crônica  : 
<(  Los  infantes  de  Carrion  son  muy  alta  sangre  et  orgullosos  et 
an  parte  en  la  corte  »  (Escur.). 

V.  1940  :  «  Mas  pues  que  el  Rey  nos  lo  conseia  que  vale  mas 
que  nos  »  (Escur.). 

V.  2046,  la  Crônica  corrige  asi  el  primer  Jiemistiquio  : 
«  senor,  si  a  uos  ploguyesse  fuessedes  oy  mio  huesped  »  (Escur.). 

V.  2048  :  pudiera  leerse  el  primer  hemistiquio  como  la  Crô- 
nica «  et  el  Rey  dixo  non  es  guysado  ca  uos  legastts  agora  et  nos 
Uegamos  ayer  ». 

V.  2050,  coinciden  la  Crônica  y  el  Poema  :  «  et  cras  faremos 
lo  que  quisierdes  »  (Escur.). 

V.  2053,  ^^  Crônica  conviene  con  el  Poema  :  «  omillamos  nos 
Çid  Ruy  Diaz  et  quanto  nos  pudieremos  seremos  en  uuestra 
pro  »  (Escur.). 

V.  2086,  acaso  criastes  las  uoSy  senor;  la  Crônica  :  «  yo  las 
engendre,  senor,  e  uos  las  criastes  »  (Escur.). 

V.  2089,  lé^se  como  en  la  Crônica  :  «  et  uos  dat  las  a  quien 
quisierdes  que  yo  pagado  so  ende  »  (Escur.). 

A  partir  de  aqui,  desde  el  episodio  del  leôn  (v.  2278,  etc.) 
la  Crônica  difiere  tanto  del  Poema  hoy  conservado  que  creo 
tiempo  perdido  el  cotejo  de  la  una  con  el  otro. 


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EL   POEMA   DEL   CID  Y   LAS   CRÔNICAS   GENERALES  45 1 


Cesando,  pues,  en  el  examen  de  la  Primera  Crônica  General,^ 
pasemos  d  la  segunda  ô  sea  d  la  Crônica  de  1)44.  Copia  en  gran 
parte  d  la  anterior,  pero  donde  difiere  muestra  que  tampoco  cono- 
cla  el  Poema  viejo  sino  otra  refundiciôn  aun  posterior  d  la  que 
circulaba  en  tiempo  de  Alfonso  el  Sabio.  Los  juglares  poniendo 
en  tortura  la  imagînaciôn  para  renovar  el  antiguo  asunto,  modi- 
ficaron  también  el  comienzo  del  Poema,  que,  segùn  hemos  dicho, 
en  la  Primera  Crônica  difiere  aun  apenas  del  texto  que  hoy  cono- 
cemos.  Véase  ya  como  se  aparta  de  él  la  relaciôn  de  la  Crônica  de 
1344  :  an  tes  de  salir  de  Bivar,  Martin  Antolinez  va  d  ver  d  los 
judlosy  no  desde  Burgos  mismo,  como  dice  el  Poema;  nôtese 
luego  que  la  salida  de  Bivar  forma  un  episodio  mds  extenso  en  la 
Crônica  de  1344  que  en  el  Poema  :  «  e  quando  salio  de  los  pala- 
çios  suyos  e  vido  como  fincauan  yermos  e  todos  sus  labradores 
desamparados,  tomose  a  oriente  e  finco  los  inojos  e  fiso  su  oraçion 
enesta  guisa...  '  »,  etc.  hecha  la  piadosa  oraciôn  mandô  d  Alvar 
Fanez  «  que  castigase  sus  gentes  que  non  fiziesen  mal  enla  tierra 
que  non  han  culpa  los  pueblos  del  mal  que  faze  el  Rey  ;  e  entonçe 
caualgo,  e  en  caualgando  dixo  vna  vieja  :  ve  en  tal  ora  que  quan- 
tos  fallares  ante  ti  todos  estrages;  e  el  Çid  con  este  anunçio 
caualgo,  quese  non  detuuo  mas,  e  salieron  de  Biuar...  »  Tam- 
poco se  parece  en  nada  d  los  versos  213-236  del  Poema  la  salida 
del  Cid  de  Burgos  para  San  Pedro  :  «  mando  el  Çid  alçar  sus  tiendas 
e  mando  tomar  quanto  fallaron  fuera  de  la  çibdat  e  las  anseres  e 
ansi  Uegaron  a  Sant  Pedro  de  Cardena...  e  quando  vido  que  non 
salio  ninguno  en  pos  dellos,  mando  tomar  todo  lo  que  avian 
tomado  e  robado  a  Burgos  ;  e  dona  Ximena  e  sus  fijas  e  el  abad 
don  Sancho  salieron  lo  resçibir...  »  Véase  otro  ejemplo  de  la 

I.  Me  sirvo  para  estas  citas  del  ms.  de  la  B.  Nacional  Ii-74. 


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45  2  RAMÔN    MENÈNDEZ   PIDAL 

divergencia  entre  la  Primera  Crônica  y  la  de  1344  en  una  espolo- 
nada  que  en  la  batalla  de  Alcocer  los  cristianos  hacen  contra  los 
moros  antes  que  éstos  se  aperciban  àpelear;  es  una  adiciôn  hecha 
entre  los  versos  693-94  :  «  E  despues  que  los  touo  bien  enseiiados 
e  castigados  e  ordenados  como  deuian  de  fazer,  entraron  enla 
batalla,  llamando  Santiago  e  Vivar;  e  como  salieron  sin  sospe- 
cha  delà  villa,  fezieron  grant  daiio  enla  hueste  ante  que  se  podie- 
sen  aperçebir,  e  espaçieron  los  atodas  partes.  Pero  los  moros 
cobraron  coraçones  e  ayuntaronse  e  posieron  sus  azes,  e  tan 
grande  era  el  roydo  delas  tronpetas  o  delos  atanbores  que  se 
non  oyan....  » 

En  fin,  ci  taré  aun  très  pormenores  :  se  nombra  un  personaje 
nuevo  al  hablar  del  alcance  del  rey  de  Sevilla  (v.   1227),  asi 
joentre  los  que  van  i  recibir  à  dona  Jimena  (v.  1438)  y 
entre  loTîJii^i^^guardan  i  Valencia  mientras  el  Cid  va  à  las  cortes 
de  Toledo;  este^^jersonaje  es  aquel  famoso  Martin  Pelaez,  el 
Asturiano  de  Santa  JutftHap,^  quien  el  Cid,  de  cobarde  que  era, 
convirtiô  en  gran  caballero  antè  Xjos  muros  de  Valencia;  es  des- 
conocido  de  los  manuscritos  de  la  Prïi>^tx)era  Crônica.  En  el  lugar 
correspondiente  à  los  versos  191 1,  i944  y  ^.973  se  fija  el  lugar  • 
delas  vistas  entre  el  Cid  y  el  Rey  en  Requena,  conta. .^j^jj^j^j^j^  ^j  ' 
Poema  que  nos  dicc  que  fueron  sobre  elTajo  y  apartdndosc ..  ^^  j^ 
Primera  Crônica  que  no  nombra  el  lugar.  Cuando  en  las  Cortex  , 
de  Toledo  Diego  Gonzalez  menosprecia  el  linage  del  Cid,  la 
Crônica  de   1344  hace  que  el  mismo  Rey  saïga  à  la  defensa  y 
trace  la  genealogia  del  héroe  (comp.  verso  3354  7  edic.  Ocampo,    , 
fol.  353  a). 

^Basta  lo  dicho  para  hacer  compender  que  la  Crônica  de  1344 
se  aparu  mucho  mds  que  la  de  Alfonso  X  del  texto  del  Poema  y 
que  de  nada  nos  sirve  para  corregirle)  Lo  mismo  decimos  de  la 
Crônica  de  Castilla  y  de  la  Particular  del  Cidyz  que  presentan  los 
mismos  caractères  que  la  de  1344,  aunque  no  son  copia  de  ella; 
d  lo  menos  no  lo  son  del  texto  que  ofrecen  los  très  manuscritos 
que  de  ella  conozco,  pues  la  Crônica  de  Castilla  y  la  Particular  del 


\. 


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EL   POEMA   DEL   CID   Y   LAS   CRÔNICAS   GENERALES  453 

Cîd  ofrecen  à  veces  màs  pormerores  y  asonancias  *,  lo  cual  no  es  i 
explicable  i  menos  que  6  se  deriven  de  una  redacciôn  de  la  Crô- 
nica  de  1344  ^^  perfecta  que  la  que  se  conserva  en  los  très    . 
manuscritos  dichos,  6  que  hayan  revisado  de  nuevo  los  Cantates  / 
de  Gesta. 

G>mpàrese  solo  la  escena  de  la  salida  de  Bivar  tal  como  se  lee 
en  la  Crônica  de  Gistilla,  con  la  que  hemos  transcrito  de  la  Crô- 
nica  de  1344  :  «  e  desquel  Çyd  tomo  el  auer,  mouio  con  sus 
amigos  de  Biuar,  e  mando  que  se  fuesen  camino  de  Burgos  e 
quando  el  Çyd  uio  los  sus  palaçios  desheredados  e  syn  gentes,  e 
las  perchas  syn  açores,  e  los  portales  syn  estrados,  tornose  contra 
oriente  e  finco  los  finojos  e  dixo..:  etc..  e  demando  por  Aluar 
Fanes  e  dixole  :  primo,  que  culpa  an  los  pobres  por  el  mal  que 
anos  fase  el  rrey  ?  mandad  castigar  estas  gentes  que  non  fagan 
mal  por  onde  fueremos.  E  diçen  que  demando  la  bestia  para 
caualgar,  e  entonce  que  dixo  vna  uieja  ala  su  puerta  :  ve  en  tal 
punto  que  todo  estragues  quanto  fallares.  E  saliendo  de  Biuar  el 
Çîd  con  este  prouerbio,  non  se  quiso  detener,  e  vio  vna  comeja 
diestra  e  dixo  '...  » 

El  que  compare  este  pdrrafo  con  los  versos  i-ii  del  Poemaj^ 
conservado  y  el  que  tenga  en  cuenta  todo  lo  que  vengo  diciendo 
sobre  las  fuentes  de  las  Crônicas  anteriores,  no  podri  menos  de 
rechazar  la  afirmaciôn  de  Qjrnu  :  que  el  autor  de  la  Crônica 
particular  del  Cid,  cuando  la  escribia,  ténia  en  su  memoria  ô 


1 .  Es  buena  prueba  el  conocido  discurso  de  Albar  Fanez  al  Cid,  cuando  este 
pregunta  à  sus  parientes  si  le  quieren  acompanar  en  el  destierro  :  la  Crônica  de 
1 344  dice  solo  :  o  E  entonçe  don  Aluar  Fanez  dixo  :  quanto  por  mi,  vos  digo 
que  convusco  me  quiero  yr  ;  e  ansi  como  el  dixo,  ansi  dixieron  todos  los  otros.  » 
La  Crônica  de  Castilla  dice  :  «  Entonçe  fablo  don  Aluar  fanes,  su  ftimo  cor- 
mano  :  convusco  yremos,  Çid,  por  hiermos  e  por  poblados,  ca  nunca  vos  fa- 
llesçeremos  en  quanto  seamos  biuos  e  sanos;  conbusco  despenderemos  las 
mulas  en  los  cauallos,  e  los  aueres  e  los  paôos;  sienpre  vos  s)miiremos  como 
leales  amigos  e  vasallos.  E  entonçe  otorgaron  todos  quanto  dixo  Aluar  Fanes.  » 

2.  Me  sirvo  del  ms.  de  la  B.  Nacional  Vy-440.  j 


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J 


454  RAMÔN    MENÉNDEZ   PIDAL 

ante  los  ojos  una  version  del  Poema  menos  alterada  que  la  que 
PerAbbat  nos  ha  escrito  *.  Esta  opinion  notiene  apoyo  ninguno 
por  mds  que  haya  sido  también  la  de  Bello  ;  y  si  la  quisiéramos 
juzgar  solo  por  sus  desastradas  consecuencias  notendriamos  màs 
que  recordar  las  correcciones  que  â  este  ùltimo  autor  sugiriô  la 
lectura  del  brève  pârrafo  antes  transcrito  ;  en  el  verso  3  enmen- 
daba  :  «  Vio  puertas  abiertas  e  uzos  sin  estradosl  »  y  en  el  40  en 
vez  de  Fna  nina  de  nuefanos^  leia  Una  naha  de  sesenta  anos,  pues 
la  Crônica  no  habla  de  una  niha^  sino  de  una  vieja  (repirese,  sin  r 
enbargo,  que  la  vieja  de  la  Crônica  es  de  Bivar,  y  no  de  Burgos  1 
como  la  niiia  del  Poema)  y  Bello  creia  que  muy  bien  un  copista 
pudo  convertir  la  naha  y  los  LX  ahos  que  debla  de  tener,  en 
una  niiia  de  IXanosW  *. 

Descartadas  pues  estas  dos  Crônicas  hermanas,  como  inutiles  ;  ' 
para  la  correcciôn  del  texto  del  Poema,  lo  quedari  también  la 
Tercera  Crônica  General,  que  es  el  texto  que  imprimiô  Ocampo 
en  Zamora  1541,  atribuyéndolo  â  Alfonso  X.  La  razôn  de  dese- 
charla  es  que  en  la  parte  del  Cid  se  limita  i  copiar  la  Primera 
Crônica  anadiendo  alguna  cosa  de  la  de  1344. 

Con  esto,  solo  queda  ya  por  examinar  la  que  al  principio 
he  llamado  Crônica  de  veinte  reyes,  la  cual  merece  una  particular 
atenciôn.  En  el  comienzo  del  Poema  nada  de  interesante  ofrece, 

1.  Études  romanes  dédiées  à  Gaston  Paris.  Paris,  1891,  p.  422. 

2.  En  el  discurso  de  Minaya  v.  672,  etc.,  anade  très  versos  tomados  de  la 
Cr.  particular  ;  tanta  confianza  le  inspiraba.  Sin  embargo,  en  abono  de  Bello 
debemos  decir  que  ya  él  advirtiô  la  refundiciôn  ;  en  la  pagina  289  del  tomo  II 
de  sus  Ohras  dice  tratando  de  las  palabras  del  Cid  à  Garci  Ordonez  (v.  3287)  : 
«  el  cronista  siguiô  aqu{  otra  jesta,  distinta  de  la  que  conocemos  y  en  que  se 
describia  çon  algunas  diferenciasla  escena  de  las  cortes,  siendo  Pero  Bermuez 
quien  echaba  en  cara  a  Garc{  Ordonez  la  aventura  del  castillo  de  Cabra.  » 
Bello  no  conocia  la  Crônica  editada  por  Ocampo  sino  gracias  à  unos  apuntes 
que  de  ella  habfa  tomado  en  el  Museo  Britànico  ;  no  existfa  ningûn  ejemplar  en 
Chile,  V.  Obras  de  Bello,  t.  II,  p.  viii,  ix  y  la  Carta  de  Bello  i  Breton  de  los 
Herreros,  de  Junio  1863,  en  la  vida  de  Bello  por  Amunâtegui,  Santiago  de 
Chile,  1882,  pàg.  168. 


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EL   POEMA   DEL   CID   Y   LAS   CRÔNICAS   GENERALES  453 

pues  se  limita  d  seguir  d  la  Primera  Crônica  General  abreviando 
bastante  la  forma  de  expresiôn  ;  pero  lo  notable  es  que  cuando  la 
crônica  de  don  Alfonso  se  aparta  del  Poema  hoy  conservado,  el 
autor  de  la  de  Veinte  Reyes,  que  al  parecer  era  gran  admirador 
del  viejo  cantar,  y  rechazaba  como  mentirosas  las  refundiciones 
posteriores  que  le  contradecian,  le  toma  por  gula,  rehaciendo 
toda  la  narraciôn  de  la  obra  del  Rey  Sabio.  Queda  ya  dicho 
que  la  Primera  Crônica  omite  los  versos  1094-1220  del  Poema; 
pues  bien,  el  autor  de  la  Crônica  de  veinte  Reyes,  atento  i  no 
dejar  olvidado  nada  del  cantar  que  él  tenia  por  el  mis  verdade- 
ro  documento,  los  incluyô  en  su  obra  :  «  Desi  acabo  de  pocos 
dias  salio  de  ally  y  fue  cercar  Murviedro  (Monuiedro  /)  y  tan  de 
rezio  lo  conbatio  que  le  priso  a  pocos  dias.  Los  de  Valençia 
quando  lo  oyeron  temieronse  mucho  del  Çid  y  ovieron  su 
acuerdo  de  lo  yr  a  cercar  [y]  trasnocharon...  etc.  »  '.  La  fe  que^ 
en  el  antiguo  Poema  tenia  el  autor  de  la  Crônica  de  Veinte  Reyes  ' 
era  bien  grande  cuando  le  prefiere  i  la  relaciôn  del  Rey  Sabio 
precisamente  desde  el  lugar  en  que  refiere  la  toma  de  Murviedro, 
que,  como  es  sabido,  aparece  en  el  Poema  contada,  con  grave 
atropello  de  la  cronologia,  antes  de  la  conquista  de  Valençia.  A 
partir  de  estas  palabras,  ya  no  vuelve  à  hacer  caso  de  la  Crônica 
de  Alfonso  X,  porque  cada  vez  la  hallaba  mis  diferente  del  texto 
que  se  habia  propuesto  seguir  puntualmente. 
(^  Esta  es,  pues,  la  ùnica  Crônica  que  prosifica  todo  nuestro  \/ 
antiguo  Poema  desde  el  verso  1094  en  adelante.Werdad  es  que 
no  suele  trascribir  tan  larga  y  detenidamente  las  palabras  del  ori- 
ginal como  lo  hacia  la  Crônica  del  Rey  Sabio,  sino  que  abrevia 


I.  Me  sirvo  generalmente  del  ms.  B.  Nac.  F-132  (L/)»  que  tengo  cotcjado 
totalmente  con  elms.  B.  Real  2-M-1  (/iQ,  con  otro  de  la  Biblioteca  del  Sr. 
Menéndez  y  Pelayo  (N)  y  con  los  de  la  Bibl.  Escurialense  X-j-6  (J)  y  Y-j-12 
(N).  Cuando  Lî  es  incorrecto,  cito  el  ms.  de  que  hago  uso.  Conviene  tener 
présente,  para  poder  apreciar  las  variantes  que  apunto,  que  todos  estos  ms.  se 
dividen  en  dos  grupos  bien  marcadc)s  :  de  un  lado  KyU,  N  y  de  otro  /,  N. 


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4)6  RAMÔN   MENÉNDEZ   PIDAL 

bastante;  pero  aun  asi,  su  valor  es  paranosotros  mucho,  pues  se 
sirviô  de  un  manuscrite  del  Poema  diferente  del  que  hoy  conoce- 
mos  ;  no  cabra  duda  acerca  de  este  punto  de  tanta  importancia, 
leyendo  las  observaciones  que  d  continuaciôn  haremos  acerca  de 
algunos  versos  y  en  especial  de  1371,  1475,  1495,  1854,  1947, 
1952,  2124,  3004.  De  este manuscrito  que  àcaso  fuera mis antiguov 
que  el  de  Per  Abbat  (v.  nota  al  v.  3004),  nos  da  la  Crônica  de- — 
Veinte  Reyes  una  noticia  bastante  compléta,  pues  nos  ofrece  cor- 
recciones  utilisimas  d  la  copia  que  actualmente  existe,  le  anade 
algunos  versos  y  colma  sus  vacios  y  omisiones. 

V.  1146-47,  la  Crônica  invierte  su  orden  :  «  fueron  ferir  en 
los  de  Valençia,  llamando  Dios  ayuda  y  Santiago,  y  mataron  y 
muchos  dellos;  los  otros  que  escaparon  desanpararon  (desman- 
par.  /)  el  canpo  e  fuxeron;  el  Çid  fue  enpos  dellos  en  el  alcançe 
bien  fasta  Valençia  y  mato  y  dos  Reyes  moros  y  gano  grandes 
aueres  dellos.  Desi  tornose  para  Murviedro  con  su  conpana  muy 
Rico  y  oiuy  onRado.  »  Parece  ademds  desprenderse  del  fuxeron 
que  el  V.  1151  iba  después  del  114s-  En  cuanto  d  la  colocaciôn 
del  V.  1150  no  nos  ilustra  esta  Crônica,  pues  para  la  toma  de 
Cebolla  signe  d  la  Historia  latina  del  Cid ,  y  no  al  Poema. 

V.  1182,  léase  auye  guerra  tan  grand;  la  Crônica  de  Veinte 
Reyes  garantiza  esta  correcciôn  :  «  e  no  vino  el  rrey  de  los  almo- 
ravides  a  socorrer  los  porque  avie  guerra  con  el  senor  de  los 
Montes  Claros.  »  La  puntuaciôn  que  sigo  en  mi  ediciôn  es  : 
V.  1181  enbiar;  ,  v.  1182  grand,. 

V.  1199  :^  Parece  que  el  original  delà  Crônica  ténia  aqui  una 
variante  :  «  vinieronse  para  el  muy  grandes  conpanas  de  caval- 
leros  y  peones  »  (e  de  p.  /). 

V.  1229  :  «  e  fue  elÇid  en  pos  dellos  e  alcanço  (en  alcançe, 
K  J)  bien  fasta  Xativa,  e  pasando  por  Xucar  ovo  y  conellos  vn 
torneo  e  murieron  y  muchos  e  fuxo  el  rrey  de  Sevilla  con  très 
golpes.  »  Esta  Crônica  desmiente  el  testimoniode  la  de  AlfonsoX 
respecto  d  la  colocaciôn  del  v.  1230. 

v.  1239,  acaso  habrd  que  leer  :  Ca  dixiera  myo  Çid,  atendiendo 


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EL   POEMA   DEL   CID   Y   LAS   CRÔNICAS   GENERALES  457 

à  los  imperfectos  de  subjuntivo  que  siguen  en  el  verso  1241, 
que  parecen  pedir  en  el  1240  la  correcciôn  :  que  de  tierrale  avie 
ecbado;  laCrônica  :  «  Yva  ya  creciendo  mucho  la  barba  al  Çid  e 
alongandosele  el  cabello,  ca  el  Çid  avie  jurado  que  nunca  rrayese 
la  barba  ni  tajase  délia  nada  por  que  el  rrey  don  Alfonso  lo  avie 
echado  de  la  tierra  sin  cosa  quel  mereciese.  » 

V.  1274;  dada  la  habituai  tendencia  de  esta  Crônica  i  abreviar 
el  relato,  creo  toda  adiciôn  digna  de  tenerse  en  cuenta  :  «  e  que 
le  leuedes  çient  (cinquenta  Ll  K)  cauallos  destos  que  gane, 
mselladose  enfrenados,  e  que  le  besedes  las  manos...  »  (/). 

V.  1286  :  «  e  mil  marcos  de  plata  que  dièse  al  abad  don  San- 
cho  de  San  Pedro  e  ellos  enesto  estando  vino  de  partes  de 
oriente...  »  Esto  parece  oponerse  d  la  correcciôn  de  Bello  :  «  e 
que  los  [quinientos]  diesse...  » 

V.  13 12  :  «  Despues  que  Alvar  Fanez  Uego  a  Castilla  e  sopo 
como  el  rrey  don  Alfonso  era  en  San  Fagund,  efa:(ie  [f-  y  J  N) 
suscortesy  fues  para  el  e  luego  (para  alla  1.,  N)  que  entro  finco 
los  hinojos...  »  las  palabras  e  fa:^ie  sus  cartes  aunque  se  hallan  en 
todos  los  côdices,  seran  acaso  errata  por  fuera  a  Carrion}} 

V.  1336  :  «  enbiavos  estos  cien  cavallos  que  y  gano  en  servi- 
c\o  quel  cayeron  en  su  (en  el  su  7)  quynto;  el  rrey  don  alfonso 
quando  lo  oyo...  » 

V.  1339,  lo  pone  la  Crônica  después  del  v.  1324  y  en  esta 
forma  :  «  ca  el  vuestro  vasallo  es  e  a  vos  cata  por  senor.  » 

V.  1352,  léase  :  Su  mugier  doha  Ximena;  la  Crônica  :  «  Aluar 
Fanez  dixo  al  Rey  :  senor,  el  Cid  vos  enbia  pedir  merçed  que  le 
(enbia  a  pedir  por  m.  le,  N,  Ll)  dexedes  leuar  para  (a  i/,  JV) 
Valençîa  su  (a  su  7)  muger  dona  Ximena  e  susfijas  amas  »  (N). 
Véase  la  nota  à  este  verso  segiin  la  Crônica  de  Alfonso  X. 

V.  1364  :  M  no  quiero  que  pierda  elÇid  nin  ninguno  de  quan- 
tos  le  siruen  ninguna  cosa  de  quantas  han  en  Castilla  asi  en 
heredades  een  donadios  como  en  todo  fo  û/  e  lo  que  les  yo  tome 
quiero  gelo  entregar  quelo  ayan  suelto  e  quito  e  se  sirvan  dello  e 
atregoles  los  cuerpos...  »  (AQ. 


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458  RAMÔN   MENÉNDEZ   PIDAL 

V.  1369  :  «  todos  los  que  quisieren  yr  seruir  al  Çid  canpea- 
dor...  »  (N). 

V.  13  71,  léase  que  en  otra  desamor;  la  Crônîca  :  «  ca  mas  gana- 
remos  en  esto  que  en  aver  y  otro  desamor.  » 

V.  1385,  desdôblese  en  dos,  supliendo  un  hemistiquio  :  Yffantes 
de  Carrion  [so  conseio  preso  han]  ;  la  Crônica  :  «  y  ovieron  su 
aquerdo  de  salir  con  Alvar  Fanez  quando  se  fuese.  » 

V.  1400-1  :  «  saludolas  de  parte  del  Çid  e  contoles  como  ganara 
Valençia  e  era  senor  délia  e  como  el  Rey  don  Alfonso  le  auie  per- 
donado  a  el  e  a  todos  los  que  con  el  andauan,  e  que  guisassen  ellas 
todas  sus  cosas...  »  (N). 

V.  1462  :  «  e  ydevos  a  Albarrazin  e  despues  (desy /,  dende  N) 
a  Molina  »  (iSQ.  » 

V.  1466  :  «  ydevos  para  Médina.  » 

V.  1475,  este  verso  al  que  trataron  de  dar  sentido  los  comen- 
tadores  y  traductores  del  Poema  que  se  inclinaban  d  leer  su 
final  «  fronta  él  »,  tiene  su  verdadera  explicaciôn  en  la  Crônica  : 
«  e  pasaron  (possaron  K,  posaron  A^  ese  dia  en  Fronchales,  e 
otro  dia  Uegaron  a  Molina.  »  El  pueblo  de  que  aqui  se  trata  es 
Bronchales,  pueblo  de  la  provincia  de  Teruel,  limitrofe  con  la 
de  Guadalajara,  entre  Rôdenas  y  Orihuela  del  Tremedal. 

V.  149s  ;  desdôblese,  formando  con  el  nombre  de  Minaya  un 
verso,  que  pudiera  ser  una  cosa  asi  :'  Fiolos  venir  armados^  ternies 
Minaya  Albarfane:!^;  la  Crônica  :  «  Alvar  fanez  quando  los  vio 
venir  armados  temiose  e  enbio  a  ellos  dos  cavalleros  a  saber  quien 
heran  o  como  vinien.  » 

V.  1565  :  «  mando  a  dozientos  caualleros  que  los  fuesen  a 
reçebir  bien  a  très  leguasy  e  quando  fueron  Uegados  ala  villa  dexo 
el  Çid  quien  guardase  el  alcaçar...  »  (/). 

V.  1573  :  «  e  cavalgo  en  su  (en  vn  NJ)  cavallo  que  dizien 
bavieca  que  ganara  el  del  rrey  de  Sevilla.  »  Esta  noticia  falta  en 
el  Poema. 

V.  1615  :  «  e  la  guerta  e  la  mar  e  todas  las  otras  cosas  que  eran  de 
sola:^,  »  Es  un  verso  mis  que  ténia  el  original  de  la  Crônica. 


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EL   POEMA   DEL   CID   Y   LAS   CRÔNICAS   GENERALES  459 

V.  163 1  ;  aqui  comoen  1676  y  17 11  laCrônica  fija  el  lugar  de 
la  batalla  en  el  Quarto;  pero  esta  indicaciôn  parece  tomada  de  la 
crônica  latina(en  Risco,  la  Castilla^  pig.  l).  Esto  es  seguro  para  el 
primer  verso,  pues  dice  «  en  el  Quarto  que  es  a  quatro  migeros  de 
Valencia  »  (in  locoqui  dicitur  Quarto,  ab  urbe  ValentialV  milia- 
rios  habenti);  sin  embargo  en  el  v.  171 1  da  una  muy  buena 
correcciôn,  y  es  de  notar  que  el  nombre  del  Quarto  se  vuelve  d 
mencionar  como  lugar  de  la  derrota  de  Bucar,  donde  no  se  puede 
apoyar  en  el  texto  latino;  véase  adelante  versos  L711  y  2313. 

V.  1639  :  «  pues  que  tan  gran  Rique:(a  me  viene  de  allen  mar 
e  de  todas  las  partes.  » 

V.  1648  :  «  es  Riqueza  que  nos  viene  de  allen  mar.  » 

V.  171 1,  daria  muy  buena  correcciôn  leer  par  las  torres  del 
Qiuxrto  (hoy  dia  «  torres  de  Cuarte  »,  trozo  de  muralla  antigua 
bien  conocido)  ;  la  Crônica  dice  :  «  salio  a  ellos,  e  ovo  su  bata- 
lla con  ellos  en  aquel  lugar  que  dizen  el  Quarto  e  venciolos...  » 
Véase  arriba  nota  al  V.  163 1.  La  Primera  Crônica  y  la  Tercera, 
etc.  dicen  :  «  e  desque  todos  fueron  armados  e  ouieron  caual- 
gado,  ayuntaronse  ala  puerta  delà  Culebra  ca  era  de  aquella 
parte  el  mayor  poder  de los  moros...  »  (edic.  Ocampo,  fol.  340  d\ 
Malo  de  MoLiNA,  Rodrigo  el  Campeador,  pdg.  165  del  apéndice  crée 
serin  una  misma  las  puertas  de  là  Culebra  y  del  Cuarte). 

V.  1723  :  «  e  venciolos  e  murie/on  y  siete  Reyes  e  todos  los  otros 
fueron  los  vnos  presos  e  los  otros  muertos  e  el  rrey  yucaf  fuyo  del 
canpo  con  très  lançadas...  »  quizd  procedan  las  palabras  escritas 
en  cursivadeun  texto  interpolado  de  la  Crônica  latina. 

V.  1728  :  «  e  fue  el  Çid  enpos  del  en  el  alcançe  bien  fasta  alli  ; 
en  aquel alcançe  murio  Pero Salvadores.  El  Cid  tornose...  »  Quizd 
esta  noticia  de  la  muerte  de  Pero  Salvadorez  sea  nada  mds  que  un 
recuerdo  de  la  espolonada  en  que  quedo  preso  Alvar  Salvadorez 
(v.  1681),  suceso  que  antespasô  por  alto  la  Crônica. 

V.  i8ïo-i6,  parece  que  el  Poema  seguido por  la  Crônica  ténia 
mds  por  extenso  estos  versos;  el  Cid  recuerda  de  nuevo  la  tienda 
de  Yuçef,  de  que   hablô  en  el  v.    1789,  etc.   :  «  que  quirie 


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460  RAMÔN   MENÈNDEZ   PIDAL 

enbyar  al  rrey  don  alfonso  dozientos  cavallos  de  aquellos  quel 
cayeran  a  el  en  la  su  parte  e  la  tienda  que  fuera  del  rrey  yucaf. 
Alvar  Fane:ii  loogelo  e  tovoselo  (touolo  N  J)  por  bien  e  el  Çid  dixo 
(le  dixo  pues  N  J)  quiero  que  los  levedes  vos  e  Pero  Bermudes 
e  que  me  enœmendedes  en  la  gracia  del  rrey  e  ellos  dixeron  queles  plas^ie 
e  cavalgaron  luego...  » 

V.  1854  y  1856.  En  su  lugar  contenia  varios  versos  el  Poema 
que  sirviô  para  la  Crônica  :  «  e  delo  que  a  el  cayo  en  la  su  parte 
enhiavos  estos  dozientos  cavallos,  œn  sillas  e  con  frenos  e  con  sus 
espadas  alos  ar:pnes  e  esta  tienda  que  fue  del  rrey  (f.  de  Yuçef  Rei 
N  D  de  Marruecos.  El  rrey  don  Alfonso  dixo  estonces  a  Alvar 
Fane:(^  e  a  Pero  Bermude^i  :  gradezco  yo  mucho  al  Çid  los  cavallos 
e  la  tienda  quel  me  enbia,  e  a  vos  que  me  lo  traedes;  e  entonçes 
fîzolos  el  rrey  mucha  onrra  e  dioles  de  sus  dones  muchos.  El 
conde  don  Garcia  con  mucho  pesar...  »  La  Crônica,  como  se  ve, 
coloca  los  versos  1859-65  después  del  1878,  pero  aun  asi  dudo  que 
su  original  contuviera  esta  innovaciôn.  Por  lo  que  hace  al  v. 
1854  nôtese  la  menciôn  de  la  tienda  i  que  aludiô  el  Cid  en  el 
verso  1789  ;  segùn  el  ms.  de  Per  Abbat  no  se  vuelve  ya  i  acordar 
mds  de  esa  tienda,  y  pudiera  creerse  que  este  es  un  olvido  del 
autor  del  Poema  (comp.  otros  apuntados  en  la  p.  441)  salvado 
luego  por  un  cualquiera  ;  pero  las  palabras  con  sillas  e  con  frenos  e 
con  sus  espadas  a  los  ar:(pnes  (comp.  v.  1810  y  1337),  que  no 
pueden  ir  encaminadas  d  salvar  esta  omisiôn  de  la  tienda,  Étvo- 
recen  la  creencia  de  que  el  olvido  es  solo  de  Per  Abbat  ;  ademis 
en  la  refundiciôn  representada  por  la  Crônica  de  Alfonso  X  se 
habla  también  de  la  tienda  :  Minaya  después  de  ofrecer  al  rey  los 
200  caballos  hace  armar  la  tienda  marroqui,  y  el  rey  entra  en  ella 
para  admirar  su  nobleza  y  hermosura. 

V.  1893,  «  mas  pues  que  vos  sabor  avedes  del  casamiento 
diganwslo  a  Alvar  fane^  e  a  Pero  Bermudo  e  el  rrey  llamo  estonces 
a  Alvar  Fanez  e  a  Pero  Bermudez  ».  Creo  que  aqui  la  Crônica 
no  hizo  mds  que  interpretar  el  cntremosen  la  ra:(pn  del  Poema. 

V.  1944  :  «  ç  vos  que  vos  vayades  ver  conel  aToledo.  »  Antes, 


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EL    POEMA   DEL   CID   Y   LAS  CRÔNICAS   GENERALES  46 1 

en  el  v.  191 1  no  se  fija  el  lugar  de  las  vistas.  V.  variante  del 
V.  1962. 

V.  1947  :  «  e  el  Çid  le  dixo  quel  plazie  muy  decoraçon.  Desi 
preguntoles  quele  consejavan  en  tal  fecho  como  aquel,  t  tllos  dixeron 
que  no  le  aconsef arien  ninguna  cosa^  sitio  que  ji^ftse  la  que  par  bien 
ioviese.  E  el  çid  dixo  :  los  ynÉintes  de  Carrion  son  onbres  fîdalgos 
(muy  fid.  N  y)  e  muy  loçanos  e  avn  mucho  parientes  (e  an 
muchos  par.  N  J  N)g  por  en  de  me  (no  me  iST,  me  non  NJ)  pla- 
zera  deste  casamiento;  mas  pues  quel  rrey  quyere,  vayamos  a  el, 
démos  le  onRa  comoarreyea  senor;  que  a  esso  (cz  cso  K  J  N) 
quiero  yo  lo  quel  toviere  por  bien.  E  esto  dicho  enbio  sus  car- 
tas  al  rrey...  »  Nôtese  el  desorden  con  que  la  Crônica  coloca  los 
V.  1938-40  inmediatamente  antes  de  195 1  :  Âdviértase  como 
mis  interesante  lo  que  aiiade  después  del  v.  1947  y  la  buena 
correcciôn  del  segundo  hemistiquio  de  1952  :  como  a  Rey  e  a 
senor. 

V.  1962,  la  Crônica  ofrece  buena  correcciôn  :  «  que  fuese  a 
Toledo  acabode  très  semanas  »;  el  nombre  de  Toledo  debe  pro- 
céder del  Cronista,  como  en  la  variante  del  v.  1944,  y  ^^  ^^ 
V.  2012  «  e  fuese  para  Toledo.  »  También  la  Crônica  del  Rey 
Sabio  contiene  aqui  el  hemistiquio  «  acabo  de  très  sedmanas  » 
(EscuR.). 

V.  2029  :  «  e  si  lo  asi  no  fazedes  no  avredes  mi  amor.  » 

V.  2032^  léase  :  De  tal  guisa  que  lo  oydn  todos  quantos  aqui  son 
«  que  me  otorguedes  vuestro  amor  en  guisa  que  lo  ayan  (asi 
también  N,  oyan  N  J,  oygan  K)  todos  quantos  aquy  estan  ». 

V.  2042,  léase  :  Mas  mucho  peso  a  Albardia:^  e  a  conde  Garcior- 
dohe:^;  la  Crônica  :  «  a  muchos  delos  que  alli  estavan  plugo 
mucho,  mas  peso  Alvardiaz  e  al  conde  don  Garcia  Ordonez.  » 

V.  2055  :  «  el  Çid  les  dixo  :  asi  lo  mande  Dios.  » 

V.  2124,  el  original  de  la  Crônica  ténia  un  verso  mis  :  «  e 
de  aquy  adelante  fazed  dellos  como  lo  (falta  en  N  J  K)  tovier- 
des  por  bien  e  mando  que  vos  sirvan  como  apadre  e  vos  aguarden 
como  a  seitor,  E  el  Çid  le  dixo  :  senor,  m uchas  gracias...  » 


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462  RAMÔN   MENÉNDEZ   PIDAL 

V.  2126,  léase  idevos  dent  buen  galardon;  la  Crônica  :  a  e  Dios 
vos  de  por  ende  buen  galardon.  » 

V.  2128-30,  los  coloca  la  Crônica  después  del  2155. 

V.  2144  :  «  senor,  traygovos  aqui  treynta  cavallos  e  treynta 
palafrenes  de  silla  (palafr.  muy  buenos  e  bien  guisados  de  frenos 
e  de  sillas  NJ),  Ruegovos  que  los  mandedes  Reçibir.  » 

V.  2289,  léase  :  nunca  vere  Carrion  ?  Ijà  Crônica  :  «  salio  (s. 
fuera  Nf)  por  la  puerta  dando  bozes  que  nunca  verie  a  Carrion.  » 

V.  2303  :  «  e  metiolo  en  la  Red.  El  Çid  asentosse  estonçes  en 
vn  escano  e  demando  por  sus  yernos  »  (NJK). 

V.  2306  :  «  que  non  osa  van  Responder  e  asi  avien  la  color 
perdida  como  si  fueran  (fuesen  JKN)  enfermos  ;  e  quando  los 
fallaron  e  supieron  que  por  el  miedo  del  leon  se  ascondieran  asi 
començaron  a  porfazer  (profazar /iSTN)  dellos.  » 

V.  23 13  :  «  e  fue  a  cercar  valençia  e  poso  m  vn  lugar  que  di:(ien 
(dizen/NN)  el  Quarto  y  el  Çid  quando  los  vio  plogol  mucho.  » 
V.  atràs  nota  d  los  versos  163 1  y  17 1 1. 

V.  2320  :  «  nos  catauamos  ala  ganançia  que  aueriemos  con  las 
fijasdel  Çid,  mas  non  ala  perdida  que  nos  ende  vernie  »  (NJ). 

V.  2337,  véase  el  contenido  de  la  hoja  que  falta  en  este  lugar  al 
Poema  :  «  e  estad  en  Valençia  a  vuestro  sabor.  |  EUos  enesto 
fablando,  enbio  el  rrey  Bucar  a  dezir  al  Çid  que  le  dexase  a  Valen- 
çia e  se  fuese  en  paz,  sino  quele  pecharie  quanto  ay  avie  fecho.  E 
el  Çid  dixo  a  aquel  que  trajera  el  mensaje  :  y  (yde  NK^  yd  Nf) 
dezir  a  Bucar,  a  aquel  fi  de  enemigo  (henemiga  NJK)  que  antede 
(destos  N/)  très  dias  le  dareyo  lo  quel  demanda.  Otro  dia  mando 
el  Çid  armar  todos  los  suyos  e  salio  alos  moros;  los  ynfantes  de 
Carrion  pidieronle  estonçes  la  dclantera,  e  pues  quel  Çid  ovo 
paradas  sus  hazes,  don  Fernando,  el  vno  de  los  ynfantes,  adelon- 
tose  por  yr  ferir  vn  moro  que  dizien  Aladraf  (aladrafa  K),  El 
moro  quando  lo  vio  fue  contra  el  otrosi  ;  el  ynfante,  con  el  gran 
miedo  que  ovo  del,  bolvio  la  rrienda  e  fuyo,  que  solamente 
noie  oso  esperar.  Pero  Bermudes,  que  yva  cerca  del,  quando 
aquellovio,  fue  ferir  enel  moro  e  lidio  conel  e  matolo;  desi  tomo 


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EL  POEMA   DEL   CID  Y   LAS  CRÔNICAS   GENERALES  463 

el  cavallo  del  moro  e  fue  en  pos  del  ynfante,  que  yva  fuyendo  e 
dixoi  :  don  Hernando,toma  este  cavallo  e  dezid  a  todos  que  vos 
matastes  el  moro  quyo  era,  e  yo  otorgarlo  e  conbusco.  E  el 
ynfante  le  dixo:  don  Pero  Bermudes,  |  mucho  vosagradezco  lo 
que  dezides...  ». 

V.  2370  :  «  don  Rodrigo^  por  que  yo  oy  de:(ir  que  sienpre  guerrea- 
vades  con  moroSy  por  eso  me  vin  yo  de  mi  tierra..  » 

V.  2373  :  a  por  honrrar  mis  manos  e  mis  ordenes  »  mejora  el 
métro. 

V.  2407  :  «  e  fue  en  pos  ellos  en  alcançe  bien  ocho  mijeros.  » 

V.  2410,  parece  impedir  correcciôn  en  el  Poema  :  «  verte 
(veer  te  NJ)  as  con  el  Çid  delà  barva  luenga.  » 

V.  2478,  léase  :  Quandome  dexo  veer  todo  lo  que  auia  sahor;  la 
Crônica  :  «  senor  Ihesu  Cristo,  a  ti  do  loor,  ca  me  dexaste  ver 
todaslas  (sic ^f alla  cosas  en  LIKN)  que  yo  cobdiçiava.  »  Los  ms. 
NJ  son  mis  completos  :  «  a  ti  do  loor  e  gracias  por  quanto  bien 
me  as  fecho  ca  me  dexaste  veer  todas  las  cosas  que  yo  cobdi- 
çiaua.  » 

V.  2556,  léase  :  lo  que  cuniio  del  leon,  como  en  2548;  en  la 
Crônica  :  «  antes  que  nos  rretrayan  lo  que  acaeçio  (nos  acaesçio 
AT/)  del  leon.  »  Esto  ademds  impide  cualquier  correcciôn  del  pri- 
mer hemistiquio  de  ambos  versos,  como  no  sea  :  enante  que  nos 
rretrayan, 

V.  2616  :  «  e  yendo  (yendo  avn  NJK)  por  entre  las  huertas 
cato  el  Çid  por  aguero  (ag.  e  vio  NJ)  que  non  avie[n]  mucho  de 
durar  aquellos  casamientos,  mas  no  pudo  y  al  fazer...  » 

V.  2687,  léase  Teniendo  yua  armas  ;  la  Crônica  :  «  estonçes  se 
despidio  de  dona  Elvira  e  de  dona  Sol  e  paso  Salon  e  fue  se 
para  Molina  denosta[n]do  alos  ynfantes  e  diziendo  dellos  que 
eran  falsos  e  malos  ». 

V.  2691  :  a  e  dexaron  Atiença  a  su  siniestro.  » 

V.  2781  :  «  edixolas  :  par  Dios,  muy  mal  fecho  ensayaron  los 
Infantes  de  Carrion  »  (/). 

V.  2796,  ca  mucho    ayna  tornarien  (tornaran   N)  aca    los 


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464  RAMÔN   MENÊNDEZ   PIDAL 

ynfantes  quando  me  hallaren  menos  e  matarnos  yen  e  ellas  dixe- 
roH  que  esforçadas  estavan  pues  que  a  el  veyen,  Estonçes  las  cavalgo 
en  sucavallo...  » 

V.  2825  :  «  estas  nuevas  fueron  sabidaspor  toda  la  tierra  e  el  rrey 
don  alfonso  quandô  lo  oyo  peso!  mucho  de  coraçon  e  no  tardo 
mucho  que  lo  ovo  de  saber  otrosi  el  Çid.  » 

V.  2832,  léase  :  Par  aquesta  \mia\  barba^  que  ninguno  non 
messo  à  que  nadi  nunqua  messo  ;  la  Crônica  :  ce  para  esta  mi  barva 
que  nunca  meso  ninguno;  »  comp.  3186. 

V.  2915,  acaso  deba  leerse  Como  pueda  aver  derecho;  la  Crô- 
nica «  e  quel  Rogaua  que  geios  fiziese  venir  a  vistas  o  a  su  corte, 
porque  pudiese  auer  derecho  dellos  »  (7). 

V.  3004  :  «  e  fueron  y  conel  muchos  altos  onbres,  e  fueron 
estos  el  conde  don  Enrrique  e  el  conde  don  Remon  (Remondo 
Nf)  e  el  conde  don  Fruela  e  el  conde  don  Birvon  e  el  conde 
don  Garcia  Ordonez  e  don  Alvar  Diaz  e  los  ynfantes  de  Gtrrîon 
e  Ansier  (Ansur  KJ,  Ansuer  N)  Gonçalez  e  Gonçalvo  Ansuarez 
(Ansuerez  N,  Ansurez  KJ)  e  don  Pero  Ansuarez  (Ansurez  KN) 
e  otros  muchos  altos  onbres.  »  Este  pasage  es  muy  digno  de 
atenciôn.  Las  variantes  que  los  ms.  ofrecen  al  nombre  Birvon  son 
muy  dificiles  de  explicar  ;  la  forma  Gonçalvo  (en  LIKN)  es  un  indi- 
cio  para  créer  que  el  manuscrito  del  poema  que  servia  al  autor 
de  la  Crônica  era  mas  antiguo  que  el  de  Per  Abbat,  pues  este  solo 
emplea  la  forma  posterior  Gonçalo;  hay  también  dos  nombres 
entre  los  del  bando  de  Carrion  que  no  copiô  Per  Abbat,  y  son 
Albar  Diaz  (v.  2042)  y  Pero  Ansurez,  este  ùltimo  no  vuelve  i 
aparecer  nunca,  pero  ofrece  buena  asonancia  en  ô^  Respecto  al 

I.  Comp.  verso  3008.  La  presencia  del  nombre  del  famoso  conde  Peran- 
surez  en  el  ms.  del  Poema  que  sirviô  para  la  Crônica  de  Veinte  Reyes  tiene 
importancia  para  el  estuJio  del  elemento  histôrico  del  cantar.  Peransurez,  tic 
probablemente  de  los  infantes  de  Carriôn,  era  hermano  del  Gonzalo  Asurez 
que  cita  el  juglar  en  los  versos  3008  y  3689  ;  segùn  el  Arzobispo  don  Rodrigo 
(lib.  VI,  cap  16)  y  djn  Lucas  de  Tuy  (p.  98,  23  de  la  edic.  de  Schotto)  los  très 
hermanos  Pedro,  Gonzalo  y  Fernando  Ansurez  acompanaron  i  Alfonso  VI  en 
su  destierro  à  Toledo. 


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EL   POEMA   DEL  CID  Y  LAS   CRÔNICAS    GENERALES  465 

verso  3004  la  Crônica  confirma  la  lecciôn  del  ms.  '  en  cuanto  al 
nombre  de  Fruela  y  me  parece  évidente  que  se  debe  corregir  el  de 
Beliran,  en  Birbon  6  Brebon.  No  he  de  ocultar,  sin  embargo,  una 
dificultad  :  los  mss.  de  la  Crônica  de  Veinte  Reyes  difieren  acerca 
de  este  punto.  En  otro  lugar  *  los  clasifiqué  en  dos  grupos  :  de 
un  lado  X  (B  Real  2-C-2),  /  (B.  Escur.  X-i-6)  y  N  (B.  Escur. 
Y-i-12)  y  de  otro  K  (B  Real  2-M-1),  Ll  (B.  Nac.  F  132),  N 
(del  Sr.  Menéndez  y  Pelayo)  y  L  (B.  Escur.  X-ij-24)  ;  pues  bien, 
mientras  estos  ùltimos  dicen  Brebon  {KL)  à  Birbon  NLl,  los  très 
primeros  dicen  Beltran.  Esto  no  obstante,  creo  buena  la  lecciôn 
de  KLNLl^  ya  que  séria  inexplicable  la  intromisiôn  del  nombre 
inusitado  Brebon  en  vez  del  conocido  de  Beltran^  y  mis  en  un 
texto  en  prosa  donde  no  habia  la  exigencia  de  la  rima  ;  en  tanto 
que  la  variante  de  XJN  me  la  explico  por  una  correcciôn  hecha 
en  su  original  comùn,  en  vista  del  côdice  de  Per  Abbat  ô  de  otro 
semejante  ^  para  sustituir  el  extrano  nombre  del  conde. 

V.  3007,  léase  :  El  conde  Garcia  OrdoneT^;  véase  la  nota  ante- 
rior  y  la  puesta  al  verso  2042. 

1.  He  leido  con  reactivos  en  el  ms.  el  nombre  Fruela  y  lo  he  acogido  en 
mi  ediciôn. 

2.  La  leyenda  de  los  Infantes  de  Lara ^  Madrid  1896,  pdg.  411- 12. 

3.  Una  correcciôn  semejante  parecerà  extrana,  perono  fialtan  otros  ejemplos 
de  este  cuidado  que  se  tomaban  los  copistas  ;  por  ejemplo,  véase  en  la  Leyenda 
de  los  Inf.  de  Lara  y  la  pdg.  235  Ifnea  16,  en  cuyo  lugar  todos  los  manuscritos 
de  la  Crônica  de  Vante  Reyes^  Traduccion  del  toledano  (=  Cuarta  Crônica),  y  Ter- 
ara  Crônica^  que  reraontan  à  un  original  comùn  (total  unos  14  ô  15  comp.  id. 
p.  404-8)  dicen  Biluren  y  solo  uno,  el  C,  corrige  acertadamente  en  Biluestre, 
Otro  ejemplo  notable  ofrecen  los  mismos  ms.  de  la  Cr.  de  Veinte  Reyes  que 
yo  supongo  que  hicieron  la  correcciôn  Beltran  ;  en  la  parte  correspondiente 
i  la  p.  236,  bn.  4,  de  la  Ley.  de  los  Inf,  de  Lara,  el  original  que  sirviô  al 
autor  de  la  Crônica  traia  errado  el  nombre  de  Viara,  pues  también  se  ve 
errado  en  los  ms.  de  la  Traduccion  ampliada  del  Toledano,  que  dicen  Aliara 
y  proceden  del  mismo  original  ;  pues  bien,  mientras  Ky  Ll  dicen  Para,  en  X 
y  /  se  corrigiô  Viara,  ûsl  coroo  en  L  que  es  màs  pariente  de  U,  que  de  todos 
los  demis,  incluse  K;  la  correcciôn  aqui  era  mis  Êicil  pues  el  nombre  se  repite 
bastante. 

Rnme  bisfaniqiu  }0 


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466  RAMÔN    MENÈNDEZ   PIDAL 

V.  3015,  Êilta  algûn  verso  antes?  La  Crônica  comienza  as!  un 
capitule  :  «  El  Çid  quanJo  sopo  por  Muno  Gustios  que  el  Rey 
don  Alfonso  le  enbiaua  dezir  que  fuesse  conel  en  Toledo  asus 
cortes,  guiso  muy  bien  assi  e  a  toda  su  conpana  e  fuesse  para  el. 
El  Rey  quando  sopo  que  venie  fiielo  Resçibir  con  grand  caualle- 
ria...  »  (N). 

V.  3 114,  probablemente  encierra  dos  versos,  y  un  hemistiquio 
sera  venid  aca  ser  comigo  :  la  Crônica  :  «  Çid,  en  este  escanoque 
me  vos  (vos  me  K)  distes  quiero  que  vos  asentes  comigo.  » 

V.  3135,  si  el  segundo  hemistiquio  ha  de  reducirse,  como 
quieren  Mili,  Restori  y  G)rnu,  i  :  don  Anrrich  e  don  Remondy  hay 
que  suponer  que  la  Crônica  anadiô  independientemente  los  titu- 
los  de  conde  :  «  e  quiero  que  sean  alcaldes  desto  el  conde  don 
Enrique  e  el  conde  don  Remon  »  (Remonte  /if-ondo  N/,  -ont  iV), 

V.  3147,  lézse  Por  qtmnto  [vos]  esta  cort  ;  la  Crônica  «mucho 
vos  agradesco  por  que  vos  esta  corte  hezistes  por  mi  amor  » 
(K). 

V.  3186,  léase  como  2832;  la  Crônica  dice  como  alH  :  «  par 
aquesta  mi  barua  que  nunca  meso  ninguno  »  (/). 

V.  3 188,  léase  Myo  Çid  a  so  sobrino  Pero  Vermue^  lamo;  la  Crô- 
nica «  el  Çid  dio  entonces  a  su  sobrino  Pero  Bermudez  la  espada 
Tizona». 

V.  3204.  Cornu  lee  [£"]  en  oro  e  enplaia  très  mill  marcos  les  di 
yo;  la  correcciôn  del  segundo  hemistiquio  ya  fue  hecha  por  Mili 
y  es  évidente;  la  Crônica  :  «  di  les  en  oro  y  en  plata  très  mill 
marcos.  » 

V.  3231,  léase  [Cd]  d[aqu]estos  très  mill  marcos;  la  Crônica  : 
«  dixo  estonces  a  los  ynfantes  :  derecho  demanda  el  Çid,  ca  des- 
tos  très  mil  marcos  los  dozientos  tengo  yo  que  me  distes  vos.  » 

V.  3  23  6,  debe  desdoblarse  en  dos,  f>or  ejemplo  :  Fablaua  Ferran 
Gonçalei  [delante  toda  la  cort]  :  aueres  [a]monedados  non  [los]  tene- 
mos  nos,  [non].  La  Crônica  :  «  Ferrand  Gonçalez  dixo  :  auer 
monedado  non  tenemos  nos  onde  le  entreguemos  »  (N)  lo  cual 
impide  la  supresiôn  del  adjetivo  monedado  para  hacer  de  todo  un 
solo  verso. 


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EL  POEMA  DEL  CID  Y  LAS  CRÔNICAS  GENERALES     467 

V.  3271  :  «  senor  Rey  don  Alfonso,  en  loque  fi:(ieron  losynfantes 
alas  hijas  del  Çid  no  herraron  y  nada,  ca  no  las  quirien  (devien 
quercr  KJN)  solamente  para  sersus  barraganas;  el  Çid  esav£- 
zado  a  venir  a  cortes  pregonadas  e  por  eso  trae  la  barba  luenga;  e 
por  quanto  el  diz  non  damos  nos  nada.  »  Lo  escrito  en  cursiva 
mis  que  un  verso  omitido  por  Per  Abbat  me  parece  recuerdo  del 

3278. 

V.  3290,  la  Crônica  anade  un  verso  :  «  como  yo  la  mese  a 
vos,  conde,  en  el  castillo  de  Cabra,  e  vos  saque  délia  mas  que 
una  pulgada  grande  ;  e  bien  cuydo  que  la  no  tenedes  aun  bien 
cumplida,  ca  yo  la  tengo  (traygo  NJ,  trayo  KN)  aqui  en  mi  boisa  ». 

v.  3304,  léase  :  A  mi  lo  di:^en  [aqtiesio];  la  Crônica  :  «  e  como 
quier  que  ellos  a  mi  digan  esto  a  ti  dan  las  orejadas  »  (/). 

V.  3327,  la  Crônica  coïncide  con  el  ms.  de  Per  Abbat  màs  de 
lo  que  fuera  de  desear  para  poder  proponer  alguna  correcciôn  que 
Uenara  el  métro  octosilabico  :  «  tu  ères  fermoso  mas  mal  barra- 
gan  ;  pues  como  osas  fablar  lengua  sin  manos  ?  » 

V.  3359,  léase  :  esto  lidiare  en  campo;  la  Crônica  «  e  ssi  alguno 
quisiere  dezir  por  ende  alguna  cosa,  yo  gelo  lidiare  en  canpo  » 

(AT). 

V.  3362,  coincidencia  total  de  la  Crônica  con  el  ms.  de  Per 
Abbat  «  calla  alevoso,  boca  sin  verdad  no  te  acuerdas  de  lo  que 
te  acaecio  (contesçio  A//)  quando  viste  el  leon...  »  ÇK). 

V.  3365,  acaso  sea  :  Fustete  meter  con  miedo  iras  la  viga  del 
lagar;  la  Crônica  dice  «  e  fuiste  te  a  meter  so  la  viga  de  lagar  » 
(LIN),  «  e  fustete  meter  con  miedo  del  (falta  en  /)  tras  la  viga 
del  lagar  »  (NJK), 

V.  3366,  quizi Non  vestiste  nuncamas;  la  Crônica  :  «  e  paraste 
taies  los  panos  (los  bestidos  KN)  que  nunca  los  despues  (los 
mas  UN)  vestiste  »  (/). 

V.  3379,  léase  Fue[ra]se  a  Rio  d'OuirnUy  quitando  la  interroga- 
ciôn  del  verso  siguiente;  la  Crônica  :  «  varones,  quien  vio  nunca 
tan  grand  mal  como  este,  que  avemos  nos  de  ver  con  Ruy  Diaz 
Çid;  baratarie  el  mejor  de  yr  picar  los  molinos  a  Rio  douierna  e 


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468  RAMÔN   MENÈNDEZ   PIDAL 

tomar  sus  maquilas  como  soliefazer,  e  no  de  contender(entender 
LIKN)  con  nusco  ca  non  conuiene  a  los  del  nuestro  linage  de 
estar  casados  con  sus  fijas  »  (/). 

V.  3384,  coinciden  la  Crônica  y  el  ms.  de  Per  Abbat:  «calla, 
aleuoso  traydor,  ca  antes  armuezas  que  vayas  a  oraçion  fazer 
e  nunca  dizes  verdat  a  seiior  nin  amigo  que  ayas  ca  ères  &lso  a 
Dios  e  a  todos  los  omnes  »  (/).  El  verso  3386  pudiera  leerse  : 
E  nunca  dÎT^s  verdad. 

V.  3387,  léase  falso  a  todos  losonbres;  v.  nota  anterior. 

V.  3394  :  «  entraron  por  el  palacio  dos  cavalleros,  queran 
mandaderos  el  uno  del  ynfante  de  Navarra  e  el  otro  del  ynfante  de 
Aragon,  e  avien  nonbre  estos  mandaderos  el  uno  Ojarran 
(Oxarra  JV,  Ojarra  KK)y  e  el  otro  Yenego  Yemenes  (Ymenes 
Ky  Ximenez  JN).  E  luego  que  entraron,  besaron  las  manos 
al  Rey.  »  Es  preciso  con  una  correcciôn  hacer  entrar  las  pala- 
bras impresas  en  cursiva  dentro  del  texto  del  Poema  y  por  lo 
tanto  cae  por  tierra  la  enmienda  aceptada  por  Bello,  por  Mild  y 
todos  los  demis  criticos  que  leen  en  3395  El  vnoes  de  Navarra 
eelotro  deAragon^  y  la  de  Mili  que  suprime  el  apellido  Simene7;^y 
el  cual  es  buen  asonante  en  d,  pues  ha  de  leerse  Semeno:^  ô 
Semenones. 

V.  3421  :  «  que  las  tomen  por  sus  mujeres  a  ley  e  a  bendi- 
cion,  asi  como  es  derecho  »  (LIKN)  «  que  las  t.  a  bendiçiones 
assi  c.  es  d.  »  (AT). 

V.  3455  :  «  si  ay  alguno  que  Responda  aesto  e  diga  que  no 
es  asi...  » 

V.  3472,  aunque  no  creo  que  deban  hacerse  correcciones  muy 
libres,  este  verso  podia  ser  :  Don  Rodrigo^  sea  esta  lia  0  tovierdes 
por  bien  vos,  o  menos  violenta  :  Don  Rodrigo^  esta  lidseao  man- 
daredesvos;  la  Crônica  :  «  don  Rodrigo,  sea  esta  lid  o  vos  tovier- 
des por  bien  »  (KN). 

v.  3479  :  «  senor,  non  fare  yo  al,  synon  lo  que  vos  mandaredeSy 
e  esto  en  vos  lo  dexo  yode  oy  (doy  Ny  oy  K)  tnasy  ca  mas  quiero  yo 
yrnu  para  Valençia  que  para  Carrion  »  (N). 


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EL  POEMA   DEL  CID   Y   LAS   CRÔNICAS   GENERALES  469 

V.  3507,  he  aqui  el  contenido  delà  hoja  que  en  este  lugar 
Êilta  al  côdice  de  Per  Abbat  '  :  quiero  me  yo  îr  para  Valençia.  | 
Entonçes  mando  dar  el  Çid  a  los  mandaderos  de  los  inÊintes  de 
Nauarra  e  de  Aragon  bestias  e  todo  lo  al  que  menester  ouieron, 
e  enbiolos.  El  Rey  don  Alfon  caualgo  entonçes  con  todos  los 
altos  omnes  de  su  corte,  para  salir  con  et  Çid,  que  se  yua, 
fuera  de  la  villa,  e  quando  llegaron  a  Çocadouer  (Socodober  K), 
el  Çid  yendo  en  su  cauallo  que  dizen  Bauieca,  dixol  el  Rey  :  don 
Rodrigo,  fe  que  deuedes,  que  Remetades  agora  ese  cauallo,  que 
tantobien  oy  dezir.  El  Çid  tomosea  sonReyr  e  dixo  :  senor,  aqui 
en  vuestra  corte  a  muchos  altos  omnes  e  guisados  para  fazer 
esto;  e  a  esos  mandat  que  trebejen  con  sus  cauallos.  E  el  Rey  le 
dixo  :  [Çid,  en  N  etc  ],  pagome  yo  de  lo  que  vos  dezides,  mas 
quiero  todavia  que  corrades  ese  cauallo  por  mi  amor.  El  Çid 
Remetio  entonçes  el  cauallo,  e  tan  de  Rezio  lo  corrio  que  todos 
se  marauillarondel  correr  que  fizo  |  Entonçes  vino  el  Çid  al  Rey 
e  dixole  que  tomase  aquell  cauallo...  »  (/) 

Claro  es  que  en  las  anteriores  paginas  no  he  podido  aprovechar 
todo  lo  util  que  las  Crônicas  ofrecen  para  corregir  el  texto  del 
Poema  del  Cid,  ni  creo  que  esto  sea  hoy  posible  ;  la  ediciôn  cri- 
tica  del  Poema  debe  ir  precedida  de  la  de  las  Crônicas,  y  espero, 
cuando  baya  hecho  la  de  estas,  poder  trabajar  con  mayor  fruto 
en  la  de  aquél. 

Ramôn  Menéndez  Pidal. 


I.  Aunque  ninguna  ediciôn  advierte  esta£ilta  entre  los  versos  3507-8,  en  el 
côdice  se  echa  de  menos  evidentemente  una  hoja  que  ha  sido  cortada  con 
djeras. 


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LES 

TRADUCTIONS  TURQUES 

DE  DON  QUICHOTTE 


La  Bihliografla  critica  de  las  obras  de  Miguel  de  Cervantes 
Saavedra  '  de  feu  D.  Leopoldo  Rius  mentionne  sommairement, 
sous  le  n°  874,  une  traduction  turque  de  Don  Quichotte  y 
imprimée  à  Constantinople  vers  1860.  De  cette  traduction 
quatre  feuilles  seulement  furent  publiées,  contenant,  paraît-il, 
les  quatre  premiers  chapitres  de  Toeuvre  fameuse.  Ces  quatre 
feuilles  manquaient  à  la  riche  collection  du  célèbre  cervantiste, 
réunie  aujourd'hui  à  celle  de  D.  Isidro  Bonsoms;  elles  sont, 
jusqu'à  présent,  restées  introuvables  aux  bibliophiles  qui,  depuis 
quelques  années,  n'ont  rien  épargné  pour  en  acquérir  un  exem- 
plaire. 

Il  existe  une  seconde  traduction  turque  de  Don  Quichotte  que 
personne  n'a  encore  mentionnée.  D'une  très  grande  rareté  *, 
elle  est  moins  incomplète  que  la  précédente,  puisqu'elle  com- 
prend toute  la  première  partie,  à  l'exception  d'une  quinzaine  de 
chapitres,  et  présente  la  particularité  d'être  imprimée  en  carac- 
tères arméniens.  Le  volume  est  un  in-octavo  de  iv-503  pages, 


1.  Tomo  I.  Madrid  :  M.  Murillo,  1895,  in-4,  vm-404  pp. 

2.  J'en  possède  un  exemplaire;  je  n'ai  jamais  réussi  à  en  voir  un  second. 


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•hKUTb  (MirOB^UTr  o<)-nh(ro\ev  rf(UM,i^  Q<»-icta 


♦TO»  8^6  UMIO^h  I»-M>r4îht  O-brzthMTt  OLIhVlW 


1966 


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472  R.    FOULCHÉ-DELBOSC 


imprimé  à    Constantinople   en  1868.    Le  titre,  dont  on  a  vu 
ci-contre  le  fec-simile,  est  ainsi  conçu  : 

Don  Quichotte  ou  L'influence  exercée  sur  l'esprit  des  jeunes  gens  par  la  lec- 
ture des  récits  imaginaires.  Œuvre  de  l'auteur  espagnol  nommé  Manuel  (sic) 
Cervantes.  Traduction  en  langue  turque  et  imprimée  en  caractères  arméniens. 
Première  partie.  Constantinople,  Vizir  Han  :  Imprimerie  Déroyentz,  1868. 

Je  ne  suppose  pas  qu'il  faille  attacher  une  signification  quel- 
conque à  la  présence  inattendue  d'un  zèbre  sur  ce  titre;  plus 
fâcheuse  est  la  répétition  dans  la  préface  de  Terreur  qui  donne 
à  Cervantes  le  prénom  de  Manuel,  Cette  préface  est  assez  curieuse 
à  connaître  :  elle  nous  laisse  deviner,  entre  autres  choses,  que 
le  traducteur,  dont  le  nom  ne  figure  nulle  part,  est  Arménien. 
Je  me  suis  eflforcé  de  donner  une  version  aussi  littérale  que  pos- 
sible de  ce  préambule. 


PRÉFACE 

Ceux  qui,  de  tout  temps,  ont  considéré  comme  un  devoir  d'entreprendre 
l'éducation  des  jeunes  gens,  ont  jugé  à  propos,  ne  voulant  pas  faillir  à  ce 
devoir  vis-à-vis  de  ceux-ci,  de  revêtir  de  la  forme  de  roman  leurs  conseils  et 
enseignements,  ayant  acquis  la  preuve  que  les  conseils  tout  nus  seraient  trop 
pénibles  pour  plusieurs,  et  que  tout  le  monde,  ne  voulant  pas  avouer  son  igno- 
rance, ne  reconnaît  pas  le  besoin  de  prendre  conseil. 

Les  récits  des  faits  qui  ont  réellement  eu  lieu  n'étant  pas  dans  tous  leurs 
détails  des  choses  dont  on  puisse  prendre  exemple,  ou  encore  n'étant  que  des 
récits  trop  secs,  on  a  parfois  composé  des  livres  de  conseils  en  ornant  des 
événements  authentiques  de  détails  purement  imaginaires  mais  conformes  au 
but  proposé,  et  même  on  a  souvent  inventé  de  toutes  pièces  tous  les  faits 
racontés,  évitant  ainsi  que  les  conseils  tout  nus,  difficiles  à  écouter,  ne  pro- 
duisent que  peu  d'effet. 

L'art  de  faire  des  récits  ou  de  les  enjoliver  dans  le  but  d'éduquer  les  gens 
en  leur  donnant  de  bons  exemples  ayam  acquis  de  la  renommée  dans  les 
nations  de  l'Orient,  ont  été  écrits  les  livres  nommés  Gtdistan  en  persan,  et  les 
Mille  et  une  nuits  en  arabe.  Afin  de  faire  comprendre  que  les  faits  racontés  dans 
ces  livres  sont  imaginaires,  et  ne  voulant  pas  que  des  ignorants  tiennent  ces 
£ùts  pour  réels,  les  auteurs  ont  jugé  nécessaire  de  montrer  comme  vrais  des 


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LES  TRADUCTIONS  TURQUES   DE   DON  QUICHOTTE  473 

faits  incroyables  et  inconcevables,  et  ont  dit  que  ceux  qui  les  avaient  exécutés 
étaient  des  génies  ou  des  fées. 

QjLiant  aux  ignorants  qui  ont  lu  ces  contes,  s'il  y  a  eu  parmi  eux  des  hommes 
peu  sensés  qui,  ayant  rintelligence  de  Don  Quichotte  raconté  par  ce  livre,  ont 
cru  chaque  récit  mot  à  mot  comme  ayant  eu  lieu  vraiment,  le  fait  que  des 
hommes  de  cette  catégorie  se  soient  abusés  ainsi  se  trouvait  en  dehors  du  but 
et  de  la  pensée  des  susdits  auteurs. 

De  nos  jours  encore,  les  livres  nommés  Gil  Blas,  \ejuif  Errant,  Monte-Cristo 
et  d'autres  dans  ce  genre,  traduits  et  imprimés  en  notre  langue  ou  en  langue 
turque  qui  est  comme  la  nôtre,  sont  du  nombre  de  ceux  que  nous  citions  plus 
haut.  Cependant  tous  ne  pouvant  atteindre  le  but  poursuivi  d'éducation  et  de 
moralisation  nuisent  aux  lecteurs,  tandis  que  d'autres  racontant  sous  forme 
de  roman  les  moyens  par  lesquels  s'exécutent  les  crimes  (bien  que  la  lecture 
et  l'étude  des  romnns  faits  pour  l'éducation  ne  soit  pas  sans  profit),  on  ne  peut 
cependant  nier  le  préjudice  causé  par  certains  livres  qui  enseignent,  sous  forme 
de  roman,  à  tromper  son  prochain  et  à  le  corrompre,  ou  qui  font  penser  aux 
moyens  adroits  de  se  venger  ou  de  s'approprier  indûment  les  biens  d'autrui,soit 
ouvertement,  au  vu  de  tout  le  monde,  par  fraude  ;  soit  subrepticement,  par  vol. 

En  France,  de  temps  en  temps,  des  romans  encourageant  et  poussant 
l'homme  à  la  révolte  ayant  été  cause  de  mauvaises  actions  parce  qu'ils  ont 
tourné  les  esprits,  il  a  été  attribué  aux  employés  de  la  police  le  soin  de  sur- 
veiller ces  livres;  quelques  auteurs  même  ont  été  bannis  à  cause  des  livres 
qu'ils  ont  publiés,  et  sont  morts  en  exil. 

Le  récit  de  Don  Quichotte  a  été  jugé  propre  à  enïpêcher  de  lire  les  premières 
fables  venues,  à  montrer  le  danger  de  se  remplir  l'esprit  de  pareils  récits  et 
à  dissuader  de  lire  indistinctement  toutes  sortes  de  romans  ceux  qui,  dépour- 
vus de  discernement,  se  croient  capables  de  bien  comprendre  un  livre  quel- 
conque. 

Don  Quichotte,  en  effet,  est  un  personnage  dont  le  nom  existe,  mais  dont 
la  personne  n'existe  pas  ;  il  sort  de  l'imagination  du  célèbre  auteur  espagnol 
nommé  Manuel  Cervantes.  Il  est  devenu  fou  à  force  de  lire  des  livres  trai- 
tant des  chevaliers.  Étant  intrépide,  il  s'est  imaginé  être  un  de  ces  chevaliers, 
se  lançant  dans  tous  les  dangers,  tout  en  se  croyant  sage  et  capable  de  dis- 
tinguer et  de  se  défendre  jusqu'au  bout. 

De  même  que  Don  Qjiichotte  lisant  des  romans  de  chevalerie  s'est  per- 
suadé être  lui-même  un  chevalier  et  est  devenu  fou  en  agissant  comme  tel,  de 
même  ceux  qui  lisent  d'autres  romans,  encouragés  par  la  physionomie  d'un 
personnage  conforme  â  leur  caractère,  ou  se  nuisent  à  eux-mêmes,  dans  le 
désir  de  lui  ressembler,  ou  nuisent  à  leur  entourage,  souvent  même  à  leur 
patrie  et  à  leur  nation. 


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474  R-    FOULCHÈ-DELBOSC 


La  traduction  et  la  publication  de  ce  livre  ont  été  entreprises  dans  le  but 
de  préserver  ceux-ci  d'un  tel  état  et  de  réveiller  l'esprit  des  autres. 

Cette  traduction  turque  de  Don  Quichotte  est  en  général  bien 
Élite,  que  le  traducteur  arménien  se  soit  servi  de  Toriginal  espa- 
gnol ou  plus  simplement  d'une  traduction  française,  question 
que  je  ne  me  hasarde  pas  à  trancher.  Les  notes  sont  rares  et  ne 
portent  que  sur  quelques  mots  qui  seraient  peut-être  restés 
obscurs  pour  certains  lecteurs  '. 

Ainsi  que  je  l'ai  dit  plus  haut,  certains  chapitres  du  texte 
espagnol  n'ont  pas  été  traduits.  Ce  sont  les  chapitres  6,  9,  12, 
I3>  I4>33>  34>  36,  38  à  43,  et  48. 

Les  chapitres  39,  40  et  41  sont,  on  le  sait,  ceux  consacrés  au 
récit  du  Cautivo  :  le  lieu  d'édition  (Constantinople)  expliquera 
aisément  qu'ils  aient  été  supprimés. 

La  seconde  partie  n'a  jamais  paru. 

J'ai  pensé  que  les  cervantistes  ne  verraient  pas  sans  quelque 
intérêt  un  spécimen  de  cette  traduction  rarissime,  et  j'en  repro- 
duis ici  le  premier  chapitre. 

R.  Foulchè-Delbosc. 


I.  Voici  les  deux  premières  (pp.  6  et  7;  voir  ci-après,  pp.  480  et  481): 
Rosinantây  en  langue  espagnole,  est  tiré  d'un  mot  qui  signifie  une  couleur 

semblable  au  rouge.  Ce  n'est  pas  un  mot  usuel.  Il  est  employé  comme  un 

nom  propre  désignant  le  cheval  de  Don  Q.ui<^otte. 
Gaule  est  le  nom  ancien  donné  à  une  partie  de  la  France. 


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476  R.    FOULCHÉ-DELBOSC 

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LES  TRADUCTIONS  TURQUES   DE  DON  QUICHOTTE  477 

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478  R.    FOULCHfe-DELBOSC 


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LES  TRADUCTIONS  TURQUES   DE    DON  QUICHOTTE       479 


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480  R.    FOULCHÈ-DELBOSC 

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m%%mmpjp  ,  ^f  Zt'/^^ivtrM^  ttinufm^Xmli^mpglh  fi^  m^pkm, 
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LES  TRADUCTIONS  TURQUES  DE  DON  QUICHOTTE     48 1 

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Revue  hispanique.  «2 


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482  R.    FOULCHÈ-DELBOSC 

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ANGEL    GANIVET 


I 

Lorsque,  ces  jours  derniers,  je  lisais  les  œuvres  d'Angel  Gani- 
vet  avec  la  joie  de  rencontrer  à  chaque  page  une  pensée  ingé- 
nieuse ou  virile,  une  théorie  philosophique  discutable  parfois 
mais  toujours  exempte  de  banalité,  un  trait  d'ironie  ému  et  cruel 
à  la  fois,  j'étais  loin  de  soupçonner  que  les  premières  lignes  de 
cette  étude  seraient  consacrées  à  déplorer  la  mort  du  jeune  écri- 
vain. Son  livre  le  plus  récent  —  le  premier  auquel  le  public 
semble  avoir  fait  accueil  —  était  à  peine  sous  les  yeux  des  lec- 
teurs que  le  bruit  de  cette  mort  se  répandait  dans  les  journaux 
madrilègnes.  Ses  amis  n'avaient  pas  reçu  encore  sa  dernière 
lettre,  datée  du  29  novembre  1898,  que  déjà,  à  cette  même 
date,  il  avait  cessé  de  vivre.  L'Espagne  n'aura  connu  que  pour  la 
regretter  plus  vivement  cette  intelligence  ouverte  aux  idées  les 
plus  nobles  et  les  plus  justes,  ce  cœur  débordant  d'humanité. 
Fin  lamentable  d'une  vie  sans  éclat,  adonnée  entièrement  à  la 
retraite  et  à  l'étude,  digne  en  tout  point  de  l'homme  qui  disait  : 
«  Los  grandes  misticos  se  forman  en  la  soledad,  y  los  grandes 
filôsofos  en  el  silencio.  » 

Je  n'ai  jamais  vu  Ganivet,  mais  je  l'ai  aimé  tout  de  suite  à  tra- 
vers son  œuvre.  Sa  parole,  quoique  figée  en  caractères  d'impri- 
merie, a  exercé  sur  moi  la  même  influence  à  laquelle  semble 
n'avoir  échappé  aucun  de  ceux  qui  l'approchèrent.  Car  il  posséda 
le  don  de  convaincre.  Il  n'était  pas  beau,  a-t-on  répété.  Je  l'ima- 
gine un  peu  gauche,  mais  animé  d'un  regard  qui  scrutait  à  fond 


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484  LÉO   ROUANET 


les  consciences  pour  s'épanouir  parfois  en  un  bon  sourire  ingénu. 
Son  nom  indique  une  origine  catalane.  «  Tengo,  écrivait-il, 
sangre  de  lemosin,  drabe,  castellano  y  murciano.  »  En  réalité,  il 
naquit  à  Grenade,  habita  Madrid  où  il  passa  ses  doctorats  en 
droit  et  en  philosophie-et-lettres,  subit  même  ses  oposicioms  pour 
être  admis  dans  le  Cuerpo  facultativo  deArchiveroSy  dont  il  fit  par- 
tie quelque  temps.  S'étant  fixé  enfin  à  la  carrière  consulaire,  il 
fut  nommé  d'abord  à  Anvers,  plus  tarda  Helsingfors  (Finlande), 
en  tout  dernier  lieu  à  Riga  où  il  vient  de  mourir,  âgé  de  trente- 
quatre  ans  environ. 

Son  premier  livre  est  daté  du  27  février  1896.  En  moins  de 
trois  ans  il  a  publié  six  volumes  :  Granada  la  bella,  Helsingfors, 
1896;  La  conquista  del  reino  de  Maya  par  cl  ùltimo  conquistador 
espahol  Pio  Cidy  Madrid,  iS^j { Idearium  espahol^  Granada,  1897  ; 
Cartas  finlandesasy  Granada,  1898;  Los  trabajos  del  infatigable 
creador  Pio  Cidy  2  vol.  Madrid,  1898.  Peu  de  temps  avant  sa 
mort,  il  avait  envoyé  à  ses  amis  de  Grenade  le  manuscrit  d'une 
comédie  de  mœurs  andalouses  :  La  casa  eterna.  Ganivet,  malgré 
son  éloignement,  resta  toujours  en  relations  intellectuelles  avec 
sa  ville  natale  et  collabora  jusqu'à  ses  derniers  instants  au  jour- 
nal El  defensor  de  Granada.  C'est  dans  cette  feuille  que  parurent, 
sans  parler  de  Granada  la  bella  et  des  Cartas  finlandesaSy  El  por- 
venir  de  Espaha,  sorte  d'appendice  à  VIdearium  espanol,  et  un  cer- 
tain nombre  d'articles  qui  devaient  être  consacrés  à  l'étude  de  lit- 
térateurs Scandinaves,  tels  que  Lie,  Ibsen,  Bjôrnstjerne-Bjômson, 
Strindberg,  Brandès,  etc.  Cette  série  sera  sans  doute  réunie  en  un 
volume  sous  le  titre  de  Nombres  del  norte^  semblan:(as  criticas  de 
literatos  noruegoSy  dinamarqueses^  suecos  y  finlandeses.  Un  quatrième 
volume  de  roman,  La  tragediay  testamento  mistico  de  Pio  Cidy  est 
annoncé  comme  devant  paraître.  Ajoutons  encore  que  l'on  con- 
naît de  Ganivet  diverses  poésies  écrites  en  français.  On  se 
demande,  en  interrogeant  une  liste  d'œuvres  aussi  considérable, 
si  l'auteur,  poussé  par  le  pressentiment  d'une  fin  prochaine,  ne 
se  hâta  pas  à  dessein  de  donner  une  forme  à  sa  pensée. 


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ANGEL   GANIVET  48) 


Ces  deux  années  de  production  fiévreuse  avaient  été  précé- 
dées d'une  longue  période  d'incubation  et  de  recueillement. 
Ganîvet  fiit,  paraît-il,  un  liseur  insatiable.  M.  Nicolas  Maria 
Lôpez,  dans  sa  préface  aux  Carias  finlandesas^  nous  apprend  que 
son  ami  «  no  ha  tenido  propiamente  juventud.  Creo  que  desde 
que  tiene  uso  de  razôn  ha  pasado  los  dias  peregrinando  por  los 
libros  y  por  mundos  imaginarios  ».  Et  ailleurs  :  «  Siguiô  su  sole- 
dad  en  Âmberes,  donde,  aparté  de  las  horas  de  oficina,  hada  una 
vida  cenobitica,  encerrado  siempre  en  su  casa,  y  dàndose  unos 
tirtagos  de  estudiar  como  para  élsolo;  con  decir  que  obtuvoper- 
miso  para  ir  sacando  d  su  domicilio  los  libros  de  la  Biblioteca  de 
la  ciudad,  y  se  la  leyô  entera,  estd  dicho  todo.  »  Il  ne  faudrait 
pas,  cependant,  prendre  ces  phrases  à  la  lettre.  On  trouve  dans 
les  œuvres  de  Ganivet  une  connaissance  du  cœur  humain  traduite 
en  appréciations  trop  personnelles  pour  qu'il  ait  pu  l'acquérir 
uniquement  dans  les  livres.  L'homme  qui  a  écrit  ces  paroles  : 
«  Déjà  que  se  acerquen  i  ti  cuantos  quieran  acercarse,  y  vive  con 
ellos  »  n'était  ni  un  misanthrope,  ni  un  spéculatif  fermé  à  la  vie 
expansive.  Sans  doute,  sa  culture  fut  des  plus  étendues  et  sa 
mémoire  prodigieuse.  Rien  de  ce  qui  touche  au  domaine  de 
l'entendement  ne  lui  demeura  étranger.  Il  parle  avec  une  compé- 
tence ^ale  des  sciences,  des  lettres  et  des  arts,  cite  Verlaine  à 
côté  de  Sénèque,  Platon  à  côté  de  Masterlink.  Et  cela,  naturelle- 
ment, sans  pédantisme  ni  affectation,  en  critique  qui  sait  faire  la 
part  de  chacun  et  distingue  avec  une  netteté  impeccable  la  dis- 
tance qui  sépare  le  talent  du  génie,  l'auteur  célébré  par  ses  con- 
temporains du  penseur  accrédité  par  les  siècles. 

J'ai  lu  je  ne  sais  où  que  les  marchands  de  Malaga  font  passer 
les  oranges  à  travers  un  anneau,  réservant  celles  qui  remplissent 
exactement  ce  calibre  et  vendant  à  un  prix  moindre  les  fruits 
d'une  mesure  inférieure.  Ganivet  dut  soumettre  ses  idées  à  une 
expérience  analogue.  II  ne  se  borna  pas  à  les  emmagasiner  pêle- 
mêle;  il  eut  soin,  au  contraire,  de  les  trier  sur  le  volet  et  de  jeter 
impitoyablement  au  rebut  toutes  celles  qui  lui  parurent  de  qua- 


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486  LÉO  ROUANET 


lité  douteuse.  Ses  opinions  —  qu'on  s'y  range  ou  qu'on  les  com- 
batte —  n'ont  jamais  rien  de  vulgaire.  Cela  vient  peut-être 
aussi  de  ce  qu'il  sut  résister  à  cette  redoutable  impulsion  de  la 
vingtième  année  qui  nous  induit  à  mettre  au  jour,  sans  contrôle, 
les  conceptions  imparfaites  encore  de  notre  esprit. 

C'est  à  Helsingfors  seulement  que,  «  enfermé  dans  un  poêle  » 
où  il  avait,  comme  Descartes,  «  tout  le  loisir  de  s'entretenir  de 
ses  pensées  »  déjà  mûres,  il  éprouva  le  besoin  de  les  manifester 
en  public.  Ici  se  pose  une  question  particulièrement  intéressante 
pour  tels  lecteurs  férus,  comme  il  sied,  de  littérature  Scandinave. 
Quelle  a  été  l'influence  exercée  sur  Ganivet  par  son  long  séjour 
en  Finlande  ?  On  peut  répondre  hardiment,  je  crois,  que  s'il  y  a 
eu  entre  lui  et  les  écrivains  septentrionaux  certaine  conformité 
philosophique,  ces  derniers  n'ont  présidé  nullement  à  son  orien- 
tation intellectuelle.  Certes,  il  les  a  connus  comme  nous,  mieux 
que  nous  sans  doute,  mais  sans  que  sa  personnalité  intime  en 
ait  été  effectivement  altérée.  Les  mœurs  finlandaises,  qu'il  put 
observer  et  décrire  sur  le  vif,  furent  pour  lui  une  source  de  com- 
paraisons, mais  de  comparaisons  presque  toujours  favorables  à 
l'Espagne.  Ganivet  a  eu  le  courage  —  c'en  est  un  bien  rare  en 
notre  siècle  aux  volontés  irrésolues  —  de  rester  de  son  pays, 
de  penser  par  lui-même,  de  ne  pas  travestir  son  esprit  sous  une 
défroque  exotique.  «  Hay  muchos  modos  de  servir  àl  idéal,  y  i 
cada  hombre  se  le  debe  de  pedir  solo  que  lo  sirva  segùn  su  natu- 
ral  comprensiôn  ;  y  i  cada  pueblo  que  lo  entienda  segùn  su  pro- 
pio  genio.  » 

Aussi  le  petit  livre  de  Granada  la  bella^  imprimé  dans  les 
neiges  de  Russie  pour  quelques  amis  de  Grenade  et  pénétré  d'un 
^mour  quelquefois  sévère  pour  la  lointaine  patrie  andalouse, 
m'apparaît-il,  au  seuil  de  son  oeuvre,  comme  le  symbole  même 
de  l'auteur.  Et  quiconque  sait  déchiffrer  le  secret  des  apparences 
matérielles  sentira  palpiter  sous  cette  livrée  finlandaise  Tâmc 
espagnole  de  Ganivet. 


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ANGEL    GANIVET  487 


n 


Je  me  suis  essayé,  dans  les  pages  précédentes,  à  faire  com- 
prendre l'écrivain  tel  que  je  crois  l'avoir  compris  moi-même. 
Interrogeons  maintenant  l'œuvre,  afin  d'en  dégager  les  théories 
éparses  çà  et  là.  Et  notons  tout  d'abord  que,  comme  celle  de 
Montaigne,  cette  œuvre  est  de  bonne  foi,  qu'il  règne  dans  tous 
ces  écrits  un  accent  de  probité  et  de  franchise  auquel  on  ne  sau- 
rait se  méprendre. 

La  tournure  d'esprit  de  Ganivet  était  évidemment  philoso- 
phique. Le  mode  d'expression  qu'il  aurait  sans  aucun  doute  pré- 
féré tôt  ou  tard  eût  été  la  forme  concise  de  ïldearium  espanol,  où 
une  foule  d'idées,  condensées  sous  un  petit  volume,  laissent  au 
lecteur  beaucoup  à  imaginer.  Mais  il  craignit  que  trop  d'abstrac- 
tion ne  rebutât  la  nonchalance  du  public  et  adopta  pour  y  cou- 
ler sa  doctrine  le  moule  du  roman,  dont  la  matière  malléable  se 
prête  à  toutes  les  transformations,  ou  celui  des  lettres  familières, 
qu'il  sut  composer  avec  un  charme  infini.  Et  si  l'autobiographie 
partout  apparente  dans  les  deux  derniers  volumes  de  Pio  Cid 
peut  passer  pour  le  testament  formel  de  sa  pensée,  c'est  dans 
Granada  la  bella  et  dans  les  Cartas  finlandesas  qu'il  faut  en  cher- 
cher le  commentaire  privé. 

Dans  les  romans  de  Ganivet  l'intrigue  occupe  peu  de  place. 
L'intérêt,  quoique  toujours  isoutenu,  n'est  .point  déterminé  par 
une  combinaison  laborieuse  d'événements  qui  s'enchevêtrent 
pour  se  dénouer.  Grâce  à  son  style  souple  et  coloré,  quelques 
épisodes  des  plus  sifnples  lui  suflSsent  à  mettre  en  relief  les  sen- 
timents, de  personnages  bien  vivants,  doués  de  cette  «  respira- 
tion »  qu'il  considère  comme  l'idéal  suprême  de  l'art.  «  Sin  duda, 
dit-il  plaisamment,  tengo  atrofiada  la  circonvoluciôn  cérébral 
doixde  habita  el  geaio  de  las  de^cripciones,  porque  de  otro  modo 
no  me  explico  que  teniendo  dos  ojos  perfectamente  sanos,  una 


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488  LÉO   ROUANET 


memoria  fiel  y  una  voluntad  decidida,  no  me  sea  posible  dar 
cuenta  de  lo  que  veo.  »  Cette  boutade  a  attiré  mon  attention,  et 
c'est  seulement  après  Tavoir  lue  que  j'ai  remarqué  combien  les 
descriptions  sont  rares  sous  la  plume  de  Ganivet.  Son  regard 
effleure  le  contour  des  choses  sans  s'y  arrêter.  Mais  son  esprit  en 
pénètre  le  sens  intime  avec  une  perspicacité  si  sûre  que  l'on  ne 
songe  guère  à  lui  reprocher  cette  atrophie  dont  il  s'accuse.  Un 
seul  mot  qu'il  a  le  talent  de  choisir  et  de  mettre  à  sa  vraie  place 
nous  en  apprend  souvent  plus  long  qu'une  page  entière  écrite 
par  d'autres  d'après  tel  ou  tel  procédé  de  convention. 

Dès  les  premières  lignes  de  son  premier  ouvrage,  l'auteur  de 
Granada  la  bella  déclare  qu'il  va  traiter  d'un  art  nouveau,  «  un 
arte  que  se  propone  el  embellecimiento  de  las  ciudades  por 
medio  de  la  vida  bella,  culta  y  noble  de  los  seres  que  las  habi- 
tan  ».  Son  programme  philosophique  se  trouve  résumé  en  ces 
mots.  De  la  beauté  de  l'homme  dépend  celle  de  la  ville;  de  la 
beauté  de  la  ville,  celle  de  la  nation.  La  beauté  physique  est  la 
conséquence  nécessaire  de  la  beauté  morale.  On  comprendra 
sans  peine  la  grandeur  de  cette  théorie  d'après  laquelle  chaque 
individu  devient  responsable  de  la  destinée  universelle,  comme 
une  pierre  jetée  au  centre  d'un  étang  produit  des  ondes  qui 
s'élargissent  jusqu'à  son  extrême  circonférence. 

L'homme,  ennsagé  selon  cet  idéal,  doit  prendre  pour  règle  de 
conduite  la  dignité  ou  respect  de  soi-même,  pour  but  le  bien  de 
tous,  pour  moyen  le  développement  des  facultés  intellectuelles  en 
son  propre  esprit  autant  qu'en  celui  du  prochain.  Il  gagnera  par 
le  travail  de  ses  mains  sa  subsistance  quotidienne,  sans  se  préoc- 
cuper d'un  avenir  qui,  peut-être,  n'arrivera  jamais.  «  La  propie- 
dad,  lejos  de  ser  un  estimulo,  es  la  expresiôn  de  la  fuerza  que 
domina  hoy  con  no  menor  suavidad  que  la  de  las  armas.  El  ane 
de  trabajar  no  tiene  nada  que  ver  con  el  de  enriquecerse;  el  que 
aprende  à  trabajar  ha  aprendido  i  ser  eternamente  pobre.  »  A 
chacun  de  nous  incombe  le  devoir  d'aider  son  prochain,  de  l'in- 
struire, d^en  faire  «  un  hombre  verdadero  ».  Car  «  mejor  que  U 


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AKGEL   GANIVET  489 


observaciôn  de  la  vida  es  la  acciôn  sobre  la  vida.  Lo  bello  serià 
obrar  sobre  el  espiritu  de  los  hortibres  ».  Quant  à  l'artiste,  il 
n'acceptera  point  de  salaire,  sous  peine  de  voir  son  art  ravalé  au 
niveau  d'un  métier. 

La  situation  de  la  femme  dans  la  société  contemporaine  est 
peut-être  le  problème  dont  Ganivet  a  poursuivi  la  solution  avec 
le  plus  d'ardeur,  avec  le  plus  d'amour.  Il  y  revient  fréquemment, 
l'examine  sous  tous  ses  aspects,  tenant  compte  des  latitudes,  des 
conditions  spéciales  à  chaque  race,  à  chaque  pays.  Nul  n'a  été  à 
même  de  parler  en  connaissance  de  cause  mieux  que  lui  qui  put 
étudier  dans  leurs  milieux  respectifs  ces  antipodes  :  la  finlan- 
daise émancipée,  s'efforçant  à  supplanter  l'homme  dont  elle 
exerce  les  charges  et  jalouse  les  droits,  et  l'espagnole  qui  lui 
donne,  en  échange  de  sa  protection,  le  bien-être  et  la  douceur 
du  foyer. 

Voici  des  pages  que  pourront  méditer  les  partisans  quand 
même  de  l'émancipation  féminine.  Je  les  cite  tout  au  long  parce 
qu'elles  sont  d'une  importance  capitale  dans  l'œuvre  de  Ganivet 
et  démontrent  à  merveille  quels  furent  sa  clairvoyance,  sa  justice 
et  son  bon  sens  : 

«Yo  comprendo  las  ventajas  de  la  familia  intelectual  âestilo  fînlandés  y  pre- 
Hero  la  familia  sentimental  à.  la  espanola.  En  Espana,  un  hombre  de  ciencia  ô 
de  arte  encuentra  con  difîcultad  una  mujer  que  se  interese  por  su  trabajo  ;  tiene 
que  pensar  solo  ;  pero  el  pensar  no  es  toda  la  vida.  Hay  muchos  hombres  que 
no  piensan  casi  nunca^y  de  los  que  piensan  hay  tambien  muchos  que  lo  hacen 
de  tarde  en  urde  ;  asf,  pues,  lo  intelectual  en  la  mujer  es  secundario,  si  se 
atiende  al  papel  que  esta  représenta  en  la  vida  del  hombre.  Muy  bello  serïa  que 
la  mujer,  sin  abandonar  sus  naturales  funciones,  se  instruyera  con  discreciôn  • 
pero  si  ha  de  instruirse  con  miras  emancipadoras  6  revolucionarias,  preferible 
es  que  no  saïga  de  la  cocina.  La  mujer  fînlandesa  no  esta  conforme  aûn  con 
su  situaciôn  ;  envidia  i  la  rusa  y  d  la  norteamericana,  y  crée  que  à  fuerza  de 
estudios  ha  de  lograr  nivelarse  con  el  hombre  ;  mis  al  casarse,  y  d  veces 
antes,  nota  que  la  tirania  no  viene  del  hombre  sino  de  lanaturaleza  femenina, 
y  particularmente  de  la  matemidad,  y  procura  descargarse  de  este  fatigoso 
deber.  Hay  quien  crée  que  i  las  senoras  inteligentes  se  les  seca  la  matriz*;  yo 
opino  que  lo  que  se  les  seca  es  la  voluntad.  En  cuanto  una  mujer  adquiere 


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490  LÉO   ROUANET 


concîeaci^  ékacta  de  sus  obligacionesy  obra,  no  por  instinto,  sino  por 
réflexion  y  cilculo,  se  insubordina  contra  su  propia  naturaleza,  donde  esta  la 
causa  de  sus  penalidades,  y  se  convierte  en  un  hombre  estrecho  de  hombros 
y  cono  de  piemas,  en  una  calamidad  estétîca  y  sodal.  » 

On  voit  les  terribles  conséquences  de  cette  civilisation  mal 
entendue  :  crainte  et  dégoût  de  la  maternité,  Tégoïsme  se  substi- 
tuant aux  idées  de  devoir  et  de  solidarité  sociales.  Élevées  selon 
cette  doctrine,  les  femmes  cessent  bientôt  d'avoir  les  grâces  de 
leur  sexe  et  n'arrivent  que  rarement  à  acquérir  une  beauté  intel- 
lectuelle supérieure.  Si  elles  échappent  à  la  tutelle  de  l'homme, 
c'est  uniquement  en  ce  qui  concerne  les  besoins  matériels  de 
l'existence.  Elles  ont  beau  couper  leurs  cheveux  et  monter  à 
bicyclette,  leurs  aspirations  sentimentales  restent  les  mêmes, 
a  Debajo  de  apariencias  adustas,  masculinas,  se  conserva  la  idea 
madré,  la  idea  constitutiva  de  la  naturaleza  de  la  mujer,  la  de 
rendirse  y  someterse,  de  mejor  6  peor  gana,  à  la  autoridad  natu- 
xal  del  hombre.  »  Â  la  famille  finlandaise  où,  aussitôt  après  le 
repas,  le  père  court  au  club,  la  mère  à  la  comédie  et  la  fille  à 
l'opéra-comique,  Ganivet  oppose  la  vieille  famille  espagnole 
dont  tous  les  membres  se  serrent  sous  la  clarté  restreinte  du 
velôn,  à  la  chaleur  limitée*du  brasero,  Mesonerô  Romanos,  dans 
ses  Escenas  malritensesy  avait  déjà  constaté  l'influence  moralisa- 
trice de  ces  ustensiles  insignifiants  en  apparence,  et  je  ne  suis  pas 
loin  de  croire,  en  effet,  que  les  calorifères  et  l'éclairage  électrique 
sont,  dans  une  famille,  des  éléments  redoutables  de  dissolution. 

Ganivet  est  donc  un  partisan  convaincu  du  mariage.  Il  va 
même,  dans  cette  voie,  jusqu'à  admettre  l'union  libre;  et  c'est 
là,  de  toutes  ses  théories,  celle  qui  prête  le  plus  à  la  controverse. 
Se  proposant  sans  doute  de  revenir  longuement  sur  ce  sujet,  il 
n'a  pas  développé  pleinement  sa  pensée  et  ne  l'indique  guèreque 
d'^ne  manière  incidente,  je  crois  comprendre  toutefois  que,  s'il 
tolère  cette  union,  c'est  seulement  dans  le  cas  où  un  homme 
d'intelligence  et  de  volonté,  «  un  hombre  verdadero  »,  se  sent 
assez  sûr  de.  lui  pour  ne  jamais  abandonner  celle  dopt  il  aura  £ê^it 


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ANGEL  GANIVET  49 1 


sa  compagne.  Et  voilà,  je  l'avoue,  qui  ne  me  satisfait  qu'à  demi. 
Quel  homme,  même  digne  de  ce  nom,  est  assez  sûr  de  lui  pour 
répondre  de  ses  résolutions  futures? En  cas  de  séparation,  que 
deviendra  l'enfant  né  de  ce  commerce  illégitime?  Questions  qui 
restent  en  suspens  et  auxquelles  Ganivet  aurait  eu  seul,  je  crois, 
la  hardiesse  de  répondre. 

Passant  de  l'organisation  de  la  famille  à  celle  de  l'État,  l'auteur 
développe  tout  un  plan  de  progrès  politique,  difficile  à  réaliser, 
il  est  vrai,  mais  d'une  conception  généreuse  et  fière.  De  même 
que  l'Espagne  est  allée  s'afFaiblissant  depuis  Charles-Quint  et 
Philippe  n,  elle  doit  tendre  à  se  relever  d'qn  effort  patient  et 
continu,  et  non  d'une  brusque  secousse.  De  même  que  sa  posi- 
tion géographique  l'isole  du  reste  de  l'Europe,  elle  ne  doit  comp- 
ter que  sur  elle-même  et  sur  la  concentration  de  ses  propres  res- 
sources. C'est  à  quoi  conclut  ce  beau  livre  de  VIdearium  espaholy 
dont  la  substance,  comme  l'a  fort  justement  observé  M.  Lôpez, 
se  trouve  contenue  dans  les  passages  suivants  : 

«  Una  restauraciôn  de  la  vida  entera  de  Espana  no  puede  tener  otro  punto  de 
arranque  que  la  concentraciôn  de  todas  nuestras  energias  dentro  de  nuestro 
terri torio.  Hay  que  cerrar  con  cerrojos,  Ilaves  y  candados  todas  las  puertas; 
por  donde  el  espfritu  espanol  se  escapô  de  Espaâa  para  derramarse  por  los 
cuatro  puntos  del  horizonte,  y  por  donde  hoy  espéra  que  ha  de  venir  la  sal- 

vaciôn Puesto  que  hemos  agotado  nuestras  fuerzas  de  expansion  niatenal, 

hoy  tenemos  que  cambiar  de  tictica  y  sacar  d  luz  las  fuerzas  que  no  se  agotan 
nunca,  las  de  la  inteligencia,  las  cuales  existen  latentes  en  Espana  y  pueden 
cuando  se  desarrollen  levantamos  i  grandes  creaciones  que  satisfaciendo  nues-' 
tras  aspiracîones  i  la  vida  noble  y  gloriosa,  nos  sirvan  como  instrumento  poli- 
tico,  redamado  por  la  obra  que  hemos  de  realizar.  » 

Cette  œuvre  est-elle,  en  effet,  réalisable  par  de  semblables 
moyens?  Elle  pourrait  le  devenir  si  beaucoup  d'hommes,  en 
Espagne,  possédaient  l'intelligence  et  la  volonté  de  Ganivet, 


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492  LÉO  ROUANET 


m 

Telles  sont  les  idées  fondamentales  exposées  dans  ses  œuvres. 
Je  n'en  ai  donné  ci-dessus  qu'une  sèche  anatomie,  réservant  au 
lecteur  le  plaisir  de  les  apprécier  sous  leur  forme  vivante  et  ori- 
ginale. Car  —  il  convient  d'y  insister  —  la  philosophie  de  Gani- 
vet  n'est  dogmatique  que  par  occasion  et  se  mêle  le  plus  souvent 
à  des  récits  alertes,  à  des  conversations  enjouées,  à  moins  qu'elle 
ne  se  dissimule  sous  une  ironie  infiniment  subtile. 

On  s'étonnera  peut-être  que  l'auteur  de  Plo  Cid  n'ait  pas  poussé 
jusqu'au  bout  ses  inductions  et  conclu  de  la  nation  à  Thumanité, 
comme  il  Tavait  feit  de  l'individu  à  la  nation.  N'oublions  pas  que 
pendant  les  tristes  années  où  furent  écrites  ses  œuvres,  un  Espa- 
gnol avait  bien  le  droit  de  douter  de  l'humanité  tout  entière  et 
de  chaque  peuple  en  particulier,  —  spectateurs  indifférents  de  la 
guerre  la  plus  inégale.  Certes,  Ganivet  ne  rêva  jamais  l'utopie 
idyllique  d'un  désarmement  universel,  le  retour  de  l'âge  d'or. 
Son  opinion  à  cet  égard  ne  saurait  laisser  aucun  doute.  «  Un 
pueblo,  dit-il,  no  puede  y  si  puede  no  debe  vivir  sin  gloria; 
pero  tiene  muchos  medios  de  conquistarla,  y  ademds  la  gloria  se 
muestra  en  formas  varias  ;  hay  la  gloria  idéal,  la  màs  noble,  d  la 
que  se  llega  por  el  esfuerzo  de  la  inteligencia;  hay  la  gloria  de 
la  lucha  por  eltriunfo  de  los  idéales  de  un  pueblo  contra  losde 
otro  pueblo;  hay  la  gloria  delcombate  feroz  por  la  simple  domi- 
naciôn  material...  »  Mais  du  moins  devait-il  avoir  espéré,  lui  qui 
se  faisait  de  la  dignité  humaine  un  idéal  si  haut,  que  les  guerres 
futures,  à  défaut  d'une  justice  absolue,  auraient  pour  excuse  leur 
franchise. 

Sur  bien  des  points,  sans  compter  ceux  que  j'ai  déjà  signalés, 
la  pensée  de  Ganivet  reste  pour  nous  incomplète.  Si,  comme 
nous  l'avons  noté,  la  tournure  de  son  esprit  fut  éminemment 
philosophique,  il  ne  s'érige  point  en  maître  et  n'édifie  pas  de 


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ANGEL   GANIVET  493 


système.  Il  donne  l'essor  à  ses  idées  à  mesure  qu'elles  naissent, 
laissant  aujourd'hui  dans  l'ombre  bien  des  problèmes  que,  plus 
tard,  il  eût  à  leur  tour  mis  en  lumière.  Comment  expliquer,  par 
exemple,  le  silence  qu'il  a  gardé  au  sujet  de  ses  convictions  reli- 
gieuses ?  Faut-il  en  inférer  qu'il  professa  telle  ou  telle  forme  de 
l'athéisme?  Je  ne  le  crois  guère.  Sa  conscience  me  semble  avoir 
hésité  entre  le  mysticisme  militant  et  organisateur  d'une  sainte 
Thérèse  et  un  ascétisme  voisin  de  la  doarine  stoïque  deSénèque; 
participant  de  l'un  et  de  Tautre. 

Ici  se  pose  une  dernière  question.  Dans  quelle  mesure  les  con* 
ceptions  de  Ganivet  lui  appartiennent-elles  en  propre?  Il  est  de 
toute  évidence  qu'il  fut  impressionné  diversement  par  la  lecture 
de  plusieurs  philosophes  étrangers.  On  reconnaît  dans  ses  œuvres 
l'influence  de  Rousseau,  de  Proudhon,  de  Tolstoï  et  de  bien 
d'autres.  Mais,  les  idées  qu'ils  lui  suggérèrent,  il  a  su  les  coor- 
donner avec  tant  de  discernement,  les  adapter  avec  tant  de  jus- 
tesse, qu'il  en  a  fait  sa  chose  personnelle.  Les  idées  sont  du 
domaine  commun,  mais  il  n'est  donné  qu'à  un  petit  nombre  de 
les  discipliner  et  de  les  rendre  fécondes.  La  meilleure  preuve  que 
Ganivet  conserva  intègres  sa  personnalité  et  sa  nationalité  c'est 
que,  malgré  son  long  séjour  hors  d'Espagne,  sa  connaissance 
approfondie  de  plusieurs  langues  et  de  plusieurs  littératures,  il  ne 
versa  jamais  ni  dans  le  socialisme  pleurnicheur  ou  déclamatoire, 
ni  —  quoi  qu'on  ait  voulu  dire  —  dans  le  pessimisme.  Et  je  me 
demande  comment  l'on  a  pu  voir  un  disciple  de  Schopenhauer 
en  lui  qui  affirma  constamment  sa  foi  en  la  perfectibilité 
humaine. 

Je  crains,  à  ce  propos,  que  certains  critiques  espagnols  n*aient 
parfois  interprété  à  contre-sens  la  pensée  de  leur  compatriote. 
Plusieurs  lui  reprochent  notamment  d'avoir  usé  de  paradoxes. 
Non  seulement  je  n'ai  rien  trouvé  de  tel  dans  son  œuvre,  mais, 
qui  plus  est,  je  ne  crois  pas  aux  paradoxes.  On  nomme  ainsi, 
dans  les  salons,  une  opinion  systématiquement  contraire  à  l'opi- 
nion générale,  aussi  banale  qu'elle,  et  que  de  beaux  messieurs  à 


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494  L^   ROUANET 


cerveau  étroit  clament  très  haut  pour  se  Êiire  valoir.  Misérable  jeu 
de  plaisantin^  digne  à  peiné  d'un  sourire  de  mépris.  Sérieuse- 
ment parlant,  ce  que  Ton  appelle  paradoxe  est  souvent  une 
vérité,  indiscutable  pour  celui  qui  l'exprime,  et  qui,  prenant  au 
dépourvu  celui  qui  l'entend  pour  la  première  fois,  lui  parait 
d'abord  absurde,  sauf  à  s'imposer  à  lui  par  la  réflexion.  Paradoxe 
d'aujourd'hui,  axiome  de  demain.  N'est-ce  pas  le  cas  de  Ganivet  ? 

Quelque  excellente  que  soit  l'étude  déjà  citée  de  M.  Lipez,  je 
ne  saurais  pourtant  admettre  avec  lui  que  Pio  Cid  conquistador 
^oit  «  una  especie  de  Schopenhauer  andaluz,  para  el  cual  la  vida 
es  una  comedia  sin  interés,  y  los  hombres  animales,  que  no  tie- 
nen  de  bueno  mds  que  la  facilidad  con  que  se  dejan  enganar  por 
otrosmàs  hdbiles  y  bribones,....  un  tipo  sombrioé  indescifrable 
dominado  por  ideas  irreligiosas  y  antihumanitarias,....  unloco 
criminal  6  un  criminal  loco.  »  Sans  doute  La  conquista  est  une 
satire  violente  de  la  civilisation  coloniale;  mais  je  ne  vois  rien 
d'aussi  délibérément  pervers  dans  le  caractère  de  Pio  Cid,  qui 
me  semble  un  conquérant  animé  des  meilleures  intentions  mais 
entraîné  par  sa  conquête,  désireux  d'étendre  chez  son  peuple  les 
limites  du  bien  mais  forcé  d'augmenter  le  mal  en  d'égales  pro- 
portions. L'homme  est  bon  et  sincère;  c'est  la  cause  seule  qui 
est  mauvaise. 

En  résumé,  quoique  son  œuvre  reste  inachevée  et  sa  pensée 
incomplète,  le  nom  d'Angel  Ganivet  mérite  d'être  pris  en  consi- 
dération, d'être  tenu  en  haute  estime.  Chacun  devra  s'incliner 
devant  son  indiscutable  probité  intellectuelle.  Il  aura  été  le  pre- 
mier à  naturaliser  en  Espagne  certaines  idées  qui  bientôt  peut- 
être  porteront  leurs  fruits.  Sa  tâche,  toute  d'amour  et  de  désin- 
téressement, ne  saurait  rester  stérile.  Lui-même  semble  l'avoir 
prévu  lorsqu'il  écrivait  ces  belles  et  simples  paroles  :  «  Condii- 
cete  humanamente  mientras  vivas,  y  déjà  que  otros,  con  el 
temor  y  el  pretexto  de  lo  que  ocurrirà  después  de  su  muerte, 
continûen  viviendo  tan  mal  que  los  juzguemos  indignos  de 
haber  nacido.  Âunque  no  dejes  recursos,  dejas  jironês  de  tu  per- 


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ANGEL  GANIVET  495 


sonalidad  adheridos  d  cuantos  cerca  de  ti  vivîeron,  y  dejas  el 
ejemplo  de  tu  vida,  que  es  el  ùnico  testamento  que  debe  dejar 
un  hombre  honrado.  »  .  . 


Léo    ROUANET. 


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COMPTES   RENDUS 


A  History  of  Sptnish  Literatore  by  James  Fitzmaarice-Kelly.  London  :  William  Heine^ 
mann,  1^98,  in-8,  xn-423  pp.  (Short  Historiés  of  the  Literatores  of  the  World,  V.) 

Readers  of  the  Revue  Hispanique  need  no  introduction  to  an  author  whose 
critical  and  bibliographical  studies  hâve  long  since  gained  for  him  a  leading 
place  amid  foreign  students  of  things  Spanish.  His  writings  are  always  disdn- 
guished  by  thoroughness,  fîrst-hand  scholarship,  and  manly  originality  and 
independence  of  view.  When,  therefore,  it  became  known  that,  along  with  his 
gigantic  task  with  the  text  of  Don  Quixote,  he  was  writing  a  History  of 
Spanish  Literature  for  Mr  Heinemann's  séries,  his  friends  looked  forward  to 
the  resuit  with  confidence.  It  would  be  warm  praise  to  say  that  their  expecu- 
tions  hâve  not  been  disappointed,  but  it  is  safe  to  go  even  further  and  déclare 
that  nowhere  has  so  huge  a  mass  of  material  been  handled  in  more  masterly 
fashion  within  the  narrow  limits  of  four-hundred  pages. 

To  hâve  read  and  studied  ail  the  works  of  ail  Spanish  writers  of  the  first 
and  second  classes  is,  of  course,  impossible,  but  Mr  Fitzmaurice-Kelly  seems 
to  hâve  corne  almost  as  near  it  as  the  bounds  of  human  life  and  energy  allow. 
He  has  always  more  than  sufficiently  studied  his  authors  to  enable  him  to 
reach  a  well-grounded  and  independent  view  of  their  merits,  shortcomings, 
and  relative  importance  ;  and  still  unsatisfied,  has  sought  out  through  a  host  of 
periodicals  and  pamphlets  in  many  languages  the  splendid  séries  of  mono- 
graphs  by  which  his  subject  has  since  Ticknor*s  time  been  illuminated.  Con- 
fronted,  as  he  tells  us,  at  every  page  by  the  need  of  compression,  he  never 
writes  an  adjective,  and  thus  fulfils  his  modestly  expressed  hope  that  **  no 
really  représentative  figure  is  wanting  ".  And,  with  ail  this,  some  of  the  pas- 
sages of  his  book  which  we  could  least  aiiord  to  sacrifice  are  the  brief,  pithy 
and  cpigrammatical  sentences  in  which  he  sums  up  his  judgment  on  writers 
for  whom  only  a  few  lines  can  be  spared.  Thus  Alfonso  Alvarez  de  Villasandino 
is  '^  a  copious,  foul-mouthed  ruffian,  with  gusts  of  inspiration,  and  an  abiding 
mastery  of  technique  ".  Castillejo  is  **  a  brilliant,  impénitent  futile  tory*'.  Juan 
de  Mena,  **  a  poet  by  flashes,  at  intervais  far  apart,  does  himsclf  injustice  by 
too  close  a  dévotion  to  aesthetic   principles  that   made  (ailure  a  certainty. 


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COMPTES  RENDUS  497 


Gurefiil,  consdentious,  aspiring,  he  had  done  far  more  if  he  had  attempted 
much  less  *'.  Arias  Montano  '*  gave  up  to  scholarship  and  theology  what  was 
meant  for  poetry  ".  Padre  Coloma,  the  author  of  the  once  famous  Pequeneces, 
\s  wittily  if  somewhat  severdy  rallied  **  had  he  wit  and  gaiety  and  distinction 
he  might  hope  to  develope  into  a  clérical  Gyp  '*.  It  is  impossible  to  get  more 
into  so  short  a  sentence.  —  Enthusiast  as  he  is,  Mr  Fitzmaurice-Kelly  never 
allows  his  love  for  the  things  of  Spain  to  blind  his  judgment,  nor  hâve  we 
detected  any  passage  in  which  he  has  been  misled  by  the  facility  with  which 
a  barbed  epigram  springs  to  the  tip  of  his  pen.  He  must  hâve  passed  some 
weary  moments  with  the  stilted  rhymers  of  the  cancùmeros  and  the  arid  lyrics 
of  the  eighteenth  century,  but  he  never  wearies  his  reader  ;  he  hides  in  the 
background  the  scholar's  apparatus,  the  fiimace,  retort  and  alembic  of  the 
literary  alchemîst,  and  oflfers  with  a  smile  the  clear  and  sparkling  essence  won 
drop  by  drop  after  laborious  process  of  distillation. 

There  mns  through  his  pages  without  being  intruded  a  brilliant  defence  of 
Spanish  writers  from  the  charge  of  lack  of  originality  so  often  and  so  unjustly 
brought  against  them  by  those  who  hâve  not  dug  deeply  into  the  question  of 
literary  origins.  ''  In  the  capital  qualities  of  originality,  force,  truth  and  humour 
the  dstilian  literature  finds  no  superior  **.  Such  is  the  thesis  maintained  with 
a  range  of  knowledge  and  a  wealth  of  illustration  that  leaves  nothing  to  be 
desired.  The  treatment,  even  of  lesser  folk,  gives  the  conviction  that  they  too 
hâve  been  the  object  of  spécial  and  loving  study,  but  proportion  is  every- 
where  carefully  observed,  and  each  greater  or  less  figure  falls  into  proper 
perspective  with  colouring  that  is  never  urne,  and  very  seldom  harsh.  For 
Mr  Fitzmaurice-Kelly  at  his  best  we  would  cite  specially  the  sections  on  Lope 
de  Vega  and  the  Archipreste  de  Hita,  both,  seemingly,  spécial  favourites.  The 
review  of  the  latter  and  his  writings  ought  certainly  to  be  included  in  the 
pre£ace  of  the  critical  édition  for  which  ail  scholars  long,  and  which  nobody 
dares  to  undertake,  though  several,  and  Senor  Menéndez  Pidal  specially,  are 
eminently  fîtted  for  so  noble  a  task. 

Mr  Fitxmaurice-Kelly  has  been  accused  of  belittling  Cervantes.  To  for- 
mulate  so  absurd  a  charge  is  to  réfute  it  ;  so  that  it  is  unnecessary  to  refer  to 
the  many  years  of  unpaid  labour  of  love  that  he  has  devoted  to  the  text  of  the 
masterpiece  of  his  so-called  butt  and  victim.  The  object  of  his  well  deserved 
dérision  is  not  the  wandering  soldier  and  adventurer,  though  as  a  critic  he 
would  need  no  excuse  for  distinguishing  between  the  man  and  his  writings, 
still  less  b  it  the  author  of  Don  Qpixote,  or  even  of  the  unsuccessful  plays  and 
poems.  But  we  can  hand  over  without  compunction  to  his  scathing  com- 
ments  the  colourless  conglomeration  of  contradictory  virtues,  created  by  the 
uncritical  admiration  of  the  self-styled  Cervantophiles,  together  with  the  cold 
fiât  legend  that  has  been  oflfered  to  us  instead  of  the  warm  reality  of  life.  In 

Revue  hispanitfUf.  5a 


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498  COMPTES   RENDUS 


seeking  to  prove  their  hero's  divinity  the  Cervantophiles  of  a  certain  school 
hâve  succeeded  only  in  robbing  hini  of  his  humanity,  the  very  quality  which 
above  ail  others  has  endeared  him  to  mankind.  It  bas  been  the  fashion  to 
carry  beyond  the  grave  the  rivalry  that  is  supposed  to  hâve  existed  in  life 
between  Cervantes  and  Lope  de  Vega,  depressing  the  one  with  a  view  to 
raise  the  other,  as  though  it  were  inadmissible  that  two  men  of  commanding 
genius  should  hâve  existed  in  one  country  and  at  the  same  time.  Mr  Fitzmau- 
rice-Kelly  drops  the  profiters  part  of  this  comparison,  and  in  his  pages  the 
two  gigantic  figures  stand  out  side  by  side,  complementary  rather  than  anta- 
gonistic,  and  realiziug  between  them  the  whole  spirit  of  a  nation  and  an  âge  of 
unequalled  splendour. 

Calderon  again  is  another  instance  in  which  exaggerated  adoration  has 
defeated  its  own  ends,  and  made  its  object,  as  far  as  in  the  adorers  lies,  ridic- 
ulous.  The  true  greatness  of  the  noble  poet  demanded  that  he  should  be 
rescued  from  the  hands  of  the  German  Romantics.  To  déclare  with  Schlegel 
that  in  this  great  and  divine  master  the  enigma  of  life  is  not  only  expressed 
but  solved  **  is  to  contract  performance,  godlike  indeed,  but  still  human,  with 
aspirations  beyond  the  reach  of  man,  to  attempt  to  sow  discord  between  the 
sisters,  art  and  nature,  and  to  quit  the  earth  in  search  of  an  impossible  and 
fantastic  heaven  ". 

But  it  would  be  absurd  to  prétend  to  bow  conjecture  to  the  judgment  of  a 
critic  however  good,  nor  is  such  an  attitude  demanded  of  the  reader  of  this 
History  of  Spanish  Literature.  It  has  been  said  that  every  man  is  dther  a 
Piatonist  or  an  Aristotelian.  Mr  Fitzmaurice-Kelly,  we  imagine,  inclines 
rather  to  the  latter  school,  but  he  never  assumes  pontifical  airs,  he  carries 
toleration  so  far  as  it  is  consistent  with  definite  view  and  real  criticism,  and 
cleverly  steers  a  middle  course  between  rigid  eclecticism  and  colourless  catho- 
licity.  At  times  and  on  certain  questions  he  is  content  to  see  with  other  eyes 
than  his  own,  and  he  wisely  adraits  that  **  time  and  unanimity  settle  many 
questions  ;  and,  after  ail,  on  a  matter  concerning  Castilian  poetry  the  unbro- 
ken  verdict  of  the  Castilian-speaking  race  must  be  accepted  as  weighty,  if  not 
final". 

For  the  illustration  of  his  subject  Mr  Fitzmaurice-Kelly  appeals  to  his  wide 
knowledge  of  literatures  ancient  and  modem,  giving,  of  course,  the  préférence 
to  English  when  the  right  matter  comes  ready  to  his  hand.  This  as  well  as  the 
excellent  habit  of  quoting  from  translations  of  repute,  whenever  such  exist, 
adds  point  to  a  study  undertaken  primarily  for  the  benefit  of  English  readers. 
But  in  the  forthcoming  Spanish  édition  a  good  deal  of  this  '  localization  * 
will  hâve  to  be  got  rid  of. 

Références,  for  instance  to  **  the  metrical  audacities  of  Mr  Dobson, 
Mr  Gosse  and  Mr  Henley  "  would  be  meaningless  to  ail  but  a  very   few 


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COMPTES   RENDUS  499 


Spaniards.  So  too  such  phrases  as  **  the  local  Dogberry"  and  **  the  spirit  of  a 
Gapham  Evangelical  ".  The  best  possible  translator  would  be  the  author  hini- 
self,  but,  failing  hira,  it  is  to  be  hoped  that  the  work  will  be  undertaken  by 
one  of  the  native  Spanish  scholars  whose  names  are  cited,  with  acknowledg- 
ments  of  help,  in  the  préface. 

To  attempt  anything  like  analysis  of  such  highly  compressed  matter  is 
hopeless.  What  has  already  been  sald  may  be  taken  as  some  account  of  the 
critical  methods  of  the  book.  Looked  at  from  another  point  of  view  it  is 
unequalled,  as  a  bibliography  of  its  subject,  by  any  book  of  its  size.  We  hâve 
no  hésitation  in  saying  that  text  and  appendices  will  reveal,  even  to  very 
advanced  students,  a  number  of  valuable  monographs,  critical  éditions,  and 
studies,  of  which  no  succinct  account  is  to  be  found  elsewhere.  It  is,  in  fact, 
a  guide-book  of  the  best  kind,  neither  presupposing  too  much  knowledge  in 
the  reader,  noryet  treating  him  as  an  incapable  ignoramus.  But,  above  ail,  it 
is  a  student's  book;  a  miniature  treasure  suggestive  wherelackofspace  forbids 
it  to  be  explicit.  The  présent  writer  has  had  several  occasions  to  consult  it, 
and  has  always  done  so  with  profit  ;  if  it  does  not  answer  a  fair  question,  it 
will  almost  always  show  where  the  answer  is  to  be  found.  The  last  chapter  is 
a  sufficient  guide  to  contemporary  literature  in  Spain. 

Mère  gênerai  commendation,  however,  is  somewhat  profitless,  if  not  imper- 
tinent when  it  refers  to  a  writer  of  established  repuution  ;  we  will  therefore 
turn  to  the  few  spécial  points  on  which  we  venture  to  question  Mr  Fitz- 
maurice-Kelly*s  judgment  or  the  accuracy  of  his  printers.  We  cannot  but  regret 
the  définition  of  literature  which  exdudes  popular  songs,  folk  poetry, —  **  the 
halting  copias  "  as  they  are  harshly  and  unjustly  called,  —  the  séguidillas  and 
other  traditional  formsof  verse  in  which  Spain  lias  chosen  to  express  her  heart. 
Surely  it  is  difficult  to  défend  the  decree  which  admits  the  formless  proverbs, 
while  excluding  the  only  living  form  of  poetry,  simple  it  is  true  in  structure  ; 
at  times,  but  by  no  means  always,  uncouth  ;  ever  racy  of  the  soil  and  every- 
where  intensely  idiomatic  and  graphie.  As  well,  in  our  opinion,  might  botany 
exclude  the  grasses,  mosses  and  lichens  to  treat  only  of  more  showy  growths. 

It  is  true  that  the  exclusiveness  of  the  Goths  long  forbade  amalgamation 
with  the  subject  race,  but  such  évidence  as  exists  will  not,  we  think,  bear  out 
the  statement  that  Witiza  and  Roderic  (the  last  Gothic  kings)  **  were  regarded 
by  Spaniards  as  men  in  Italy  and  Africa  regarded  Totila  and  Galimar  ". 
Again,  it  is  difficult  to  believe  that  "  when  Boabdil  surrendered  in  1492,  not 
a  thousand  Arabs  in  Granada  could  speak  their  native  language  '*.  If  this  is  so, 
why  did  Talavera,  the  saintly  bishop  of  the  newly-founded  sect,  endeavour  to 
leam  Arabie,  found  schools  for  its  study  and  cause  Christian  books  to  be 
translated  ?  Was  Cisneros  a  fool  as  well  as  a  philistine  when  he  bumt  the  great 
heap  of  Arabie  literature  and  religious  books?  The  late  Arabie  chronicles  edited 


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500  COMPTES   RENDUS 


by  Eguilaz  and  Mûller  convey  a  very  différent  impression.  The  Arabie 
language  was  certainly  becoming  more  corrupt  but  it  must  hâve  lived  at  least  as 
long  as  Islam  in  Spain,  and  it  must  not  be  forgotten  that  the  decree  which 
forbade  its  use  to  a  later  génération  was  considered  a  harsh  one.  On  the  whole, 
Mr  Fitzmauiice-Kelly  bas  perhapsbeen  driven  by  the  exaggeration  of  some  of 
his  predecessors  to  underrate  the  influence  of  Arabie.  While  grantiog  the 
absurdity  of  the  theory  that  the  elaborate  and  complicated  forms  of  Arabie 
verse  hâve  influenced  a  poetry  the  ground  work  of  which  b  the  combination  of 
oetosyllabic  Unes,  we  may  believe  that,  in  bequeathing  to  the  language  of  every- 
day  life  a  multitude  of  current  phrases  and  a  large  voeabulary,  Arabie  has  left 
unmistakable  traces  on  the  methods  of  thought  and  expression  of  the  nation  a 
large  part  of  which  were  once  bilingual. 

The  Une  Que  aucfos  de  neguna  îei  is  somewhat  feebly  and  as  we  think,  inac- 
curately  translated  **  that  ever  any  rule  beheld  ".  *•  Of  Christian  or  of  Paynim 
faith  "  would  perhaps  be  better.  **  Sem  Tom  '*  for  Sem  Tob,  is  a  mistake  of 
the  primer  ;  it  is  afterwards  set  right. 

Not  so  with  remendador  (remedador)  misquoted  from  the  Partidas  and 
repeated.  Gm  it  be  accounted  for  by  a  false  analogy  with  {>a^ta^6ç  ?  The 
printers  areagain  at  fault  in  Silas  (Silos),  aparseeràn  (aparesceràn)  p.  57,  and 
in  the  strange  jumble  *'  dum  eaelum  considérât  terra  amissit.  '* 

We  are  not  aware  that  the  story,  that  King  Juan  II  kept  the  Trescientas  of 
Juan  de  Mena  by  his  bed,  rests  on  any  authority  better  than  that  of  the  Centon 
Epistolario  which  Mr  Fitzmaurice-Kelly,  like  ail  other  eritics,  admits  to  be  a 
forgery. 

Of  Lazarillo  we  are  told  that  he  **  describes  his  adventures  as  . . .  servant 
to  . . .  a  signboard  painter.  "  This  is  scarcely  the  sensé  o{  maestro  de  pintar  pan- 
deros  ;  the  adventure,  moreover,  is  comprized  in  the  words  tambien  su/ri  mil 
moles.  As  to  whether  the  first  and  best  of  pfcaro  books  is  written  in  **  most 
debonair  idiomatie  Castillan  "  we  share  the  doubts  of  Mr  Morel-Fatio. 

Vast  is  the  productiveness  of  Spanish  writers,  and  their  numbers,  it  is  startl- 
ing  to  read  (p.  203)  that  ^'  at  least  three  thousand  [Spanish  mystics]  exist  in 
print  ".  The  riddle  is  only  made  more  difficult  by  the  statement  of  the  appendix 
(p.  408)  **  the  text  of  the  remaining  mystics  will,  with  few  exceptions,  be 
found  in  Rivadeneyra  ". 

We  fail  to  see  more  than  a  superflcial  and  utterly  unconvincing  chance 
resemblance  between  the  characters  of  Preciosa  and  Tarsina. 

We  must  therefore  be  pardoned  for  utterly  rejecting  the  statement  that 
**despite  assertions  to  the  contrary  his  (Cervantes*)  Gitanilla  is  no  original 
conception,  for  the  charaeier  of  his  gipsy,  Preciosa,  is  developed  from  that  of 
Tarsina  '*.  The  Libro  de  Apolonio  is  a  chance  survival,  hidden  away  in  the 
Escorial  until  nearly  the  middle  of  the  présent  century  ;  it  is  not  likely  to  hâve 


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COMPTES   RENDUS  5OI 


been  at  any  time  a  popular  book,  and  it  is  improbable  (we  speak  under  correc- 
tion) that  Cervantes  had  read  it.  Even  if  he  bas,  the  fact  would  not  corne  near 
proving  so  imporunt  a  matter  of  iiterary  parentage  ;  the  parallel  is,  at  the  most, 
slightly  interesting. 

As  to  whether  the  forged  second  part  of  Don  Quixote  is  amusing'or  the 
reversera  critic  has,  of  course,  a  right  to  judge,  but  the  statement  that  it  was 
written  "  in  good  faith  "  is  unjustifiable. 

Mr Fitzmaurice-Kelly  however  is  always  ready in  a  humourousway  to  make 
himself  the  advocate  of  lost  causes.  He  would  probably  smile  if  taken  severely 
to  task  on  such  a  matter,  but  hère,  we  cannot  help  thinking,  he  somewhat 
overdoes  the  part. 

A  sentence  on  page  267  might  lead  to  the  supposition  that  Alemin  out  of 
delicacy  of  feeling,  which  would  hâve  been,  to  say  the  least,  exaggerated, 
refrained  from  givingthe  full  name  of  the  forger  of  the  spuriou^second  part  of 
Guzmdn  de  Alfarache.This  is  not  the  case.  Sayavedra,  who  eventually  meets 
his  death  in  a  fit  of  frenzy  believing  himself  to  be  the  real  Guzmàn,  is 
declared  to  be  the  brother  of  Juan  Marti. 

The  above  observations  are  made  in  no  carping  spirit,  against  some  of  them 
the  author  is  probably  well  able  to  défend  himself  ;  even  if  they  are  ail  just- 
ified  they  amount  to  a  s  mail  matter  indeed  to  set  against  the  debt  due  to  him 
from  ail  who  share  his  studies. 

Mr  Fitzmaurice-Kelly  is  the  last  man  to  scamp  his  work  or  to  accept 
another's  opinion  in  order  to  save  himself  the  trouble  of  forming  one  of  his 
own.  He  does  not  sit  down  to  write  a  History  of  Spanish  Literature  until  he 
has  made  himself  familiar  even  with  Orosius  and  Prudentius. 

But  there  is  some  reason  to  believe  that  when  he  has  carried  his  task 
unwearyingly  to  the  end  he  washes  his  hands  of  the  matter  and  leaves  the 
printers  to  work  their  will  upon  his  manuscript.  Hence  the  many  mispnnts 
that  blemish  his  Don  Qpixote,  and  the  ten  important  but  annoying  ones  which 
might  give  the  ungodly  an  excuse  for  triumphing  over  the  présent  book. 
When  he  can  form  his  judgment  uninterrupted  nothing  can  be  cooler  or  more 
judidal,  but  platitude,  pedantry  and  party  spirit  he  hâtes  to  such  a  d^ree  that 
they  ruffle  his  Iiterary  temper  and  drive  him  to  the  opposite  extrême  of 
overstating  his  own  good  cause.  For  him  even  académie  questions  are  intensely 
real  and  living.  If  he  did  not  love  Spanish  letters  he  would  not  study  them,  still 
less  would  he  write  about  them.  A  "  perfervidum  ingenium  '*  casts  a  warm  but 
not  ungenerous  nor  unkindly  glow  over  his  pages.  He  makes  no  pretence  of 
disarming  criticism  by  aifected  modesty  when  he  is  sure  of  his  position;  he 
does  not  go  out  of  his  way  to  seek  a  fight  but  certainly  he  will  never  go  out  of 
it  to  avoid  one. 

We  would  not  willingly  belitUe  Mr  Fitzmaurice-Kelly's  performance  by 


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502  COMPTES   RENDUS 


indiscriminating  praise,  but  we  hâve  no  hésitation  in  saying  that  the  capital 
qualities  of  force,  truth,  and  humour,  in  which  he  recognises  the  keynote  of 
Spanish  literature,  écho  with  no  feeble  résonance  in  his  account  of  that 
literature. 

H.  Butler  Clarke. 

Since  the  appearance,  in  1895,  of  Gustave  Linson* s  Histoire  de  la  littérature 
française  y  whîch  salisfied  the  need  ofa  manual  of  French  Literature  thatshould 
be  thoroughly  scientific,  those  interested  in  Spanish  Literature  hâve  bcen  wishing 
for  a  similar  work  in  that  field.  When  the  announcement  of  the  présent 
work  appeared,  it  seemed,  in  view  of  Mr  Fitzmaurice-Kelly*s  wide  acquain- 
tance  with  matters  Spanish,  that  at  last  they  were  likely  to  hâve  such  a  book 
available.  Ticknor's  great  work,  the  best  of  its  kind  at  the  time  of  its  appear- 
ance, is  now  Auch  out  of  date  and  in  order  to  be  used  most  profitably  should 
be  read  in  the  Spanish  translation  of  Gayangos  and  Vedia.  The  récent  publica- 
tion of  Mr  H.  Butler  Clarke  (  Spanish  Literature  y  1893)  is  very  satisfactory  as  a 
popular  work  but  does  not  meet  the  need  mentioned  above.  The  présent 
work,  however,  instead  of  being  constructed  on  the  same  plan  as  that  of  Gus- 
tave Lanson,  conforms  to  one  which  Mr  Fitzmaurice-Kelly  clearly  outlines  in 
the  last  paragraph  of  his  préface,  by  saying  : 

If  I  bave  sometimes  dissented  from  him  [Sr.  D.  Marcelino  Menéndex  y  Peltyo],  1 
hâve  done  so  with  much  hésitation,  believing  that  any  independent  view  is  hetter  thon  tbe 
mecbanical  répétition  of  autboritative  verdicts, 

(The  italics  are  due  to  the  présent  writer.) 

This  déclaration  gives  us  the  keynote  to  the  faulty  nature  of  the  book.  The 
author  prefers  giving  personal  impressions,  even  when  they  are  not  borne  out 
by  the  results  of  the  most  récent  investigations,  rather  than  statements  scienti- 
fically  exact.  Why  Mr  Fitzmaurice-Kelly  should  hâve  preferred  so  to  do  must 
remain  a  mystery,  for  the  book  itself  shows,  even  despite  its  defects,  that  he 
could  hâve  produced  a  scientific  work  had  he  been  so  minded.  The  following 
examples  will  show  more  concisely  the  sort  of  defects  which  the  reviewer  has 
in  mind. 

On  page  40  we  read  : 

In  considering  early  Spanish  verse  it  behoves  us  to  dénote  facts  and  to  be  chary  in 
drawing  inferences.  Thus,  while  we  admit  thtt  the  Poema  del  Cid  and  the  Cbatuon  de 
Roland  belong  to  the  sunt  genre^  we  can  go  no  further,  It  is  not  to  be  assumed  that  simi- 
larity  of  incident  nccessarily  implies  direct  imitation. 

With  this  compare  page  49  : 

In  the  Poema  the  treatment  is  obviously  modelled  upon  the  Chanson  de  Roland,.,  The 
machinery  in  both  cases  is  very  similar...  Roland  and  Ruy  Diaz  are  absolvedand  exhort- 


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COMPTES   RENDUS  503 


ed  to  the  same  effect,  and  the  resemblance  of  the  epithet  curunei  applied  to  the  French 
bishop  is  too  close  to  the  coronado  of  the  Spaniard  to  be  accidentai. 

It  would  be  interesting  to  know  just  what  is  Mr  Fitzmaurice-Kclly's  own 
final  opinion  on  this  subject. 

On  page  125,  weread  the  folio wing  : 

This  remarkable  book  [Tragicomidia  de  Calisto  y  Mtlihea  ot La  CelesHna]^  first  publish- 
ed  (as  it  seems)  at  Burgos,  in  1499,  ^^^  ^'^^  classed  as  â  play,  or  as  a  novel  in  dia- 
logue... On  the  aathority  of  Rojas...  the  first  and  longest  act  has  been  attributed  to 
Mena  and  to  Cota...  There  is  small  doubt  but  that  the  whole  is  the  work  of  the  lawyer 
Fernando  de  Rojas,  etc. 

Concerning  the  date  ofthe  so-called  édition  of  Burgos,  1499,  let  us  turn  to 
Brunet's  Mantul  (édition  of  i86o)under  CeUstUm^  wherehe  gives  minute  des- 
criptions of  several  éditions,  among  which  is  the  one  in  question.  Hère  we 
read  : 

L'exemplaire  de  cette  dernière,  ici  décrit,  est  celui  de  la  Bihliotb.  beber.y  IX,  650  :  il  a 
été  acquis  au  prix  de  2  liv.  2  sh.  pour  M.  de  Soleinnc,  et  depuis  payé  409  fr.  à  la  vente 
de  cet  amatenr.  Toutefois  il  fut  constaté  alors  que  le  dernier  feuillet,  portant  la  marque 
(reportée)  de  l'imprimeur,  avec  la  date  1499,  était  d'une  impression  moderne  imitant 
d'anciens  caractères,  mais  sur  un  papier  dont  les  vergeures  laissaient  apercevoir  la  date  de 
1795,  preuve  trop  certaine  d'une  fraude  qui  probablement  avait  déjà  été  reconnue  à  la 
vente  Heber,  ce  qui  aura  empêché  les  enchères  de  s'élever. 

Late  in  1896  or  early  in  1897,  Mr  (iuaritch  sold  this  copy,  and  whîle  the 
book  was  in  his  possession  several  experts  decided  that  the  last  page  was  a  fal- 
sification, and  the  authorities  of  the  British  Muséum  considered  the  authenti- 
city  of  the  copy  so  doubtful  that  they  refused  to  buy  it.  It  would  seem,  then, 
that  there  is  considérable  doubt  as  to  the  Celestina's  having  first  appeared  in 

1499- 

As  for  the  authorship  of  the  work,  it  appears  that  there  is  likewise  considér- 
able doubt  that  Fernando  de  Rojas  wrote  the  whole  of  it.  To  come  to  any 
conclusion  on  this  subject  one  must  hâve  made  a  minute  study  of  the  lan- 
guage  of  the  first  act  as  compared  with  the  others,  and,  so  far  as  the  présent 
writer  has  been  able  to  leam,  no  such  study  has  yet  been  made.  A  cursory 
reading  and  comparison  is  sufficient  to  disprove  the  theory  of  Mena's  or  Cota's 
authorship  of  the  first  act,  but  it  could  scarcely  prove  that  Rojas  had  written  the 
entire  work.  The  extemal  circumstances  make  such  a  theory  tempting,  but 
frequently  the  easiest  theory  is  least  likely  to  be  the  correct  one. 

On  page  406,  in  the  bibliographyof  this  chapter,  we  read  : 

Manuel  Caiiete...  induded  a  single  volume  of  Torrez  Naharro's  Propaladia  among  his 
Libres  de  Antano  so  long  ago  as  1880  :  the  second  is  still  to  come  [the  editor  is  detd], 
and  those  who  would  read  this  dramatist  must  turn  to  the  rare  sixteenth*century  édi- 
tions. 


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504 


COMPTES   RENDUS 


A  work  entitled  Teatro  espand  anUrior  à  Lope  de  Vega^  edited  by  J.  N.  B[ôhl] 
de  F[aber]  at  Hamburg,  in  1832  is  easily  obtainable  (as  is  also  that  of  Canete 
mentioncd  above),  and  contains  sélections  finom  Endna,  Gil  Vicente,  Tones 
Naharro,  and  Lope  de  Rueda.  It  b  interesting  to  note  that  the  woiics  of  Tor- 
res  Nabarro  as  herein  contained  represent  ail  of  bis  works,  so  £ar  as  is  known, 
which  are  not  already  in  the  above-mentioned  édition  of  Canete. 

The  poet  Miguel  Sanchez,  unless  we  mistake,  is  mentioned  but  once  in  the 
whole  work  under  discussion  (page  184),  and  that  référence  in  no  way  indic- 
ates  the  importance  of  the  writer.The  Spanish  drâmatists  had  been  accustom- 
ed  to  producing  plays  whose  dénoûmmt  in  no  wise  corresponded  to  the  pré- 
misses of  the  first  two  acts.  According  to  Lope  de  V^a  himself,  Sanchez  was 
the  fîrst  to  write  plays  whose  conclusion  should  be  logical.  The  whole  question 
of  Sanchez's  place  and  importance  in  Spanish  Literature  bas  been  discussed  by 
Professor  Baist  (in  his  review  ot  Schaeffer*s  GtschichU  des  spanischen  National" 
dramas,  which  appearedin  the  Deutsche  Litteratun^eitung  for  January  9,  1892), 
and  still  more  recently  and  more  thoroughiy  by  Professor  Hugo  A.  Rennert 
in  the  Introduction  to  his  édition  of  two  of  Sanchez's  plays,  which  appeared  in 
1896  in  the  Publications  of  the  Universily  of  Pennsylvanîa,  Séries  in  Philo- 
logy,  Literature,  and  Archeology,  vol.  V.  If  Mr  Fitzmaurice-Kelly  did  not 
wish  to  go  into  détails  conceming  Miguel  Sanchez,  he  might  at  least  hâve 
included  him  in  the  list  of  men  to  whose  ideas  or  reforms  Lope  de  Vega  was 
indebted,  asenumerated  at  the  top  of  page  257. 

He  might  bave  added,  too,  on  page  184,  that  Miguel  Sanchez  was  the  prob- 
able author  of  the  famous  Cancion  à  Christo  crucificado,  since  Professor  Ren- 
nen,  in  the  aforementioned  édition  (page  xiii),  seems  sàtisfactorily  to  hâve 
settled  the  dispute  on  that  subject». 

The  few  citations  and  remarks  hère  given  will  suffice  to  show  in  what 
directions  the  book  errs.  From  cover  to  cover  there  is  not  a  duU  page  and  it 
will  undoubtedly  be  widely  read,  a  considération  which  only  intensifies  the 
regret,  expressed  at  theoutset  of  this  notice,  that  theauthor  should  havechosen 
not  to  make  it  more  exact. 

John  D.  Fitz-Gerald. 


I.  This  Cancùm  à  Cbristo  cruaficado  is  not  to  be  confased  with  the  Somtc  à  Christ 
cruaficado  referred  to  on  pages  193  and  195.  Both  were  written  in  the  sameepoch,  both 
are  exquisite,  both  are  mystic  in  tone  and  feeling,  both  are  usually  referred  to  simply 
as  poems  à  Cbristo  crucificado^  and  conceming  the  authorship  of  both  there  bas  been  i 
doubt  and  discussion. 


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COMPTES  RENDUS  505 


Blancos  y  negros  (Goerra  en  la  pas),  por  Arturo  Campî6ii.  Pamplona  :  Imprmia  tU 
Ericê  y  Garcia,  1898,  în-S,  ^85  pp. 

Les  écrivains  régionaux  sont  nombreux  en  Espagne  :  par  suite  de  raisons 
historiques  et  géographiques  connues  de  tous,  ils  ont  une  importance  excep- 
tionnelle. En  France,  si  Ton  n'est  pas  né  à  Paris  •—  ce  qui  est  d^à  une  sorte  de 
tare  originelle  —  on  s'eflforce  de  le  faire  croire,  et  le  moindre  provincialisme 
d'un  écrivain  le  couvrirait  de  ridicule.  II  n'en  est  heureusement  pas  de  même 
chez  nos  voisins.  Alors  même  que  le  sujet  traité  ne  se  rapporte  pas  directe- 
ment à  la  région  où  l'auteur  est  né,  il  n'est  pas  difficile  de  reconnaître  si  tel  ou 
tel  ouvrage  a  été  écrit  par  un  Galicien,  un  Aragonais  ou  un  Andalou,  et  c'est 
un  charme  de  plus  que  cette  diversité  de  tempérament,  et  parfois  d'expres- 
sion, dans  l'unité  de  la  littérature  espagnole.  Mais  dans  ces  apports  au  patri- 
moine commun  des  lettres  nationales,  toutes  les  provinces  ne  sont  pas  repré- 
sentées également.  Celles  même  qu'on  appelle  las  Prcvincias  tout  court  et  qui 
sont  certes  une  des  contrées  les  plus  intéressantes  non  seulement  de  l'Espagne 
mais  de  l'Europe,  se  trouvent  parmi  les  moins  bien  partagées.  A  qui  ne  con- 
naît l'Espagne  que  par  des  lectures,  le  pays  basque  est  loin  d'être  aussi  Êimilier 
que  l'Andalousie,  par  exemple,  qui  a  fourni  un  si  fort  contingent  d'écrivains 
de  talent.  C'est  pourquoi  il  faut  savoir  gré  aux  hommes  qui,  comme  M.  Arturo 
Campiôn,  se  sont  voués  à  la  tiche  de  faire  connaître  cette  contrée  magnifique 
et  cette  population  si  profondément  honnête,  laborieuse  et  énergique,  dont 
l'origine  et  le  langage  sont  encore  un  mystère. 

M.  C.  est  un  savant  et  un  littérateur.  Il  a  publié,  sur  la  langue  euskara,  des 
travaux  très  connus.  C'est  de  son  dernier  roman,  Blancos  y  mgroi^  qu'il  s'agit 
id.  Comme  l'indique  le  titre,  c'est  un  roman  politique,  ou  plutôt  un  roman 
contre  la  politique,  un  épisode  de  la  lutte  acharnée  entre  carlistes  et  libéraux, 
entre  blancs  et  noirs.  L'auteur  paraît  appartenir  par  ses  opinions  aux  premiers, 
mais  il  sait  très  bien  se  dégager  de  toute  partialité  et  de  tout  parti  pris.  La 
scène  se  passe  dans  un  bourg  de  Navarre.  D.  Juan  Miguel  Osambela,  homme 
de  très  basse  extraction,  est  arrivé,  par  des  moyens  peu  recommandâmes,  à  une 
aisance  inespérée  :  il  est  notaire  à  Urgain,  et  agent  électoral  influent  du  parti 
libéral.  Dévoré  d'ambition,  il  porte  une  haine  ûirouche  à  la  famille  de  Dona 
Maria  de  Ugarte  y  Axpe-Salazar,  qui,  de  très  vieille  noblesse,  mais  réduite  à 
la  gêne  par  un  désintéressement  d'un  autre  âge,  n'en  est  pas  moins  vénérée  par 
les  braves  gens  d'Urgain  comme  au  temps  de  sa  splendeur.  Le  notaire  est 
jaloux  de  cette  considération  que  l'argent  n'a  pu  lui  donner,  et  médite  la  ruine 
de  ces  aristocrates  qui  l'humilient.  Justement  on  apprend  la  mort  d'un  de  leurs 
créanciers  hypothécaires  qu'une  longue  amitié  avec  la  famille  avait  toujours 
empêché  d'exercer  ses  droits.  Juan  Miguel  intrigue  auprès  de  l'héritier  du  défunt 
et  lui  rachète  sa  créance.  Maître  maintenant  de  la  situation,  il  ne  rêve  i  rien 
moins  qu'à  demander,  pour  son  fils  Perico,  médecin  sat^  m^ades,  la  mam  de 


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506  COMPTES  RENDUS 


Dona  Maria  Isabel,  fîUe  de  Dona  Maria  de  Axpe-Salazar.  D'ailleurs  les  deux 
jeunes  gens,  à  la  suite  de  relations  de  voisinage,  se  sont  épris  l'un  de  l'autre,  et 
le  nouire  compte  bien  réussir  dans  ses  démarches.  Malheureusement  il  se 
heurte  à  un  refus  très  net  de  la  mère  de  la  jeune  fille.  Celle-ci,  contrariée 
dans  son  amour,  ne  veut  pas  se  soumettre  à  cette  décision,  et  jure  d'épouser, 
malgré  tout,  celui  qu'elle  a  choisi.  Là-dessus,  on  découvre  que  le  testament 
par  lequel  son  père  avait  laissé  à  sa  femme  toute  sa  fortune,  est  nul,  et  que  les 
biens  de  la  famille  de  Ugarte  appartiennent  en  réalité  aux  enÊints,  c'est-à- 
dire  à  la  fiancée  et  à  son  fi*ère  Mario.  La  mère,  dépouillée  et  ne  pouvant  léga- 
lement s'opposer  au  mariage  de  sa  fille,  laisse  les  choses  suivre  leur  cours  ;  la 
nouvelle  du  mariage  se  répand  dans  tout  le  pays,  mais  le  notaire  qui  ne  peut 
oublier  le  refus  hautain  de  Dona  Maria  et  qui,  si  ceue  union  s'effectue,  n'aura 
plus  de  raisons  pour  exercer  sa  créance  contre  les  Ugarte,  préfère  la  vengeance 
à  l'honneur  de  voir  son  fils  entrer  dans  une  Emilie  noble.  Il  agit  sur  l'esprit 
de  celui-ci  et  le  décide  à  renoncer  à  sa  fiancée.  Cette  fois,  le  coup  est  rude  pour 
Dona  Maria  :  si  elle  s'éuit  opposée  de  toutes  ses  forces  à  ce  mariage,  mainte- 
nant qu'il  devait  se  faire  même  contre  sa  volonté,  que  tout  le  pays  le  savait, 
elle  ne  pouvait  soufi^r  l'idée  qu'un  Osambela  retirât  sa  parole  à  une  Ugarte. 
Prise  d'une  maladie  nerveuse,  la  malheureuse  assiste  à  l'expropriation  de  la 
vieille  demeure  seigneuriale  faite  sur  les  ordres  du  notaire,  et  quitte  misérable- 
ment le  pays  après  avoir  vu,  pour  qu'aucune  amertume  ne  lui  fût  épargnée,  son 
fils  Mario  périr  assassiné  dans  une  bagarre  pendant  les  éleaions  qui  divisent  le 
pays  en  deux  factions  ennemies. 

Les  développements  que  M.  C.  donne  à  ce  thème  touchant  décèlent  des 
qualités  plus  sérieuses  que  brillantes.  On  sent  l'esprit  solide  et  le  jugement 
sain,  bien  qu'un  peu  lourd,  d'un  montagnard,  le  travail  opiniâtre  d'un  homme 
qui,  par  ses  travaux  scientifiques,  a  acquis  de  la  méthode  et  du  fond.  C'est  un 
roman  consciencieusement  écrit.  Nous  sommes  loin  de  la  légèreté  de  touche  et 
de  l'aimable  inconsistance  des  écrivains  méridionaux.  La  manière  de  M.  C. 
rappelle  celle  de  Pereda,  et  cela  n'a  rien  d'étonnant  si  Ton  songe  que  les  pays 
basques  et  la  Montana  sont  voisins;  si  les  populations  en  sont  toutes  différentes 
par  la  langue  et  les  mœurs,  la  nature  y  est,  pour  ainsi  dire,  la  même  et  le 
tempérament  ne  doit  pas  être  très  opposé.  D'ailleurs,  en  dehors  de  cette  res- 
semblance fortuite  dans  les  facultés  des  deux  écrivains,  on  note,  je  ne  dirai 
pas  une  imitation,  mais  un  certain  penchant  à  s'inspirer  des  procédés  et  de 
la  technique  de  l'illustre  romancier  montanés.  Les  descriptions,  en  particulier, 
rappellent  celles  de  l'auteur  de  Penasarriba  ;  le  peu  de  place  que  tient  l'amour, 
le  langage  rustique  et  incorrect  des  paysans  transcrit  tel  quel  d'un  bout  à 
l'autre  de  l'oeuvre  —  ce  qui,  entre  parenthèses,  est  bien  fatiguant  même  cher 
Pereda  —  les  nombreux  badajo  I  porreta  !  et  autres  euphémismes  transparents 
dont  elle  est  parsemée,  suffisent  à  marquer  cette  tendance.  Ce  n'est  pas  d'ail- 


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COMPTES  RENDUS  507 


leurs  que  nous  voulions  en  faire  un  crime  it  M.  C.  ;  si  original  qu*on  soit  on 
suit  toujours  un  modèle,  et  celui  qui  guide  M.  C.  ne  risque  pas  de  l'égarer. 
Ajoutons,  bien  que  toute  comparaison  soit  épineuse,  que  parfois  le  modèle 
est  égalé.  Le  tableau  des  moissons  que  Ton  trouve  à  la  fin  du  livre  a  quelque 
chose  de  grandiose  et  de  classique,  et  peut  être  mis,  sans  infériorité  marquée,  i 
côté  des  meilleures  pages  de  Pereda.  Peut-être  parce  que  M.  C.  n'est  pas  cas- 
tillan et  qu'il  se  surveille  davantage,  sa  langue  est  d'une  pureté  et  d'une  correc- 
tion remarquables.  En  un  mot  le  livre  est  à  lire  et  à  méditer.  Puisse-t-il  con- 
tribuer à  assainir  les  mœurs  politiques  dans  un  pays  où  le  système  parlemen- 
taire est  profondément  vicié  et  où,  comme  le  montre  si  bien  l'auteur  dans  une 
scène  saisissante,  libéraux  et  carlistes,  blancs  et  noirs,  représentés  par  quelques 
paysans  qui  viennent  d'ensemencer  leurs  champs,  dans  une  mêlée  furieuse,  se 
renversent  dans  l'engrais  dont  les  sillons  sont  pleins,  et  se  relèvent  enfin  ni 
blancs  ni  noirs,  mais  de  la  couleur  du  fumier  politique  où  ils  se  sont  vautrés.. 


H.  Peseux-Richard. 


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TABLES 

DE    LA     CINQUIÈME    ANNÉE 
1898 


I.   TABLE    PAR    NUMÉROS 


NUMÉROS  13  ET  14.  —  PREMIER  ET  DEUXIÈME  TRIMESTRES  1898. 

Arturo  Farinelu.  —  Guillaume  de  Humboldt  et  l'Espagne i 

Appendice.  Goethe  et  l'Espagne 219 

R.  Foulché-Delbosc.  —  Un  romance  retrouvé 251 

Las  copias  dd  Provincial 25  s 

Comptes  rendus 267 

NUMÉRO    15.  —  TROISIÈME  TRIMESTRE  1898. 

R.  J.  CuERVO.  —  Disquisiciones  sobre  antigua  ortografia  y  pronunciadôn 

castellanas.  II 273 

Léon   Médina.   —  Dos  sonetos   atribuidos  à  Lupercio  Leonardo  de 

Argensola 314 

Boris  de  Tannenberg.  —  Écrivains  castillans  contemporains.   J.-M. 

de  Pereda 330 

Diego  HuRTADO  de  Mendoça.  —  Mechanica  de  Aristotiles 36s 

Comptes  rendus 406 

Chronique 414 

NUMÉRO  16.  —  QUATRIÈME  TRIMESTRE  1898. 

J.  Lette  de  Vasconcellos.  —  Notas  philologicas.  II 417 

Julio  Moreira.  —  Etymologies  portugaises 430 

Ramôn  Menéndez  Pidal.  —  El  poema  del  Gd  y  las  Crônicas  Générales 

de  Espana 435 


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TABLE  DES  MATIÈRES  5O9 

R.  FouLCHÉ-DELBOSC.  —  Lcs  traductions  turques  de  Don  QuicboiU  . . .  470 

LéoRouANBT.  —  Angel  Ganivet 483 

Comptes  rendus 49^ 


n.     TABLE    PAR    NOMS    D'AUTEURS 

Anonyme 

Las  copias  del  Provincial,  publiées  par  R.  Foulché-Delbosc 255 

Chattenay  (J.) 

G^MPTE  RENDU.  Vfctor  Balaguer.  Lasguerras  de  Granada.  Madrid  1898.    410 
Compte  rendu.   Auto  sacramental  nuebo   de  Las  pruebas  del  linaje 

umano  y  Encomienda  del  honbre  (1605)  publicado  por  Léo  Rouanet. 

Paris,  Madrid,  1897 411 

Clarke  (I.  BaUer) 

Compte  rendu.  A  History  of  Spanish  literature  by  James  Fitzmaurice- 
Kelly.  London,  1898 49^ 

Caerro  (R.  J.) 

Disquisiciones  sobre  antigua  ortograffa  y  pronunciaciôn  castellanas.  IL.     273 

Farinelli  (Artnro) 

Guillaume  de  Humboldt  et  TEspagne i 

Appendice.  Gœthe  et  TEspagne 219 

FiU-Gerald  (John  D.) 

Compte  rendu.  A  History  of  Spanish  literature  by  James  Fitzmaurice- 
Kelly.  London,  1898 502 

Fonlché-Delbosc  (R.) 

Un  romance  retrouvé 25 1 

Les  traductions  turques  de  Don  Quichotte 470 

Texte.  Las  copias  del  Provincial 255 


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5IO  TABLE  DES  MATIÈRES 

Texte.  Diego  Hurudo  de  Mendoça.  Mechanica  de  Aristotiles. 36s 

Compte  rendu.  Relaciôn  de  un  viaje  por  Europa  cod  la  peregrinaciôn  4 

Santiago  de  Galicia  verificado  i  fines  del  siglo  xv  por  Màrtir,  obispo 

de  Arzendjan  ;   traducido  del  armenio  por  M.  J.  Saint-Martin  y  del 

francés  por  E.  G.  de  R.  Madrid,  1898 267 

Compte  rendu.  Paul  Groussac.   Del  Plata  al  Niigara.  Buenos  Aires, 

1897 270 

Compte   rendu.  El  P.  Arolas.  Su  vida  y  sus  versos.   Estudio  crftico 

por  José  R.  Lomba  y  Pedraja.  Madrid,  1898 • 406 

Compte  rendu.  Emilio  Courelo  y  Mori.  Iriarte  y  su  época.   Madrid, 

1897 408 

Compte  rendu.  Poesias  ineditas  de  P.  de  Andrade  Caminha,  publicadas 

pelo  Dr.  J.  Priebsch.  Halle  a.  S.,  1898 412 

Grandier  (Ad.) 

Compte  rendu.  Les  Capitales  du  Monde.  Paris,  s.d 268 

Gnasch  (S.) 

Compte  rendu.  Mosen  Jadnto   Verdaguer.  Canigô...  Version  caste- 
llana...  por  el  conde  de  Cedillo,  vtzcondede  Palazuelos.  Madrid,  1898    411 

Hnrtado  de  Mendoça  (Diego) 

Mechanica  de  Aristotiles,  publiée  par  R.  Foulché-Delbosc 36$ 

Leite  de  Vaaconcellos  (José) 

Notas  philologicas.  II 417 

Médina  (Léon) 

Dos  sonetos  atribuidos  i  Lupercio  Leonardo  de  Argensola 3 14 

Menéndez  Pidal    (Ramén) 

El  Poema  del  Cid  y  las  Crônicas  Générales  de  Espana 435 

Moreira  (Julio) 

Étymologies  portugaises 430 


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TABLE   DES   MATIÈRES  5  II 

Peseux-Richard  (H.) 

Compte  rbndu.  Blancos  y  negros  (Guerra  en  la  paz),  por  Arturo  Cam- 
piôn.  Pamplona,  1898 505 

Roaanet  (Léo) 

Angel  Ganivet 48} 

Tannenberg  (Boris  de) 

Écrivains  castillans  contemporains.  J.-M.  de  Pereda 330 

CHRONiauE 414 


Le  Gérant^  Aug.  Picard, 

Arcbwiste-PaUograpbe, 


UACOM,   MOTAT   mtlUS,   IMMUMSUtS. 


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lung  zum  Jahresbericht  des  Gymnasiums  zum  heiligen  Kreuz  in  Dresden. 
Dresden  :  Lehmmansche  Buchdmckereiy  1898,  in-4,  Li  pp. 

Historia  dos  portugueses  no  Malabar  por  Zinadfm.  Manuscripto  arabe  do 
seculo  XVI  publicado  e  traduzido  por  David  Lopes.  Lishoa  :  Imprensa  Nacioiial, 
1898,  in-8,  CI11-94-134  pp.  cartes. 

Ricerche  ispano-italiane. 

I.  Appunti  sulU  letteratura  spagnuola  in  Italia  alla  fioe  del  sec.  XV  e  nella  prima 
nietà  del  sec.  XVI.  Memoria  letta  aU'Academia  Pontaniana  nella  tornata  del  i  Maggio 
1898  dal  socio  Benedctto  Croce. 

II.  I.  La  città  délia  Galanteria.  —  2.  Il  peccadiglio  di  Spagna.  —  3.  Gli  Spagnuoli 
dcscritti  dagli  Italiani.  —  4.  Lo  Spagnuolo  nelle  commedie  italiane.  —  5.  Il  tipo  de! 
Capiuno  in  commedia  e  gli  Spagnuoli  in  Italia.  —  6.  Il  tipo  'del  Capitano  spagnuolo. 
Noterelle  lettc  aU'Academia  Pontaniana  nella  tornata  del  5  Luglio  1898  dal  socio  Bene- 
dctto Croce. 

NapoU  :  Stab,  iipographico  délia  R^ia  Universitày  1898,  2  broch.  in-4,  3^  et 
27  pp. 

Influencia  dos  descobrimentos  dos  portuguezes  na  historia  da  dvilisaçâo. 
Cohferencia  realisada  na  Sociedade  de  Geographia  de  Lisboa  no  dia  26  de 
Novembro  de  1897  por  Z.  Consiglieri  Pedrozo.  Lishoa  :  A.  Libéral ,  officina 
typographica^  1898,  in-8,  27  pp. 


REVUE    HISPANIQUE 


Première  année  0894^  358  pages  :  Vingt  francs. 
Deuxième  ANNÉE  ^895;  370  pages  :  Vingt  francs. 
Troisième  ANNÉE  (1896;  375  pages  :  Vingt  francs. 
QuATRiÈMEANNÉE (1897) 347  pages:  Vingt  francs. 
Cinquième  année  (1898;  5 1 1  pages  :  Vingt  francs. 
Abonnement  à  la  Sixième  année  (1899)  :  Vingt 
francs. 


IBibliotheca  his{>anica 

Voir  la  feuille  rose  encartée  dans  le  numéro  12. 


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CONDITIONS  ET  MODE  DE  PUBLICATION 


La  Revue  Hispanique  paraît  tous  les  trois  mois  ;  elle  fonne 
à  la  fin  de  chaque  année  un  volume  de  quatre  à  cinq  cents 
pages. 

Le  prix  de  l'abonnement  à  l'année  courante  est  de  vingt 
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Aucun  numéro  n'est  vendu  séparément. 

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La  Revue  Hispanique  annonce  ou  analyse  les  livres,  brochures 
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Tout  ce  qui  concerne  la  rédaction  de  la  Revue  Hispanique  doit 
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à  MM.  Alphonse  Picard  et  fils,  éditeurs,  rue  Bonaparte,  82, 
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Sibliotheca  his{>anica 

Voir  la  feuille  rose  encartée  dans  le  numéro  12. 


MAÇON,  PROTAT  FRÈRES,  IMPRIMEURS 


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